La Plume d'Aliocha

24/10/2008

Le poids de la faute

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 13:02

C’était couru d’avance. Hier les magistrats manifestaient pour crier leur colère et alerter sur l’état de la justice. Ce matin, la remise en liberté accidentelle d’un violeur récidiviste balaie d’un revers de manche leur indignation et les renvoie dans le box des accusés. Et Yves Thréard, rédacteur en chef du Figaro d’expliquer sur i-télé que si la justice en est là, c’est qu’elle souffre de corporatisme et se dresse depuis 30 ans contre toutes les tentatives de réforme. Les juges apprécieront. Bien sûr que d’écrire « infirme » au lieu de « confirme » en bas de la décision est regrettable. Bien sûr que c’est une horreur pour les victimes et un danger pour tout le monde que cet homme ait été relâché. Et l’on s’indigne, et l’on reparle de la responsabilité des juges. Mais à entendre les commentaires sur cette affaire, on à l’impression que les magistrats sont la source de tous nos maux, que les tribunaux sont des repaires d’incompétents corporatistes. Allons, revenons à un peu de raison et mettons si vous le voulez bien les choses un tout petit peu en perspective.

Parlons de faute

Depuis janvier dernier, je travaille sur l’affaire de la Société Générale. Vous me direz quel rapport ? Celui de la compétence et des moyens justement. Le dossier Kerviel n’est pas encore jugé, nous ignorons beaucoup de choses sur ce qui s’est passé réellement. Simple bouc-émissaire Kerviel ou vrai coupable ? C’est la justice qui nous le dira. En février dernier, soit quelques jours après l’annonce des pertes abyssales de la banque tant en raison du dénouement en urgence des positions du trader qu’à cause des subprimes, l’inspection interne de la banque a rendu son rapport au conseil d’administration sur la série de dysfonctionnements internes qui a concouru à la perte de 4,9 milliards. Ce document est passé relativement inapperçu bien qu’il ait été rendu public. Il est ici. Attention, pour le lecteur non-averti, c’est un voyage au pays du jargon financier. Allez voir le tableau en fin de document. Vous verrez qu’il y décrit les mécanismes de contrôle interne qui ont failli dans cette affaire. C’est quoi le contrôle interne me direz-vous ? Ce sont toutes les procédures à respecter dans une entreprise de cette taille, et en particulier dans une banque, pour contrôler les risques, c’est-à-dire à chaque étape d’une opération s’assurer qu’elle est conforme aux réglementations bancaires et qu’elle se déroule normalement. La Société Générale avait la réputation en France d’être une des banques les mieux organisées, les plus sûres. Que découvre-t-on dans ce document ? Tout simplement qu’il a fallu plus de 70 alertes réparties sur plus d’un an pour que quelqu’un se préoccupe dans cette merveilleuse machine de voir ce qui dysfonctionnait. Cela veut dire qu’à plus de 70 reprises les systèmes de contrôle ont signalé un problème avec les opérations de Kerviel sans que personne ne réagisse. Et si vous lisez ce précieux document, vous verrez qu’il y a des réactions proprement hallucinantes. Par exemple, celle de cette employée qui interroge Kerviel sur une opération qu’elle ne comprend pas. Il lui répond, elle ne comprend pas la réponse mais comme les règles de contrôle interne lui imposent de s’informer mais pas de comprendre, elle en reste là. Dans d’autres cas, des problèmes sont détectés mais il n’est écrit nulle part qu’il faut prévenir la hiérarchie, alors on ne le fait pas. Bien sûr, on nous dit que le trader aurait dissimulé ses actes, il n’empêche, si quelqu’un avait entendu les alertes plus tôt, on aurait peut-être limité la casse. Le contrôle de srisques, c’est fait pour cela.  Coût de l’opération : 4,9 milliards d’euros. Avec les dépréciations liées aux subprimes, cela nous donne 6,9 milliards. Cette banque a de l’argent, la preuve elle va survivre à la perte et heureusement. Elle a des employés sur-diplômés, des systèmes informatiques sophistiqués, des mécanismes de surveillance millimétrés. Cela n’a pas évité une série d’incompétences répétées durant un an. Et là vous songez : « oui, mais la finance c’est complexe, alors qu’écrire un mot pour un autre dans une décision de justice c’est d’une bêtise affligeante ». Ne vous laissez pas impressionner par le jargon technique bancaire. D’abord, eux sont censés savoir ce qu’ils font, c’est leur métier. Ensuite, n’importe quel commissaire aux comptes vous dira qu’en dehors de tous ces mécanismes de contrôles sophistiqués, il y en avait un, humain et imparable que eux connaissent, mais visiblement pas la hiérarchie de Kerviel : le trader ne partait jamais en vacances, or, c’est un indice qui alerte immédiatement un contrôleur professionnel sur une possibilité de fraude. En effet, un salarié qui ne part pas en vacances c’est souvent parce qu’il ne veut pas qu’on fouine dans ces affaires, parce qu’il a quelque chose à cacher ; vous voyez, la finance, cela reste une affaire humaine au fond. Et n’importe quel directeur de salle des marchés vous dira aussi que le métier ne s’improvise pas, qu’il faut « sentir » ses traders, que c’est encore la meilleure des garanties. Là encore, ce n’est pas de la finance compliquée, mais de l’humain.

Des choux et des carottes ?

Maintenant savez-vous à combien s’élève le budget de la justice pour 2009 : 6,66 milliards d’euros. Voilà qui laisse rêveur non ? Je vous entends penser : « cette journaliste confond les choux et les carottes, quel rapport entre les pertes d’une société privée et le budget de l’Etat, ce n’est pas parce que la Générale a perdu 6,9 milliards que la justice est pauvre et encore moins pour cela qu’elle commet des erreurs ». Vous avez bien entendu raison. A cette réserve près que c’est un manque à gagner en termes de recettes fiscales pour l’Etat cette petite plaisanterie. Je voulais simplement montrer que des erreurs et des grosses, il y a en a aussi et d’impardonnables dans le privé. Simplement les grandes banques ont les moyens de se défendre, les appuis politiques, le poids économique, des services de communication renforcés en cas de crise par de grosses agences qui font tout pour  limiter l’atteinte à l’image de l’établissement, arrondir les angles, noyer le poisson. Au final que nous reste-t-il comme image de cette affaire aujourd’hui ? Une perte de 2 milliards mais c’est normal, c’est la fatalité, tout le monde s’est planté sur les subprimes. Et une « fraude » nous dit-on qui a coûté 4,9 milliards, mais là, c’est la faute d’un homme. Bref, tout ceci, c’est la faute à pas de chance. Les juges eux travaillent avec des bouts de ficelle, n’ont pas de services de communication pour peaufiner leur image, pas de moyens pour mettre en place des systèmes de contrôle interne, aucun poids politique, aucun poids économique non plus. Pire, il suffit pour contenir leur révolte et retourner le public contre eux de leur envoyer une erreur au visage et le dossier est refermé. Circulez y’a rien à voir, ces juges sont nuls, ils n’ont que ce qu’ils méritent. Et pendant ce temps, l’Etat sourit aux banquiers et leur prête 10,5 milliards. Notez, il n’a pas le choix, sinon, c’est toute l’économie qui plonge.

Quand on observe comme je le fais tous les jours, ces deux mondes en parallèle, celui de l’économie et celui de la justice, on est conduit forcément à relativiser l’indignation suscitée par les erreurs de la justice. Bien sûr elles sont graves, bien sûr elles mettent en cause la liberté et la sécurité. Mais il n’en demeure pas moins qu’il subsiste une criante injustice médiatique entre le traitement réservé aux puissants de la finance et celui accordé aux professionnels de la justice. La conséquence de cette inégalité de traitement est perverse si elle amène les français à prendre le parti des politiques contre les juges quand il faudrait sans doute faire le contraire pour le bien de tous. Les banques ont failli, elles ont gravement compromis l’avenir de notre économie par une série d’erreurs d’appréciations ? Le gouvernement accourt et le public grince un peu des dents, mais il approuve. La justice remet en liberté par erreur un délinquant dangereux, on la cloue au pilori sous les huées de la foule. Une grande banque reste sourde à ses systèmes d’alertes pendant un an, ça passe totalement inapperçu. Un greffier commet une erreur de retranscription et c’est le scandale. Deux poids, deux mesures ? « Selon que vous serez puissant ou misérable écrivait le grand fabuliste, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Ce n’est plus vrai en justice, mais devant le grand Tribunal médiatique c’est en revanche terriblement exact.

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30 commentaires »

  1. Très chère Aliocha,

    Après la journée de révolte des magistrats, et la façon dont elle à été traitée dans les médias, je ne puis que vous dire une chose : Bonne chance pour l’indépendance de la presse, parce que c’est pas encore gagné gagné tout ça….

    Commentaire par Adrien — 24/10/2008 @ 13:24

  2. je suis pleinement du coté des gens qui veulent plus de moyens et mieux pouvoir vivre, pour améliorer MON PAYS : les magistrats.


    et il faudra que le gouvernement et les médias me paient (cher) pour que je change de conviction.


    La Justice est bien plus importante que les médias ou une erreur malheureusement opportune. Il y aura d’autres erreurs, mais on aura toujours besoin de plus de justice, plus de personnes, plus de moyens, plus de progrès : plus de France !

    Commentaire par oomu — 24/10/2008 @ 13:40

  3. J’avais dit que je ne commenterai plus d’ici lundi prochain, tellement j’avais honte des fautes laissées dans mon dernier com’ …

    Mais je ne peux m’empêcher d’applaudir sur le billet de ce jour ! Bravo, belle démonstration.

    Lorsque j’ai entendu ce matin l’info sur l’erreur du greffier, je me suis dit : « Si on avait voulu saboter la journée du 23/10 auprès de l’opinion publique, on ne s’y serait pas mieux pris ! »

    Certes, cette erreur est vraiment dommage. Mais l’erreur est humaine.

    Et c’est pourquoi il y a normalement des mécanismes de contrôle mis en place, plus ou moins lourds et importants selon le risque d’erreur.

    Là où le public ne peut pas comprendre, c’est pourquoi la Justice semble fonctionner sans ces moyens de contrôle là ?

    Et pourtant, toute personne sensée sait bien que plus on est surchargé, moins on a de temps et de moyens pour travailler, plus on a de (mal)chance de faire une erreur !

    J’estime d’ailleurs moi-même avoir été victime de ce genre d’erreur (sans la conséquence d’avoir peur de rencontrer un violeur dans ma rue, bien sûr) : j’ai reçu en début d’année un jugement (code de la route, juridiction de proximité) qui ne correspondait pas à ce le juge avait dit en fin d’audience (conducteur non identifiable, donc pas de perte de points … un point tiens-je à préciser) ! J’estime donc que ce genre d’erreur doit être relativement courant.
    Mais pour la faire corriger … c’est une autre paire de manche. J’ai donc renoncé et espère retrouver mes 12 points dans qqs mois.

    En conclusion, plutôt que de jeter l’opprobre sur la Justice, ce fait divers devrait servir à mettre la pression sur une vraie réflexion politique sur le fonctionnement de la Justice.

    Bon, aller, je me relis et je poste !
    Yalla !

    Commentaire par Yves D — 24/10/2008 @ 13:43

  4. Travers bien français que de créer des lois pour régler des problèmes, tout en oubliant les décrets d’application, de produire des manuels de procédure de contrôle interne en 50 pages brochées sans en assurer le suivi.
    Un banquier en chef du FMI n’a-t-il pas montré que le code d’éthique ne s’adressait pas à sa personne ? Et la presse d’embrayer : mais c’est pas français ça ! C’est une conspiration des puritains anglo-saxons anti-français, vive la liberté !

    La SG a totalement failli dans l’application des procédures de contrôle interne, a pesé de tout son poids pour tenter de maintenir Kerviel en détention, a fait circuler dans la presse des rumeurs tendant à présenter l’intéressé comme maniaco-dépressif. Quelle lâcheté…

    C’est à peu près la même chose qu’un garde des sceaux qui tente de coller sur le dos de magistrats les conséquences d’une politique qu’elle a imposée.

    Je regardais hier le discours d’Alan Greenspan devant la commission du congrès américain. En termes simples il a dit « Je pensais qu’un système qui avait parfaitement fonctionné pendant trente ans était un modèle durable, je croyais que les marchés financiers s’auto-réguleraient pour assurer leur propre survie ; et bien je me suis trompé sur toute la ligne, et j’en suis complètement attéré ».

    Commentaire par Mathaf Hacker — 24/10/2008 @ 14:04

  5. Merci Alliocha pour cet article. Je souhaiterai vivement que beaucoup de vos confrères s’en inspire.

    Commentaire par HPM — 24/10/2008 @ 14:35

  6.  » manque à gagner en termes de recettes fiscales pour l’Etat cette petite plaisanterie »…

    Et le bilan censé être positif au 31 decembre des positions cachées de Jérôme Kerviel, elles ont été réintégrées dans le résultat imposable ? ;-))

    (l’autre question ce sont les + 2.10p9 des subprimes : autre perte ou aggravation de la perte ?)

    En tout ça sera passionnant à lire vos articles sur cette affaire !

    Commentaire par Hapax — 24/10/2008 @ 14:41

  7. « un salarié qui ne part pas en vacances c’est souvent parce qu’il ne veut pas qu’on fouine dans ces affaires, parce qu’il a quelque chose à cacher « :
    c’est aussi tout simplement un jeune salarié, célibataire et sans enfants (qui n’a pas d’obligation de partir pendant les vacances scolaires ou 1 semaine en amoureux à l’étranger) et/ou un salarié payé à la commission pour qui chaque jour non travaillé est une prime en moins.

    Par exemple, je connais des commerciaux avec salaire fixe de 3.000 euros et des primes mensuelles (sur résultats) de 2.000 euros (les mauvais mois).

    Aliocha : je n’ai pas dit que les salariés qui ne partaient pas en vacances étaient tous des délinquants, je pars moi-même très peu car je suis une droguée du boulot, j’ai dit que c’était un signal d’alerte classique chez les professionnels du contrôle. Ce qui signifie qu’on se penche sur leur cas pour en savoir plus, c’est tout

    S’ils partent 3 semaines en vacances, c’est direct 30% d’argent en moins sur leur feuille de salaire.

    Commentaire par jid — 24/10/2008 @ 15:03

  8. Surtout que la journée d’hier n’a pas eu le droit au retentissement médiatique qu’elle méritait (à mon humble avis). Pour les gouvernants en général, et pour Dati en particulier, la question qui se pose est : « la magistrature, combien de division ? ».

    Au-delà des problèmes de communication et de populisme, le vrai problème reste finalement une vraie méconnaissance des institutions (et pas que judiciaires…). Si les Français savaient, ils seraient peut-être plus indulgent et moins aveuglés dans leur quête du bouc émissaire (le corporatisme des magistrats, des enseignants). Mais je me fais peut-être des idées…

    Au sujet du corporatisme, je pense utile de citer la préface du très intéressant ouvrage « La France, malade du corporatisme ? XVIIIe-XIXe siècles », écrit sous la direction de deux historiens (Steven L. Kaplan et Philippe Minard).
    « Pour notre part, avec ce titre un brin provocateur, et surtout son point d’interrogation, nous voulions souligner notre perplexité d’historiens devant la promptitude avec laquelle se précipitent tant de bon docteurs au chevet du malade, si sûr du diagnostique. Pourtant, à y regarder de plus près, la notion de corporatisme s’avère floue et ambivalente, recouvrant des acceptions multiples qui se sont peu à peu superposées, dans une certaine confusion. » En gros, le corporatisme, c’est rétrograde, c’est le retour de l’Ancien Régime.

    Ou encore : « Vue de l’étranger enfin, la question paraît une affaire typiquement française, car le sujet ne fait nulle part autant débat. Il existe pourtant bien partout des syndicats, des professions des groupes qui défendent leurs intérêts; sans que cela choque aucunement ; il faut donc se demander pourquoi ce qui est normal ailleurs devient controversé en France. »

    Et puis on pourrait se poser une question (faussement ?) naïve : le rédac’ chef du Figaro, il n’a pas des revendications corporatistes ?

    Aliocha : L’un des dangers qui guettent les journalistes est ce que j’appelle « la maladie du dîner en ville ». On rencontre à dîner ou dans les cocktails des gens très importants qui disent d’un ton très sentencieux des choses parfois stupides ou inspirées par des considérations inavouables. Or, cela fait des années qu’il est d’usage dans les dîners en ville de traiter les juges d’imbéciles paresseux, rétrogrades et contestataires. Il faut dire que les politiques et les milieux d’affaires ont une dent bien compréhensible contre la justice…Quand j’en chope un tenant ce discours, je lui explique les problèmes matériels de base, et la réaction est toujours très drôle « ah bon, c’est à ce point ? Mais on ne me l’avait pas dit ». Ben oui, c’est à ce point là, mais qui le sait ?

    Commentaire par pollicarpe — 24/10/2008 @ 15:32

  9. «la remise en liberté accidentelle d’un violeur récidiviste balaie d’un revers de manche leur indignation »
    Ce qui reviens à dire qu’elle INfirme leurs doléances ; alors que pour moi elle les CONfirme : qu’a force de faire de la productivité, l’erreur énorme deviens probable.

    Comme quoi, même un journaliste du Figaro peut faire un contresens. Y compris en le faisant exprès.

    Aliocha : tant mieux, à voir les réactions sous ce billet, je constate que le travail d’Eolas a porté ses fruits, j’espère que cela débordera le simple cadre de la blogosphère.

    Commentaire par Pilou — 24/10/2008 @ 16:24

  10. Aliocha, au risque de ne pas être sur la même longueur d’onde que celle que vous semblez percevoir dans l’opinion, je trouve au contraire que cette erreur (remise en liberté) pointe le doigt sur les manques de moyens et dysfonctionnements actuels de la justice. Car qu’un juge qui gère tout les jours des dossiers sensibles, qui engage sa responsabilité, influence la vie des hommes avec des bouts de ficelle commette une erreur me semble au contraire très compréhensible (sans être excusable). Cela ne le serait pas s’il disposait des milliards du banquier.

    Commentaire par Vonric — 24/10/2008 @ 16:49

  11. Je ne peux qu’être d’accord avec vous Aliocha. Moi même, quand j’ai vu la nouvelle dans « le monde » (en ligne) je me suis dit « et merde »… Le bon indicateur pour voir ce que dira l’opinion publique est, je pense, de voir ce que les JT de 13 et 20h de TF1 diront… Puisque beaucoup semble prendre pour parole d’évangile ce que disent ces journaux…

    De mon côté, j’essaie de convertir le plus de gens que je peux à la cause, tout simplement en les invitant à lire le blog d’Eolas. Mais autant ça a été simple de convaincre mon prof/délégué syndical FO de mon école d’ingé d’aller voir le blog du maître, autant ça a été une autre paire de manche (une heure 30 de débat) avec un ami veilleur dans une citéu qui ne s’intéresse pas beaucoup au malaise des magistrats (comme beaucoup de gens, malheureusement).

    Vous savez quoi ?… A voir ce qui s’est passé hier, et ce qui s’est passé aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est une bataille perdue d’avance, que jamais les magistrats ne seront écoutés, que même si c’est la gauche qui passe aux prochaines élections présidentielle et législatives ça ne changera pas, vu ce qui s’était passé sous les gouvernements précédents… Bref, je suis abattu et on pourrait presque déprimé pour nos juges… C’est grave docteur ?

    Aliocha : en 1998, le budget de lajustice s’élevait à 25 milliards de francs, soit 3,81 milliards d’euros. Aujourd’hui, il est à 6,66 milliards. On progresse, enfin, sauf cette année où l’augmentation est faible. Mais les contentieux aussi augmentent. Financièrement, la situation a été pire, le problème, c’est que maintenant elle n’est toujours pas idyllique et en plus c’est moralement que les juges n’en peuvent plus. L’action d’Eolas aura au moins la vertu d’être un exutoire élégant, pacifique qui respecte la dignité de leur fonction. Qui sait si elle ne se prolongera pas de manière politique ?En tout cas, la reprise par la presse est de bonne augure.

    Commentaire par Triskael — 24/10/2008 @ 17:31

  12. Ne pensez vous pas que le trader, ses supérieurs, les contrôleurs, la direction de la SG ont tous adopté (à l’insu de leur plein gré bien sûr) le principe de la célèbre « Martingale Classique » à la roulette :
    je joue… je perds
    je rejoue le double… je re-perds
    je rejoue encore le double du double… je re-re-perds
    …et ainsi de suite jusqu’à finir par gagner.

    Dans la pure logique des statistiques on fini toujours par gagner. C’est imparable. La seule contrainte c’est d’avoir assez de mise pour continuer le plus loin possible (une banque est confiante sur ce point), ou que quelqu’un viennent vous dire stop c’est trop (c’est peut être un journaliste qui est venu mettre son grain de sable dans le barillet de la banque …et pan, le coup est parti ! un trader touché, encore une banque au tapis !). 😉

    Dans un sens ça aurait pu être pire : la mise d’après était de 9,8 milliards d’euros !

    Commentaire par Oeildusage — 24/10/2008 @ 18:51

  13. Sinon, je reviens sur cette anecdote judiciaire du violeur libéré sur la simple intime conviction d’une faute d’orthographe !

    Je suis sûr (je l’ai écrit en commentaire dans un autre billet de votre blog : « Arrêtons de prendre les journalistes pour des imbéciles ») que c’est le résultat d’une malencontreux « Copier-Coller » que le greffier a fait pour gagner du temps à partir d’une trame de jugement.
    Distraite, surchargée et préoccupée par toute cette agitation judiciaire, la souris du greffier a glissé sur le Copier, et Coller le mauvais préfixe.

    Commentaire par Oeildusage — 24/10/2008 @ 19:06

  14. Bonsoir Aliocha,

    Juste quelques mots pour vous dire que j’ai eu tout juste le temps de vous lire et peu d’intervenir, alors je profite du répit pour vous souhaiter un bon week end.

    Aliocha : quelle charmante idée, bon week-end également Tschok !

    Commentaire par tschok — 24/10/2008 @ 20:06

  15. L’inspection de la Société Générale a rendu son rapport sur les dysfonctionnements internes… 27 pages que je viens de lire. J’ai un scoop… j’ai découvert pourquoi et comment les milliards d’euros à la SG ont vraiment disparu !

    En infiltrant la banque (technique nouvelle assez controversée), j’ai pu constater que pour former et garder l’ensemble du personnel de la SG au top des mécanismes boursiers, et leur permettre d’évacuer le stress par le jeu, la Direction a fait installer un jeu de simulation et de stratégie virtuelle financière sur tous les ordinateurs de la banque, une sorte de Sim-City financier.

    Les écrans du jeu sont si réalistes qu’on les confonds avec ceux des vrais logiciels de contrôle des opérations boursières. En fait, c’est une terrible méprise. Jérôme Kerviel et toute son équipe se sont trompés d’écrans : ils croyaient jouer et simuler dans le virtuel mais en fait c’était dans le réel !

    Je me disais aussi, comment peut-on jouer des sommes aussi incommensurables dans la vraie vie ? Il paraît aussi que ce jeu de simulation est très répandu dans toutes les banques mondiales. Ce serait donc ça l’explication à la crise ?

    Quelqu’un sait s’il existe un logiciel de jugement virtuel qui simule une décision de justice ? C’est pour me détendre…

    Aliocha : je pense qu’un tel jeu n’amuserait que vous 😉

    Commentaire par Oeildusage — 24/10/2008 @ 21:02

  16. A votre avis Aliocha c’est une simple coïncidence? J’ai été très mal à l’aise face à cette info ce matin, pile le lendemain d’une journée d’action unique en son genre des magistrats. Je reste perplexe.

    Quant au parallèle aux sommes « perdues » par Jérôme Kerviel, et le budget de la justice, cela me donne le vertige.

    Aliocha : j’espère que ce n’est qu’une fâcheuse coïncidence, je pense que oui.

    Commentaire par Caroline — 24/10/2008 @ 21:07

  17. Je suis totalement néophyte en matière de justice (une kesskidi, comme on dirait chez M° Eolas) mais pour moi, l’erreur du greffier démontre que le mouvement du 23 était fondé et ne le décrédibilise que pour ceux qui ne veulent pas savoir.

    Aliocha : vous m’en voyez ravie, mais c’est assez nouveau et c’est en grande partie grâce à Eolas, car depuis Outreau, les réactions sont plutôt anti-magistrats dès qu’une erreur est pointée par les médias.

    Commentaire par Tsoc93 — 24/10/2008 @ 22:12

  18. @ Aliocha

    La reprise dans la presse… J’ai essayé de voir quel était l’écho de cette action dans la presse… Et je suis navré de voir que dans les journaux papiers que j’ai lu (presse régionale : Ouest France, et internet : Le Monde) ce mouvement de mécontentement des magistrats n’a pas eu énormément de place… Moins qu’une grève dans une usine…

    J’espère sincèrement que ça va faire bouger les choses… Mais je n’y crois plus guerre malheureusement.

    Commentaire par Triskael — 24/10/2008 @ 23:24

  19. @ Triskael : en ce qui concerne la couverture du mouvement des magistrats dans l’Est de la France, j’ai été agréablement surpris par les deux journaux régionaux (Republicain Lorrain et Est Républicain) qui ont chacun consacré une page entière à l’évènement. Deux pages par ailleurs bien réalisées, claires, didactiques, bref du bon journalisme! Il faut dire que deux évènements « judiciaires » ont marqué notre région : la convocation du vice-procureur de Nancy M.Nativel en août dernier pour avoir critiqué les peines planchers pendant un réquisitoire et plus récemment l’interrogatoire nocturne du procureur de Sarreguemines ayant eu l’outrecuidance de faire incarcérer un mineur condamné et qui malheureusement s’est suicidé.

    Etant d’un naturel optimiste (et kantien), je me plais à croire que les choses vont finir par bouger dans le bon sens.

    Commentaire par Mussipont — 25/10/2008 @ 00:10

  20. J’espère de tout cœur que vous ayez raison mon cher Mussipont, je l’espère…

    Commentaire par Triskael — 25/10/2008 @ 00:18

  21. Je crois qu’étant donné les moyens dérisoires (j’ose l’affirmation, en toute confiance) dont disposent les personnels de la justice, les erreurs doivent être courantes.
    Je crois donc qu’une erreur grave a été recherchée, afin de la montrer à l

    Commentaire par DePassage — 25/10/2008 @ 01:57

  22. … oupe ; tout autre semaine d’action aurait je crois donné la même réponse.

    L’impression que j’ai, vis-à-vis de ceux qui les jugent incapables, me fait penser à cette analogie :
    un cancre en classe trop rudement rudoyé chez lui de par ses mauvais résultats, alors que c’est ce traitement qui est fort probablement source des notes faibles.

    Commentaire par DePassage — 25/10/2008 @ 02:00

  23. A propos d’erreurs « matérielles » je ne sais pas si vous avez suivi le 3ème procès de M. Jacques Maire : cet homme a été condamné en première instance pour un meurtre (avec acquittement pour un autre meurtre pour lequel il était accusé) à Nancy (15 ans de réclusion) puis en appel à Epinal pour les 2 meurtres (20ans de réclusion). A la surprise générale, la Cour de Cassation a cassé le deuxième procès l’année dernière en raison de l’absence de la signature du greffier sur une pièce du dossier. Maire avait donc été remis en liberté et là, à Metz, pour son troisième procès, il a été acquitté des deux meurtres! En voilà un qui peut dire merci à l’indigence des moyens de la Justice!

    Commentaire par Mussipont — 25/10/2008 @ 08:42

  24. Affligeant de voir que la Presse met à la Une un fait divers et sous traite (et je suis gentil) des questions de fonds sur notre Justice.

    Commentaire par holocanthe — 25/10/2008 @ 10:36

  25. Désolé de mettre un peu de contradictions dans les commentaires, mais….

    votre article me rappelle mon fils voulant justifier une mauvaise note par le fait que d’autres dans la classe en avait aussi une mauvaise

    et je ne crois pas que les français soient moins sévères pour les banquiers que pour les magistrats. Le gouvernement l’a bien compris qui appelait à faire tomber les têtes à la caisse d’épargne…

    Ceci dit, il y a quelque chose de très désagréable dans la manière dont ce gouvernement se sert des sans papiers et des délinquants (puis des magistrats par ricochet) comme boucs émissaires d’une situation générale qui exaspère les français

    Aliocha : j’évoque une inégalité dans les moyens de communication et dans les poids politiques respectifs qui entraîne une inégalité de traitement médiatique et politique. Il ne s’agit en aucun cas de dire l’autre à mal fait donc cela diminue ma propre responsabilité.

    Commentaire par verel — 25/10/2008 @ 11:33

  26. @25 : « Le gouvernement l’a bien compris qui appelait à faire tomber les têtes à la caisse d’épargne… »

    Mais quand allez-vous arrêter d’employer des termes inadaptés ?

    Pour les présidents de banques ou de grands groupes les têtes ne tombent pas, elles changent juste de casquette.

    Leur orgueil en prend peut-être un petit coup à cause de l’effet médiatique (merci les journalistes), Les « remerciés » doivent juste choisir dans quelle autre entreprise ils vont reprendre des responsabilités. Ni leur porte-feuille ni leur compte en banque ne seront touchés.

    En revanche, dans un plan social, une faillite, une délocalisation, là oui des têtes tombent, des porte-monnaie et des comptes en banque se vident.
    Ceux des salariés.

    Commentaire par Oeildusage — 25/10/2008 @ 20:56

  27. […] octobre 26, 2008 par jevoudraisvivrelibreetegale J’ai beaucoup aimé cet article : https://laplumedaliocha.wordpress.com/2008/10/24/le-poids-de-la-faute/ […]

    Ping par Jevoudraisvivrelibreetegale’s Weblog — 26/10/2008 @ 16:30

  28. Avez vous remarqué la folie de la période que vous vivons?

    C’est l’époque des procès permanents, de chacun contre tous et des uns contre les autres.

    Il y a 20 ans, on avait prévu qu’on atteindrait l’apogée lorsque la justice elle-même serait invalidée. Il était en effet assez logique de prévoir que le point ultime de la trajectoire balistique du soupçon serait atteint lorsque l’institution où doivent se tenir les procès serait à son tour la cible d’un procès.

    C’est fait 🙂

    Maintenant, on va redescendre.

    Il y a quand même des bonnes nouvelles.

    Commentaire par tschok — 27/10/2008 @ 16:38

  29. Désolé de revenir sur le sujet de la crise économique, mais cet après midi (lundi 27/10), j’ai eu l’occasion d’écouter en partie l’émission « Là bas si j’y suis » de Daniel Mermet. Beaucoup ne sont pas très friands de cette émission (qu’ils passent les commentaires de DM), mais c’était très intéressant et très instructif d’entendre les traders eux-mêmes. Le thème : « Spéculer plus pour gagner plus ! », « Convertissez-vous au tao de la bourse », « apprenez à avoir la juste attitude face aux marchés »…

    Cette émission était d’autant plus intéressante que c’étaient des traders et des professionnels qui expliquaient le métier, les astuces, les magouilles et les états d’âme. En quelque sorte un reportage fait en « infiltration par procuration ».

    Par exemple j’ai appris qu’il y a 2 types d’activités boursières (à 25’48 du reportage) : des traders qui investissent en bourse dans le but de produire de la richesse, en somme de la croissance, et d’autres qui spéculent uniquement sur des variations de prix boursiers dans le but de gagner très très vite et beaucoup. Pour ces derniers, que l’économie s’effondre, que des entreprises implosent, qu’il y ait des drames sociaux est le dernier de leur soucis. C’est plus qu’un jeu, plus il y a de dégâts plus c’est un gage de gain !

    Plus curieux, un pro expliquait (à 21’30 du reportage) comment vendre des actions qu’on a pas, on dit « déboucler sa position ». C’est du virtuel absolu ! un coup de poker en temps réel.
    Finalement, mon commentaire n° 15 n’était pas si loufoque que ça !

    Vraiment, si vous voulez en apprendre sur le métier de traders, écoutez cette émission, c’est étonnant. Pour ceux que ça intéressent voici le lien en podcast (le reportage commence vraiment à la 13.ème mn) : http://www.tv-radio.com/ondemand/france_inter/LABAS/LABAS.ram

    Commentaire par Oeildusage — 27/10/2008 @ 20:00

  30. @verel : “Le gouvernement l’a bien compris qui appelait à faire tomber les têtes à la caisse d’épargne…”.

    Désolé mais là je peux pas! Je travaille plus pour gagner plus selon l’expression maintenant consacrée, je me lève tôt tout les matin et ce 7j/7 , et là je suis à découvert, et mon banquier n’est pas venu ma réveiller de ma gueule de bois en me proposant d’effacer ma dette tout en me tendant un plateau avec une rallonge pour aller jouer au casino!

    Je suis outré des sommes JOUÉES par les banques, je suis RÉVULSÉ de voir que l’on refuse d’aider les faibles revenus, de donner des budget descend au fonctionnement de service tels que la justice ou la santé et quand je pense que va leur prêter l’argent des impôts de mes petits enfants…

    Les caisses étaient vides il y a quelques semaines!!!

    Votre Président (ce Mr ne sera jamais le mien autrement que techniquement), réclame des têtes de responsables, mais ou sont-ils? Les cherchent-ils? Quelles garanties demande-t-il en contrepartie du chèque en blanc!

    Les têtes des responsables ne vont pas tomber (sous réserve d’une cuite payée par notre argent).

    Mais des dommages collatéraux certes, plein, plein les rues…

    PS: Désolé d’employer un ton et un vocabulaire si véhéments mais là non VRAIMENT je ne peux plus entendre se genre de discours aveugle!

    Commentaire par Manu — 29/10/2008 @ 14:21


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