La Plume d'Aliocha

10/10/2008

Crise financière, la faute des politiques !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 23:50

Je sors d’un restaurant habituellement plein tous les soirs de la semaine et en particulier le vendredi. J’y ai dîné ce soir sans réserver. A cause de la crise. Il y avait une table de gens du golfe, et puis un ancien ministre, c’est tout. Allons, je sais ce que vous pensez, un restaurant de luxe. Non, juste un merveilleux italien de quartier, une de ces adresses confidentielles qu’on aime à se recommander entre initiés. Il est en bas de mon bureau, je le connais depuis plus de dix ans. En rentrant, je regarde Boursorama, pour voir où en est Wall Street, et je tombe sur une étonnante dépêche Reuters titrée : « La crise est-elle alimentée par le politique ? » Je vous livre deux citations édifiantes :

« Il y un manque de confiance, et pas seulement dans l’économie mondiale, mais aussi dans les dirigeants » analyse Matt Mac Call, président du Penn Financial group de Ridgewood.

« L’absence actuelle de dirigeants forts m’inquiète » confie Marc Chandler, responsable de la stratégie monétaire chez Brown Brothers Harriman. »Ce n’est pas comme si nous avions un Franklin Roosevelt et un Churchill ».

Je vous laisse juge. En ce qui me concerne, entendre des gens qui habituellement méprisent les politiques et font tout pour les tenir à distance du business, rêver d’un seul coup de voir surgir un homme fort capable de les sortir du pétrin dans lequel ils ont plongé la planète entière, ça m’écoeure.

L’infiltration comme technique journalistique ?

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 15:59

Eolas vient de m’alerter sur l’affaire des Infiltrés de France 2. Qu’il en soit ici remercié, cette polémique m’avait échappée. Ainsi donc France 2 lance le 22 octobre une émission de reportages qui repose, si j’ai bien compris, sur un concept innovant : tout sera filmé en caméra cachée par des journalistes se faisant passer pour autre chose que ce qu’ils sont. Et la blogosphère s’agite tout à coup sur la déontologie journalistique. Amusant. Amusant comme une pratique choque dès lors qu’elle est verbalisée. Il faut croire qu’elle sort alors de l’imperfection du monde réel pour s’élever dans la pureté de la théorie et révéler son caractère hautement contestable. Car des journalistes avançant masqués et dissimulant leur caméra, on en voit à longueur de reportage. Pourquoi s’en indigner maintenant ? Sans doute parce que ce qui n’était que pratique ponctuelle est érigé par France 2 en véritable méthode.

Qu’en penser ?

Je vous avoue que je compare souvent la déontologie au vin. Vous savez, quand on goute un vin et que surgit la sensation fugace et désagréable qu’il est bouchonné. Il y a une sorte de petit proverbe dans ces cas là que j’ai maintes fois vérifié : « quand il y a un doute, c’est qu’il n’y a pas de doute ». En d’autres termes, si on a l’impression que le vin est bouchonné, c’est qu’il l’est sans qu’il soit besoin de vérifier. Pour moi, c’est la même chose en matière de déontologie, quand le sens moral vous titille, quand il sonne l’alarme, c’est qu’il faut renoncer à faire ce qui a déclenché l’alerte. Or, ce projet allume la lanterne rouge dans mon esprit. Mais vous me direz, c’est peut-être la juriste qui frémit, plus que la journaliste. Pour autant, on ne peut s’en tenir, ici comme ailleurs, à la simple première impression surtout qu’il ne s’agit plus de régler un problème particulier par la voie, au demeurant assez simple de l’abstention, mais de réfléchir sur une question de principe qui touche à la déontologie du journaliste et à l’évolution de notre métier.

L’intérêt de se présenter en tant que journaliste

Habituellement, les journalistes ont intérêt à se présenter en tant que tel. La carte de presse ouvre en effet des accès privilégiés. Essayez de joindre un ministère, d’accéder à un grand patron, d’obtenir de l’information sur n’importe quel sujet en vous présentant autrement que comme journaliste, vous aurez du mal. Notre carte professionnelle est un précieux sésame qui nous ouvre bien des portes. Pourquoi alors avancer masqué ? Parce qu’il est des situations où le fait d’être journaliste devient une entrave. Pour prendre un exemple extrême, celui qui veut découvrir comment fonctionne une organisation criminelle (trafic de drogues, d’êtres humains) a fortement intérêt à taire sa qualité de journaliste et à se faire passer pour un « client » potentiel. Cela peut parfois être une question de sécurité, voire de survie. C’est d’ailleurs dans ces situations là que l’on a l’habitude de voir des reportages réalisés par des journalistes masqués. Et cela ne choque personne. Pensez donc, qui irait prendre la défense d’un réseau de prostitution et s’indigner de la violation de ses droits ? Tout le problème avec les Infiltrés, c’est que le concept semble reposer sur l’idée que la fausse identité et la caméra cachée ne vont plus servir dans des cas extrêmes mais dans le journalisme ordinaire, à savoir pour le premier numéro, les maisons de retraite, et dans un numéro à suivre, la presse people. Voici que se pose la question des limites de la curiosité et surtout des moyens que l’on peut utiliser pour la satisfaire.

Eléments de réponse

Ici chacun se met facilement à la place des structures qui vont être infiltrées et tremble à l’idée d’être filmé à son insu. Avec raison, j’imagine une caméra me filmant quand, à l’issue d’une interview téléphonique où j’ai remercié de ma voix la plus sucrée mon interlocuteur, je lâche après avoir raccroché un magistral et salvateur « pauvre c… » ! Vous auriez beau jeu ami lecteur de stigmatiser mon hypocrisie, puis ma grossiereté et de conclure que, franchement, les journalistes méritent bien leur réputation. A supposer bien sûr que vous n’ayez jamais connu vous-mêmes de tels moments de relâchement….Toujours est-il que nous avons tous droit à un espace privé. En ce sens, la généralisation du journaliste « taupe » peut inquiéter. Sans compter la fausse idéntité qui, bien entendu heurte le sens moral.

Pour autant, il y a des arguments qui pèsent en faveur du procédé. En tout cas, je le crois. Je vous ai déjà parlé de l’emprise grandissante de la communication. Toutes les entreprises grandes ou petites, toutes les professions, entités publiques ou privées, sont désormais dotées d’un service de communication et d’un responsable des relations presse. Tous les gens qui ont un poste exposé aux medias ou qui souhaitent avoir leur nom dans le journal subissent des medias training où on leur apprend ce qu’est la presse et comment il faut s’adresser aux journalistes. Cela facilite notre travail tout en lui faisant perdre en qualité. Car le conseil en communication va tenter de faire passer son message et d’éluder nos questions. Il va standardiser le discours jusqu’à lui faire perdre son sens. C’est une des raisons pour lesquelles vos journaux vous paraissent creux, ils sont littéralement « trustés » par cette communication officielle qui n’est rien d’autre que de la langue de bois. Face à la puissance et à l’omniprésence de la communication, de la publicité, du marketing et de leurs techniques qui s’apparentent de plus en plus à de la manipulation, on peut comprendre que le journalisme soit tenté de devenir plus agressif. C’est en quelque sorte un réflexe de survie autant qu’une révolte. Et cela mérite d’être salué, au moins sur le principe.

Mettons-nous en situation pour mieux comprendre

Imaginons que vous et moi décidions de faire un reportage sur les maisons de retraite. Nous savons que régulièrement des scandales éclatent sur la maltraitance. Nous allons donc appeler plusieurs de ces institutions pour demander l’autorisation de venir faire un reportage. Certaines vont refuser. Il n’y a aucun moyen de les y contraindre. D’autres vont accepter, elles n’ont rien à cacher. Très bien, mais ce n’est pas en visitant des maisons modèles que nous allons renseigner le public sur le phénomène de la matraitance. Et puis il y a celles qui ne sont pas vertueuses mais vont profiter de l’occasion pour se faire de la pub en préparant soigneusement l’arrivée des journalistes. Là, nous risquons de tromper le public en lui faisant passer pour bonne une maison qui ne le sera pas. Que faire ? Eh oui ! Vous avez la réponse, infiltrer un journaliste qui se fera passer pour un stagiaire et filmer en caméra cachée. Aller chercher l’information au prix d’une méthode contestable. Ou bien s’en tenir à faire témoigner les victimes et parents de victimes. Mais c’est tout de même moins intéressant que de saisir sur le vif la réalité de la situation.

Entre nous, je n’ai pas la réponse à la question de savoir si c’est admissible ou non. J’aurais tendance à penser qu’il vaudrait mieux s’abstenir, mais je trouve que c’est un débat intéressant et j’applaudis par ailleurs à la volonté d’aller chercher l’information dans un univers dominé par la communication. Mais le moyen retenu n’est peut-être pas le bon. Sans doute faut-il qu’on en débatte vous et moi, que j’y réfléchisse encore, que j’écoute l’avis de mes pairs. Mais je voulais d’ores et déjà vous proposer des clefs de réflexion et tenter de vous faire sentir le problème vu du journaliste. Pure volonté de faire grimper l’audience me répondrez-vous ! Possible, mais quel que soit le but recherché, la question de principe demeure intéressante. Explorer les limites d’une liberté est toujours passionnant. Je signale que Jean-Michel Apathie est violemment opposé à cette émission et souhaite qu’elle ne voit jamais le jour. Il a consacré plusieurs billets au sujet http://blogs.rtl.fr/aphatie/. Et puisqu’Eolas m’a saisie de ce dossier complexe et brûlant je lui renvoie la balle : dîtes Maître, ça ne poserait pas des problèmes juridiques cette affaire là ?

 

Petite mise à jour sur la crise : Le CAC vient de clôturer en baisse de 7,73%. Il a ainsi perdu en un an 45,59 % de sa valeur.

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