La Plume d'Aliocha

10/10/2008

L’infiltration comme technique journalistique ?

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 15:59

Eolas vient de m’alerter sur l’affaire des Infiltrés de France 2. Qu’il en soit ici remercié, cette polémique m’avait échappée. Ainsi donc France 2 lance le 22 octobre une émission de reportages qui repose, si j’ai bien compris, sur un concept innovant : tout sera filmé en caméra cachée par des journalistes se faisant passer pour autre chose que ce qu’ils sont. Et la blogosphère s’agite tout à coup sur la déontologie journalistique. Amusant. Amusant comme une pratique choque dès lors qu’elle est verbalisée. Il faut croire qu’elle sort alors de l’imperfection du monde réel pour s’élever dans la pureté de la théorie et révéler son caractère hautement contestable. Car des journalistes avançant masqués et dissimulant leur caméra, on en voit à longueur de reportage. Pourquoi s’en indigner maintenant ? Sans doute parce que ce qui n’était que pratique ponctuelle est érigé par France 2 en véritable méthode.

Qu’en penser ?

Je vous avoue que je compare souvent la déontologie au vin. Vous savez, quand on goute un vin et que surgit la sensation fugace et désagréable qu’il est bouchonné. Il y a une sorte de petit proverbe dans ces cas là que j’ai maintes fois vérifié : « quand il y a un doute, c’est qu’il n’y a pas de doute ». En d’autres termes, si on a l’impression que le vin est bouchonné, c’est qu’il l’est sans qu’il soit besoin de vérifier. Pour moi, c’est la même chose en matière de déontologie, quand le sens moral vous titille, quand il sonne l’alarme, c’est qu’il faut renoncer à faire ce qui a déclenché l’alerte. Or, ce projet allume la lanterne rouge dans mon esprit. Mais vous me direz, c’est peut-être la juriste qui frémit, plus que la journaliste. Pour autant, on ne peut s’en tenir, ici comme ailleurs, à la simple première impression surtout qu’il ne s’agit plus de régler un problème particulier par la voie, au demeurant assez simple de l’abstention, mais de réfléchir sur une question de principe qui touche à la déontologie du journaliste et à l’évolution de notre métier.

L’intérêt de se présenter en tant que journaliste

Habituellement, les journalistes ont intérêt à se présenter en tant que tel. La carte de presse ouvre en effet des accès privilégiés. Essayez de joindre un ministère, d’accéder à un grand patron, d’obtenir de l’information sur n’importe quel sujet en vous présentant autrement que comme journaliste, vous aurez du mal. Notre carte professionnelle est un précieux sésame qui nous ouvre bien des portes. Pourquoi alors avancer masqué ? Parce qu’il est des situations où le fait d’être journaliste devient une entrave. Pour prendre un exemple extrême, celui qui veut découvrir comment fonctionne une organisation criminelle (trafic de drogues, d’êtres humains) a fortement intérêt à taire sa qualité de journaliste et à se faire passer pour un « client » potentiel. Cela peut parfois être une question de sécurité, voire de survie. C’est d’ailleurs dans ces situations là que l’on a l’habitude de voir des reportages réalisés par des journalistes masqués. Et cela ne choque personne. Pensez donc, qui irait prendre la défense d’un réseau de prostitution et s’indigner de la violation de ses droits ? Tout le problème avec les Infiltrés, c’est que le concept semble reposer sur l’idée que la fausse identité et la caméra cachée ne vont plus servir dans des cas extrêmes mais dans le journalisme ordinaire, à savoir pour le premier numéro, les maisons de retraite, et dans un numéro à suivre, la presse people. Voici que se pose la question des limites de la curiosité et surtout des moyens que l’on peut utiliser pour la satisfaire.

Eléments de réponse

Ici chacun se met facilement à la place des structures qui vont être infiltrées et tremble à l’idée d’être filmé à son insu. Avec raison, j’imagine une caméra me filmant quand, à l’issue d’une interview téléphonique où j’ai remercié de ma voix la plus sucrée mon interlocuteur, je lâche après avoir raccroché un magistral et salvateur « pauvre c… » ! Vous auriez beau jeu ami lecteur de stigmatiser mon hypocrisie, puis ma grossiereté et de conclure que, franchement, les journalistes méritent bien leur réputation. A supposer bien sûr que vous n’ayez jamais connu vous-mêmes de tels moments de relâchement….Toujours est-il que nous avons tous droit à un espace privé. En ce sens, la généralisation du journaliste « taupe » peut inquiéter. Sans compter la fausse idéntité qui, bien entendu heurte le sens moral.

Pour autant, il y a des arguments qui pèsent en faveur du procédé. En tout cas, je le crois. Je vous ai déjà parlé de l’emprise grandissante de la communication. Toutes les entreprises grandes ou petites, toutes les professions, entités publiques ou privées, sont désormais dotées d’un service de communication et d’un responsable des relations presse. Tous les gens qui ont un poste exposé aux medias ou qui souhaitent avoir leur nom dans le journal subissent des medias training où on leur apprend ce qu’est la presse et comment il faut s’adresser aux journalistes. Cela facilite notre travail tout en lui faisant perdre en qualité. Car le conseil en communication va tenter de faire passer son message et d’éluder nos questions. Il va standardiser le discours jusqu’à lui faire perdre son sens. C’est une des raisons pour lesquelles vos journaux vous paraissent creux, ils sont littéralement « trustés » par cette communication officielle qui n’est rien d’autre que de la langue de bois. Face à la puissance et à l’omniprésence de la communication, de la publicité, du marketing et de leurs techniques qui s’apparentent de plus en plus à de la manipulation, on peut comprendre que le journalisme soit tenté de devenir plus agressif. C’est en quelque sorte un réflexe de survie autant qu’une révolte. Et cela mérite d’être salué, au moins sur le principe.

Mettons-nous en situation pour mieux comprendre

Imaginons que vous et moi décidions de faire un reportage sur les maisons de retraite. Nous savons que régulièrement des scandales éclatent sur la maltraitance. Nous allons donc appeler plusieurs de ces institutions pour demander l’autorisation de venir faire un reportage. Certaines vont refuser. Il n’y a aucun moyen de les y contraindre. D’autres vont accepter, elles n’ont rien à cacher. Très bien, mais ce n’est pas en visitant des maisons modèles que nous allons renseigner le public sur le phénomène de la matraitance. Et puis il y a celles qui ne sont pas vertueuses mais vont profiter de l’occasion pour se faire de la pub en préparant soigneusement l’arrivée des journalistes. Là, nous risquons de tromper le public en lui faisant passer pour bonne une maison qui ne le sera pas. Que faire ? Eh oui ! Vous avez la réponse, infiltrer un journaliste qui se fera passer pour un stagiaire et filmer en caméra cachée. Aller chercher l’information au prix d’une méthode contestable. Ou bien s’en tenir à faire témoigner les victimes et parents de victimes. Mais c’est tout de même moins intéressant que de saisir sur le vif la réalité de la situation.

Entre nous, je n’ai pas la réponse à la question de savoir si c’est admissible ou non. J’aurais tendance à penser qu’il vaudrait mieux s’abstenir, mais je trouve que c’est un débat intéressant et j’applaudis par ailleurs à la volonté d’aller chercher l’information dans un univers dominé par la communication. Mais le moyen retenu n’est peut-être pas le bon. Sans doute faut-il qu’on en débatte vous et moi, que j’y réfléchisse encore, que j’écoute l’avis de mes pairs. Mais je voulais d’ores et déjà vous proposer des clefs de réflexion et tenter de vous faire sentir le problème vu du journaliste. Pure volonté de faire grimper l’audience me répondrez-vous ! Possible, mais quel que soit le but recherché, la question de principe demeure intéressante. Explorer les limites d’une liberté est toujours passionnant. Je signale que Jean-Michel Apathie est violemment opposé à cette émission et souhaite qu’elle ne voit jamais le jour. Il a consacré plusieurs billets au sujet http://blogs.rtl.fr/aphatie/. Et puisqu’Eolas m’a saisie de ce dossier complexe et brûlant je lui renvoie la balle : dîtes Maître, ça ne poserait pas des problèmes juridiques cette affaire là ?

 

Petite mise à jour sur la crise : Le CAC vient de clôturer en baisse de 7,73%. Il a ainsi perdu en un an 45,59 % de sa valeur.

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42 commentaires »

  1. Je me souviens d’un reportage où justement, la qualité de journaliste était létale pour le reporter : ça se passait au début 2001, en Afghanistan, peu de temps avant que les Talibans ne détruisent à coups d’obus de char les bouddhas géants.
    La journaliste était partie faire un reportage sur les conditions de vie des femmes en Afghanistan, après avoir passé illégalement la frontière de ce pays. Et lors de la diffusion du reportage, on ne la voyait qu’en burqa. Jamais je n’ai trouvé à y redire.
    Mais il est vrai que parfois je trouve l’emploi de la caméra cachée excessive… Heureusement, ces « parfois » sont rares.

    Commentaire par Triskael — 10/10/2008 @ 16:44

  2. Chère Aliocha,

    Je suis très partagé sur cette question…

    Filmer quelqu’un à son insu, n’est-ce pas une atteinte à la vie privée ?

    Aliocha : tout dépend de l’endroit je suppose ainsi que des buts poursuivis, j’aimerais bien qu’Eolas ou un membre de son équipe se saisisse du dossier, ils sont plus compétents que moi là-dessus.

    Le phénomène n’est pas nouveau… Depuis l’avènement des téléphones mobiles équipés d’une caméra, des milliers de personnes sont filmées à lur insu chaque jour et se retrouvent dans les minutes qui suivent sur You Tube ou Daily Motion, en particulier des policiers américains se laissant aller à des violences sur un individu interpellé… La contre-mesure est que lors d’une arrestation, un policier filme aussi la scène, afin d’éviter toute manipulation de l’information. On peut y voir ici un meilleur traitement des personnes appréhendées.

    Mais si ces prises de vues « sauvages » deviennent la norme dans chaque situation, je crains que tout le monde soit désormais sur ses gardes et que beaucoup refusent même d’etre interviewés, ce qui irait à l’encontre d’une saine information…

    Aliocha : en effet, mais ce serait aussi une sacrée pierre dans le jardin de la communication. Songez que dans certaines banques, on apprend à des employés à faire semblant de répondre en off. Notre adversaire (la com’) est puissant et souvent sans scrupule.

    La conséquence pourrait être que la plupart des journalistes (sauf ceux considérés comme « sûrs »), malgré leur carte de Presse, se voient refuser l’accès aux personnalités et qu’ils perdent ainsi leur raison d’être…

    Méfions nous des « Boîtes de Pandore » 🙂

    Commentaire par ramses — 10/10/2008 @ 17:05

  3. On reproche souvent aux journalistes de gober ce qu’on leur raconter sans rien demander, voire de jouer à copier-coller avec les dépêches AFP. Aussi suis-je tenter de penser qu’une telle pratique peut traduire une volonté nouvelle des journalistes de se faire leur idée à eux (qui a priori sera plus objective vu que leur métier est de transmettre des informations quelle qu’elle soient…) avant de nous la transmettre, plutôt que de communiquer celle des boîtes de com’.

    Cela dit, il faut aussi regarder quels types d’informations ils veulent transmettre, parce que les fesses-à-truc-de-la-nouvelle-star-ac en caméra caché, la ça devient encore plus nauséabond (si tant est que ce soit possible)

    Aliocha : je suis d’accord avec vous.

    Commentaire par Adrien — 10/10/2008 @ 17:13

  4. Effectivement ce n’est pas évident comme débat. Je ne pense pas qu’il y a de réponses définitive. C’est à juger au cas par cas pour savoir si la méthode est nécessaire et si l’information ainsi obtenu est fiable et utile. Maintenant érigé cela comme « Principe de base » d’une série de reportage c’est effectivement plus problématique mais je pense qu’il faudra juger sur pièces. Si les sujets sont des sujets ou cette façon de filmer peut effectivement apporter quelque chose cela peut au contraire être très utile si c’est pour faire du « Julien Courbet » là ça sera franchement nauséabond.

    Commentaire par LordPhoenix — 10/10/2008 @ 17:37

  5. Bonjour Aliocha,

    Je dis bravo à la caméra cachée, mais aussitôt, « pourvu qu’ils en fassent bon usage ».
    En effet, le problème – comme vous l’expliquez si bien – n’est pas qu’un journaliste cache sa caméra, mais bien l’usage qu’il va en faire.

    Que va-t-il chercher à montrer, à démontrer, à dénoncer?
    Que va-t-il chercher à faire ressortir de son travail?
    Le pire ou le meilleur du journalisme?
    Et qui va répondre à ces questions: l’audimat ou le tribunal?

    Moi, j’aimerai bien placer une caméra cachée dans les coulisses de la réalisation de ces émissions.
    L’arroseur arrosé. Mais le pire est que je suis sur que ce serait très intéressant…

    Aliocha : je suis agréablement surprise par le nombre d’avis favorables et les réactions mesurées. Je vous avoue que j’avais un peu peur qu’on se fasse encore traiter de charognards.

    Commentaire par Zythom — 10/10/2008 @ 17:52

  6. en fait, l’infiltration, pratiquée d’ailleurs depuis que l’homme vit en société, n’est pas un fait nouveau et pas seulement par les journalistes. se cacher pour découvrir une vérité ou une femme connue mais nue, dans les deux cas, les personnes qui agissent ainsi ont une carte de presse. mais il y a presse et presse.
    pour ma part, je ne trouve pas le procédé condamnable, uniquement s’il sert à montrer la vérité. et dans ce cas, il faut tout montrer, pas seulement la vérité que le journalisme aimerait mettre en valeur, mais l’absolue vérité, y compris les motivations des interessées qui ne sont pas toujours révélées. et parfois, se mefier de la vérité que le patron de presse aimerait mettre en valeur pour faire plaisir à quelques amis haut-placés.

    et faire connaitre une vérité (tronquée) peut inciter l’auditeur ou le lecteur à porter un jugement. car le reportage aura porté un jugement sous-jacent. alors qu’on ne doit que comprendre les éléments, les tenants et les aboutissants. et se faire sa propre idée, mais ne pas decider qui est le bon, qui est le méchant. on ne sait jamais, jamais tout.
    finalement, il n’y a pas de vérité, il n’y a que, parfois, de l’impartialité.

    Aliocha : Les journalistes manipuleront toujours moins que la communication, si vous saviez……

    Commentaire par leinad — 10/10/2008 @ 18:06

  7. Ce sujet me rappelle le documentaire Pas Vu pas pris de Pierre Carles où d’éminents journalistes étaient choqués qu’au cours d’une interview on ait osé leur poser des questions sur d’autres sujet que celui qui leur avait été annoncé.
    Moi les caméras cachées ne me choquent pas plus que tout autre procédé journalistique. Ce qui peut-être choquant c’est l’usage qui en est fait. Mais, tant qu’on ne déforme pas les faits et qu’on s’en tient au devoir d’information, je ne vois pas de problème. Un mauvais journaliste pourra faire des reportages tendancieux, malhonnêtes etc. aussi bien en caméra caché qu’en montrant sa carte de presse. L’important ce n’est pas l’outil mais l’usage qui en est fait.

    Finalement, ce qui dans le principe de cette émission peut être, non pas choquant, mais plutôt décevant, c’est qu’en voulant se définir par le procédé employé elle semble confondre la fin et le moyen et se donner le moyen comme fin. (Ce qui, à la fin, risque de donner un résultat très moyen laissant sur sa faim le spectateur moyen.)

    Aliocha : En effet, mais il faut bien vendre…s’il n’y a que la présentation ici qui est racoleuse et que le fond, lui, est de qualité, on ne pourra pas vraiment leur en vouloir.

    Commentaire par Alceste — 10/10/2008 @ 18:44

  8. Très fin Alceste ! Je trouve votre commentaire très juste.

    Aliocha : Eh oui ! De même qu’en se dénommant industrie, la finance a, elle aussi, confondu la fin et le moyen… 😉

    Commentaire par Hub — 10/10/2008 @ 19:03

  9. C’est amusant, mais je fais une distinction entre infiltration et caméra cachée. Je n’ai rien contre le journaliste qui s’infiltre pour chercher de l’information (tant que l’infiltration est légale, bien entendu). Mais j’ai un fort préjugé contre qui ressort de l’information brute qui du coup n’est plus que fait divers, et non information. Et c’est un travers inéluctable d’une caméra cachée à mon sens.

    Dit autrement, un journaliste qui dit : Je me suis infiltré dans 10 maisons de retraites, j’ai constaté régulièrement tel ou tel acte de maltraitance, liés à tel et tel facteur fait pour moi un très bon travail de journaliste.

    Un journaliste qui montre un acte de maltraitance sur une caméra cachée (y compris s’il masque les visages pour anonymiser la situation), fait du voyeurisme, non du journalisme.

    Aliocha : Votre distinction m’interpelle, vous avez raison en effet de dissocier les deux sujets. Mais ce que je crains, en l’absence de caméra, c’est la facilité avec laquelle les institutions incriminées pourront porter plainte pour diffamation. Cela fait longtemps que la censure n’est plus entre les mains de l’Etat mais du privé qui trouve toujours une bonne raison d’attaquer la presse au nom de la vie privée, du secret des affaires etc. Et si c’était cela le but du filmage en caméra cachée, conserver des preuves ? Vous me direz, ils pourraient filmer à titre de preuve sans diffuser…

    Commentaire par Gathar — 10/10/2008 @ 19:17

  10. Voilà un truc qui va nous valoir des images pas cadrées, pleines de grain parce qu’on ne peut pas éclairer, un son pourri, des visages floutés et du sous-titrage. Toutes les images que j’aime…

    Plus sérieusement, je serais très inquiet au moment de regarder un « reportage » de ce genre. Tout simplement parce que la méthode permet toutes les manipulations, particulièrement de montage (ou bien rassurez-moi : montrez-moi les rushes). En caméra cachée, on peut faire dire n’importe quoi aux gens. En particulier le « journaliste » (en fait un paparazzo) va juste découvrir, oh merveille, ce qu’il pensait à l’avance découvrir, en bien putassier, bien choc, parce que Coco ça fait vendre. Les « procédures » de la presse ne sont pas seulement là pour défendre l’intimité des gens ou protéger le journaliste, elles ont aussi pour objectif de garantir, un minimum, l’origine de l’info et la manière dont elle a été récoltée (une AOC en quelque sorte).

    Aliocha : c’est étrange confrère, il n’y a que vous et moi ici (et DM mais il a souffert de la presse) pour s’inquiéter, les autres commentateurs semblent favorables…mais je vous trouve un peu négatif, si ça se trouve, l’émission sera sérieuse.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 10/10/2008 @ 22:07

  11. @ramses: Je vous signale que depuis l’amendement « anti happy slapping », le fait pour une personne lambda (hors journalistes pro et forces de l’ordre) de filmer ou de diffuser des images de violences est illicite. (Code pénal, article 222-33-3)

    Aliocha : Fichtre, j’attendais une réponse d’Eolas, et voici que vous me la donnez, d’où tirez-vous ce savoir, cela m’intrigue ?

    J’ignore si un procureur mettra un jour en branle l’action publique contre quelqu’un qui aurait filmé (par exemple avec un téléphone portable) et diffusé sur YouTube des images de violences policières.

    @Toto: Des personnes de mon entourages ont été contactées par des « journalistes » qui voulaient faire un « reportage »… parfaitement scripté, à savoir qu’on leur avait donné les répliques qu’elles devaient prononcer. Ceci m’incite à la prudence quand je vois des « reportages » censément tournés sur le vif, style caméra qui bringueballe et montre une cage d’escalier d’un immeuble de banlieue et ensuite un type dont on cache la figure qui parle assis sur son lit et qui explique tel ou tel truc.

    Rappelons, à tout hasard, que l’émission d’un célèbre journaliste qui fait maintenant de la politique, manquant d’images d' »islamistes », n’avait pas hésité à peindre des barbes sur des jeunes hommes lambda.

    Autrement dit, j’ai peur que parmi d’authentiques reportages « incognito », on glisse des trucs parfaitement bidonnés, et pour lesquels on jouera sur l’effet de réel et d’authenticité de la caméra graineuse, etc.

    Mais bon, je suis sans doute un ronchon paranoïaque.

    Aliocha : Du tout, mais vous développez une telle allergie à la presse que j’aimerais bien rencontrer le responsable pour lui botter le train !

    Commentaire par DM — 10/10/2008 @ 23:08

  12. tu peux jeter un coup d’oeil sur mon site, et me dire ce que tu en penses, au niveau journalistique ?
    merci
    bises

    http://www.fdesouche.com/

    Aliocha : On se connaît ? Non, me semble-t-il donc merci de vous en tenir au vouvoiement. Pour le reste, je trouve votre blog très bien fait dans la forme, dynamique, bien illustré et ne quelque sorte parfaitement journalistique. Sur le fond, je n’ai pas tout lu mais votre article « la crise financière pour les nuls » m’a fait sourire.

    Commentaire par Moi Mad — 10/10/2008 @ 23:36

  13. @DM
    Votre femme vous a quitté pour un journaliste ?

    @Aliocha
    Je force le trait. Toutefois je n’attends guère d’une émission qui fait de la caméra cachée son principe de fonctionnement qu’elle nous offre des sujets de « fond ». Son mode de fonctionnement l’entraînera tout naturellement à aller filmer « là où on ne peut pas aller » (que ce soit vrai ou faux d’ailleurs importe peu, en revanche ce sera un fort argument de vente). Je ne crois pas être si négatif en disant que l’émission (si elle se fait et qu’elle survit) sera tout naturellement portée vers des thèmes « attrape-gogo ». Il faut beaucoup de constance pour résister à une tentation de ce genre quand on a derrière soi le couperet de l’Audimat. A moins bien sûr qu’il ne s’agisse de la télé de qualité sans pub et donc dégagée de cette contrainte. Mais mon pessimisme naturel ne me porte pas à faire fonds là-dessus.

    Aliocha : le fait que ce soit piloté par Pujadas m’incite à croire que ce sera sérieux. Mais je vous suis sur la question des tentations.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 10/10/2008 @ 23:59

  14. @aliocha: Comme vous pouvez le constater, j’ai été membre du conseil d’administration d’une association opérant dans le domaine d’Internet (Wikimédia France), et qui notamment promeut l’utilisation de sites où des internautes déposent des documents. La défense de la liberté d’expression des dits internautes entre dans le cadre de nos activités.

    À l’époque, ayant été alerté par des gens d’une autre association, et avoir lu le dossier législatif, les amendements etc., j’avais alerté Reporters sans frontières. Mon contact RSF m’avait d’abord expliqué que cet amendement ne concernait que des violences extrêmes, viols etc., que de toutes façon les journalistes professionnels n’avaient pas le droit de montrer, preuve qu’il n’avait pas lu le texte.

    Puisque RSF ne bougeait pas, j’ai pris l’attache de nos contacts à l’UMP en leur signalant que cet amendement devrait être clarifié. Nous avons également sorti un CP:
    http://www.wikimedia.fr/index.php?title=Communiqués_de_presse/Projet_de_loi_prevention_delinquance
    Un peu tard, malheureusement, et la loi est passée.

    La couverture presse de cet amendement, à l’époque, ne parlait que de « happy slapping » et ignorait largement le fait que son texte couvrait un spectre bien plus large. Vous me pardonnerez l’hypothèse qu’eux aussi n’ont pas lu le texte, mais se sont contentés de reprendre les commentaires des uns et des autres à son sujet. (C’est la notion de « news politique » à l’américaine : on donne la parole aux démocrates, puis aux républicains, ou l’inverse, mais on ne cherche pas à faire la lumière sur le fond.)

    RSF s’est réveillé plusieurs semaines plus tard, et a notamment sorti ce CP:
    http://www.rsf.org/article.php3?id_article=21232

    Aliocha : Passionnant sujet. Cela étant, je viens de lire les débats parlementaires et suis moins pessimiste que vous. Il parait clair dans l’esprit des sénateurs à l’origine de l’amendement que le texte ne réprime que les images filmées de violences commises dans le but d’être enregistrées puis diffusées. celui qui filme est alors considéré comme complice (antérieurement il n’aurait pu être mis en cause que pour ne pas s’être interposé), celui qui diffuse encourt des sanctions, mais moins lourdes. L’esprit de ce texte est de réprimer l’organisation d’une violence destinée à être filmée. Par conséquent, et les sénateurs citent l’exemple, celui qui filme de son balcon des images de violence dans la rue qu’il n’a pas incitées mais dont il est simple témoin, ne peut être poursuivi. Pas plus à mon sens que celui qui les diffuse. Mais ce n’est que mon avis. En tout cas, l’élément intentionnel me parait clair et la pratique réprimée par l’infraction, très spécifique. Je vous accorde néanmoins que le texte aurait pu être mieux rédigé et que l’exception en faveur de la presse crée une ambiguïté.

    Commentaire par DM — 11/10/2008 @ 00:01

  15. Je serai curieux de voir une « émission sérieuse » de ce type. Si c’est possible, j’applaudirai de toutes les mains disponibles.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 11/10/2008 @ 00:02

  16. @Toto: Non. Je peux même vous dire que j’ai plusieurs amis journalistes, mais dans des domaines considérés non « nobles ». Ils font à mon avis bien leur boulot et ne se poussent pas du col. Aucun n’a d’ailleurs fait d’école de journalisme.

    Aliocha : Moi non plus, je n’ai pas fait l’école de journalisme, est-ce pour cela que vous continuez à me lire 😉

    Commentaire par DM — 11/10/2008 @ 00:03

  17. @DM
    J’aurais pu me passer de ma remarque « perso », ce n’était pas bien finaud, pardon. Je crois heureusement qu’il existe du bon journalisme, mais c’est peut-être une déformation professionnelle…

    Commentaire par Toto_SRàRien — 11/10/2008 @ 00:11

  18. je pense que vous pouvez etendre le sujet a la presse ecrite et pas seulement la camera cachee, le probleme est il different ?
    que penseriez vous si demain un journaliste se fait embaucher par une banque et rapporte un papier sur l ambiance qu il a constate dans une agence, les directives donnees aux charges de clientele. Ne serait ce pas un sujet interessant ?
    pour ma part de prime abord je ne vois pas d obstacle a ce qu’un journaliste (presse ecrite/ tv/radio) agisse en citoyen lamda et rapporte honnetement, suite a une enquete serieuse, sans volonte de calomnie ou de denigrement, ce qu il constate. (Mais je suis plus dubitatif sur l’editing tel qu il peut etre pratique en tele et notamment en tele US cf commentaire 11).)
    Je ne pense pas que cela pose de pbl juridique. C’est un journalisme deja pratique : les enquetes de certains guides gastronomiques/ hoteliers/touristiques sont faites de maniere anonyme, idem pour les journaux consumeristes. Il y a une dizaine d annees l’un d’eux avait embauche une personne presentant certaines pathologies ophtalmiques et avait verifie et commente le resultat d’une vingtaine de consultation. Ce type de d’enquete a ete realise (sans consequence judiciaire) aupres de banques/ assurances/ avocats.
    toutefois je mettrais un bemol : que le journalisme « d infiltration » ne soit pas l’excuse a une certaine paresse : le pbl des maltraitance en maison de retraite est connu, mais il est certainement plus rapide de se faire embaucher que de chercher un employe pret a temoigner.
    Cote deontologie, les journalistes n ont pas de regles communes qui s’impose a eux (est ce un mal ?)
    Pouvez vous m’expliquez plus precisement pourquoi une lanterne rouge s’allume en vous sur sur l aspect moral de ce type de journalisme (tv et autres)?
    ps desole pour les accents : clavier US

    Commentaire par eaque — 11/10/2008 @ 00:20

  19. @aliocha: J’ai une allergie envers l’information-spectacle et la politique-spectacle. Je déteste la manipulation, et je déteste également l’hypocrisie de ceux qui prétendent défendre de hautes valeurs éthiques et professionnelles alors qu’il n’en est rien.

    Cela ne se traduit pas par une animosité contre des personnes, mais contre un système. La journaliste subalterne de FR3 à qui on demande le matin de prendre connaissance d’un dossier de presse et de préparer un sujet pour le 13h, et qui vous explique que c’est comme ça pour presque tous les « sujets », n’a certainement pas les moyens de faire correctement son travail, c’est une évidence.

    Qu’on ne me dise pas d’ailleurs que ce sont les délais entre l’actualité et la publication qui, dans tous les cas, forcent à bâcler. Quand un reportage est motivé par un évènement prévu à l’avance, ayant fait l’objet d’un dossier de presse diffusé au préalable, il n’y a aucune obligation de faire le travail à la dernière minute.

    Commentaire par DM — 11/10/2008 @ 00:20

  20. @Toto_SRàRien

    Le fait que se soit mal filmé, plein de grain et pas toujours très net n’est pas nécessairement le synonyme de putassier. Je me souviens d’un reportage en caméra caché montrant des gens arrosant des produit encore mangeable mais plus vendable d’eau de javel pour empêcher les SDF de se servir. J’ose imaginer que la personne qui faisait ça ne l’aurait pas fait s’il se savait filmé. On peut aussi espérer avoir accès à des off de politiques ou grands patrons, ou de syndicalistes qui sont souvent bien révélateur de leur personnalité et de leurs idées. Ce qu’on ne pourrait avoir en exhibant fièrement une caméra.

    Aussi je pense qu’il faut attendre et juger sur pièce. Comme je l’ai dit, si c’est pour voir un journaliste au bois de Boulogne en train de demander les tarifs à une fille de joie (j’ai déjà vu un reportage de ce genre), il faut condamner immédiatement. Si c’est pour savoir ce qui se passe dans un hôpital, à l’assemblée, dans une prison ou un centre de rétention, sans passer par le filtre de la propagande (pardon maintenant on dit com’) alors je vote pour mille fois pour.

    Je suis pas forcément optimiste sur l’évolution de cette émission, mais laissons lui une chance avant de crier au loup…

    Commentaire par Adrien — 11/10/2008 @ 00:21

  21. @Gathar
    « Mais j’ai un fort préjugé contre qui ressort de l’information brute qui du coup n’est plus que fait divers, et non information. Et c’est un travers inéluctable d’une caméra cachée à mon sens. »

    J’ai un vrai problème avec l’idée qu’il existe une information « brute ». C’est presque une contradiction dans les termes, une oxymore. L’information, c’est toujours un « truc » (un événement, une mode, un courant de pensée, un livre, une recette de cuisine) qu’on rapporte, qu’on fait passer, qu’on « médiatise » en utilisant divers dispositifs techniques qui ne sont jamais neutres (le simple fait de « retenir » et traiter une information n’est par exemple pas neutre). L’information brute n’existe pas, l’information est par nature un « produit manufacturé ». Imaginer qu’un dispositif comme la caméra cachée rendrait l’information plus « brute », et donc « plus vraie », sous prétexte que la personne filmée ne se sait pas épiée me paraît assez naïf. (Déjà c’est supposer que les gens mentent plus quand ils sont face à une caméra ou un micro, ce qui n’est pas clair. Moi, par exemple, je mens beaucoup mieux aux gens qui ne se sont pas présentés clairement.)
    Ce dispositif, loin d’être neutre, risque aussi de conduire le journaliste à se faire pressant, à mentir à ses interlocuteurs, à forcer les réponses, à provoquer lui-même les événements dont il prétends n’être que témoin, etc. Rien de brut ici, rien de neutre et pas beaucoup de vrai, à chaque fois une mise en scène.
    Loin d’avoir une information brute, on risque donc d’avoir une information très « éditorialisée », une info qui prends parti.

    @aliocha
    Je suis un journaliste assis, je prends les choses à mon aise et préfère mon confort. Tant mieux, car je n’aimerais pas du tout que la crise naissante me conduise à faire ce nouveau métier. J’aurais peur de me faire casser la gueule, et pire, je craindrais de le mériter.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 11/10/2008 @ 01:13

  22. @DM
    Mais pourtant, vous, personnellement, parvenez à vous informer correctement, non ?

    Commentaire par Toto_SRàRien — 11/10/2008 @ 01:22

  23. @Adrien
    J’ai bien lu que vous voulez filmer en caméra cachée à l’Assemblée nationale ? Je ne trouve pas ça très respectueux de la République.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 11/10/2008 @ 01:28

  24. @Toto: Sur certains domaines, oui, je m’informe directement ou auprès de gens fiables. En général, non, je suis sans doute mal informé, mais j’en ai conscience.

    Commentaire par DM — 11/10/2008 @ 01:35

  25. J’ai lu votre article avec intérêt. Un passage m’incite à vous laisser ce message. Vous évoquez justement la communication sans cesse plus raffinée des institutions et des entreprises, les professionnels aguerris qui la gèrent et les média training qui formatent les messages. Que ceci complique le travail des journaliste et les irrite est une évidence. Mais peut-on reprocher à quelqu’un qui doit communiquer, responsable politique, dirigeant d’entreprise, ou tout autre personne devant s’exprimer publiquement de professionnaliser sa démarche, de réfléchir en amont au contenu de son message et de s’entraîner avant de le délivrer? Evidemment non. Le professionnalisme ne peut jamais être reproché à quelqu’un? Et par effet de miroir, céder à des attitudes non professionnelles, c’est à dire dissimuler sa fonction, sa recherche, enregistrer les gens à leur insu,peut-il constituer une réponse à ce surcroit de professionnalisme? Poser la question, c’est y répondre. Je comprends et partage parfois la frustration qu’éprouve un journaliste devant les discours de circonstance, calibrés, mesurés et quelquefois vidés de leur sens. Mais la gestion de la frustration est aussi affaire de professionnalisme. Et c’est bien parce que l’institutionnalisation de la caméra cachée, sur des sujets certes importants mais pas fondamentaux, m’apparait comme une régression professionnelle que je m’oppose de manière décidée au projet d’émission de France 2

    Aliocha : Tout d’abord je vous remercie de votre visite qui m’honore. Je vous ai lu avec attention et vos arguments ont fait mouche. Mais ils ont également ranimé chez moi une vieille interrogation que je ne parviens toujours pas à résoudre. J’ai été formée à la faculté de droit, donc dans le respect de la règle, puis à la déontologie de l’avocat. Cela m’oblige à pratiquer le journalisme avec un respect sourcilleux des principes, de la bonne foi, de la loyauté, de l’exactitude, de la délicatesse etc. D’où mon rejet instinctif lorsque j’ai entendu parler des Infiltrés. Mais il m’arrive de penser qu’un bon journaliste doit parfois recourir à des méthodes de « voyous » pour trouver l’information et de me reprocher ma « trop bonne éducation ». Ce qui rejoint la grande interrogation en France sur un journalisme un peu trop « courtois ». J’entends par « voyou » bien entendu rien qui puisse relever des tribunaux, mais une certaine émancipation vis à vis des règles et usages non écrits que nous imposent notamment les communicants, les politiques, les milieux économiques etc. et qui peu à peu nous étouffent. Je suis d’accord avec vous lorsque vous dites que la communication est un progrès. Bien sûr que certaines personnes ont besoin d’apprendre à exprimer leur pensée et à le faire en fonction des attentes particulières de la presse. Mais j’observe également dans les milieux économiques que je fréquente un glissement très net vers la langue de bois, le but étant de s’exprimer sans rien dire ou en dissimulant l’essentiel, voire de manipuler purement et simplement. C’est cela que je stigmatise et qui m’incite à observer attentivement toute tentative journalistique de contre attaquer. Il me semble néanmoins, et là je vous rejoins, qu’il serait préférable de le faire par la critique franche et directe plutôt qu’en avançant masqué et en « volant » en quelque sorte l’information. Cela étant, les lecteurs n’ont peut-être pas tort de conclure ici à la majorité que l’appréciation des moyens utilisés dépendra de la qualité du résultat et de la correction avec laquelle l’enquête sera présentée au public.

    Commentaire par Jean-Michel Aphatie — 11/10/2008 @ 09:39

  26. @Toto_SRàRien (21) :
    Je suis on ne peut plus d’accord avec vous. Il semble que je me sois mal exprimé. quand je parlais d' »information brute », j’aurais voulu dire : « d’information qu’on veut nous présenter comme brute et donc plus vraie ». Pour moi, l’information, comme toute enquête ou processus scientifique, repose sur une phase d’analyse permettant de construire une théorie à partir d’un faisceau de faits.

    Il y a alors deux options. Soit on fourni au client de l’information un accès à des milliers de faits pour qu’il se construise lui même sa théorie, mais dans ce cas là, on lui demande à lui d’être journaliste, soit on élude les faits eux-même (en l’occurrence bouts de rush), qui ne présentent que peu d’intérêt (mais on les tient à la disposition des spécialistes du domaines qui pourraient vouloir vérifier) pour ne présenter que les conclusions auxquels ces faits ont permis d’aboutir.

    Si je fais une analogie avec le domaine médical, ce qui intéresse le patient, c’est de savoir que tel médicament soigne la fièvre, et comment l’utiliser. Il n’en a rien à faire de voir un rapport d’expérience sur un des milliers de cobayes du médicament qui montre la courbe d’évolution de sa température dans son cas.

    Je crois qu’en fait, et de manière plus large que la problématique de ce billet, j’ai un problème avec le manque de recul dans le journalisme. Je ne regarde pas les informations à la télé, ni ne les écoute à la radio. Je ne lis régulièrement aucun quotidien. Je commence à lire des hebdomadaires ou des mensuels, et les livres sur différents sujets m’intéressent. C’est aussi ce que j’aime bien dans les blogs, l’aspect opinion qui prime sur l’aspect factuel.

    Pour la télé et la radio, je ressent un double problème : Le manque de recul du journaliste, obligé de traiter l’actualité et rien d’autre, et le manque de recul du spectateur qui ne peut avoir une attitude pro-active lors de la prise d’information : Aller plus vite, ralentir, revenir en arrière, approfondir un point avant de continuer…

    Commentaire par Gathar — 11/10/2008 @ 10:36

  27. @ aliocha : j’avoue ne pas avoir d’avis définitif sur la question, mais il vrai qu’érigé le procédé qui, jusqu’à maintenant, me semble exceptionnel en technique d’investigation récurrente pour le besoin d’une émission me semble sujet à caution. Après avoir vu Jean-Michel Aphatie critiquer vivement le principe de cette émission, il m’a quasiment convaicu. Même s’il est vrai, certain faits pour être révélés nécessitent d’avancer masqué.

    Ceci dit là où je ne suis pas d’accord avec vous, c’est quand vous dites : « Que faire ? Eh oui ! Vous avez la réponse, infiltrer un journaliste qui se fera passer pour un stagiaire et filmer en caméra cachée. » Qu’est-ce qui empêche le journaliste de s’infiltrer puis de témoigner de ce qu’il a découvert sans passer par le biais de l’image ? Il n’y a pas que l’image qui révèle. D’autant qu’un reportage papier à cet avantage de donner, me semble-t-il, encore plus de poids à la parole du journaliste, et la médiation du texte permet de prendre plus de recul par rapport au sujet. Ce qui me gêne, c’est la charge émotionnelle de l’image (en plus du fait qu’elle est hautement manipulable). Dans un texte, le journaliste mets sa parole en jeu en rapportant les faits, dans une image le journaliste peut dire : « je n’invente rien, voyez vous même. » Or par la voix-off on peut grandement orienter ce que l’on montre, sans parler du montage et du cadrage. Ce sont des techniques qui certe mettent aussi en jeu la responsabilité du journaliste ayant mené et montré l’enquête, mais qui sont moins « visibles ».

    Bref, l’infiltration je ne suis pas contre, après tout il y a le garde-fou de la diffamation contre un journaliste qui voudrait rapporter n’importe quoi ; la caméra cachée comme unique moyen de rendre compte des découvertes de cette infiltration me pose quand même beaucoup de problèmes.

    Commentaire par gwynplain — 11/10/2008 @ 11:36

  28. Que la vérité soit parfois dissimulée, cela arrive. Pour autant, faut-il penser que ce qui est dissimulé est par définition plus vrai que ce qui est révélé ?

    Pour ma part, j’ai tendance à penser que les vrais justiciers sont ceux qui ne portent pas de masque.

    Il me semble y avoir une frontière mince entre ce genre de technique d’investigation, et les techniques de provocation. Si, contrairement à ce qui avait été anticipé par un journaliste venu chercher des révélations, rien ne se passe de particulier, en tout cas, rien qui ne vaille le coup sur le plan journalistique, jusqu’où sera t-il prêt à aller pour tenter de la provoquer ? Cela me gênerait que la question ne soit franchement et très clairement abordée.

    Aliocha : Vous raisonnez sur la base de l’infiltration policière. Pourquoi pas. En fait, la question se pose pour toutes les formes de journalisme, elle ne me parait pas plus cruciale en ce qui concerne la caméra cachée.

    Commentaire par Fantômette — 11/10/2008 @ 11:37

  29. Moi non plus je n’ai pas fait d’école : si je suis devenu journaliste, c’est parce que je ne sais rien faire d’autre.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 11/10/2008 @ 17:17

  30. Et même ça…

    Aliocha : Dites vous que ça aurait pu être pire, vous auriez pu être financier 😉

    Commentaire par Toto_SRàRien — 11/10/2008 @ 17:17

  31. @ Fantômette : « Pour ma part, j’ai tendance à penser que les vrais justiciers sont ceux qui ne portent pas de masque. » Etrange pour quelqu’un qui se fait appeler Fantômette… 😉

    Commentaire par gwynplain — 11/10/2008 @ 17:52

  32. @aliocha: En effet, l’intention exprimée par les parlementaires et même, si je me rappelle bien, Nicolas Sarkozy, était que cette loi ne réprime que les prises de vues ayant pour but d’humilier la victime et non celles ayant pour but de témoigner.

    Cependant, le droit pénal est d’interprétation stricte, et ce qui compte est le texte de la loi, non des éventuelles interprétations de l’intention du législateur… même si je pense en effet que la politique pénale sera de ne pas poursuivre ceux qui témoigneraient de violences en les filmant.

    L’intervention de notre association visait à obtenir une rédaction clarifiée sur ce point : comme vous le relevez vous-mêmes, l’exception en faveur de la presse crée une ambiguïté, et semble établir un régime avec deux classes de citoyens : les journalistes professionnels (détenteurs de la carte de presse) et les simples quidams.

    Commentaire par DM — 11/10/2008 @ 18:03

  33. @ fantomette votre post 28
    questions interessantes mais … c’est difficile de répondre sans se perdre dans d’autres considérations!!

    Un journalisme qui grossis son sujet, c’est courant et cela commence à l’editing (comparez attentivement titres et contenus…) et cela continue avec le sensationalisme, pour se terminer avec le bidonage (le bidonage c’est un article plus ou moins, voire totalement, inventé; pour un exemple réel de bidonnage mais non de provocation, un journaliste américain il y a une dizaine d’années inventait tous ses papiers, si mes souvenirs sont bons le red chef a sauté aussi)

    Quand à provoquer !? j’imagine, comme aliocha, que vous avez en tête que le même problème se pose pour les douanes ou les services de police (?) mais pour un journaliste j’ai du mal à trouver des exemples que je pourrais connaître comme vrai et je ne peux prejuger des conséquences en droit (propagation de fausses nouvelles?).
    Toutefois, cela me fait penser à une récente caméra cachée de Canal + : un syndic de copropriété voulait montrer comment ses confrères malhonnêtes pouvait être rémunérés par des entreprises pour accéder à des appels d’offres.
    En l’espèce qualiferiez vous cela de provocation ? Est ce que votre opinion (en droit ou non) changerait si c’est le journaliste qui a contacté le syndic pour mettre en évidence un fait ?

    Pour répondre sincèrement à votre question, en toute hypothèse je ne peux pas écarter la possibilité qu’un journaliste tente de provoquer une situation pour des raisons… vous connaissez aussi bien que moi la nature humaine, et pour ces même raisons il est tout aussi possible d’imaginer « jusqu’où » sera prêt à aller un journaliste (tres malhonnete) : la provocation pure et dure ou l’invention pure et simple, le bidonage.
    Je suis sur qu’à nous deux nous pouvons tourner (en flouté je vous rassure) une « fausse infiltration » sur les dessous d’un cabinet d’avocat (marron) ou d’un juge (corrompu) et d’un journaliste (à la solde de qui vous voulez), etc.

    Faut il davantage de régles pour anticiper cette éventuelle situation ? peut etre mais comment le faire de manière efficace ? Et le jeu en vaut il la chandelle? je suis prets à en discuter.
    Car on peut aussi renverser le pbl : les journalistes peuvent êtres eux même provoqués/manipulés. Certains articles (des « scoops » sur des affaires) ne sortent que parce que qu’une personne a jugé utile (et dans quel but?) de communiquer certaines informations à un journaliste…Pensez à la manière dont le secret de l’instruction est « régulièrement » violé.
    Dans les 2 cas le journaliste n’est qu’un media, un intermédiaire (ce qui n’ote rien à sa responsabilté, etc) entre une « réalité » qu’il porte à l’attention de ses lecteurs/telespectateurs.
    un journaliste constate, vérifie, recoupe des faits qu’on lui rapporte, ou qu’il cherche.Il peut se planter, il peut grossir les faits, mal les interpréter, les inventer, commettre des fautes.
    Et d’une certaine manière il ne fait ni plus ni moins que toute personne qui se renseigne sur un sujet donné.
    Permettez moi, à mon tour de vous poser quelques questions :
    qu’attendez vous d’un article ? du journalisme?
    Pensez vous que la profession de journaliste doivent être encadrée (au delà de la législation actuelle sur la presse) par exemple par une déontolgie, un ordre, d’autres règles de droit ? Ou bien que les regles internes de controle des qualités d’un papier/d’une enquete (ou spécifiquement d’une camera cachée style les infiltrés) doivent etre porté à la connaissance des lecteurs et avec un controle de leur representants? (pour ma part pourquoi pas, et ce serait même une fort bonne chose d’en discuter sérieusement)
    PS : selon moi ce qui est dissimulé n’est peut etre pas plus « vrai » que ce qui est apparent mais il mérite d’etre connu justement parce qu’il est dissimulé (surtout si c’est une dissimulation volontaire et sauf si cela relève de la vie privée.

    Commentaire par eaque — 11/10/2008 @ 20:28

  34. Pour info (car certains d’entre vous auront sûrement déjà été sur le site d’ASI), je signale que l’émission de cette semaine d’Arrêt Sur Image est justement consacré au sujet avec plateau/débat.
    Donc ici (pour les abonnés): http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=1275
    « Les caméras cachées, c’est un peu l’arme nucléaire »
    J.B. Rivoire (Canal+, ex-CAPA) sur le plateau

    Commentaire par Vonric — 12/10/2008 @ 12:16

  35. Quittons le ciel des idées pour imaginer certains des sujets qui pourraient être traités en caméra cachée. A mon sens, on va vite en faire le tour.

    – Un journaliste se rend chez un contrôleur des impôts (Bon sujet Coco, mais tu crois pas qu’il y a un risque juridique ?)
    – Un journaliste achète une barrette de haschish rue Ramponneau (angle : comme ces dealers sont jeunes!)
    – Un journaliste demande son prix à une prostituée (Angle : elles sont si jeunes, elles viennent de tel ou tel pays. Le classique des classiques de la caméra cachée)
    – Au fort d’Aubervilliers, Cité des Mimosas, le journaliste a laissé dépasser son micro (angle : bouffée de violence dans les banlieues)
    – Un journaliste visite les frigos d’un restaurant, il trouve des aliments avariés. (Angle : sujet pré-vacance : la sécurité alimentaire dans les stations balnéaires. Classique également. C’est pourtant plus simple en caméra pas cachée, la répression des fraudes montre son travail.)
    – En reportage dans une boîte échangiste, le journaliste est seul à porter un imperméable. (Angle : Paris by Night, nouvelles sexualités, etc. Également un classique de la caméra caché)
    – Une journaliste non détentrice de la carte de presse dîne avec un homme politique, on sert deux bouteilles de Pouilly-Fuissé. (Angle : Celui-là Coco, on le passera pas sur France 2, mais si ça se trouve on pourra le recaser en Angleterre.)
    – Un journaliste remonte le canal du Midi en caméra cachée. (Sujet expérimental non diffusé)
    – Place de la Bourse, un journaliste achète 50 grammes de cocaïne (angle : premières reconversions réussies chez les traders)
    – Les méfaits de la Tourista (sujet prévacance ne devant rien au contrat de sponsoring conclu avec une marque d’eau minérale)

    Je sais Aliocha, tu vas encore dire que j’exagère. Toutefois je serais curieux de voir le sommaire de la dixième édition (mais il n’y en aura pas 10, j’en prends le pari), je suis sûr que je ne suis pas si loin.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 12/10/2008 @ 20:30

  36. 0 Aliocha

    Votre réponse à JM Aphatie m’a fait pensé au journalisme « à la » John Paul LEPERS …
    Avancer sans se cacher, mais faire du « rentre dedans » pour aller au-delà de la com’ formatée …

    C’est Fantomette qui parlait de « provocation » ??

    Commentaire par Yves D — 12/10/2008 @ 23:00

  37. Vaste question, mais c’est une excellente chose de voir les journalistes se saisir du débat.

    Puisque qu’on a parlé d’@SI au post 31., je pense qu’il peut être intéressant de relever une enquête en cours sur ce site (http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=1259, pour les abonnés, dont je ne doute pas que vous soyez, Aliocha), qui traite de la façon dont la façon dont les sites véhiculant des idées d’extrême droite font de « l’infiltration » sur le net. En effet, le post n°12., auquel vous avez répondu (sans rien remarquer de particulier?!), renvoie précisément vers le site qui est pris en exemple et illustre parfaitement leur volontée de passer pour des sites « d’information générale ».

    Désolé d’être légèrement hors-sujet, mais c’est si frappant…

    Aliocha : Non, je ne suis pas encore abonnée à ASI, mais ça ne va pas tarder, merci de m’avoir alertée, quand j’ai regardé le site, j’ai lu rapidement les deux articles sur la crise financière qui ne m’ont pas paru douteux, ceux que je viens de voir en y retournant sont sans ambiguïté.

    Commentaire par Kemmei — 13/10/2008 @ 00:04

  38. Je pense que c’est le sujet qui fait la légitimité: Si il s’agit de s’infiltrer comme bonne chez une star pour la montrer le nez dans la coke sans maquillage et brisez le mythe: c’est injustifiable.
    S’il s’agit d’aller filmer dans les endroits qu’on nous cache: maison de retraite, CRA , prison, caserne etc… pour dénoncez des faits cachés que les gens ne comprennent pas si on ne leur montre pas, je suis pour.
    Peut-on espérer que L’AP nous montre une cellule de 6 avec des matelas par terre ? Que on nous montre les conditions réel d’un CRA miteux surpeuplée ? Que la directrice d’une maison de retraite reconnaisse le manque de personnel et ses conséquence ? NON alors il faut y allez, c’est le rôle d’une journaliste.

    Note: J’ai vu un reportage sur les MR avec quelques scène en camera cachée sur la RTBF, je ne sais pas si c’est le même, mais dans ce cas c’est très humain, monté avec beaucoup de dignité et, je le pense, vraiment utile à la dénonciation du problème.

    Commentaire par Humaniste — 13/10/2008 @ 10:08

  39. @Aliocha: Ceci pourrait vous intéresser :
    http://david.monniaux.free.fr/dotclear/index.php/2008/09/05/237-pan-sur-le-bec

    Commentaire par DM — 13/10/2008 @ 14:48

  40. Il me semble que la caméra cachée est une technique, qui devrait être effectivement réservée à des cas « extrêmes » où aucune autre approche n’est possible.
    Il me semble me rappeler d’une émission appelée « la preuve par l’image », qui avait fait long feu, et qui, si mes souvenirs font exacts, avait été le théâtre de certains bidonnages, auxquels la caméra cachée apportait une certaine crédibilité.
    Je ne peux m’empêcher, comme Fantômette, de faire un rapprochement avec les techniques judiciaires. Le principe du contradictoire permet souvent de faire ressortir une vérité judiciaire plus proche de la réalité que si l’on s’en tient à la version d’une partie, même de la meilleure foi du monde. Il me semble que c’est la même chose dans le reportage.
    Je n’ai pas vu l’émission en question, mais je suis instinctivement sur mes gardes face à un concept entièrement fondé sur la caméra cachée, qui oblige, me semble-t-il, le journaliste à encore plus de rigueur et de loyauté dans le traitement.
    Vous avez déjà évoqué ici les ravages de la com’. Il ne faudrait pas tomber dans un excès inverse, en privant les principaux intéressés de tout moyen de présenter leur point de vue, de remettre ce qui apparaît à l’image de façon « brute » dans un contexte.
    Dans cet exemple de la maison de retraite, l’émission se penche-t-elle par exemple sur le budget de l’établissement, les moyens dont ils dispose pour avoir du personnel qualifié ? s’agit-il de montrer et dénoncer la maltraitance ou d’interroger aussi les conditions qui l’ont favorisée ? S’intéresse-t-on à une maltraitance institutionnelle ou à des dérives personnelles ?

    Aliocha : Je suis en partie d’accord avec vous Dadouche, sauf que vous allez un peu loin dans vos exigences vis à vis de la presse. Comme vous je suis sensible au contradictoire, et le contradictoire existe dans la presse, il consiste, quand on dénonce un problème, voir un scandale, à appeler les intéressés pour les faire réagir. Mais cela s’arrête là. Dans le cas de la maison de retraite, le fait brut sera la maltraitance, c’est cela que les journalistes devront montrer. Au journaliste de s’assurer que ce n’est pas une dérive personnelle pour montrer une vision exacte de la situation. En revanche, les excuses liées notamment aux moyens relèvent du dossier judiciaire.

    On en revient toujours au même : ce qui compte c’est le traitement et la déontologie du journaliste.

    Commentaire par Dadouche — 16/10/2008 @ 00:21

  41. […] quel moyen pour aller chercher l’information ?  Lorsque nous en avons discuté sur ce blog, les avis étaient clairement répartis entre les journalistes, méfiants, et les non-journalistes […]

    Ping par Les Infiltrés, c’est ce soir… « La Plume d’Aliocha — 22/10/2008 @ 16:59


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