La Plume d'Aliocha

08/10/2008

La crise de la presse écrite en quelques chiffres

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 09:42

Je me méfie des chiffres. Ils sont, encore plus que les mots, sujets à interprétation et à manipulation. Mais ils sont parfois indispensable pour mesurer une situation. Les Etats généraux de la presse se sont ouverts jeudi dernier à l’initiative de Nicolas Sarkozy. De quoi s’agit-il ? De 4 pôles de « débats et propositions », pour reprendre les termes du Président, sur l’avenir du métier de journaliste, le processus industriel de la presse, Internet et, enfin, le rôle de la presse dans une démocratie. D’ici deux mois, un premier bilan des travaux sera présenté. Ces pôles sont placés sous la responsabilité respectivement de Bruno Frappat, président du groupe Bayard, Arnaud de Puyfontaine, ancien directeur du Figaro, ancien président d’Emap et de Mondadori France, Bruno Patino, directeur de France Culture et François Dufour, co-fondateur du groupe Play Bac. 

Souhaitons leur bonne chance !

Les chiffres pour comprendre :

– En 1914, il y avait en France 80 quotidiens nationaux pour un tirage global de 5,5 millions d’exemplaires. En 1999, ils n’étaient plus que 10 et tiraient à 2,29 millions. Quant aux quotidiens régionaux sur la même période, ils sont passés de 242 à 56 et leur tirage lui, a progressé, passant de 4 millions au début du siècle à 6,5 millions à l’aube des années 2000. On relèvera que la presse nationale qui représentait 58% des ventes en 1914 est tombée à 24%.

– Cela va-t-il mieux ailleurs ? Oui. La France fait partie des pays les plus touchés par la baisse des quotidiens nationaux. Au Japon par exemple, on dénombrait 396 quotidiens nationaux vendus pour 1000 habitants âgés de plus de 15 ans en 1960, et 633 en 2005. Sur la même période, la France est passée de 252 à 159. C’est l’érosion la plus forte avec celle des Etats-Unis (326/250) et de la Grande-Bretagne (514/348)

Pourquoi ça va si mal chez nous ?

Tentative d’explication. Dans son ouvrage « La presse quotidienne nationale, fin de partie ou renouveau ? » paru en avril (Vuibert), Patrick Eveno, agrégé en histoire et spécialiste de l’histoire des médias, estime que les raisons de la crise de la presse quotidienne nationale française doivent être recherchées dans l’immédiate après-guerre. Replaçons nous en 1945. Il faut régler entre autres difficultés le sort de la presse en Europe et procéder à l’épuration dans les titres qui ont collaboré avec le nazisme. On assiste alors à 3 types de réaction. En Allemagne, les alliés décident une épuration totale, tous les titres disparaissent. Ils sont remplacés par des publications alliées, puis, peu à peu, allemandes. Pour être journaliste alors, il faut produire une certificat d’antinazisme. Politiquement, les alliés imposent le pluralisme dans les rédactions. Economiquement, c’est la liberté totale et une grande souplesse en matière de concentration. Pour l’auteur, c’est ce qui va permettre la constitution de groupes de presse puissants. L’Italie fait le choix inverse. Les titres qui paraissaient avant-guerre subsistent, ce sont les journalistes et directeurs de rédactions fascistes qui sont épurés. Un Ordre des journalistes est créé tandis que l’on assure une liberté économique quasi-totale. En France, la réaction est plus complexe. L’idée à cette époque, c’est que la presse d’avant-guerre ne pensait qu’au profit, à séduire la clientèle (eh oui, déjà !) et avait oublié son rôle de gardienne de la démocratie. Elle est considérée comme responsable de la défaite et de la collaboration et doit donc être châtiée. C’est ainsi que 188 des 206 quotidiens qui paraissaient avant-guerre sont interdits, leurs biens confisqués et transférés aux partis de la résistance. Plusieurs lois et ordonnances refondent la presse et donnent naissance par exemple à l’AFP. Au début, c’est le succès : 3,3 millions d’exemplaires vendus chaque jour en novembre 1944, 4,6 millions en 1945, 6 millions en 1946, puis c’est la chute brutale, 3,4 millions en 1952. Si l’on compare les chiffres de la presse quotidienne en France, en Italie et en Allemagne, le constat est édifiant.  En Allemagne, le nombre de quotidiens vendus pour 1000 habitants augmente de 300 en 1950 à 322 en 2000, en Italie, il passe de 120 à 158 sur la même période, en France, c’est le mouvement inverse : 250 exemplaires pour 1000 habitants en 1950, 167 en 2000. Et voici la conclusion de Patrick Eveno : « le choix français, celui d’une presse politique pauvre en capitaux et placée dans un environnement de conception anti-capitaliste, a conduit à un appauvrissement du marché de la presse et de l’information en France et un appauvrissement de la diversité au détriment du pluralisme politique. Ce choix français a également favorisé le rachat des quotidiens par des entrepreneurs animés d’intentions politiques ». En d’autres termes, le rêve louable de construire une presse émancipée des préoccupations économiques et toute entière concentrée sur son rôle démocratique a échoué. Pire, faute de modèle économique solide assurant son indépendance grâce à la constitution de groupes de presse puissants, elle est tombée entre les mains d’industriels n’ayant rien à voir avec la presse et uniquement soucieux d’étendre leur puissance. Toute la question aujourd’hui est de savoir si on va pouvoir sauver la presse quotidienne française. Affaire à suivre.

 

Petit hors sujet ajouté à 13h : Impossible de faire l’impasse sur la crise actuelle quand on est journaliste. Ecrire sur autre chose, même un sujet qui me tient particulièrement à coeur comme la presse, parait un peu dérisoire. Déformation professionnelle oblige. Les journalistes vivent pour l’adrénaline permanente que suscite l’observation du monde, en particulier dans des moments tels que celui que nous traversons. Je signale donc que Tokyo a perdu cette nuit 9,38%, passant sous la barre des 10 000 points. Les experts de l’analyse technique baissent les bras car il n’existe plus de modèle pour raisonner dans une situation aussi exceptionnelle. Tout un symbole !

Mise à jour 18h20 : Le CAC 40 clôture ce soir en baisse de 6,31%, ce qui représente une chute de 37,71% de sa valeur depuis le 1er janvier et de 40,01% sur un an.

Publicités

22 commentaires »

  1. C’est assez curieux, les principaux syndicats de journalistes font le constat exactement inverse : c’est la concentration capitalistique qui est à l’origine de l’appauvrissement de la diversité.

    Un peu moins curieux : les analyses et conclusions de Patrick Eveno sont beaucoup plus citées, que ce soit par les principaux médias que par le gouvernement, que les analyses contraires (en faveur d’une restriction des concentrations). Qui pourtant, existent.

    Aliocha, vous ne voulez toujours pas y voir le résultat (direct ou indirect) de la proximité du gouvernement avec les grands dirigeants capitalistes (et notamment ceux qui possèdent les médias : Lagardère, Bouygues, Dassault… et qui ont tout intérêt à pouvoir élargir leur mainmise, en aggravant les conséquences déjà connues sur le pluralisme) ?

    Aliocha : Tiens, je vous attendais. Votre commentaire qui était bloqué a été remis en ligne, à l’instant, tant que je pensais que vous boudiez, je n’en voyais pas l’intérêt. Pour info, un commentaire contenant plusieurs liens est automatiquement classé en spam. La prochaine fois, si vous voulez mettre plus de deux liens, prévenez moi dans un post sans lien, je vérifierai ma boite à spam. Cela étant précisé, je suis en train de lire un livre sur journalisme et démocratie dont je vous parlerai très vite. Nous pourrons donc aborder ce débat – calmement bien sûr. Pour répondre à votre question, ne confondons pas une presse entre les mains d’industriels dont l’activité dominante n’est pas la presse (situation française) et une presse entre les mains de groupes de presse puissants qui peuvent faire respecter les traditions du métier et notamment son indépendance (Allemagne notamment). Je sais, ça ne résoud pas le problème Chomsky auquel vous êtes attachée et sur lequel je suis en train de me pencher. A ce sujet, Chomsky n’a jamais parlé de complot c’est vrai. Mais je maintiens que l’interprétation faite de sa pensée par l’article au sujet duquel nous nous sommes affrontées était bien , lui, axé sur le complot.

    Commentaire par Gwen — 08/10/2008 @ 11:04

  2. Bonjour et merci pour cet éclairage intéressant.

    Parfois, une comparaison revient entre les tirages de la presse quotidienne et ceux de la presse magazine qui, elle, semble florissante, ce qui suggère qu’il y eu un jeu de vases communicants.

    Si cette hypothèse est valable, cela suggère qu’il y a une carence éditoriale dans le contenu proposé aux lecteurs, mais cela conduit à se demander pourquoi les titres de la PQN n’ont pas cherché à récupérer les lecteurs partis vers les magazines, éventuellement en musclant les suppléments week-end…

    Commentaire par Sébastien — 08/10/2008 @ 11:08

  3. D’après ce que j’ai compris, une des missions du groupe d’études sur la presse dont vous parlez dans cet article est de trouver l’équilibre entre indépendance et modèle économique viable.

    Que pensez vous de l’exemple du Canard Enchaîné ?
    En effet, il me semble que ce journal combine une bonne santé économique et une indépendance certaine, les seuls revenus venant de la vente, pas de publicités, ni d’actionnaires extérieurs à la rédaction et aux fondateurs de ce .. eh bien … canard !

    Certes, le journal n’est pas donné, et le nombre de pages des plus restreints, mais les enquêtes menées sont en général assez intéressantes.
    De plus, je trouve qu’on peux difficilement coller à ce journal une orientation politique, tellement l’éventail des personnes dont la satire est faite est large. Bon, tout au plus une légère sensibilité de gauche, et encore 😉 !

    J’ignore si il existe d’autres journaux en France (ou dans le monde) qui partage le même modèle économique et la même indépendance, mais il serait intéressant de savoir si le cas du Canard Enchaîné est isolé, ou si ce type de parution est vraiment viable.

    Aliocha : Je ne peux pas vous répondre sur des exemples similaires dans le monde. En revanche, j’observe que ce journal a cessé sa parution entre 39 et fin 44 (de mémoire), disons pendant la guerre. Il fait donc partie, fort légitimement, des survivants. C’est-à-dire, pour suivre la pensée d’Eveno, des journaux qui avaient su asseoir leur réputation auprès de leur lectorat naturellement, et non pas idéologiquement comme ceux de l’après-guerre, qui s’auto-finance, qui répond à une vraie attente, et qui donc prospère. Je lui souhaite d’ailleurs longue vie ! Au passage, je souligne qu’un journal c’est un mélange de savoir-faire, d’amour du métier et de rationnalité économique. Quand l’économique prend le pas sur le reste, ce qui est le cas en ce moment à mon sens, le journal perd son âme et ses lecteurs. Le Canard n’a jamais perdu son âme.

    Commentaire par Elhu — 08/10/2008 @ 11:45

  4. 188 quotidiens supprimés à la libération, c’est la saint Barthelemy ! Il y a du avoir beaucoup de talents et de savoir-faire détruits.
    La PQR tire mieux son épingle du jeu, avec des groupes comme Ouest-France, Dernières nouvelles d’Alsace etc. Elle s’adresse au « Joe six pack » de Sarah avec de vraies informations sur de vrais gens auxquels ils peuvent s’identifier, tout en faisant une synthèse des nouvelles nationales et internationales.
    La presse nationale est d’une grande monotonie, avec les mêmes sujets traités en même temps, et des éditorialistes pipolisés aux convictions assez tièdes.
    S’il ny a que de grands groupes industriels pour entrenenir la presse nationale comme un danseuse, c’est qu’il y a des problèmes de contenu. Je n’ai pas non-plus l’impression que ces industriels aient beaucoup d’influence sur les lignes éditoriales, ça relève d’une petite parano bien de chez nous.

    Aliocha : Ah ? Et la rébellion au Figaro (vous imaginez ça une rebellion au Figaro !) contre l’actionnaire qui prétend voyager à l’étranger et représenter seul son journal ? Et le licenciement de Genestar ? Et les heurts qui ont agité la vie de la Tribune quand elle était encore la propriété d’Arnault ? Vous me direz, dans certains cas, les patrons de presse n’attendent même pas que l’actionnaire demande quoique ce soit pour se déculotter.

    Commentaire par Mathaf Hacker — 08/10/2008 @ 11:50

  5. «Votre commentaire qui était bloqué a été remis en ligne, à l’instant, tant que je pensais que vous boudiez, je n’en voyais pas l’intérêt.»

    J’avais décidé de bouder tant qu’il était hors ligne 😉 (on peut aller loin comme ça, héhé) (cela dit il est toujours hors ligne, et je me permet tout de même d’ajouter, le plus calmement du monde, que si vous pensez toujours n’avoir jamais censuré personne, alors vous avez une définition de la censure différente de la mienne. dont acte.)

    Aliocha : J’avais oublié de cliquer sur un bouton. Je vous explique la manip’ puisque vous êtes sourcilleuse, d’abord, il faut trouver le commentaire au milieu des spams, ensuite cliquer sur commentaire légitime à côté du commentaire et troisième manip’, aller en bas de page pour confirmer (ce que je n’avais pas vu). Cette fois il doit y être.

    «Mais je maintiens que l’interprétation faite de sa pensée par l’article au sujet duquel nous nous sommes affrontées était bien, lui, axé sur le complot.»

    Il vous faudra alors le prouver. Il n’y a pas une seule mention à un «complot» dans l’article. Vous faites un procès d’intention.

    «ne confondons pas une presse entre les mains d’industriels dont l’activité dominante n’est pas la presse (situation française) et une presse entre les mains de groupes de presse puissants qui peuvent faire respecter les traditions du métier et notamment son indépendance (Allemagne notamment)»

    La presse est tombée entre les mains d’industriels dont l’activité dominante n’est pas la presse quand les lois anti-concentrations ont été adoucies, et les taux de concentrations relevés. Les relever encore, comme l’auteur et le gvt le préconisent, ne fera qu’aggraver les choses.

    Aliocha : à première vue, je suis d’accord avec vous, la structure actuelle ne plaide pas pour une concentration qui serait non pas une concentration pour fabriquer un groupe de presse, mais une licence accordée aux groupes actuels de renforcer leur mainmise sur les medias. Mais je n’ai pas encore étudié attentivement le rapport qui sert de préalable aux travaux et dont le nom m’échappe.

    Commentaire par Gwen — 08/10/2008 @ 12:03

  6. Bonjour Aliocha
    Les deux grands régionaux que je connais (Ouest France et le Télégramme de Brest)sont lus(?) en 5 minutes, en comptant la page par laquelle tout le monde commence:la rubrique nécrologique. Bien sûr on a aussi la photo du nouveau facteur de Ploumazout ou celle de l’AG de l’Assoc des boulistes de Trégazoil. Vraiment, il n’y a pas grand chose de consistant.
    Aliocha : arrêtez de me faire rêver, c’est un fantasme pur chez moi de couvrir un tournoi de pétanque, je n’en peux plus de la finance !
    Quant au Canard, on y trouve surtout des brêves (de comptoir, quelques fois !)qui ne lui ont pas coûté grand investissement et j’ai l’impression que son niveau baisse.
    PS1: j’attendais, pour racheter le Monde le départ de Plenel, Colombani et Minc. Je crois que je vais encore attendre un petit peu…
    Aliocha : Vous suscitez chez moi un doute affreux, euh, ils sont partis….
    PS2 (hors sujet): Aliocha pouvez-vous nous éclairer sur le renvoi en correctionnel de qui vous savez ou attendez-vous qu’Eolas s’en empare?
    Aliocha : je suis nulle en devinette, lancez vous !
    Bonne journée à tous.

    Commentaire par araok — 08/10/2008 @ 13:53

  7. Moqueuse!

    Commentaire par araok — 08/10/2008 @ 14:03

  8. Aliocha : ne pensez vous pas que l’analyse d’indicateurs purement quantitatifs a pour vocation de cacher des indicateurs qualitatifs qui ne sauraient être réjouissants.
    Je ne lis plus la presse car…
    Quand je lis Libé, j’ai l’impression de lire un tract de la gauche du parti socialiste.
    Quand je lis le Monde, j’ai l’impression de lire un tract de la droite du parti socialiste.
    Quand je lis le Figaro, j’ai l’impression de lire un tract UMP.

    Quand je lis le Parisien, j’ai l’impression de lire un journal fait pour les bofs.
    Quand je lis l’Express, le petit ton pédant-pseudo-expert-de-tout-donneur-de-leçon de Christophe Barbier m’exaspère.

    Aliocha : Allons, allons, moi quand je lis Libé, j’y trouve de jolies choses, c’est important un journal contestataire même s’il faut se méfier de sa mauvaise foi, quand je lis Le Monde, des papiers de haut niveau, Le Figaro (ben je le lis pas), Le Parisien, ne le méprisez pas, il sort de vrais scoop, c’est un journal courageux, l’Express (je ne lis plus, Barbier est bon mais il est irritant et je passe sur Le Point, il vaut mieux que je me taise). Vous avez essayé Marianne, l’Obs ? Dans Marianne, je vous recommande les billets de Alain Rémond à la fin du journal, je pleure de rire toutes les semaines depuis que je l’ai découvert. Même si les couv’ sur Sarko sont agaçantes, même si le ton peut énerver, ce journal emploie de bons journalistes et je ne louperais le Rémond pour rien au monde…

    Commentaire par Paul — 08/10/2008 @ 14:25

  9. Il existe également un livre d’histoire intéressant pour comprendre la crise de la presse. Il s’agit de l’ouvrage de Christophe CHARLE, Le Siècle de la presse (1830-1939) (Seuil, 2004). On se rend compte que les maux dont souffre la presse de nos jours sont déjà en germe alors.
    Je relis mes notes :
    – Pendant la monarchie de Juillet, les »journaux proches du pouvoir s’endorme dans la routine », tandis que les opposants de droite et de gauche innovent.
    – Au sujet de l’affaire Dreyfus, Charle note la lenteur du changement d’attitude des journaux, en raison d’une incidence des intérêts économiques et politiques sur la détermination d’une ligne éditoriale. Les journaux cherchent plus à conforter leurs électorats. Les premiers articles de Zola sont publiés dans le Figaro, mais devant l’indignation des lecteurs et les désabonnements en masse, le Figaro cesse de publier Zola et devient ouvertement anti-dreyfusard.
    – L’une des grandes entreprises du début du XXe siècle est le Petit journal, qui conforte les préjugés xénophobes des lecteurs. « Conquête de la liberté de la presse et de démocratie, la liberté de la presse est devenue, en moins vingt ans, un moyen d’abrutissement des masses au mon des masses au nom des impératifs du sensationnel et des préjugés racistes. »
    – Au final, Charle note que l’unification culturelle et politique en France s’est produite grâce à la presse, mais la « censure de l’argent se fait sentir progressivement ». Le « quatrième pouvoir » a les mêmes faiblesses que l’autorité judiciaire : il est faible face aux puissants et conforte les préjugés du public. Il ne permet pas une prise de recul, ni un prise de conscience des maux dont souffre la France des années 30 (il rejoint en cela les analyses de Marc Bloch, cf. L’Étrange défaite).
    – Le programme du gouvernement issu de la Résistance réforme la presse, mais l’actualité nous montre que ces réformes ont « sautés », et que la plupart des problèmes de la presse sont en germe dès les années 30.

    Voilà un résumé rapide…

    Aliocha : Merci ! voilà un éclairage très intéressant. Il me semble que j’ai ce livre quelque part mais je ne l’ai pas encore lu.

    Commentaire par pollicarpe — 08/10/2008 @ 14:25

  10. Aliocha, pourriez vous effacer le com n° 8…petite erreur de manipulation … 😦

    Je reprends :

    La presse régionale ne va pas si bien que ça, elle est confrontée elle aussi à un effritement de son lectorat. Une des causes en est probablement la mobilité géographique accrue des actifs qui fait que les gens s’intéressent de moins en moins à ce qui se passe au niveau local.

    Pourtant on trouve des choses fort intéressantes dans les deux canards locaux auquel j’ai accès, les pages « Justice » sont un vrai régal… 🙂

    Aliocha : vous dites ça parce que vous-mêmes êtes un expat’ ! Cela étant, votre remarque est intéressante.

    Commentaire par Mussipont — 08/10/2008 @ 14:30

  11. @ aliocha :

    Merci.

    Commentaire par Gwen — 08/10/2008 @ 14:35

  12. Bonjour Aliocha

    L’approche historique et comparative que vous présentez est valable, mais elle est insuffisante. En « superposition » à ces spécificités historiques nationales, on constate aussi des évolutions communes aux journaux dans les pays développés (ça n’est pas valable pour l’Inde ou la Chine où la presse papier est en plein développement) : une inexorable érosion de la diffusion depuis plusieurs décennies, en parallèle à une dégradation de la situation économique des journaux. Le rythme et l’ampleur peuvent varier d’un pays à l’autre, mais le mouvement est général et… structurel.

    C’est le modèle économique de la presse quotidienne papier qui se dérobe. C’est un marché « à double versant », comme disent les spécialistes. Les journaux vendent l’information à leur lecteurs d’un côté, et vendent l’attention de cette audience à des annonceurs de l’autre. Or de nouvelles concurrences se sont développées depuis des décennies, qui grignotent l’audience (radio, télévision, presse institutionnelle, presse gratuite, internet, et maintenant téléphone). La publicité trouve de son côté de nouveaux supports et quitte les quotidiens. Sur internet elle s’émancipe même des médias et elle a de moins en moins besoin de l’information comme support de sa diffusion. Le modèle était aussi une agrégation de ressources d’origines diverses : vente au numéro et par abonnement, publicité, petites annonces, annonces légales, et l’offre d’information elle-même était une agrégation d’informations de nature différente aux coûts de production très divers (de l’information service, telle que la météo où les programmes télévisés, les résultats sportifs, etc. au coût de production faible, des reportages, des analyses d’experts, etc. aux coûts de production bien plus élevés).

    Ce modèle « d’agrégation » est en train de se disloquer, et chacun des éléments qui constituait le « bouquet » part vivre sa vie de son côté (vers les gratuits, les autres médias, vers internet…). L’équilibre général du système est rompu depuis des années et le secteur ne survit que de manière artificielle par des subventions publiques massives directes et indirectes.

    La réaction des médias aura surtout été un « suivisme »: pour l’essentiel une réduction des coûts de production pour tenter de retrouver une équilibre « par le bas ». On a réduit d’abord surtout les coûts de fabrication (imprimerie) et de distribution, mais ça fait longtemps que l’on réduit aussi le contenu (pagination, reportages originaux, nombre de journalistes). La qualité du « produit » est donc indéniablement en baisse, ce qui accroît la désaffection du public. C’est un cercle vicieux.

    Parallèlement à ça, la sociologie du public, ses pratiques quotidiennes, ses attentes, etc. changent. Un monde plus urbain, plus mobile, plus individualiste, plus « connecté » aussi en permanence sur l’information. Les attentes (et les défiances) vis à vis de l’information se modifient et les médias ont bien du mal à comprendre ces évolutions et à s’y adapter.

    Tout ça conduit à une crise réellement structurelle, qui n’est pas seulement celle des quotidiens, ni même celle du journalisme, mais une crise de l’information.

    Aliocha : Merci pour ce regard très fouillé sur la crise. Je ne prétendais pas résumer l’ensemble de la situation de la presse en quelques lignes, non plus 😉 Simplement, j’ai trouvé le travail d’Eveno intéressant. Sur la question de la pub et des annonceurs, il est clair que le marché a changé et je suis d’accord avec vous sur les mauvaises décisions qui ont été prises, à savoir la baisse de qualité. Il y a plus grave à mon avis. Tous les projets presse que je vois en ce moment se monter sont clairement conçus comme des aspirateurs à pub. Autrement dit, des gens se réunissent autour d’une table, identifient une cible soit peu nombreuse mais à haut pouvoir d’achat soit nombreuse, définissent un concept pour répondre à un besoin qui n’a pas été été encore satisfait à leurs yeux, le tout à l’aune des annonceurs qu’ils vont attirer. On arrive au paroxysme du raisonnement mercantile. Mais, me direz-vous c’est ainsi que fonctionnent les groupes de prese étrangers avec des cellules dédiées à la création de nouveaux supports. Sauf qu’ils ont une culture de presse et font un travail de qualité. Tandis que les charlots qui agitent des projets en ce moment et trouvent des financements se contrefoutent du métier comme de leur premier exemplaire de Oui-Oui (désolée, ça m’énerve donc ça me rend violente). Ils n’aggravent même plus la défiance, ils concourent à brouiller définitivement la vision du lecteur sur la presse. Au fond, le mieux qui puisse arriver, c’est que tous ces titres disparaissent et qu’il ne reste que les bons, qui sait ?

    Commentaire par narvic — 08/10/2008 @ 15:40

  13. Je ne comprends pas très bien pourquoi en France on considère comme pinacle des médias la « grande presse d’opinion ». Je m’explique.

    Un « journal d’opinion », dans le mauvais sens du terme, c’est un journal où le lecteur vient chercher confirmation de ce qu’il croit déjà. Pour caricaturer, en version de gauche, c’est un journal qui explique que tout est la faute du libéralisme, du grand capital et de Nicolas Sarkozy, en version de droite que tout est de la faute des impôts, des fonctionnaires et de l’héritage conjoint de Mai 1968 et de Mitterrand.

    Dit comme ça, ça n’a pas grand intérêt : on apprend quand on peut confronter des points de vue, pas quand quelqu’un vous explique que vous avez bien raison de penser comme vous pensez.

    Maintenant, abordons les choses sous l’angle économique : chercher et vérifier des informations coûte cher, tandis que se contente de les commenter sous un angle moral ou politique est bon marché. De là sans doute une partie du succès des éditorialistes de tout poil, dont la version la plus aboutie est la « talk radio » américaine (des types, généralement de droite dure, qui commentent l’actualité ou les rumeurs, avec des auditeurs qui appellent).

    Commentaire par DM — 08/10/2008 @ 17:09

  14. Aliocha : oui. Mais je ne suis pas près à payer [Marianne/Libé] (et donc à cautionner [JF Kahn/July]]) pour les beaux yeux de [Rémond/???]. Je préfère… l’aggrégateur RSS avec des filtres (type google news) où je récupérerai toujours les articles de [Rémond/???].

    J’espère juste qu’un analyste intelligent dans la boîte qui gère le site de [Marianne/Libé] se rendra compte que la monétisation vient des pages que [Rémond/???] écrit ! Bon, ensuite, vu que les gens adoptent les lectures qui correspondent à leurs oeillères, peut être Marianne se fait il plus de sous avec Kahn. Too bad. Dans ce cas là, je conseillerai juste à Rémond de fonder son journal. Ou de tenir un blog.

    Commentaire par Paul — 08/10/2008 @ 18:23

  15. Le passage à Internet complique probablement tout cela. La notion du support devient plus floue. Il faut aller voir au Japon ce qu’il en font?

    J’entendais sur France-Inter je ne sais plus qui qui disait que les pouvoirs publics auraient plutôt intérêt à financer le développement de Rue89 que de financer en sous-main la survie de Libération. C’est un sujet très épineux.

    N’y aurait-il pas eu en France un problème de presse de droite en particulier? Hersant a eu un vrai groupe spécialiste (« pure-player »), avec son navire amiral Le Figaro, et bc de titres régionaux. Malheureusement ce qui y était écrit était notamment dans les années 80 de la propagande RPR (ou UDR, UMP, etc) un peu bétasse, qui satisfaisait le lecteur conservateur à l’esprit partisan, mais pas forcément les gens à l’esprit un peu plus critique notamment de droite.
    (un bémol: les pages entreprise sont plutôt sérieuses, et la rubrique sciences est distrayante)

    Pas forcément le niveau de « Die Welt » en Allemagne, « The Times » au Royaume-Uni qui bien que conservateurs offrent un certain contenu. Cela amène aussi la concurrence plus à gauche à élever le niveau.

    En résumé, si Beytout au Figaro virait Dassault pour de bon pour trouver des actionnaires conservateurs mais ouverts (euh .. AXA? BNP?), cela n’aurait-il pas un impact positif sur toute la presse quotidenne?

    Aliocha : Beytout aurait du mal à faire cela pour plusieurs raisons et notamment parce qu’il est retourné aux Echos….C’est Etienne Mougeotte le big boss depuis un an.

    Autre remarque: en Europe, des quotidiens nationaux leaders sont faits dans des capitales régionales comme Manchester, Francfort, Munich, Hambourg, Barcelone. A quand un quotidien national fait à Marseille, Lyon, Lille ou Toulouse?

    Commentaire par XS — 08/10/2008 @ 23:30

  16. Vous n’aimez pas les chiffres, et des spécialistes en chiffre n’aime pas la presse ?

    http://www.penombre.org/Confondre-fait-et-croyance

    Je suis sûr qu’il y aurait matière à en faire un article. 😉

    Cat

    Commentaire par Cat — 09/10/2008 @ 00:00

  17. @narvic: Ce que vous dites, en gros, c’est qu’avant les contenus peu coûteux (recopiage de dépêches, horoscope, etc.) finançaient les contenus coûteux (reportages…) tandis que maintenant, comme les gens prennent les premiers dans les gratuits et sur Internet, on ne peut plus financer les seconds?

    Analyse intéressante (que j’ai déjà vue ailleurs).

    Aliocha : Il me semble surtout que Narvic évoque la crise de la pub dans la presse qui a baissé les recettes, en France en 2003 les quotidiens tiraient 30% de leur subsistance de la pub et 70% des ventes (la proportion est inverse en Allemagne et en Italie), si les annonceurs s’en vont et qu’on baisse la qualité du journal faute de moyens, on perd aussi les lecteurs, si on a moins de lecteurs, on a moins d’annonceurs, donc moins d’argent, donc baisse de qualité et ainsi de suite….

    Commentaire par DM — 09/10/2008 @ 08:29

  18. Mais où vont les annonceurs? Sur le Web? La TV?

    Aliocha : Sans doute, en tout cas, ils vont ailleurs….

    Je ne veux pas avoir l’air de faire encore une fois la morale, mais n’est-il pas un peu choquant qu’un média « sérieux » dépende autant de la publicité ? Quelle indépendance vis-à-vis des annonceurs ?

    Aliocha : Celle qu’on veut bien se donner. Cela passe d’abord par des garde-fous structurels. Un journal est toujours scindé en deux parties, d’un côté la publicité et la diffusion, de l’autre la rédaction dont l’indépendance est garantie par son directeur. En principe, il doit y avoir un chinese wall entre les deux. Mais on aperçoit de plus en plus de porosité. Exemple, je décide dans un quotidien économique de consacrer un dossier à la banque d’investissement, la pub s’arrange pour savoir de quels établissements le journaliste va parler pour vendre des espaces pub aux sociétés concernées, de là à prévenir ensuite le journaliste….L’indépendance, au-delà des structures censées la garantir, cela reste toujours avant tout une question de caractère. Si vous avez un directeur de la rédaction ombrageux sur la question de l’indépendance, tout se passe bien (enfin, pour la rédaction parce que pour le directeur en question, ça signifie des coups de gueule réguliers), sinon, les annonceurs deviennent un vrai problème.

    Vous allez me dire que c’est sans doute mieux que la situation actuelle, qui voit un certain nombre de grands médias dépendre de groupes industriels impliqués dans l’armement ou le BTP, bref des secteurs à forte commande publique…

    Cas vécu : un reporter de Paris-Match (Groupe Lagardère) vient faire un reportage sur Wikipédia par rapport à Larousse (Groupe Lagardère) et à l’affaire Sevran impliquant Europe 1 (Groupe Lagardère). Il n’y a pas un petit conflit d’intérêts ?

    Aliocha : si mince….Cela étant, il ne faut jamais oublier qu’en principe, un journaliste digne de ce nom ne doit pas se soucier de ce problème de conflits d’intérêts autrement que pour s’en émanciper.Nous sommes généralement très susceptibles sur ce sujet. Je ne connais pas d’exemple de journaliste acceptant de faire un reportage téléguidé pour nuire à la concurrence de l’actionnaire principal. C’est ensuite qu’il peut y avoir éventuellement des pressions, voir une censure de la part de la rédaction en chef. L’indépendance du journaliste de base vis à vis de l’actionnaire est forte, celle de sa hiérarchie l’est parfois moins. En revanche, le journaliste peut être sensible aux cadeaux, voyages, ou tout simplement à la satisfaction d’avoir l’estime d’un puissant, lequel s’empresse alors de le maneuvrer délicatement.

    Commentaire par DM — 09/10/2008 @ 10:19

  19. Sur le fond de l’article, donc sur la crise de la presse, j’ai beaucoup de mal à me faire une opinion. L’idée présentée dans ce papier est intéressante: la concentration ne poserait pas tant de problèmes, si elle était faite dans des groupes centrés sur la presse. Effectivement, c’est un point de vue qui peut se défendre. Mais il me semble que ce modèle a aussi sa limite. Un groupe, finalement, ça finira toujours par se comporter comme n’importe quelle grosse entreprise, c’est-à-dire que quand ça aura à choisir entre son âme et sa survie, ça choisira sa survie.

    Je tente un parallèle douteux: su j’étais allé voir le patron de telle grande banque il y a 6 mois, et que je lui avais demandé s’il avait envie de supplier à genoux le gouvernement de chez lui de bien vouloir le nationaliser, il aurait explosé de rire, non? Or, juste là, tout de suite, c’est bien ce qu’ils font, non?

    Si je transpose: le groupe de presse allemand, qui a un poids économique le rendant raisonnablement solide, si on va lui parler de se vendre à un gros groupe autre (financier, marchand de canons, que sais-je), il va trouver l’idée saugrenue. D’accord. Et quand il sera dans la mouise, il fera quoi?

    L’analyse qualitative me paraît, elle, donner une base plus lisible, finalement. Le choix d’aligner vers le bas tend à tuer la presse à moyen terme, forcément. Les gens ne vont pas continuer à payer un produit de mauvaise qualité. D’où il me vient une question de scientifique. En général, quand un grand nombre d’individus est confronté à un problème, et qu’il existe plusieurs moyens de traiter le problème, on peut faire le pari que chacune des solutions sera retenue par une partie des individus. Du coup voilà: quand on comment à perdre l’argent de la publicité, il y a deux réponses possibles: augmenter la ressource « ventes » en faisant de la qualité, ou diminuer les dépenses (et donc baisser la qualité). J’ai l’impression (je me trompe peut-être) que tous les acteurs on choisi de baisser la qualité. Est-ce qu’il y a une raison à ça?

    J’entend par là:
    – est-ce que certains ont essayé la qualité et en sont mort, légitimant le choix des autres ?
    – est-ce que certains ont choisi la qualité, et vivent bien, et simplement on oubli d’en parler (à part le Canard et Charlie Hebdo, il y a des journaux sans pub? et encore, ce sont des hebdo, pas des quotidiens) ?
    – si personne n’a fait ce choix de la qualité, c’est parce qu’il y a une raison valable forte qui rendait ce choix impossible/déraisonnable ?

    Bref, voilà, si quelqu’un à une idée sur le sujet pour éclairer ma lanterne…

    Commentaire par Benjamin Bayart — 09/10/2008 @ 11:42

  20. […] blog La Plume d’Aliocha rappelle : – En 1914, il y avait en France 80 quotidiens nationaux pour un tirage global de 5,5 […]

    Ping par Sarkosy, le sauveur de la presse française ? « CFPJ - Formation « Rédiger pour le web » — 09/10/2008 @ 17:50

  21. Je vous livre mon analyse, mais je ne suis pas un spécialiste :

    1) Les pertes de lectorat des quotidiens sont dûes au fait que l’information est de plus en plus gratuite, instantanée et pré-digérée (de moins en moins de gens prennent le temps de lire, ne serait-ce qu’un roman). Il y a actuellement 3 chaînes TV d’informations en continu (BFM.TV, LCI et I>TELE), qui concentrent un budget annonceur de plus en plus important, preuve que ce segment est porteur.

    2) Face à la baisse croissante des recettes de publicité, les quotidiens sont confrontés à deux choix :
    a) Diminuer les frais généraux (les gros salaires lèvent le doigt !), d’où une perte de qualité de contenu,
    b) Augmenter le prix au numéro, mais il y a une limite à ne pas franchir (comme pour l’essence ou les cigarettes).

    3) Il y a encore une clientèle pour les hebdos, car on y trouve des articles de fond qu’on peut tranquillement « digérer » le week-end.

    4) La plupart des supports papier payants ont une version numérique gratuite. Pourquoi payer ce qui est gratuit ?

    5) Le « baladeur » a tué la presse écrite dans les transports en commun, sans parler du téléphone 3G+

    6) Last but not least : Les gens en ont marre des mauvaises nouvelles et s’enferment dans leur tour d’ivoire pour rêver ou simplement décompresser…

    Et tous ces phénomènes conjugués me semblent conduire à un effritement irrémédiable de la clientèle…

    Le succès du Canard et probablement de Mariane tient au fait qu’en les lisant, les gens ont l’impression de n’être pas tout seuls à être pris pour des c… Ils se sentent aussi réconfortés par le fait que quelqu’un ose s’attaquer aux « puissants »… Mais là, on entre dans le domaine de la psychanalise 🙂

    Commentaire par ramses — 10/10/2008 @ 01:44


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :