La Plume d'Aliocha

21/10/2008

Qui a tué la liberté d’expression ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 10:00

Décidément, Philippe Bilger m’inspire en ce moment. Et c’est tant mieux. J’aime les débats. Dans un billet consacré à un épisode de la joyeuse vie de Michel Drucker sur Europe 1, le magistrat lance cette prédiction : « Bientôt, nous n’aurons plus l’ombre d’une possibilité d’écrire ou de parler librement parce qu’il n’est personne, aucune corporation, aucun groupe, aucune croyance, qui ne se sentira pas offensé. La censure ne nous laissera que de misérables restes ». Bientôt dites vous ? Mais je crains malheureusement que nous n’y soyons déjà, et depuis un bout de temps même. Sinon, pourquoi tant de gens éprouveraient-ils le besoin d’ouvrir des blogs, d’autres d’y commenter, trouvant ainsi un exutoire à ce que visiblement ils ne peuvent pas, ou plus, exprimer ni dans les dîners en ville, ni dans les bistrots. Et surtout une consolation à ce qu’ils ne lisent plus dans les médias, ne voient plus à la télévision, n’entendent plus à la radio, ou si faiblement. 

Est-ce pour autant la grande libération ? Pas du tout. Les blogs que je fréquente sont de haute tenue, je n’aperçois aucun dérapage, mais que des gens sérieux exprimant des réflexions sérieuses. Mais pourquoi là, et pourquoi de manière anonyme ? Un des commentateurs de ce blog a évoqué le fait que l’anonymat était une résistance, mais une résistance à quoi ? Ne vivons-nous pas en démocratie, n’avons-nous pas des textes protégeant notre liberté d’expression ? Des juges pour les appliquer avec discernement ? Que se passe-t-il donc ? Pourquoi avons-nous cet étrange et désagréable sentiment de vivre le contraire de la liberté d’expression ? En tant que journaliste, je vous propose une explication : la communication, la langue de bois, le politiquement correct, la pub et la marketing. Voilà ce qui a tué la liberté d’expression. Plus sûrement que la pire des censures. Et si vous tentez de vous y opposer on brandit le spectre du procès, du blacklistage, du dénigrement. Tout cela me direz-vous ?

Le triomphe d’un monde aseptisé

Observons ensemble le déroulement de nos journées à l’aune de la communication. Dès l’aube pour ceux qui aiment la télévision, on nous propose des informations aseptisées, des interviews courtoises, des reportages brefs comme des spots publicitaires. Tiens, parlons-en de la pub. Avez-vous observé le monde qu’elle nous propose ? Suivons-là. D’abord il y a le réveil avec la boisson qui rend heureux. Sautons ensuite dans notre voiture qui roule en silence et sans rien polluer sur des routes parfaitement vides. Puis voici le moment de passer l’aspirateur en talons aiguilles d’un bras nonchalant, forcément, c’est un aspirateur sans sac, après nous irons souscrire une assurance chez un professionnel qui a tout prévu pour notre confort même ce qu’on n’avait pas imaginé, avant d’écouter notre banquier nous chanter la sérénade d’un avenir radieux à moins que nous ne préférions suivre le petit bonhomme vert qui portera les courses que nous aurons achetées grâce à son gentil crédit…bref, j’en passe et notamment la voiture qui écarte les obstacles, les chips mexicaines qui donnent envie de danser, la boisson très sucrée qui ne fait pas grossir, les céréales avec des fruits si appétissants qu’ils ont beau sortir d’une boite, on les dirait frais.

Quand la pub envahit la presse

Vous voyez de quoi je parle ? Et bien imaginez-vous que, dans mon métier, je reçois une cinquantaine de  communiqués de presse chaque jour qui me proposent des informations tout aussi chatoyantes. C’est la crise ? Qu’à cela ne tienne. Telle banque vient d’inventer le produit miracle garanti contre tout et veut me le présenter. Tel cabinet de conseil va enseigner à nos entreprises la maîtrise des risques. Tel groupe coté lance un nouveau produit. Tel autre annonce des résultats meilleurs que prévus. En bas de chaque communiqué, il y a une petite note me vantant les mérites de l’entreprise. C’est le monde merveilleux de Disney, en mieux. Si j’appelle l’une ou l’autre de ces boites que va-t-il se passer ? Je vous explique. On va me mettre en relation avec une attachée de presse qui va me proposer un rendez-vous de sa voix la plus sucrée avec l’Interlocuteur Officiel, directeur général, président ou autre. Je connais déjà quelqu’un en interne, c’est un ami. Inutile de l’évoquer, ça ne change rien, pour entrer en contact avec une entreprise, une institution, un cabinet de conseil, n’importe quoi, il faut passer par la chargée de relation presse. Obligatoire. Ensuite, on va m’organiser un rendez-vous. Ce sera avec un haut responsable, habilité politiquement à s’exprimer. Il sera en présence d’un ou deux communiquants qui observeront l’interview en prenant des notes. Se sachant sous surveillance, son discours sera policé. Pensez donc, un mot de travers ferait immédiatement le tour de l’entreprise et mettrait son poste en jeu. D’ailleurs, il a été briefé par les spécialistes de communication, il sait exactement ce qu’il doit dire. C’est-à-dire rien. Juste qu’il est content, que la nouvelle qu’il présente est exceptionnelle etc, etc. Intéressant n’est-ce pas ? Là-dessus, on rentre et on écrit un article. Sans oublier d’envoyer les citations à valider à l’attachée de presse avant parution pour être sûre qu’on n’a pas mal compris. Et c’est cela qu’on vous sert dans bien des cas, mâtiné au mieux de quelques réserves et mises en perspectives. Le journaliste qui écrit un papier pareil s’ennuie, à périr. Ce n’est pas pour faire des choses comme ça qu’il a choisi ce métier. Mais bon. S’il se débrouille pas trop mal, il accédera au statut envié de  journaliste favori de quelques puissantes institutions et, à force d’obéissance et de lâcheté, il finira pas avoir des exclusivités qui feront plaisir à son rédacteur en chef et favoriseront son avancement. J’entends par exclusivité, la même information parfaitement insipide, mais avant ses confrères. Je vous jure que je ne caricature pas. Alors évidemment on peut résister. C’est-à-dire ne pas ouvrir les communiqués de presse, réfléchir seul, chercher de vrais sujets, interroger les uns et les autres, pour faire de vraies enquêtes. Mais le circuit à suivre est le même. En pire. Il faut repasser par la communication, mais si votre sujet ne parait pas susceptible de mettre en valeur l’entreprise, pire, s’il pose des questions embarrassantes, on oubliera malencontreusement de vous répondre.  Et si, merveille des merveilles, vous trouvez quelqu’un à interviewer, ce sera dans bien des cas pour entendre de la langue de bois, voire un franc mensonge. Certains cabinets de conseil en ce moment tentent de m’insuffler l’idée de faire un article sur l’impact qu’a la crise sur leur activité. Vous savez pourquoi ? Pour m’expliquer éhontément qu’elle touche tous leurs concurrents sauf eux. Le problème, c’est que j’ai des amis chez les uns et chez les autres, des amis qui ne dorment plus la nuit et enfilent les week-end de brainstorming pour tenter de dessiner leur avenir, c’est-à-dire de survivre. Parce que la crise, ils l’ont prise en réalité de plein fouet. Et quand on dîne ensemble eux et moi le samedi soir, l’attachée de presse n’est pas là pour les surveiller, alors ils se lâchent, heureusement.

Boycott ?

Mais, me direz-vous, il faut boycotter ceux qui vous font ça ? Ah ! oui ? Boycotter les banques et les sociétés cotées dans la presse économique ? Boycotter les ministères, les syndicats, les institutions professionnelles ? Impossible, la communication est partout. Vous ne me croyez pas, vous pensez que j’exagère ? Alors demandez-vous pourquoi le discours de certains politiques vous parait si creux, si insipide…Demandez-vous pourquoi, par exemple,  les français aiment la ministre de la justice tandis que les magistrats eux se révoltent, de même que les surveillants de prison  et les avocats ? Parce qu’ils sont subversifs ? Allons, un professeur de droit me confiait il y a pas longtemps « ne demandez pas à un juriste d’être un esprit libre, la matière les dresse à l’obéissance ». Le ministère de la justice est un des plus difficiles. Les problèmes y sont lourds. Entre le manque chronique de moyens qui nous place en queue du peloton européen, l’état des prisons, et le fait que la justice est devenue le grand régulateur social, qu’elle est sommée de résoudre toutes nos difficultés, y compris nos interrogations philosophique par exemple sur l’inconvénient d’être né, la tâche consistant à piloter cette institution est rude. Mais heureusement, il y a la communication qui nous offre le portrait d’une jolie ministre courageuse, issue d’un modeste milieu d’immigrés et qui se bat en robe de princesse contre les méchants pour rétablir la justice. C’est magique, la communication, mais ça finit aussi par être lassant. 

Un mot quand même pour préciser ma pensée sur les professionnels de la communication. J’ai quelques amies qui font ce travail avec honnêteté, coeur et talent. A un tout petit niveau, quand elles apprennent à leurs clients à communiquer, elles ne font rien d’autre que leur expliquer comment exprimer leur pensée, valoriser ce qu’ils font. Elles leur apprennent aussi qu’il ne faut pas avoir peur des journalistes, que ce ne sont pas des charognards, que dans leur grande majorité ils sont simplement curieux d’apprendre pour ensuite raconter. C’est intelligent et c’est utile, surtout dans un monde où la communication est omniprésente. Ce que je dénonce, c’est le dévoiement de cette activité, les grosses machines qui savent créer une réalité de toute pièce où la forme tient lieu de fond. Personnellement, je n’ai que faire d’une princesse courageuse et rebelle à la Chancellerie, je voudrais juste entendre la femme politique s’exprimer, c’est tout.

Tout est perdu ?

Rassurez-vous, il reste des lieux de journalisme. Des journaux courageux, des journalistes qui arrivent à se faire respecter et même craindre, ce qui leur permet de faire leur travail. Mais l’omniprésence de la communication pollue peu à peu notre métier jusqu’à le vider de son sens. C’est un peu comme si on faisait un reportage sur une entreprise en regardant ses spots publicitaires et sa plaquette de présentation. Il n’y a plus aucun moyen de passer derrière le miroir, d’avoir de vrais interlocuteurs, d’entendre de vrais discours. C’est fini, tout est propre, lisse et aussi inodore et sans saveur qu’un jambon sous cellophane.  Mais me direz-vous, quel rapport avec la liberté d’expression ? Les communicants l’ont tuée, si habilement et si discrètement que personne ne s’en est rendu compte. En vidant peu à peu les mots de leur contenu. Il y a quelques jours, j’ai bavardé avec une directrice de communication. Tout en empêchant son patron de parler alors que j’étais venue l’interviewer (on en est là !), de peur qu’il ne dise quelque chose (hypothèse purement théorique), elle roulait des yeux extatiques et m’a lancé en fin d’entretien « notre entreprise est matricielle ». Je n’ai même pas eu le coeur de lui demander ce que c’était que cette nouvelle ânerie. J’aurais ri, si tout cela n’avait pas été si triste. Car à force de lisser ainsi notre vie, de l’envelopper de concepts vides de sens, de l’enjoliver d’images sans lien avec la réalité, on absorbe cette culture du factice, ces mots absurdes, ces idées creuses. Alors on ouvre un blog, pas pour dire des choses interdites, pas pour provoquer, pas non plus pour exprimer une rage ou une vengeance quelconque. Non, juste pour se réapproprier l’espace du discours, rendre leur sens aux mots, résister à la grande intoxication de la communication et de la langue de bois.

Vous voyez au fond, j’ai réfléchi. L’idée de Pujadas dans les Inflitrés, aujourd’hui je l’appuie et même je l’applaudis. Sous réserve de ce qu’il en fera, bien sûr. Car enfin, il va bien falloir qu’on en sorte de ce carcan, il va bien falloir qu’on redresse la tête et qu’on lutte à armes égales, nous les journalistes. On nous oppose une façade vernie et impénétrable ? Qu’à cela ne tienne, si plus personne n’est en mesure de répondre avec un minimum d’honnêteté à nos questions, nous irons chercher les réponses. David Pujadas s’est exprimé sur Paris Première dimanche, il m’a convaincue. Ce d’autant plus qu’il avait contre lui le directeur de Télé 7 jours. Je n’ai rien contre ce journal. Mais je ne suis pas certaine que ce soit le dernier refuge de la liberté de la presse en France. Et qu’on ne vienne pas nous le reprocher. Qu’on cesse de nous menacer des pires maux si nous avons l’audace de nous affranchir des circuits de la communication officielle et des impératifs du publicitairement correct. Franchement, ça suffit.

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52 commentaires »

  1. Je m’abstiens en général des simples commentaires qui se contentent de soutenir l’article, mais je vais faire une exception… j’aime que mes commentaires apportent une valeur ajoutée, mais dans ce cas précis, je crains qu’il n’y en ait aucune.

    Merci.
    Tout cela je le savais, mais pas nécessairement dans quelle mesure c’est exact. Et quelque part, mon intelligence se révolte contre ça, et j’espère toujours que quelqu’un, quelque part, saura me donner l’information qui aura filtrée – trop rarement.

    Aliocha : Vous savez, sauf à se prendre pour la 8ème merveille du monde, ce qui n’est pas mon cas, c’est important pour un blogueur de savoir si ce qu’il dit a du sens pour d’autres que lui. Et pour un journaliste, c’est fondamental. J’aime mon métier,j’essaie de vous montrer comment il fonctionne le plus sincèrement possible pour comprendre à mon tour comment il est perçu, comment nous devons évoluer. Je ne crois pas à la disparition du journalisme, mais je suis persuadée qu’il va devoir faire sa révolution. La question est : comment ?

    Commentaire par Pierre — 21/10/2008 @ 10:16

  2. Alors la seule solution pour un journaliste est d’essayer d’avancer caché comme dans les infiltrés? Je pose la question sans animosité, je m’interroge vraiment sur ce que devient la société si, pour obtenir des informations, pour tenir ses citoyens au courant de ce qui se passe, donc leur permettre d’y réfléchir, le relai primordial, le journaliste, est obligé d’avancer sous couverture. Oserai-je l’analogie avec le détective privé?!
    Après on s’étonne de l’incompréhension qui règne entre opinion publique et professionnels, hommes politiques et électeurs… Si les uns ne donnent pas de véritables infos aux autres, comment veut-on que les autres comprennent la nature et l’objectif de leurs actions et décisions?

    Aliocha : Disons que c’est une des solutions, dans certains cas. L’autre pourrait consister dans une révolte collective contre la communication, la tyrannie de la langue de bois et de l’auto-censure ; ça commence sur Internet, le problème c’est qu’on ne va pas sauver la presse en développant des solutions aletrnatives à la presse…

    Commentaire par Caroline — 21/10/2008 @ 10:22

  3. Bonjour, M’me

    Ben je plussoie plus que fortement. Je suis, en ce moment même, confronté à cette problématique. Je devais présenter notre produit dans un article pour un mensuel à caractère professionnel : 4 pages. C’est long pour moi qui n’a pas une plume aisée et un liaison plus que tumultueuse avec le français. Après environs 3 jours de travail répartie sur une bonne quinzaine, je propose un truc qui me plait bien, ce n’est pas tant la présentation de notre produit (en fait nous ne sommes même pas vendeur de celui-ci) que les raisons de sa création et le cheminement qui a conduit à le faire comme cela : En montrant quels sont les obstacles que nous avons du éviter. J’en profitais pour poser les questions qui me semblaient importantes pour que le lecteur puisse incorporer ce questionnement dans sa recherche de solution et éviter les écueils classiques.
    Eh bien, le résultat : je dois le réécrire pour supprimer toutes les possibilités de polémiques (parce qu’il ne peut pas y avoir de réponses ! ! !). Je suis dégoutté, je le fait juste parce que la personne avec qui je travaille me le demande, sinon l’article il pourrait mettre à la place un pitch de la série « Nounours chez les bisounours ». C’est creux, c’est nul, c’est inutile. Et j’ai perdu une semaine pour d’autres…
    Après on se demande pourquoi nous sommes dans une société gouvernée par les moins bons. Ce n’est même plus un nivellement par le bas, c’est un choix délibéré de laisser la médiocrité être le maître étalon de la reconnaissance sociale.

    Aliocha : c’est un cas classique, malheureusement…Euh, vous n’aimez pas les Bisounours ?

    Commentaire par herve_02 — 21/10/2008 @ 11:05

  4. On peut se demander aussi si le public/lectorat/auditeur/téléspectateur ne recherche pas non plus ce monde aseptisé que vous décrivez. En effet, comment expliquer alors le succès des journaux gratuits (qui ne font que reprendre, sans aucune réflexion, les dépêches AFP et autre), le succès de magazine tel que Télé 7 jours (qui n’apporte rien au niveau information, mais qui divertissent en abrutissant car il n’y a pas la moindre réflexion sur ce qui est dit ou diffuser à la RV), ou encore le succès de certaines chaînes tel que TF1 ou M6 par rapport à Arte ou France 5 ?
    Il y a donc quelque part une volonté de s’échapper du monde réel, car ce dernier est trop « déprimant », « grisant » ; et réfléchir par rapport à ce monde ne ferait alors que le rendre plus noir. On ne veut plus alors s’informer, mais s’évader…

    Aliocha : C’est exact, mais nous avons je crois atteint une limite, la communication, c’est comme tout, à petite dose c’est bien, trop ça devient écoeurant. Il me semble que nous sommes entrés dans la phase d’indigestion.

    Commentaire par VLF — 21/10/2008 @ 11:13

  5. Vous avez sûrement raison malheureusement… Mais revenir en arrière sera d’autant plus difficile, le cerveau ne s’use que lorsqu’on ne s’en sert pas. Comment alors éviter de continuer dans cette voie ? Je pense que c’est LA question qu’il faut se poser.

    Aliocha : En effet, je n’ai pas de recette miracle. Il me semble cependant que la solution est entre les mains des professionnels de l’information qui sont les mieux à même de mettre un coup d’arrêt à cette gigantsque pantalonnade intellectuelle.

    Commentaire par VLF — 21/10/2008 @ 11:32

  6. Bonjour,
    Merci pour ce post !
    Je voudrais juste préciser que les ravages de la communications se répandent de plus en plus au niveau des collectivités locales. Ceux qui gèrent ces dernières ont souvent tendance à percevoir les activités culturelles (spectacles, mais surtout les musées (c’est du moins l’exemple que je connais le mieux) comme des occasions de promotion ou de publicité. Résultat : les communicant contrôlent parfois véritablement le travail scientifique ou de vulgarisation des conservateurs ou des attachés de conservation, sans , bien entendu, en avoir les compétences.
    D’où de nombreuses crises de nerfs dans les musées, face à des aberrations de communicants. La communication, se n’est pas que du blabla et de la censure, c’est aussi une manière de contrôler le personnel.

    Aliocha : c’est le propre des communiquants, ils parlent mais ne savent pas ce qu’ils disent, d’ailleurs personne ne le sait.

    Commentaire par pollicarpe — 21/10/2008 @ 11:46

  7. Je dois travailler, je n’ai pas le temps. Je reviendrai pour dire que la communication n’est qu’un seul des aspects de cette terrifiante « obligation de gentillesse ». Je crois que le problème est largement plus grave, plus répandu, insidieux et quotidien.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 21/10/2008 @ 12:03

  8. Bravo Aliocha, j’adhère complètement. Et ce, même si ce constat m’attriste.

    Commentaire par ZombieBlue — 21/10/2008 @ 12:06

  9. On ne peut je pense qu’adhérer à cet article… En fait la com’ a réussit le tour de force de supprimer le principal inconvénient de la censure : l’attirance pour l’interdit.

    De tout temps, ce qui est interdit nous a passionné, intrigué, attiré… Quand quelque chose nous est interdit, on veut savoir pourquoi, on veut enfreindre cet interdit.

    Ainsi, la science à survécu à des siècles de censure ecclésiastique, et ont est encore fascinée par la chute des templiers malgré (ou à cause) de la chape de plomb et des non-dits de cette affaire. Alors que qui se soucie de la fin des hospitalier?

    La seule chose encore systématiquement censurée dans notre civilisation occidentale, c’est le porno. Et quelle est la recherche la plus souvent faite sur google? On peut noter que la censure, voire la quasi-illégalité est parfois carrément un argument de vente pour les pornographes.

    La force de la com’ c’est celle du flooding, on ne dit plus que telle vérité est interdite, mais on la noie en imposant partout une autre « vérité ». Regardez la Chine. Si vous tapez Chine sur google, vous verrez apparaitre les sites gouvernementaux avant les autres. C’est bien plus efficaces que de traquer systématiquement les opposant. (même si rien n’empêche de le faire en plus). Mac Macdonald agit de même en sponsorisant la moindre compétition, et en s’associant au sport et donc a la santé, elle qui ne cherche qu’à vendre sa bouffe.

    Aliocha : vous imaginez comme c’est difficile pour un journaliste de se battre contre cet énnemi parfaitement mou, multiforme, séduisant, omniprésent, tout est fait pour endormir l’esprit critique, réduire à néant toute agressivité, faire passer la moindre insolence pour la plus terrible des incorrections….

    Commentaire par Adrien — 21/10/2008 @ 12:23

  10. @ pollicarpe

    Je ne peux que vous suivre sur ce point. Les communicants mettent leur nez partout, en particulier dans les expos pour les jeunes !
    En théorie, il devrait y avoir étanchéité parfaite entre le soutien financier d’un grand groupe sur une expo et le contenu de l’expo ( si c’est du mécénat).
    Dans la pratique, cela ne se passe pas ainsi.
    La langue de bois s’immisce un peu partout et menace l’indépendance du commissaire, du muséographe, du scénographe, etc.
    Dans ce domaine, on aurait besoin d’une bonne charte! ( peut-être existe-t-elle déjà ?)

    Commentaire par Phedra — 21/10/2008 @ 13:32

  11. Je me pose une question:

    Je pense que nous avons interdiction de parler à la presse, de répondre aux questions, etc… sur la situation de la compagnie dans laquelle je travaille. Le faire constiturait une faute grave, je crois (faudrait que je regarde, c’est soit dans mon contrat, soit dans le règlement de l’entreprise – je précise, je travaille au Royaume Uni, donc je ne connais pas la loi vis à vis de ce problème). En fait, c’est là le problème: Je n’en suis pas sûr, mais évidemment, je n’ai pas envie de le découvrir.

    Nous recevons en tout cas régulièrement des communication qui nous rappelle que si on est approché par « le public » (et cela englobe les journalistes), on doit les référer au service de communication et pas leur parler.

    Non pas que j’aurais des choses intéressantes à dire à la presse, mais quelque part, comment voulez-vous faire votre travail de journaliste, si vous ne pouvez pas interroger des gens qui bossent dans une entreprise sans qu’ils risquent de se faire licensier (ou en tout cas qu’ils croient qu’ils courent se risquent) ?

    Je me demande toujours ou se situe la limite entre la réalité de la loi, et pousser les gens à l’autocensure en leur faisant croire que tout doit passer par le service Comm.

    Cat

    Aliocha : Je ne connais pas le détail de la loi anglaise mais je serais bien surprise d’y trouver qu’un salarié n’a pas le droit de parler de son entreprise. Ensuite que les entreprises fixent des obligations contractuelles supplémentaires à leurs salariés, pourquoi pas ? Tout ceci ressemble à de l’organisation interne destinée à éviter les dérapages. Au fond, il faut se garder de tout manichéisme. Désigner une interlocuteur officiel dans l’entreprise, surtout si vous êtes coté, c’est normal. Exiger des salariés une obligation de discrétion, notamment sur les projets stratégiques de l’entreprise, ce n’est pas contestable en soi. Le vrai problème, c’est lorsque à ces mesures de saine gestion s’ajoute une communication officielle parfaitement creuse. Qu’il n’y ait qu’un seul interlocuteur, très bien, mais alors qu’il parle. J’ajoute que dans certaines entreprises on entraîne des salariés à faire semblant de parler en off aux journalistes, genre « je n’ai pas le droit de vous parler, mais puisque vous m’avez appelé… » c’est à partir de là qu’on tombe dans la manipulation.

    Commentaire par Cat — 21/10/2008 @ 14:41

  12. une charte tuerait la liberté d’expression.

    il faut ruer dans les brancards, mettre du sable dans les rouages. mais ça demande aussi de se questionner sur les limites qu’on se fixe : jusqu’où suis-je prêt à aller pour défendre mes idées, mon opinion ? le monde moderne nous habitue à un certain confort et rare sont ceux qui sont prêt, d’eux-mêmes, à aller très loin. il faut le plus souvent qu’ils y sont poussés et contraints (une injustice, une violence…). les autres, on les traite d’excités ou d’exaltés. ce sont des mauvais caractères, des mauvais coucheurs (qui a envie d’être un mauvais coucheur quand il faut être un bon mari, un bon amant, une bonne épouse… ?)

    peut-être la solution quand on va interviewer un responsable de je ne sais quoi et qu’il est cornaqué par un chargé de com qui répond à sa place, c’est de l’écrire tout simplement (ça peut être fait de façon subtile). alors peut-être le responsable le prendra mal, le chargé de com trouvera que c’est dommage, mais si c’est ce qui s’est passé, non seulement ça donnerait au lecteur à voir le dessous des cartes et ce serait assez objectif.

    c’est une idée en passant. l’autre idée, selon moi, c’est que la multiplication des prises de parole et des espaces de communication – une espèce de loghorrée permanente – tue la liberté d’expression. alors que les uns devraient se différencier des autres, on en vient aux mêmes émissions, aux mêmes sujets, aux mêmes invités partout parce qu’il n’est plus question de s’écarter d’une norme – des fois qu’on se tromperait. ça a un effet de caisse de résonnance assez terrifiant auquel il est plus difficile d’échapper (qu’est-ce qui différencie deux journaux concurrents à la même heure ? ou deux chaînes d’infos en continu ?).

    Commentaire par david — 21/10/2008 @ 14:55

  13. Nous soutenons un combat jumeau.
    Qui a tué la liberté d’expression ? Ceux qui n’aiment pas la contradiction. Ceux à qui les sociétés ont abandonné leurs pouvoirs. Ils ne l’ont pas tuée, mais ils y aimeraient…

    Commentaire par profdecriture — 21/10/2008 @ 15:02

  14. Extension du domaine de la publicité dans la communication… Et réduction proportionnelle du domaine de l’information…

    La confusion s’installe de plus en plus dans les esprits. Bien des gens ont aujourd’hui des difficultés à faire la différence entre information et promotion.

    Les journalistes professionnels ont de plus en plus de mal à lutter contre ce phénomène. Nombre d’entre eux ont rendu les armes et ne luttent plus. C’est un suicide.

    Aliocha : Et le mythe du phoenix alors ? Je refuse de rendre les armes et je refuse aussi de croire que tout est perdu, même quand quelqu’un d’aussi savant que vous en matière de presse me le dit. Bon sang, il suffirait pourtant qu’on décide tous ensemble que ça s’arrête pour que ça s’arrête. C’est eux qui ont besoin de nous, pas l’inverse, même s’ils s’obstinent à le faire croire.

    Commentaire par narvic — 21/10/2008 @ 17:12

  15. C’est assez bien vu les Bisounours. Dans une entreprise où je travaille, c’est par ce sobriquet que nous appelons les attaché(e)s de presse.
    Plus généralement, nous assistons à une complète uniformisation du discours.
    J’ai dans ma bibliothèque, achetés récemment, deux recueils annuels de Hara Kiri Hebdo datant de 1969 et 1970 (celui de 1970 comprend le très fameux « Bal tragique à Colombey », c’est pour cela que je l’ai acheté si cher). Aucun de ces 104 numéros n’est aujourd’hui publiable sans de très lourds frais d’avocat. ll s’est passé un truc. Souvenez-vous, Marx parle de la critique »radicale », celle qui cite les noms. Nous en sommes loin, ni critique ni jugements, parece que juger, c’est mal.

    Aliocha : En ce sens, vous rejoignez Bilger, et les 1001 atteintes aux intérêts privés qu’on encourt en écrivant. Mais qu’est-ce qui rend cette censure généralisée possible si ce n’est le contexte favorable créé par le monde de bisounours dans lequel la com’ nous impose de vivre ? Parce que la com’ est naturellement peureuse, c’est même à mon sens sa caractéristique psychologique dominante. Et cette peur, elle la diffuse via ses messages aspetisés. Comment voulez-vous ensuite parler vrai ? Impossible, choquant, mal venu. Par ailleurs, combien d’idées fausses avons-nous des limites de notre liberté ? Il me semble me souvenir que le réalisateur de Rabbi Jacob avait dit il n’y a pas si longtemps qu’il ne pourrait plus faire ce film aujourd’hui, pourtant on vient d’en tirer une comédie musicale….Voyez les édieurs et leur jargon de biographie autorisée ou non, bon sang l’édition n’est pas soumise à autorisation préalable dans ce pays, pourtant cette expression malheureuse (et marketing, encore ! c’est vendeur une bio non autorisée, ça sent le souffre) donne le sentiment du contraire.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 21/10/2008 @ 17:41

  16. Il faut faire la Révolution, partout ! Cette société se meurt. Dans ce monde en crise, vidé de sens, tout n’est plus que bruit. Le paraitre a vaincu l’être, le discours est aseptisé, des cymbales creuses qui abrutissent.

    Commentaire par Baisance, NO? — 21/10/2008 @ 17:46

  17. Non, ce n’est pas seulement la com. ‘Juger c’est mal’, ce n’est pas la com, c’est bien plus profond.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 21/10/2008 @ 19:09

  18. Bonsoir Aliocha,

    Il y a des enchainements logiques dans l’évolution de notre société.

    La perte d’influence des grandes idéologies fondatrices, bienheureuse sous certains aspects, a permis l’émergence d’un système de pensées non idéologique, anti idéologique même, mais suffisamment structuré pour être opérationnel: le politiquement correct.

    Aliocha : Tiens, j’aurais dit personnellement que la fin des idéologies, la perte de vitesse des religions ou plus exactement de la religion catholique en France avaient participé au développement de l’individualisme, donc du moi, donc du politiquement correct épargnant les « moi » multiples.

    Le politiquement correct ne pouvait conduire qu’à l’hyper-susceptibilité du Moi.

    L’hyper-susceptibilité du Moi ne pouvait conduire qu’à la victimation.

    Rajouter les tendances normales de toutes sociétés évoluées à la judiciarisation (la complexité a un prix: la codification des rapports sociaux)et une certaines sensibilité au « tout répressif ».

    Mélanger le tout.

    Et vous obtenez ce que j’appelle le CAG (prononcer « cage »): contrôle actif généralisé, ou société totalitaire non liberticide.

    Dans cette société, le citoyen, attaché à ses libertés, participe lui-même à son propre contrôle. C’est lui qui veut des caméras partout, des tests ADN partout et des réglementations partout. L’Etat modère et rationalise cette pulsion et de temps en temps l’exploite. Orwell s’est planté: le Big Brother n’est pas un Etat, c’est une société civile.

    C’est nettement plus chiant. Avec un Etat comme ennemi, on peut résister (faire sauter le centre des impôts du coin, plastiquer des voies ferrées comme pendant l’Occupation, flinguer un ministre, etc).

    Mais avec une société civile, non. Il n’y a pas d’ennemi, c’est diffus.

    Aliocha : sauf à se dresser contre la société qui alors devient un ennemi bien réel

    Pour un exemple de société totalitaire non liberticide imaginée par le cinéma, voyez le film Starship Troopers.

    Il y a quelques années, ce film paraissait étrange. Il nous décrivait une sorte de société inimaginable. Aujourd’hui, il est presque en retard sur la réalité.

    C’est une époque passionnante!

    Aliocha : Vous n’allez pas nous laisser ainsi ? Il y a une solution, un espoir, quelque chose ?

    Commentaire par tschok — 21/10/2008 @ 19:55

  19. Dans un pays où on constitutionnalise le principe de précaution, il ne faut pas s’étonner que l’expression soit aseptisée.

    Il y a une forte aversion au risque, la communication doit être validée par des bisounours, des avocats, et j’en oublie sûrement.

    Une communication ratée, c’est une carrière qui potentiellement s’écroule, une action qui plonge à la bourse, un conflit (grave ou non) qui commence, une élection perdue, etc.

    Aliocha : et si ces risques étaient largement surestimés ?

    Une communication vraie, la « non langue de bois », ne peut être risquée que par des gens aimant le risque. Je n’ai que peu d’affection pour Sarko et pour Tapie, mais je pense qu’ils font partie de ces gens. Sarko avec le fameux « pas que en me rasant », qui prenait l’exact contre-pied de la langue de bois ordinaire sur le sujet (il s’est bien rattrapé depuis, quoique le « casse toi pov’c »…). Tapie dès « qu’il l’ouvre ». Ce sont des gens qui aiment le risque, ils l’ont prouvé dans leur carrière en faisant des allers-retours entre la cave et le grenier, en n’hésitant pas à « aller au feu », en s’engageant très jeunes. Leurs succès sont probablement à ce prix, comme leurs échecs d’ailleurs.

    Aliocha : et si c’était plus compliqué ? Et si eux aussi utilisaient une langue de bois mais différente…

    Nous acceptons leurs succès quand nous y participons (ex : si Sarkozy remet Alstom sur ses rails, si Tapie gagne avec l’OM…), mais nous leur en voulons à mort quand les risques qu’ils prennent rejaillissent sur nous (Crédit Lyonnais pour Tapie, je n’ai pas d’exemple flagrant là tout de suite pour Sarkozy mais il en existe sûrement). En bonne logique, ces échecs que nous subissons ne sont que la rançon des réussites dont nous avons profité. Juste le produit du risque.

    En bref, ce sont notre société et notre économie, surprotégées, qui engendrent cette aseptisation de la communication. Pas spécialement les bisounours, qui ne sont à mon sens qu’un maillon de la chaîne.

    Aliocha : je vous rejoins dans votre conclusion mais elle m’inquiète.

    Commentaire par Hub — 21/10/2008 @ 19:59

  20. “Ne demandez pas à un juriste d’être un esprit libre, la matière les dresse à l’obéissance”… J’adore !

    Aliocha : Chuuuut, aucun de mes amis juristes n’a relevé jusqu’à présent, entre nous, ça m’étonne 😉

    Commentaire par Moi — 21/10/2008 @ 20:02

  21. J’acquiesce, j’applaudis des deux mains et me lève pour votre Article chère hôtesse.

    Toutefois je me permets de tenter de me faire l’avocat du diable un moment :
    si l’on suit votre raisonnement, qui sera alors chargé de faire la part des choses entre VOTRE communication et celle des entreprises? Ne risque t’on pas alors de tomber dans une « tyrannie » des journalistes?

    Aliocha : Ah si seulement ! Je plaisante. Vous pouvez dormi tranquille, ce n’est pas demain que vous aurez à vous battre contre la dictature de la presse.

    Mais je caricature, je force le trait, et tout mon soutient vous est acquis.

    Commentaire par rutrapio — 21/10/2008 @ 20:15

  22. @tschok 18 : j’ai un nom pour ce que vous décrivez si justement : la dictature du Bien.

    Aliocha : qu’appelez vous le bien exactement ?

    Commentaire par Mussipont — 21/10/2008 @ 21:20

  23. Je suis très ennuyé d’être d’accord avec Mussipont.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 21/10/2008 @ 21:40

  24. Je préfère pas.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 21/10/2008 @ 21:40

  25. @Aliocha : tout simplement le Bien de la morale judéo-chrétienne, pas plus pas moins, mais dont « l’usage » excessif donne ce politiquement correct aseptisé et finit par nous envoyer dans le mur que le décrit tschok.

    Aliocha : il y a de cela sans doute, moi je parlerais de confort moral ou de bien-pensance, ce qui au fond me parait fort éloigné voire même opposé au bien tout court.

    @Toto_SRàRien : désolé, j’essaierai de ne plus recommencer.

    Commentaire par Mussipont — 21/10/2008 @ 22:13

  26. @Aliocha : un dévoiement de la notion de Bien?

    Commentaire par Mussipont — 21/10/2008 @ 22:25

  27. Parler de morale judéo-chrétienne est trop rapide. Je suis plutôt d’accord avec Aliocha pour penser que c’est une morale de la facilité. Ce truc auquel on ne songe même pas, qui est facile et en fait assez loin de la vieille morale chrétienne.

    Aliocha : Vous n’avez toujours pas développé votre idée de juger…

    Commentaire par Toto_SRàRien — 21/10/2008 @ 22:32

  28. Avez-vous vu hier soir le film sur Françoise Dolto (très agréablement incarnée par Josiane Balasko) ?
    J’ai retenu que dans le domaine de la communication chez les enfants, faute de liberté (d’expression), c’est souvent quand ils parlent le moins qu’ils en disent le plus. Nous ne sommes rien de plus que des grands enfants.

    Tiens, un jour pour rigoler, la prochaine que vous irez interviewer un chef d’entreprise, un économiste ou un homme politique, demandez lui de vous faire un dessin… vous aurez surement plus d’infos que s’il vous avait fait un long discours !

    Aliocha : Bonne idée ! Je me vois déjà interviewant le nouveau boss de la Caisse d’Epargne et lui disant, « dis Monsieur, dessine-moi un écureuil ». S’il dessine les noisettes à côté c’est qu’il aime l’argent et pense à s’augmenter, s’il installe la bête dans un arbre, c’est qu’il est favorable au développement durable, s’il lui donne un air souriant, c’est que les prévisions sont optimistes…

    Commentaire par Oeildusage — 21/10/2008 @ 22:40

  29. Je vous rejoins dans ce constat ma chère, mais je voudrais paraphraser Coluche : « Quand il suffit de penser qu’il suffirait qu’on l’achète pas pour que ça se vende pas ! ». La communication est devenu un produit que nous consommons, qui se vend (grâce aux communicants d’ailleurs) et que nous achetons.
    Pour nous rassurer peut être dans nos sociétés trop stressées, cette « information », plate, lisse, bienveillante, nous rassure ou tout le moins ne nous effraie pas.
    J’ose croire que nous conservons malgré tout notre sens critique, mais peut être nous plait il de le mettre en berne pour nous laisser bercer par le vent… Et à force, on s’endort…
    Nous devons nous réveiller, lutter, entrer en résistance et la première chose à faire c’est de ne plus consommer cette drogue euphorisante que nous consommons. Oui car nous l’achetons par la redevance TV, le journal du matin, l’hebdo, les sites institutionnels.
    Alors que nous devrions les critiquer et les sanctionner en refusant, parfois, ce qu’ils nous proposent. User de notre sens critique, le réveiller, et avoir cette démarche active de chercher l’info. Car s’il y a encore de bons journaliste, encore faut-ils qu’ils trouvent de bons lecteurs qui cessent de gober ce qu’on leur donne et qui aillent chercher, eux aussi, les informations, les recoupent, les vérifient. en fait, il faut que nous prenions le temps de les digérer, de les apprécier comme un bon repas.
    Je fait un peu cette auto-critique du lecteur, car il est si facile de parler des mauvais journalistes à la soldes des communicants, politiques et autres entreprises privées, mais il faut reconnaître quand même qu’il y a des gens pour les écouter et les lire… Nous…

    Ps : J’apprécie énormément votre blog et me délecte de vos billets. (petit commentaire personnel que vous pourrez couper au montage si vous le souhaitez) 😉

    Aliocha : j’aimerais en effet que les lecteurs soient plus sélectifs, encore faut-il leur expliquer le dessous des cartes, c’est ce que j’essaie de faire modestement à côté d’autres blogueurs bien plus savants que moi.
    A propos de votre PS : merci. Moi couper au montage, censurer ? Je me suis engagée à ne le faire que dans des cas extrêmes et je me félicite tout particulièrement en cet instant de cette sage décision 😉

    Commentaire par Manu — 21/10/2008 @ 23:09

  30. @Aliocha
    En effet, je n’ai pas développé ça. Promis, je vais le faire. Pour l’instant, je vais aller me coucher, parce que les grands crus font mal à la tête comme les petits. Demain je me lève très tôt et je reviens très tard : d’ici la fin de la semaine je boucle deux canards. Donc, donc, donc… Bientôt.
    Promis, je le mets en haut de ma liste.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 21/10/2008 @ 23:09

  31. Mais au fait, ai-je jamais promis ça ? Non. Je le ferai si je veux.

    Aliocha : la première fois, vous avez annoncé, la deuxième fois promis, la troisième, vous renâclez, il faudrait savoir mon cher.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 21/10/2008 @ 23:16

  32. Bonsoir Aliocha.
    Il est vrai qu’un article de plus de 12000 signes, c’est un peu long … mais ça m’a en fait surtout empêché de commenter plus tôt, car en fait, il est non seulement évident que ce sujet vous tient à coeur, mais qu’en plus votre prose est agréable à lire.

    Je suis en grande partie d’accord avec ce que vous avez écrit (ça ne vous surprendra pas), mais comme j’en ai profité pour lire les commentaires précédents, je rajouterais deux réflexions :

    « N’ayez pas peur » !
    Tel était le slogan d’une figure emblématique de la religion majoritaire (quoique) en France … Quel contraste avec un des commentaires qui accuse le poids des principes « judéo-chrétiens » comme cause de la « bien-pensance » et donc du « politiquement correct » !
    Mais il est pourtant vrai que lorsqu’on a peur, soit on est paralysé, soit on fuit … Rares sont ceux qui « résistent » à ces instincts (de survie ?) et qui continuent malgré tout d’avancer (vers leur idéal ?)

    Les « résistants » ne sont pas tous des têtes brulées, mais leur envie d’avancer, de vivre (pour rebondir sur le commentaire à propos de Dolto), d’idéal est plus fort que leur peur.

    Deuxième réflexion : « Je ne crois pas à la disparition du journalisme, mais je suis persuadée qu’il va devoir faire sa révolution » (Aliocha en réponse à un Com)
    Dans un système vivant, ou social, le révolution n’apparait qu’à travers un ensemble de contraintes.
    Si l’on reprend les théories de l’évolution des espèces, que ce soit celle basée sur l’adaptation, ou celle de la sélection d’individus (mutants), dans les deux cas, il s’agit bien de répondre à des contraintes externes (évolutions climatiques, concurrence entre espèces, etc).

    Tant que ces contraintes restent compatibles avec le temps habituel de réponse adaptée, on parlera d’évolution. Lorsque la contrainte devient trop forte par rapport à la cinétique de réponse, alors ce sera une révolution … ou une disparition !

    Reprenons une image technologique récente, et compagne du journaliste : la photographie.
    Depuis Joseph Nicéphore Niépce et Louis Daguerre, la photographie a connu bien des évolutions. Il fallait mieux capter l’instant, alors les sensibilités des pellicules ont été améliorées. Puis il fallait être plus proche de ce que voit l’oeil, alors on est passé à la couleur. Et puis il fallait avoir le résultat plus vite. Alors on a eu le polaroïd.
    Et puis, pendant quelques années (en gros de 1980 à 2000) on a eu l’impression que ça n’évoluait plus vraiment.
    Pourtant les contraintes (mieux, plus vite, plus petit, etc) étaient toujours là … et alors ce fut la « révolution numérique » … et la pellicule a disparu (ou presque) … et Kodak à Chalons a fermé !

    Je pense qu’en effet, on ne doit pas être bien loin d’une révolution dans le domaine de « la presse », ou plutôt de l’information.

    La décision brutale de supprimer la pub sur les chaines publiques est une contrainte importante, qui peut faire partie des déclencheurs de cette révolution (au moins en France).
    Et l’émission de Pujadas est peut-être un prémisse … A suivre !

    Commentaire par Yves D — 22/10/2008 @ 00:16

  33. Et bien mettons que j’ai menti et n’en parlons plus.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 22/10/2008 @ 09:14

  34. @Yves D : je voudrais préciser que je n’accuse pas les principes judéo-chrétiens de tout nos maux mais que je pense que ceux ci sont petits à petit dévoyés de leur sens initial pour en arriver au politiquement correct. Je pense que le Christ était la personne la plus anti-politiquement correcte de son temps!

    Aliocha : Je crois au fond qu’il l’est toujours. Allons, un peu de Dostoïevski : Dans les Frères Karamazov, Ivan l’athée, le rationnaliste raconte à Aliocha son jeune frère séminariste une légende selon laquelle le Christ serait réapparu dans l’Espagne Inquisitoriale. Le grand inquisiteur l’aperçoit et le fait emprisonner. Durant toute une nuit il va expliquer au Christ que sa liberté, les hommes n’en veulent pas. Extrait : « En cela tu avais raison, car le secret de l’existence humaine consiste, non pas seulement à vivre, mais encore à trouver un motif de vivre. Sans une idée nette du but de l’existence, l’homme préfère y renoncer et fut-il entouré de monceaux de pain, il se détruira plutôt que de rester sur terre. Mais qu’est-il advenu ? Au lieu de t’emparer de la liberté humaine, tu l’as encore étendue ? As-tu donc oublié que l’homme préfère la paix et même la mort que la liberté de discerner le bien et le mal ? Il n’y a rien de plus séduisant pour l’homme que le libre arbitre, mais aussi rien de plus douloureux. (…) Tu as accru la liberté humaine au lieu de la confisquer et tu as ainsi imposé pour toujours à l’être moral les affres de cette liberté. »

    Commentaire par Mussipont — 22/10/2008 @ 09:51

  35. Je crois que ce que vous avez décrit dans ce billet a un lien avec ce que j’ai pu lire ici :
    http://rogerfelts.blog.lemonde.fr/2008/10/21/l’esprit-critique-menace-par-anne-marie-le-pourhiet

    Aliocha : en effet, merci pour le lien. Il fut un temps où je collectionnais tous les articles liés de près ou de loin à une censure ou à une tentative de censure et puis j’ai arrêté. Il y en avait trop. Vous avez dit liberté d’expression ? Celle-ci se réduit aujourd’hui à la liberté de dire ce qui a été préalablement tamponné du « politiquement correct ». Le reste est interdit a priori et sans appel.

    PS :
    Je crois que le publique qui est le votre préfère probablement lire un de vos articles que des dizaines d’autres de moindre qualité. Au final, « tout le monde » finit par lire 12 000 lignes 🙂

    Commentaire par DePassage — 22/10/2008 @ 10:19

  36. @Aliocha : il va vraiment que je mette à lire Dostoïevski…enfin, moi qui aime la longueur, ça devrait me plaire, non?

    Aliocha : En effet. Vous pouvez commencer par « Souvenirs de la maison des morts ». Il y raconte ses 4 ans passés au bagne.
    Argh, je savais qu’il ne fallait pas que je me lance dans mon sujet fétiche. Bon, une petite précision complémentaire et après j’arrête. Il dit avoir découvert au bagne, au milieu des pires criminels, dans toutes ces noirceurs humaines, la plus belle des lumières, un mélange de sublime et d’horreur absolue. Il en est rentré profondément croyant et a commencé à écrire ses plus grands romans. Sans le bagne, Dostoïevski n’aurait peut-être pas été le génie qu’il est devenu.

    Commentaire par Mussipont — 22/10/2008 @ 10:45

  37. @Aliocha : Je vais suivre votre conseil. En fait j’ai déjà lu un Dostoïevski (Le joueur) mais c’était en classe de seconde et je pense que je n’avais pas la maturité pour apprécier.

    A propos de littérature et prison, il faut absolument lire les quelques romans d’Edward Bunker, éditions Rivages. C’est pour moi un maître absolu du roman noir.

    Aliocha : Noté Mon cher, merci, je cherchais justement de nouveaux auteurs dans ce genre, j’ai épuisé mes préférés. Je n’ai jamais aimé le joueur, sauf erreur de ma part il est sorti avant le bagne. Les 4 plus grands sont postérieurs à la Sibérie : Crime et châtiment, les possédés, l’Idiot et les Frères Karamazov. Quant à la Légende du grand inquisiteur, elle constitue un roman dans le roman, vous pouvez la trouver en édition autonome. C’est un portrait fascinant d’un Christ flamboyant de liberté. C’est aussi selon certains exégètes une critique du catholicisme en ce qu’il a dévoyé le message du Christ pour bâtir un pouvoir temporel. C’est encore aux yeux de quelques spécialistes une prémonition du communisme dans l’affirmation qu’au fond, les hommes ne veulent pas la liberté mais simplement de quoi se nourrir (hum, j’avais dit que j’arrêtais, désolée, c’est plus fort que moi 😉 )

    Commentaire par Mussipont — 22/10/2008 @ 11:52

  38. Je suis actuellement en cours de droits fondamentaux, nous étudions la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen, nous en sommes aux libertés du citoyen. En regardant autour de moi, comme en écoutant mon prof (qui n’est pas plus un esprit libre que moi, puisque nous sommes juristes ;-)), je m’aperçois de deux chose: primo les rédacteurs n’imaginaient pas, pas une seconde, que le peuple puisse être l’oppresseur. Deuxio mes camarades soufflent, comme jamais, agaçés par ce cours purement théorique dont ils ne voient même pas l’intérêt. N’y voyez-vous pas un paradoxe? On parle de liberté d’expression et j’entend des « on s’en fout », partout. Bien sûr, je suis en fac de droit, c’est un microcosme particulier, mais enfin quand même…
    Ca a l’air de n’avoir aucun rapport avec le billet, ça en a pourtant un. Parce que je crois que vous confondez cause et effet en attribuant à la communication la mort de la liberté d’expression.
    Cette mort, ou cette agonie, elle vient de nous, de nous tous. Parce qu’on a la trouille, une peur circulaire, qui se nourrit elle-même, et que la communication nous rassure.
    Ca nous rassure quand la Société Générale nous susurre que tout va bien chez elle, parce qu’on a peur qu’elle s’effondre, même si on a pas de compte à la SG. Ca nous rassure d’entendre que Sarkozy est ferme avec la délinquance, quand bien même on ne sait pas exactement en quoi elle nous fait peur.
    C’est la peur qui est en train de tuer nos démocraties, non pas sous l’impulsion de dirigeants tyranniques, mais sous l’impulsion de citoyens tétanisés de peur.
    Parce que quand on a peur, la seule et unique préoccupation qu’on ait c’est de ne plus avoir peur, d’être rassuré.
    Alors on écoute les communicants, on écoute Rachida nous raconter à quel point elle est brave et à quel point ces magistrats sont des salopards de gauchiste qui se foutent des gentils citoyens apeurés.
    Et ça nous rassure, puisqu’elle a une grande gueule et qu’elle s’en prend aux méchants magistrats corporatistes, c’est que tout va s’arranger, même si d’ailleurs on ne sait pas vraiment ce qu’il faut arranger.
    Il faudrait accepter d’avoir peur, il faudrait accepter qu’on ne puisse pas tout maîtriser, puisqu’en démocratie, on est libres, et dès lors qu’on est libres, on prend des risques, on vit, on subit des heurts, et ça, on ne peut pas le maîtriser.
    Je pense que les racines de l’amoindrissement du champ de nos libertés (parce que la liberté d’expression n’est pas la seule à subir de drastiques limites) sont en nous, dans nos peurs, quant aux racines de cette peur, je ne sais pas trop…

    Aliocha : Vous avez évidemment raison. Pourquoi n’interrogez-vous pas vos camarades pour leur demander en quoi ils trouvent la liberté d’expression aussi ennuyeuse ? Je suppose que vous êtes tous très jeunes, les libertés quand on est jeune, on aime ça, non ? Enfin de mon temps….
    La publicité comme la com’ analysent les besoins pour y répondre, voire les créent de toutes pièces. Disons que si je vous suis, elle n’est plus la cause mais l’amplificateur du phénomène. C’est plausible. Si le sujet de la liberté et du rôle de la presse vous intéresse, je vous recommande « Journalisme et démocratie » de Géraldine Muhlmann. Elle y explique notamment que la question du rôle de la presse interroge notre conception de la démocratie. Le journaliste est à la jonction des élites et du peuple, de la foule, du public (chaque philosophe a son terme préféré). Il y a ceux qui pensent que l’information doit être diffusée au public (Kant, Foucault), ceux qui estiment que non parce qu’elle sera trahie par la vulgarisation (Le Bon), ceux qui voient dans les médias le bras armé du libéralisme intoxiquant mécaniquement les foules (chomsky), ceux qui pensent que les médias les abrutissent en leur servant ce qu’elles attendent (Bourdieu), ceux qui espèrent qu’ils leur ouvriront les yeux (Marx) etc…Je me demande (mais je n’ai pas fini le livre) où situer la communication sur ce grand échiquier, car il est clair qu’elle brouille les cartes en créant un écran de plus en plus infranchissable entre les élites et les journalistes, voir en polluant l’information brute ….

    Commentaire par Braillard — 22/10/2008 @ 12:16

  39. @Braillard : j’aime bien votre commentaire.

    @Aliocha : Pour Ed Bunker, je vous conseille de lire dans cet ordre :

    – Aucune Bête aussi féroce (écrit en prison, publié avec un certain succès)
    – La Bête au ventre (itinéraire d’un ado à travers les maisons de redressement californiennes des années 50, très inspiré de la propre expérience de l’auteur mais sans être autobiographique à part certains épisodes comme celui de l’hôpital psychiatrique).
    – La Bête contre les murs (ou les joies de l’incarcération à Saint Quentin ou l’auteur passe plusieurs années)
    – Les hommes de proie (un roman noir très très noir).
    – L’Education d’un malfrat (autobiographie).

    Pour info, Bunker apparait au début du premier film de Q.Tarantino « Reservoir dogs », il joue le rôle de Mister Blue.

    Commentaire par Mussipont — 22/10/2008 @ 13:18

  40. Moi, je commencerais par le « Sous-Sol » (parfois nommé « Journal du souterrain »).

    Commentaire par Toto_SRàRien — 22/10/2008 @ 14:57

  41. Vous n’imaginiez tout de même pas que j’allais laisser passer cela ?

    Les études de Droit dressent à l’obeissance ?

    Je n’en suis pas si sûre que cela. Les juristes sont avant tout éduqués dans le maniement d’un langage qu’il apprennent avant tout à comprendre, à décrire, et enfin, à maitriser.

    Dès lors est-on soumis à ce que l’on maitrise ? Je ne le pense pas.

    Commentaire par Fantômette — 22/10/2008 @ 18:13

  42. @ Aliocha,

    De l’espoir? Mais bien sûr qu’il y en a. Il n’y a même que cela: si la situation a évolué dans une direction qui nous semble négative, elle peut tout aussi bien évoluer dans une direction positive. Des forces de résistance sont en œuvre en permanence. Mais je n’allais pas me lancer dans un com à 12.000 caractères.

    @ Mussipont,

    Je vous remercie pour votre commentaire. La « dictature du bien » est une bonne formule. Cependant, je reste réservé sur le rattachement de la notion de « bien » dans ladite expression à la morale judéo chrétienne.

    Je pense que c’est très localisé, la morale judéo chrétienne: en gros c’est l’Europe occidentale et c’est le XIXième siècle, mettons jusqu’au milieu du XXième. Avant, ailleurs et après, je ne sais pas si on peut encore parler de morale judéo chrétienne.

    @ Fantômette,

    Figurez vous que je partage le point de vue d’Aliocha: le droit produit l’impression trompeuse de se croire un esprit libre tout en justifiant la soumission de l’Homme à un ordre juridique par cet ordre juridique.

    C’est une matière qui favorise le conformisme intellectuel. On y rencontre peu de créatifs ou de fantaisistes. On y trouve des bataillons entiers de psycho rigides.

    Bien sûr l’idéal d’un droit émancipateur existe, mais cet idéal résiste mal à sa rencontre avec la réalité du droit: le droit est une technique pour maintenir l’ordre. Un ordre fondé sur la propriété, sur le commerce, sur l’autorisation donnée dès le départ à l’enrichissement personnel, plus tardivement sur la démocratie et encore plus tardivement sur les droits de l’homme.

    D’une façon ou d’une autre, le juriste type est un flic. C’est quelqu’un qui remet les choses dans le « bon ordre ».

    Par ailleurs, et de façon plus personnelle, je me suis longtemps interrogé sur ce qu’était un « esprit libre » et sur le point de savoir si c’était quelque chose de nécessaire.

    J’en ai conclu, provisoirement, qu’être un esprit libre revenait à vouloir penser par soi-même, ce qui me semblait nécessaire.

    Mais aujourd’hui, je me trouve particulièrement incapable de penser par moi-même. Je suis infoutu de vous aligner le début d’une idée qui ressemble à quelque chose sans ressentir le besoin de la confronter à l’opinion des autres ou sans la nourrir de l’idée fournie par d’autres. Toute idée qui sort de mon usine sans avoir été testée par les autres, sans être passée au travers de l’épreuve de la confrontation à l’opinion d’autrui, sans avoir été enrichie par leur intervention me semble dépourvue de raison d’être, inutile, sans valeur. Sans intérêt. Tout juste un amusement personnel, un jouet intellectuel qui peut m’occuper l’esprit (des idées comme ça, j’en ai plein).

    J’en suis à un point où je me demande si ce n’est pas cela, précisément, un esprit libre. Mais vous remarquerez que c’est aussi une façon de s’inféoder.

    Aliocha : Je ne connais pas d’esprit libre qui ne se nourrisse que de lui-même, sauf peut-être quelques grands maîtres de yoga, mais je pense que ceux-là se nourrissent du monde….Par conséquent, je souscris à votre idée et c’est même l’une des raisons pour lesquels j’ai ouvert ce blog. Pour confronter mon regard avec celui des autres et ainsi le modifier, l’affiner, l’approfondir. Il reste le mien, mais il est riche de celui de tous les autres.

    Commentaire par tschok — 22/10/2008 @ 20:51

  43. Pas vraiment d’accord.

    Je crois que le droit a fort à voir avec la liberté. Il produit du choix libre et du choix éclairé. Il est donc le nécessaire allié de nos libertés, en ce compris notre liberté de penser. Sans droit (je parle de droit objectif), nous ne sommes pas libres, nous sommes juste perdus. Ça, c’est le point où j’en suis.

    Je crois par contre effectivement – ou plus exactement, je le constate – que bon nombre de juristes sont psycho-rigides, mais je ne sais pas pourquoi. Je pense par contre que les plus psycho-rigides d’entre eux ne sont pas les meilleurs.

    Qui, déjà, disait qu’aucun poète n’avait jamais interprété la Nature aussi librement qu’un juriste se permettait de le faire ? Un bon juriste est un juriste imaginatif, et un rêveur surdoué.

    Alors, certes, le droit crée de l’ordre. Il organise, il range, il classe, il qualifie. Ce faisant, il fait aussi du désordre, par élimination. Dans cette phrase « le droit crée de l’ordre », le verbe « créer » est aussi important que le mot « ordre ».

    Esprit libre, esprit libre… Intéressante question que cette question là.

    Je suis, je crois, assez d’accord avec vous. Je ferais entrer les mots « doute » et « contradiction » dans ma définition personnelle – deux termes juridiques, vous aurez remarqué.

    Commentaire par Fantômette — 22/10/2008 @ 21:11

  44. Je ne sais pas si les juristes sont dressés à l’obéissance, mais le fait est qu’ils sont élevés dans le respect d’un certain nombre de choses, parmi lesquels l’Etat, certes, mais aussi au hasard (et pour ce qui concerne les jeunes juristes du moins) la DDHC, la Constitution (pour mes professeurs de droit public il s’agit même d’une véritable déférence) et d’une façon générale, les normes, mais ça vaut pour tout le monde, l’Etat y compris.
    De plus, j’entends bien plus de critiques pertinentes à l’encontre -par exemple- du législateur dans les amphithéâtres de ma (toute petite) fac qu’en bien des endroits. Mais c’est strictement empirique comme constat, j’en conviens.
    Par contre, et ça relève là aussi de la seule expérience, je vous confesse avoir changé bon nombre de mes opinions (et je n’ai que deux ans de droit révolus derrière moi) depuis que j’ai entamé mon cursus. J’aime à croire que je suis plus précis, moins superficiel, plus modéré aussi, à force d’entendre parler d’équilibre, de proportionnalité etc toute la journée. Je ne pense pas être formaté, mais au fond je suis incapable d’en être sûr.

    Pour conclure, un juriste complet ne peut être, à mon sens, que celui qui à côté de sa « science du droit » sera nanti d’un solide bagage dans la plupart des autres « sciences humaines ». Foin de droit sans philosophie, sans histoire, sans sociologie, et à en croire Fantômette, sans poésie. Et c’est là, peut-être, qu’il y a un manque à combler. Mais rien n’est jamais parfait en ce bas monde, et ça n’est pas en droit que je l’ai appris ;).

    Commentaire par Braillard — 22/10/2008 @ 23:49

  45. A propos de la pertinence et de l’acuité de cet article, je vous laisse découvrir l’affaire orléanaise relatée par mes amis :
    http://www.lesamisdefansolo.com/2008/10/laffaire-dorlan.html

    Commentaire par Fansolo — 23/10/2008 @ 00:34

  46. Bonjour,

    J’écris pour de la presse informatique et je rencontre le même problème de communication. Les articles restent très techniques et, dans ce milieu, nous sommes informaticiens avant d’être journalistes. Et beaucoup d’articles n’argumentent que sur les avantages d’une technologie. Mais nous savons très bien que toute technique, tout logiciel ou tout matériel a également des défauts et sont inefficaces pour certaines utilisations. Malheureusement, nous disposons toujours de peu de temps pour tester. Et il ne faut pas compter sur les auteurs pour nous présenter les failles ! Quant aux interviews, elles permettent de connaître les améliorations prévues sur le projet pour la suite ainsi que la vie des participants. Je pense également que le statut du journaliste en presse spécialisé est assez pervers. En effet, nous sommes passionnés par ce que nous réalisons, et la production d’articles reste faible du fait que le journalisme n’est qu’une activité complémentaire. Nous aurons toujours tendance à écrire sur des sujets qui nous intéressent, et par conséquent, la plupart des articles sont déjà orientés avant même l’élaboration du plan.

    Commentaire par kujiu — 23/10/2008 @ 09:16

  47. quelques réflexions, en vrac, au passage :

    « ne demandez pas à un juriste d’être un esprit libre, la matière les dresse à l’obéissance”…

    Pas si étonnant que ça que ça ait peu réagi. Nombre voient les principes et en oublient les exceptions, la mise en perspective… alors que la beauté de la matière est dans l’expression de la stratégie, de l’originalité ! 🙂

    Ou, dans l’horreur la plus cruelle, de lire Primo Levi et au détour d’une phrase y croiser dans le camp italien où il fut des personnes qui sont présentes car la loi le leur demandait, tout simplement…

    Dostoïevski ? Crimes et châtiment ! L’étincelle d’humanité, l’éclair de la rédemption, à la fin ! Et là, encore, pour le praticien du droit, la foi en l’humain dans les cas les plus extrêmes.

    Le respect du droit à l’information (pour revenir au sujet) ? une seule réalité : le pluralisme. un constat : à lire 4 quotidiens, on arrive à avoir une idée plus claire de ce qui nous est rapporté.

    Commentaire par Hapax — 23/10/2008 @ 18:39

  48. Pour répondre à votre question de façon plus claire…
    http://fr.youtube.com/watch?v=EB5_QASieoA

    Commentaire par profdecriture — 24/10/2008 @ 01:51

  49. @ Braillard

    Fine et subtile nuance que vous apportez là, entre « obéissance » et « respect ».

    Je crois que vous voyez juste. C’est dans la marge infime, mais réelle, qui se situe entre obeissance et respect, le premier imposant un silence qu’interdit le second, que se situe l’espace où l’esprit libre se déploie.

    Commentaire par Fantômette — 24/10/2008 @ 15:05

  50. “ne demandez pas à un juriste d’être un esprit libre, la matière les dresse à l’obéissance”

    Voilà qui est choquant!

    La matière ne dresse à l’obéissance que ceux qui sont disposés à obéir. Au contraire, le droit, s’il est convenablement enseigné, mène tout droit à l’esprit critique, voire à l’esprit de critique. Je veux bien que certaines professions juridiques, ensuite, ne prédisposent ni à la révolte ni à la subversion, et j’ai le sentiment que le métier de magistrat en fait partie, ceux qui l’exercent étant à la fois soumis à une hiérarchie et à des principes, ce qui rend d’autant plus remarquable leur action actuelle (pour révolter un magistrat, malgré tout, il faut se lever de bonne heure, mais la Garde des Sceaux semble très matinale), d’autres métiers qui forment à la contestation, et par nature le métier d’avocat au contentieux en fait partie: il s’agit de contester en permanence l’une ou l’autre argumentation défendue par l’adversaire.

    Quant à la marge entre obéissance et respect, elle ne me semble pas du tout infime.

    Peut-être ce professeur de droit parlait-il de lui-même et pour lui-même? 🙂

    Commentaire par Légisphère — 26/10/2008 @ 15:13

  51. […] l'humour depuis une quinzaine d'années que l'on dénomme pudiquement "politiquement correct" et qu'Aliocha dénonce judicieusement. D'aucun ne manqueront pas de crier que lorsque l'on dénonce un politiquement correct, il s'agit […]

    Ping par Sarkost'zine : Actualités de la politique de Nicolas Sarkozy, de son gouvernement, appliquée à la france. — 05/09/2009 @ 12:59

  52. […] Je vais filer la métaphore guerrière : la comunication est une bataille, et même une des plus féroces qui soient. Les journalistes exercent leur métier au coeur de celle-ci, pris entre les tirs croisés. Le journaliste se débat depuis des décennies face à cela, avec plus ou moins de réussite selon les recettes adoptées, sauf que les armes sont de plus en plus sophistiquées et que le journaliste continue globalement de se défendre avec un bouclier en bois. […]

    Ping par [12-2008] Crise du journalisme et des médias : 2 - Regagner la confiance | Miscellanée de réflexions — 08/06/2011 @ 17:29


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