La Plume d'Aliocha

26/09/2008

Mince Augustissime boude !

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 14:30

Je crois que je serais à vie une des plus grandes fans d’Eolas. Ne voyez dans ce billet aucune forme de racolage ou de volonté de parasiter la célébrité de mon illustre Maître. Pas plus qu’un copinage. J’ai hésité avant de l’écrire. Tant pis. Je me risque, il faut bien que je vous explique ce que j’ai sur le coeur, le drame qui m’occupe en ce moment. Il fait beau, c’est vendredi, on a le droit de se détendre. Voilà, pour les rares qui ne seraient pas au courant : il semblerait qu’Augustissime ait décidé de ne plus commenter chez Eolas. Je ne sais pas vous, mais moi, ça me désespère. Combien de fous rires magnifiques m’ont-ils offert tous les deux. L’un drapé dans sa robe et son immense science, l’autre braqué dans ses convictions, l’un jouant de son humour assassin, l’autre assénant avec une certaine habileté un flot d’arguments inextricables. Le point culminant de tout ceci a sans doute été l’invention géniale d’Eolas sur la « Mémé à moustaches ». Dans ces circonstances, les adieux fracassants d’Augustissime résonnent comme un tocsin. Celui qui marque la fin d’empoignades aussi légendaires que drôlissimes. Avouez que nous les attendions tous ces affrontements. Avouez qu’on se précipitait en salivant sur les réponses en rouge du Maître. Avouez qu’on n’a jamais si bien provoqué Eolas et que celui-ci n’a jamais sans doute été aussi génial dans ses réparties que face à cet incurable contestataire. Imaginer que tout ceci puisse s’arrêter, c’est comme si on m’annonçait que Roger Moore et Tony Curtis cessent de se chahuter dans Amicalement vôtre, ou bien que les enregistrement du Muppet Show sont désormais introuvables. Comme si on me privait à vie de ma collection de films d’Audiard. C’est tout bonnement insupportable. J’ignore tout de leur fâcherie et ne veux pas m’en mêler. J’espère seulement qu’elle n’est que provisoire et en attendant je leur dis à tous deux : Chapeau Messieurs, vous m’avez fait tellement rire !

Discours de Toulon, les vraies solutions

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 10:19

Je lis ce matin les commentaires de mes confrères sur le discours de Toulon. Certains se demandent si Nicolas Sarkozy est libéral, d’autres saluent le retour du politique dans l’économie comme s’il s’agissait d’une surprise, certains esprits chagrins parlent d’un catalogue de promesses…..En réalité, Nicolas Sarkozy n’a fait que reprendre en intégralité les analyses et conclusions de tous les experts qui se penchent depuis des mois sur la situation de la finance mondiale.

Je vous avoue que je suis surprise. Je redoutais que notre champion de la communication ne dérape dans un grand classique du discours politique en cas de crise : le désignation d’un bouc-émissaire et la promesse de lois punitives. Ce genre de déclaration passe très bien dans les médias et satisfait le besoin de vengeance de l’auditoire à défaut d’apporter des solutions au problème posé. Ainsi va la société médiatique, il vaut mieux séduire qu’agir, flatter que réparer, punir, fut-ce simplement par le discours, qu’anticiper.

Un consensus d’experts

Bien sûr, il a demandé la tête des coupables, bien sûr, il a aussi évoqué la fin des parachutes dorés, c’était un minimum, ce n’est pas l’essentiel. Nicolas Sarkozy a surtout abordé les vraies questions. D’abord la fin des rémunérations pousse-au-crime dans les banques. Les grands spécialistes de la régulation économique vous diront que celle-ci doit se fonder sur une analyse in concreto des comportements humains et réglementer en conséquence. Ici la réglementation a fait le contraire en permettant à des traders de perdre beaucoup sans eux-mêmes rien risquer. Il a évoqué les banques qu’il fallait mieux réguler, évitant le piège qui aurait consister à annoncer un durcissement punitif de la législation. Scandale songerez-vous ? Oh que non, cela fait des années qu’on les étouffe sous la réglementation et voyez le résultat. La  solution efficace ne consiste pas à leur laisser la bride sur le cou, pas davantage à rajouter une couche de normes, mais à faire en sorte que les outils de réglementation et de surveillance soient performants, c’est-à-dire qu’elles ne puissent pas les contourner. A quoi bon fixer des ratios de sécurité si elles peuvent jouer avec le hors bilan ? L’échec de Bâle 2 (nouveau dispositif prudentiel encadrant les fonds propres et les risques de crédit) n’est pas la conséquence d’une inadéquation de la réglementation mais de son anticipation par les banques qui ont appris à en éviter les contraintes avant même qu’elle ne soit mise en application. Il a aussi évoqué le rôle de l’Europe et la nécessité pour elle de revoir son dogme de la concurrence qui doit être, pour le Chef de l’Etat, un moyen et non pas un fin en soi. Et l’on voit bien en effet que la libre concurrence ne règle pas toutes les questions, que l’on a suffisamment avancé en la matière pour ouvrir la réflexion économique à d’autres horizons. Sans oublier les agences de notation, les ventes à découvert, l’opacité et de la complexité des produits financiers.  Ce sont, là encore, les problèmes identifiés par les experts du monde entier. Il a enfin appelé à une régulation mondiale, ce qui est une évidence. Comment peut-on prétendre réguler et surveiller une industrie à l’échelon national quand celle-ci se joue des frontières ? Bref, ce discours est la synthèse des réflexions de tous les experts mondiaux. C’est une réponse technique bien plus que politique à la crise. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer le canevas du discours de Nicolas Sarkozy au rapport qui lui a été remis début septembre par un groupe de travail piloté par René Ricol. Tout y est. Et ce rapport n’est lui-même à peu de choses près qu’une synthèse des diagnostiques et solutions majoritairement défendus par les observateurs éclairés de la situation.

Et demain ?

Mais, me direz-vous, il est donc entre les mains des grands de la finance, tout ceci n’est que manipulation, rien ne va changer. Du tout. Il s’est référé à des spécialistes qui ont fait à mon sens une analyse juste de la situation. Et pour avoir suivi l’affaire de très près, je peux vous dire que toutes les positions extrémistes consistant par exemple à prétendre que la complexité des produits financiers n’était pour rien dans la catastrophe ont été écartées. Je gage que ceci passera pour un plaidoyer orienté de ma part. Tant pis, j’aime la critique, je ressens depuis toujours une méfiance très forte vis à vis des politiques, j’aurais adoré vous révéler je ne sais quel piège, approximation ou mensonge, je n’en vois pas ici. La seule question que l’on peut se poser est de savoir si on parviendra à mettre en oeuvre les solutions recommandées par tous. Pour l’instant, nous sommes sous l’effet de la crise, dans la crainte qu’elle ne dure, dans l’ignorance de l’ampleur de ses conséquences, ce qui incite tout le monde à réfléchir vite et bien car même les libéraux les plus durs ont peur pour leur avenir. Mais demain ? Il est dans la nature humaine d’oublier les leçons du passé dès que le danger est écarté. Et si les banques aujourd’hui font profil bas, il faut s’attendre à ce que très vite elles haussent le ton et résistent aux réformes. Nous savons aussi que les réglementations, surtout quant elles dépassent le cadre national et mettent en jeu plusieurs Etats, que ce soit au sein de l’Union ou à l’échelon mondial, imposent compromis et renoncements. Or, c’est toute la régulation financière qu’il faut remettre à plat. Les mesurettes à la marge destinées à contenter tout le monde ne marcheront pas. Voilà ce qu’il va falloir surveiller dans les prochains mois : la mise en pratique effective et complète des mesures annoncées hier. Sur ce point, je vous avoue être d’un optimisme très mesuré.

Le discours : http://www.elysee.fr/documents/index.php?lang=fr&mode=view&cat_id=7&press_id=1832

Le rapport Ricol : http://www.minefe.gouv.fr/directions_services/sircom/rap_ricol080905.pdf

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