La Plume d'Aliocha

01/11/2008

La Tribune nouvelle est arrivée !

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 12:43

Les événements de ces derniers jours nous ont finalement éloignés de l’univers de la presse. C’est d’autant plus dommage qu’il s’est produit une petite révolution en début de semaine. La Tribune a sorti sa nouvelle formule. « Encore une ! » songerez-vous. Oui, il faut croire que les journaux en ce moment font peau neuve. Après Match dont nous avons déjà parlé, c’est le tour de La Tribune. Sauf que pour ce quotidien, il ne s’agit pas d’une modernisation en douceur mais d’une véritable révolution.

Explications

Souvenez-vous : La Tribune a changé de propriétaire en février. Bernard Arnault (LVMH) l’a en effet vendue à Alain Weill (groupe Next Radio TV) pour s’offrir à  la place les Echos (ex-groupe Pearson), beaucoup plus rentable. Certains se souviennent sans doute des protestations des deux rédactions qui avaient fait dire à une ministre : « je ne comprends pas, l’un redoute de perdre l’actionnaire que l’autre craint de voir arriver ». Oui Madame, la Tribune avait peur de son avenir, ignorant qui allait l’acheter ; Les Echos quant à eux savaient trop bien qu’ils quittaient un groupe d’édition pour tomber dans les mains d’un groupe de luxe et que leur avenir, forcément allait changer. Difficile en effet d’être sûr que l’on pourra écrire objectivement sur son actionnaire ou les concurrents de celui-ci, quand on intègre un poids lourd de la cote…Les journalistes ont protesté, ils ont fait grève, rencontré des parlementaires, sollicité l’aide de l’Autorité des marchés financiers,  tenté d’attirer l’attention de l’opinion publique. Sans succès. Qui s’intéresse à l’indépendance de la presse en France autrement que pour reprocher aux journalistes d’être à la botte des puissants ? Enfin, passons.

La Tribune se repositionne

Jusqu’à présent, on avait l’habitude de distinguer les deux quotidiens économiques français par leur contenu. Les Echos étaient axés sur l’industrie, La Tribune sur la finance. Les Echos ont toujours eu une réputation de sérieux et de précision. Ne cherchez pas un scoop dans ce journal, vous n’en trouverez pas, son credo c’est « pas de vague ». Le ton est modéré, les articles très sérieux, l’exactitude aussi parfaite qu’on puisse en rêver dans la presse. Il faut dire qu’il y a jusqu’à 5 niveaux de relecture des articles avant parution,  m’a-t-on dit.  De son côté, La Tribune a toujours été plus orientée sur la finance. Le ton y était plus libre, la rédaction un brin turbulente osait parfois chahuter les milieux économiques en sortant des scoops et en adoptant des analyses moins conformistes. Malheureusement, nombre d’experts de la presse soutiennent depuis toujours qu’il n’y a pas de place pour deux quotidiens économiques en France. Est-ce pour cette raison que La Tribune affiche des pertes depuis des années (-17 millions en 2007), ou tout simplement parce que personne n’a su lui donner sa chance ? Toujours est-il qu’Alain Weill a pris les choses en mains et changé radicalement le positionnement du titre. 

Une maquette en forme de message

Et cette révolution se lit sans difficulté dans la nouvelle maquette. Celle-ci a été confiée à Garcia, le même spécialiste international qui a modernisé Paris Match. En 2006, La Tribune avait abandonné sa couleur bleue historique pour une manchette rouge. A l’époque, certains avaient observé que le choix était discutable. Pour les financiers en effet, le rouge est la couleur qui annonce les chutes de cours en bourse, l’effet anxiogène était donc assuré. La nouvelle Tribune renoue avec le bleu et s’offre une touche de orange pour être en harmonie avec BFM TV.  Elle agrandit également son format. La Une annonce l’essentiel du contenu, au point d’en devenir un peu brouillonne. A l’intérieur, une large place est faite à la photo, ce qui est également révolutionnaire. Surtout, le journal sort du créneau purement économique en proposant des pages politiques et internationales ainsi qu’une nouvelle rubrique sportive. En d’autres termes, il rompt avec son positionnement économique axé sur la finance, lequel limitait son lectorat, pour viser désormais une clientèle de cadres.  C’est à peu de choses près ce qu’ont fait Les Echos avant elle. L’idée, on l’aura compris, est de faire en sorte que la lecture du quotidien économique suffise à se faire une idée globale de l’actualité sans qu’il soit besoin d’acheter en plus un quotidien d’informations générales. 

Selon l’AFP, les ventes en kiosque ont bondi de 120% lundi lors du lancement, passant de 11 000 exemplaires à 25 000. C’est l’effet classique du lancement d’une nouvelle formule. Espérons que cet attrait des lecteurs va se maintenir. En comptant les abonnements et les ventes aux aéroports, hôtels, et autres, le nombre d’exemplaires vendus a atteint 110 000 lundi (contre une moyenne de 75 000), soit 10 000 exemplaires de plus que l’objectif visé.  

Petite précision, après les dégraissages de rédaction à Libération, au Monde et ailleurs, La Tribune s’est séparée cette année de 15% de ses effectifs. On dit aussi depuis quelques jours qu’un plan social pourrait toucher Le Nouvel Observateur, en tout cas le titre réfléchit à un plan d’économies. Cela n’a rien à voir avec la crise financière actuelle, c’est la conséquence d’une grave crise industrielle dans la presse écrite.

J’allais oublier une autre innovation : c’est la première fois en France qu’un quotidien économique parait du lundi au samedi, alors, à vos kiosques !

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