La Plume d'Aliocha

23/10/2008

Les juges ne mentent pas

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:45

Je vous avais promis un billet sur les Infiltrés, il attendra. Il y a une cause aujourd’hui plus urgente à faire entendre que les interrogations existentielles de la presse, même si celles-ci touchent à une liberté fondamentale. Il y a les magistrats en colère. En tant que journaliste, je vous confirme que notre justice va mal. Tous les témoignages publiés par Eolas reflètent l’exacte réalité de ce que j’observe moi-même depuis des années. En tant que journaliste, je n’ai pas à prendre parti, ce n’est pas mon rôle. Je dois me contenter de témoigner, d’expliquer. Je n’appelle donc personne à la rébellion. Je tenais juste à dire ici que ce qu’ils ont écrit est vrai. Mais le plus inquiétant, c’est qu’il n’y a pas que la justice qui est dans cet état. Je reproduis donc ci-dessous mon commentaire posté ce matin chez mon illustre Maître. Et, au passage, je vous invite à lire le billet de Narvic sur la révolution que constitue l’appel à témoignages lancé par Eolas. 

 

Cher Eolas,

Je me suis précipitée ce matin pour lire tous les billets. Je les ai trouvés émouvants souvent, inquiétants parfois, mais ils ne m’ont rien appris que je ne sache déjà, moi qui observe la justice depuis maintenant plus de 12 ans. Cela fait tant d’années que j’écris que la justice va mal, tantôt elle crie famine, tantôt elle pleure son honneur bafoué, parfois, mais c’est plus rare, elle se met en colère. Alors je la regarde tristement parce que j’ai peur que cette fois encore ses cris ne la mènent nulle part. Qui a peur d’une révolte des juges au gouvernement ? Personne. Ils ne pèsent rien économiquement et l’on s’arrange depuis bien longtemps pour qu’ils ne pèsent rien non plus moralement, ou si peu. 

Cela étant, une question rôde dans ma tête, lancinante depuis des années.
– La semaine dernière, une amie m’a raconté comment elle avait accouché sans médecin dans un hôpital parisien. C’était un soir de pleine lune, les urgences étaient débordées, le personnel enfilait les gardes sans dormir depuis 24 heures. Son mari a fini par trouver une sage femme, épuisée, si fatiguée qu’elle s’est pris les pieds dans la table d’accouchement et s’est assommée en tombant. Il n’y a pas d’argent à l’hôpital.
– Lundi j’ai regardé un reportage sur tous ceux qui ne gagnent pas suffisamment leur vie pour se loger. J’ai vu un cuisinier de 35 ans vivant dans 9m2 loin de son épouse, car on ne vit pas à 2 dans un 9m2, j’ai vu une fonctionnaire de la ville de Paris à la rue, des retraités installés dans un sous-sol où jamais n’entre le soleil, j’ai vu des ouvriers dans des caravanes insalubres plantés sur un terrain vague. Il n’y a pas d’argent pour le logement social.
– Hier soir, c’était les Infiltrés. J’ai vu une maison de retraite qui ressemblait à un mouroir, tenue par un personnel épuisé qui rudoyait les pensionnaires. Et j’ai entendu dans le débat qui a suivi que 70% des maisons de retraite en France étaient dans cet état là. Il n’y a pas d’argent pour les maisons de retraite.
– Depuis plusieurs jours, la presse nous livre le récit glaçant des suicides en prison, le sinistre compteur des victimes semble devenu fou. Il n’y a pas d’argent pour les prisons.
– J’ai aussi entendu les enseignants en colère et je sais qu’il n’y a pas d’argent non plus à l’école ou pas suffisamment.
– Mais j’oubliais, dans l’émission sur le logement, j’ai vu aussi fleurir les annonces scandaleuses qui proposent à des étudiantes sans moyen un studio contre des services inavouables. Il n’y a pas d’argent pour les universités. 

Tout ceci est bien curieux. On m’avait dit que je vivais dans un pays riche. Est-ce vraiment un pays riche qui n’a d’argent ni pour sa justice, ni pour ses hôpitaux, ni pour ses maisons de retraite, ni pour ses écoles, ni pour ses universités ? Est-ce vraiment une démocratie que ce pays-là ? En même temps je songe à nos jolies ministres en robes de bal, au train de vie des hauts fonctionnaires, des politiques, de l’Etat et je me souviens de ce que m’avait dit il y a longtemps déjà un homme bien lucide : « vous savez Aliocha, la France est une monarchie qui, lorsqu’elle se prend pour une démocratie, n’est plus alors qu’une république bananière ». 

Bonne chance aux juges dans leur combat.

Une journaliste en colère.

Publicités

23 commentaires »

  1. J’espérais que vous postiez ce commentaire sur votre blog, il(s) mérite(nt) lecture.

    Cela me rappelle un passage de la série Weeds, si vous me permettez le rapprochement avec un autre pays du G8.
    Sanjay: « Did you know that there are amazing opportunities to be had in the expoitation of emerging third- world counties? »
    Conrad: (to Sanjay) « There’s 300 billionaires in this country and 40 million people living below the poverty line. Wake up 7-Eleven; this is the f***ing third world.

    Commentaire par holdi — 23/10/2008 @ 11:05

  2. [HS]
    Désolé, Aliocha, mais je ne peux pas laisser passer ça…

    Il est formellement démontré que les nuits de pleines lune n’ont AUCUNE espèce d’influence sur le nombre des accouchements.
    Il s’agit d’un mythe fermement ancré (et largement colporté par les sages-femmes), lié directement à « l’analyse » toute subjective de l’esprit humain : on se souvient très bien des nuits de pleine lunes surchargées, mais on oublie systématiquement celles qui n’on qu’une faible activité, sans compter celles pour lesquelles la lune n’est pas visible par cause de mauvais temps. Bref, et les statistiques sont formelles, l’activité des maternitéés n’est en aucun cas influencée par la lune. D’ailleurs, POURQUOI le serait-elle ?).

    Il en va de même, bien sûr, pour les urgences hospitalières…

    Ou la file d’à côté qui va [i]toujours[/i] plus vite aux supermarchés, etc.

    C’est le B.A.BA de la psychologie sociale.

    Ça peut paraître un argument d’autorité (d’ailleurs c’en est un !), mais il est facilement vérifiable dans toute publication un tant soit peu sérieuse de psycho sociale, voire de zététique critique).
    [/HS]

    Cordialement, et merci de nous écrire « hors presse officielle », ça nous manquait vraiment

    F.

    Commentaire par furax — 23/10/2008 @ 13:14

  3. Beau billet résumé de la situation, qui aura sans doute le même impact que tous les beaux messages relayés par Eolas concernant la Justice.

    Quand on pense qu’il y a des journalistes pour croire que l’expression « blogeur influent » a un sens…

    Commentaire par Kemmei — 23/10/2008 @ 14:09

  4. @ furax : Je pense que vous avez loupé la cible… Aliocha n’a pas prétendue que la pleine lune avait influé sur le déclenchement de la naissance mais que le service des urgences était débordé.
    Par contre ça me surprendrai pas plus que ça que les pleines lunes influent sur le comportement humain et augmente la fréquentation des urgences médicales… mais c’est surement une légende urbaine.

    Commentaire par nyquist — 23/10/2008 @ 14:12

  5. Eh ben, c’est pas ben joli tout ça, mais que v’lez-vous, ma pôv dame !

    Et quoi faire ? Attendre que tout part à vau-l’eau ? S’en remettre à quel saint ? Faire la révolution (*) ?

    PS: Les histoires de lune, c’est déjà une histoire de révolution (de la Lune autour de la Terre); de là à y voir un signe !

    Commentaire par Baisance, NO? — 23/10/2008 @ 15:07

  6. @ nyquist >

    Ben non, désolé : les urgences médicales ne sont statistiquement pas, non plus, plus nombreuses les nuits de pleine lune ou autres syzygies (Yeaaah ! Pas facile à caser subrepticement dans une conversation, celui-là :).

    [HS]
    « C’était un soir de pleine lune, les urgences étaient débordées (…) »

    Je suis d’accord que la forme grammaticale, a priori, ne prête pas *explicitement* de lien de causalité entre les deux événements, mais dans ce cas, qu’en à-t-on a f…aire de savoir que c’était ou non la pleine lune ?

    Quoique, linguistiquement, la virgule induit en erreur, laissant penser à un développement ultérieur autour de cette notion de « soir de pleine lune » dont « les urgences » font parties (un point eût été plus approprié)…

    D’accord, je l’admet : je tetratrychotomise (maisenfinbon) : je sors -> []
    [/HS]

    ;))

    Aliocha : J’aimerais qu’on respecte la colère des magistrats, c’est le fond du sujet. Quant à cette nuit de pleine lune, c’est ce qu’on a expliqué à mon amie à l’hopital pour justifier la situation.

    Commentaire par furax — 23/10/2008 @ 15:48

  7. je n’ai pas encore eu le temps d’aller chez eolas lire tous ces messages reçus sur la situation de la justice. je suis parfaitement d’accord avec ce commentaire d’un journaliste en colère.
    mais ensuite, qu’est ce qu’on fait ?
    on peut poser les constats (c’est déjà ça), témoigner (c’est aussi ça), se battre contre ceux qui contrediront le constat et les témoignages (ce sera encore ça, souvent épuisant et fait à dessein d’ailleurs) mais, je pense, qu’un moment il faut prendre partie activement.
    certes, il y a les élections et il faut voter (cf le taux de participation pour certains scrutins). tiens, je crois que les prud’homales arrivent bientôt. mais encore, il y a des manifestations et des grèves (et là je renvoie aux commentaires dans l’opinion publique où les uns jouent contre les autres – j’imagine que certains juges dénigrent les grèves de profs quand ils restent à devoir gérer la garde de leur enfant et les profs la grève des infirmières s’ils doivent recevoir un soin, etc…). je n’ai pas de solution toute écrite mais je crois qu’il faut prendre conscience du caractère général de la situation – en gros, celle des services publics – et utiliser les moyens à disposition dans le cadre d’une République (pas seulement se penser contribuable quand on est aussi médecin et qu’il s’agit des enseignants, etc – certes, il y a parfois des revendications catégorielles déplacées).
    Bref, il me semble qu’ayant conscience de cette situation, on ne peut se contenter de rester dans son canapé à regarder un téléfilm mais qu’il faut vouloir s’informer, vouloir dialoguer, vouloir agir pour améliorer les choses et le faire. c’est un peu le problème, il me semble (la démocratie telle que nous la connaissons est finalement trop souvent de délégation)

    Aliocha : Bref, être un citoyen quoi… 😉

    Commentaire par david — 23/10/2008 @ 16:07

  8. Aliocha, j’ai cru lire dans un autre de vos billets – ou était-ce ailleurs ? que vous aviez une sensibilité de droite.

    Et maintenant je lis cette indignation sur ces services publics qui manquent de moyen. Je me dois de poser cette question : peux-t-on réellement concilier ces deux positions ?

    J’ai peut-être une vision trop simpliste, trop étriqué du clivage droite-gauche, mais j’ai du mal à vous suivre, ici.

    Soit on essaye, tant bien que mal, d’injecter de l’argent, notre argent, dans ces services publics, soit on estime que le plus important, c’est que l’économie tourne, que cela offrira à chacun la possibilité de s’enrichir et ainsi de se passer des services publics pour se tourner vers le privé.

    Les deux positions sont défendables, mais difficilement conciliables – sauf à mettre de l’eau dans son vin, mais on n’est plus de droite, ni de gauche d’ailleurs, on est simplement au centre.

    Cela étant, je partage votre indignation. j’ai la chance, d’une certaine façon, de ne rien voir de tout ça, ni de l’intérieur (je bosse dans l’informatique dans le privé) ni de l’extérieur (pas de contact avec la justice, ni trop avec l’hôpital et pas encore d’enfants), mais ce qui est dénoncé dans votre billet nous rappelle que tout ne va pas si bien dans notre pays.
    Et ce qui est le plus décourageant, c’est que la plupart des acteurs sont de bonnes volontés. Les profs se démènent, avec les professionnels de la justice et de la santé pour faire leur boulot malgré le manque de moyen.
    En définitive, ceux sont eux qui trinquent le plus… Car les personnes exposées à ces services publics ne le sont qu’occasionnellement, tandis qu’eux voient ces situations dramatiques quotidiennement.

    Aliocha : j’ai aussi écris que j’étais d’une indépendance intellectuelle forcenée et que je n’acceptais d’être enfermée dans aucune case, réduite à aucune étiquette. Cela étant, j’accuse ici les politiques d’avoir perdu le sens du service public. On ne devrait dépenser un denier public que d’une main tremblante et avec infiniment de prudence et de respect. Or, je ne vois partout que gaspillage et futilités. Ce n’est un problème ni de droite ni de gauche, c’est une interrogation sur la politique à la française

    Commentaire par Pierre — 23/10/2008 @ 16:20

  9. Aliocha, dans les pays qui ne sont pas riches, il n’y a tout simplement pas d’écoles, pas d’universités, pas de maisons de retraites. La justice est rendue dans des conditions non avouables.

    Oui nous sommes un pays riche, mais comme ne nous ne sommes jamais contents, il y aura toujours quelque chose qui n’ira pas, ce ne sera jamais parfait.

    Et pourtant, quand on regarde, soit le passé, soit d’autres pays bien moins lotis que nous, nous n’avons pas franchement à nous plaindre !

    Aliocha : Désolée, quand j’observe le train de vie de l’Etat et que j’entends pleurer les juges sur leur misère, je ne peux pas m’estimer satisfaite. Il me semble qu’il existe des modèles démocratiques dans lesquels les ministres ont des plafonds de notes de frais, non ? Qu’on arrête de nous dire que l’Etat est en faillite tout en continuant de mener grand train. Au risque d’être grossière, voire franchement provocatrice, le mot morale me vient à l’esprit, c’est fou non ?

    Commentaire par authueil — 23/10/2008 @ 16:37

  10. Ethique, morale, déontologie, les grans mots sont lâchés, Aliocha !
    Allons, ne vous laissez pas emporter… Ce n’est pas avec ces mots qu’on participe à des galas – même pas à des galas de charité. Il faut bien profiter, que diable !

    Commentaire par Pierre — 23/10/2008 @ 17:01

  11. @Authueil,

    Devons-nous nous comparer avec les moins chanceux que nous et nous dire que nous ne sommes finalement pas si mal lotis, ou bien avec les plus chanceux que nous et nous dire que nous devrions chercher à nous améliorer ?

    Devons-nous tirer la France vers le haut, ou bien la laisser s’enfoncer vers la situation des pays qui ne sont pas riches ?

    Commentaire par Zoinx — 23/10/2008 @ 17:05

  12. Zoinx,
    comparer avec les moins chanceux, c’est pour retirer un acquis,
    comparer avec les plus chanceux, c’est pour demander un sacrifice.

    Commentaire par david — 23/10/2008 @ 17:19

  13. Il ne s’agit pas de juger, mais d’avoir un peu de recul. Bien entendu que notre pays est perfectible, mais quelque part, il est le résultat de notre action : on a les élites que l’on se donne !

    Aliocha, le train de vie de l’Etat, certes ce n’est pas la pauvreté, mais voulons nous un gouvernement à la suédoise ? Si oui, il finira pas arriver, sous la pression. Mais cette volonté, je ne la vois pas tant que cela arriver. Le français ne cherche pas à changer le système sur ce point, mais plutôt à être calife à la place du calife !

    Trop facile de taper sur le système, sans chercher à voir qui, au final, fait les choix !

    Aliocha : tous les journalistes le savent, et ils ont le sentiment de dénoncer dans le vide, vu qu’il n’y a jamais ou si peu de sanctions, ce qui est parfaitement désespérant.

    Commentaire par authueil — 23/10/2008 @ 17:43

  14. Il y a même mieux que des plafonds de notes de frais pour les ministres : la possibilité de les consulter.

    C’est le cas en Suède.

    C’est efficace, apparemment.

    Et pas que par les nuits de pleine lune ! ;-))

    Commentaire par Hapax — 23/10/2008 @ 18:20

  15. @authueil : « Oui nous sommes un pays riche, mais comme ne nous ne sommes jamais contents, il y aura toujours quelque chose qui n’ira pas, ce ne sera jamais parfait.  »

    Le problème n’est pas que nous soyons un pays riche pauplés d’éternels insatisfaits mais c’est surtout ce sentiment que beaucoup d’entre nous ont (et ils ont peut être tort), à savoir que les choses ne s’arrangent pas, que la richesse du pays augmente certes, mais au profit d’une élite, que le nombre de personnes en situation de précarité augmente, que la qualité des services publics (santé, police, justice) diminue, bref ce sentiment que le pays est sur le déclin.

    Aliocha : eh bien Mussipont, vous virez à gauche ? 😉

    Commentaire par Mussipont — 23/10/2008 @ 23:54

  16. Mussipont, arrêtez de faire votre gauchiste. La situation s’améliore pour tous le monde. Elle s’améliore plus vite et plus fort pour certains, ce qui suscite des jalousies.

    Regardez les conditions de logements des français dans les années 50, regardez aujourd’hui. Les bidonvilles n’existent quasiment plus aujourd’hui, tout le monde a l’électricité, l’eau courante. Les logements ont en moyenne une pièce en plus.

    C’est nous qui sommes devenus plus difficiles. Rendez vous compte que les HLM clapiers à lapin ont constitué un progrès formidable pour leurs premiers occupants (il est vrai qu’ils étaient neufs, mais quand même).

    Sur la qualité des services publics, c’est pareil, vous voyez ce que vous avez, en le comparant à un âge d’or mythique, qui n’existe que dans les fantasmes des syndicalistes ! Le service actuellement offert par les services publics s’est souvent amélioré : les préfectures, les impôts, la poste, le téléphone (souvenez vous du 22 à Asnières de Fernand Reynaud). Est ce qu’un service qui était assuré avant ne l’est plus aujourd’hui. Attention, je vous parle du service en lui même, pas de la forme juridique selon laquelle il est organisé.

    Aliocha : Donc pour vous être de gauche c’est voir des pauvres partout, être de droite c’est n’en voir nulle part ? Les cités ne sont pas devenues des bidonvilles d’après vous ? Et aux portes de Paris, sous les piliers du périphérique, vous n’avez pas vu des villages en tôle ? Et la nuit, sur le pas de porte des boutiques, vous ne trouvez pas qu’il y a beaucoup d’ombres allongées ? Et chez les marchands de sommeil ? Et vous parlez de jalousie ? C’est un sentiment de riche la jalousie. Mais celui qui n’a nulle part où se loger, il n’est jaloux de personne, il n’a pas le temps d’être jaloux, il s’en fout d’être jaloux, il veut juste un endroit où dormir. C’est tout. Il suffit de se promener dans la rue pour voir que les écarts se creusent, je n’ai jamais vu autant de voitures de luxe et je n’ai jamais vu non plus autant de gens assis sur les trottoirs en train de tendre la main. Sortez la tête des chiffres et des statistiques, regardez ce qui vous entoure

    Commentaire par authueil — 24/10/2008 @ 10:13

  17. Aïe, ça y est je me fais traiter de gauchiste par Aliocha et Authueil…moi qui ai toujours voté UDF, RPR ou UMP…quelle misère quand même cet Alzheimer précoce… 😦

    Cher Authueil,

    1 – Vous comparez la situation actuelle avec celle des années cinquante : quitte à faire vous auriez pu remonter un peu plus dans le temps en comparant avec le XIXème siècle ou pourquoi pas avec le néolithique, votre démonstration n’en aurait été que plus frappante.

    2 – je sais que je m’exprime comme un pied mais, avant de me sauter à la gorge, vous pourriez prendre le temps de lire ma prose : j’ai écrit que beaucoup de nos concitoyens ont le SENTIMENT que les choses se dégradent, je n’ai jamais dit que je trouvais que les choses se dégradent et j’ai dit que beaucoup ont le SENTIMENT que le pays est sur le déclin. Pourquoi ce sentiment?

    3 – proposition de réponse avec un exemple, la Santé : c’est vrai que maintenant les malades accèdent facilement à toute une série de techniques médicales pointues comme les scanner, les IRM et que nous bénéficions tous incontestablement des fabuleux progrès de la médecine. Et pourtant, dans le même temps le citoyen lambda que je suis constate qu’il y a 10 ans quand il appelait le service de garde en pleine nuit un médecin arrivait dans l’heure et que maintenant on lui dit que « ce n’est pas grave » et qu’il peut attendre le lendemain pour voir son médecin au cabinet. On lui dit que le médicament qu’il se faisait prescrire et qui était remboursé est maintenant considéré comme un médicament de « confort » et qu’il faudra qu’il le paye de sa poche. Alors toutes ces petites choses donnent l’impression que le service Santé perd en qualité.

    Commentaire par Mussipont — 24/10/2008 @ 11:24

  18. Mussipont
    « qu’il y a 10 ans quand il appelait le service de garde en pleine nuit un médecin arrivait dans l’heure et que maintenant on lui dit que “ce n’est pas grave” et qu’il peut attendre le lendemain pour voir son médecin au cabinet »

    Et c’est là qu’on s’aperçoit qu’effectivement, ce n’était pas bien grave, qu’on pouvait attendre et qu’il y a 10 ans, on gaspillait.

    Même chose sur les médicaments de confort. Ils ne sont plus ou mal remboursés, on les prescrit moins et finalement, on ne s’en porte pas plus mal !

    Aliocha, vous courez après des ombres. La misère ne disparaitra pas. Bien entendu il y a toujours des SDF, bien entendu que les cités HLM ne sont pas toujours bien belles à voir et agréable à habiter. Mais je maintiens ma position, il y a 50 ans, c’était pire ! alors oui, il y a eu du progrès, sans doute pas assez pour vous, mais la situation s’est quand même amélioré. Cessez donc de confondre la réalité telle qu’elle est et la réalité telle que vous voudriez qu’elle soit 🙂
    C’est vrai que c’est une attitude plutôt répandue à gauche d’être « en colère », de dénoncer et finalement de se retrouver parfois à charger des moulins à vent 🙂

    Aliocha : je ne pense toujours pas être de gauche, pour autant, je suis inquiète depuis 4 ou 5 ans de voir de plus en plus de gens à la rue. Je suis aussi inquiète de l’évolution des prix de l’immobilier qui ne correspondent plus aux salaires même si ça à l’air de se tasser et je suis encore inquiète du manque de logements sociaux, sans compter l’état des finances de l’Etat, les conséquences à venir de la crise de liquidité, les retraites etc. Je ne rêve pas d’un monde de Bisounours, je ne prétends pas résoudre la pauvreté en bavardant sur un blog, mais je ne peux pas non plus me mettre la tête sous l’aile. Et je regretterais que la gauche ait le monopole de l’inquiétude sur le sort de ceux qui ne s’en sortent plus.

    Commentaire par authueil — 24/10/2008 @ 15:27

  19. J’ai écouté hier matin l’émission sur France Inter sur « Le malaise des magistrats ». Deux invités s’exprimaient sur la question : Serge Portelli et Philippe Bilger. A priori l’un et l’autre étaient là pour défendre des avis opposés sur l’origine de ce malaise.

    N’étant pas spécialiste du milieu judiciaire et peu informé sur les tenants et aboutissants profonds de ce malaise, il m’a semblé qu’ils disaient foncièrement la même chose ! Peut-être Serge Portelli a-t-il osé une affirmation un peu plus sincère en reconnaissant que le vrai problème n’était pas l’actuel ministre de la justice¸ mais que l’actuel ministre de la justice était un vrai problème…

    Après réflexion, je suis resté dans un état d’incompréhension parce qu’effectivement, comme vous le dites si bien Aliocha, au regard de toute cette misère d’une partie de la population, il est devient inconvenant et grossier d’entendre des représentants de professions aisée se plaindre avec des discours qui semblent souvent très loin des considérations et problèmes concrets du citoyen de base, en l’occurrence du justiciable du bas de l’échelle sociale.

    Aliocha : Attention, cela fait bien longtemps que les juges ne sont plus une profession de privilégiés, ne confondez pas les robes herminées d’une poignée de magistrats en fin de carrière à la Cour de cassation avec la situation de l’ensemble des juges. Ne confondez pas non plus la solennité du rituel judiciaire et ses palais souvent historiques avec la réalité du travail des juges et leur rémunération. Quant à leurs préoccupations, elles touchent le citoyen de base, c’est lui qui souffre en priorité de l’état de la justice.
    Mais aussi parce que les désaccords et conflits sont aujourd’hui omniprésents, toutes professions et tous secteurs économiques confondus (la crise financière actuelle en est un bon exemple).
    Au final aucune hypothèse ne s’impose sur les autres. Tous les arguments ne sont ni vrais, ni faux, ni opposables ni l’inverse.

    C’est un peu comme si ce brouhaha de protestation continuel était la conséquence de l’imbrication de « l’Effet Papillon » qui fait qu’un détail insignifiant chez les uns provoquerait un cataclysme chez les autres, et d’un autre effet, que j’appellerai « l’Effet Spaghetti ».

    Pour faire simple, « l’Effet Spaghetti » permet d’avancer l’hypothèse qu’à partir d’un niveau de complexité tel, quelque soit le domaine, le problème de base devient tellement difficile à comprendre et à appréhender que tout le monde est angoissé, se plaint, se bagarre, s’offusque et s’oppose comme par un réflexe de défense archaïque et irréfléchi. Médicalement il existe le réflexe de Moro (merci wikipédia) qui pourrait expliquer cela.

    Dans mes débuts professionnels j’oeuvrais dans la science de l’informatique. Il arrivait que lorsque je développais un logiciel, au fur et à mesure que j’apportais des réponses informatiques au problème de base, j’arrivais à un « Logiciel Spaghetti », c’est à dire qu’il devenait ingérable et imprévisible ; chaque modification faite dans l’urgence produisait des conséquences inattendues et dangereuses. Plus encore, retrouver l’origine du problème devenait quasi impossible.

    C’est ça « l’Effet Spaghetti ».

    Commentaire par Oeildusage — 24/10/2008 @ 15:41

  20. @Authueil : dédidemment je n’arrive pas à vous faire comprendre ce que je veux dire, je renonce.

    A propos de : « Et c’est là qu’on s’aperçoit qu’effectivement, ce n’était pas bien grave, qu’on pouvait attendre et qu’il y a 10 ans, on gaspillait. »

    Vous irez expliquer ça aux parents de la petite fille de 2 ans qui est morte dans la nuit dans un village près de chez moi après qu’au 15 on leur ait dit d’attendre le lendemain. Mais c’est pas grave, l’important c’est de faire des économies.

    Mussipont, gauchiste en herbe.

    Aliocha : vous n’êtes pas gauchiste, vous êtes sans doute comme je viens de le découvrir moi-même un kantien qui s’ignore, c’est-à-dire quelqu’un qui s’observe penser pour être sûr de penser le plus juste possible, ce qui distancie toute forme d’idéologie.

    Commentaire par Mussipont — 24/10/2008 @ 16:20

  21. @Alioche : Dorénavant je signerai Mussipont, kantien. Je trouve que ça a de la gueule. 😉

    Commentaire par Mussipont — 24/10/2008 @ 16:29

  22. @Aliocha, commentaire 19
    Désolé, je reconnais ne pas bien connaître le milieu judiciaire de l’intérieur, côté professionnel, et encore moins le niveau actuel de certaines professions anciennement privilégiées. Je m’excuse auprès de ceux qui aurais pu être choquer par mes propos.

    En revanche j’ai fait la malheureuse expérience de chercher un avocat qui accepterait de me défendre sous « Aide Juridictionnelle » : 3 sur 4 m’ont très poliment répondu qu’ils ne pouvaient finalement pas. « Finalement pas » car la décision finale arrive après l’exposé de l’affaire, au moment d’évoquer les honoraires.

    Plus désagréable, j’ai croisé le fer judiciaire avec des adversaires « judiciairement puissants », procéduriers et bien à l’aise dans ce monde judiciaire actuel. Ils savaient manier astucieusement la procédure, embrouiller le fond du problème juridique, et éventuellement plus…
    Mais, on est bien d’accord que ni les avocats ni les magistrats ne sont responsables de ce type de dérive.

    J’ai finalement gagné en appel mais j’ai été ruiné financièrement et psychologiquement. Aujourd’hui, sans dire que je suis devenu aussi insensible que certains magistrats qui peuvent vous détruire d’un coup de jugement inique, j’avoue ne plus trop faire dans la dentelle quand j’évoque le milieu judiciaire et certains des acteurs qu’on y croise, même si très probablement la grande majorité est très respectable.

    Une fois de plus j’évoque « les trains qui arrivent en retard, pas de ceux qui sont à l’heure »… Mais ceux qui sont à l’heure ne posent pas les mêmes problèmes que ceux qui sont en retard ! 😉

    Commentaire par Oeildusage — 24/10/2008 @ 16:43

  23. Ce qui m’énerve le plus, et la situation des juges est emblématique de celles de tous les fonctionnaires actuellement, c’est la mauvaise foi incroyable du gouvernement. Le fait qu’il n’y a plus de sous et qu’on doit supprimer des postes, je peux le concevoir. Je ne suis peut-être pas d’accord, mais je peux le concevoir.
    Le fait qu’on jette le discrédit sur plusieurs professions, et qu’on explique que tout ira mieux en supprimant quelques centaines ou quelques milliers de postes selon les ministères, c’est insupportable. Non, les fonctionnaires ne sont pas des feignasses payés à se réchauffer au radiateur, et augmenter leur masse de travail continuellement tout en les traitant d’incapables n’améliorera pas les choses. Cette manière de faire me rappelle ces affaires de harcèlement moral dans les entreprises, quand un DRH veut jeter quelqu’un en rejetant la faute sur le malheureux tout en terrorisant les autres. C’est de la gestion ignoble, et maintenant à l’échelle de la Nation.

    Commentaire par Cassandre — 25/10/2008 @ 16:02


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :