La Plume d'Aliocha

07/10/2008

Marre de la langue de bois !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 16:21

Vous l’aurez compris, cette semaine, je suis énervée. Je m’étais promis en créant ce blog de conserver mon calme légendaire et surtout de m’en tenir à cette conviction profondément ancrée en moi que la vérité n’est jamais ni d’un côté ni d’un autre, qu’elle est un équilibre subtile et fugace entre des contraires. Ce qui exclut toute forme de pensée manichéenne et tempère sérieusement les tentations pamplhétaires. Pour s’indigner, encore faut-il être sûr d’avoir raison et moi, je m’interdis cette assurance, je la trouve dangereuse, il me parait préférable de soulever des questions, d’inciter à la réflexion, au débat, pour avancer ensemble. J’ai en partie tort. Il est des moments où il faut s’indigner. Un de mes anciens patrons, un avocat pénaliste de renom, me disait lorsque j’étais stagiaire dans son cabinet : « Mon petit, la plus grande qualité d’un avocat, c’est sa capacité d’indignation ». Voilà une affirmation aisément transposable au métier de journaliste. J’ai eu tort de l’oublier.

Ah ! Powerpoint.

Hier soir, j’étais à une conférence de presse sur les risques. Je ne vous en dirais pas plus, on me repérerait, nous n’étions qu’une poignée de journalistes. Bref, pendant une heure et demie on m’a parlé de contrôle des risques dans les entreprises, à grand renfort de Powerpoint. Vous savez, ce merveilleux outil qui permet de s’abstenir de penser, de dérouler un raisonnement et même de faire des phrases. On affiche des concepts, parfois des tableaux, quelques chiffres et hop, le sujet est traité. Moi voyez-vous, je ne suis pas équipée intellectuellement pour Powerpoint, mon cerveau refuse obstinément de comprendre ce qu’on lui sert. Il lui faut des phrases, des nuances, des oppositions, des dévelopements, des mises en perspectives, bref, il lui faut de la matière. Or, Powerpoint, c’est le prétexte pour exposer un vide sidéral entouré de quelque points clefs qui tiennent lieu de réflexion. Il n’est pas étonnant que ce soit l’outil privilégié des consultants, vous savez ces gens payés très cher qui vous disent : « passe-moi ta montre et je te donnerai l’heure » ! Bref, que croyez-vous que m’ont expliqué ces grands spécialistes du risque en entreprise ? Qu’il fallait bien sûr améliorer les choses. Sans blague. Comment ? Je vous avoue que je n’ai toujours pas compris. On m’a parlé de qualité, d’indépendance, de reporting, on m’a dit qu’il fallait mutiplier les comités, clarifier les rôles, lever les ambiguïtés. Avouez que c’est parlant !

Concepts creux et déclarations d’intention

Mais, me direz-vous, pourquoi tant de colère ? Parce que ce sont ces rois du Powerpoint qui pensent nous sauver de la crise à coups de concepts creux et de déclaration d’intention. En réalité, les champions du contrôle des risques sont pieds et poings liés face aux entreprises qui les emploient. La vérité, c’est qu’ils ne peuvent rien dire, sous peine de heurter le Medef et l’Afep. Pourtant, la crise est un formidable tremplin pour eux. Songez donc, c’est le moment de prendre le pouvoir, d’affirmer à quel point ils sont importants. De citer l’exemple de la Société Générale et de l’affaire Kerviel. Pour mémoire, il a fallu attendre 75 alertes du contrôle interne répartis sur plus d’un an pour que quelqu’un daigne se pencher sur les activités du trader et s’apercevoir que quelque chose clochait. Quelle occasion pour dire enfin : il est temps de nous donner les moyens d’effectuer de vrais contrôles et de reconnaître l’utilité de notre fonction. Que nenni. Ils sont paralysés par la peur de déplaire, de faire un faux pas qui leur attirerait la colère de leurs employeurs voire du Medef. Je vous parlais hier du « comply or explain » et je vous disais que les contre-pouvoirs étaient insuffisants pour qu’un tel système fonctionne. Je confirme aujourd’hui. Même au coeur de la crise, même face à la faillite du système, tout le monde se déculotte. Je dis « même », il serait plus juste de dire « surtout ». Car le réfexe en ce moment n’est pas de prendre le mors au dent, de secouer la pensée unique, la langue de bois et de s’attaquer franchement aux problèmes. Non, il est à l’opposé. C’est la peur, la politique du profil-bas, du politiquement correct et des discours en demie-teinte. Comme si une déclaration un peu trop directe pouvait faire couler le navire. C’est désespérant. Vous voyez, en ce moment on entend beaucoup de critiques sur Nicolas Sarkozy, qu’il s’agite dans le vide, qu’il profite de la crise, qu’il s’en tient au discours. Eh bien je vais vous dire, il bouge, il parle et quand je le compare aux milieux économiques, terrorisés et silencieux, tremblant à la simple idée qu’une respiration un peu trop profonde ou un soupir de désespoir pourraient les faire couler, je trouve que notre président a du mérite. Vraiment.

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