La Plume d'Aliocha

23/09/2008

Vous avez dit racolage ?

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 18:09

Puisque j’ai décidé de vous raconter ici comment fonctionne la presse, permettez-moi une petite observation en passant. On reproche souvent aux journaux leurs titres racoleurs, leurs choix de sujet inspirés davantage par le souci de vendre que par d’autres considérations plus nobles, le manque de curiosité qui les pousse à interroger toujours les mêmes personnes, à parler des mêmes politiques, scientifiques, philosophes, écrivains, peintres etc…Combien de fois ai-je moi-même enragé en lisant, à chaque rentrée littéraire, les mêmes articles sur les mêmes auteurs, vous savez, ceux dont le talent est  inversement proportionnel à la résonnance médiatique. Vous me direz, la bonne nouvelle cette année, c’est qu’ils se sont lassés d’Amélie Nothomb, il était temps. Mais je m’égare. Gérer un blog est édifiant pour un journaliste. D’abord parce que nous sommes rarement confrontés aux réactions de nos lecteurs, sauf quand elles sont particulièrement violentes (coups de fil ou mail d’insulte souvent, félicitations ? vous n’y pensez pas !). Ici, grâce à vos commentaires, je peux mesurer le décalage qui subsiste toujours entre ce que l’on souhaite exprimer et ce qui est perçu par le lecteur. Ensuite, parce que le blog permet d’observer en live l’impact d’un article. Mon tableau de pilotage me renseigne sur les articles les plus lus, le nombre de commentaires, celui des visiteurs (incroyablement plus élevé que celui des commentateurs, à propos, amis timides, prenez un pseudo et lancez-vous, le plaisir d’un blog, c’est la discussion)…Bref, l’enseignement de mon bel outil statistique est sans appel : parlez des subprimes, les lecteurs déferlent, (surtout si vous avez eu l’habileté de placer le mot dans le titre !), évoquez un peintre un peu confidentiel, tout le monde disparait.

Rassurez-vous, je conserverai ma ligne éditoriale et résisterai à la tentation de « l’audimat ». Mais je trouvais intéressant de relever à quel point les lecteurs sont avides de sujets « chauds », de visages célèbres, de scandales et autres événements extraordinaires, même s’ils s’en défendent. D’ailleurs, les patrons de presse le savent bien : on a beau parler d’overdose sarkozienne, une couverture sur son épouse ou sur lui fait toujours bondir les ventes. Du coup, mon esprit naturellement tortueux de journaliste forcément s’interroge : si le sujet n’intéresse personne, alors qui achète ?

A propos, vous voulez un scoop sur le père de l’enfant de Rachida Dati ? Allons, je plaisante….

Rouault l’incandescent

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 10:34

Que mes lecteurs de province me pardonnent, je vais céder au parisianisme. Histoire de prendre un peu l’air et d’oublier les turbulences de la finance mondiale. La pinacothèque de Paris organise une exposition sur Georges Rouault jusqu’au 18 janvier prochain à l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition du peintre. Il s’agit de la collection japonaise Idemsitsu qui rassemble pas moins de 400 oeuvres. 

Artiste inclassable, Georges Rouault n’attire pas les foules. Trop violent sans doute, ou peut-être trop chrétien. La pinacothèque avait choisi de présenter Soutine l’an dernier, encore un artiste majeur du 20ème siècle trop méconnu. L’engouement du public pour certains peintres, l’indifférence qu’il voue à d’autres,  alors même que ces grands oubliés sont de qualité et d’importance au moins égale à ceux qu’on encense,  m’a toujours surprise. Pourquoi faut-il attendre des heures dans le froid pour voir Rothko et pourquoi d’autres artistes, même bien cotés, même classés parmi les plus grands, continuent-ils longtemps après leur disparition de n’attirer qu’une poignée d’initiés ? Et pourtant. Quelle puissance d’évocation ! J’aime cette lucidité brûlante avec laquelle Rouault regarde les hommes, cette étincelle de spiritualité qui illumine chaque toile et surtout cette obsession d’arracher les masques pour mettre les âmes à nu. Mais il est vrai que lorsqu’on écrit ce qui suit, on peut faire peur. Georges Rouault confie dans une lettre adressée à Edouard Schuré (critique et historien français) les réflexions que lui inspirent une caravane de cirque arrêtée au bord d’une route…et résume en quelques lignes l’idée-force de son oeuvre : 

« Cette voiture de nomades, arrêtée sur la route, le vieux cheval étique qui paît l’herbe maigre, le vieux pitre assis au coin de sa roulotte en train de respirer son habit brillant et bariolé, ce contraste de choses brillantes, scintillantes, faites pour amuser et cette vie d’une tristesse infinie si on la voit d’un peu haut (…) J’ai vu clairement que le pitre c’était moi, c’était nous…presque nous tous…Cet habit riche et pailleté c’est la vie qui nous le donne, nous sommes tous des pitres plus ou moins, nous portons tous un habit pailleté,  mais si l’on nous surprend comme j’ai surpris le vieux pitre, oh ! alors, qui osera dire qu’il n’est pas pris jusqu’au fond des entrailles par une incommensurable pitié ? J’ai le défaut (…) de ne jamais laisser à personne son habit pailleté fut-il roi ou empereur. L’homme que j’ai devant moi, c’est son âme que je veux voir…et plus il est grand et plus on le glorifie humainement et plus je crains pour son âme ». 

Le site de la pinacothèque de Paris : http://www.pinacotheque.com/index.php?id=5

En regardant hier sur France 3 l’excellent documentaire sur les Assises recommandé à juste titre par Eolas, (qui organise un débat à la suite de l’émission, ma fonction lien ne marche pas mais vous connaissez tous l’adresse !) je songeais que les juges et les journalistes partageaient sans doute l’obsession de Rouault, qu’ils rêvaient eux aussi d’arracher le masque de l’accusé. Juste pour comprendre, pour saisir, ne fut-ce qu’un bref instant, une étincelle de vérité sur l’homme dans le box et peut-être aussi sur nous.

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