La Plume d'Aliocha

27/09/2008

Les talons aiguille de Rachida

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 17:08

Puisque je vous ai promis la transparence, je vous emmène avec moi en conférence de presse. Nous allons à la Chancellerie pour la présentation du projet de budget de la justice. Prenez un carnet, vérifiez que votre stylo marche, c’est parti !  

C’est vendredi après-midi, il est 16 heures, nous voici au Ministère, avouez qu’il est beau cet hôtel particulier de la Place Vendôme. Sur la gauche sous le porche, l’exercice obligatoire de présentation de la carte de presse. Le garde, sympathique, note les noms et les heures d’arrivée ainsi que le journal qui nous envoie.  Passons le portillon de sécurité, c’est à gauche, juste là. Joli n’est-ce pas l’escalier qui mène aux salons de réception ?  Une poignée de mes confrères est déjà là. Le journaliste du Point bavarde avec le directeur de la communication, deux ou trois autres commentent l’actualité, une star de la presse écrite dont le nom m’échappe s’ennuie, debout dans un coin. On vient de nous remettre le dossier de presse. Je choisis une chaise et me plonge dans la chose. D’abord, le communiqué avec les chiffres : 6,6 milliards, c’est 177 millions de plus que l’an dernier. Pas énorme, il est vrai que la période n’est guère favorable à l’augmentation de la dépense publique. Les priorités pour l’an prochain ? La récidive, la carte judiciaire, la délinquance des mineurs, l’indemnisation des victimes. Bon. Deuxième document, en couleur, l’allocation du budget poste par poste, le tout agrémenté de quelques jolies images de tribunaux. Ah! qu’elle est belle notre justice vue des services de communication du ministère. Troisième document, le discours que va prononcer la ministre devant nous d’ici quelques minutes. J’écoute sans en avoir l’air les discussions à côté de moi. Un de mes confrères interpelle le dir’com par son prénom : « alors Guillaume, y’a quoi dans le budget cette année » ? « Tu verras », répond celui-ci aussi souriant qu’elliptique. 

La conférence de presse, donc…..

Le crépitement des appareils photos annonce l’arrivée de Rachida Dati. Impossible de la voir, elle est masquée par un troupeau de photographes qui se contorsionnent et se marchent dessus. La ministre plaisante : « vous savez, je serai pareille dans une demie-heure ». « Tiens » me dis-je, « elle est plus détendue qu’à l’ordinaire ». Aucun d’entre nous ne se lève à son arrivée, c’est une coutume dans la presse que de rester assis, la marque de notre neutralité, nous n’applaudissons pas non plus, pour la même raison.  Au fait, vous êtes prêts, c’est le moment de sortir le carnet et le crayon, le travail commence. Son sourire est de bonne augure, je me dis que l’exercice cette année sera peut-être moins ennuyeux que l’an dernier, qu’elle a pris un peu d’assurance et de bouteille. Las, dès les premiers mots, ses traits se figent et je devine à son ton monocorde que le discours sera lu sans passion et sans rien changer du début jusqu’à la fin. Un de mes copains se penche vers moi, « tu sais, on m’a confirmé ce matin le nom du père, c’est X ». En fait, il s’en fiche à peu près autant que moi, il n’appartient pas à la presse people, c’est juste qu’on s’ennuie, alors on bavarde. Je la détaille tandis qu’elle poursuit la lecture de son intervention : pantalon de cuir noir, pull Lacoste noir et des chaussures, mes amis si vous saviez, des chaussures dites à « plateforme », c’est-à-dire affublées d’une semelle de 3 centimètres et de talons aiguille, à vue de nez, d’au moins dix centimètres mais ça pourrait être douze, le bas de son pantalon m’empêche de me rendre bien compte. Je salue intérieurement la performance, elle a conservé la ligne, mes lectrices seront d’accord avec moi : il faut être drôlement mince pour porter un pantalon de cuir, a fortiori quand on est enceinte…..Une légère inflexion dans le ton du discours me tire de mes méditations, tiens, elle sort un peu de l’écrit pour appuyer la nécessité de créer des pôles familiaux dans les tribunaux qui éviteront que les dossiers soient morcelés, cloisonnés entre plusieurs juges. Elle a l’air d’accord avec celui qui lui a écrit son texte.

Silence pesant.

En 15 minutes, la présentation est achevée. C’est le moment des questions. Un silence lourd s’abat sur la pièce. Toujours difficile la première question, mais là, visiblement ça coince. Enfin une main se lève, l’un de mes confrères veut en savoir plus sur la fermeture anticipée de tribunaux. Elle s’explique brièvement. Le silence retombe. Les conseillers qui l’entourent s’agitent sur leurs chaises, mal à l’aise. Je me penche vers mon copain : « pas terrible l’ambiance ». « Normal me répond-il, elle est tellement froide ».  Un autre main se lève, nouvelle demande de précision, cette fois sur les recrutements. Elle répond par quelques phrases précises qui semblent satisfaire mon confrère.   Troisième question, une journaliste espagnole l’interroge sur le terrorisme basque. Elle commente un peu. Le silence retombe, lourd, désagréable, inhabituel. Une voix au fond de la salle nous indique que la séance est levée puisqu’il n’y a plus de questions. Je quitte la Chancellerie, il est 16h45. Tout ceci ne méritera pas plus qu’un papier succint informant les lecteurs que le budget augmente, que la justice sera le seul ministère à bénéficier de créations d’emplois en 2009, que les priorités sont celles que j’ai évoquées plus haut. J’ai rendu mon papier, rien de ce que je vous décrits ici n’y figure. Mais au fait, qu’en pensez-vous lecteurs ? Aimeriez-vous savoir ce que je vous raconte ici ou pensez-vous plus judicieux que nous nous en tenions à notre habitude de livrer l’information tout simplement ? Votre avis m’intéresse.

Debriefing.

Voyons maintenant ce que vous me diriez en rentrant à la rédaction si vous aviez assisté avec moi à cette conférence de presse. « C’est toujours aussi ennuyeux ce genre d’exercice ? ». Non, heureusement, cela dépend de la personnalité de celui que l’on a en face de nous, de l’intérêt du sujet, de l’actualité plus ou moins chaude. Mais déjà, amis lecteurs, vous vous indignez : « et la situation des prisons, et la réforme de la carte judiciaire, et la loi sur la récidive tant décriée par Eolas, et »…..Oui, je sais tout cela, vous avez raison, il y avait plein de questions à poser. Pourquoi personne ne l’a fait ? 

Tentative d’explication.

Le premier garde des sceaux que j’ai connu s’appelait Jacques Toubon. Il y a eu ensuite Elisabeth Guigou, Marylise Lebranchu, Dominique Perben et enfin Pascal Clément. Tous avaient l’habitude de nous convoquer en conférence de presse plusieurs fois par an. Pour le budget bien sûr, mais aussi à chaque grande réforme. Les journalistes se déplaçaient en nombre, le ministre présentait son projet avec conviction, les questions pleuvaient. Avec Rachida Dati, les choses ne se passent pas du tout ainsi. La première fois que nous l’avons vue, nous journalistes, c’était à son installation, puis il y a eu en septembre 2007 la première conférence sur le budget. Ensuite plus rien jusqu’à aujourd’hui. Ou plutôt si, quelques rencontres informelles avec des journalistes privilégiés dont je ne fais pas partie car je ne copine jamais avec le pouvoir, je tiens trop à mon indépendance de jugement. Et puis surtout, il y a eu les points presse hebdomadaires de son directeur de la communication, Guillaume Didier. Il est bien ce garçon, jeune dynamique, courtois, efficace, précis. Sans rire, c’est un des meilleurs communiquants que je connaisse. En plus, techniquement il a du fond et je le crois honnête intellectuellement. Rien à redire. Seulement voilà, il est si bien que lorsque les journalistes rencontrent la ministre, soit ils n’ont pas de question car on leur a déjà tout expliqué, soit ils préfèrent encore appeler plus tard le dir’com qui est devenu leur copain. Vous commencez à saisir la manoeuvre ? Habile n’est-ce pas ? Tout est fait pour que la ministre n’ait pas à s’expliquer devant la presse ou le moins possible. C’est une première à ma connaissance que l’on confie tant de responsabilités à un directeur de communication. Il y a plusieurs explications possibles. Peut-être que la ministre n’aime pas être sous le feu des questions de la presse. Ou peut-être, comme le pensent certains, qu’elle ne fait que porter la politique décidée directement de l’Elysée. Je n’ai pas de réponse à cette question. Quoiqu’il en soit, cet exemple vous montre l’emprise grandissante de la communication dans notre métier. Elle atteint ici son paroxysme. Jusque là, les pros de la communication briefaient les politiques pour leur expliquer comment se comporter avec les médias. Ils préparaient les rencontres,  réparaient les bévues, entretenaient les relations avec les journalistes, les renseignaient, apportaient des précisions. Ici ce sont eux qui parlent. Autre temps, autres moeurs. Le plus drôle, c’est que les conférences de Guillaume Didier sont très courues et qu’avec lui, les questions fusent.

Un dernier mot. Vous vous demandez sans doute pourquoi j’ai choisi ce titre. Un peu de découragement que je soigne par la dérision….

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55 commentaires »

  1. A 18 heures, toujours pas de commentaires.

    Nous sommes bien d’accord : cela se passe de commentaires.

    Commentaire par Philippe Sandron — 27/09/2008 @ 18:01

  2.  » Les journalistes se déplaçaient en nombre, le ministre présentait son projet avec conviction, les questions pleuvaient.  »

    Honnêtement, Aliocha, je pense que si côté journalistes, les choses vous semblaient alors plus stimulantes, côté lecteurs de la presse ou auditeurs de radio ou téléspectateurs, ces conférences de presse avec des ministres  » convaincus  » intéressaient très peu.

    Aliocha : il n’est pas question ici de plaisir personnel du journaliste mais de correction de l’exercice. Un ministre prépare un projet de réforme, l’explique et le défend devant les journalistes de la même façon qu’il le fera plus tard devant le Parlement, il est dans son rôle, nous sommes dans le nôtre.

    Ainsi, je pense que les choses sont plus claires façon RD s’en remettant à son Directeur de la Communication…pour la communication de son action et de son ministère.

    Aliocha : Comme Eolas, je vous répondrai que le bon sens mène ici à l’erreur de raisonnement. La communication avec la presse doit être le fait du responsable de communication dites-vous ? Non. Cela équivaut à confondre l’auteur du discours avec l’habilleur, le facilitateur du discours. C’est profondément choquant.

    Je pense que les ministres précédents que vous citez étaient eux aussi dans un exercice de conférence de presse qui restait avant tout un exercice de communication.

    Aliocha : En effet. Dès que vous ouvrez la bouche vous entrez dans un processus de communication, l’intérêt des ministres précédents, c’est qu’ils nous parlaient en direct au lieu de se réfugier derrière leur conseiller en relation presse. Si la différence ne vous apparaît pas…..J’ai adopté un ton volontairement neutre, mais ce que je vous décris correspond à une évolution très dangereuse, au surplus, pour qui sait lire entre les lignes, cela éclaire sur le poids de cette ministre dans le gouvernement

    Je crois également que ce type de réunion tout en connivences entre journalistes et politiques a atteint ses limites, et qu’il a eu pour conséquence d’accentuer la défiance de la société envers les politiques et les journalistes.

    Aliocha : Sur ce point aussi, la ministre a atteint le top en convoquant une poignée de femmes journalistes pour leur parler de sa grossesse, ce qui a donné lieu au dossier du Point que j’évoque dans un précédent billet. Mais j’ai l’impression qu’avec vous, plus c’est gros, moins ça vous choque

    Quoi qu’on pense de Rachida Dati, l’action qu’elle mène, ou qu’elle porte pour Nicolas Sarkozy, a eu au moins le mérite de faire que les questions de justice intéressent plus qu’auparavant.

    Aliocha : Parce que vous les découvrez seulement maintenant.

    Mais pour l’information, quand le sujet du droit et de la justice nous intéressent, nous lisons, par exemple, le blog d’Eolas.

    Et quand nous nous intéressons subjectivement et d’une façon littéraire à ce personnage curieux qu’est un magistrat, nous lisons Philippe Bilger.

    Aliocha : Heureusement que vous le dîtes, je vais prévenir mes confrères spécialisés dans la justice de changer de sujet, leur tâche est terminée. Fini, les compte-rendus de procès dans la presse, fini les analyses de réforme, fini les papiers dénonçant l’état des prisons, encore fini ceux qui parlent de l’état de la justice en France, Bilger et Eolas s’occupent de tout. Un petite question néanmoins me taraude, de quoi vont-ils parler s’ils ne disposent plus d’informations ? Ah, j’ai trouvé, ils s’alimenteront eux aussi à la direction de la communication du ministère, c’est ça ? Génial.

    Commentaire par Véronique — 27/09/2008 @ 18:25

  3. Le récit fait ici m’interesse au moins autant si ce n’est plus que le résumé de la rencontre, parce qu’il rend compte de certains comportements ou informations qui n’apparaissent pas dans les images ou articles des média.

    Un exemple ici, le service de communication « protège » la ministre.

    Mon avis.

    Commentaire par Vitrolaid — 27/09/2008 @ 18:54

  4. Pour répondre à la question : l’approche de l’information est-elle aussi digne d’intérêt que son contenu?

    Oui à mon avis.
    D’une part car cela rend l’information plus familière et attractive, c’est comme les anecdotes que rapporte un proche « initié », elles sont amusantes voir enrichissantes.
    Par exemple comment un certain ministre a esquivé une question fâcheuse en alertant un cameraman de Capa qu’il risque de chuter en montant l’escalier en marche-arrière. S’en est une parmi tant d’autre, connaître l’information vaut parfois peu quand on ne sait pas comment elle a été obtenue.

    On peut ici rapprocher cela à l’exercice d’historien d’analyse de texte.
    Le texte est intéressant, mais sans contexte et connaissances sur l’auteur il risque d’être déformé, on peut avoir le même sentiment avec l’actualité, l’écarter me paraît bénéfique
    Cela donne un recul supplémentaire au lecteur avec cette espèce de mise en abîme. On observe celui qui nous relate ce qu’il observe.
    On a l’impression de pouvoir savoir donc si son rapport est biaisé ou non. On a l’impression de se forger un vrai avis personnel et d’être rodé aux coulisses.

    Commentaire par Baguette — 27/09/2008 @ 20:08

  5. Quand j’ai lu le titre de ce nouveau billet, j’ai cru que vous alliez faire allusion à cet incident de la « garden-party de l’Elysée », où certains journalistes ont prétendu que Rachida Dati était ivre… C’est vrai que quand on la voit titubante, accrochée au bras de Bernard Laporte, sous le regard courroucé du Maire de Toulon, on peut se poser des questions :

    http://www.betapolitique.fr/Rachida-Dati-et-Bernard-Laporte-08821.html

    Mais une explication a été aussitôt apportée… Le coupable était « les talons aiguille », qui l’empêchaient de marcher dans l’herbe… Je n’ai pu vérifier si les autres invitées féminines étaient en baskets… Et vous ? Car je ne doute pas que vous faisiez partie de ce gratin 🙂

    Commentaire par ramses — 27/09/2008 @ 20:38

  6. Pour répondre à votre question, aliocha, je trouve extrêmement intéressante votre façon de raconter cette conférence, sans même, ou à peine, aborder le fond.

    Le fond, c’est du banal, c’est du déjà vu, déjà lu, c’est de la com’. Je lirai certainement par conscience professionnelle, et avec ennui, les quelques articles qui rapporteront du fond.

    Mais la forme, comme disait je ne sais plus qui, c’est du fond qui remonte à la surface, et cette « forme » là que vous décrivez dérive à la surface du fond comme une belle nappe de pétrole sur la méditerrannée.

    La disparition de l’autorité derrière la communication, c’est intéressant.

    Le silence des journalistes, entre le silence de ceux qui n’ont rien à dire, et ceux qui savent parfaitement ce qu’on va leur répondre, est intéressant. Que dire ou que demander à celui qui ne veut pas entendre ? D’un autre côté, que répondre à ceux qui savent déjà ce que vous allez dire ?

    D’un certain point de vue, cette scène telle que vous la décrivez a au moins le mérite de l’honnêteté. Le garde des sceaux n’est même plus la façade de son équipe d’experts ès com’. Elle n’en est plus que la vitrine. Elle est devenue tout à fait transparente. Elle ne sert plus qu’à les mettre en valeur, elle ne sert plus qu’à les justifier.

    Mais quel est, au fond, le problème posé par les communiquants ? Leur prise de pouvoir ? La question de leur légitimité ?

    Je hasarde une réponse.

    Le problème posé par les communicants, c’est qu’ils existent. Le problème, c’est la naissance d’une expertise de la communication. D’une technique de communication.

    Il faut reconnaitre que cette seule idée est déjà bizarre.

    Au fond, j’aimerais que vous répondiez à ces questions que je me pose depuis un moment :

    Peut-on réellement parler d’une expertise en matière de communication ? Est-ce que cela a un sens ? La communication est-elle réellement une technique qui s’enseigne ? Y a t-il un b-a-ba de la communication ?

    Si la réponse est oui, alors il n’est guère étonnant que cette nouvelle discipline ait trouvé ses spécialistes, ses outils, son alphabet, ses élèves, et son marché.

    Mais je me demande si le journalisme n’est pas aujourd’hui la victime d’un système qu’il a contribué a créer, en créant lui-même sa propre technique. Je m’explique.

    Dès lors que des écoles de journalisme ont pu être créées, je suppose que cela signifie qu’une certaine technique du journalisme s’enseigne. Dès lors que l’on peut apprendre la technique du journaliste, alors tout le monde peut l’apprendre. Soit pour devenir journaliste. Soit pour répondre aux journalistes. Pour leur donner le matériau que leur technique pourra rendre désirable, publique, populaire. Pour s’adapter à une demande, ou à un besoin.

    On ne s’adapte qu’à ce qui est prévisible et toute technique ne fait que produire du prévisible.

    C’est ce qui différencie l’art de l’artisanat. L’artiste crée du neuf. L’artisan est un expert en reproduction. Il ne crée pas, il recrée. Son travail peut être excellent, mais il est une technique avant tout prévisible.

    Alors en quelque sorte, la question est la suivante : le journalisme est-il un art ?

    Si oui, les experts en communication ne servent à rien, et logiquement, ils finiront par disparaitre (ou devenir quelque chose d’autre, de plus utile). Dans l’intermédiaire, ils ne desservent pas franchement non plus. Ils fournissent un autre genre de matériau, avec lequel il faut faire du neuf. Si non, si le journalisme est une technique, alors les experts en communication sont simplement de nouveaux intermédiaires, qui vous facilitent le travail, car ils parlent le même langage que vous, mais pour mieux vous l’ôter des mains. Car au final, techniciens contre techniciens, qui peut prédire lesquels survivront ?

    Aliocha : Chère Fantômette vous posez des questions aussi justes que passionnantes.
    – La disparition de l’autorité derrière la communication ? Inquiétant, mais c’est le phénomène que j’essaie de dénoncer depuis longtemps sans arriver vraiment à faire comprendre à quel point la communication et le marketing sont en train de nous dévorer, peut-être parce qu’ils sont proches d’avoir achevé leur oeuvre.
    – le silence des journalistes est dû en effet à l’idée que c’est inutile de poser des questions dont nous connaissons déjà la réponse ou plutôt l’absence de réponse. La ministre en était gênée elle-même, dévorée qu’elle était par le système qu’elle avait mis en place. Allez voir les vidéos de la conférence sur le site du ministère, c’est édifiant. Cela étant, nous avons tort de nous taire. C’est un gros défaut des journalistes français, nous renonçons au lieu de faire voler le système en éclat. Nous aurions dû avoir le courage de la mettre face à ses responsabilités.
    – Oui la communication est une technique, oui elle est enseignée. En soi, ce n’est pas mauvais. Beaucoup de gens ont des difficultés à exprimer leur pensée, à la mettre en forme et à la communiquer à l’extérieur, apprendre à le faire est sain. C’est quand la communication sombre dans la manipulation qu’il y a un problème. Vous avez sans doute vu fleurir ces derniers temps des tas d’ouvrage proposant sans pudeur d’apprendre à manipuler son interlocuteur. Nous en sommes là. Et les journalistes sont en première ligne sur ce front.
    – Oui le journalisme est en partie responsable du développement de la communication, son pouvoir réel ou supposé a suscité le besoin de l’apprivoiser pour le contrôler.
    – Je ne pense pas que le journalisme soit un art, car un art suppose de dépasser la technique pour entrer dans un processus de création pure, or la création nous est interdite par principe, nous devons nous en tenir à la réalité.

    Commentaire par Fantômette — 27/09/2008 @ 20:52

  7. Fantômette,

    Sans répondre directement à votre question, je dirais que « l’art de la communication » est celui de bien maîtriser la psychologie sociale :
    ça s’apprend, il y a des techniques et personne n’en est à l’abri.

    Je vous suggérerais (ainsi qu’à toute personne un peu curieuse) la lecture du « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens », de Robert Vincent Joule et Jean Léon Beauvois, ré-édité aux PUG (Presses Universitaires de Grenoble) (ISBN 2-7061-1044-9), très facile à lire et déjà très impressionnant sur nos comportements.
    Pour celle et ceux qui voudraient aller plus loin, la « bible » en la matière est « Influence et manipulation » de Robert Cialdini, ré-édité par First Edition (ISBN 2-87691-874-9), un peu plus ardu à mon avis.

    Ce n’est pas tant les hypothèses émises qui sont intéressantes que les preuves apportées de manière rigoureuses.

    À noter que vous en usez probablement énormément dans votre profession (oui, je suis aussi un transfuge -pervers, car je changeai de pseudonyme- du journal d’un avocat 🙂 ), sans peut-être même le savoir, dans vos plaidoyers ainsi que pour décrypter ceux des autres 😉

    L’art dont vous parlez — hors la plume, quoique une partie en relève aussi… — est plus un concentré de techniques pour lesquelles certaines personnes sont plus douées que d’autres, et ce de manière intuitive. Du moins, il me semble.

    En bon « robot » scientifique, je devrais vous poser la question :

    — Définir « art », s’il vous plaît.

    mais je ne le ferais pas :c’est un autre débat 😛

    PS : ces lectures sont fortement recommandées par les cours de « méthodologie scientifique » dans de plus en plus d’universités et leurs cautions sérieuses.

    Commentaire par furax — 27/09/2008 @ 22:13

  8. Dans ce cadre, la seule vraie info est la manière dont est récoltée l’info dont on nous abreuve (une conférence de presse pour « amuser » la galerie), car en dehors d’une minorité ce genre de chose est ignorée.

    Et n’est-il pas important d’essayer de savoir qu’un ministre (Dati, que Bacchus daigne se pencher sur ses problèmes de com, ou tout autre) ne semble pas fait pour occuper la fonction.

    Commentaire par holocanthe — 27/09/2008 @ 22:18

  9. en tant que journaliste (et aussi lecteur) je crois qu’on ne peut pas faire que raconter les dessossu d’une conférence de presse si le sujet est « le budget 2009 du ministère ».

    Mais je crois qu’il est intéressant d’aborder, uen fois ce sujet passé et en prenant le temps du recul, cette question de la com’ et votre analayse de la communication de dati pourrait très bien trouver sa place tel quel dans un quotidien ou un hebdo, c’est très intéressant en tout cas. Les lecteurs attendent aussi, je pense, de la mise en perspective!

    Commentaire par le chafouin — 28/09/2008 @ 00:03

  10. quelques remarques rapides:

    1/la conférence de presse vise à communiquer des informations précises selon un certain angle et ne pas en aborder d’autres et c’est un discours politique qui vise à avoir un effet politique

    2/ le rôle des « experts en com' » est de maîtriser, border cette transmission d’info

    3/ Aller en conférence de presse devient partiellement/totalement inutile si la communication est trop bien « bordée » (surtout pour un sujet comme un budget et si les discours sont disponibles rapidement)

    4/ pour les journalistes c’est un exercice particulier de trouver les bonnes questions: trop technique, et « le conférencier » ne peut répondre (le journaliste est renvoyé vers le cabinet/services ministériels) ; si la question est trop insidieuse, le « conférencier » monte sur ses grands chevaux et le journaliste renvoyé dans ses 22 (e.g. JC à PPDA « votre question est insolente »).

    5/ un bon papier d’après conf’ (à mon humble avis) doit être critique, c’est à dire en dépassant a) le cadre définit (par qui que ce soit) et b) l’aspect »politicard ». Ce qui ajoute la difficulté de pondre un papier critique dans un délai restreint. Ou alors deux papiers à un ou 2 jours d’intervale.

    6/ la conf de presse (institutionnelle) offre néanmoins des avantages : rencontrer les collègues, les proches du conférencier (voir le ministre him/herself), boireu un (minimum) coup (manger un peu parfois) et …sortir du bureau (parfois c’est même un prétexte pour avoir du temps libre)

    Commentaire par Eaque — 28/09/2008 @ 11:31

  11. @ Furax

    Déjà lu, pour le premier.

    Je ne pense pas que l’on puisse assimiler communication et manipulation.

    Il est très intéressant de voir que dans votre esprit, les deux semblent se confondre. Ou, qu’à tout le moins, l’une appelle automatiquement l’autre. Tout se passe comme si, dans le cadre d’une communication, vous voyez automatiquement poindre le rapport de force. Il ne s’agit déjà plus de communiquer, mais de manipuler, de parvenir à ses fins.

    A vrai dire, le titre de l’ouvrage auquel vous faites référence était un peu provocateur. Derrière le terme « manipulation » se cache l’idée que le manipulateur parvient à ses fins en utilisant contre son gré le manipulé, qui lui cède, sans l’avoir vraiment voulu, ou sans savoir vraiment qu’il lui cède, en dépit de lui-même ou de ce qu’il aurait décidé s’il n’avait pas été la victime de cette technique.

    En réalité, les expériences de psychologie sociale décrites dans le livre apprennent à convaincre, ou à persuader, plus qu’à « manipuler ». Elles donnent également quelques outils de compréhension, pour mieux se connaître soi-même, savoir à quel moment de quelle stratégie nous devons nous méfier de nos propres réflexes ou agacements, à quel moment, au contraire, ces derniers sont des guides relativement fiables.

    Aucune de ces techniques, pour autant que je m’en souvienne, ne prive leur « victime » de sa liberté ou de son autodétermination, ce qui suffit à mon sens à invalider le fait qu’il s’agisse de techniques manipulatoires.

    Les assimiler à des techniques de communication me semble également impossible. Encore une fois, il ne s’agit pas de communiquer, mais de parvenir à ses fins. La communication est l’un des instruments, peut-être essentiel, pour parvenir à ses fins, mais ce n’est pas l’unique. Et par ailleurs, elle ne se résume pas qu’à cela.

    (En fait je n’aime pas beaucoup le mot « communication », dans ce contexte. J’ai du l’employer une dizaine de fois dans ce post et le précédent, et à chaque fois il m’écorche le bout des doigts. Communication communication communiquant com’ com’. Beurk.)

    Alors d’accord, dans ce billet, il n’est effectivement question que d’une communication utilitaire. La chancellerie vend sa soupe. Bon. Quel est son objectif ? Convaincre ? Même pas. Son seul objectif est de communiquer, c’est-à-dire, d’envoyer un message, et puis c’est tout. A peine se posera t-elle la question de savoir comment ce message est reçu, du moment qu’il l’a été.

    La communication, dans ce contexte, c’est le degré zéro de la relation. C’est pour ça que la forme décrite par le billet m’a beaucoup intéressée. C’est que la forme révèle très précisément cela : la communication, c’est le degré zéro de la relation.

    Ne pas dévoiler cette forme, c’est réduire la communication à sa technique. La dévoiler, c’est dénoncer la communication qui ne se résume qu’à sa technique.

    Commentaire par Fantômette — 28/09/2008 @ 11:34

  12. Bonjour aliocha,

    Ma réponse à Furax a croisé la vôtre, mais il se trouve qu’elle répond, me semble t-il à une partie de celle-ci.

    Juste un mot. Quelqu’un m’a un jour donné un conseil très juste, qui m’aide parfois à reprendre pied en plaidoirie : quand tu ne sais plus quoi dire, dis-le.

    Je ne le fais pas tel quel, en disant que je ne sais plus, ou pas, quoi dire. En fait, ça m’aide à m’extraire d’une difficulté, imprévue, ou mal anticipée, pour la voir de l’extérieure, et envisager de l’attaquer par un autre biais.

    Etait-ce Camus, ou René Char, qui disait : faire un pas de côté, et regarder les choses de profil ?

    SE dire – sinon l’avouer à haute voix – que l’on ne sait pas quoi dire permet précisément cela. A mon sens, hein, je ne veux pas faire de ce qui fonctionne pour moi des expériences universelles.

    Ici, ça aurait été amusant de le faire (j’ignore si cela aurait pu apparaître comme une question totalement hors de propos, je ne dis pas qu’il fallait le faire, je me dis juste que j’aurais aimé savoir qui aurait réagi à cette question et comment).

    Aliocha : C’est juste, sauf qu’ici on s’exposerait à une répartie cinglante. Les politiques n’ont pas toujours quelque chose à dire, mais croyez-moi, dans le rapport de force, ils sont champions. Un journaliste qui aurait dit : « on ne sait même pas quoi vous demander tellement cette conférence est cruese », se serait vu rétorquer « dans ce cas, taisez-vous !  » ou bien « de quoi vous plaignez-vous, c’est que vous avez tout compris »sur fond de ricanement général. Avantage : la ministre

    Commentaire par Fantômette — 28/09/2008 @ 11:53

  13. @ Aliocha

     » Ah, j’ai trouvé, ils s’alimenteront eux aussi à la direction de la communication du ministère, c’est ça ? Génial. »

    Euh… ben…, pour ce qui est d’Eolas et de Philippe Bilger, je ne pense pas que ce soit le genre de l’un et à l’autre de converser, de faire dans le copain-copain, bref se la jouer intime avec le jeune Guillaume pour être informés des actions du ministère. Quand bien même M. Didier serait un garçon  » dynamique, courtois, efficace, précis « .

    Aliocha : Dans ce cas, ils ont encore besoin de nous.

    Commentaire par Véronique — 28/09/2008 @ 12:12

  14. En plus, Aliocha, imaginez une seconde le Gascogne de chez Eolas partageant les petits-déjeuners presse du ministère !

    A mourir de rire, non ?

    C’est Augustissime qu’il faudrait envoyer aux
    petit-déjeuners du Guillaume !

    Vous ne pensez pas ?

    Aliocha : Augustissime ferait un admirable journaliste, qui sait même si à lui tout seul, il ne serait pas capable de rendre dingues les services de communication… 😉

    Commentaire par Véronique — 28/09/2008 @ 12:19

  15. Merci, Aliocha. Merci d’éclairer les choses comme ça.

    Commentaire par Anna — 28/09/2008 @ 14:37

  16. Bonjour Aliocha
    finalement ici les journalistes viennent simplement se faire enregistrer pour auto-entretenir l’illusion de la nécessité professionnelle à revenir la prochaine fois.

    les questions finalement importantes sont :
    – y a buffet ensuite ? ce qui pourrait alors être une cause principale de la fréquentation assidue à un endroit où rien d’autre ne se passera 😀 )

    Aliocha : Non, pas de buffet, les seuls buffets que je connaisse à la Chancellerie sont en janvier lors des voeux à la presse.

    – Poser une question peut elle conduire à la suppression de votre accréditation sans explications, ni recours ?

    Aliocha : Non, heureusement. Tout est fait en revanche pour éviter au maximum les questions qui dérangent. Nous sommes dans le registre de la séduction, des relations entre gens de bonne compagnie. Ce qui n’empêche pas ensuite les journalistes de faire des articles critiques, mais la critique ne s’exerce pas de façon franche et virile en conférence de presse, c’est un jeu plus subtile.

    – Ou au contraire n’importe quel journaliste encarté peut simplement venir ?

    Aliocha : oui, tout journaliste peut venir.

    – A la sortie, il est aussi pointé votre heure de départ, comme cela est pratiqué à l’arrivée ? 😛

    Aliocha : Non. Le pointage me semble plus lié à des questions de sécurité et d’organisation qu’autre chose. N’importe qui se présentant dans un ministère doit justifier de son identité.

    – Risquiez vous une punition si vous étiez parti avant la cloche ? 😛 (pour plagier Eolas : « Que des millions de gilets en Kevlar, me protègent des mauvaises pensées de certains, la cloche n’est là qu’un supposé son issu d’un idiophone » )

    Aliocha : Non, on entre et on sort quand on veut. C’est un des privilèges du métier qui peut nous rendre facilement impolis si on n’y prend garde.

    – Ces informations sont elles enregistrée dans un fichier déclaré à la CNIL et la loi de 78 vous autorise t’elle un accès non restreint ? 😉

    Aliocha : Vous pensez à Edwige 😉 ?

    merci de votre billet, mais c’est finalement consternant pour ce type de journalisme, et c’est peut etre aussi ce genre d’attitude plus que molle des pros qui pour partie n’incite pas/plus à acheter finalement de la presse.

    Aliocha : nous avons tous été pris de court, d’ailleurs peu de journalistes s’étaient déplacés. Pensez-donc, la vidéo est en ligne, le discours et les documents aussi. Cela étant, j’ai déjà vu des actes de rébellion en conférence de presse, mais c’est encore trop rare. Je ne nie pas que nous ayons notre part de responsabilité, mais j’aimerais aussi que les lecteurs comprennent à quel point on s’emploie à nous manipuler. Au fond, je pense que sans aller jusqu’à raconter tout ce que j’explique dans ce billet, il faudrait que nous ajoutions quelques notes d’ambiance pour renseigner le lecteur. Le problème, c’est qu’il n’est pas d’usage de mêler les coulisses du métier à l’information.

    prochaine étape : les « Dircom » institutionnels avec délégation de signature de la tutelle, délégation parue au JO, le dircom imposé aux bouclages et donnant le BAT des pages qui concernent leur « charge » ?

    Aliocha : Ne riez pas, si vous saviez à quel point on s’en rapproche. Mais c’est plus insidieux et donc plus difficile à combattre.

    longue vie à votre blog

    Commentaire par draftbold — 28/09/2008 @ 14:37

  17. « Je ne pense pas que l’on puisse assimiler communication et manipulation. »

    « Aucune de ces techniques, pour autant que je m’en souvienne, ne prive leur “victime” de sa liberté ou de son autodétermination, ce qui suffit à mon sens à invalider le fait qu’il s’agisse de techniques manipulatoires. »

    « (En fait je n’aime pas beaucoup le mot “communication”, dans ce contexte. J’ai du l’employer une dizaine de fois dans ce post et le précédent, et à chaque fois il m’écorche le bout des doigts. Communication communication communiquant com’ com’. Beurk.) »

    Des remarques :

    1- Il serait bon de définir précisément le sens que vous donnez au mot communication. Il m’apparait difficile de faire passer une information autrement que par la séduction de celui qui doit la recevoir. Même dans les milieux professionnels, nous écrivons quelques salutations avant de faire apparaitre une information. Sans séduction, pas d’écoute ou de lecture (voire si l’interlocuteur est susceptible, cela peut porter tord à l’ambiance de travail). Ergo, toute tentative de communication est une entreprise de séduction, donc de manipulation.

    2- De toutes les techniques de manipulations, seul la torture nous prive de notre libre arbitre. La manipulation repose sur le fait de vous faire changer d’avis, pas sur celui de vous faire « craquer » ou de vous « laver le cerveaux » (pour ces deux dernières, il faut affaiblir le corps avant tout). Les escrocs sont souvent d’excellents communicants.

    3- la troisième citation est la pour appuyer ma première demande.

    Petit rappel : avant de s’appeler communication, cet exercice c’est appelé publicité, réclame et encore avant propagande.

    Mon avis.

    Commentaire par Vitrolaid — 28/09/2008 @ 15:12

  18. Bonjour Aliocha,

    Merci pour cet article très intéressant sur les coulisses.

    Comme vous, je suis un lecteur assidu du « Journal d’un avocat » d’Eolas.
    Aussi me suis-je posé la question suivante: quelles auraient été les questions posées par Me Eolas s’il avait été journaliste présent à cette conférence de presse?

    Comme ni vous ni moi n’avons la réponse (mais quel plaisir d’imaginer la scène), je vous pose la question suivante: si, avec l’aide de Me Eolas par exemple, vous aviez préparé une dizaine de questions pointues et « piquantes », auriez-vous pu les poser sans risque à la ministre?

    Aliocha : Oui bien sûr. On peut poser les questions qu’on veut. En tant que journalistes spécialisés, nous passons notre temps à écouter les uns et les autres critiquer (avocats, magistrats, représentants d’associations etc) de sorte que nous avons amplement le bagage nécessaire pour poser de bonnes questions. Encore faut-il que nous ayons en face de nous un vrai interlocuteur….si vous voyez ce que je veux dire.

    Jusqu’à quel point un journaliste peut-il être dérangeant?

    Aliocha : il peut l’être tant qu’il veut, nous sommes fort heureusement en démocratie. Mais il y a plusieurs armes de guerre pour intimider un journaliste. D’abord et avant tout la communication, mais aussi le copinage, ou encore le chantage aux bonnes relations (si on dérange trop, on risque d’être blacklisté. En réalité, c’est faux, au contraire, on finit par se faire respecter, mais il faut essayer pour le savoir). Sans compter le mépris. Lorsqu’un politique ne sait pas ou ne veut pas répondre à une question, il tourne le journaliste en dérision et parie sur l’individualisme de la profession qui lui épargnera une protestation collective. Pari qui, malheureusement, s’avère souvent gagnant.

    Commentaire par Zythom — 28/09/2008 @ 17:10

  19. Chère Aliocha,

    Il y a encore un immense effort à accomplir par la Presse française, pour qu’elle joue vraiment son rôle de « décodeur » aux yeux de l’opinion, comme ça se passe par exemple aux Etats-Unis.

    Chez nos voisins, c’est la « personnalité » (ou son porte-parole) qui est sur le grill, pas le journaliste… Toutes les questions sont autorisées (et ne sont pas « soumises avant »), dans la limite de l’atteinte ad-hominem. Et la « personnalité » n’a pas intérêt à se défiler, sinon son compte est bon dans le compte-rendu du journal.

    On est loin, très très loin de ça, en lisant votre relation de cette conférence de Presse (mais on s’était bien rendu compte que ça se passait comme ça)… Et je m’étonne, si c’est habituel, que les journalistes se dérangent encore pour participer à une telle mascarade…

    Enfin, un compte-rendu intégral remis aux journalistes avant l’intervention, une quasi-absence de questions après, pourquoi vous déranger ? Le compte-rendu est sûrement déja en ligne sur le web avant la fin de l’intervention… Franchement, c’est du temps perdu 🙂

    A moins que l’absence d’untel ou untel puisse être considéré comme un crime de lèse-majesté ? En fait, pas de grands changements depuis Louis XIV…

    Dans les « grandes » conférences de Presse, ce sont les journalistes étrangers qui posent les bonnes questions (souvent approuvées d’un petit sourire par leurs homologues Français, l’air de dire « je vous envie de pouvoir dire ça »)…

    Quand la Presse fait semblant d’être encore en Monarchie, ne vous étonnez pas d’avoir un Monarque comme Chef d’Etat 🙂

    Commentaire par ramses — 28/09/2008 @ 17:13

  20. http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=44958

    @Aliocha : Je souhaiterai connaître vos remarques, avis et commentaires sur cet article, si cela vous agréez.

    A titre personnel, cette analyse ressemble à ce que je pense des problèmes de votre profession (avec quelques nuances peu significatives, les grandes lignes sont la).

    Pour ma part, il ne s’agit que d’un ressenti, du à une vision extérieure de votre profession.

    J’ai particulièrement trouvé pertinent, la mise en exergue du formatage de l’information. C’est exactement ce que je constate à la lecture de titres très différents, au point que les même litotes reviennent sous la plume de journalistes de parutions très diverses (que se soit, sur le fond ou la forme). Vous même dans les titres et par l’emploi de certaines formules avez ce travers (moi aussi d’ailleurs mais plus à l’oral qu’à l’écrit ^^).

    Un exemple récent et flagrant dans la presse anglosaxone, le crac boursier, son image, ses titres : Au dernier recensement, 41 journaux des USA avaient utilisé la même photo et beaucoup le même titre (je n’ai pas lu les articles dans chacun d’entre eux mais gageons que le problème était le même).

    Ici : http://novovision.fr/?Clonage-de-presse

    Je pourrai même étendre mon propos au choix de la personne photographiée : http://bienbienbien.net/2008/09/17/elizabeth-rose-la-debacle-financiere-a-un-visage/

    Mon avis.

    Aliocha : La bonne vieille théorie du complot, ça faisait longtemps ! Tout y est, la stratégie concertée des médias du monde entier pour manipuler la population mondiale, (on dirait un épisode des envahisseurs, c’est rigolo ou bien les Mystères de l’ouest), des références historiques trafiquées pour faire monter la peur, quelques citations ôtées de leur contexte et hop, on y est. S’il y a une manipulation, croyez-moi, elle est dans l’article. Et le plus drôle, c’est Internet qui arrive à la fin comme la solution miracle permettant de restaurer la vérité. Fantastique. Je ne saurais trop vous recommander de vous tourner vers les romanciers, c’est mieux écrit.

    Commentaire par Vitrolaid — 28/09/2008 @ 17:24

  21. Je crois que tout est résumé dans cette phrase : « Elle a l’air d’accord avec celui qui lui a écrit son texte. »
    L’explication que vous développez sur l’emprise de la communication est très intéressante, et je crois qu’elle se vérifie dans un nombre croissant de cas.
    Je pense toutefois que dans cette situation précise l’emprise des communiquants a une autre source : les compétences de la ministre.
    Ce que vous décrivez me rappelle la scène à laquelle ont assisté les magistrats membres de l’USM lors du congrès de ce syndicat en octobre 2007.
    La ministre avait accepté de répondre à des questions de la salle. Après s’être retournée plusieurs fois nerveusement vers ses conseillers assis en rang d’oignon à deux mètres derrière elle et avoir proféré quelques perles, elle a fini par demander au directeur des services judiciaires de venir lui même répondre à une question au micro.
    Nous connaissions alors peu notre ministre. Nous n’avions pas d’a priori et certains, dont je faisais partie, trouvaient plutôt intéressant de voir arriver quelqu’un qui semblait faire preuve d’un certain volontarisme.
    Au moment du congrès, on déchantait nettement depuis quelques semaines, mais je crois que c’est à ce moment là que j’ai compris que nous étions vraiment plus que mal barrés…

    Aliocha : Bonjour Dadouche !
    Ce que vous dites ne me surprend pas, c’est dans cette ambiance que s’était déroulée la première conférence de presse du budget en 2007. Une armée de conseillers sommés de répondre à l’instant aux questions de la presse. Ce qui explique en partie la désaffection de la conférence que je relate ici. Cela étant, à la décharge de la ministre, descendre dans une arène remplie de magistrats aussi turbulents que ceux de l’USM doit être un exercice encore plus impressionnant que de s’adresser à la presse. Je vous taquine.

    Commentaire par Dadouche — 28/09/2008 @ 18:33

  22. @ Aliocha

    « Sur ce point aussi, la ministre a atteint le top en convoquant une poignée de femmes journalistes pour leur parler de sa grossesse, ce qui a donné lieu au dossier du Point que j’évoque dans un précédent billet. » me répondez-vous à mon post 2

    Dans le genre grossesse, enfants etc., Rachida Dati peut totalement se revendiquer dans la tradition de Ségolène Royal posant en couverture de Paris-Match suite à la naissance d’un de ses enfants. C’était il y a peu près…15 ans.

    Commentaire par Véronique — 28/09/2008 @ 19:14

  23. @ vitrolaid

    Décidément, je me sens bien seule à tenter de défendre l’idée d’une communication qui ne serait pas uniquement fonctionnelle.

    Alors, une définition de ce que j’entends par communication. Bon.

    En fait, je ne me pose pas véritablement cette question. Je ne sais pas ce qu’est « la communication ». Précisément, c’est ce que j’essaye de comprendre.

    Mais, si cela peut vous aider à me comprendre, au point de départ de cette discussion, je vois pas pourquoi le terme ne pourrait pas être essentiellement neutre, et renvoyer à l’idée d’une relation qui peut encore, à ce stade, rester indéterminée. Ni nécessairement utile, ni nécessairement fructueuse.

    Vous et moi communiquons, par le biais de ces posts qui se répondent. J’émets une opinion, que je développe. Vous en prenez connaissance et vous en questionnez les termes et définitions. Je vous réponds, vous retourne d’autres questions, etc.

    Cherché-je à vous convaincre ? Cherchez-vous à me manipuler ? A me séduire ?

    Non pour la première question. Je vous laisse le soin de répondre aux deux suivantes.

    Mais mon problème n’est pas tellement de définir ce qu’est réellement (si cela a un sens de le présenter ainsi) la communication.

    Mon problème, c’est de tenter de comprendre.

    Le mot existe. Communication. Je suspecte que sur ces -mettons- quinze ou vingt dernières années s’est produit un sacré glissement sémantique autour de ce concept. Je me demande comment a pu naître l’idée qu’il fallait apprendre à communiquer. Ce n’est pas apprendre à convaincre. Normalement, apprendre à convaincre, je vois à peu près ce que c’est, c’est ce que je tente d’apprendre sur le tas. C’est de la rhétorique, et c’est aussi vieux que le métier que j’exerce (avocat, avant que vous ne vous fassiez des idées).

    Mais aujourd’hui on ne parle pas de rhétorique, on parle de communication.

    Je me demande qui a pu inventer l’idée même qu’il existe « des techniques de communication ». Ou même UNE technique de communication.

    Alors, je reprends l’opinion de Furax, que je tente de comprendre. J’essaye de comprendre « d’où il me parle », comme on dit rive gauche. C’est-à-dire que j’essaye de comprendre à quel moment les définitions que nous donnons aux mots autour desquels s’articulent nos commentaires divergent. Pourquoi elles divergent. Et ce que cela révèle de la façon dont nous concevons le thème abordé.

    Je fais comme on m’a appris en classe de seconde. Je regarde les champs lexicaux. Je regarde les mots employés, les significations qui affleurent, le contexte, les thématiques. Un mot tout seul, ça ne veut jamais dire grand chose. Il ne prend son sens qu’utilisé dans un contexte, un contexte qui le nourrit et le modifie sans cesse. Et c’est cela qui m’intéresse.

    Voilà, c’est tout.

    Par parenthèse, vous pensez sincèrement que la propagande ne nous prive pas de notre libre arbitre ?

    Commentaire par Fantômette — 28/09/2008 @ 19:49

  24. @ Fantômette (& Allicha, bien sûr !)

    Je ne voulais pas faire de polémique. Le terme qui semble avoir « choqué » est « manipulation ». C’est juste un mot de vocabulaire dans le lexique de la psychologie sociale qui n’implique pas obligatoirement de malveillance.

    « Manipuler » les gens et être soi-même manipulé, c’est le simple fait de vivre et communiquer en société. D’ailleurs, sans aucune malice, les enfants y sont extrêmement doués en général.

    Ce qui m’a interpellé, c’est quand Alliocha a parlé de l’ambiance « creuse », sans intérêt et du manque de questions. Et que bien que Madame Dati fût apparemment d’accord avec son texte, elle le lût avec une certaine froideur/distance.

    Le premier point implique que la communication (même si ce ne sont que des faits) a été mal préparée : quand on lit un texte, même factuel, on peut y faire participer son public. Alliocha nous l’a très bien expliqué : certains son « bons » et appelle à la bonne humeur, d’autres le sont moins, voir pas du tout, et réfrènent toute envie de poursuivre plus loin (questions du public).

    De plus, Alliocha décrit cette conférence de presse comme s’il y avait, chez Madame Dati, une dissonance cognitive, comme si il y avait désaccord entre elle et ses dits.

    Reste l’impression que le public aura eu lorsqu’il rédigera son article, ce qui fera fatalement pencher la plume en introduisant encore un niveau d’interprétation (les fait sont généralement commentés).

    Au final, le lecteur aura lui aussi son impression, ce qui fait qu’entre le discours et le lecteur, en toute bonne fois de tous les intervenant, les faits simples auront été passé par le biais d’une succession de prismes, tous plus subjectifs les un que les autres. Sans compter l’effet de biais introduit par le contenu du fameux dossier de presse, qui lui non plus n’est pas « gratuit » : je ne dis pas qu’il est forcement passé par les mains d’un service de communication (mais je le pense), mais que quelqu’un l’a bien réalisé avec une ou plusieurs finalités…

    La bonne fois n’est pas remise en cause, mais un discours public implique de nombreux effets de psychologie sociale, dont les effet certains on été très bien décrits et ne sont pas du tout anodins. C’est tout « l’art » de la communication, surtout quand on connaît les tendances de son public (pour le politique ET pour les journalistes).

    Tout ce que je peux dire c’est qu’avoir une connaissance de la psychologie sociale fait percevoir les choses avec beaucoup plus d’esprit critique, ce qui parfois (plus souvent qu’on ne le pense) permet de se rendre compte des moments où l’on essaye réellement d’abuser, sans risquer de sombrer dans une quelconque paranoïa…

    Commentaire par furax — 28/09/2008 @ 20:11

  25. AHem.

    « et appelleNT », plus quelques esses en prime : « sssssssssss » pour ceux que j’ai oubliés. Désolé.

    Commentaire par furax — 28/09/2008 @ 20:16

  26. Rebonjour Aliocha et merci pour vos réponses (commentaire 18).

    Un point me gène néanmoins:
    « Zythom : Jusqu’à quel point un journaliste peut-il être dérangeant?
    Aliocha : il peut l’être tant qu’il veut, nous sommes fort heureusement en démocratie.[…] »

    Le journaliste est salarié d’un journal appartenant à un patron de presse. S’il pose trop de questions dérangeantes, le politique ne peut-il pas demander au patron propriétaire du journal de placardiser, voire de licencier, le journaliste? (Je subodore que la réponse est oui).

    Aliocha : Théoriquement, on peut faire ce qu’on veut. En pratique, c’est différent. Le problème se situe moins au niveau des questions que de l’article qui est rédigé ensuite. S’il dérange, il y aura forcément des protestations. D’ailleurs, le rôle d’un directeur de rédaction consiste en grande partie à protéger ses journalistes et à gérer ce genre de psychodrames.

    Cela n’influence-t-il pas votre ligne de conduite?

    Aliocha : C’est la source de l’auto-censure.

    Commentaire par Zythom — 28/09/2008 @ 22:47

  27. Après ça dépend du patron de presse.
    Dans la famille Lagardère tel que le rapporte A. Genestar dans son livre « Expulsion », il y a les deux cas de figures.
    Le père semblait apparemment déterminé à ne pas connaître de la teneur du journal avant sa parution et se faisait pour mot d’ordre de défendre sa rédaction quoiqu’il arrive.
    Ici aucun doute sur la liberté de contenu.

    Mais le fils lui n’a pas défendu son journal quand celui-ci a parlé (faut voir pour quelle raison stupide de surcroît) et A. Genestar, directeur et éditorialiste a été limogé.

    Donc en résumé, j’imagine que tout dépend du journal, du patron, voir même des sponsors. (en fait je crois que le rapport entre els trois avait été pas trop mal présenté dans un roman récent à la mode -Millennium je crois-.)
    Non?

    Aliocha : Vous avez d’excellentes lectures 😉 Genestar dans son livre montre très bien le bras de fer entre la presse et les puissants. Millenium dresse un portrait très juste du journalisme et du fonctionnement d’un journal.

    Commentaire par Baguette — 28/09/2008 @ 23:09

  28. « Aimeriez-vous savoir ce que je vous raconte ici ou pensez-vous plus judicieux que nous nous en tenions à notre habitude de livrer l’information tout simplement ? »

    Sans hésiter : les deux : l’information « tout simplement » est le plus important car c’est ce qui risque le plus d’affecter notre vie de tous les jours.
    Néanmoins, savoir comment se comporte les ministres, comment fonctionne une conférence de presse, etc etc… permet, je pense, de mieux comprendre comment l’exercice du pouvoir fonctionne, même si on ne voit là qu’un seul de ses (nombreux) aspects.

    Commentaire par Triskael — 29/09/2008 @ 00:37

  29. A propos d' »information tout simplement », le Président s’est retrouvé affublé de TROIS jambes sur une photo publiée par Paris-Match :

    http://www.lefigaro.fr/medias/2008/09/26/04002-20080926ARTFIG00512-paris-match-affuble-sarkozy-d-une-troisieme-jambe-.php

    Vous me direz qu’il avait déja « six cerveaux bien irrigués », mais quand même, comment distinguer maintenant le virtuel de la réalité, alors que même les photos sont retouchées ?

    Aliocha : Joli ! En principe, comme l’explique l’article, les photos de presse ne doivent pas être rétouchées, ni même, comme me l’a expliqué un directeur artistique, retournées. Un visage peut changer singulièrement s’il est inversé. Quant à la légion d’honneur et autre décoration qui passe de gauche à droite, ça fait le même effet que votre troisième jambe…ridicule pour l’auteur du montage.

    Commentaire par ramses — 29/09/2008 @ 01:17

  30. 12 cm de talons ! Alors qu’elle est enceinte ! Elle est folle, c’est la sciatique assurée…

    Mais trêve de plaisanteries. Pour répondre à votre question, il me semble que la mise en situation que vous faites dans cet article est intéressant, permet de mieux saisir l’ambiance, la personnalité des interlocuteurs. À condition, comme vous le faites d’ailleurs, d’établir un parallèle avec les autres ministères / anciens ministres, sinon ça n’aurait pas beaucoup de sens pour les profanes que nous sommes.
    Ceci-dit, faut-il que ce soit systématique ? Là, je ne pense pas.
    Ça dépend en fait de la proportion d’information et d’articles issus de ces conférences de presse, proportion que je ne connais pas. Le danger serait de tomber dans le tout descriptif, sans analyse de fond. Récemment, un journal a publié un article sur notre président sous forme de roman-photo. Extrêmement choquant et dangereux ! On tombe dans le culte de la personnalité.

    Donc, oui pour nous mettre en situation, à condition que cela ne couvre pas la majorité de l’article et que l’on évite les écueils du « tout sur la forme ». Et surtout, nous faire profiter de votre expérience pour nous expliquer où sont les dérives !

    Commentaire par Xavier (aucun rapport) — 29/09/2008 @ 09:44

  31. Nous sommes en démocratie, c’est assez peu contesté hors les cercles ultra-gauchisants où le poncho en poil de lama tient lieu de smoking.
    Et à mon sens, la démocratie ce n’est pas seulement le suffrage, ni même uniquement la chose politique entendue largement, la démocratie c’est un ensemble de choses qui font que le citoyen est acteur de la vie de la cité.
    L’information en est une part essentielle, car comment peut-on réfléchir à la chose publique si l’on ne sait même pas de quoi on parle n’est-ce pas?
    Cette porte ouverte enfoncée, il me semble -mais ce n’est qu’une impression, comme un vague malaise- que le citoyen, si prompt à s’emplir de dégoût face aux pratiques des journalistes, soutient fort peu les mêmes journalistes. Alors peut-on faire un vrai travail d’investigation lorsque, derrière, les révélations auront toutes les chances de tomber dans le néant, pour ne devenir rien d’autre qu’une lubie de scribouillard?
    Bon, ce n’est qu’un commentaire fait à la va-vite, et j’ai du mal à être clair mais: j’ai la sensation que, d’une façon générale, le citoyen est détaché de la chose publique, qu’il est plein d’exigences contradictoires, et fort peu disponible pour consacrer le temps nécessaire à l’amélioration du système, important sinon indispensable à la viabilité dudit système.
    Qui interroge son député sur la concentration des titres de presse entre quelques mains?
    Les journalistes ne peuvent pas être insolents s’il n’y a personne derrière qui les soutient, la presse ne peut pas être un contre-pouvoir si tout le monde se contrebalance de son indépendance.
    Les journalistes aussi ont une responsabilité, bien sûr, mais en tant que lecteur, en tant que citoyen, nous avons le devoir de ne pas éluder la nôtre.
    C’est un peu hors-sujet, j’admets, mais cette histoire de prise en main de la défense de la politique du gouvernement par les dircom’ m’a fait me poser cette question: qui va se battre pour que ça change? Ou au moins, qui va soutenir ceux qui se battraient pour que ça change?
    Parce qu’après tout, les débats à l’assemblée ressemblent déjà bien souvent à une conférence de presse, et ça ne choque pas grand-monde…

    Aliocha : c’est aussi mon sentiment. Le rachat des Echos n’a suscité que l’indifférence générale, les appels à la mobilisation de Marianne se heurtent à l’indifférence (voir à l’agacement, je me souviens avoir lu un commentaire sur un blog reprochant aux journalistes de ne s’occuper que de leur nombril, un comble!). On dit souvent qu’un pays a la presse qu’il mérite, je crains que ce ne soit tristement vrai. Et le pire, c’est qu’on nous tombe dessus quand on fait notre travail. Voir par exemple l’affaire des talibans dans Match.

    PS: ça y’est, j’aime ce blog, tant pour le ton des billets que pour les commentaires et le ton des débats auxquels ils donnent lieu. Mode courtisan off.

    Commentaire par Braillard — 29/09/2008 @ 10:21

  32. @ Furax

    Mais je vous en prie, y a pas de mal, et je ne suis pas choquée (grands dieux ! Vous verriez certains des dossiers que je traite à l’instruction… )

    Merci du complément d’information apporté à votre post précédent.

    Comme expliqué à vitrolaid, j’ai rebondi sur votre post car il m’a semblé révélateur d’une conception de la communication peut-être symptomatique, c’est tout. Je continue de le penser à vrai dire.

    Puisque vous m’apparaissez versé dans les sciences cognitives, j’ai une question à vous adresser : à partir de quel moment d’après vous les techniques de manipulation (votre acception) privent-elles les individus manipulés de leur libre arbitre ?

    Commentaire par Fantômette — 29/09/2008 @ 11:11

  33. HS : alors c’est ça, on ne peut pas s’absenter quinze jours sans que la blogosphère soit toute bouleversée ? A peine a-t-on tourné la tête qu’un nouveau né naît, qu’un nouvel arrivant arrive, qu’un nouveau venu débarque. Hosanna, Aliocha enfin prend sa plume pour voler de ses propres ailes !

    @ fantomette : « Peut-on réellement parler d’une expertise en matière de communication ? Est-ce que cela a un sens ? La communication est-elle réellement une technique qui s’enseigne ? Y a t-il un b-a-ba de la communication ? »

    Je crois qu’on peut réellement parler d’une expertise de la communication, c’est une technique, mieux ce sont des techniques qui s’enseignent. Mieux ? Voire, car je ne sais pas si les experts peuvent eux-même s’arrêter sur une définition de ce qu’est la communication, et deux université peuvent enseigner la « communication » sans enseigner deux matières semblables. La seule chose que l’on trouve partout, à la base de ces enseignements, c’est le schéma de ce qu’est une communication : émetteur -> message -> récepteur avec le fameux concept de feddback (retour du récepteur vers l’émetteur).
    Je suis moi-même issu du sérail, ayant suivi un cursus « information & communication » dans lequel j’ai eu des cours et des profs passionnants. Ceci dit je suis bien incapable de donner une définition de ce qu’est la communication. Quand je postulait dans une fac (il y a dix ans de ça, les facs de com’ poussaient alors comme des champignons), je postulait en « communication d’entreprise » ou en « communication » tout court, ou encore enfin en « information et communication » où j’ai échoué (même si j’ai finalement réussi, je vous rassure). J’y suivait une option « écritures spécialisées » où figurez-vous que nous apprenions les b-a-ba (tenez-vous bien, ainsi qu’aliocha) de l’écriture journalistique ainsi que de l’écriture publicitaire ! Oui, tout ça par le même prof, dans la même matière. Cette fac (de bonne qualité par ailleurs) était censée nous amenée à travailler dans des services de presse, ou comme attaché de presse ou comme journaliste (sic) dans des organes comme les journaux municipaux par exemple.
    Quant à la technique ou aux techniques, je crois qu’elles existaient avant que l’on parle de communication. La communication consiste pour moi à rassembler l’ensemble de ces techniques éparses en une matière informe et à les enseigner indépendamment du fonds. Eternelle tension entre le fond et la forme, on parle en com’ de medium et de message (Mac Luhan je crois, n’ai pas vraiment envie de replonger dans mes cours pour vérifier). J’ai lu quelque part (je mets « quelque part » pour ne pas avouer que c’était dans Fluide Glacial, sous la plume de Léandri, rubrique chroniques du dérisoire) quelque chose qui m’a semblé très juste, ça disait qu’avant il semble que l’on communiquait quelque chose à quelqu’un, alors qu’aujourd’hui on ne fait plus que communiquer.
    Je pense que la communication est utile quand il s’agit de trouver le meilleur moyen de faire passer un message en atteignant le plus efficacement possible celui à qui ce message est destiné (par quels moyens, c’est-à-dire quel medium utiliser, selon quelles modalités, fréquence et force du message) en cherchant la meilleure présentation possible de ce message.
    Mais effectivement un glissement sémantique s’est produit, peut-être dès l’apparition du mot communication en tant que concept, en tant que verbe intransitif. La communication sort de son rôle et devient publicité quand, comme on le voit maintenant quasi sy systématiquement, la communication cherche à ne faire entendre que sa voix et à gommer tout ce qui ne va pas dans son sens. Tout ceci est très flou et manque d’exemple, j’en conviens ; pour résumer disons que la publicité devrait être un moyen de communication (parmi d’autres) alors qu’aujourd’hui la communication devient un moyen de publicité.
    Pour un approfondissement de ces questions, on peut lire avec profit (me semble-t-il) « La société de consommation de soi » et « L’esclavemaître » (attention, ce dernier est un pavé) de Dominique Quessada, dans lesquels il développe l’idée que la publicité est devenue une industrie du discours (qui vide les mots de sens) et que les modalités du discours publicitaire ayant envahi tous les discours (mais plus particulièrement le discours politique) ont tué la dialectique du maître et de l’esclave.

    Aliocha : Merci pour les références, je me disais justement qu’il était temps que j’apprenne à connaître mon « ennemie » la com’ comme elle me connait. La guerre est déclarée 😉

    Commentaire par gwynplain — 29/09/2008 @ 11:13

  34. A cette conf de presse, êtes vous obligé de rester dans les clous, où pouvez vous lui poser les questions que vous voulez ? Une question qui m’aurait beaucoup intéressée, aurait été de savoir où ils vont nous emmener (elle et son big boss)dans leur création d’une grande profession du droit…
    Voir à ce sujet le billet de Robert Solé, Le monde, « Simplification », qui m’a beaucoup fait rire, même si le sujet ne s’y prête pas tellement.
    Quand au tître que vous avez choisi…vous n’avez pas fait un billet sur le racolage récemment…? En tout cas, j’ai entendue l’appel et je suis venue!

    Aliocha : Bon, puisque vous êtes venue et que ça me fait plaisir d’avoir des commentateurs, je vous réponds mais j’ai déjà dit tout cela plus haut. On pose bien sûr les questions que l’on veut et mon titre est une concession au cynisme, pas un racolage. Sur la grande profession du droit, j’en reparlerais. Ce n’est pas l’idée de Rachida mais celle de Nicolas Sarkozy sous l’impulsion des avocats.

    Commentaire par Fred — 29/09/2008 @ 11:41

  35. Je me demande si la profession ne devrait pas bouder ce genre de pince-fesse où rien n’est dit.
    Une salle vide serait une humiliation pour un tel ministre.

    Aliocha : Les journalistes sont très individualistes, il est quasiment impossible de décider un boycottage.

    Même s’il ne fait qu’appliquer une politique décidé plus haut, un cadre dirigeant doit pouvoir incarner suffisamment la politique de la boutique. Le service de la communication est certes important pour un journaliste car il permet de débroussailler le terrain dans ses aspects techniques. En revanche, le politique doit assumer.

    Aliocha : je ne vous le fait pas dire 😉
    Le public serait intéressé qu’on lui décrive l’ambiance sépulcrale de cette présentation budgétaire. L’absence de volonté propre au sommet d’un ministère est riche d’enseignement sur la place du ministre au sein du gouvernement et de ses rapports avec l’administration sur laquelle il est censé avoir quelque autorité.

    Aliocha : il me semble aussi mais comme je l’indiquais plus haut, cela nécessite une petite révolution culturelle pour se mettre à parler des coulisses. D’abord parce que nous ne sommes pas censés parler de nous, ensuite parce que les opinions personnelles sont mal vues, voire prohibées, enfin, parce que dans certains cas, ces détails sont la propriété exclusive du sérail. C’est le fameux, « bien entendu c’est off ». Finalement, le blog est utilisé par de nombreux journalistes pour raconter une partie de ce off. On pourrait trouver cela satisfaisant. Pour ma part, je pense que ça risque de vider encore un peu plus les journaux de leur contenu. Tout comme les journalistes qui écrivent des livres dans leur spécialité privent leur support d’un précieux contenu informatif au bénéfice de l’édition

    Commentaire par PEB — 29/09/2008 @ 14:10

  36. À propos de l’institution judiciaire,

    Une solution simple n’est pas obligatoirement mauvaise.
    http://une-solution-simple.over-blog.com/

    À propos de Rachida Dati

    Un vandalisme institutionnel
    http://echomonde2.blogspace.fr/1094918/Un-vandalisme-institutionnel/

    Commentaire par xray — 29/09/2008 @ 15:43

  37. bien entendu, je n’ai pu lire tous les commentaires et bien entendu, je rebondis sur votre réponse au dernier (au moment où j’écris). d’abord, dire que j’aimerais bien lire le papier que vous avez fait de cette conférence de presse. ensuite, noter que cette révolution culturelle a déjà eu lieu et qu’il est tout à fait possible de lier la forme au fond. et s’il le faut, ça peut passer dans deux papiers. il suffit que ça ait un intérêt. le problème, c’est que la plupart des journalistes n’ont ni le talent, ni la culture, ni le désir de se mettre à écrire de tels papiers (ou au moins l’un des trois) et les journaux ni la volonté ni le courage de les publier. ce n’est pas d’une révolution culturelle dont il y a besoin, mais de bousculer un peu les habitudes. le lecteur serait partant, j’en suis sur.
    (la révolution culturelle a déjà eu lieu, évidemment je vais citer des sources un peu illustres mais enfin, il n’y a qu’à lire « jugements derniers » de Kessel, « la tragédie de Lurs » de Meckert, « Morceaux de bravoure » de Mailer, trois ouvrages qui sont des recueils de papiers parus dans la presse – le problème de la non publication de tels papiers aujourd’hui ne vient pas de ce qu’on ne l’a jamais fait ou qu’on ne sait pas le faire mais qu’on n’ose pas ou ne veut pas le faire).

    Commentaire par david — 29/09/2008 @ 17:28

  38. @fantômette

    Bonjour,

    « (…) à partir de quel moment d’après vous les techniques de manipulation (votre acception) privent-elles les individus manipulés de leur libre arbitre ? »

    Mais… surtout jamais ! Du moins si la manipulation est correctement réalisée, que ce soit en toute bonne foi ou dans un but d’escroquerie. Comme vous avez pu le découvrir dans le premier ouvrage que je cite, il s’agit de créer une condition de « soumission librement consentie ». Toute la subtilité, justement, est de ne JAMAIS remettre en cause le libre arbitre de la personne manipulée. D’ailleurs, si à quelque moment que ce soit, vous lui donnez l’impression de la priver de son libre arbitre, la manipulation a définitivement échouée, déclenchant même un effet rebond radicalement opposé.

    Le libre arbitre, en soi, n’est pas une garantie suffisante, car la perception du monde qui nous entoure est fatalement subjective. Et c’est sur cette subjectivité, en l’orientant, que s’applique la manipulation.

    Il nous arrive même de nous auto-manipuler : c’est le cas de celui qui s’enfonce de plus en plus loin dans son erreur car il ne veut pas la reconnaître, et se voit conforté dans ce choix par son implication antérieure vis-à-vis de cette erreur.

    Les techniques d’interrogatoire peuvent être librement consenties, si l’interrogateur laisse son libre arbitre à celui qu’il interroge. C’est, de loin, les meilleurs techniques et la plus fiable.

    L’extorsion d’information est elle de nature bien différente et est bien moins efficace, en général, que la manipulation justement parce qu’elle remet en cause le libre arbitre et implique de plus la violence physique. En plus, ses résultats sont beaucoup moins fiable (ex. : aveux obtenus par la force, l’épuisement, le chantage, etc.).

    De nouveau, je me permet de le redire, le mot « manipulation » n’a rien à voir avec un acte de malhonnêteté : tout le monde l’utilise plusieurs fois par jour inconsciemment. Elle peut, par contre être utilisée sciemment à des fins mercantiles ou autres.

    Et il est très utile (voire amusant) de faire l’analyse d’un discours (politique ou non) à travers ce filtre (ex. trivial : « Ça va mal partout (… ils…, ils…), mais grâce à moi, c’est beaucoup moins grave chez nous (… je…, je…) » 😉 ).

    Le libre arbitre, c’est bien, l’esprit critique, c’est mieux. 🙂

    Cordialement,

    Signé Furax

    Commentaire par furax — 29/09/2008 @ 18:04

  39. Ha… Je vois.

    Merci de m’avoir informé d’un complot, je n’en avais pas connaissance… Ca tourne à l’obsession ces histoires de complot… Il faudrait arrêter de mettre ceci à toutes les sauces, de la part des deux parties.

    Merci aussi de donner raison à cette dame en n’argumentant en rien sur les problématiques soulevées (intérêts privés et objectivité, financement, etc.).

    J’avais déjà noté la propension de l’ensemble de votre profession à ne pas se prendre en main concernant le modèle économique de la presse en général mais la mauvaise foi et le déni sont bien devenus l’aulne à laquelle les journalistes analysent leur métier.

    J’ai trouvé particulièrement désobligeant de votre part de faire du sarcasme quand il y a une interrogation légitime sur les façons et les accointances des professionnels du journalisme.

    Pour conclure, ce qui me chagrine le plus c’est que des professionnels de la communication soient incapables de faire autre chose que de la démagogie et de la rhétorique sur un sujet on ne peut plus sérieux qui les concernent en tout premier lieu (déni du problème, accusation de : paranoïa/sentimentalisme/rayez la mention inutile, phrase désobligeante à l’emporte pièce, etc.).

    Comme quoi les premières victimes du formatage des média sont les journalistes eux même.

    Continuer à se lamenter sur le désamour du lectorat sans chercher à prendre en compte les avis et sentiments de celui-ci est inutile.

    A cette mesure, vous vivez autant que moi dans le phantasme.

    Aliocha : Je n’ai pas le temps de démonter point par point un article aussi long. Il n’est nul besoin d’être journaliste pour comprendre la thèse soutenue par l’auteur qui est bien celle du complot et plus précisément du complot des médias capitalistes contre l’extrême gauche. Pour l’avoir étudiée de très près, je reconnais bien là la rhétorique des mouvements extrémistes. Je laisse mes lecteurs se faire leur propre opinion. En ce qui me concerne, je trouve que la presse a assez de vrais problèmes à régler pour ne pas perdre du temps à combattre de telles élucubrations.

    @Fantomette

    « Par parenthèse, vous pensez sincèrement que la propagande ne nous prive pas de notre libre arbitre ? »

    Je ne vois pas comment quelques mots pourraient me priver de mon libre arbitre (à moins d’une menace de mort et encore c’est l’acte qui m’effraie pas les mots). Sinon croyez bien que les politiques utiliseraient de tel mot pour s’assurer le maximum de vote.

    « Je ne voulais pas faire de polémique. Le terme qui semble avoir « choqué » est « manipulation ». C’est juste un mot de vocabulaire dans le lexique de la psychologie sociale qui n’implique pas obligatoirement de malveillance. »

    « Tout ce que je peux dire c’est qu’avoir une connaissance de la psychologie sociale fait percevoir les choses avec beaucoup plus d’esprit critique, ce qui parfois (plus souvent qu’on ne le pense) permet de se rendre compte des moments où l’on essaye réellement d’abuser, sans risquer de sombrer dans une quelconque paranoïa… »

    Je serai plutôt d’accord avec ceci. Toutes relations est fondée sur une manipulation, même s’il n’y a pas nuisance et l’esprit critique s’apprend (à tout âge).

    Mon avis.

    Commentaire par Vitrolaid — 29/09/2008 @ 18:13

  40. tiens, puisque c’est un peu le sujet, que pensez vous des chiffres du chômage pour le mois d’août qu’on nous annonce exécrables depuis vendredi dernier. et alors qu’on va les connaître dans toute leur exactitude aujourd’hui (pour l’instant, on n’a eu droit qu’à une fourchette avec un écart de 10000 – ce qui est absolument négligeable, avouons le, mais ça permet de s’habituer à la fourchette haute), de quoi nous parle-t-on ? de la réunion de crise à bercy. hasard des agendas ministériels et haut-fonctionnairiels, elle tombe pile-poil au même moment (que l’annonce du chiffre exact). et comme l’on parle des mauvais chiffres (dans le flou) depuis 3 jours, maintenant ça va. on va pouvoir parler de ce gouvernement qui se décarcasse et des solutions qu’il va mettre en oeuvre (ou des discours qu’il va prononcer, à la fin c’est souvent la même chose). ça, c’est de la communication (je n’ai pas dit manipulation, hein !).

    Commentaire par david — 29/09/2008 @ 18:43

  41. @ aliocha : mais de rien pour les références. Puisque vous semblez désireuse de connaître votre ennemie, voilà un autre livre (écrit par un de mes profs à l’époque, un des plus passionnants) qui fait en 300 pages le tour des principales théories de la communication – La communication par la bande : introduction aux sciences de l’information et de la communication, Daniel Bougnoux, éditions la découverte. De plus, l’auteur a choisi un angle original qui, selon ce que je crois savoir de vous, ne serait pas pour vous déplaire. Voyez ce qu’on en dit sur le site de l’éditeur : « L’auteur a choisi une forme d’exposition originale : l’évocation d’une quinzaine de bandes dessinées (du Nid des Marsupilami à Little Nemo, en passant par Le Secret de la Licorne ou Lucky Luke) lui sert d’ouverture à l’exposé des principaux problèmes et théories. » En passant je précise que si je l’ai étudiée, je ne travaille pas dans la communication, je ne voudrais pas compter

    Commentaire par gwynplain — 29/09/2008 @ 22:08

  42. … (oups, fausse manip’) compter, disais-je, au nombre de vos ennemis.

    Pour répondre à la question que vous posez, je pense qu’il serait effectivement très intéressant (au lu de votre billet) d’avoir des précisions comme celles-là dans un article. Mais y mettre quelques touches d’ambiance ne nuirait-il pas à la neutralité du journaliste, en y introduisant des éléments de ressenti, plus subjectifs ?

    Commentaire par gwynplain — 29/09/2008 @ 22:13

  43. bonsoir,

    je reviens sur le titre (« Les talons aiguille de Rachida ») qui me plait beaucoup et qui n’est peut être pas un hasard. Y-aurait-il un rapport avec la grossesse de Mme la ministre (je m’imagine bien que Almodovar n’est pas le père de son enfant)… mais bon…

    a+

    Commentaire par sebastien — 29/09/2008 @ 23:41

  44. Bonsoir Aliocha

    Bravo pour le succès – fulgurant ! 😉 – de votre blog. Je rebondis sur votre réponse à PEB (#35): « cela nécessite une petite révolution culturelle pour se mettre à parler des coulisses. D’abord parce que nous ne sommes pas censés parler de nous, ensuite parce que les opinions personnelles sont mal vues, voire prohibées (…). »

    Ne mettez-vous pas là, précisément, le doigt sur une raison des difficultés des journalistes avec le public, quand ils s’expriment dans leurs médias, et que l’on ne retrouve justement pas dans les blogs, quand les journalistes s’expriment différemment, d’une manière plus directe et plus sincère, envers leurs lecteurs, qui sont pourtant probablement les mêmes ?

    Les lecteurs ne reprochent-ils pas justement à notre profession un discours dans les médias qu’ils perçoivent comme non sincère ? Et ils sont très heureux de nous retrouver honnêtes et directs, et pour tout dire… humains, dans nos blogs, ce que nous ne sommes plus dans nos médias…

    Si je peux me permettre, une intéressante étude universitaire à ce sujet : pourquoi des journalistes professionnels « installés » se mettent-ils à bloguer en dehors de leur média ? http://novovision.fr/?La-liberte-retrouvee-ou-la

    Ces chercheurs en sciences sociales remarquent justement que les blogs de journalistes, tels que les nôtres, c’est à dire détachés de tout médias de référence (si besoin au moyen d’un pseudonyme 😉 ) sont marqués par « un processus de centration sur soi », qui est la marque même des blogs, mais qui est totalement évacué dans notre pratique du journalisme (à l’exception du mouvement du « journalisme subjectif » américain, ou « gonzo journalisme »)… Il s’agit réellement pour eux de l’émergence d’un « néojournalisme » dans les blogs.

    Les lecteurs qui se détournent des médias pour se tourner vers les blogs semblent préférer cela…

    Aliocha : Bonjour narvic. Je suis évidemment entièrement d’accord avec votre analyse. Cela étant, une fois qu’on a dit cela, il s’agit ensuite d’en tirer les conclusions. Mon blog est jeune mais il est clair que je préfère écrire dessus que dans les journaux qui m’emploient. Parce que je dis ici ce que j’ai vraiment à dire. La difficulté, c’est qu’économiquement, ça ne rapporte rien au journaliste (même si ça apporte beaucoup au regard du plaisir de faire son métier, à savoir transmettre l’information, et de dialoguer avec les lecteurs) et ça risque de tuer un peu plus la presse. De deux choses l’une : soit on apprend, grâce aux blogs à s’émanciper d’une culture de presse et de vieux réflexes dépassés, (ce que je ressens déjà), soit on arrive à convaincre les patrons de presse qu’ils doivent admettre de repenser notre rôle, le ton sur lequel on s’exprime, la nature de l’information qu’on délivre. Je crois ou plutôt j’espère que les deux mouvements vont converger. Compte-tenu de l’emprise grandissante de la com’ dont vous aurez compris qu’elle n’est pas mon amie, il me semble désormais nécessaire d’évoluer vers une critique de l’information qu’on nous délivre plutôt que de se contenter d’en être les relais plus ou moins distanciés. Je crois que c’est à cette évolution que l’on assiste grâce à Internet et aux blogs et c’est tout à fait passionnant. Je crois aussi que face à un journalisme captif des puissants (je pense au microsome de la presse parisienne), Internet est en train de rappeler avec une certaine brutalité que le journaliste est au service des lecteurs et non pas des dispensateurs d’information. C’est la deuxième révolution que j’aperçois et entre nous, celle-là, ça fait longtemps que je l’espérais.

    Commentaire par narvic — 30/09/2008 @ 02:56

  45. Bonjour,

    Pour mon premier commentaire, je voudrais vous féliciter pour ce billet, en effet, je trouve que le fond & la forme important. A quoi sert une information, s’il n’y a pas communication et communication il n’y a que s’il y a échange (dans les deux sens).

    J’ai vraiment l’impression à la lecture de ce (non)-évènement que la ministre confond reportage (du producteur au consommateur) & point presse (échange journaliste/ministre).

    Je me permet aussi de vous reporter à l’interview de Peter Watkins http://fr.youtube.com/watch?v=K44rNau16EY qui parle à un moment des mass médias.

    Commentaire par Michael — 30/09/2008 @ 09:05

  46. Bonjour,

    Pour continuer sur l’analyse presse/blog, voici une petite tartine de confiture pour ce matin, où vous êtes abondamment cité, narvic (y compris l’article que vous mettez en lien). C’est ici : http://www.precisement.org/blog/breve.php3?id_breve=547

    Commentaire par gwynplain — 30/09/2008 @ 09:53

  47. @ aliocha : «Il n’est nul besoin d’être journaliste pour comprendre la thèse soutenue par l’auteur qui est bien celle du complot et plus précisément du complot des médias capitalistes contre l’extrême gauche. Pour l’avoir étudiée de très près, je reconnais bien là la rhétorique des mouvements extrémistes.»

    La thèse n’est pas celle du complot. L’article reprend les thèses de Bourdieu et Chomsky, entre autres, qui ont toujours répété (et répètent encore concernant ce dernier) ne pas faire appel à la théorie du complot. Ils se basent sur des faits publics, objectifs, débattables. Il n’y a pas de complot, dans le sens où il n’y a pas besoin (du tout) de concertation intelligente, consciente et cachée des acteurs dominants du système. Comme le disait Bourdieu : «les mécanismes sociaux ne sont pas le produit d’une intention machiavélique; ils sont beaucoup plus intelligents que les plus intelligents des dominants». Cet article ne fait que décrire de manière rationnelle les mécanismes sociaux régissant les médias.

    Si ça ne vous intéresse pas, occupez-vous d’autre chose si ça vous chante, mais alors arrêtez de raconter des conneries à ce sujet.

    Aliocha : D’abord, merci de rester polie. Ensuite des expressions comme « fabriquer le consentement du peuple » me paraissent outrancières. Je n’ai pas inventé la plainte vis à vis du traitement de l’information en provenance de l’extrême-gauche. Le fait que la presse tire 80 à 99% de ses recettes de la pub est au moins faux en France. L’accusation à peine voilée selon laquelle la presse ne remplie pas sa mission parce qu’elle à un but commercial est déplacée. Voir à ce sujet Patrick Eveno, « la presse quotidienne nationale, fin de partie ou renouveau ». C’est parce qu’on a reconstruit la presse française sur cette idée en 45 qu’on en est là aujourd’hui. Etc. Je n’aime pas le ton de l’auteur de l’article, je n’aime pas ses insinuations et surtout j’ai horreur des présentations caricaturales.

    Commentaire par Gwen — 30/09/2008 @ 14:58

  48. Pour la différence entre vos précédents gardes des sceaux et Rachida Dati (que milles post-its coupés en 8 à l’aune du budget de fonctionnement des tribunaux soient répandus sous ses pas), je remarque que dans les premiers que vous citez (Jacques Toubon, Elisabeth Guigou, Marylise Lebranchu, Dominique Perben et Pascal Clément) tous ont été parlementaires. 1 – Ils ont participé à des élections d’envergure nationale, où rien n’est à priori joué d’avance (en tout cas dans la plupart des circonscriptions). 2 – Ils ont participé sans doute à des commissions parlementaires préparant des lois qu’ils sont allés défendre devant leur collègues et opposants du parlement ou se sont battus contre d’autre texte s’ils ont été dans l’opposition. En tout cas, on peut penser qu’ils ont forcément participer à la création des textes qu’ils ont du défendre.

    Je me dis que notre ministre actuelle est juste élue « maire parachutée » dans un arrondissement sûre pour la droite à Paris, soit une élection locale. Et elle n’a jamais du allez défendre en session parlementaire une proposition de loi qu’elle avait préparée elle-même.

    Bref, il y a une différence de carrure « politique » de taille, je trouve. Je ne suis donc pas surpris par votre description d’une ministre se tournant vers les conseillers de l’Elysée (vous êtes déjà bien gentille de les appeler « ses » conseillers, ils étaient sûrement là avant elle, et resteront là après elle – tant que la droite sera au gouvernement) à chaque question non préparée à l’avance.

    Je ne dis pas que tous les membres de l’éxecutif doivent avoir eu un mandat parlementaire pour bien mener leurs ministères, je dis juste qu’à mon avis, ça doit jouer dans la facilité qu’à un ministre à se prêter à un exercice à bâtons rompus comme une vraie conférence de presse ou un vrai débat.

    🙂

    Cat

    Aliocha : je salue votre démarche, j’aime bien ceux qui ont le courage de défendre les causes difficiles. Mais nous parlons d’un ministre, Cat, c’est sérieux comme job. Et puis Christine Lagarde n’est pas une ancienne parlementaire, pourtant, elle répond aux questions.

    Commentaire par Cat — 30/09/2008 @ 15:08

  49. @ aliocha :

    «Je n’ai pas inventé la plainte vis à vis du traitement de l’information en provenance de l’extrême-gauche.»

    Vous avez par contre «inventé» la théorie du complot provenant de cette même extrême-gauche.

    «Le fait que la presse tire 80 à 99% de ses recettes de la pub est au moins faux en France.»

    L’article concerne les médias américains ; cependant l’analyse et ses conclusions est aisément transposable en France (cf justement Bourdieu).

    «L’accusation à peine voilée selon laquelle la presse ne remplie pas sa mission parce qu’elle à un but commercial est déplacée.»

    Déplacée, ou fausse ?

    Quelques cas de censures (ou plutôt en général, auto-censures) «commerciales» :

    Affaire EADS : la presse se «concentre» http://www.acrimed.org/article2772.html
    La Tribune : un quotidien au service de son propriétaire ? http://www.acrimed.org/article1163.html
    Censure sur M6 http://www.acrimed.org/article2270.html
    etc
    etc
    etc…

    Ce ne sont pas des «insinuations», ce sont des preuves. Mais rassurez-vous : vous personnellement, ni votre profession en général n’est en cause. C’est un mécanisme qu’il faut connaître, pour pouvoir mieux le dépasser. C’est tout.

    J’adore par ailleurs votre allusion à la presse en 45. Dites-moi ce que vous combattez, je vous dirai dans quel camp vous êtes…

    Commentaire par Gwen — 30/09/2008 @ 16:59

  50. @ Gwynplain

    Merci de votre réponse à mon commentaire.

    Je n’ai pas lu D. Quessada, mais à l’occasion j’irai jeter un oeil.

    Ceci dit, sous la réserve évidente que je n’ai rien lu de cet auteur, sa thèse telle que vous la reprenez me semble avoir été anticipée par Toqueville (celui qui a véritablement découvert l’Amérique), dans son chapitre intitulé « comment la démocratie américaine a modifié la langue anglaise ».

    Toqueville relate la façon dont la démocratie (ou plus précisément, le sentiment d’égalité qui en est tout à la fois la source et l’effet) prédispose les peuples démocratiques à embrasser les concepts généraux. La langue étant le premier instrument de la pensée, elle subit elle-même l’influence de cette pente, qui entraine ce qui, sous la plume de Quessada, devient la création d’une « industrie du discours, vidant les mots de leur sens ».

    Toqueville :

    « L’expédient le plus ordinaire qu’emploient les peuples démocratiques pour innover en fait de langage consiste à donner à une expression déjà en usage un sens inusité [ici : communication]. Cette méthode là est très simple, très prompte et très commode. Il ne faut pas de science pour s’en servir, et l’ignorance même en facilite l’emploi. Mais elle fait courir de grands périls à la langue. Les peuples démocratiques , en doublant ainsi le sens d’un mot, rendent quelquefois douteux celui qu’ils lui laissent et celui qu’ils lui donnent ».

    Toqueville parle de mots comme entraînés « dans une situation ambulatoire ».

    « Cela fait que les écrivains n’ont presque jamais l’air de s’attacher à une seule pensée, mais qu’ils semblent toujours viser au milieu d’un groupe d’idées, laissant au lecteur le soin de juger celle qui est atteinte ».

    Aujourd’hui, peut-être parlerait-on des hommes de discours, notamment politique, pour leur faire ce même reproche.

    Commentaire par Fantômette — 30/09/2008 @ 18:13

  51. @ fantomette

    Aïe, vous mettez le doigt là où ça me fait mal, c’est-à-dire sur une de mes grosses lacunes culturelle : je n’ai pas lu Tocqueville, et me suis toujours promis d’un jour le faire. Ceci dit, la thèse de Quessada reprend sans doute à Tocqueville (comme à d’autres grands penseurs notamment Platon, Quessada est un philosophe), ma lecture de ses livres est loin maintenant et je n’ai plus en tête toute les références sur lesquelles il s’appuie. Ce que Quessada développe est effectivement du même ordre que ce que Tocqueville analysait alors, aujourd’hui poussé à l’échelle industrielle. Pour lui, la publicité travaille sur les mots selon la même logique que l’industrie sur les objets (la chaîne de “fabrication” d’un message publicitaire en agence s’apparente à la chaîne de fabrication taylorienne), et le sens qu’elle retire aux mots elle l’injecte dans les objets (on est ce que l’on consomme), il n’y a qu’à voir aujourd’hui toutes ces voitures “intelligentes”, ces téléphones mobiles “intelligents”, etc.
    Ce mode de création d’un discours aurait selon lui envahit toutes les sphères de la société et (là c’est moi qui vais reprendre la parole, à partir de l’analyse des écrits de Quessada et d’autres pour mon mémoire de fin d’étude) particulièrement le discours politique, qui fait qu’aujourd’hui on assiste à une pratique de la politique où les hommes ne cherchent plus à faire adhérer les citoyens à une idée, mais à faire adhérer leurs idées aux attentes des citoyens (qui ressemblent de plus en plus à des consommateurs). C’est aussi le problème que Tocqueville je crois soulevait avec le sentiment d’égalité à la source de la démocratie (je ne l’ai pas lu mais en ai quand même plusieurs fois entendu parler) qui contenait en lui le germe de son déclin. C’est ce que soulève aussi Daniel Bougnoux (dans l’autre livre que je mets en référence dans mon post précédent) qui dit que la démocratie tend à vouloir devenir im-médiate (sans médiation), une démocratie “directe” (on ne parlait pas encore de participative) qui porte en elle une négation de la démocratie re-présentative. Et quand je parle de démocratie participative, c’est sans jugement sur un “camp” ou l’autre, je parle de politique en général ; c’est juste l’appellation aujourd’hui la plus proche de ce que D. Bougnoux appelait démocratie directe.

    Commentaire par gwynplain — 30/09/2008 @ 22:29

  52. Chère Aliocha,

    Vous devriez sussurer à Guillaume qu’il suggère à Rachida Dati (que les nuées de moustiques épargnent à jamais les dents nacrées de ses heureux motards d’escorte), d’abandonner Christian Dior au profit de Manish Arora, styliste et couturier indien.

    C’est très coloré, très avant-gardiste et les formes arrondies de sa collection siéraient mieux à l’heureux évènement auquel elle se prépare.

    Enfin, ce n’est que mon avis…

    Commentaire par ramses — 01/10/2008 @ 01:37

  53. Ha mais je ne défendais pas forcément notre ministre. Je cherchais une explication.

    Comme vous le savez, moi j’aime le journalisme à la Jeremy Paxman, où on est là pour passer les politiques sur le grill, les forcer à repondre et casser la langue de bois.

    Et un politique qui se rebifferait en allant dans le sarcasme (je vous cite « C’est juste, sauf qu’ici on s’exposerait à une répartie cinglante. Les politiques n’ont pas toujours quelque chose à dire, mais croyez-moi, dans le rapport de force, ils sont champions. ») devrait se prendre une volée de bois vert sur la revision nécessaire de sa conception de la courtoisie et de la politesse (Tout en restant flegmatique, bien sûr). 😀

    Cat

    Commentaire par Cat — 01/10/2008 @ 15:08

  54. @ Aliocha. Vous (tu ?) n’indique pas de courriel sur ton site. Est-ce voulu ? De mon coté, c’est ennuyeux. Je suis SR, je lis l’actualité, la presse est mon métier. Je fais des remarques de SR. Et comme tel, je préfère parfois que ces remarques ne « remontent » pas, ne se transforment pas en commentaires publics. Et donc je me colle à mon commentaire, sur le manchot antiradar. A+

    Aliocha : Mais si confrère, dans la rubrique mentions légales, en attendant de perfectionner un peu tout cela. La voici pour plus de facilité : aliocha.karamazov@club-internet.fr

    Commentaire par Toto_SRàRien — 03/10/2008 @ 08:02

  55. Je suis paresseux…

    Aliocha : oui, enfin, journaliste quoi 😉

    Commentaire par Toto_SRàRien — 03/10/2008 @ 08:25


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