La Plume d'Aliocha

09/10/2008

Eloge de la curiosité journalistique

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 12:41

Ah ! Les journalistes, ces êtres paresseux, futiles, incultes, prêts à toutes les bassesses pour obtenir un scoop, se moquant des ravages que peut déclencher leur insupportable curiosité. Eh bien parlons-en justement de la curiosité. Je suis plongée en ce moment dans un ouvrage passionnant de Géraldine Muhlmann intitulé « Du journalisme en démocratie ». L’auteur est agrégée de philosophie, diplômée de l’école de journalisme de New-York University et professeur agrégé de sciences politiques. Dans ce livre, dont je vous parlerai plus longuement lorsque je l’aurai terminé, elle s’interroge en particulier sur le mystérieux concept de « bon journalisme » auquel tous ceux qui critiquent la presse semblent faire référence, sans que l’on sache exactement ce qu’il recouvre.  Passant de Chomsky à Bourdieu, elle fait un détour par Kant et la notion de public pour s’arrêter sur Foucault. Je vous avoue qu’en lisant ce chapitre hier soir, j’ai trouvé nombre de réponses aux questions que je me posais sur la haine des journalistes. Les analyses de Foucault recoupent ce que j’observe depuis des annnées. Il m’a semblé intéressant de vous les livrer. Ce d’autant plus qu’elles rejoignent aussi nos débats sur la crise financière et la possibilité pour les journalistes d’accéder à l’information.

D’abord, sur la curiosité :

« La curiosité est un vice qui a été stigmatisé tout à tour par le christiannisme, par la philosophie et même par une certaine conception de la science. Curiosité, futilité. Le mot pourtant me plaît : il me suggère tout autre chose : il évoque le « souci »; il évoque le soin qu’on prend de ce qui existe et pourrait exister ; un sens aiguisé du réel mais qui ne s’immobilise jamais devant lui ; une promptitude à trouver étrange et singulier ce qui nous entoure ; un certain acharnement à nous défaire de nos familiarités et à regarder autrement les mêmes choses;une ardeur à saisir ce qui se passe et ce qui passe ; une désinvolture à l’égard des hiérarchies traditionnelles entre l’important et l’essentiel » (extrait de « Le philosophe masqué »)

Mais pourquoi cette curiosité dérange-t-elle autant ?

Réponse de Géraldine Mulhmann analysant Foucault : « Ses écrits sur la fonction politique de l’intellectuel dénoncent un scientisme qui est une tentation d’autant plus vive qu’on est entré dans l’ère des « intellectuels spécifiques » ; ce scientisme revient, au nom d’une spécificité ontologique des objets sur lesquels on travaille, à placer les « vérités » dont on s’occupe sous « un régime de pouvoir » ».

Voilà une chose que j’ai maintes fois constatée dans mon métier. Et ici je ne parle pas de l’agacement du public vis à vis des journalistes, mais de celui de nos interlocuteurs, en particulier des experts et spécialistes de tout poil. Notre curiosité bien souvent les dérange et ils répugnent à nous répondre, préférant s’abriter derrière la technicité de leur matière pour évincer les questions. C’est ce que j’appelle personnellement et sans doute de façon impropre la « captation du savoir ». Il n’y a qu’à voir l’indignation d’un juriste qui lit un article de presse dans son domaine. La moindre approximation est perçue comme une infamie. Face à la violence de certaines réactions, je ne peux m’empêcher de songer que l’erreur a atteint quelque chose de plus profond et de plus viscéral, la sensation de s’être fait déposséder de son bien, c’est-à-dire du droit exclusif de parler de la matière que l’on traite.  

Ouvrir les lieux de savoir et de pouvoir au public

 « Lorsqu’un journaliste vient me demander des renseignements sur mon travail, j’essaie de les lui fournir de la manière la plus claire possible » écrit le philosophe et Géraldine Muhlmann de commenter : « On note à quel point cette déclaration insiste sur le fait que le chercheur est au service du journaliste, et non l’inverse. M. Foucault ne semble attendre aucun public idéal et nul journaliste idéal pour appliquer entièrement et sans condition le principe de publicité. Une publicité qui l’expose d’ailleurs fondamentalement, qui le confronte au public. Il peut y avoir échec – incompréhension-, mais il semble que ce soit au penseur de s’efforcer de réussir au mieux cette exposition ».

Je ne vous surprendrai pas si je vous dis que Foucault plaidait pour l’ouverture totale des lieux de savoir et de pouvoir au public, et donc aux journalistes. Personnellement, je n’ai qu’une chose à dire : Merci Monsieur Foucault. Mais vous, qu’en pensez-vous ?

 

Petit point sur la crise du 10/10 à 9h55 : Le Nikkei a clôturé cette nuit en baisse de 9,62%, le Dow Jones de 7,33% et le Nasdaq de 5,47 %. Par ailleurs, le CAC chute en ce moment de 7,16%.

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