La Plume d'Aliocha

06/10/2008

La crise financière ou le bon sens mis en échec

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 09:49

Capital sur M6 était consacré hier à la crise financière. A la fin de l’un des reportages, un banquier s’est exprimé. Il s’agit d’Olivier Pastré. Ce professeur d’économie né en 1950 cumule les titres et fonctions honorifiques. Il est membre du cercle des économistes, il a dirigé plusieurs banques, publié un rapport en 2006 sur les enjeux économiques et sociaux du système bancaire. Il est aussi membre du conseil scientifique de l’autorité des marchés financiers. Il a publié enfin il y a quelques mois « le roman vrai de la crise financière » que je n’ai pas lu mais dont on dit qu’il analyse brillamment la crise. Bref, M6 ne pouvait solliciter de meilleur expert.

Or, qu’a répondu Olivier Pastré à la question sur la responsabilité des banques dans la crise ? Eh bien qu’il ne fallait pas chercher de coupables, que tout le monde était responsable, du ménage américain qui a voulu acheter une maison qu’il savait ne pas pouvoir payer, à l’organisme de crédit qui a prêté à ce ménage etc. Je vous avoue que sa déclaration m’a fait bondir. Comment, la crise serait donc aussi la faute du ménage américain qui vient de se faire expulser de sa maison ? La crise serait en fait notre faute à tous ? Et même la mienne ? Désolée Monsieur l’expert mais je ne suis pas d’accord. Dire cela, c’est considérer que le système a failli de lui-même, que tous ceux qui l’on fait fonctionner ont participé à sa chute, et qu’ainsi plus personne n’est responsable puisque tout le monde l’est. C’est peut-être exact au vu de certaines théories économiques, mais il y a une chose qui me dérange dans ce discours : je ne vois pas comment on va changer le système, faire en sorte de le sécuriser, corriger durablement ce qui a dysfonctionné si on prétend que ce qui est arrivé n’est la faute de personne.

Si on ne change pas les mentalités et notamment cette fâcheuse tendance des financiers et en particulier des banquiers à croire qu’ils détiennent la vérité et à se défendre bec et ongles dès qu’on veut encadrer leur activité. Ah! Je sais, le bon sens n’a pas sa place dans le discours des grands financiers de ce monde, le bon sens c’est l’intelligence du peuple, c’est son seul et dérisoire diplôme n’est-ce pas ? Eh bien je le revendique moi, ce bon sens et je vais même vous dire mieux. Plus j’observe la crise financière, plus j’ai la conviction que c’est une crise du bon sens. Car tout ce que l’on découvre depuis des mois est une insulte au bon sens. La tritrisation ayant joyeusement brouillé les cartes du risque puis l’ayant disséminé dans tous les établissements financiers du monde, les banques dont la régulation repose sur la gestion du risque et qui sont toujours incapables de mesurer aujourd’hui leur exposition au risque, l’effet pousse au crime de la rémunération des traders que beaucoup dénonçaient, la technicité des produits financiers qui est telle que les administrateurs des banques ne sont même plus en mesure de les comprendre, l’ampleur présumée des pertes, j’en passe.  Et surtout, surtout, la capacité à nier l’évidence en évoquant une responsabilité globale et diffuse. J’ai vu ici et là que l’on comparait la propagation des subprimes dans l’économie mondiale à un virus. Je n’aime pas cette image car elle tend à assimiler le système économique à un organisme vivant qui serait sujet à la maladie, c’est-à-dire à une certaine forme de fatalité. Et voici que resurgit le spectre de la déresponsabilisation.  Au demeurant, je vous avoue avoir du mal à réconcilier une telle analyse avec les discours que j’entends depuis des années sur la sécurité du système, l’admirable sophistication de ses produits, l’incroyable technicité de son fonctionnement.

Je ne crains pas de dire que vous m’avez bluffée, Messieurs les experts de la finance. Mais aujourd’hui c’est fini, je ne marche plus. Je vais m’accrocher désormais à mon bon sens, ne vous en déplaise. J’en connais les dangers du bon sens. Je sais avec quelle facilité il peut égarer, je sais les faux sens et même les contre-sens qu’il porte en germe. Rassurez-vous, la prochaine fois que nous serons l’un en face de l’autre vous et moi, je ne m’épargnerais ni la réflexion, ni l’étude approfondie de mon dossier, mais voyez-vous, je ne ferai plus taire mon bon sens. Car finalement, je le trouve aujourd’hui, malgré toute ses faiblesses, beaucoup plus fiable que votre science soi-disant infaillible et vos brillantes théories.

 

Mise à jour 18h : Nous vivons des moments historiques ! Le CAC 40 vient de clôturer en baisse de 9,04%. C’est la plus forte baisse de l’indice parisien depuis le 19 octobre 1987 (-9,64%), elle a même dépassé celle du 11 septembre 2001 (-7,39%). Pour mémoire, le CAC vivait également un record jamais enregistré le 19 septembre dernier en bondissant de 9,27% en une seule séance. Quant aux indices américains, rappelons que le Dow Jones avait perdu 6,88% le 29 septembre et le Nasdaq 9,14% .

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52 commentaires »

  1. « je ne vois pas comment on va changer le système »

    Peut être nous ont ils trop dit qu’il n’y en avait pas d’autre?
    je ne suis pas expert en économie, mais il me semble d’autres choses sont possible, et que le capitalisme n’est pas la seule alternative au communisme, on peut parler par exemple de l’économie de marché non capitaliste qui aurais montré son intérêt dans une partie de l’Allemagne (ruinée) des années 30, on peut parler de retour à une plus grande taxation des profits (qui viendra sûrement, mais qu’il faudra empêcher de re-disparaître). Bref beaucoup de choses différentes sont possible je pense, si on pouvais sortir du carcan « différent de capitaliste = communiste = mal » ce serait pas mal…

    Commentaire par tshirtman — 06/10/2008 @ 10:10

  2. J’ai vu un bout de reportage, il est certain qu’il ne dispose pas de la même vision que certains communs des mortels : « Les gens ont bien des parents qui peuvent les aider à avancer 5000€. »
    Ah, je savais pas.

    Ce qui est beau dans une théorie économique, c’est qu’elle contient à peu près tous les éléments pour couvrir l’étendue des éventualités, du positif au négatif, avec les mêmes arguments. Un peu comme avec l’astrologie, ou la numérologie, par exemple.

    Le bon sens, certes, ne pas hypothéqué son avenir sur un excès d’optimisme. Les ménages responsables ? Ah mais il n’existe pas des lois contre les ventes forcés d’aspirateurs, de cheminée ? Il me semble que si, mais apparemment, les produits financiers ne font pas partie de ce type de marchandise, et ne peuvent donc tomber sous le joug de la loi.

    PS :
    bravo pour votre plume, et pour votre discours, porteur d’une certaine manière d’espoir lucide.

    Commentaire par DePassage — 06/10/2008 @ 10:53

  3. “je ne vois pas comment on va changer le système”

    Vous pensez sérieusement qu’ils veulent le changer ? Vous pensez sérieusement qu’ils veulent moraliser la chose et interdir les comptes fictifs qui n’exisent pas dans les courants clairs ? Vous pensez sérieusement qu’ils veulent revenir à une économie ou le travail est la valeur gagnante ? Vous pensez sérieusement qu’ils veulent une économie avec une croissance raisonnée pour le bien de tous ?

    il va vous falloir changer de spécialité Chère Alliocha, plutôt chez bayard presse …

    Aliocha : Non Hervé, bien sûr que je ne pense pas qu’ils veulent changer. J’espérais néanmoins que, sonnés par la crise, autrement dit par une certaine forme d’évidence, ils accepteraient de tirer les leçons, ou à tout le moins feraient profil bas, ce qui laisserait aux politiques le temps de passer quelques réformes indispensables sans se heurter à l’impressionnant lobbying bancaire qui s’appuie notamment sur la nécessité économique absolue de son secteur pour tenir tête à nos dirigeants et sur sa complexité pour leur expliquer qu’ils ne comprennent rien et doivent laisser faire les experts. Cette captation du savoir m’insupporte, cette arrogance m’inquiète. Quant à changer de secteur, non. En tant que juriste, je suis un élément exogène dans la presse économique, j’ai longtemps pris cela pour une faiblesse, je me demande au fond, si ce n’est pas une force, si cela ne me permet pas de conserver une distance salutaire 😉

    Commentaire par herve_02 — 06/10/2008 @ 10:58

  4. Oh ! mais voilà qu’Aliocha se met en colère !

    Je te suis complètement dans tes raisonnements. On peut aussi:
    – demander aux «  » » »experts » » » » d’apprendre à recourir à leur « bon sens »
    (il faut qu’ils réapprennent)
    – ne plus leur laisser l’exclusivité des analyses
    (là c’est ce que tu fais)

    Il nous faut:
    – un nouveau modèle pour décrire notre société
    – un nouveau modèle de développement économique

    Il ne faut pas les sortir de la poche d’un illuminé ou d’un anti-capitaliste primaire.
    Ni les sortir des experts actuels qui n’ont pas prévus (pas voulus nous avertir) la crise.

    Il existe (je ne les connais pas mais un journaliste économique doit pouvoir les trouver) des économistes qui avaient prévus l’arrivée de cette crise et qui ont commencé à travailler aux deux nouveaux modèles à mettre en place.

    Attention à ne pas laisser aux vautours le soin de régler la crise à leur manière (régler leurs problèmes financiers sur le dos de tout le monde). Attention de ne pas attendre trop pour proposer les deux nouveaux modèles car une fois le boulet passé, beaucoup de monde (financier) va vouloir oublier tout cela !

    bien à vous,
    serdan

    Commentaire par serdan — 06/10/2008 @ 10:58

  5. je pense aussi que faire porter le chapeau au ménage américain, c’est un peu osé. Ce n’est pas à lui de déterminer s’il est solvable, mais bien à la banque qui lui prête…

    Aliocha : Le plus piquant, c’est que le reportage suivant de l’émission montrait comment en France les établissements de crédit proposent actuellement aux ménages surendettés de racheter leurs crédits, de les fondre en une seule mensualité jusqu’à 60% inférieure à ce qu’ils devaient rembourser, le tout bien sûr en allongeant la durée du remboursement et en accroissant la dette du montant de l’intérêt supplémentaire prélevé pour prix de ce service. Cette activité explose pour le plus grand bonheur des établissements concernés. La question est : qu’est-ce que cette activité aujourd’hui si lucrative va faire exploser demain ?

    Commentaire par mauhiz — 06/10/2008 @ 11:08

  6. bonjour , serait il possible de publier vos articles , très intéressants au demeurant , sous forme de paragraphes . Merci pour nos yeux 🙂

    Aliocha : Ainsi donc, moi la journaliste, je suis prise en faute sur un élément essentiel de mon métier : la facilité à entrer dans un article, la présentation agréable, bref, la lisibilité ? Vous êtes dur avec moi, mais vous êtes juste. Message reçu !

    Commentaire par long — 06/10/2008 @ 11:26

  7. Des amis me demandaient ce week-end si je ne voulais pas devenir propriétaire. Ne voulant pas être responsable d’une crise sans précédent, mon bon sens me dit que je ne dois pas pour sauver l’économie. J’ai bien compris M. Pastré?

    Commentaire par Math — 06/10/2008 @ 11:30

  8. Je ne suis pas économiste, ni même juriste… mais j’ai déjà rencontré plusieurs banquiers ou entrepreneurs qui tiennent exactement le même discours que vous, Aliocha. Ils m’ont expliqué la crise avec des mots que je comprenais, ont pointé vers des responsabilités bien précises de certaines catégories d’experts (financiers), et fait appel au bon sens, eux aussi. Ces conversations récentes faisaient d’ailleurs écho à bien d’autres que nous avions eu depuis des années, par exemple lors du scandale Enron.
    J’espère que ces gens-là seront entendus, enfin. Ils ne doivent pas être si difficile à trouver, puisque moi-même je les ai rencontrés!
    Au cas où un journaliste économique voudrait un signalement basique de ces « oiseaux rares » (qui ne le sont sûrement pas tant que ça), voici quelques constantes de leur signalement:
    — Ils ont souvent une certaine culture, pas seulement une « expertise ». Il leur arrive de lire des livres, pas seulement la page Bourse de leur quotidien.
    — Quand il s’agit d’entrepreneurs, ils appartiennent à des sociétés qui produisent des biens, pas seulement du vent ou des « conseils ».
    — Quand il s’agit de banquiers, ils ont souvent déjà travaillé pour l’Etat et, à cette école, ont acquis la conviction que celui-ci pouvait jouer un certain rôle régulateur.
    — Ils ont montré au cours de leur carrière qu’ils étaient capables d’assumer leurs responsabilités ou de réagir courageusement face à des corruptions manifestes.
    — Et, dernièrement, ils ne prétendent pas que cette crise est simplement une petite phase d’ajustement d’un système exempt par principe de toute possibilité d’erreur.
    — De même, évoquant la crise, ils sont capables de penser non seulement à son effet sur les cours de la bourse, mais aussi sur les ménages et les gens comme vous et moi.
    Rien que dans notre pays, ce signalement correspond à des centaines de personnes qualifiées et respectées dans leur profession.
    Ah, et puis j’oubliais: ces personnes sont souvent discrètes et ne se présentent pas souvent spontanément aux journalistes pour avoir une chance de figurer aux informations. Il faut donc les chercher un peu…
    Merci, Aliocha, pour votre flambée de colère qui nous fait du bien.

    Aliocha : Rassurez-vous, je les connais ces gens et c’est leur parole que je porte ici. S’il ne s’agissait que de mon avis, je me serais prudemment abstenue de le livrer. Un journaliste n’est qu’un observateur et doit rester modeste. Au fond, ceux qui nient la responsabilité du système bancaire sont ceux qui sont responsables de la situation. C’est un travers humain bien connu de refuser d’admettre ses erreurs. Depuis des années j’observe le bras de fer qui se livre entre ceux qui tiennent le système et ceux qui tentent de le réguler. « Mêlez-vous de vos affaires s’écrient les premiers », « nous sommes les gardiens de l’intérêt public » répondent les seconds. Il me semble que c’est cet équilibre des forces, naturel, nécessaire, entre le régulateur et son régulé qui a failli. Sur nombre de sujets j’ai moi-même hésité en les entendant, faut-il réglementer au risque de freiner l’innovation et la concurrence ou au contraire laisser faire ? Voilà la grande question qui se pose dans tous les systèmes économiques dits libéraux. Et de façon d’autant plus stratégique que la finance est mondiale et que le pouvoir réglementaire doit en tenir compte. Impossible de dire « chez nous ce sera ainsi » sauf à vouloir plomber une économie nationale. Au fond, la question se résout toujours dans un mouvement de balancier, dérégulation = erreur = surrégulation, puis surrégulation = excès = dérégulation. Les grands de la finance craignent aujourd’hui ce retour de balancier, ils n’ont pas tort, mais de là à dire qu’ils n’ont pas failli, il y a un pas que je refuse de franchir. Pas plus que je n’adhère à l’idée selon laquelle les crises financières seraient indissociables du libéralisme. Parce que ici, cette théorie ne marche pas. Parce que aux yeux de mes experts à moi, ici on a bien failli faire péter le système et parce que si l’on admet que chaque crise est plus coûteuse et plus grave que la précédente, alors il faut accepter l’hypothèse qu’un jour, on fera péter le système. Dès lors, pourquoi ne pas imaginer que, se gardant des excès, les politiques trouvent un juste équilibre, c’est-à-dire une régulation pertinente et efficace. Il me semble que cela irait dans l’intérêt du système….

    Commentaire par Philarete — 06/10/2008 @ 11:59

  9. @Philarete — 6 octobre 08 @ 11:59

    que ces oiseaux rares se montrent. la discrétion n’est pas forcément vertue.

    De plus c’est avant tout un coup de colère contre l’expert et le média (ici m6) qui nous présente cet échec du bon sens.

    Il faut bien réaliser que le banquier ou financier moyen va bientôt se faire traiter de voleur par toute personne qui le rencontre. Bientôt on dira que « financier » est le métier de ceux qui ont pas choisi la mafia. Faut il donc attendre cela pour que les gens se réveillent ?

    Commentaire par oomu — 06/10/2008 @ 13:20

  10. Bah, je parie qu’une fois le calme revenu (après quelques disparitions, 2-3 mesurettes pour l’affichage), tout recommencera comme avant ………….. jusqu’à la prochaine crise.

    Et évidemment, ceux qui en souffrent le plus, ce ne sont pas nos grands financiers, mais leurs petits clients.

    Commentaire par holocanthe — 06/10/2008 @ 13:21

  11. Aliocha : si vous voulez un coupable identifié, prenez la politique de bas taux de la Réserve Fédérale US, qui a incité toutes les dérives de crédit que vous dénoncez.

    Commentaire par Paul — 06/10/2008 @ 13:40

  12. Avez-vosu que l’émission d’Arret sur Image porte justement sur la crise ?

    Commentaire par Michael — 06/10/2008 @ 13:43

  13. Chère Aliocha,
    En général je partage vos points de vue mais là, je ne suis pas sûr.

    Quelque part, je pense que nous sommes tous responsables de la crise (au moins pour avoir succombé au chant des sirènes), et à ce titre nous devons tous réparer ! …et chacun pour le montant dont il est responsable.

    Rappelez-moi les sommes qu’il faut renflouer que je fasse mon chèque de pénitence…

    Aliocha : C’est votre légendaire sagesse qui vous fait dire cela ? Eh oui, mon cher, je ne vois pas tout de mon écran de contrôle, mais j’aperçois quand même certaines choses, c’est comment dire, l’oeil du journaliste 😉

    Commentaire par Ulysse — 06/10/2008 @ 14:06

  14. « Tout le monde est responsable ». C’est ce qu’on disait à la vieille dame qui s’est fait voler son sac à main dans la rue ou à la jeune fille qui s’est faite violer : elles n’avaient qu’à pas tenter leur agresseur !

    Commentaire par Oeildusage — 06/10/2008 @ 14:17

  15. Je n’arrive pas à saisir votre argument. En quoi désigner des coupables favoriserait-il plus l’évolution du système que de le repenser dans son ensemble ?

    Je comprends parfaitement votre agacement. Il est vrai que la désinvolture de certains agents vis-à-vis des enjeux colossaux donne parfois des envie de meurtre. Mais la pire chose qui puisse arriver, ce serait que les dirigeants se contentent de couper des têtes, pour mieux les remplacer par des gugus du même acabit, alors même que l’on dispose d’une fenêtre pour des réformes structurelles qui ne se reproduira pas de sitôt.

    Je vais oser un parallèle discutable, mais ce qui fait le succès de la démocratie dans certains pays c’est moins la foi dans la nature humaine que la méfiance envers celle-ci : c’est en construisant un système qui équilibre au mieux les tensions entre les différents pouvoirs, les égoïsmes de chacun et l’intérêt général que l’on a pu construire une société meilleure. Mais le fait d’avoir coupé bien des têtes ( au sens propre, cette fois-ci ) n’a pas empêché la France d’avoir son compte de dictateurs éclairés.

    Aliocha : Je ne veux pas couper des têtes, ce serait à l’évidence inutile. Je conteste la dilution des responsabilités qui risque de nuire au diagnostique et donc au choix des remèdes. Par ailleurs, je trouve indécent de coller une partie de la responsabilité de tout cela sur la tête des ménages américains. Soyez bien conscients que ceux qui vont se pencher au chevet de la finance, et le font déjà d’ailleurs, ce sont des experts tels que celui que j’évoque. Le fait que ces experts contestent l’évidence des responsabilités me fait froid dans le dos quant aux remèdes qu’ils vont proposer

    Commentaire par Morm — 06/10/2008 @ 14:29

  16. Et oui, la responsabilité est partagée.

    Les grandes banques et sociétés immobilières ont une grande partie de la responsabilité.

    Mais l’habitude de vivre au-dessus de ses moyens qui très présente aux USA et commence à venir en Europe nous rend tous responsables.

    Dans le reportage de M6, nous avons vu une personne qui gagne 3000 $ par mois acheter une maison avec des mensualités de 2600 $. Je pense que cette personne devrait se remettre en question …

    Aliocha : Mais bon sang qui les encourage à ce genre de gestion catastrophique si ce n’est les établissements de crédit ? Qui exploite leur crédulité ? Qui se frotte les mains en leur proposant un prêt pour acheter un lave-vaisselle sans se soucier de connaître leur capacité de remboursement ? Vous ne croyez pas que sans abandonner le libéralisme auquel je suis la première à tenir, on pourrait tout de même encadrer ces pratiques ? Vous ne croyez pas que ce serait un peu plus sain et que ça ne nuirait à la liberté de personne ?

    Commentaire par John — 06/10/2008 @ 14:34

  17. Je suis d’accord avec vous lorsque vous vous élevez contre la déresponsabilisation de l’ensemble des professionnels de la finance. Cependant, je pense que vous commettez une profonde erreur: vous écrivez « je ne vois pas comment on va changer le système […] si on prétend que ce qui est arrivé n’est la faute de personne ». Or M. Pastré a clairement affirmé « que tout le monde était responsable, du ménage américain qui a voulu acheter une maison qu’il savait ne pas pouvoir payer, à l’organisme de crédit qui a prêté à ce ménage, etc ». Vous confondez donc les deux notions totalement inverses que sont « personne » et « tout le monde ». Dans le premier cas, chacun peut tranquillement se dédouaner des erreurs commises et continuer à participer à une marche économique incontrôlée, accusant de manière délibérément floue un système global indépendant de toute décision humaine. Au contraire, le deuxième cas nous amène à repenser cette responsabilité; elle n’est plus nulle part, impossible à contrôler, elle est partout. Ce n’est plus seulement la faute des autres, des méchants, des vilains capitalistes, alors que je ne suis qu’un coeur pur égaré dans cette jungle, et que ce n’est pas ma faute si je suis le seul être raisonnable et lucide vis-à-vis de la folie économique qui m’entoure.
    En disant cela, je ne veux nullement soutenir ni M. Pastré, ni évidemment les professionnels de la finance, qui comme vous dites, Aliocha, sont au coeur d’une « insulte au bon sens ». Mais nous sommes tous, je dis bien tous, au coeur de ce système, et nous participons tous à notre manière à sa destinée. Concernant la finance, il y a trois types de personnes: ceux qui vivent au-dessus de leurs moyens, ceux qui aimeraient bien le faire, et ceux qui n’ont pas à le faire grâce aux deux catégories précédentes. Dans les trois cas, personne ne cherche une révolution du système. On cherche plus prosaïquement à s’y faire la meilleure place possible, et on verra bien ce qu’il adviendra des autres. c’est peut-être cynique, mais c’est comme ça. Tant qu’il n’y a pas de crise, tout le monde est bien content de sur-consommer, sur-acheter à crédit, sur-bouffer ou encore sur-voyager. Mais lorsque survient l’inévitable crise, on fait comme s’il suffisait de se plaindre pour passer du côté des victimes sacrifiées. Mais que ceux qui sont si attachés au système démocratique sachent que nous avons donné licence aux politiques et aux économistes pour fonctionner de cette façon, à leur manière qui n’est autre que notre manière de vivre. On tient à cette gestion tant que tout va bien, et quand tout va mal, on pleure et on dit que ce n’est pas de notre faute, que ce sont les grands, les puissants, qui ont fait ça. Ceci ne vous rappelle-t-il rien? Nous sommes bien en face d’un comportement général infantile, qui veut tout tout de suite, sans les conséquences, comme un caprice irréaliste. Transposez ça dans les domaines de l’écologie, de la culture ou bien sûr de la représentation politique, et vous verrez que nous ne sommes pas prêts à reconnaître nos responsabilités. Cependant, au contraire des très jeunes enfants, nous devrions savoir que ce n’est pas en fermant simplement les yeux que la réalité du monde autour de nous disparait. Un monde dont tous les gens sont responsables.

    Aliocha : Je partage votre idée selon laquelle au fond, il ne faut pas rejeter la faute sur les autres. Je partage aussi l’idée selon laquelle c’est à chacun de se responsabiliser. Mais une fois qu’on a dit cela, on fait quoi ? Par ailleurs, si la responsabilité est liée à la capacité à exploiter le système, j’ai le regret de vous faire observer qu’on aboutit à désigner les mêmes responsables, à savoir mes chers financiers. Et si on raisonne sur le lien entre le pouvoir et la responsabilité, c’est encore eux qu’on désigne. Que je sache, ce ne sont pas les ménages américains surdendettés qui se sont auto-financés et ce ne sont pas eux qui ont inventé la titrisation et ce ne sont encore pas eux qui ont spéculé sur leurs propres crédits. Qu’on le veuille ou non, il y a des gens qui ont la maîtrise de l’information, du savoir, des capitaux et du pouvoir. Et tout ceci a une contrepartie logique, nécessaire, la responsabilité. Sutout quand on va devoir proposer des analyses et des solutions.

    Commentaire par Moi — 06/10/2008 @ 14:43

  18. Je pense, mais ce n’est juste qu’une opinions que je me suis faite en lisant de nombreux médias, que s’il y a un coupable à l’origine de l’éclatement du processus, c’est, depuis longtemps la Fed et la politique économique américaine. Et surtout d’avoir contribué à SA prise de risque à l’échelle mondiale, en imposant le dollar comme actif de toute l’économie de la planète. L’euro est garanti en dollar pour sa majeur partie, ainsi que le yen et les autres monnaies forte. Ce qui fait qu’ils entraînent tout le monde dans leur chute, les actifs en dollar ne valant plus un kopek, c’est tout le monde qui en pâti.
    Il est certain que les banques ont leur part de responsabilité, mais n’ont pas eu vraiment le choix que de prêter à tout va pour ne pas s’enfoncer : ainsi, elle ont contribué à diffuser cette « peste ».

    La crise est présente depuis plusieurs années, et je reste persuadé que TOUS les économistes et financier étaient au courant, mais n’avaient pas d’autre solution que de suivre… la politique locale.
    Et de continuer à diffuser des actifs véreux, Jusqu’au moment ou il a fallu commencer à récupérer une partie de ces actifs pour limiter la dette et que, en toute logique — ces actifs n’existant pas — les faillites se sont enchaînées. C’est une courbe exponentielle, avec tous ses travers : au début, elle croît lentement (ça va pas fort, mais c’est supportable), jusquau moment où elle se met à grimper de plus en plus vite et le temps de s’en rendre compte, plus rien ne va plus.

    Avec un peu de chance (et beaucoup de douleur), la seule solution sera d’augmenter la dette de tous ces pays ! Si les politiques en sont conscients (et leur « économistes » un tant soit peu lucides) il faut renflouer toute l’économie de chaque pays (les états étant les « derniers payeurs » et n’ayant en fait pas le choix. Une fois le système « stabilisé », tout les pays touchés auront des dettes pharaoniques. Et c’est là qu’il faudra intervenir : négocier ces dettes (si on pouvais éviter le dollar pour éviter l’addiction à ce billet vert qui n’a que la valeur que veulent bien lui donner les politique américains) et revenir à une véritable garantie des monnaie (or, argent, artichaux, enfin bref, à quelque chose de MESURABLE). La politique économique de Bush Jr. a réellement été la pire des chose qu’aient pu subir le monde (faire des guerres sans en avoir les moyens, par exemple) sous le chantage : « empruntez nous, sinon vous êtes des terroristes » à été l’amorce de cette crise, amha.

    Quand nous seront capable de différencier les actif « pourris » des vrai actifs, on pourra envisager de réformer le système bancaire. Avant, ça me paraît fort difficile.

    Quand au « petits » profiteurs du système, en France, avec ou sans eux, le résultat aurait été sensiblement identique, tant les sommes (virtuelles) en jeu sont énormes : les sofinco et autres « usurier » n’ont fait que prendre le train en marche et ne jouent certainement pas dans la cours des grands. Nonobstant que l’EU est pieds et poings liés dans cette affaire et n’a quasiment pas de latitude d’action. Heureusement que les russes et les chinois ont beaucoup investi en dollar…

    « Trouver les coupables et les faire payer » est surtout de la démagogie, amha, pour tenter de faire passer une série d’immolations secondaires comme une justice pour nos concitoyens. Quant à vouloir rassurer à tout prix, c’est à plus ou moins brève échéance se mettre tout le monde à dos.

    Quand au terme de « virus » il ne faut pas y voir de corollaire biologique (fatalité) mais plus informatique (diffusion volontaire (malveillance/bêtise/incompétence) à l’origine, puis « infection » en cascade.

    Merci pour votre billet, qui m’a donné encore un autre point de vue, lui aussi très intéressant 🙂

    PS : je ne suis ni économiste, ni financier, mais j’essaye de faire preuve de « bon sens », comme vous dites, en analysant avec mes modestes moyens intellectuels les donné auquelles je puis accéder.

    PPS : je ne fais aucun anti-américanisme primaire, je me contente de constater. Par contre de l’anti-busherie, oui, certainement. Mais pas primaire.

    PPPS : désolé de m’être laissé emporter dans cette diatribe dithyrambique que je n’ai pas le temps de relire et qui contient donc forcement de nombreuses « coquilles » orthographiques, voire grammaticales.

    Commentaire par furax — 06/10/2008 @ 15:44

  19. Aux grands maux, les grands remèdes.

    700 milliards à ma gauche… (ne voyez aucune connotation politique)
    300 de plus à ma droite…
    6.4 milliards par ici…
    120 par là…
    qui dit mieux ? (les enchères montent, montent, montent,…)

    Va y avoir un sacré trou dans la sécu quand on aura trouvé le remède !

    Commentaire par Oeildusage — 06/10/2008 @ 15:51

  20. @moi

    Excusez, moi mais votre commentaire me hérisse : n’imaginez-vous pas qu’il puisse exister aussi des personnes qui cherchent seulement à vivre normalement ? sans vive au dessus de leur moyen ? sans sur-consommer ni sur-voyager ?

    On peut pointer du doigt le ménage qui a pris un crédit sur 80 ou 90 % de son revenu, mais quel a été le discours que le financier a tenu ? Qui est le plus stupide, celui qui demande un crédit comme cela ou celui qui l’accorde (parce qu’il sait gagner de l’argent avec) ? et qui est le plus pervers des deux ? qui mérite d’être condamné ? Car la crise de liquidité elle vient de qui ? des établissements financiers ou des ménages ?

    Non, Moi, nous n’avons pas donné quitus aux politiques pour fonctionner de cette façon, nous n’avons pas donner quitus à un nain qui se croit un géant à 6 cerveaux pour _demander_ à la commission de rayer un amendement voté par 88% du parlement, non nous n’avons pas donné quitus à un facho en herbe de modifier la constitution et faire fi de la séparation des pouvoirs, non nous n’avons pas donné quitus à un parvenu sans culture de ratifier en notre non un traité que nous avions refusé.

    Le problème, Moi, dans cette société, c’est cette attitude méprisante des élus qui pensent qu’une fois élus, ils peuvent faire ce qu’ils veulent parce que le ‘bas peuple’ il peut pas comprendre lui. Et comme ils ont été élus, forcément ça absout tout. Et bien non, le mot démocratie ne veut pas dire avoir le droit de voter. Si c’est nécessaire, ce n’est pas suffisant.

    Je ne parle même pas des ‘non lieux’ en cascade dans les ‘affaires’ entre grands sinon je vais m’énerver : La démocratie, on lui a tourné le dos, il y a in longtemps, dans l’indifférence générale. « Dans un tonnerre d’applaudissement » dirait l’ambassadrice de Naboo.

    il est facile de glisser le problème sous le tapis avec un « tabula rasa » sous forme de « ouvre les yeux les n’enfants ». Comportement général infantile ? ok soyons des adultes, transparence totales sur tous les comptes clearstream, sur toutes les transactions des états européens , levons les secret défenses, soyons des adultes, même pas peur.

    chiche ?

    Commentaire par herve_02 — 06/10/2008 @ 15:51

  21. @Moi : Tout le monde est responsable, tout le monde est responsable…c’est vite dit ! Si une banque ne pouvait prêter que ce qu’elle a (plutôt que de débloquer des lignes de crédit par des jeux d’écritures comptables) , et ne pouvait pas diluer les risques, elle ferait sûrement attention à la solvabilité des emprunteurs ! Si les particuliers avaient les même possibilités que les banques, le systême se serait effondré depuis longtemps sous sa propre incohérence. En l’occurence, c’est comme quand le MEDEF explique la bouche en coeur que Sarkozy a raison, et que ce sera bien un choix du salarié que de travailler plus pour gagner plus…on est en présence d’une élite/de dirigeants tellement déconnectés de la réalité que pour eux, le salarié tout comme le particulier a toujours le choix (de travailler à son goût pour le premier, de ne pas tout faire pour consommer à outrance pour le second) .

    Facile alors de dire que tout le monde s’est trompé, plutôt que de remettre en question 2 secondes notre organisation et de réfléchir aux causes profondes de ces évènements dans un monde où la croissance et son corollaire,la consommation, sont l’alpha et l’oméga de toute politique économique des pays. Facile aussi de responsabiliser un citoyen américain qui vit entouré d’incitations à la consommation (notamment la consommation la plus inutile qui soit) ; et dans un pays où jamais les élites n’ont remis en cause la vie à crédit.

    Si réellement on voulait aller au bout de la chaîne des responsabilités, alors les coupables seraient ceux qui ont voté, et en particulier ceux qui se sont mobilisés pour faire élire des Reagan, Thatcher, Berlusconi, Sarkozy (pour les pires, mais globalement une bonne partie du corps politique peut être incluse) et autres chantres du Joli Marché Qui S’Auto-Régule Admirablement (pour reprendre le talentueux Fontenelle) …Et bizarrement, on en revient finalement aux mêmes trous du cul qui nous expliquent aujourd’hui que les responsabilités sont diluées. Et qui ne comprennent pas pourquoi ; après avoir poussé l’idée depuis des dizaines d’années que seuls eux – les fameux experts – étaient à même de nous dire ce qui était bon pour nous (ferme ta gueule et consomme, aurait pu être leur mot d’ordre) ; les « vrais gens » éprouvent une immense colère, colère qui grandit au rythme des dizaines de milliards d’euros que nos états débloquent en 2 temps 3 mouvements parce que « vous comprenez, on a tellement foutu la merde que si on s’écrase, on fait plonger tout le monde avec nous » . On se demande bien pourquoi les mots « mafia » reviennent régulièrement dans la bouche des citoyens en ce moment…

    Pour faire une analogie (forcément douteuse) , on s’est fait vendre une automobile neuve à un prix dérisoire, séduit par les arguments imparables du vendeur « comme quoi non seulement nous ferions des économies gigantesques mais qu’en plus lui seul proposait une Ferrari pour une fraction dérisoire de son prix réel, en plus le pilote automatique est fourni de série » (vous découvrirez par la suite que la conduite manuelle de la voiture est inutilisable car ayant un fonctionnement peu compréhensible) .

    Ce même vendeur qui, lorsqu’il prend en charge la révision des 100 000 km, vous explique la bouche en coeur qu’il va falloir mettre 1000 fois le prix d’achat de la voiture pour continuer à vous déplacer, et qu’en plus vous n’avez pas le choix car la politique de son entreprise a conduit à tuer tous les autres moyens de transports et au rachat par cette dernière des autres marques d’automobiles – soutenue en cela par la passivité sinon l’aide active des pouvoirs publics.

    Certes, vous aviez eu des alertes avec des réparations coûteuses et immobilisantes, certes des amis vous avaient bien dit de vous méfier des vendeurs de cette marque en vous expliquant leur but inique – mais cette opinion était globalement ridiculisée par les propos des portes-paroles de ladite marque – , certes vous aviez parfaitement le choix…Vous n’en ressentez pas moins une immense colère, surtout quand ce si talentueux vendeur vous dit avec un sourire – lorsque vous exprimez votre rage de vous être fait entuber – que « Vous n’aviez qu’à pas souscrire à ses propositions, que sa responsabilité est en fait au moins autant la votre, qu’après tout vous en avez bien profité, en quinze ans, de cette voiture au coût dérisoire, que donc, on est d’accord, il attend votre chèque la semaine prochaine. »

    Commentaire par Moktarama — 06/10/2008 @ 15:55

  22. Dire que les ménages américains ont leur part de responsabilité ne signifie pas qu’on dédouane les banquiers. Cela ne signifie pas non plus que personne n’est responsable, puisque tout le monde l’est.

    Je n’ai pas vu l’émission de M6, ni lu le livre d’Olivier Pastré. Par contre, j’ai lu « L’implosion » de Paul Jorion, qui décrypte la crise (avec une certaine technicité difficile à appréhender). Il explique que des emprunteurs dit « en cavalerie » (car ils n’avaient même pas les ressources pour payer les intérêts dûs) ont eu droit à des emprunts avec taux promotionnels et réarrangements, refinancement par une pyramide de prêts sans fin, etc. La faute du banquier qui lui accorde ces prêts et lui fait miroiter l’accès à la propriété est claire… mais celle de l’emprunteur qui avec un revenu très très faible pensait pouvoir acheter une maison l’est tout autant.

    C’est la faillite d’un système mais aussi d’une partie de l’American Dream, qui prétendait faire des Etats-Unis une société de propriétaires… ce qui est impossible lorsque 50% de la population se partage moins de 3% du revenu national.

    Aliocha : En effet, ils sont fautifs, et je vous le dis de manière d’autant plus détendue que je n’ai jamais souscris un prêt, jamais eu de découvert non autorisé, etc. Ce serait facile pour moi de tirer à vue sur les ménages américains mais je me dis surtout qu’il faudrait arrêter les comportements pousse au crime des établissements de crédit. On encadre bien la vente de tabac, de l’alcool, des médicaments, des armes à feu, pourquoi pas celle du crédit ? Quand un soi-disant expert se présente et vous explique que contrairement à ce que vous pensiez, vous pouvez acheter une maison et qu’il vous explique que tout va se passer merveilleusement bien en vous dissimulant soigneusement les pièges et les chausse-trappe du contrat, il y a un vrai problème non ? On peut peut-être imaginer de fixer un minimu de règles d’octroi du crédit et un minimum de mentions légales obligatoires et clairement apparentes sur le sbeaux prospectus publicitaires ? Et un minimum aussi de devoir de conseil de la part du commercial ? Ce que je dis là n’a rien de marxiste, c’est l’architecture classique du droit de la consommation dans sa quête d’un équilibre acceptable entre le professionnel et le consommateur…

    Commentaire par Didier Rousté — 06/10/2008 @ 15:59

  23. @17, Moi:

    Il y bien un point que je partage avec vous, et qui est plus global que cette crise: infantile. Nous vivons dans une société qui cherche à infantiliser les gens. Et, je pense, avec des buts assez précis, que ce soit TF1 qui veut du temps de cerveau à vendre, ou les politiques qui veulent manipuler les gens.

    Oh, ce n’est pas la théorie du complot, hein, tous méchants unis pour nous annihiler. Non, simplement des intérêts convergeants: le marchand à intérêt à ce qu’on croie sa publicité sur parole, le politique à intérêt à être paternaliste, etc.

    Un point où je suis en désaccord, c’est sur le « tous responsables ». Aliocha a raison, les experts financiers qui disent ça vont sauter très vite de « tous » à « personne », puis à un fatalisme idiot.

    Je ne suis pas responsable de cette crise. A chaque fois qu’un financier est venu me proposer de placer mes sous pour faire des gains mirifiques j’ai refusé, répondant que « 2% d’intérêt et le logement social, c’est un monde qui me plait mieux ».

    Je suis pour l’euro, par exemple, mais contre l’indépendance de la BCE. Mais, ais-je eu le choix? C’est très joli de dire « tous responsables », mais quand les français votent non à un traité, on le renomme, et on le signe. On a dé-responsabilisé l’électeur au delà du dicible: on décide pour lui, et quand il donne son avis, on s’en cogne.

    Qu’on ne s’y trompe pas, j’avais voté oui, mais je trouve incroyable que nos dirigeants aient pu décider de passer outre le vote. Là aussi, on a une expertise (politique et économique) qui est allée contre le « bon sens » qu’est le vote populaire.

    On fera pareil sur les réformes de la finance? Le peuple (l’Etat) votera un truc, et les banquiers feront comme ils ont envie aux île Caïman? On n’est pas sorti du sable…

    @Aliocha

    Un des experts que j’aime bien, c’est Bernard Maris. Oh, il n’est pas omniscient, et il doit sans doute se tromper beaucoup, mais il donne l’impression de ne pas avoir renoncé à son bon sens.

    Curieusement, on l’entend parfois dans des émissions assez grand public, mais ses avis ne sont jamais repris à la Une des Echos…

    Finalement, n’est-ce pas la presse spécialisée qui a oublié d’écouter les avis divergents?

    Commentaire par Benjamin Bayart — 06/10/2008 @ 16:02

  24. Arrêtez-moi si je me trompe, mais pendant que nous débattons en levant les bras au ciel et en se demandant : « pouvions nous prévoir ? qui est responsable ? qui doit payer ? qui va payer ? allons-nous tous plonger ? »… ne continue-t-on pas à voir et recevoir moult réclames et publicités pour des crédits à la consommations et autres services financiers virtuels ?

    C’est un peu comme si on avait le doigt coincé dans une porte sans chercher à l’enlever et qu’on se demande si on aurait pu l’éviter, comment soigner , qui va soigner,…

    Commentaire par Oeildusage — 06/10/2008 @ 16:09

  25. Je me doute bien qu ‘Aliocha ne laisserait pas un commentaire trop politique ici, aussi ne citerai-je personne, mais puisqu’on parle de bon-sens , de vote , et de responsabilité partagée ou pas:
    lors de nos dernières élections présidentielles, une dizaine de programmes pouvait se résumer par le slogan de l’un d’entre eux: « tout est possible ».
    Un seul , selon moi, proposait en partant du principe que « tout n’est pas possible ».
    Il a récolté un nombre non négligeable de voix (c’est même étonnant), mais pas au point de passer!

    Commentaire par Doc — 06/10/2008 @ 16:22

  26. C’ets VRAI, nous sommes tous responsables et les ménages surendettés sont COUPABLES, ceux qui ont accés à la TELEVISION nous l’ont EXPLIQUE. Mais ils se sont bien gardés de nous dire comment ils allaient hiérarchiser les sanctions.
    -Phase 1: ces inconscients ont voulu s’inscrire dans un monde dont la téloche fait 17 minutes de pub pour 43 minutes de « programme ».
    -Phase 2: ils ont mis en péril l’économie de ce monde enchanté à un point tel que, pour éviter l’écroulement total, l’Etat, c’est à dire vous et moi, doit sauver le créancier qui souffre de la goutte avant le débiteur qui se noit.
    -Phase 3: en rachetant les dettes pourries avec l’argent du contribuable, c’est à dire du plus grand nombre, c’est à dire des classes moyennes, l’Etat opère le transfert d’une créance non éteinte de la classe des nantis envers la classe beaucoup plus nombreuse de ce qui s’en seront sortis sans s’être gavés.
    -Phase 4: si l’Etat veut recouvrer l’argent perdu, il devra essorer les pauvre en son nom, c’est à dire le votre comme le mien, pendant que les initiateurs du Grand Jeu continueront à jouer dans leur cour en comptant leurs billes.
    -Phase 5: plutôt que de s’en prendre au seigneur en interrompant ses orgies au chateau, à la première occasion, le serf tordra le cou à son voisin qui, le salaud, regimbe quand on maraude ses pommes.

    Il y a quelques jours, Monsieur Jospin disait sur France Inter que l’économie réelle ne représentait que 2% de l’économie financière. Comment peut-on croire que des gens qui vivent dans ces 2% de réalisme quotidien, mais la cervelle enshampouinée par 98% de vent ont une quelconque culpabilité dans ce théatre?
    On voit la lumière, on voit les ombres, mais pour que l’illusion soit parfaite il faut des doigts aussi invisibles que longs pour tirer les ficelles. Soyez certains qu’ils tricottent déjà.

    Commentaire par Denis Ducroz — 06/10/2008 @ 16:23

  27. En toute honnêteté, si on lisait la presse financière sérieuse, ça fait bien longtemps qu’on savait que l’immobilier américain allait tomber :
    The Economist, par exemple, l’annonçait « pour dans 6 mois » depuis 2 ou 3 ans, comme il annonçait l’explosion de la bulle internet de 2000 2 ou 3 ans à l’avance. J’ai le souvenir d’un article de « The economist » d’il y a un an ou deux s’inquiétant du fait que les crises à base immobilière sont beaucoup plus longues à résoudre, vu le montants et les délais en jeu (au japon il avait fallu plus de 10 ans et c’était toujours pas vraiment reparti).

    Mais le problème c’est que personne ne pouvait prédire QUAND la panique démarrerait et quelle ampleur elle prendrait, donc tout le monde dans le métier pariait sur le fait qu’il aurait le temps de faire sa pelote avant la crise.
    C’est une mentalité de joueur mais c’est très classique. C’est ce que les commerciaux appellent « faire la terre brulée » : on vent n’importe quoi à n’importe qui, on touche la prime et on change de boulot avant que les clients ne commencent à se plaindre.
    Un problème classique pour les patrons est de trouver un mode de rémunération des commerciaux qui les motive sans les amener à ce comportement.
    Sauf que là, ce sont les patrons et toute la direction et une bonne part de l’encadrement qu’on rémunérait comme ça, donc « terre brulée ».

    Commentaire par folbec — 06/10/2008 @ 17:07

  28. Je constate qu’il y a un point sur lequel je n’ai pas été, semble-t-il, très bien compris, notamment par M. Benjamin Bayart. Il écrit: « Il y bien un point que je partage avec vous, et qui est plus global que cette crise: infantile. Nous vivons dans une société qui cherche à infantiliser les gens ». Or il est impossible de considérer, comme dans la phrase précédente, que « les gens » puisse être infantilisés, comme malgré eux, par une « société » qui leur serait extérieure. Les gens sont la société; ils n’en sont pas les victimes! Certes, je ne suis pas naïf, beaucoup sont des victimes, mais victimes d’autres gens, qui font aussi partie de la société dont parle M. Bayart.
    Le problème est qu’en dissociant artificiellement ces deux termes, nous retombons dans le schéma classique de la recherche d’une responsabilité extérieure. Je suis d’accord avec Aliocha, lorsque dans son commentaire sur le mien – soit dit en passant, merci pour votre promptitude – elle écrit: « Qu’on le veuille ou non, il y a des gens qui ont la maîtrise de l’information, du savoir, des capitaux et du pouvoir. Et tout ceci a une contrepartie logique, nécessaire, la responsabilité ». Cependant, je ne peux que réfuter le commentaire d’herve_02 lorsqu’il écrit: « Non, Moi, nous n’avons pas donné quitus aux politiques pour fonctionner de cette façon ». Si, justement, en votant, en déléguant votre responsabilité de citoyen, vous donnez effectivement le droit d’agir en votre nom. Et si, comme je le pense, vous êtes comme tout le monde un démocrate convaincu, vous ne pouvez même pas m’objecter que vous n’avez pas voté pour notre petit guide suprême; le simple fait de soutenir un système qui admet comme postulat le principe de majorité électorale vous en empêche.
    Et lorsque je lis, plus loin dans le même commentaire: « Et bien non, le mot démocratie ne veut pas dire avoir le droit de voter. Si c’est nécessaire, ce n’est pas suffisant », je m’interroge. Contestez-vous la simple sanction du vote? Dites-vous que l’on a devoir de s’engager personnellement pour défendre le bien commun? – attention, drapeau rouge en vue! Est-ce un rappel de la la déclaration « girondine » du 29 mai 1793, suivant la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789? Pour mémoire, la première stipule que « dans tout gouvernement libre, les hommes doivent avoir un moyen légal de résister à l’oppression; et lorsque ce moyen est impuissant, l’insurrection est le plus saint des devoirs ». Mais encore une fois, les révolutionnaires replacent l’homme devant l’éternel dilemme de sa responsabilité. En bref, pour le dire de manière plus triviale, ils nous ont dit que quand on n’est pas content, on sort de chez soi, on prend son courage à deux mains et on force les choses à changer. Et surtout que quand on ne le fait pas, on ne vient pas se plaindre que les choses ne vont pas dans le sens où l’on voudrait qu’elles aillent. Mais évidemment, comment tout changer depuis son salon, avec la garantie de garder sa maison, son salaire, sa voiture et autres signes extérieurs d’oppression économique? Je pense sincèrement que la véritable infantilisation est là: chacun voudrait que les choses changent, mais sans questionnement fondamental; tout le monde, les gens, devraient faire ci ou ça, mais pas moi bien sûr, parce que moi je suis une victime; que tout change pour que rien ne change. Je ne vise personne en particulier, plutôt tout le monde, et sans doute moi en tout premier chef. Mais pour conclure, par une demande également triviale: par pitié, arrêtez les commentaires du genre « Nous subissons notre président, nous n’avons pas voulu de cette politique », et autres inepties. Unissez-vous, foutez-le dehors et proposez mieux; sinon ne la ramenez-pas – et surtout pas pour vous plaindre.

    Commentaire par Moi — 06/10/2008 @ 17:47

  29. @Moi, je crois qu’il ne faut pas trop agiter le drapeau rouge en ce moment, j’en connais au moins un qui va arréter d’aller travailler à l’imprimerie parcequ’il expliquait que le drapeau rouge est possiblement une solution. Il semblerait que l’on rapatrie un bataillon d’Irak vers les US car on a peur d’une insurrection. Voulez-vous dire que pour aller au bout de mes idées, il faudrait se battre ? Attention l’appel à la violence est un délit Moi.

    Non je ne suis pas d’accord avec vos propos. Oui, nous déléguons notre responsabilité, mais dans le cadre d’institutions strictes, or nous sortons de ce cadre institutionnel depuis bien longtemps, par petites touches qui, même si elles semblent minimes, sont un sérieux coup de canif dans le contrat :
    Nom patronymique incorrect sur les bulletins de vote de l’agité du bocal.
    Inscription hors délais sur la liste électorale et faux en écriture publique.
    Cela se sait et pourquoi rien n’est fait ? La loi n’est-elle pas la loi, d’application stricte pour tout le monde ?

    On pourrait en trouvé pas mal de chose comme cela, juste pour le verbe, pour le contournement de l’esprit des lois, la liste serait bien longue : Changement des dates de scrutins pour bousculer les possibilités de contre pouvoir , changement des modes de scrutins pour élimer ceux qui pourraient être renaclant, des nouveaux découpages electoral pour favoriser tel ou tel personnes, le bloc obligatoire du partis pour éviter que les élus votent en leur âme et conscience, tractations obligatoires pour les listes afin d’éviter les représailles etc. La démocratie dans les faits, il y a bien longtemps qu’elle n’existe plus. Les ombres sur la paroie de la caverne bougent toujours, mais il y a des marionnetistes qui font le spectacle.

    Commentaire par herve_02 — 06/10/2008 @ 19:58

  30. Bonsoir Aliocha,

    Le retour du bon sens!

    Mais dites donc, le « bon sens » (près de chez vous), n’était ce pas le slogan d’une banque?

    Je vous suis bien sur le bon sens. Mais c’est quelque chose qu’un individu peut avoir, pas un système aussi compliqué que celui de la finance mondiale.

    Déjà, l’individu qui opère à titre habituel dans ce système ne pense généralement plus en termes de « bon sens » par rapport à un non averti.

    Tenez, un exemple tout bête: quand une valeur monte en bourse, le bon père de famille la conserve dans son portefeuille, alors que le gestionnaire la liquide.

    Le premier anticipe la poursuite de la hausse, ce qui n’est pas faire preuve d’un très grand bon sens finalement car il se comporte exactement comme le gogo au casino qui se dit « tant que je gagne, je joue ».

    Le second anticipe une baisse on se fondant sur des règles statistiques qui constatent que lorsqu’un titre monte, il finit par descendre. Lui, il fait preuve de « bon sens ».

    Très curieusement, notre « bon sens » de gestionnaire averti nous conduit à nous séparer d’une valeur qui monte, alors que notre « bon sens » de père de famille nous pousse à faire l’inverse…

    Alors, vous imaginez au niveau mondial, la technicité intrinsèque du système chasse toute idée de « bon sens ».

    Qu’est ce que vous entendez exactement par « bon sens »?

    Aliocha : Ah! la belle question piège ! Notez, elle m’a obligée à réfléchir et à formaliser. Disons que le bon sens pour moi, c’est ce qui vient en plus de la connaissance, une faculté de jugement critique capable d’observer l’objet le plus sophistiqué et de l’analyser à l’aune d’un savoir éprouvé dans la pratique et généralement reconnu comme logique et juste. Exemple, si je ne connais rien à la titrisation mais qu’on m’explique que cela peut être un mélange de différents niveaux de risques, je dois être capable d’identifier un danger éventuel, grâce à mon fameux bon sens.

    Commentaire par tschok — 06/10/2008 @ 20:10

  31. Pastré est aussi un économiste « mainstream »: plutôt pro-dérégulation, si je me souviens bien de ses chroniques sur France culture en 2005.
    Je me rappelle aussi comment il avait fait volte face sur la délocalisation le jour où une usine de collant à St Amand avait dû fermer pour cause de délocalisation sauvage. Il avait alors défendu la thèse que, le village ayant été fortement actif dans la résistance, on devait empêcher la délocalisation. C’était complètement contradictoire avec son discours habituel, classique, sur la meilleure allocation des ressources entre pays à haut et bas coût de main d’oeuvre, qui se spécialisent dans les secteurs les plus rentables grâce aux délocalisations.
    Je lui avais envoyé un mot à l’époque pour le titiller sur ce point.

    J’espère simplement de mon coté que cette crise financière nous fera sortir du dogmatisme reaganien du moins de régulation, en finance et dans l’industrie, et que ce sera justement l’occasion de remettre en route des politiques d’équilibre entre intérêt particulier des actionnaires d’une part, et intérêt collectif de la société de l’autre. Et j’entends la société au niveau UE, qui joue la grande muette dans cette crise pour le moment, à mon grand regret.

    Commentaire par Javi — 06/10/2008 @ 20:19

  32. Bonsoir Aliocha,

    Bon sujet, et colère justifiée.
    J’aurais tendance à penser que les responsables, ce sont ceux qui en ont tiré un gros bénéfice pendant des années, qu’ils se soient vus eux-mêmes comme des gens rusés et intelligents, des gens chanceux, ou en aient été inconscients. Lorsqu’on est malhonnête, c’est très facile de se convaincre que tout le monde l’est.

    Or ce qu’on constate, c’est la fin brutale d’un cycle immobilier 1997-2007 beaucoup plus appuyé et long que les cycles précédents. La base du prix d’un bien immobilier est son coût de construction, avec une spéculation due à la rareté de son emplacement et au nombre de demandeurs, mais à long terme il n’y a pas de raison pour laquelle en moyenne nationale, l’immobilier vaudrait plus de 2 ou 3 fois le coût de construction. Mais pendant des années des intermédiaires ont répété des phrases ciblées « père de famille » selon lesquelles « la pierre c’est solide », « l’immobilier cela ne peut baisser etc » .
    Avec du bénéfice pour eux, puisque le nombre des transactions augmentait, et leur chiffre d’affaire avec. Avec du préjudice pour l’accédant ou le locataire moyen qui voyait sa surface habitable régresser.

    Tout cela à l’échelle mondiale avec des différences entre les pays. En zone euro, un collègue sicilien me disait que des chômeurs se voyaient proposer des prêts immobiliers. Or le Premier Ministre (2001-2006, et depuis 2008) est aussi un très gros promoteur immobilier. Cela vous étonne? Aux US, en Espagne, en Irlande et ailleurs peut-être pas de malversation, mais un soutien des pouvoirs politiques à des prix irréalistes, partant du principe que « quand le bâtiment va, tout va ». En plus, cela gonfle artificiellement le PIB (14% en Irlande) et les recettes fiscales.

    Le système bancaire, via les méthodes discutables que vous mentionnez, a partagé le risque mondialement. Ainsi le consommateur allemand n’a pas connu l’inflation immobilière (du fait d’un recul démographique), mais ses banques ont pris des titres à risques.

    Il convient de désigner les responsables, et en premier le métier de la promotion et de la vente immobilière. Ces professions devront être moralisées. Le plan du gouvernement français de racheter 30000 logements invendus ne va pas assainir la situation si c’est à 8000€/m2, comme dans le programme en face de chez moi.
    En France, cet après-midi, le directeur du réseau immobilier ORPI a annoncé la fermeture d’un certain nombre d’agences. Il a aussi réclamé la tenue d’urgence d’un « Grenelle du logement ». Chiche! Qui voyez vous à ce Grenelle?

    Commentaire par XS — 06/10/2008 @ 21:57

  33. Depuis le début du mois les volumes d’argent annoncés pour juguler la crise dépassent ce que la plupart d’entre-vous peut arriver à concevoir. Pour vous aider à mieux comprendre ce que représente ces sommes voici une approche plus… imagée :

    – Aux USA, le plan Paulson préconise un apport de 700 milliards de dollars pour sauver l’économie. Que représente cette somme ?
    Sachant qu’un billet de 1 dollar mesure 15,5 cm de long, mis bout à bout ces billets représentent 108 milliards de km, soit 2707 fois de tour de la terre en suivant l’équateur. (En passant par les pôles c’est plus court mais par l’équateur les billets posés sur le sol c’est plus utile pour les pays que ça traverse).

    Et pour l’Europe, me demanderez-vous ?
    Donc pour nous, la France prévoit un fond de soutien de 300 milliards d’euros. Avec des billets de 5 euros (12 cm de long) on pourra donc faire environ 180 tours de la terre… seulement !
    A titre indicatif, avec des billets de 500 euros on ne fera que 2,4 tours… ridicule !
    Pour le coup on aura été plus prévoyant… Je me demandais aussi à quoi ça pouvait bien servir les billets de 500 euros)

    Tout cela semble encore assez démesuré mais si on met tout cet argent bout à bout en direction des étoiles, les américains pourraient faire 146 aller-retour sur la lune avec des billets de 1 $, alors que les européens n’en ferait que 10 avec des 5 euros, et même pas 1 seul (0,129 précisément) avec des 500 euros !

    Voilà, j’espère que vous y voyez plus clair maintenant et que ça vous aura fait un peu rêver. Ce nuage de billets qui flottent dans notre galaxie, c’est une image assez poétique finalement.

    Commentaire par Oeildusage — 06/10/2008 @ 22:23

  34. Priviet Aliocha

    Qui osera chez les journalistes dire que ce qu’ils nomment encore une « crise généralisée » n’est finalement qu’une simple « cavalerie financière globalisée » ?

    Aliocha : Vous n’êtes pas attentif. Puisqu’on vous dit que c’est un complot des ménages américains contre les anges de la finance. Essayez de suivre un peu 😉

    Commentaire par draftbold — 06/10/2008 @ 23:38

  35. Peut être qu’il faut faire le distinguo entre reponsables et coupables.
    Si les familles américaines n’étaient « que » des victimes des experts de la finance, on peut imaginer que cette crise auraient engendrée également quelques « class action trials » envers certains organismes de crédit/banques.

    Commentaire par Stéphane — 07/10/2008 @ 02:21

  36. @stéphane

    Ca serait une bonne idée en fait, maintenant dans la tourmente actuelle, pensez-vos que le gouvernement en place laisserait aller la procédure au bout ? Le motif de la plainte pourrait être, en france, défaut de conseil de la part du professionnel.

    Commentaire par herve_02 — 07/10/2008 @ 09:09

  37. Aaaaaah okéééé.

    Mais ce que vous appelez « bon sens » c’est la Raison, ou la sagesse au sens cartésien du terme.

    Dans ce cas, je comprends mieux.

    Sauf que cette sagesse appelle dans son sillage les sciences mathématiques, qui ne sont pas pour rien dans l’emballement du système financier.

    Au fait, avez vous songé à mettre sur la sellette la responsabilité des grosses têtes qui rendent la gestion de ces produits dérivés possible (enfin… jusqu’à la crise)?

    Je sais, je pinaille.

    Aliocha : oui, vous avez sans doute raison, mais dans mon univers on appelle ça le bon sens. Je vous accorde que c’est un bon sens assez chic. En fait, ce que je veux dire, c’est que le bon sens vient en plus de la connaissance, il ne s’y substitue pas. Je ne plaide pas pour le café du commerce comme recette miracle à toutes les difficultés de la planète….Allons, je sors de chez Eolas où j’ai rappelé des propos d’Audiard que j’aime bien. Du coup, j’ai trouvé cette répartie du Président qui colle assez bien ici. Petit cadeau : « On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis ».

    Commentaire par tschok — 07/10/2008 @ 11:36

  38. Le bon sens ne serait-il pas cette fameuse qualité dont les économistes font preuve aujourd’hui pour nous expliquer pourquoi ils se sont trompés hier ?

    En d’autres termes, il est quand même beaucoup plus facile d’avoir du bon sens a posteriori. Les explications sont simples, la prospective l’est moins.

    Commentaire par Hub — 07/10/2008 @ 12:42

  39. Merci pour le cadeau Aliocha.

    J’ai lu la citation d’Audiard chez Eolas.

    La force du verbe contre la puissance du chiffre.

    Commentaire par tschok — 07/10/2008 @ 13:00

  40. /34
    Qui osera chez les journalistes dire que ce qu’ils nomment encore une “crise généralisée” n’est finalement qu’une simple “cavalerie financière globalisée” ?

    Aliocha : Vous n’êtes pas attentif. Puisqu’on vous dit que c’est un complot des ménages américains contre les anges de la finance. Essayez de suivre un peu 😉

    C’est vrai Aliocha j’avais oublié que la plupart des ménages américains aiment les chevaux éventuellement sous différentes formes. 😉

    Un expert cavaleur en cavalerie me disait il y a déjà pas mal de temps, « si tu ne peux pas faire tourner plus vite, plus de chevaux, alors agrandi simplement le champ de course, les juments vont se précipiter vers les étalons et ça fera des petits. »

    Commentaire par draftbold — 07/10/2008 @ 15:14

  41. Le problème est que c’est loin d’être fini. Les CDS (credit default swap) représente 65000 milliards de dollars.
    Pour le moment le plan paulson parle de 700-1000 voire 2000 milliards de dollars.
    Même là il restera encore 63000 milliards envolés. Ce ne sont pas les 300 milliards d’euros que l’UE mettra peut être un jour en place qui sauveront le système.

    Le moment est historique, on assiste en direct à l’effrondrement du système capitaliste.
    Bientôt les gouvernants ne gouverneront plus rien.

    Pour ma part, je n’achète pas des lingots d’or ou des napoleons, mais de la nourriture qui se garde sur plusieurs années (boîtes, riz, pâtes).

    Riez si cela vous amuse, mais d’ici un an, 6 mois …, quand les retraits bancaires seront limités comme en argentine en 2001, la rigolade sera terminée.

    Aliocha : Pleurer ne servirait à rien. Paniquer ne ferait qu’aggraver la situation. Alors permettez-moi de rire. C’est chez moi un pari philosophique qui jusque là s’est toujours avéré gagnant.

    Commentaire par AndreRequin — 07/10/2008 @ 15:58

  42. Fichtre!

    La fin du monde est pour demain?!

    Et vous, AndreRequin, vous achetez des pâtes?

    Malheureux! Vous voulez faire remonter les cours des produits de première nécessité?! En plus de tout le reste?

    Aliocha : Tiens à midi j’ai pensé à peu près à la même chose que vous. Je déjeunais chez mon italien favori, un sarde tentateur qui m’a mis sous le nez ses truffes blanches. Et ce délicieux italien de me confier avec son accent de séducteur, « tant que le prix ne dépassera pas les 3000 euros le kilo, j’en achèterai ». Fichtre, imaginez que la spéculation mondiale se reporte sur la truffe blanche d’Italie, l’horreur…..ça m’en a coupé l’appétit.

    Commentaire par tschok — 07/10/2008 @ 17:02

  43. Un point que je n’ai pas vu abordé dans ces nombreux et intéressants commentaires, c’est : pourquoi les consommateurs étatsuniens se sont-ils endettés ? Par envie de luxe, ou parce que leurs salaires sont depuis longtemps en-dessous d’une vie décente ? (Sans parler de SUV ; plutôt de logement.)

    Le mensonger « tous coupables, donc personne, donc pas moi » des spécialistes hors-sol ouvre aussi la porte à d’autres questions intéressantes, non ?

    Commentaire par nyves — 07/10/2008 @ 21:09

  44. http://www.rue89.com/files/subprimesRue89.pdf
    Une explication simpliste peut être, mais qui a le mérite d’être claire…

    Commentaire par Plume — 07/10/2008 @ 21:31

  45. Tiens, vous me donnez envie de bouffer italien!

    (Désolé pour votre appétit)

    Commentaire par tschok — 08/10/2008 @ 14:15

  46. Voici un lien qui contient une vidéo intéressante (que je n’ai pas encore vue, mais j’ai un bon a priori), mais longue, suivi parmi les commentaires d’un extrait du livre de Jean-Gaston BARDET : Demain, C’est l’An 2000! écrit en 1950

    J’ai lu ce long texte, et c’est instructif.

    Bonne lecture

    Commentaire par DePassage — 08/10/2008 @ 17:15

  47. Euh, j’ai oublié d’insérer le lien en question :

    Commentaire par DePassage — 08/10/2008 @ 17:16

  48. Mise à jour du 8 octobre :

    Le CAC a encore perdu 6,37% en clôture, le Nikkei à l’aube subissant sa plus grande débâcle depuis 21 ans, à -9,38%… Et tout ça, malgré le « magic plan » Paulson, la baisse d’un demi-point des taux d’intérêt, les paroles lénifiantes des « z’hautes z’autorités »…

    La crise financière est avant tout une crise de confiance, comme l’a justement rappelé J. Cl. Trichet ce soir sur Fr3. Quand la confiance reviendra, que les virus seront éliminés de l’économie, celle-ci repartira de plus belle.

    Mode cynique « ON »

    S’il y avait une alternative au communisme et au capitalisme, ça se saurait…

    Bien sûr, il y aura de nombreuses victimes, comme dans n’importe quelle guerre.

    J’approuve Olivier Pastré, chaque victime est responsable, je dirais même « heureusement », c’est ce qui fonde notre liberté individuelle.

    Le rôle des banquiers n’est pas de savoir si vous risquez de couler, mais de s’assurer que votre chute n’aura pas d’incidence fâcheuse pour eux. C’est sûrement là qu’ils ont failli…

    Ce qui me choque le plus dans les derniers développements, ce sont les « agapes » des dirigeants d’AIG après leur « sauvetage »… Mais il paraît que c’était une « thérapie » pour leur remettre le pied à l’étrier…

    Aussi surprenante est la « nationalisation » des Banques britaniques… Shoking 🙂

    Les « petits épargnants » n’ont rien à craindre, la « pierre » sera toujours une valeur sûre. La plus grande menace est une récession économique dûe à un gel des liquidités, mais je ne l’imagine pas durable.

    Bref, ce n’est pas la fin du monde, juste un tremblement de terre. Et on peut aussi boycoter provisoirement les truffes blanches 🙂

    Mode cynique « OFF »

    Commentaire par ramses — 09/10/2008 @ 02:24

  49. Bonjour ramses,

    Vous me feriez très plaisir si vous trouviez le temps de regarder le documentaire mis en lien au com 47 (attention, budgétez une heure)et si vous me donniez votre avis sur le sujet qu’il traite.

    Vous allez voir, c’est passionnant.

    Commentaire par tschok — 09/10/2008 @ 12:35

  50. Bonjour tschok,

    J’ai visionné entièrement « L’argent dette », c’est effectivement passionnant. J’ai découvert certains aspects que j’ignorais en matière de création exponentielle d’argent artificiel.

    J’observe que les Présidents américains qui ont envisagé d’autres solutions monétaires sont morts assassinés… Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, je pense que c’est le sort qui sera malheureusement réservé en cours de mandat à Barack Obama, qui semble maintenant devoir l’emporter.

    Un point est quand même occulté dans ce document. La crise financière actuelle a été provoquée par deux facteurs conjoints : l’incapacité pour les emprunteurs de rembourser les crédits subprimes ET l’effondrement du marché immobilier.

    L’effet pervers a consisté à créer de nouveaux titres, en incorporant les crédits « toxiques » à des valeurs boursières pour en faire un « packaging » attractif, coté en Bourse. Ces titres n’avaient de valeur qu’à travers la cotation AAA de la Banque émettrice. La question que je me pose est le « lachage » de Lehman Brothers, alors que les autres institutions étaient maintenues en vie par une injection massive de liquidités. Paulson savait très bien que cela créerait un effet « dominos » planétaire, pourtant il a laissé faire…

    Aliocha nous dira que je suis un adepte de la théorie du complot, cependant je persiste à penser qu’il s’agit d’un « coup » soigneusement préparé… Dans quels desseins ? Il faut laisser un peu de temps avant de se faire une opinion définitive, mais j’ai l’impression que tout cela pouvait être évité et que les bulles spéculatives ne se dégonflent pas toutes seules.

    Bien que les apparences puissent indiquer un effondrement du système capitaliste américain, j’ai au contraire le sentiment que l’Amérique sortira grandement renforcée de cette crise, au détriment de l’Europe et même des pays asiatiques.

    Plus que jamais, je ne doute pas que l’Amérique conserve son leadership, par un tour de passe-passe dont elle a le secret, par exemple en restaurant rapidement une liquidité inter-bancaire dont les autres pays seraient privés…

    Par ailleurs, je ne crois pas à une remise à plat complète du système monétaire actuel. Il s’agit plutôt d’un « reset », comme on dit en informatique 😉

    Commentaire par ramses — 10/10/2008 @ 04:44

  51. L’argent artificiel?

    Mais l’argent est un artefact.

    Pour ma part j’ai trouvé très pédagogique la première partie, sur la description du phénomène de création monétaire, qui part d’un phénomène concret pour aller vers l’abstrait.

    La deuxième partie, sur la théorie du complot, m’a laissé un peu sceptique.

    Enfin, la dernière partie, sur le développement durable, était très intéressante.

    Vous dites que ce documentaire occulte un point sur la crise actuelle. En fait je crois qu’il ne la prend pas en compte car il lui est antérieur.

    Je rejoins votre analyses sur la crise des subprimes et CDS, et le lâchage de Lehman. Ce dernier est pour le moins hautement suspect.

    Dans les facteurs de crise je rajouterais le fait que les banques impliquées n’ont pas respecté leur ratio de couverture, ce qui est pour le moins étonnant quand on voit la qualité des créances de base.

    Rétrospectivement on comprend que c’est la qualité des outils d’assurance, notés en AAA, qui a permis de rendre les opérations admissibles.

    Mais on reste néanmoins étonné que ceux qui se sont engagés sur de telles opérations se soient contentés de si peu. Une créance doit être documentée et une notation n’est pas une documentation.

    Pour ce qui est des perspectives d’avenir et du leadership US, je dois vous dire que je n’en ai aucune idée. Disons que les Etats Unis vont devoir plus rapidement que les autres restaurer une liquidité inter bancaire parce que ses banques sont beaucoup plus exposées.

    Maintenant on attend de voir ce qui va se passer du côté des CDS pour des paquets de créances dont le montant est estimé à 65.000 milliards de USD.

    D’ores et déjà, je crois qu’on a une petite idée…

    Commentaire par tschok — 10/10/2008 @ 19:08

  52. Cher Tschok,

    Les CDS me font penser à la démolition contrôlée (reconnue par son propriétaire Larry Silverstein) de WTC7 le 11 septembre 2001 :

    http://reopen911.wordpress.com/2008/02/10/world-trade-center-7-evidences-d%E2%80%99une-demolition-controlee/

    Comme par hasard, Lehman Brothers était le premier acteur sur le marché des Credit Default Swaps jusqu’à sa faillite :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Credit_default_swap

    Larry Silverstein / Henry Paulson, même combat ? (en tous cas, ils ont le même « Commander in chief ») 🙂

    Observez aussi les courbes du CAC et du DJ : Quand Paris ferme en berne, New-York achète à tour de bras et remonte en flèche… Je ne serais pas étonné d’apprendre bientôt que certains « fleurons » de notre industrie sont passés sous contrôle US.

    Ce n’est plus une crise financière, c’est une guerre économique 😉

    Commentaire par ramses — 11/10/2008 @ 01:18


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