La Plume d'Aliocha

26/10/2008

L’insupportable mépris des journalistes

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 11:46

Versac, chez Narvic a fait hier un parallèle intéressant entre la situation des magistrats telle qu’elle est révélée sur le blog d’Eolas depuis quelques jours et celle des journalistes, tout en regrettant les piques lancées par l’avocat contre une de nos consoeurs. Il faut dire que mon Très Cher Maître, reprenant l’un de ses chevaux de bataille favoris, a ridiculisé une journaliste au motif qu’elle lui avait demandé de résumer en une phrase les plaintes d’une soixantaine des magistrats. Il y a vu paresse et bêtise, ce n’est pas dit mais lourdement suggéré. Un tel agacement vis à vis de la presse n’est pas nouveau chez Eolas. Cela nous a valu, à lui et moi, des empoignades magistrales qui ont largement contribué à la création de ce blog.   Enfin passons. Si Eolas savait ce que je pense non pas de lui, que j’admire, mais de nombre de ses confrères…

Versac a raison, il y a sans doute un parallèle à faire entre le moral des journalistes et celui des juges, un problème commun de moyens auquel s’ajoute une forte déconsidération, liée en partie à la qualité qui forcément baisse en période de disette. On peut se demander si les journalistes n’ont pas toujours été détestés, je suis sûre qu’en cherchant un peu on trouverait bien des attaques contre les « pisse-copies » et autre « fouille-merdes ». Quand on fait un métier qui dérange, il ne faut pas s’étonner d’irriter. Il me semble néanmoins que nous assistons ces derniers temps à un phénomène un peu plus nouveau et très inquiétant : le mépris des patrons de presse eux-mêmes pour les journalistes. Il suffit de les écouter parler entre eux pour que très vite ils révèlent leur rêve profond : faire un journal sans journalistes. C’est devenu, me semble-t-il, le fantasme absolu. Car le journaliste, c’est un coût que compense de plus en plus difficilement les recettes publicitaires, le journaliste c’est un risque, celui de le voir ramener un scoop qui va bouleverser le tranquille écosystème qui régit les relations du patron de presse avec les politiques, les puissants de l’économie et…les chers annonceurs. Le journaliste passe son temps à ne pas comprendre les contraintes de vente, à vouloir faire son métier, à contester les choix éditoriaux suspects, à protéger son indépendance, et à demander qu’on le rémunère dignement. En d’autres termes, c’est une source d’ennuis perpétuels. A force de mal le payer et de le déconsidérer, on peut parvenir à le dresser, à lui inculquer le niveau de résignation, d’obéissance et de lâcheté nécessaire pour qu’il renonce à faire son métier, pour qu’il accepte de rédiger 5 articles par jour bâclés en échange d’un salaire de misère. Mais je continue de penser qu’il reste de bons professionnels, et même beaucoup. Dans un secteur en crise qui pleure après l’argent, qui se découvre pieds et poings liés entre les griffes de puissants actionnaires industriels n’ayant rien de groupes de presse, le journaliste est devenu persona non grata au sein même des rédactions. Ce d’autant plus que comme le secteur va mal, on appelle à la rescousse des diplômés d’école de commerce qui appliquent leurs techniques de ventes de savonnettes pour tenter de redresser la situation. Il s’amusent par exemple à évaluer la productivité de chaque journaliste, comme si la qualité d’un article se jugeait au poids et celle d’un journaliste au nombre moyen de lignes pondues chaque jour. Allons, chers marchands de soupe, si vous saviez les dizaines d’exemplaires du Monde que j’ai pu acheter rien que pour lire Pierre Georges…Rangez donc vos statistiques, un journal n’est pas un savonnette et un journaliste ne se juge pas à l’aune de ce poids des mots là. Toujours est-il que les dirigeants du secteur, rejoignant  tous ceux qu’on dérange, participent sans états d’âme au grand concert de nos détracteurs. Cet ultime abandon risque de sonner le glas de la presse écrite.

Allons, réalisez votre rêve, faites des journaux sans journalistes, alignez les publi-reportages, flattez vos annonceurs, draguez vos actionnaires, embauchez leurs enfants et leurs neveux qui se feront une joie de montrer leur carte de presse le vendredi soir dans les boites à la mode et joueront tous les jours les Rouletabille de pacotille à la botte des puissants amis de leurs parents. Pendant ce temps, nous les vrais journalistes, nous allons sur le web. J’ignore quel modèle économique nous trouverons pour survivre et même s’il en existe seulement un de valable. Mais je ne veux pas être encore dans vos murs quand vos sinistres rêves de fortune vous auront conduit à tuer mon métier et que la dernière rotative se sera tue. Bon appétit Messieurs !

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24 commentaires »

  1. Bravo pour ce billet qui reflète une bien triste réalité. Les nouveaux dirigeants ignorent souvent tout du métier de journaliste, jusqu’à parfois le mépriser. Il faudrait presque s’excuser de travailler : électricité, stylos, papier…si on pouvait réduire tout ça !

    Commentaire par Phedra — 26/10/2008 @ 12:08

  2. L’esprit de ton billet est celui de beaucoup de gens. Pour une grande part il me semblait lire mes pensées sur mon métier et ma « hiérarchie » lorsque j’étais encore enseignante. Je suis certaine que beaucoup de gens ressentent la même chose quant à leur travail.

    Commentaire par Catherine — 26/10/2008 @ 12:15

  3. (Aliocha, c’est un billet de Versac, alias Nicolas Vanbremeersch, qui dispose d’une petite chambre dans ma maison, depuis qu’il a arrêté son blog)

    Aliocha : oups, mille pardons, je n’avais pas les yeux très ouverts ce matin, je rectifie.

    Commentaire par narvic — 26/10/2008 @ 12:52

  4. Impressionnant.
    Ce que vous décrivez sonne juste, et tout comme Catherine, j’y reconnais des principes de « gouvernance » et de prétendue modernisation dans mon domaine, pourtant totalement distinct du votre.
    Je reconnais aussi les effets du mépris, tellement puissamment dévastateur.
    Serait-ce de penser qui n’est pas tellement au goût du jour?

    Aliocha : je pense que l’obsession de la rentabilité à court terme pollue bien des domaines de l’existence….

    Commentaire par Doc — 26/10/2008 @ 12:52

  5. Des mots très familiers: en changeant à peine quelques mots, on croirait vous voir décrire le gouvernement en train de réformer (au sens pénitentiaire du terme) l’enseignement et la recherche.

    Commentaire par Nicolas — 26/10/2008 @ 19:35

  6. Comprendre, savoir, enquêter ou simplement vérifier, transcrire dans l’espace imparti, insister sur l’importance de tel sujet : oui, journaliste est un peu un métier de combat.

    Il me semble que Maître Eolas, avec une action d’envergure, n’a cherché un soutien que dans la profession ou chez les initiés. Or pour s’attirer la sympathie d’un public qui n’est pas spécialiste, il lui aurait fallu simplifier, généraliser, édulcorer. Certes, c’est frustrant pour l’homme de loi engagé dans un mouvement de protestation pointu, mais peut-être que prendre le temps d’examiner ce que lui demandait la journaliste lui aurait donné un peu de recul.

    Peut-être n’a-t-il pas besoin de soutiens autre que de la profession. Peut-être a-t-il raté une occasion de dire : « ce qui pose problème, c’est ça (un concept, un raccourci : prise en compte des demandes, dialogue, interventionnisme, que sais-je). Il se trouve que XX (ça change tout le temps) magistrats sont venus donner un éclairage sur les points qui ne vont pas et que je publie leur mécontentement, je ne suis qu’un catalyseur ».

    Voilà qui aurait eu de la gueule, serait emprunt d’une certaine sobriété, et peut-être donnerait envie à certains d’aller voir dans le détail.

    PS : j’aime bien les « empoignades magistrales », je suppose que c’est voulu 🙂

    Commentaire par [Enikao] — 26/10/2008 @ 19:56

  7. @Enikao

    Pas tout à fait d’accord. La plupart du temps les billets d’Eolas sont écrits AUSSI pour les non spécialistes. C’est d’ailleurs pour cela que je le lis régulièrement ( je n’y connais rien en droit). Qui plus est, Eolas m’éclaire sur des sujets qui a priori n’aurait même pas attiré mon attention. Il produit, à sa manière, un travail de décryptage, pas si éloigné que cela du journalisme…
    L’esprit « poil à gratter » participe aussi du succès de ce blog.
    Eolas n’a pas voulu résumer en une phrase une soixantaine de témoignages ? J’ai envie de dire heureusement.

    Aliocha : Il faut arrêter avec cette phrase et surtout il faut qu’Eolas cesse d’infliger à la presse le traitement qu’il reproche à cette dernière d’infliger à la justice. Ce n’est pas aberrant de demander un résumé en une phrase, cela signifie quelle est l’idée force, l’argument majeur, le fond du problème ?Il faut savoir que quand on interviewe quelqu’un qu’on ne connaît pas, on ne sait jamais à quoi s’attendre, certains ont déjà construit leurs discours dans leur tête et refusent de répondre à nos questions pour imposer leur raisonnement, d’autres au contraire attendent les questions car ils ignorent ce qu’on attend d’eux. Je trouve au fond terriblement déloyal de la part d’Eolas d’avoir fait cette remarque, il faudra bien un jour qu’il assume le fait qu’il a choisi d’être avocat et non pas journaliste.

    Commentaire par Phedra — 26/10/2008 @ 20:53

  8. oups coquille :  » n’auraient pas attiré… »

    Commentaire par Phedra — 26/10/2008 @ 20:56

  9. Il va pourtant bien falloir que nos patrons de presse fassent avec les journalistes: avec la crise qui s’annonce et qui se traduit très vite dans la pub, il ne va pas falloir qu’ils comptent trop sur les publi pour remplir les pages. Ni d’ailleurs sur ces suppléments nids à pub qui les ont longtemps nourris : dans les dernières semaines, un grand magazine en a supprimé deux, faute d’annonceurs.

    Aliocha : plus ils chercheront de l’argent en méprisant le métier et plus ils ont perdront, c’est mécanique. Il n’y a qu’eux qui l’ignorent.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 26/10/2008 @ 23:35

  10. Je voudrais poser quelques problèmes pour lesquels j’avoue ne pas avoir de solutions. Aliocha défend sur ce blog une haute conception du métier de journaliste, qu’elle a formulée naguère ainsi : « Nous sommes des observateurs, nous regardons pour raconter, pour diffuser l’information détenue par quelques uns au plus grand nombre et permettre ainsi d’alimenter le débat public. » Elle soutient par ailleurs, avec raison, ici même, « qu’il reste de bons professionnels, et même beaucoup. » Ces bons professionnels sont ceux qui n’ont pas peur de déranger, de gêner, et qui risquent par là-même, en préservant leur indépendance, de susciter l’irritation ou la colère de ceux qu’on peut appeler, pour faire court, les puissants.

    D’autre part, pourtant, elle reconnaît volontiers que le risque de dévoiement est réel, et qu’il est même assez souvent avéré. Les besoins de la communication et de la publicité, par exemple, font des journalistes une cible de choix pour ceux qui ont des intérêts à défendre, et les moyens pour le faire : à coup de voyages de presse, de petits cadeaux, de dîners en ville, on achète bien les journalistes…

    Malheureusement, il serait trop simple que l’on puisse séparer le bon grain de l’ivraie en disant : il y a d’un côté les bons journalistes qui sont fidèles à leur mission — informer l’opinion pour alimenter le débat public, — et d’un autre côté les mauvais, ceux qui se font acheter.

    Car le problème pour moi est que c’est précisément la « haute mission » des journalistes qui alimente et justifie en permanence les plus graves dévoiements de la profession. C’est parce que la presse s’est assignée la mission — essentielle pour une démocratie — d’alimenter le débat public qu’elle contribue en même temps à pourrir celui-ci avec une constance désespérante. Le phénomène le plus visible est celui que dénonce Aliocha : tous ceux qui ont un intérêt à défendre n’auront de cesse de chercher à manipuler des journalistes facilement consentants. Non seulement parce qu’ils sont globalement aussi faibles que la plupart d’entre nous, achetables à un prix relativement modique qui ne va souvent guère au-delà d’une satisfaction de vanité, mais parce qu’un journaliste a besoin de sources, et aussi d’appuis, et que là comme ailleurs c’est donnant-donnant. Mais mon problème a d’autres faces.

    Il me semble en effet que la presse (et désormais les médias en général) a joué un rôle historique de premier plan dans l’affaiblissement d’institutions aussi essentielles à la démocratie que la presse elle-même. Par exemple, elle tient une importance disproportionnée dans la vie intellectuelle, en promouvant régulièrement des penseurs ou des écrivains dont la valeur intrinsèque est sans proportion réelle avec leur « visibilité » médiatique. L’anecdote rapportée par Eolas (« Résumez-moi ça en une phrase ») est hélas extrêmement significative : un « intellectuel » qui peut résumer son propos en une phrase, ou en quelques phrases lapidaires, a beaucoup plus de chance d’influencer l’opinion que celui qui a besoin de temps, de raisonnements, et d’un minimum d’attention de la part de ses auditeurs. Autant invoquer les grands anciens, pour ne fâcher personne : ce fut déjà le problème de Socrate quand il voyait Athènes sous l’emprise des démagogues. Il ne se cachait pas d’être incapable de parler devant une foule. Alors, devant des millions de spectateurs, que pourrait faire un Socrate ?

    La presse joue également un rôle que beaucoup trouvent à juste titre néfaste dans la vie de la science, du fait de son influence sur l’attribution des crédits, la promotion de programmes qui suscitent des attentes démesurées, de découvertes qui n’en sont pas ou qui n’ont pas la signification que les journalistes lui donnent. Quiconque connaît un domaine particulier en a fait l’expérience : le rythme vital de la presse, la recherche du sensationnel et la supposée stupidité du lecteur conspirent à rendre la présentation de l’activité scientifique presque systématiquement erronée. S’il s’était produit, au vingtième siècle, le millième des découvertes « révolutionnaires » annoncées par la presse, nous habiterions depuis belle lurette un monde très différent du nôtre.

    Je passe sur l’affaiblissement de la justice : la question est suffisamment traitée par Eolas pour qu’il ne soit pas utile d’y revenir. Mutatis mutandis, l’enseignement est dans la même situation que la justice : les débats en sont présentés de façon biaisée, et suscitent par voie de conséquence des réactions et propositions inadéquates de la part des politiques, qui ont compris depuis longtemps qu’il importait beaucoup moins de résoudre les problèmes que de donner l’illusion, par voie de presse, qu’on travaillait d’arrache-pied à des réformes inouïes. Curieusement, on entend rarement dire que, dans la vie d’une démocratie, la formation de l’opinion publique passe par le travail éducatif de l’école, bien avant de passer par la presse.

    Il est difficile, enfin, de ne pas attribuer à la presse un rôle majeur dans l’écrasante vulgarité, le cynisme, le voyeurisme et ce qu’il faut bien appeler la bêtise qui caractérise notre société à un degré probablement sans égal dans l’histoire humaine.

    Tout cela, que je décris sans mettre assurément les nuances qu’il faudrait ni illustrer autant que je le pourrais, serait presque bénin si l’on pouvait l’imputer à la corruption de quelques uns. Ma tristesse et mon pessimisme découlent plutôt de fait que je crois ces phénomènes inhérents à la logique même de la haute mission de la presse. Puisqu’il fallait contribuer au débat public et informer l’opinion, elle a progressivement miné la plupart des autres institutions nécessaires à la vie démocratique. Ce qui pouvait sembler un combat titanesque et exaltant à l’époque où la justice, l’armée, l’Etat, l’école, l’Eglise représentaient des citadelles du conservatisme et des alliés de l’oppression, s’est mué en une pitoyable foire où l’on fait semblant de terrasser des géants qui ont été depuis longtemps remplacés par des mannequins de paille que seule la rhétorique journalistique parvient encore à rendre formidables.

    Une fois la politique déshonorée, la justice caricaturée, la science dénaturée, et les mœurs corrompues, il ne reste au fond que la puissance presque irrésistible du marché et la frénésie de consommer — et surtout, de consommer « du nouveau », qui est précisément ce qui intéresse la presse au premier chef. Il n’est pas très étonnant, dès lors, que la presse soit aujourd’hui menacée par le monstre qu’elle a consciencieusement engraissé, tout en abattant les autres forces qui pouvaient contribuer à en limiter l’emprise.

    La seule lueur d’espoir que j’entrevois est le phénomène de plus en plus massif de la transhumance de ces « bons professionnels » dont parle Aliocha vers les blogs, dont les meilleurs sont généralement tenus par des journalistes. Ceux-là, justement, qui fuient un monde de la presse devenu pour eux irrespirable. N’étant pas prophète, je suis incapable de prédire comment ce phénomène évoluera, ni combien de temps il pourra résister au rouleau compresseur de la logique du profit.

    J’ai écrit cela d’une traite en mettant les choses au pire, dans l’espoir de susciter quelques réactions. M’étant moi-même exercé au métier de journaliste (comme modeste pigiste), et ayant pu connaître dans ce milieu plusieurs de ces professionnels qui font honneur à la presse, je suis conscient de pouvoir paraître injuste. Hélas, et pour finir sur une note encore plus grandiloquente que ce qui précède, je trouve parfois que la défense de la presse ressemble à la tragique négociation d’Abraham devant Sodome, où dix justes auraient pu sauver la ville, si seulement on avait pu les trouver.

    Aliocha : je suis en train de lire un livre remarquable d’un reporter de guerre français maintes fois récompensé, et notamment prix Albert Londres. Je suis donc tentée de vous dire qu’il y en a au moins qui mérite d’être sauvé. En réalité, il y en a beaucoup plus. Le problème, c’est qu’au lieu de chercher où sont les bons journalistes, on préfère s’en tenir à une idée générale qu’ils sont nuls, c’est plus simple. Lisez-vous Marianne, l’Obs, Le Monde, Match, Courrier International, écoutez-vous France Culture, regardez-vous Arte, les émissions de reportage sur les grands chaînes ? Si vous observez attentivement les médias, vous découvrirez très facilement de très bons journalistes. C’est à vous de faire le tri, personne ne peut le faire à votre place. Exemple du jour : la très bonne interview de Dati dans le JDD. Les journalistes ont été courageux, ils n’ont pas lâché, ils ont même été offensifs. Mais qui le remarque, c’est tellement plus simple de se laisser aller à mépriser les journalistes.

    Commentaire par Philarete — 26/10/2008 @ 23:48

  11. Où sont les Albert Londres, les Joseph Kessel, les Albert Camus, les Lazaref, les Desgraupes et j’en passe !!!!
    On est souvent attristé par la médiocrité du journalisme en général.Journalistes « d’investigation » qui jouent les « fouille-merdes »,reporters de salon,chroniqueurs et collectionneurs de fautes de Français, vous ne contribuez pas à la grandeur de ce métier pourtant indispensable à la santé de la démocratie !!!

    Commentaire par berdepas — 27/10/2008 @ 00:44

  12. Et l’apogée de ce journalisme sans journalistes, ce sont les copié-collé de dépêche AFP (par exemple) qu’on retrouve sur pas mal de site de journaux. Encore que jusque là ça ne pose pas vraiment de problème. Le soucis vient du fait que certains journaux (c’est que je ne l’ai pas vérifié partout) élèvent ces dépêches en articles… Et on perd tout le travail du journaliste : mettre en contexte, analyser, dépiauter l’information, la pré-digérer pour le lecteur tout en lui donnant les clés afin qu’il puisse avoir une réflexion active sur le sujet, …

    En tant que scientifique (encore un milieu qui communique mal), j’estime que la vulgarisation est importante, voire vitale, et c’est un art pas si facile que ça, car il n’est pas aisé de faire simple sans tomber dans le simplisme. Ça demande beaucoup de pédagogie et c’est presque un métier en soi. C’est cette vision que je ressens dans cet article à propos du journalisme (et du métier d’avocat, mais qui est valable pour beaucoup de métiers ou fonction).

    Mais la société semble demander du sensationnel, du simple (du simplisme) et du court (du mono-ligne). À moins que ce ne soit la seule demande à laquelle on accède vu que c’est ce qu’il y a de plus facile, et c’est ce qui semble être le cas suivant le témoignage de cet article…

    Aliocha : Je ne pense pas que la société demande forcément du sensationnel, du simplisme et du court, surtout pas en matière de science. Pour le sensationnel, les faits divers suffisent. Quant au simple et au court, c’est une exigence du métier liée à la taille des articles qui, pour rester sur la science, n’est forcément pas la même que dans un revue scientifique et de la rapidité de l’actualité ainsi que de la nécessité d’être compris par le plus grand nombre; Mais cette exigence a été dévoyée ces dernières années par des éditeurs de presse qui tentent de se convaincre que si les ventes diminuent, c’est que les gens n’ont plus le temps de lire. Voilà qui les dédouanent de toute responsabilité et va dans le sens d’une réduction des coûts en journalistes et en papier. Ceux qui pensent les formats web ont le même sentiment : les analyses montreraient que l’internaute est zappeur, impatient, et qu’il faut donc faire court. Sauf que Eolas fait le contraire en écrivant des articles dont la taille moyenne correspond à une pleine page de quotidien. Sauf que j’ai à mon humble niveau interrogé mes propres lecteurs qui m’ont répondu qu’un article long ne les dérangeait pas s’il était intéressant. En conclusion, les experts qui croient connaître les attentes du public se plantent, ce qui n’aide pas la presse écrite à sortir de l’impasse.

    Commentaire par Plantouille — 27/10/2008 @ 02:19

  13. oulala, la dernière rotative n’est pas encore morte loin de là. Mais la rotative de Presse de plus en plus fera de la publicité et autres travaux de labeur « rémunérateurs » . Les ouvriers du Livre, malheureusement, vont se faire ratiboiser dans les grandes largeurs lors des états généraux de la Presse . Bonne continuation .

    Commentaire par long — 27/10/2008 @ 04:45

  14. @ Aliocha

    Là pas d’accord avec vous. Pourquoi ? Simplement parce que cette journaliste lui demandait de résumer en une phrase 60 témoignages d’AUTRES personnes.
    1- De quel droit Eolas allait-il déformer en une phrase ces 60 vécus différents ?
    2- je pense qu’il n’a pas voulu s’approprier les propos des magistrats, il leur a laissé un espace pour s’exprimer c’est tout (il l’explique très bien dans son billet du 17/10).
    3- C’est à la journaliste de faire ce travail de résumé, c’est à elle de mettre SA marque sur ces 60 textes, pas à Eolas.
    Ou alors il fallait dire à Eolas :  » Vous Eolas, qu’est-ce qui vous a touché dans ces 60 témoignages ? Dites le moi en une phrase. »
    Et là, c’était complètement différent.

    Je vous livre en tout cas la réponse d’EOLAS paru sur le blog de narvic :
    http://novovision.fr/?Journalistes-et-Magistrats-meme

    « Objection, votre honneur. Je racontais cette anecdote car cette question m’a fait éclater de rire. Je n’en tire aucune conclusions sur les qualités professionnelles de cette personne ou de sa profession en général. Après coup, le (très bref) résumé du (très long) entretien que nous avons eu est plutôt fidèle à mon propos, le coefficient de déformation, inévitable, étant plutôt bas.

    Il demeure que j’ai publié 66 textes, 64 au moment de l’interview. C’est un témoignage que j’offre. Il y a eu des tentatives de synthèses qui ont été faites, et plutôt bien faites, dans Le Monde, Rue89, Marianne2, La Croix… Mais faite par les journalistes eux même. Leur choix révèle un peu de leur subjectivité, mais c’est leur synthèse. Là, cette personne me demandait de faire, à sa place, une impossible synthèses (64 articles d’auteurs différents en une phrase !).

    J’ai ri, et j’ai voulu que mes lecteurs rient aussi. Je n’ai pas cité le nom ni le média concerné, car je ne considère pas qu’il s’agisse de maljournalisme, juste une question maladroitement posée.

    La meilleure réplique est venue d’Aliocha, qui m’a dit que je devais m’estimer heureux qu’elle m’ait accordé une phrase entière, et ne m’ait pas demandé de synthétiser en deux mots. D’ailleurs, je le lui ai synthétisé en trois mots : ras le bol.

    Quand je m’attaque à la presse, ce que je ne fais plus que d’une main tremblante, sachant qu’Aliocha veille, je suis autrement plus explicite.  »
    (pour lire en ligne ce commentaire et l’ensemble des réactions:
    http://novovision.fr/?Journalistes-et-Magistrats-meme )

    mini conclusion : Eolas a de l’humour (on le savait déjà). Non, il ne confond pas son travail avec celui d’un journaliste, même si, comme je l’ai dit plus haut, le décryptage qu’il offre de l’actualité juridique s’apparente parfois par certains côté à du journalisme.

    Aliocha Qu’il aille alors exercer son humour ailleurs que sur la presse. Je ne vois pas au nom de quoi il n’aurait pas le droit de résumer les propos des magistrats. On l’interviewe donc on lui demande une analyse personnelle sur une opération qu’il a organisée et dont il est par conséquent responsable. Il n’y a pas lieu d’en déduire que la journaliste n’avait pas lu elle-même les textes. Elle voulait peut-être seulement savoir ce qu’Eolas lui en pensait. Ou alors, c’était inutile d’appeler Eolas. C’était précisément l’objet de l’interview. Je suis lasse de cette présomption d’incompétence et de paresse qui pèse sur la presse. Quand vous l’aurez démolie et qu’il ne restera plus que la communication officielle pour vous informer, vous regretterez peut-être ces journalistes que vous avez tant décriés, mais il sera trop tard. J’ajoute que bien souvent je connais mieux les sujets que je traite que les avocats que j’interroge, la compétence n’est pas forcément du côté des experts. Vous seriez surprise de l’incroyable nullité de certains avocats.

    Commentaire par Phedra — 27/10/2008 @ 04:56

  15. Chère Aliocha,
     » je trouve au fond terriblement déloyal de la part d’Eolas d’avoir fait cette remarque, il faudra bien un jour qu’il assume le fait d’avoir choisi d’être avocat et non pas journaliste », et un peu plus loin:
    « qu’il aille exercer son humour ailleurs que sur la presse » … Euh… ailleurs que sur les médecins ,se serait bien aussi!

    Je sais que vous mettez au crédit d’Eolas son intelligence, et que d’autre part vous êtes pacifique. Mais l’audience de plus en plus large qu’il se vante tant d’avoir lui donne aussi des responsabilités, vous en conviendrez, et l’apolitisme dont il se prévaut est un leurre.
    J’emploie bien sûr le terme de politique là au sens large, disons de « projet de société. »

    Aliocha : j’ai beaucoup d’estime pour Eolas et c’est bien la raison pour laquelle je l’affronte, sinon je traiterais ses attaques par le mépris. C’est un pionnier en matière de blogs, il fait de l’excellent travail, ouvre des horizons, il est en effet d’une intelligence tout à fait remarquable. Mais je n’aimerais pas que les lecteurs confondent la justesse de ses analyses sur le droit et la justice avec l’approximation de son jugement sur la presse. J’ai fait le même métier que lui, je travaille tous les jours avec des avocats, je peux donc vous dire en tant que juriste qu’il est bon et même exceptionnellement bon. Mais aujourd’hui, je suis journaliste et en tant que tel, sachant par ailleurs que lui ne l’est pas, je vous assure qu’il est beaucoup moins pertinent quand il s’aventure en terrain journalistique.

    Commentaire par Doc — 27/10/2008 @ 11:21

  16. @ Aliocha
    Vous vous méprenez, je crois, sur le sens de mon propos. D’abord, je n’ai jamais dit (ni pensé) que les journalistes étaient nuls. Il y en a qui le sont, et comme tout le monde il m’arrive de piquer des coups de sang en lisant un mauvais article. Mais je n’ignore pas qu’il y en a beaucoup de bons, à Marianne par exemple, au Parisien, qui est à mes yeux un des meilleurs quotidiens français actuels, à La Croix, dont l’éthique du métier rend le traitement de l’actualité généralement plus respectueux des personnes et moins porté sur le sensationnel que la plupart des confrères, au Courrier international bien sûr, etc. Quant à la radio, média que je vénère par dessus tous les autres, elle permet d’écouter de très talentueux chroniqueurs et propose souvent des émissions d’une qualité remarquable. En outre, j’apprécie particulièrement les bons reporters, qui sont souvent l’honneur de la profession, qu’ils soient correspondants de guerre ou « correspondants de paix » au fond d’un bidonville, sur un chantier du BTP ou dans un collège de Corrèze.

    Tout cela, cependant, ne diminue en rien mon scepticisme sur le rôle que joue actuellement la presse dans le « débat public » et, plus globalement, dans la vie démocratique. Je ne vois pas de raison de modifier substantiellement ce que j’ai déjà dit sur son rôle majeur dans l’affaiblissement de diverses institutions et dans l’abaissement de l’esprit public. C’est un phénomène qui s’observe sur la longue durée, et que ne pouvaient sans doute pas prévoir ceux qui ont mené les premières campagnes de presse victorieuses qui ont permis dans notre pays l’installation de la république (pensons simplement à l’affaire Dreyfus). La guerre de 14 a marqué un tournant, avec une presse majoritairement asservie à l’unique objectif de maintenir « l’esprit de guerre ». Si l’on excepte la satire prophétique menée par Balzac, dès l’époque de la Restauration, dans Illusions perdues, c’est dans l’entre-deux guerres que se font jour les critiques les plus profondes du nouveau rôle joué par la presse — par exemple par Karl Kraus en Autriche. En France, ce n’est un secret pour personne que la presse s’est montrée incapable de faire saisir à l’opinion le danger représenté par Hitler, et c’est presque une loi d’airain que, lors des grands débats nationaux ou internationaux, la presse vole en général au secours de la victoire. Entre temps, elle détruit des réputations, nourrit le cynisme ambiant et flatte le goût du public pour la vulgarité. Et elle n’est jamais aussi cruelle que pour ceux dont elle a d’abord subi l’attrait.

    Avec tout cela, soyez-en sûre, je continue de lire le journal tous les jours, je continue d’estimer grandement les journalistes qui font honnêtement leur travail — sans eux ce serait encore bien pire — et je cherche sincèrement des raisons de sortir de mon pessimisme. Il me semble simplement que cela devient de plus en plus difficile, et que nous avons, après tout, la presse que nous méritons. Elle est, comme nous, inculte, vulgaire et mercantile. Ou, pour le dire autrement : je crains que ce qui est arrivé à l’Italie avec l’arrivée au pouvoir d’un grand patron de presse ne soit un symbole assez cru de ce que l’avenir nous réserve.

    J’espère que vous pardonnerez cette amertume. Croyez, en tous cas, que je vous lis justement pour entretenir mon respect pour ce que le métier de journaliste a de meilleur, et que j’y trouve plus d’aliment pour ma réflexion que dans tous les pamphlets contre la presse qu’on peut trouver sur le marché… Vous-même ne seriez d’ailleurs pas si véhémente, me semble-t-il, si vous n’aviez conscience de vous battre, non seulement contre les râleurs professionnels, mais aussi contre la tendance majoritaire de votre propre profession.

    Commentaire par Philarete — 27/10/2008 @ 13:23

  17. Aliocha, vous racontiez il y a peu votre chois de pseudo et le léger embarras avant votre première contribution sur un blog comme commentatrice, vous pourtant ultra rodée à l’écriture…et à mon avis aux relations sociales, aussi?
    Peut-être qu’il faut prendre en compte que la « blogosphère  » et les forums sont encore naissants à l’échelle de la civilisation: la politesse , les codes sociaux, les règles de savoir-vivre que nous avons apprises et que nous respectons n’y sont pas valables ; même si vous êtes l’exemple d’une tentative pour les transposer, vous êtes plutôt exceptionnelle .
    C’est quand même assez nouveau: des interpellations soudaines, sans se présenter, sans se serrer la main, et qui malgré cette intimité précipitée sont publiques! Sans compter qu’étant écrite, les méprises sont je pense extrêmement fréquentes, non pas sur le sens mais sur l’intention, qui penche facilement d’un côté agressif , à moins de faire preuve de trésors de délicatesse et de 🙂 . Et encore, même cela peut être mal interprété. Bon, plus l’anonymat, bien -sûr. Tout cela fait un cocktail excitant, passionnant, surprenant, et aussi débridé, désinhibé, un peu barbare.
    Moi, je suis stupéfaite des réactions que j’y lis, et hélas , que j’y suscite, parce que dans ma vie « en chair et en os », les échanges que je connais, même avec des gens que je connais mal ou depuis peu , sont paisibles et respectueux. Peut-être qu’un face à face « rattrape » sans arrêt des malentendus, mais aussi des propos blessants ou disqualifiants ?

    Commentaire par Doc — 27/10/2008 @ 15:07

  18. Quelle amertume!

    Je suis navré de vous voir dans cet état d’esprit là.

    Nous sommes dans une société de l’information. En principe, les journalistes n’ont donc pas de souci à se faire pour leur fonds de commerce puisque l’objet même de leur profession – l’information – est devenu l’objet même de la société.

    Sur ce marché, il y a de la place pour tout le monde et suffisamment de soleil pour que même ceux qui sont au dernier rang puisse bronzer.

    Ah oui, c’est vrai, il faut de l’argent. Pas tant que ça d’ailleurs.

    Mais vous n’allez pas me dire que c’est ça qui vous dérange?!

    Aliocha : Euh, vous me parlez en direct de la Lune ? Vous n’avez pas entendu parler de la crise de la presse ces derniers temps ? Vous ignorez que notre président s’en est saisi et qu’il y a des Etats généraux de la presse ? Personne ne vous a parlé de licenciements dans la presse ? De baisse des ventes, de difficultés financières au Monde, à Libé et partout ailleurs ? Allons, Tschok, réveillez-vous mon ami. Je ne rêve pas d’un journalisme pur sans capitaux, j’observe simplement qu’en période de crise on cherche tellement l’argent qu’on y laisse son âme. Or, un journal, comme beaucoup de chose d’ailleurs, c’est du métier, de la passion et un projet économique qui tient la route. Pas seulement un investissement froidement calculé par des promoteurs qui conçoivent un « produit presse » comme un apsirateur à pub. Non seulement c’est nul comme approche, mais c’est l’échec assuré

    Commentaire par tschok — 27/10/2008 @ 16:17

  19. J’aimerais vraiment vous parler de la lune, sans blague.

    J’ai entendu parlé de la crise de la presse écrite, sur papier, et quotidienne.

    Le reste ne se porte pas si mal que ça.

    Internet oblige à changer de support, donc de structure de production et, of course, de produit (avec plein de services dedans, y-compris l’édition d’un support… écrit).

    C’est pas la fin du monde, c’est une étape.

    PS: je suis d’accord avec vous sur le rôle de la pub dans un journal, mais il ne faut pas être trop idéaliste non plus.

    Commentaire par tschok — 27/10/2008 @ 16:43

  20. @ aliocha

    Malentendu.
    1-
    J’ ai écrit : « Ou alors il fallait dire à Eolas : ” Vous Eolas, qu’est-ce qui vous a touché dans ces 60 témoignages ? Dites le moi en une phrase.”
    Et là, c’était complètement différent.  »

    Réflexion que votre commentaire ne semble pas avoir pris en compte.

    2- Si, n’importe qui a le droit de refuser de résumer en 300 signes 60 témoignages ( combien de signes déjà ?).

    3- Je trouve que l’on perd un peu de temps à discutailler les compétences des uns et des autres. Il y a des bons avocats, des moyens, des mauvais, des bons journalistes, des moyens, des mauvais, des bons médecins, des moyens, des mauvais…
    Je suis sûre que vous avez aussi rencontré dans votre carrière de bons experts en droit ( du moins aussi bons que vous).
    Rassurez-nous, Aliocha !

    Commentaire par Phedra — 27/10/2008 @ 19:18

  21. Chère Aliocha,

    Il faut que vous relativisiez vis à vis d’Eolas.
    La plupart du temps, Eolas réagit à la « presse » internet, c’est à dire les articles qu’on peut trouver sur google news, ou dans son cas particulier, si je ne m’abuse, yahoo.

    Personnellement, je lis ces news avec un profond scepticisme, voire carrément de l’agacement, car le niveau général de ces articles est consternant, et pour ce que je peux en juger sur la matière juridique, ils sont majoritairement au mieux bourrés d’approximations, au pire d’erreurs, et je préfère ne pas parler des éditos de Christophe Barbier sur la justice.

    En revanche, mon emploi du temps d’étudiant étant mal fait, j’occupe quelques unes de mes heures creuses à lire la presse mise gracieusement à disposition dans ma faculté. Eh bien je redécouvre le plaisir de lire du bon journalisme, avec des articles qui argumentent, qui sont étayés, et une opinion à laquelle on est pas obligé d’adhérer, mais qui devient présentable grâce à la qualité de l’article.
    Bon, j’attends d’avoir sous les yeux une actualité juridique, mais ce que j’ai déjà pu lire me rend confiant.

    J’ai vraiment l’impression que ces petits articles en ligne causent beaucoup de dégâts à votre profession. Il s’agit de faits, parfois transposés objectivement, parfois colorés d’une opinion qui est forcément désagréable, car il n’y a pas tout le travail de recherche et d’argumentation qui fait la saveur et l’intérêt de la presse papier. Autrement dit, j’ai l’impression que c’est du journalisme sans travail de journaliste, et à cet égard, quand Eolas fait un billet en réaction à un article en ligne, il a la tâche facile.

    Commentaire par Herbie — 27/10/2008 @ 23:26

  22. Le métier change, ce n’est pas nouveau. J’ai commencé comme secrétaire de rédaction au moment où la PAO s’imposait, quand XPress était jeune. Ceux qui étaient resté au plomb commençaient à mourir de faim, le poste de SR prenait un contenu différent partout, selon que les personnes restantes s’appropriaient telle ou telle part du travail, les SR devenant souvent SR-maquettistes ou SR-correcteurs. Dans le même temps, alors qu’ils venaient d’ajouter un métier supplémentaire à leur emploi du temps sans augmentation notable de leur salaire, on leur a demandé de travailler plus vite (aujourd’hui un SR unique et son maquettiste montent en trois semaines un magazine mensuel qui prenait un bon mois aux alentours de 2000, ils ne sont pas mieux payés). Ensuite c’est l’une des bases de la filière qui a morflé : le travail du photograveur a été miniaturisé successivement par l’arrivée de la photo numérique, par la disparition des films quadri au profit du « Computer to plate », puis ces dernières années par le fichier PDF qui, réalisé directement par le maquettiste, permet de sauter presque entièrement l’étape du photograveur.
    Tout cela c’était les soutes, et les rédacteurs d’alors, les journalistes qui écrivent, n’avaient pas vraiment vu leur métier changer. Vers 1998-2000 pourtant, il était déjà devenu courant de voir le journaliste composer lui-même son texte sur XPress. Au début des années 2000, les affaires se sont vraiment gâtées. D’abord il y a eu les tours, avec une gentille contraction du marché publicitaire (pour moi ça c’est bien passé, merci, pour d’autres c’était moins marrant). Mais c’était aussi l’époque de la bulle Internet, les débits devenaient plus importants, les forfaits illimités moins chers, le web grossissait chaque jour, les investissements aussi, le crapaud se faisait bœuf. Tout cela s’est continué, l’« explosion de la bulle » en 2003 ne faisant que ralentir un temps le processus. L’information était disponible en ligne en masse, les gratuits apparaissaient (0 exemplaires quotidiens distribués en 2001, 870 000 l’année suivante, 1 595 000 en 2007). Les tirages des journaux d’information connaissaient dans le même temps une érosion continue de leurs tirages (Diffusion payée : Le Monde 1999 : 390 000 , 2007 : 320 000. Libé : 169 000, 137 000), et de leurs recettes, tant publicitaires que de vente :
    http://www.ddm.gouv.fr/IMG/pdf/infomedias_no14.pdf
    Pendant toutes ces années, les entreprises de presse ont donc diminué la voilure (souvenez-vous des nombreux plans de départ volontaire) et concentré leurs investissements sur leur face web, ils n’avaient pas trop le choix. Pour le journaliste, les conséquences sont simples : il faut donc produire plus, le faire pour deux médias qui ne s’expriment pas de la même façon (en particulier dans leurs rapports différents au temps et donc à la hiérarchie de l’information), et cela dans un monde où l’information prolifère, et donc voit son prix baisser.
    Cette situation me paraît assez nécessairement conduire à une baisse de la qualité générale. Les formats tendent à s’uniformiser au profit de ceux du web, la qualité technique demandée par les patrons de presse s’abaisse à ses normes, les sujets traités obéissent de plus en plus aux règles du buzz qui sont celles d’Internet. On voudrait que la presse papier profite de la révolution numérique pour faire valoir ce qu’elle peut apporter de singulier, mais une logique économique la tire en sens inverse.
    Dans une telle situation, on peut choisir d’adopter, comme le fait Aliocha, une position de résistance : « défendre le métier ». Ce n’est certes pas suffisant. D’abord parce que la communication subit des transformations si fortes qu’il serait tout simplement vain d’espérer nager contre le courant : pour traverser une rivière, on nage en biais. Le métier de journaliste change, qu’on le veuille ou non, et c’est au journaliste lui-même de se demander comment son métier doit changer, comment il peut tenter d’infléchir ce changement. Il ne peut pas compter sur les patrons pour le faire : ceux-ci le préfèrent doux et muselé, et guère sur l’opinion, qui les méprise toujours un peu. On sait qu’il faut passer sur le web, évidemment, mais on devine aussi que ce n’est pas là qu’on gagnera de quoi bouffer convenablement, pas maintenant en tout cas. Pour ma part, je vois bien qu’il faut que je change de métier, et c’est dommage parce que je ne sais vraiment rien faire d’autre.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 28/10/2008 @ 13:30

  23. Ma chère Aliocha,

    Je pense que vous avez raison de monter le ton, de montrer les dents, de défendre bec et ongle les fondamentaux de votre métier. Je pense qu’il faut en effet et par les temps qui courent, s’émouvoir, se révolter.

    Pas la révolte arme au poing, mais celle-là même, des mots, que vous employez. Car à force de tenir et d’accepter des discours fades, des mots trop doux, pas trop blessants, surtout sans choquer, on en arrive à subir un discours lisse, voire creux.

    La langue française dans sa richesse, nous propose toute une panoplie de tons, d’émotions, qui permet de communiquer précisément. Et de l’émotion ma chère Aliocha vous m’en procurez lorsque je vous lis, lorsque je lis Eolas et dernièrement ses invités.

    Nous ne devons pas perdre cette capacité, humaine, de s’émouvoir. Il ne faut plus garder nos colères, nos coup de cœur, nos révoltes, nos nuits d’amour. Nous devons les crier à la face du monde.

    Ensuite, si internet change votre métier, c’est indéniable, certains semble croire que nous devons accepter une baisse de qualité du au média. NON. Tschok nous dis :
    « Internet oblige à changer de support, donc de structure de production et, of course, de produit (avec plein de services dedans, y-compris l’édition d’un support… écrit). »
    Désolé je ne suis pas d’accord, le « produit » en question ne dois par être changé, il doit garder sa qualité, on peut changer le packaging, la manière de le faire mais le « produit » lui si il change, ce doit-être pour tendre à l’excellence, la justesse, voire la vérité?

    Comme je le disais sur un post précédent, nous, lecteurs, voire les commentateurs, nous devons déjà faire notre auto-critique, et réfléchir à ce que nous acceptons de consommer en terme d’information et de presse! Je suis d’accord avec Aliocha quand elle dit que la crise financière que traverse la presse va l’aider à se dégager de l’emprise de la publicité et peut-être, nous donner l’occasion de retrouver plus d’articles avec du relief. Mais cette crise nous pouvons la provoquer aussi nous même en refusant d’acheter certain titre de presse qui s’apparente plus à des panneaux publicitaires alignés dans ces grandes avenues qui conduisent aux centres commerciaux de nos grandes villes.

    Certains auteurs (pardon, journaliste), publient aujourd’hui sur le net, avec liberté, plus de signes pour développer leur analyse, leurs humeurs, et je préfère aller les voir « chez eux », plutôt que dans un hypermarché. Mais je préférerait les lire dans leur journal, en compagnie de leurs collègues, comme dans un café.

    Aliocha, ma chère continuez donc de vous émouvoir, et gardez vous bien d’éteindre vos colères.

    Commentaire par Manu — 30/10/2008 @ 08:59

  24. […] vite dans l’impossibilité de remplir les conditions qualitatives de cette déontologie, et ce par submersion – comme c’est actuellement le cas par […]

    Ping par [12-2008] Crise du journalisme et des médias : 2 - Regagner la confiance | Miscellanée de réflexions — 08/06/2011 @ 17:33


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