La Plume d'Aliocha

30/10/2008

A propos d’une non-affaire

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:21

Certains lecteurs n’ont retenu qu’une chose du billet précédent, que je plaidais pour le droit de la presse à l’incompétence. Rien n’est moins vrai. Mais il faut avouer que j’ai parlé de la forme en omettant d’argumenter sur le fond. J’aurais aimé passer à autre chose car cette querelle, quoique nécessaire, n’en est pas moins lourde à porter. Il n’empêche, je vous dois une explication technique sur les raisons de cette divergence fondamentale de vues entre l’avocat et la journaliste.  L’affaire de l’homme qui quitte son procès avant sa condamnation à 10 ans de prison pour viol en réunion ne méritait en rien de mettre la presse en accusation. Nous avons ici un concentré classique de toutes les raisons qui mènent à détester les journalistes, le tout présenté avec un admirable sens de l’argumentation. Normal, un bon avocat doit être en mesure de soutenir avec la même aisance une chose et son contraire. Je le sais, je l’ai fait durant trois ans. Le jeu est amusant, mais il est dangereux car il finit parfois par brouiller les lignes entre le vrai et le faux, le juste et l’injuste, l’important et l’accessoire. Voici donc ma réponse au fond, sous la forme d’une foire aux objections. 

Les journalistes, fidèles à leur réputation de charognards, traquent systématiquement les erreurs judiciaires.

Faux. En réalité, les journalistes s’intéressent depuis toujours à la justice et pas seulement dans les moments où elle va mal. Ce n’est pas à des juristes que j’apprendrais ce que la justice peut avoir de passionnant, ce qu’elle nous enseigne sur l’homme et sur la société. Il ne faut pas s’étonner qu’elle interpelle ceux qui font profession d’observer le monde.  S’agissant des erreurs et dysfonctionnements, il se trouve que c’est l’un des rôles de la presse que de les révéler au public. Ce qui explique en grande partie l’irritation qu’elle suscite. Personne n’aime les messagers de mauvaises nouvelles, encore moins ceux qui sont directement concernés. Ce point est capital car il explique en grande partie la colère suscitée par l’affaire qui nous occupe. Dans un contexte de révolte judiciaire, une première affaire d’erreur de plume aboutissant à la remise en liberté d’un homme accusé de viol est suivie par une deuxième affaire cette fois de fuite en plein procès. La loi des séries sans doute, mais on attendait les journalistes au tournant. Si la première faute était incontestable, la deuxième ne devait pas passer. Et pour sauver la justice, on discrédite les journalistes sur le mode : ce n’est pas un problème de justice, c’est une incompétence de journaliste. On est habitués, tous ceux qu’on dérange nous traitent d’imbéciles. N’empêche, il y a des limites.

Ce n’était pas le moment d’en parler, les journalistes l’ont fait exprès, ils ont été manipulés par le pouvoir pour contrer la révolte des juges.

Je ne crois pas un instant à la thèse de la manipulation. Il y a beaucoup de risques qui pèsent sur l’indépendance de la presse, mais ils se traduisent en pratique par une censure, rarement, voire jamais par un article téléguidé. Quant à imaginer que la Chancellerie ait pu attirer l’attention d’un journaliste sur le sujet, avouons que ce serait un jeu dangereux. J’ignore qui a alerté la presse dans cette affaire. Il y avait peut-être un journaliste à l’audience, à moins que ce ne soit l’un des avocats de la partie civile. Un article évoque une source policière. En tout cas je suis persuadée qu’elle est sortie le plus naturellement du monde. Sur la question de l’opportunité de révéler une information, c’est malheureusement une difficulté récurrente pour la presse et qui se pose souvent dans des circonstances autrement plus graves que celle-ci. Attaquer un homme politique c’est mettre en péril la raison d’Etat, révéler un scandale dans une société cotée, c’est menacer son cours de bourse, ramener des photos de talibans, c’est faire mal aux familles des soldats tués en Afghanistan. Pourtant, il faut toujours sortir un article, même s’il dérange, surtout s’il dérange, ça veut souvent dire qu’il est essentiel. Car si un journaliste vient à prendre en considération d’autres intérêts que l’information, fut-ce pour les raisons les plus louables, il entre dans un processus de manipulation. Or, nous savons tous que la vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain, que ce que l’on croit juste à un moment donné pourrait bien ne plus l’être ensuite. 

La presse s’est intéressée à une non-affaire.

Nous voici au coeur du sujet. Vu par un juriste, peut-être. Mais il se trouve que le journaliste est en dehors du système et qu’il l’observe. Le problème, hélas classique en matière de presse, c’est que chaque spécialiste a tendance, même inconsciemment, à se sentir détenteur exclusif de son domaine de prédilection. De fait, l’expert vit particulièrement mal qu’un non professionnel ose entrer dans sa sphère et prend comme une offense la moindre approximation. Si l’on ajoute à cela qu’un journaliste est tenu professionnellement, je dis bien tenu, de vulgariser, le conflit devient inévitable. C’est une autre raison pour laquelle les journalistes sont critiqués. Tout le monde ne supporte pas la vulgarisation. Les juristes y sont particulièrement allergiques. Objectivement, on ne peut pas dire ici qu’il s’agisse d’une non-affaire. Mais alors pas du tout.

Peut-être, mais ce n’est pas un dysfonctionnement de la justice.

Voilà une objection intéressante.  Il n’y a pas eu de dysfonctionnement mais la stricte application de la loi, donc il n’y a pas de problème et pas de sujet d’article.  Nous touchons ici à un malentendu que je qualifierais de culturel entre le juriste et le journaliste. Pour le juriste, dès lors qu’il y a application correcte de la loi, la situation envisagée est irréprochable. Le journaliste, lui, pense par définition, par nature, par réflexe professionnel qu’aucun système n’est irréprochable. C’est comme ça, et je ne crois pas que ce soit plus condamnable que la position inverse. Notre métier nous impose cet esprit critique, cette distanciation, cette capacité à douter. Donc le journaliste, en voyant qu’un homme quitte son procès juste avant d’entendre sa condamnation, s’interroge sur le système judiciaire. Est-ce une si terrible offense ? Est-ce réellement une faute impardonnable ? Est-ce, comme on a tenté de le faire croire, la preuve d’une ignorance crasse ? Non, c’est un réflexe professionnel. Un réflexe qui nous rend particulièrement détestables aux yeux de ceux qui ont le sentiment que le système qu’ils défendent se porte mal. Et l’on nous dit : « en vertu de la loi du 15 juin 2000, on n’oblige plus celui qui comparait libre à se constituer prisonnier,  il est libre de partir, par conséquent il n’y a pas eu dysfonctionnement ». Certes, celui qui n’est pas en détention provisoire comparait libre. Et justement cet homme a été en détention provisoire avant d’être libéré sur décision de la chambre de l’instruction. Et c’est bien cela qui dérange, c’est cela qu’on ne veut pas entendre. Loin de moi l’idée d’accuser les juges de laxisme. Loin de moi l’idée de dire quand l’accident se produit « allons, c’était évident qu’il fallait le maintenir en détention, la preuve ». Pour autant, les faits sont têtus, s’il n’y a pas eu faute, si on ne peut pas demander aux juges d’êtres des voyants extra-lucides, si on ne peut tout à la fois les taxer de laxisme et les accuser de sévérité excessive,  il y a bien eu un problème. C’est ennuyeux, mais c’est ainsi. S’il avait été en détention provisoire, il n’aurait pas comparu libre et n’aurait pas pu partir. Outreau nous empêchera à jamais de plaider pour la détention provisoire systématique. Oui la liberté doit être le principe et oui cela comporte des risques et oui aussi il vaut mieux un coupable dehors qu’un innocent en prison. Mais pourquoi refuser de dire les choses simplement ? Pourquoi traiter les journalistes d’imbéciles parce qu’ils se penchent sur l’affaire et aller jusqu’à dire que c’est une non-affaire ? Par ailleurs, je découvre dans une interview du procureur général de la Cour d’appel de Montpellier, ici, que c’est le troisième cas de ce type dans cette juridiction depuis l’entrée en application de la loi. Tiens, ça pose peut-être question, ça, non ? Pourquoi nier que cela puisse faire l’objet d’un débat ? Parce que, me répondra-t-on, on va jouer sur les peurs, risquer un durcissement de la réglementation. C’est possible, mais alors il faut museler les journalistes parce que notre démocratie est trop immature pour discuter intelligemment d’un sujet ? Je crains malheureusement que nous en soyons là.

Les journalistes ont mal présenté la situation et utilisé un vocabulaire approximatif.

Ah bon ? Ils ont écrit en effet qu’un violeur s’était enfui lors de son procès. Et le juriste méticuleux intervient pour préciser de manière fort légitime que l’homme comparaissait libre et qu’il était par ailleurs encore présumé innocent lorsqu’il est parti. Parfait, la précision est très intéressante. Le résultat de tout ceci n’est-il pas qu’un homme condamné pour viol est dans la nature ? La conclusion judiciaire n’est-elle pas le lancement d’un mandat d’arrêt européen pour le retrouver, ce qui montre que la justice elle-même trouve qu’il y a un problème ? Où est donc l’erreur impardonnable des journalistes, quelle mauvaise idée ont-ils mis dans la tête du public ? Quelle abominable faute ont-ils commise ? Je regrette, mais je n’en vois pas. La situation lorsqu’ils l’ont décrite était bien qu’un homme condamné pour viol était dehors au lieu d’être en prison ainsi que l’avait décidé la Cour. Il était libre et innocent quand il est parti ? En langage humain cela s’appelle néanmoins s’enfuir. Je conçois la nécessité de la précision technique, je n’aime pas qu’elle débouche sur la négation de la réalité.


Au fond, ce qui dérange dans cette affaire, c’est que sa révélation puisse peser un peu plus sur l’image de la justice, c’est que le gouvernement s’en saisisse pour contrer les juges, ou bien encore qu’elle inspire des tentations de placement en détention provisoire. Ce serait regrettable en effet, mais si cela devait arriver, nous n’y serions pour rien. Ce qu’on nous reproche, c’est de ne pas assortir chaque nouvelle judiciaire d’un long plaidoyer sur la qualité des magistrats français et d’un réquisitoire tout aussi détaillé sur les insupportables politiques qui les étouffent sous un flot de textes incohérents et les asphyxient par manque de moyens. Tout le monde rêve d’un journalisme dévoué à sa cause. Et quand on ne répond pas à ce fantasme, on est voué aux gémonies, traité d’imbécile ignare. Une erreur de vocabulaire, une imprécision dans le récit des faits, une contradiction ? Victoire on tient la preuve que nous avons tort et l’on peut ainsi enterrer le débat ! C’est classique, lassant et dangereux pour la démocratie.


28/10/2008

Contre Eolas

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 13:42

Lorsque j’ai découvert le blog d’Eolas, il y a environ 3 ans, j’ai été surprise et séduite par la qualité de ses articles, leur fréquence, leur haute tenue, leur valeur pédagogique, leur style… Il y a un an j’y suis revenue, j’y ai trouvé les mêmes vertus et le blog m’a « attrapée ». Très vite toutefois, j’ai observé que ce lieu de débat devenait régulièrement un arène où tous les coups étaient permis, les propos durs, les jugements sans appel. Et puis j’y ai vu autre chose aussi. Un communautarisme juridique que je ne connaissais que trop bien et que je trouvais là exacerbé jusqu’à son paroxysme bien que le blog se soit fixé pour objectif de vulgariser. Celui qui comprenait, adhérait, félicitait était adoubé. Mais malheur au contradicteur, à celui qui doutait ou peinait à comprendre. Malheur surtout à celui qui tentait d’expliquer à son tour sa logique à lui. Elle n’était pas juridique et donc ne pouvait être que nulle et non avenue. La petite communauté alors faisait bloc et le lynchage n’était jamais loin. J’avoue avoir pris plaisir à ces empoignades, j’aime les bons mots et puis dans bien des cas, les fessées publiques étaient objectivement méritées. En tant que juriste, j’y ai fait ma place, trouvé un rôle, au point d’oublier certaines de mes valeurs, mais j’y reviendrai. Disons que j’ai été durant quelques mois, sans m’en apercevoir, une journaliste sur le terrain, je me suis fondue dans le paysage et j’ai observé, par réflexe professionnel, ça laisse des traces. Parfois la brutalité des réactions était si hors de proportion que je me suis révoltée au risque de rompre la fragile concorde entre le Maître et moi. D’ailleurs avant de me battre avec Eolas pour défendre la presse, je l’ai fait pour me défendre, puis défendre les victimes inutiles de ses saillies. Je trouvais tellement dommage que certains se détournent de lui pour une réflexion trop vive, un mouvement d’humeur. Au fond, je crois maintenant que ce mode de fonctionnement m’a toujours choquée, mais l’intérêt que je trouvais à le lire méritait bien de supporter quelques inconvénients. Je m’étais peut être aussi laissée contaminée. C’est toujours ainsi la vie, un subtil équilibre, rien n’est jamais parfait mais on s’accomode, on s’adapte. Sauf qu’hier cet équilibre a dérapé. Pourquoi ?

Un esprit libre

Sans doute à cause d’un effet d’accumulation. D’abord, je n’aime pas les arènes, et si je sais combattre je ne le fais que rarement, ce n’est pas dans mon caractère, c’est encore moins dans ma philosophie de l’existence. A mes yeux la violence, fut-elle seulement verbale, ne doit être que l’ultime recours, lorsque toutes les autres solutions ont été épuisées. Au surplus, je doute que les affrontements à mort puissent avoir une quelconque vertu intellectuelle. On ne convainc pas en agressant, on n’évolue pas sur le chemin de la connaissance en massacrant ses interlocuteurs, on ne se fait pas comprendre en humiliant. On ne fait tout au plus qu’affirmer sa supériorité intellectuelle. Triste victoire.  La polémique qui m’a opposée ces derniers mois à Eolas, je la connais par coeur. Depuis 12 ans j’affronte régulièrement les spécialistes dont je parle dans mes articles.  Tous ont une bonne raison de mépriser les journalistes. J’ai fait ma place, travaillé jour et nuit pour exercer mon métier le mieux possible, fini dans bien des cas par connaître les dossiers mieux que ceux que j’interviewais. Dans ces moments-là, journalistes et experts sont enfin réconciliés dans un quête commune du savoir. Ce sont de beaux moments, je vous assure. Parfois, j’ai tendu la main à mes détracteurs les plus virulents, je les ai fait entrer dans mon métier et ils ont appris à en mesurer la difficulté et les contraintes, à le comprendre, puis à l’estimer. Quand je suis arrivée chez Eolas, j’ai pensé qu’il était possible de faire de même, que sa rage contre les journalistes n’était pas incurable. J’étais persuadée qu’il suffisait de dialoguer pour se comprendre et s’apprécier. Ce d’autant plus que nous partagions lui et moi une culture juridique commune. Elle devait immanquablement nous rapprocher. Je me suis trompée, ou j’ai échoué. Cette main tendue est restée dans le vide. Au fond je crois savoir pourquoi, la petite communauté eolassienne a voulu me récupérer dans ses rangs, elle a rêvé que je me joigne au grand concert des détracteurs de la presse. J’aurais pu le faire, voilà qui aurait flatté ma vanité. Imaginez le rôle de journaliste privilégiée que j’aurais obtenu en tapant sur mes confrères. En pointant des erreurs que les juristes eux-mêmes n’apercevaient pas, en dénonçant telle mécanique secrète de la presse qui aurait amplifié le scandale et la rage. Ah ! la belle place que j’aurais eue. Le malheur, c’est que je suis une journaliste, une vraie, que je ne cherche ni le pouvoir, ni la gloire, ni la satisfaction d’appartenir à une communauté d’élites. Tout ce qui m’intéresse c’est de découvrir, de comprendre et de raconter. Un journaliste, c’est un esprit libre. On ne se lève pas devant un ministre, on n’applaudit pas à la fin d’un discours, on ne s’incline devant rien ni personne.  Pour nous le savoir n’est pas un pouvoir, ce n’est pas non plus un temple sacré à protéger, c’est une richesse à partager avec le plus grand nombre. Les pressions, les attaques, les menaces, les chantages sont notre lot quotidien. On s’en moque, mieux, on y prend souvent plaisir, par nature nous sommes un gigantesque pied de nez à toutes les formes de tyrannie. C’est difficile  à expliquer, cela paraîtra sans doute incroyable à ceux qui nous lisent et nous écoutent, encore plus à ceux qui nous jugent médiocres, lâches, paresseux et futiles, mais c’est bien cette petite flamme qui anime tous ceux qui font le métier de journaliste. Même les moins bons, même ceux qui ont renoncé, même ceux qui cirent les pompes du pouvoir ont cet état d’esprit, c’est le métier qui veut ça. Il suffirait, pardon, il suffira d’un rien, bientôt, j’en suis sûre, pour que la petite flamme redevienne un grand feu, chez nous tous.

Les jeux du cirque sont terminés

Et c’est précisément cet esprit journalistique qui hier s’est révolté.  Il y a un conflit insurmontable et profond entre Eolas et moi. Ce n’est pas de ma part du corporatisme, je ne pense pas que ce le soit non plus chez lui. C’est juste l’affrontement de deux caractères irréconciliables. Et de deux visions du savoir aussi. J’ai entendu parler d’une république des blogs. Fort bien, mais quelle est sa vertu si elle aussi devient la victime des jeux de pouvoir, si les lieux de débats se transforment en arènes sanglantes, si le partage du savoir n’est plus qu’un tyrannie des sachants ? Eolas ne cessera jamais d’attaquer la presse et c’est bien parce que je l’ai compris que pour moi la bataille s’arrête ici. Je m’en excuse auprès de tous ceux qui appréciaient nos échanges. Les jeux du cirque sont terminés. Il protège son système, c’est son droit. Il se braque sur ses convictions, refuse d’entendre d’autres logiques que la sienne et chasse sans pitié ses contradicteurs, c’est un style, je le respecte, mais je n’y adhère pas. Car ce faisant, il attaque mon métier sur des vétilles, niant sa mission, refusant de comprendre que le journalisme consiste à informer de l’actualité, lancer les débats, que le premier jet, la première dépêche est souvent un débroussaillage, qu’il faut ensuite en parler, approfondir et que les journaux le font très bien en se concurrençant entre eux, en éclairant le sujet dans les jours qui suivent, en ouvrant leurs colonnes aux experts. Non, pour Eolas, la première faute, fut-elle d’un seul, est mortelle, la presse envoyée au box des accusés, moquée, décrédibilisée, condamnée à mort. Elle a offensé la science, violé le sens des mots, trompé le public. Comment lui expliquer, moi qui ai fait son métier, à quel point la presse est différente du métier d’avocat ou de juge ? Comment lui expliquer que l’écrit n’a pas la même valeur, que l’article de presse ne fait que lancer une nouvelle dans l’espace public à charge pour celui-ci de l’évaluer, la discuter, l’admettre ou la réfuter quand l’acte  judiciaire peut ouvrir ou fermer la porte d’une prison, ruiner ou au contraire enrichir, changer à tout jamais le cours d’un destin. Je ne parviendrai pas à lui faire entendre cela parce qu’il s’y refuse. Il n’est pas le seul, mais il est celui qui s’emporte le plus violemment, qui condamne sans appel, moque, ridiculise, jette aux chiens. Tout cela va trop loin.

Un blogueur d’exception

Fidèle à mes convictions, je finirai cette critique par un éloge. Le blog d’Eolas est d’une qualité exceptionnelle, Eolas lui-même est un des meilleurs juristes que j’ai rencontré. Il me semble qu’en tant que blogueur il ouvre une voie nouvelle, c’est un pionnier. Tout le monde dit qu’il faut faire court sur Internet, il écrit des articles très longs et les lecteurs suivent. Quand le débat public dérape il est souvent le premier à oser le recadrer et il ne se trompe pas. Si nous ne nous étions pas disputés, j’aurais écrit un billet sur la révolution journalistique que constitue le fait de citer une source anonyme issue d’Internet et de montrer ainsi qu’on lui accorde la même foi qu’à un expert connu et identifié du monde réel. C’est une double victoire pour Eolas. J’aurais aussi écrit, suivant en cela Narvic qui a été le premier à identifier le phénomène, que son appel à témoignages de magistrats était une révolution. Mais au fond je suis lasse de toujours entendre, essayer de comprendre et de n’avoir jamais droit à une quelconque réciprocité parce que mon métier est présumé coupable et que cette présomption là est irréfragable.

On peut dans la vie s’obstiner à ne voir que ce qui ne va pas et on peut s’y épuiser. Il n’y a qu’un pas vite franchi entre Cyrano et Don Quichotte. C’est ce que je risque si je continue à polémiquer avec Eolas. Au fond, Philarete a raison, on peut aussi regarder ce qui va bien, continuer d’espérer, garder les yeux fixés sur son étoile. La presse aujourd’hui s’interroge, elle souffre, pour des raisons bien plus profondes que des querelles sémantiques de spécialistes. Ces critiques là, elle les subit depuis sa naissance, elles font partie de son quotidien, elle y a survécu et elle continuera d’y survivre.  J’aurais aimé qu’Eolas et moi parvenions à les surmonter pour avancer ensemble. Il ne l’a pas souhaité. Tant pis. La phase de doutes que traverse ma profession est autrement plus importante à mes yeux. Il y a donc des combats plus importants à mener. Des vrais.

27/10/2008

Le JDD met Rachida Dati sur le gril

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 09:57

J’ai beaucoup lu dans les commentaires chez Eolas que le mouvement des juges n’avait pas été entendu par les journalistes, qu’il avait été mal relayé. J’attire donc votre attention sur l’interview de la ministre parue hier dans le JDD. Vous observerez que l’essentiel des questions porte sur le mouvement des magistrats et que les journalistes ne lâchent pas un pouce de terrain. Les questions sont directes, presque « brutales ». Par exemple, « vous les aimez vos juges ? », la ministre répond oui. Les journalistes rétorquent « mais les juges ne vous aiment pas » et plus loin « ils disent que vous menacez leur indépendance », puis « vous avez été traitée de lâche au congrès de l’USM ? ». Bref, une interview sans complaisance. Cela méritait d’être souligné. Ne serait-ce qu’au nom du fait que la communauté juridique, si soucieuse de contradictoire, semble étrangement oublier ce grand principe dès lors qu’elle parle de la presse…J’aimerais qu’on arrête cet insupportable procès contre la presse. Un procès qui a l’étrange caractéristique de se fonder non pas sur des faits mais sur une vague impression, non pas sur pièces mais sur des on-dit, un procès instruit uniquement à charge, dans lequel la défense n’a jamais la parole, où chacun s’auto-propulse procureur et où la condamnation est toujours prononcée par anticipation et sans appel.

26/10/2008

L’insupportable mépris des journalistes

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 11:46

Versac, chez Narvic a fait hier un parallèle intéressant entre la situation des magistrats telle qu’elle est révélée sur le blog d’Eolas depuis quelques jours et celle des journalistes, tout en regrettant les piques lancées par l’avocat contre une de nos consoeurs. Il faut dire que mon Très Cher Maître, reprenant l’un de ses chevaux de bataille favoris, a ridiculisé une journaliste au motif qu’elle lui avait demandé de résumer en une phrase les plaintes d’une soixantaine des magistrats. Il y a vu paresse et bêtise, ce n’est pas dit mais lourdement suggéré. Un tel agacement vis à vis de la presse n’est pas nouveau chez Eolas. Cela nous a valu, à lui et moi, des empoignades magistrales qui ont largement contribué à la création de ce blog.   Enfin passons. Si Eolas savait ce que je pense non pas de lui, que j’admire, mais de nombre de ses confrères…

Versac a raison, il y a sans doute un parallèle à faire entre le moral des journalistes et celui des juges, un problème commun de moyens auquel s’ajoute une forte déconsidération, liée en partie à la qualité qui forcément baisse en période de disette. On peut se demander si les journalistes n’ont pas toujours été détestés, je suis sûre qu’en cherchant un peu on trouverait bien des attaques contre les « pisse-copies » et autre « fouille-merdes ». Quand on fait un métier qui dérange, il ne faut pas s’étonner d’irriter. Il me semble néanmoins que nous assistons ces derniers temps à un phénomène un peu plus nouveau et très inquiétant : le mépris des patrons de presse eux-mêmes pour les journalistes. Il suffit de les écouter parler entre eux pour que très vite ils révèlent leur rêve profond : faire un journal sans journalistes. C’est devenu, me semble-t-il, le fantasme absolu. Car le journaliste, c’est un coût que compense de plus en plus difficilement les recettes publicitaires, le journaliste c’est un risque, celui de le voir ramener un scoop qui va bouleverser le tranquille écosystème qui régit les relations du patron de presse avec les politiques, les puissants de l’économie et…les chers annonceurs. Le journaliste passe son temps à ne pas comprendre les contraintes de vente, à vouloir faire son métier, à contester les choix éditoriaux suspects, à protéger son indépendance, et à demander qu’on le rémunère dignement. En d’autres termes, c’est une source d’ennuis perpétuels. A force de mal le payer et de le déconsidérer, on peut parvenir à le dresser, à lui inculquer le niveau de résignation, d’obéissance et de lâcheté nécessaire pour qu’il renonce à faire son métier, pour qu’il accepte de rédiger 5 articles par jour bâclés en échange d’un salaire de misère. Mais je continue de penser qu’il reste de bons professionnels, et même beaucoup. Dans un secteur en crise qui pleure après l’argent, qui se découvre pieds et poings liés entre les griffes de puissants actionnaires industriels n’ayant rien de groupes de presse, le journaliste est devenu persona non grata au sein même des rédactions. Ce d’autant plus que comme le secteur va mal, on appelle à la rescousse des diplômés d’école de commerce qui appliquent leurs techniques de ventes de savonnettes pour tenter de redresser la situation. Il s’amusent par exemple à évaluer la productivité de chaque journaliste, comme si la qualité d’un article se jugeait au poids et celle d’un journaliste au nombre moyen de lignes pondues chaque jour. Allons, chers marchands de soupe, si vous saviez les dizaines d’exemplaires du Monde que j’ai pu acheter rien que pour lire Pierre Georges…Rangez donc vos statistiques, un journal n’est pas un savonnette et un journaliste ne se juge pas à l’aune de ce poids des mots là. Toujours est-il que les dirigeants du secteur, rejoignant  tous ceux qu’on dérange, participent sans états d’âme au grand concert de nos détracteurs. Cet ultime abandon risque de sonner le glas de la presse écrite.

Allons, réalisez votre rêve, faites des journaux sans journalistes, alignez les publi-reportages, flattez vos annonceurs, draguez vos actionnaires, embauchez leurs enfants et leurs neveux qui se feront une joie de montrer leur carte de presse le vendredi soir dans les boites à la mode et joueront tous les jours les Rouletabille de pacotille à la botte des puissants amis de leurs parents. Pendant ce temps, nous les vrais journalistes, nous allons sur le web. J’ignore quel modèle économique nous trouverons pour survivre et même s’il en existe seulement un de valable. Mais je ne veux pas être encore dans vos murs quand vos sinistres rêves de fortune vous auront conduit à tuer mon métier et que la dernière rotative se sera tue. Bon appétit Messieurs !

25/10/2008

Suicides en prison : les médias responsables ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 13:05

Craignant sans doute que je ne m’ennuie ce week-end, ce qui n’était nullement dans mes intentions, Mussipont m’a saisie tard hier soir d’une grave question sur le journalisme. Selon une dépêche AFP datée d’hier que vous trouverez ici, l’administration pénitentiaire mettrait en cause le rôle de la presse dans les suicides en prison. L’accusation est lourde : en relatant depuis quelques semaines le nombre de suicides en prison, nous aurions la responsabilité de leur augmentation. C’est Jean-Louis Terra, professeur en psychiatrie à Lyon 1 et expert auprès de l’administration pénitentiaire qui tire la sonnette d’alarme. Il nous demande, semble-t-il, de modérer nos écrits et surtout de les orienter vers une analyse des causes et une présentation des recours plutôt que sur le récit des actes.

Nous n’avons pas le droit de nous taire

Voici donc qu’en dénonçant un fléau nous sommes accusés d’y participer. Cela soulève plusieurs questions. D’abord, il s’agit d’accusations très graves car elles nous rendent en partie coupables de un ou plusieurs décès. La question que je me pose en tant que juriste, c’est : est-elle démontrée ? Qu’on me cite les études sur ce sujet qu’on m’explique la méthode suivie, le niveau de pertinence que l’on peut accorder aux résultats. Disons que, dans l’attente de ces précisions, nous retiendrons l’hypothèse que c’est vrai pour amorcer un début de raisonnement et une tentative de réponse.

Au fond, la question n’est pas nouvelle. Elle renvoie au journalisme en tant de guerre où les gouvernements attendent de nous que nous soutenions le moral des citoyens ou encore à celui en temps de crise économique, où, nous devrions, peut-être, tenter de rassurer les français. C’était une autre question de Mussipont qui, décidément aime bien les débats fondamentaux. Moi aussi.

Tout ceci pose la délicate question du rôle du journaliste. Certains nous rêvent pédagogues, d’autres visiblement médecins, d’autres encore – du côté des politiques – organes de communication officielle, et j’en passe. Il n’existe pas à ma connaissance de réponse précise sur le rôle du journaliste dans une démocratie. J’ai du achever en urgence le livre de Géraldine Muhlmann dont je vous ai déjà parlé, en y cherchant frénétiquement les bases d’un raisonnement sur lequel j’aurais pu m’appuyer pour répondre à cette importante question, il n’y en avait pas, ou pas de suffisamment précise. Tant pis, me voici seule.

Le rôle du journaliste, c’est d’informer. Il doit le faire de façon exacte et compréhensible. Il doit aussi, à mon sens, s’employer à être le plus objectif possible. Revenons donc au problème des suicides en prison. Devrions-nous nous taire par crainte que nos articles n’inspirent d’autres détenus en détresse ? Evidemment non. Il existe toujours mille et une bonnes raisons qui plaident pour le silence de la presse. Révélons-nous un scandale touchant une entreprise cotée ? Nous allons faire chuter le cours, mettre la société en péril financier, menacer des emplois. L’un d’entre nous ramène-t-il des photos des talibans qui ont assassiné des soldats français ? On l’accuse de blesser les familles inutilement et de gêner au passage le gouvernement qui tentait de nous faire croire que ceci n’était pas une guerre. On s’attaque à un homme politique et c’est la raison d’Etat qui est en péril. Souvenez-vous du nuage de Tchernobyl, des scientifiques nous ont assuré à l’époque qu’il avait poliment contourné la France. Voilà qui a soulagé tout le monde. Ceux-là avaient jugé bon à l’époque de rassurer la population, ils ont menti, ils ont leurré la presse. Et le public aujourd’hui accuse, avec raison. Bien sûr que par définition le journaliste dérange, c’est en partie son rôle. On peut lui reprocher cette publicité autour des choses cachées, juger que le moment n’est pas opportun pour les révéler, ou qu’il vaudrait mieux qu’elles soient tues à jamais. Si nous entrons dans ce jeu, si nous commençons à mettre en balance les intérêts, à douter de la nécessité de révéler une vérité, c’est toute la démocratie que nous mettons en péril. Nous ne devons pas nous taire, et je dirais même nous n’avons pas le droit de nous taire.

Devons-nous être autre chose que ce que nous sommes ?

Cela étant posé, de quelle manière devons-nous nous exprimer ? J’y ai répondu plus haut : de manière exacte, objective et compréhensible. Mais sans doute faut-il réfléchir plus avant sur la manière de parler de certains sujets sensibles. Faut-il avoir peur des mots ? Faudrait-il dire les choses en tentant d’en atténuer la brutalité, d’en adoucir le sens ? Dire sans dire, en quelque sorte. Je ne le crois pas, car alors autant se taire. Au milieu du brouhaha qui nous entoure, l’information édulcorée passera très vite inaperçue. Dans ces conditions, mieux vaut encore ne rien dire que de s’offrir le confort moral d’avoir parlé en prenant le soin de n’être pas entendu. Celui qui communique avec un public s’engage à être clair et compréhensible. C’est pourquoi la presse se donne du mal pour présenter de manière attractive l’information. Avant d’être une question de ventes, c’est une exigence du métier.

Vous l’aurez compris, face à l’accusation qui nous est faite d’avoir une responsabilité dans les suicides en prison, j’observe que cela mérite une démonstration dont je ne dispose pas et je conclue en tout état de cause que nous ne devons ni nous taire, ni édulcorer nos propos, ce qui reviendrait au même.

Mais alors, faut-il parfois qu’on se transforme en conseil, médecin, psychologue ? Devons-nous changer d’angle d’attaque et plutôt que d’évoquer le phénomène des suicides en prisons à l’état brut, chiffres, circonstances, aggravation inquiétante du phénomène, présenter une analyse psychologique des causes et des remèdes. Grave question. D’autant plus grave qu’on me dit que des vies humaines sont en jeu et qu’on me fait porter une partie du fardeau de la responsabilité. Je me suis toujours demandée en regardant un reportage sur la famine si le cameraman n’avait pas envie d’arrêter de filmer, de sortir de son sac à dos n’importe quoi à manger et de le donner à l’enfant ou à sa mère désespérée. C’est parfois un métier terrible celui de témoin. Et je me pose la même question s’agissant du reporter de guerre qui voit s’effondrer un homme blessé devant lui et qui continue à photographier. C’est parfois un métier terrible, le photojournalisme. 

Entre nous, et même si je suis la première à trouver ma conclusion dérangeante, je ne pense pas qu’il entre dans notre rôle de nous adresser aux détenus pour leur donner des conseils. Au surplus, de même que je doute de notre responsabilité dans ce sinistre phénomène, je doute peut-être davantage encore d’un effet positif des recommandations que nous pourrions donner. Il faut se garder de surestimer le rôle de la presse autant que de rêver de lui confier des missions qui ne sont pas les siennes. Nous sommes des observateurs, nous regardons pour raconter, pour diffuser l’information détenue par quelques uns au plus grand nombre et permettre ainsi d’alimenter le débat public. C’est cela le coeur de notre métier, vouloir lui faire endosser d’autres rôles ou missions, c’est s’exposer à le dévoyer. Pourquoi ? Parce que c’est ouvrir la porte à toutes les manipulations, c’est instrumentaliser le journalisme et l’éloigner de sa vocation. Notre métier c’est informer, ni plus, ni moins.

24/10/2008

Le poids de la faute

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 13:02

C’était couru d’avance. Hier les magistrats manifestaient pour crier leur colère et alerter sur l’état de la justice. Ce matin, la remise en liberté accidentelle d’un violeur récidiviste balaie d’un revers de manche leur indignation et les renvoie dans le box des accusés. Et Yves Thréard, rédacteur en chef du Figaro d’expliquer sur i-télé que si la justice en est là, c’est qu’elle souffre de corporatisme et se dresse depuis 30 ans contre toutes les tentatives de réforme. Les juges apprécieront. Bien sûr que d’écrire « infirme » au lieu de « confirme » en bas de la décision est regrettable. Bien sûr que c’est une horreur pour les victimes et un danger pour tout le monde que cet homme ait été relâché. Et l’on s’indigne, et l’on reparle de la responsabilité des juges. Mais à entendre les commentaires sur cette affaire, on à l’impression que les magistrats sont la source de tous nos maux, que les tribunaux sont des repaires d’incompétents corporatistes. Allons, revenons à un peu de raison et mettons si vous le voulez bien les choses un tout petit peu en perspective.

Parlons de faute

Depuis janvier dernier, je travaille sur l’affaire de la Société Générale. Vous me direz quel rapport ? Celui de la compétence et des moyens justement. Le dossier Kerviel n’est pas encore jugé, nous ignorons beaucoup de choses sur ce qui s’est passé réellement. Simple bouc-émissaire Kerviel ou vrai coupable ? C’est la justice qui nous le dira. En février dernier, soit quelques jours après l’annonce des pertes abyssales de la banque tant en raison du dénouement en urgence des positions du trader qu’à cause des subprimes, l’inspection interne de la banque a rendu son rapport au conseil d’administration sur la série de dysfonctionnements internes qui a concouru à la perte de 4,9 milliards. Ce document est passé relativement inapperçu bien qu’il ait été rendu public. Il est ici. Attention, pour le lecteur non-averti, c’est un voyage au pays du jargon financier. Allez voir le tableau en fin de document. Vous verrez qu’il y décrit les mécanismes de contrôle interne qui ont failli dans cette affaire. C’est quoi le contrôle interne me direz-vous ? Ce sont toutes les procédures à respecter dans une entreprise de cette taille, et en particulier dans une banque, pour contrôler les risques, c’est-à-dire à chaque étape d’une opération s’assurer qu’elle est conforme aux réglementations bancaires et qu’elle se déroule normalement. La Société Générale avait la réputation en France d’être une des banques les mieux organisées, les plus sûres. Que découvre-t-on dans ce document ? Tout simplement qu’il a fallu plus de 70 alertes réparties sur plus d’un an pour que quelqu’un se préoccupe dans cette merveilleuse machine de voir ce qui dysfonctionnait. Cela veut dire qu’à plus de 70 reprises les systèmes de contrôle ont signalé un problème avec les opérations de Kerviel sans que personne ne réagisse. Et si vous lisez ce précieux document, vous verrez qu’il y a des réactions proprement hallucinantes. Par exemple, celle de cette employée qui interroge Kerviel sur une opération qu’elle ne comprend pas. Il lui répond, elle ne comprend pas la réponse mais comme les règles de contrôle interne lui imposent de s’informer mais pas de comprendre, elle en reste là. Dans d’autres cas, des problèmes sont détectés mais il n’est écrit nulle part qu’il faut prévenir la hiérarchie, alors on ne le fait pas. Bien sûr, on nous dit que le trader aurait dissimulé ses actes, il n’empêche, si quelqu’un avait entendu les alertes plus tôt, on aurait peut-être limité la casse. Le contrôle de srisques, c’est fait pour cela.  Coût de l’opération : 4,9 milliards d’euros. Avec les dépréciations liées aux subprimes, cela nous donne 6,9 milliards. Cette banque a de l’argent, la preuve elle va survivre à la perte et heureusement. Elle a des employés sur-diplômés, des systèmes informatiques sophistiqués, des mécanismes de surveillance millimétrés. Cela n’a pas évité une série d’incompétences répétées durant un an. Et là vous songez : « oui, mais la finance c’est complexe, alors qu’écrire un mot pour un autre dans une décision de justice c’est d’une bêtise affligeante ». Ne vous laissez pas impressionner par le jargon technique bancaire. D’abord, eux sont censés savoir ce qu’ils font, c’est leur métier. Ensuite, n’importe quel commissaire aux comptes vous dira qu’en dehors de tous ces mécanismes de contrôles sophistiqués, il y en avait un, humain et imparable que eux connaissent, mais visiblement pas la hiérarchie de Kerviel : le trader ne partait jamais en vacances, or, c’est un indice qui alerte immédiatement un contrôleur professionnel sur une possibilité de fraude. En effet, un salarié qui ne part pas en vacances c’est souvent parce qu’il ne veut pas qu’on fouine dans ces affaires, parce qu’il a quelque chose à cacher ; vous voyez, la finance, cela reste une affaire humaine au fond. Et n’importe quel directeur de salle des marchés vous dira aussi que le métier ne s’improvise pas, qu’il faut « sentir » ses traders, que c’est encore la meilleure des garanties. Là encore, ce n’est pas de la finance compliquée, mais de l’humain.

Des choux et des carottes ?

Maintenant savez-vous à combien s’élève le budget de la justice pour 2009 : 6,66 milliards d’euros. Voilà qui laisse rêveur non ? Je vous entends penser : « cette journaliste confond les choux et les carottes, quel rapport entre les pertes d’une société privée et le budget de l’Etat, ce n’est pas parce que la Générale a perdu 6,9 milliards que la justice est pauvre et encore moins pour cela qu’elle commet des erreurs ». Vous avez bien entendu raison. A cette réserve près que c’est un manque à gagner en termes de recettes fiscales pour l’Etat cette petite plaisanterie. Je voulais simplement montrer que des erreurs et des grosses, il y a en a aussi et d’impardonnables dans le privé. Simplement les grandes banques ont les moyens de se défendre, les appuis politiques, le poids économique, des services de communication renforcés en cas de crise par de grosses agences qui font tout pour  limiter l’atteinte à l’image de l’établissement, arrondir les angles, noyer le poisson. Au final que nous reste-t-il comme image de cette affaire aujourd’hui ? Une perte de 2 milliards mais c’est normal, c’est la fatalité, tout le monde s’est planté sur les subprimes. Et une « fraude » nous dit-on qui a coûté 4,9 milliards, mais là, c’est la faute d’un homme. Bref, tout ceci, c’est la faute à pas de chance. Les juges eux travaillent avec des bouts de ficelle, n’ont pas de services de communication pour peaufiner leur image, pas de moyens pour mettre en place des systèmes de contrôle interne, aucun poids politique, aucun poids économique non plus. Pire, il suffit pour contenir leur révolte et retourner le public contre eux de leur envoyer une erreur au visage et le dossier est refermé. Circulez y’a rien à voir, ces juges sont nuls, ils n’ont que ce qu’ils méritent. Et pendant ce temps, l’Etat sourit aux banquiers et leur prête 10,5 milliards. Notez, il n’a pas le choix, sinon, c’est toute l’économie qui plonge.

Quand on observe comme je le fais tous les jours, ces deux mondes en parallèle, celui de l’économie et celui de la justice, on est conduit forcément à relativiser l’indignation suscitée par les erreurs de la justice. Bien sûr elles sont graves, bien sûr elles mettent en cause la liberté et la sécurité. Mais il n’en demeure pas moins qu’il subsiste une criante injustice médiatique entre le traitement réservé aux puissants de la finance et celui accordé aux professionnels de la justice. La conséquence de cette inégalité de traitement est perverse si elle amène les français à prendre le parti des politiques contre les juges quand il faudrait sans doute faire le contraire pour le bien de tous. Les banques ont failli, elles ont gravement compromis l’avenir de notre économie par une série d’erreurs d’appréciations ? Le gouvernement accourt et le public grince un peu des dents, mais il approuve. La justice remet en liberté par erreur un délinquant dangereux, on la cloue au pilori sous les huées de la foule. Une grande banque reste sourde à ses systèmes d’alertes pendant un an, ça passe totalement inapperçu. Un greffier commet une erreur de retranscription et c’est le scandale. Deux poids, deux mesures ? « Selon que vous serez puissant ou misérable écrivait le grand fabuliste, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». Ce n’est plus vrai en justice, mais devant le grand Tribunal médiatique c’est en revanche terriblement exact.

23/10/2008

Silence les Tartuffes !

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 15:55

Ah, bon sang ! Je voulais aujourd’hui laisser la place aux magistrats. En plus j’ai beaucoup de travail. Mais je viens de lire qu’un syndicat de journalistes, le SNJ, demande l’arrêt immédiat des Infiltrés, dont le premier numéro, consacré à la maltraitance dans les maisons de retraite, a été diffusé hier sur France 2. Au nom de la déontologie, disent-ils. Mais laquelle ? Celle que la profession est incapable d’adopter et de faire respecter ? Allons, laissez moi rire. Et penchons-nous sur ce que nous avons vu hier.

Indispensable caméra cachée

D’abord 45 minutes de reportage en caméra cachée sur une situation à vous donner la nausée. Je suis restée fascinée, incapable de m’arracher de l’écran, sentant bien que, pour une fois, nous avions de la vraie information et qu’il ne fallait pas en perdre une goutte. Je songeais aussi que ça faisait mal. Infiniment mal, il faut dire que dans notre monde aspetisé, on n’a plus l’habitude n’est-ce pas de voir des choses comme celles-là. Scandaleuse la caméra cachée ? Allons, soyons sérieux. Non seulement elle n’était pas scandaleuse mais elle était journalistiquement indispensable. C’était le seul moyen de savoir ce qu’il se passait dans cette maison de retraite. Quant au comportement de la journaliste, je l’ai trouvé exemplaire.  Avouez qu’il faut avoir le coeur bien accroché pour faire ce qu’elle a fait.

Un débat parfaitement mené

Ensuite, nous avons assisté à un excellent débat. La secrétaire d’Etat à la solidarité, Valérie Létard, a lancé immédiatement qu’elle allait porter plainte contre cet établissement. Et David Pujadas de lui rétorquer « nous ne vous donnerons pas les coordonnées de l’établissement, ce n’est pas notre rôle ». Voilà une affirmation qui mérite le débat. Je ne suis pas certaine que ce secret soit pertinent dès lors que la sécurité des personnes est en jeu. Or, c’est cela entre autre qu’a révélé le reportage. Puis les autres invités, tous professionnels dans ce domaine,  ont expliqué que le reportage n’était pas une surprise à leurs yeux, qu’ils dénonçaient cet état de fait depuis des années. Oui, mais qui les entendaient ? Moi qui ne connaissais rien de ce dossier, j’ai obtenu des réponses à toutes mes questions grâce à un débat parfaitement bien mené par David Pujadas. Et le plus terrible, c’est que la secrétaire d’Etat a appris autant des choses que les téléspectateurs. Je la crois sincère. L’émission était donc d’autant plus nécessaire. Il serait trop long ici de résumer toutes les informations essentielles que le reportage a permis de mettre à jour. Je relèverai néanmoins le fait que nombre d’intervenants se sont plaints des contrôles officiels qui ne permettaient de révéler que des maisons modèles. Forcément. De même qu’un reportage réalisé avec l’autorisation de l’établissement concerné n’aurait pu montrer qu’un paradis sur-mesure. Enfin,  je n’oublirais pas la dernière question de David Pujadas qu’il semblait avoir lue dans mon esprit :« ne sommes-nous pas tous responsables de cet état de fait, n’avons-nous pas au fond un manque de considération pour les personnes âgées? ».  En ce sens, l’émission ne nous a pas seulement révélé l’état des maisons de retraite en France, elle nous a également placés face à nous-mêmes. Douloureux et salutaire.

Tartufferies déontologiques

Et journalistiquement me direz-vous ? A la fin du reportage, je suis restée bouche bée. Il fallait que j’assimile ce que j’avais vu. Cela tranchait tellement avec le joyeux monde de Disney dans lequel on nous donne à chaque instant l’illusion de vivre. Quand j’ai eu repris mes esprits, j’ai songé : tant de scandale médiatique pour ce travail ? Tant d’indignation déontologique ? Mais de qui se moque-t-on ? Où étaient les tartuffes le soir où nous avons vu un reportage sur la presse féminine et ses dérives ? Où sont-ils ces valeureux moralistes quand chaque jour, à chaque instant, la déontologie est mise à mal par la communication et la publicité ? Par les cadeaux, voyages de presse et autres petits arragements entre amis ? Je ne les entends pas sur ces sujets-là. J’en déduis que l’on peut se faire acheter dans ce métier sans que personne ne soit choqué, mais qu’on ne peut pas en revanche avancer masquer pour faire son travail. En d’autres termes, il vaut mieux être un faux journaliste officiel qu’un vrai journaliste infiltré ? Si ce n’est pas de la tartufferie…

Pour le premier numéro des Infiltrés, je vous dis bravo Monsieur Pujadas. Vous avez fait un pari difficile, risqué, j’espère que vous parviendrez à tenir votre ligne rédactionnelle.

D’ici là, laissons les Tartuffes s’indigner, ça les occupe. Et vive le journalisme !

 

NB : Je vous recommande l’article de Rue 89, sa position est plus modérée que la mienne. Vous trouverez en lien sur ce site le communiqué du SNJ.

Les juges ne mentent pas

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:45

Je vous avais promis un billet sur les Infiltrés, il attendra. Il y a une cause aujourd’hui plus urgente à faire entendre que les interrogations existentielles de la presse, même si celles-ci touchent à une liberté fondamentale. Il y a les magistrats en colère. En tant que journaliste, je vous confirme que notre justice va mal. Tous les témoignages publiés par Eolas reflètent l’exacte réalité de ce que j’observe moi-même depuis des années. En tant que journaliste, je n’ai pas à prendre parti, ce n’est pas mon rôle. Je dois me contenter de témoigner, d’expliquer. Je n’appelle donc personne à la rébellion. Je tenais juste à dire ici que ce qu’ils ont écrit est vrai. Mais le plus inquiétant, c’est qu’il n’y a pas que la justice qui est dans cet état. Je reproduis donc ci-dessous mon commentaire posté ce matin chez mon illustre Maître. Et, au passage, je vous invite à lire le billet de Narvic sur la révolution que constitue l’appel à témoignages lancé par Eolas. 

 

Cher Eolas,

Je me suis précipitée ce matin pour lire tous les billets. Je les ai trouvés émouvants souvent, inquiétants parfois, mais ils ne m’ont rien appris que je ne sache déjà, moi qui observe la justice depuis maintenant plus de 12 ans. Cela fait tant d’années que j’écris que la justice va mal, tantôt elle crie famine, tantôt elle pleure son honneur bafoué, parfois, mais c’est plus rare, elle se met en colère. Alors je la regarde tristement parce que j’ai peur que cette fois encore ses cris ne la mènent nulle part. Qui a peur d’une révolte des juges au gouvernement ? Personne. Ils ne pèsent rien économiquement et l’on s’arrange depuis bien longtemps pour qu’ils ne pèsent rien non plus moralement, ou si peu. 

Cela étant, une question rôde dans ma tête, lancinante depuis des années.
– La semaine dernière, une amie m’a raconté comment elle avait accouché sans médecin dans un hôpital parisien. C’était un soir de pleine lune, les urgences étaient débordées, le personnel enfilait les gardes sans dormir depuis 24 heures. Son mari a fini par trouver une sage femme, épuisée, si fatiguée qu’elle s’est pris les pieds dans la table d’accouchement et s’est assommée en tombant. Il n’y a pas d’argent à l’hôpital.
– Lundi j’ai regardé un reportage sur tous ceux qui ne gagnent pas suffisamment leur vie pour se loger. J’ai vu un cuisinier de 35 ans vivant dans 9m2 loin de son épouse, car on ne vit pas à 2 dans un 9m2, j’ai vu une fonctionnaire de la ville de Paris à la rue, des retraités installés dans un sous-sol où jamais n’entre le soleil, j’ai vu des ouvriers dans des caravanes insalubres plantés sur un terrain vague. Il n’y a pas d’argent pour le logement social.
– Hier soir, c’était les Infiltrés. J’ai vu une maison de retraite qui ressemblait à un mouroir, tenue par un personnel épuisé qui rudoyait les pensionnaires. Et j’ai entendu dans le débat qui a suivi que 70% des maisons de retraite en France étaient dans cet état là. Il n’y a pas d’argent pour les maisons de retraite.
– Depuis plusieurs jours, la presse nous livre le récit glaçant des suicides en prison, le sinistre compteur des victimes semble devenu fou. Il n’y a pas d’argent pour les prisons.
– J’ai aussi entendu les enseignants en colère et je sais qu’il n’y a pas d’argent non plus à l’école ou pas suffisamment.
– Mais j’oubliais, dans l’émission sur le logement, j’ai vu aussi fleurir les annonces scandaleuses qui proposent à des étudiantes sans moyen un studio contre des services inavouables. Il n’y a pas d’argent pour les universités. 

Tout ceci est bien curieux. On m’avait dit que je vivais dans un pays riche. Est-ce vraiment un pays riche qui n’a d’argent ni pour sa justice, ni pour ses hôpitaux, ni pour ses maisons de retraite, ni pour ses écoles, ni pour ses universités ? Est-ce vraiment une démocratie que ce pays-là ? En même temps je songe à nos jolies ministres en robes de bal, au train de vie des hauts fonctionnaires, des politiques, de l’Etat et je me souviens de ce que m’avait dit il y a longtemps déjà un homme bien lucide : « vous savez Aliocha, la France est une monarchie qui, lorsqu’elle se prend pour une démocratie, n’est plus alors qu’une république bananière ». 

Bonne chance aux juges dans leur combat.

Une journaliste en colère.

22/10/2008

Les Infiltrés, c’est ce soir…

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 16:59

Le premier numéro de l’émission de David Pujadas, Les Inflitrés, sera diffusé ce soir à 22h35 sur France 2. Le thème ? La maltraitance dans les maisons de retraite. Une journaliste s’est infiltrée pendant plusieurs semaines dans une maison de retraite publique en se faisant passer pour une stagiaire et a filmé en caméra cachée. Le reportage dure 45 minutes, il sera suivi d’un débat. Pour ceux qui auraient loupé la polémique, le fait que le concept de l’émission s’appuie sur la technique de l’infiltration, c’est-à-dire la dissimulation par le journaliste de sa véritable qualité, et que le reportage soit entièrement réalisé en caméra caché a délenché l’ire d’une partie de la presse. Vous pouvez lire notamment à ce sujet les nombreux articles de Jean-Michel Aphatie qui fait partie des plus violents opposants à l’émission.  La question est : peut-on recourir à n’importe quel moyen pour aller chercher l’information ?  Lorsque nous en avons discuté sur ce blog, les avis étaient clairement répartis entre les journalistes, méfiants, et les non-journalistes qui semblaient considérer en majorité que tout allait dépendre de la qualité de l’émission. Après mûre réflexion, je me range à cette opinion que je juge finalement pleine de sagesse. Attendons de voir, ensuite nous jugerons. A vos postes, donc !

Les banquiers sont timides, c’est connu !

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:21

Jean-Michel Aphatie raconte ce matin sur son blog les difficultés qu’il a rencontrées pour obtenir une interview de Baudoin Prot, le directeur général de BNP Paribas. Et il avance cette tentative d’explication : « Si la prise de parole publique fait partie de l’ordinaire du travail d’un responsable politique, il n’en va pas de même pour un dirigeant d’entreprise. La parole est plus rare, sans doute parce que fondamentalement moins nécessaire pour quelqu’un qui ne représente qu’une entreprise, contrairement au responsable politique dont la fonction tend à l’universalité ». Jean-Michel Aphatie aurait sans doute beaucoup à m’apprendre sur le métier de journaliste, sur les politiques et sur bien des choses encore. Mais là, son observation m’arrache un sourire amusé. Et je gage que nombre de mes confrères de la presse économique auront envie de se taper sur les cuisses en découvrant que les patrons de banque sont aussi farouches !

Allons, soyons sérieux 5 minutes. La banque vit dans le secret, c’est ainsi, le secret lui est consubstantiel, c’est à la fois un devoir professionnel, un goût et une culture ancestrale. C’est aussi une affaire de pouvoir. Que se passe-t-il depuis une semaine ? Les dirigeants de l’Union se sont réunis pour sauver les banques. Le normalisateur comptable international a modifié le traitement des portefeuilles d’instruments financiers rien que pour leur faire plaisir. L’autorité des marchés financiers est venue leur donner un coup de pouce pour la publication de leurs prochains trimestriels. Les grands gourous de la comptabilité mondiale ont ensuite annoncé qu’ils allaient se rapprocher de leurs collègues américains toujours pour voler au secours du système bancaire, Bercy a allongé 10,5 milliards d’euros histoire de leur rendre le sourire. Timides les banquiers ? Lobbyistes surtout. Or, un lobbying efficace n’est concevable que dans la plus extrême discrétion. Surtout quand il intervient à la suite d’événements qui ne plaident pas en faveur de ceux qui appellent les politiques à l’aide. Non, les banquiers ne sont pas timides. Ils traversent juste l’une des pires périodes de leur histoire, ils crèvent de peur et sont en train de peser de tout leur poids sur les gouvernements pour qu’on sauve leur peau. Dans un tel contexte, l’idée d’affronter les questions d’un journaliste leur parait aussi attractive que de se promener nus à midi sur les Champs Elysées. Il faut croire que finalement l’exercice a été jugé opportun puisque l’interview a eu lieu. Il est vrai qu’un petit coup de langue de bois, ça ne coûte rien et ça peut même rapporter beaucoup si l’on parvient à donner l’illusion de la transparence…

Page suivante »

Propulsé par WordPress.com.