La Plume d'Aliocha

25/09/2008

On achète bien les journalistes

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 09:57

Manipuler les journalistes est un sport qui pourra bientôt prétendre au rang de discipline olympique. Et pour cause, la communication est de plus en plus un enjeu stratégique. Du coup, les agences de communication poussent comme des champignons et nous assaillent de communiqués de presse et autres propositions d’interviews. La plupart de nos interlocuteurs s’inscrivent à des stages de media training et arrivent devant nous aussi rompus aux relations presse qu’un vieux briscard de la politique.

Voici, en 10 points,  ce que pensent de nous certains professionnels de la communication et les conseils qu’ils donnent à leurs clients. 

1. Le journaliste a besoin d’être rassuré. A force de supporter les hurlements du rédac’chef, la concurrence de ses confrères, le salaire médiocre qui lui rappelle qu’il est un soutier des medias, il n’en peut plus. Rassurez-le, posez lui un bras protecteur sur l’épaule (uniquement si vous êtes quelqu’un d’important, sinon il vous regardera de haut) et glissez-lui doucement à l’oreille « franchement, je ne lis plus la presse, SAUF, vos articles qui sont toujours excellents ». Si vous pouvez le faire en public, c’est encore mieux. Trouvez alors des complices qui appuieront votre déclaration. L’attachée de presse en général fait cela très bien.

Aliocha : Allons, ça fait longtemps qu’on a compris le truc. Le plus drôle, c’est lorsqu’on entend le vil flatteur expliquer exactement la même chose 5 minutes plus tard au crétin de confrère dont tout le monde sait qu’il est la risée du métier.

2. Le journaliste est mal payé. Invitez-le dans de grands restaurants, à des cocktails chics dans des ambassades, des cercles qui lui sont habituellement fermés, pensez à l’emmener en voyage de presse, dans des pays exotiques de préférence, offrez lui un bel hotel, fermez les yeux sur le fait qu’il préfère aller se promener que de travailler, vous lui raconterez ce qu’il a loupé dans l’avion du retour.

Aliocha : il est vrai que certains journalistes considèrent ces privilèges comme un complément de salaire, surtout dans la presse économique. C’est regrettable. Le bon comportement dans une rédaction consiste à refuser cadeaux et voyages.

3. Le journaliste envie les puissants. Commencez vos phrases par « entre nous », faites lui comprendre que vous le considérez comme un égal (au minimum), il vous adorera.

Aliocha : Non, ça ne marche qu’avec les imbéciles. Car il faut vraiment être idiot pour croire qu’un politique ou un grand patron considère un journaliste comme un égal, ces gens-là se sentent supérieurs à tout le monde. 

4. Le journaliste est susceptible : ne l’engueulez jamais, même si l’article est truffé d’âneries, il vous en voudrait à vie. Taisez-vous et attendez la prochaine occasion pour lui ré-expliquer les choses ou bien ne l’invitez plus.

Aliocha : En principe, quand on est poli, on s’abstient d’insulter les gens. Il est toujours possible de dire à un journaliste qu’il s’est trompé, le tout est de le faire avec correction. 

5. Le journaliste est mobile. Se fâcher avec lui aujourd’hui parce qu’il travaille au Petit reporter illustré, c’est risquer de le retrouver demain rédacteur en chef du quotidien régional qui couvre les élections auxquelles vous avez décidé de vous présenter. Ce serait dommage, non ?

Aliocha : ça c’est vrai !

6. Le journaliste est paresseux. Soyez clair, précis et simple. Le mieux est encore de rédiger un document que vous lui confierez en précisant que vous avez fait cela pour l’aider. Il le recopiera et vous serez tranquille.

Aliocha : Le journaliste travaille surtout dans l’urgence, il doit comprendre un sujet qu’il ne connaît pas dans des délais record pour ensuite l’expliquer à ses lecteurs, d’où la nécessité d’être clair et précis.

7. Le journaliste est vaniteux. Ouvrez des yeux émerveillés lorsqu’il s’exprime, confirmez ses analyses en prenant soin de faire comme s’ il vous ouvrait des perspectives infinies de réflexion. Vous créerez ainsi une complicité intellectuelle et puisque vous êtes d’accord avec lui, il ne pourra en retour qu’être d’accord avec vous. Forcément, vous devez être intelligent puisque vous avez compris que lui, il l’était !

Aliocha : ce n’est pas faux. Ce défaut affecte tout particulièrement les « stars » de la presse nationale.

8. Le journaliste est revanchard. Si vous l’avez contrarié, débrouillez-vous comme vous voulez, trainez vous à ses pieds s’il le faut, mais réparez l’offense. Il ne vous pardonnera pas, mais vous échapperez avec un peu de chances à sa vengeance.

Aliocha : Tout dépend de la nature de la contrariété, si c’est parce qu’on nous a menti, la sanction est sans appel, on boycotte. 

9. Le journaliste est jaloux. S’il est déjà votre « ami », considérez que vous ne pourrez plus jamais vous adresser à un autre que lui.

Aliocha : Vrai. Mais à notre décharge, on ne peut pas à la fois nous faire la comédie de l’amitié et puis aller ensuite « draguer » nos confrères pour avoir son nom dans tous les journaux. Le mieux est de s’en tenir à des relations strictement professionnelles et de s’abstenir d’entrer sur le terrain dangereux de l’affect. 

10. Le journaliste est friand de « bruits de chiotte », ça lui permet de frimer devant ses copains en faisant celui qui sait. Forcez sur les anecdotes, confiez lui les travers et manies des uns et des autres, critiquez allègrement, agrémentez le tout de secrets d’alcôve. Mais n’oubliez jamais, je dis bien JAMAIS, de lui faire promettre qu’il ne révélera pas qui lui a dit ce qu’il va s’empresser de répéter partout.

Aliocha : ça dépend je suppose des caractères. Moi, ça ne m’intéresse pas et ça a même tendance à dévaloriser fortement mon interlocuteur. 

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30 commentaires »

  1. Permettez la réaction d’un responsable associatif qui a dû se coltiner quelque peu la presse. Ma situation était différente d’un grand patron ou d’un politique : membre du conseil d’administration d’une association aux budgets modestes, sans attaché de presse (trop cher) et sans pouvoir de nuisance, j’étais clairement considéré comme un « inférieur ».

    Aliocha : je vous crois, c’est très regrettable.

    2. Il semble que des entreprises commerciales intervenant dans le même secteur que notre association prennent soin d’organiser des cocktails, etc., où les journalistes rencontrent parfois des gens connus.

    4. En effet, l’auteur d’un article même nul, mal informé, truffé d’erreurs n’accepte jamais de se l’entendre dire, du moins dans mon experience.

    Aliocha : Essayez d’en repérer un bon et développez des relations avec lui. On peut ne pas subir la presse mais au contraire aller au-devant.

    5. Exact. Le type qu’on a vu collaborer au magazine X et avec qui on a discuté informellement peut très bien ressortir les propos au magazine Y quelques mois après. Un pigiste, ça doit vivre.

    Aliocha : un pigiste ça doit surtout travailler mieux qu’un journaliste en poste si ça veut vivre. Croyez-moi, ça fait plus de 10 ans que je suis pigiste et je bosse 12 heures par jour pour garder la confiance des titres qui m’emploient. Votre pigiste ne va pas faire de vieux os

    6. Totalement exact en ce qui concerne les informations sur Internet, l’informatique, etc. De nombreux articles ne sont que des paraphrases de communiqué de presse. Parfois, il est même clair que le journaliste n’a même pas lu le dossier de presse et se contente de broder à partir du résumé.

    Aliocha : Il faut distinguer les brèves qui sont souvent des synthèses de communiqués avec les articles plus longs, et qui ne devraient pas l’être.

    7. Exact. Il est clair que certains journalistes se prennent pour des intellectuels cultivés, sans l’être, ou du moins sans l’être au point qu’ils imaginent.

    Je conseille d’ailleurs la lecture d’un petit pamphlet de Pierre Bourdieu intitulé « Sur la télévision ».

    8. Exact. J’ai moi-même essuyé la vindicte d’un certain journaliste écrivain et donneur de leçons, que j’avais eu l’audace de moucher.

    J’ajoute que certains journalistes de la télévision semble prendre le reste du monde (hors VIP style ministres ou grands patrons) pour leurs larbins. Ils attendent que des bénévoles accourent ventre à terre au studio, prévenu à 10h pour un dossier avant le journal de 13h.

    Aliocha : Rassurez-vous, eux se sentent supérieurs à tout le monde au point d’irriter les politiques eux-mêmes ! A leur décharge, ils ont de sacrées contraintes, mais ça n’excuse pas l’arrogance.

    Quand je demande un service à quelqu’un, je prends en compte que cette personne a un travail, une vie personnelle, bref, des contraintes d’emploi du temps. Avec la presse, c’est toujours la réponse pour dans moins d’une demie heure ou, au mieux, pour l’après-midi, avec toujours cette excuse du travail dans l’urgence.

    Aliocha : Personnellement, je m’excuse toujours de déranger et je précise que je suis consciente que mes délais sont serrés. Mais je sais d’expérience qu’un excès de délicatesse peut être très nuisible. Certains n’hésitent pas à me marcher dessus. Je suis alors obligée de mordre 😉

    Bref, encore une fois, mieux vaut être riche et célèbre.

    Commentaire par DM — 25/09/2008 @ 10:29

  2. Je vais préciser mon point 6.

    Le journaliste est, comme l’étudiant ou le lycéen, un acteur économique qui essaye de maximiser un certain objectif (que le professeur lui fiche la paix, qu’il obtienne une bonne note, qu’il touche sa pige… parfois aussi, l’intérêt pour le sujet et la sensation du travail bien fait 🙂 ) et de minimiser le travail à effectuer. Il doit donc faire un compromis.

    Les communiqués de presse prêts à recopier ou à paraphraser minimisent le travail.

    On m’a même expliqué un point (il me semble que c’était un journaliste de Libé qui m’avait donné le truc) : un communiqué doit contenir des citations de personnes nommées. Comme cela, quand le journaliste recopie le communiqué, les citations donnent au lecteur l’illusion que le journaliste a vraiment interviewé les personnes citées. Or, disent les manuels d’écriture journalistique (cf _On writing well_), il faut qu’un article soit vivant, avec de vrais morceaux de personnes dedans.

    Aliocha : Exact, les communiqués de presse sont rédigés comme des articles. Ils répondent aux fameux 5 w (who, where, when, what, why, autrement dit de quoi on parle, pourquoi, ou, quand et comment) et contiennent des citations. Mais ces citations sont si absurdes qu’il faut être bien sot pour les reproduire. Exemple : Je me félicite de l’arrivée de ce nouveau directeur général qui est très talentueux » commente un président de groupe, et le DG de déclarer « je suis heureux d’entrer dans un groupe aussi prestigieux ». Consternant !

    Il n’y a d’ailleurs aucun besoin que les personnes en question aient vraiment dit ce qu’on leur fait dire : on écrit le communiqué citations comprises et on demande ensuite aux personnes si elles sont d’accord avec ce qu’on leur fait dire.

    Aliocha : Egalement exact, vous comprenez mon allergie aux gens de communication ? Ils pourrissent notre métier.

    Parmi les autres artifices qui minimisent le travail, il y a le « résumé des épisodes précédents » : reprendre des faits cités dans d’autres articles de presse d’il y a quelques mois, sans vérification bien sûr (car vérifier ça fait du travail).

    Aliocha : ça c’est nécessaire. Je suis toujours irritée quand on me parle d’un événement que je n’ai pas suivi et que je n’ai pas les moyens de comprendre le papier. Il est vrai aussi que les journalistes ont la fâcheuse tendance de considérer que ce qui a été écrit par leurs confrères est juste et de le répéter. Au mépris de la vérification, mais aussi parfois, il faut bien le dire de l’honnêté intellectuelle et du droit d’auteur. Il m’est arrivé de sortir des scoops entièrement pompés le lendemain par mes petits camarades qui, bien sûr, se gardait bien de citer leur source.

    Une fois qu’on a cessé de s’encombrer l’esprit avec des histoires de professionnalisme ou le bavardage sur la supposée vérification des informations dans les grands médias généralistes, et qu’on analyse simplement les rapports économiques de production, tout devient limpide.

    Aliocha : Encore vrai, sous la pression des difficultés financières, la qualité s’érode. Mais soyez gentils, admettez aussi qu’il y a des bons, car il y en a, tous mes camarades bossent sérieusement, se donnent du mal et aiment leur métier. Il me semble qu’une poignée d’abrutis à une fâcheuse tendance à éclipser les autres. Là comme partout d’ailleurs.

    Commentaire par DM — 25/09/2008 @ 10:39

  3. ce qui m’inquiète, c’est la question de fond que vous soulevez. pas pour les journalistes et le journalisme, mais sur la fonction des élus. elever le mensonge en art, c’est quand meme loin de la démocratie qu’on est en droit d’attendre. si nos élus doivent mentir pour arriver, ne peut on pas se demander si il faut encore avoir des élus pour gouverner. un élu qui ment n’est pas représentatif de ses electeurs. un élu qui manipule trompe son electorat.j’ai de plus en plus l’impression qu’on emmene les electeurs aux urnes comme des veaux à l’abattoir. les français sont tous des veaux, disait le Général. j’ai la nauseabeuse impression qu’il voyait juste.
    ps: vous prouvez, par votre note, que vous ne marchez pas dans (et denoncez) la combine, et c’est tout à votre honneur.

    Aliocha : Vous avez mis le doigt sur le problème. Le pire, c’est qu’il n’y a pas que les politiques qui font cela mais aussi le milieu économique. La Générale nous explique depuis des années qu’elle est un modèle de contrôle des risques, par exemple. L’emprise grandissante de la communication qui ne ment pas stricto sensu mais présente une vision marketing de la réalité complique notre travail et fait bouger insidieusement la frontière qui sépare la vérité du mensonge. Pour en revenir aux politiques, quand les journalistes dénoncent le comportement scandaleux d’un élu, que celui-ci est condamné en justice et que les électeurs le réélisent triomphalement dès la fin de sa période d’inéligibilité, que voulez-vous que nous fassions ? On se demande à quoi on sert et on est tenté de baisser les bras.

    Commentaire par leinad — 25/09/2008 @ 10:49

  4. @leinad: Mais l’électeur n’attend-il pas qu’on lui mente ? Voir les gens qui trouvaient que Bernard Tapie était fortiche pour avoir dit qu’il fallait rendre illégal le chômage…

    Commentaire par DM — 25/09/2008 @ 10:53

  5. @leinad

    Et ça dure depuis Le prince, de Machiavel…

    Commentaire par Adrien — 25/09/2008 @ 10:55

  6. @Aliocha: le monde économique à toujours été trompeur: c’est moi qui a la plus belle, le meilleur service. mais le client peut choisir et etre versatile. avec les élus, on doit les subir le temps de leur mandat. quand aux réélections de personnes condamnés, faut il y voir le syndrome de la victime? je ne sais pas trop. mais on en vient à soupconner que le principe de la démocratie tel que nous le vivons est peut etre à repenser

    @DM: l’electeur est comme un amoureux, il espère tellement dans l’autre. ce qui explique peut etre aussi la période d’alternance qui n’est pas pret de s’arreter

    @adrien: plus exactement, on peut dire que ça dure depuis la fin des républiques grecques.

    en ce moment, je fait une crise de dystopie, passagére depuis 40 ans 🙂

    Commentaire par leinad — 25/09/2008 @ 12:01

  7. Aliocha : « que celui-ci est condamné en justice et que les électeurs le réélisent triomphalement dès la fin de sa période d’inéligibilité »> Vous pensez a quelqu’un de particulier, au hasard élu de Levallois ? 😉

    Commentaire par Vonric — 25/09/2008 @ 12:01

  8. « …il faut vraiment être idiot pour croire qu’un politique ou un grand patron considère un journaliste comme un égal, ces gens-là se sentent supérieurs à tout le monde. »

    Humph. Indigne de vous. Préjugé. J’ai toujours pensé que ces histoires de piédestal ne fonctionnaient que dans la relation, dans l’interaction des interlocuteurs concernés. Un pour s’y croire, l’autre pour l’y voir. Que l’une de ces deux conditions fasse défaut, et aucune illusion ne subsistera de l’autre côté du micro.

    Aliocha : je n’ai pas de préjugés Fantômette car je les traque sans pitié quand je réfléchis, rien n’éloigne plus de la vérité que le préjugé. Quand je dis, ils se sentent supérieurs à tout le monde, je parle de ceux qui jouent au jeu du « nous sommes égaux », car ceux-là raisonnent forcément en terme de hiérarchie puisqu’ils attaquent sur ce terrain. J’ajoute qu’un journaliste, et c’est ce que j’aime particulièrement dans ce métier, n’est ni supérieur ni inférieur à qui que ce soit, il est hors jeu, c’est un observateur.

    Commentaire par Fantômette — 25/09/2008 @ 12:40

  9. Je suis journaliste, vaniteux, intéressé, paresseux, revanchard, jaloux, ragoteur. Et, avec toutes ces bonnes qualités, JAMAIS on ne m’a invité en voyage de presse. C’est un coup à rendre sa carte de presse.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 25/09/2008 @ 13:11

  10. je veux bien être acheté, cher si possible – d’ailleurs, je suis à vendre, mais après j’écris ce que je veux.

    les services de communication son terribles, mais il y a toujours moyen de s’en sortir dans l’écriture. un peu de recul et pas trop de sérieux (surtout sur soi).

    Commentaire par david — 25/09/2008 @ 13:15

  11. Aliocha: Quid du type traîné dans la boue par les journalistes et acquitté par les tribunaux ? Aura t-il droit à un coup de fil d’excuse, à défaut d’un article sur l’air d’un mea culpa ?

    Parce que les exemples se comptent à l’infini… Dans certains cas, un entrefilet dit que M. X a été blanchi, parfois rien du tout, rarement un paragraphe précisant que « notre journal a pris dans le passé des positions hâtives quant à la culpabilité de M. X et lui présente ses excuses »… faut-il attendre une condamnation pour diffamation pour que la presse daigne s’excuser lors qu’elle produit des méfaits ?

    Quand on fait le métier de journaliste, considérez vous qu’il faille tenir compte des conséquences de votre article sur le public (par exemple, même si la présomption d’innocence est officiellement respectée par un conditionnel ambigu) ? Je pense ici par exemple à l’affaire di Falco brillamment résumée par Koz http://www.koztoujours.fr/?p=838 où seul l’Express avait fait (à peu près) amende honorable (?)

    Commentaire par Paul — 25/09/2008 @ 13:22

  12. « Il faut distinguer les brèves qui sont souvent des synthèses de communiqués avec les articles plus longs, et qui ne devraient pas l’être. »

    En effet, mais je trouve toujours bizarre et malhonnête vis-à-vis du public qu’un journaliste signe un article qui est une paraphrase du communiqué d’une entreprise.

    J’ai également vu des « articles de fond » qui reprenaient en fait très largement des informations déjà publiées par d’autres (sans les vérifier). Je soupçonne que les auteurs avaient accès à une base de données d’articles de presse.

    (Le problème n’est pas propre au journalisme, on trouve aussi des publications scientifiques médiocres consistant largement en une compilation de l’état de l’art.)

    C’est comme ça que d’énormes erreurs peuvent perdurer : un journaliste AP/Reuters/AFP dit une bêtise, elle est reprise par un grand nombre de titres, et, même s’il y a un correctif, passe à l’état de « vérité » qui ressurgit périodiquement. Comme, de toute façon, personne ne cherche à vérifier l’information…

    Quant au travail dans l’urgence : l’argument « je dois rendre mon papier pour demain » me fait irrésistiblement penser aux étudiants qui attendent le dernier moment pour rédiger, puis larmoyent en disant qu’ils étaient surchargés et pressés. Les contraintes de temps sont largement auto-imposées : il est clair que si l’on veut systématiquement coller aux communiqués de presse et parler de ce dont tous les autres parlent, on va faire un travail bâclé et médiocre. Or, pourquoi tant se presser ? Le citoyen sera-t-il moins bien informé si on attend une semaine, un mois ? Pour bon nombre de sujets, non, au contraire.

    Commentaire par DM — 25/09/2008 @ 13:25

  13. Ben didon Aliocha, c’est Dallas votre business. L’univers est impitoyable!

    Commentaire par tschok — 25/09/2008 @ 13:30

  14. @DM
    C’est ce qu’il faut en effet, gérer l’urgence : je vais attendre une semaine ou un mois, et puis je ferai un article passionnant, informé et sourcé, où je parlerai après tout le monde de ce qui n’intéresse plus personne. Ensuite je monterai au paradis des pigistes.

    Aliocha : Bien dit. Tout ce que j’espère, c’est que le paradis des pigistes est soigneusement séparé de celui des redac’chef, sinon, ça risque très vite de devenir l’enfer 😉

    Commentaire par Toto_SRàRien — 25/09/2008 @ 13:57

  15. @Toto_SRàRien: Personnellement, je préfère lire des dossiers de fond qu’un galimatias approximatif écrit dans l’urgence et de toute façon isomorphe à ce qu’a écrit le voisin.

    Nous sommes à l’ère de Google News. Si je veux lire des dépêches rédigées dans l’urgence (et souvent, comme je l’ai dit, repompées de communiqués de presse, dépêches AFP, etc.) je vais sur Google News. Si je paye pour acheter un journal, j’attends un travail de meilleure qualité.

    Google News a mis en évidence pour les citoyens « connectés » le fait que la plupart des journaux disent en gros la même chose en même temps…

    Commentaire par DM — 25/09/2008 @ 15:18

  16. @Toto_SRàRien: Vous mettez cependant le doigt sur le problème : bien que tout le monde (du moins, tout le monde qui soit sérieux et sincère) soit conscient que la rédaction d’articles à la va-vite par des journalistes surmenés (et sous-payés) tire la qualité vers le bas, on n’y fait rien. Pourtant, cette mauvaise qualité n’est peut-être pas étrangère à la « crise » traversée : quitte à obtenir de vagues dépêches AFP et des chiens écrasés, pourquoi payer un journal plus de 1€ alors qu’il y a les gratuits et Google News ?

    Pourquoi ne fait-on rien ? Comme vous le dites, un journaliste pris isolément n’y peut rien, du moins s’il tient à ne pas crever la bouche ouverte. C’est un problème de dynamique de groupe.

    (Pour prendre une analogie : une grande partie des chercheurs scientifiques, du moins dans certaines disciplines, sont conscients que les éditeurs de revues les plument ainsi que le contribuable, mais, en raison du poids actuel de la bibliométrie dans la gestion de carrière et l’attribution des financements, personne n’ose prendre de mesure radicale comme le boycott…)

    Je remarque cependant que des sites comme Rue89, MediaPart etc. ont pris une décision originale : plutôt que de prétendre tout couvrir (ce qui, en pratique, veut dire que des journalistes vont intervenir dans la hâte sur des sujets qu’ils ne connaissent pas), ils se concentrent sur quelques points.

    Commentaire par DM — 25/09/2008 @ 15:29

  17. @Aliocha
    Je m’en tape, j’irai au purgatoire des SR, une clinique de désintoxication où l’imprimerie n’a pas encore été inventée.

    @DM
    Un journal généraliste, mettons un quotidien, ne peut pas se permettre de ne pas sortir l’info dès qu’elle apparaît. Sinon il ne sert plus à rien, et à terme il disparaît (et même en le faisant, il est en mauvaise santé, victime d’une concurrence pléthorique). Donc il sort un petit papier, et fait éventuellement paraître un dossier plus étoffé et mieux préparé un peu plus tard. (Ce n’est pas très compliqué à prévoir quand on sait qu’on reparlera du sujet). C’est ce que font les quotidiens.

    On ne peut évidemment pas attendre la même chose d’une brève de 300 signes et d’un dossier de 15 000, ni les juger de même. On ne peut pas non plus considérer que le mot de « qualité » veut dire la même chose pour des journaux aussi différents que le Parisien, les Echos, le Monde, Courrier international, le Pèlerin ou l’Express, qui font des métiers différents pour des lecteurs différents. Ce n’est pas la même façon de traiter l’information, et donc ce n’est pas la même information.

    Limiter la critique de la presse à une critique de l’information, c’est par ailleurs renoncer à comprendre que cette dernière n’est qu’une des missions de la presse. Il y en a d’autres : elle doit notamment distraire, même les journaux d’information.

    Par ailleurs, à regarder les commentaires sur ce blog, je suis frappé de leur peu d’indulgence pour les journalistes. Je trouve que les épithètes volent bas, tout juste si l’on reconnaît du bout des lèvres le sérieux et la sincérité de quelques-uns. Et le « journaliste » de base, le pigiste si particulièrement méprisable, se voit bien souvent attribuer des fautes qui ne sont pas les siennes mais qui viennent de plus haut.
    Il ne s’agit pas là d’un réflexe corporatiste, juste du sentiment que la balance n’est pas respectée : il y a en France de vrais journalistes qui font bien leur métier. Et de mon côté, même si je ne suis pas rédacteur, je fais de mon mieux. (Il est vrai que ce n’est pas grand-chose.)

    Commentaire par Toto_SRàRien — 25/09/2008 @ 16:25

  18. @Toto_SRàRien: Le pigiste de base n’est pas méprisable. Comme vous le dites, c’est un pion dans un système auquel il est tenu de collaborer sous peine de devoir changer de métier ou de crever la bouche ouverte. 🙂 Bref, ma critique est plus celle d’un système que de personnes (même si certains journalistes ont un comportement douteux).

    « Un journal généraliste, mettons un quotidien, ne peut pas se permettre de ne pas sortir l’info dès qu’elle apparaît. Sinon il ne sert plus à rien, »

    Il est possible que les journaux quotidiens nationaux sous leur forme traditionnelle ne servent plus à rien. Jadis, pour s’informer des évènements, on devait lire la presse, laquelle tirait parfois des éditions spéciales. Plus tard est arrivée la radio, qui pouvait aller encore plus vite par rapport à l’évènement. Maintenant, on peut avoir à la fois le texte et l’image rapidement via Internet.

    Si je paye le Canard Enchaîné, c’est pour avoir accès à des informations et une perspective qui n’existent pas ailleurs. Mais, encore une fois, pourquoi payer pour un journal dont la plus grande partie est formée de dépêches AFP/AP/Reuters disponibles par ailleurs ?

    Aliocha : N’exagérez pas quand même. J’ouvre Le Monde d’hier au hasard : une double page sur la fin de l’âge d’or à New-York par leur envoyé spécial, un portrait d’Eva Joly, un papier sur Wall Street, toujours de leur correspondant, un bel article sur un restaurant, une critique de Fantasio, un article de Hobsbawm sur l’Europe, mythe, histoire, réalité, un autre sur les vols spatiaux. Tous d’une page, pas l’ombre d’une dépêche. Et tout le charme d’un journal qui mèle adroitement l’info chaude, les papiers d’analyse, le divertissement. Allons, que la presse aille mal c’est sûr, en déduire qu’elle est devenue inutile, certainement pas.
    « et à terme il disparaît »

    Mais c’est ce qui est en train d’arriver… Les « grands journaux » vivent sous perfusion de l’État, certains allant de plan de redressement en plan de redressement. Vous avez lu le rapport Giazzi ?

    Plus généralement, j’ai peur que votre raisonnement ne soit du type « avec le fonctionnement traditionnel de la presse, on est obligé de faire comme cela », alors que ce dont il est question en ce moment c’est de l’éclatement du modèle économique et du fonctionnement traditionnel de la presse.

    Aliocha : On est obligés de subir, pas de se coucher. Je n’ai personnellement rien changé à ma manière de travailler, simplement, l’ambiance est triste et il faut se battre.

    Commentaire par DM — 25/09/2008 @ 16:59

  19. @Aliocha
    J’allais le dire, avec un Monde de la semaine dernière. Il y a de l’abus, quand on lit Le Monde, Libé ou les Echos, on n’est quand même pas dans un gratuit.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 25/09/2008 @ 17:43

  20. Bon, d’accord, j’ai un peu exagéré. 🙂

    (À propos des Échos : en effet, c’est une publication intéressante, même quand on n’est pas dans les affaires. C’est à la fois factuel et didactique, même si le sujet est ardu, alors que, par exemple, Libération a toujours un espèce de ton moralisateur.)

    Commentaire par DM — 25/09/2008 @ 18:36

  21. @DM : Libération, un ton moralisateur? Noooooooooooooon? En fait, c’est normal, c’est un journal de gôche qui est donc fait pour (ré-)éduquer les masses, pas pour les informer.

    Moi j’achète un quotidien pratiquement tout les jours. L’Equipe. (et en plus c’est vrai!).

    Aliocha : Allons Mussipont, ne faites pas l’idiot, il y a une morale de gauche, voyons, c’est la droite qui est immorale.
    Tiens l’Equipe, voilà un journal sur lequel je en me suis jamais penchée mais qui me semble faire partie des success story de la presse française, non ?

    Commentaire par mussipont — 25/09/2008 @ 22:49

  22. Aliocha, vous savez, je prends l’Equipe par habitude pour le cas où il y aurait un petit temps mort au bureau…

    A part ça, ce n’est pas un journal dénué de défauts (ie le lynchage d’Aimé Jacquet avant la coupe du monde 98…) mais qui sait aussi s’excuser auprès des lecteurs quand il fait des erreurs.

    Je crois savoir qu’ils sont aussi confrontés au problème du vieillissement de leur lectorat.

    Commentaire par mussipont — 25/09/2008 @ 23:22

  23. Je ne sais pas s’il y a une morale de gauche, mais en tous cas ses dirigeants cachent bien leur jeu, on n’y voit que du feu 😉

    Commentaire par ramses — 25/09/2008 @ 23:40

  24. J’approuve ce qui a été dit ici. Et une autre caractéristique peut confirmer ce postulat. Les journalistes français sont trop mous, à l’inverse de leur confrères anglo saxons, ils manquent d’impertinence et de vivacité, ils n’osent pas attaquer. LEurs ITW sont trop mous, pas assez direct, on ne pointe pas le doigt là où ça fait mal… et pour cause, le journaliste a besoin du soutien des politiques pour sa carrière professionnelle. Et en France un journaliste politique fait sa carrière avec les politiques. Pour pouvoir écrire un papier sur la politique, il faut qu’il pénètre les milieux politiques, qu’il assiste aux réceptions…
    Le journalisme objectif est peu présent. A l’échelle nationale à part « les Guignols », je n’en ai pas encore vu. Ah si peut être le Canard Enchainé, mais on peut reprocher à ce dernier de toujours taper et de ne jamais proposer…

    Et puis aussi, il faut le dire, le journaliste ce n’est pas un intellectuel, c’est un mec qui a une étendue culture général qu’il ne maîtrise pas profondément. Ce qui occasionne quelques bourdes.

    Commentaire par moniaty — 26/09/2008 @ 04:05

  25. Bonjour,

    n’oublions pas d’évoquer un point qui me semble crucial dans cet état de fair. Certains formats journalistiques vont à l’encontre d’une dynamique de travail de qualité. je pense notamment aux quotidiens(audiovisuels en particulier). Placer un sujet quasiment inconnu entre les mains d’un rédacteur et lui demander un reportage « de qualité » pour la prochaine édition relève d’une mission impossible. Pas le temps d’analyser les composantes d’une problématique, d’élaborer un plan ou de confronter des sources… Cela écarte, bien entendu, les papiers froids.

    Il est certain que le métier a tendance à glisser vers la communication la plus flagrante, mais je pense que l’impact du rythme de travail n’y est pas non plus pour rien.

    Commentaire par Jérémy Felkowski — 26/09/2008 @ 08:58

  26. Si l’on pouvait encore être honnête dans l’exercice d’un métier menteur [le journalisme], on proclamerait en fait sans détours culturels que ce dont on se soucie n’est pas tant le bonheur ou le malheur de l’humanité ou de la population que le sien propre.
    Karl Kraus, Die Fackel, 544-545, 1920, p. 4-5

    Rien de neuf sous le soleil, donc ! Si ce n’est que c’est sans doute pire…

    Commentaire par NaOH — 27/09/2008 @ 02:27

  27. A l’heure où le nouvel obs se « sarkozise » sous la direction d’Olivennes,où Libération devient de plus en plus molasson et complaisant avec le vrai-faux humilié Joffrin à sa barre, où Le Monde à défaut de passer l’arme à gauche va passer le cap à droite (Lagardère ?) après l’action nauséabonde de Minc et consort, où l’ensemble des médias est contrôlé par les grands patrons proches du président ( http://ruminances.unblog.fr/2008/07/14/deni-dopinion ), il reste peu de feuilles de chou à se mettre sous la dent :
    -Le Canard bien sur, oasis d’humour et de liberté
    -Marianne qui cherche un peu trop le sensationnel qui faire vendre
    -Charlie Hebdo qui grâce à Val renie chaque jour un peu plus ses origines…

    Commentaire par b.mode — 27/09/2008 @ 07:53

  28. @b.mode: Si j’ai bien compris le rapport Giazzi, il s’agit de favoriser la constitution de gros groupes multi-médias (TV, radio, Web, papier…). Les phénomènes que vous dénoncez ne pourront donc que s’aggraver.

    Commentaire par DM — 27/09/2008 @ 18:58

  29. Aliocha, jetez donc un œil à la dernière rubrique de la médiatrice du Monde (Valérie Maurus) sur le tabagisme. C’est assez curieux.

    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/09/27/le-fleau-du-tabac-par-veronique-maurus_1100352_3232.html

    Aliocha : j’ai regardé très vite hier soir très tard, j’ai donc du laisser échapper quelque chose, qu’est-ce qui vous chiffonne ?

    Commentaire par Toto_SRàRien — 29/09/2008 @ 19:46

  30. L’affaire prend sa source dans une information évidemment fausse (les chiffres avancés tiennent du grand guignol, quand je les ai lus à l’époque, j’ai sauté au plafond). Et au lieu de 4 lignes pour l’expliquer, on a droit à un papier long (+ de 6000 s.), visiblement embarrassé, dont le titre laisse à penser que l’on excuse le « mensonge officieux ». Il aurait été plus simple et plus franc du collier de faire une brève disant : « On a merdé ». Mais cela doit être trop difficile.

    Aliocha : Le Monde dire « on a merdé », vous n’y pensez pas ! J’ai loupé la chose parce que je me concentrais sur le débat intéressant de l’information orientée, fut-ce dans le bon sens, cela fait partie des questions qui me taraudent. Pour les chiffres, ça me rappelle toujours Gabin dans le Président « le langage des chiffres a ceci de commun avec celui des fleurs, c’est qu’on lui fait dire ce qu’on veut, les chiffres parlent mais ne crient jamais. Je préfère le langage des hommes ! ». Je partage l’avis de Gabin ou plutôt d’Audiard, la fausse objectivité du chiffre m’a toujours dérangée. Bref, je vais le relire ce papier, merci du tuyau.

    Commentaire par Toto_SRàRien — 01/10/2008 @ 07:47


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