La Plume d'Aliocha

22/09/2008

Quand la finance échappe aux financiers eux-mêmes !

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 12:46

Allons, puisque nous sommes tous plongés dans la crise des subprimes, autant rester dans le sujet. Je voudrais faire une précision à l’attention de mes lecteurs. Je suis juriste de formation, pas économiste. La presse économique fait appel à mes services pour décrypter une réglementation, analyser un nouveau texte, débattre des mérites d’un projet de réforme. N’attendez pas de moi que je vous livre une analyse lumineuse et inédite de la crise. C’est hors de mon champ de compétence. Au demeurant, mes confrères spécialisés le font à longueur de colonnes ces derniers temps. Mon regard est celui d’une juriste qui doit comprendre son objet, ici la crise financière, pour mesurer l’intérêt  d’une réglementation. Mais comprendre justement, c’est ce qu’il y a de plus difficile aujourd’hui.   Vous vous souvenez que je vous ai parlé de l’extraordinaire complexité de la finance ? Voilà qui nécessite des explications complémentaires. Quand on parle de complexité, cela ne signifie pas que la finance est inaccessible au commun des mortels. C’est beaucoup plus inquiétant. En réalité, ce qu’on veut dire, c’est que les professionnels eux-mêmes ne maîtrisent plus rien.  Vous ne me croyez pas ? Et pourtant, l’une des propositions faites à Nicolas Sarkozy au début du mois par un très sérieux groupe de travail pour résoudre la crise et éviter une prochaine catastrophe consiste à limiter la complexité autorisée des produits financiers à leur compréhension par les conseils d’administration des banques. Oui, vous avez bien lu.  Voici l’extrait :

« A titre d’illustration, on notera que dans certaines banques, en raison du fonctionnement des systèmes d’information, les conseils ne sont plus informés des positions globales de trading mais des positions nettes. Ainsi, lors d’une crise, ils n’ont pas conscience de la totalité des sommes en jeu. On peut penser que si les systèmes de reporting avaient été mieux conçus, ils auraient pris les mesures prudentielles nécessaires et que l’exposition des banques aurait ainsi été moindre. Plus généralement, des produits devenus trop complexes pour être compris par le management d’une banque devraient attirer l’attention et, en conséquence, ne plus être utilisés ».

Avouez que ça donne le vertige non ? C’est à mon sens l’un des phrases les plus importantes de cet impressionnant document. Curieusement, elle est passée à peu près inaperçue.  Pourtant, elle reflète exactement l’état d’esprit actuel d’une grande partie des acteurs économiques. Le rapport est consultable ici : http://www.minefe.gouv.fr/directions_services/sircom/rap_ricol080905.pdf

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41 commentaires »

  1. Merci Aliocha, je trouve votre nouveau billet particulièrement intéressant, parce que sa problématique sous-jacente n’est pas limitée a la finance !

    Que faire lorsque les hommes politiques essayent de réguler les scientifiques alors qu’il n’ont aucune formation en la matière ?
    Que faire en terme de politique économique quand l’Etat n’est plus que l’un des acteurs, a défaut de pouvoir en être le régulateur ?

    Bref, comment gérer la complexité sans s’interdire de recours a des produits, des expériences ou des outils de plus en plus compliqués ?
    La crise financière n’est de ce point de vue qu’une illustration de ce changement radical de notre environnent, et du besoin impérieux du politique en ce qu’il est non omnipotent mais porteur d’un projet ou d’une direction.

    Commentaire par henri — 22/09/2008 @ 12:59

  2. Lorsque je lis la description de certains produits financiers, j’ai l’impression de me retrouver dans un exposé de théorie des jeux. Si j’ai bien compris, au lieu de simplement parier à la hausse ou à la baisse d’un cours, on parie sur des paris, avec plusieurs degrés d’itération.

    Si j’ai bien compris également, les gens ont confondu une notation à l’instant t avec une note permanente. Des banques ont pris des positions risquées en les faisant couvrir par d’autres banques jugées « solides », mais comme tout le monde a pris ce type de position, globalement, le système est devenu fragile. Seulement, comme chaque banque, prise isolément, était bien notée, on ne s’en est pas aperçu. (Les habitués de mon domaine scientifique verront ici un problème de point fixe mal approximé par un unique pas de calcul..)

    Commentaire par DM — 22/09/2008 @ 13:13

  3. « Plus généralement, des produits devenus trop complexes pour être compris par le management d’une banque devraient attirer l’attention et, en conséquence, ne plus être utilisés”.

    Qu’est ce qui ne devrait plus être utilisé? les produits ou le management de la banque? 😉

    Commentaire par Mussipont — 22/09/2008 @ 13:16

  4. Malheureusement ce que vous dites est en gros valable pour tout système d’information. Leur rôle est tout de même de masquer la complexité du métier pour que les dirigeants puissent prendre des décisions. Dans le secteur où je bosse (l’informatique pour la statistique), notre hiérarchie est incapable de comprendre le fond des choses, que ce soit au niveau informatique (les logiciels et méthodes utilisées) ou au niveau métier (les séries statistiques à analyser). Je pense que c’est normal. Ce n’est pas leur rôle. Mettre des ingénieur au conseil d’administration serait, hum, audacieux. Les expériences des années 80 n’ont pas exactement montré la validité de cette voie (voir l’histoire de l’entreprise Digital par exemple). De même on ne vas pas demander aux conseils d’administration de posséder les connaissances en calcul stochastique nécessaires pour comprendre les produits financiers.

    Ce qui est choquant dans l’extrait que vous mettez en valeur, c’est que le système d’information remonte une description incomplète des agrégats à partir desquels les dirigeants prennent leur décision. Pour moi le problème n’est pas dans les produits (ils sont complexes, et c’est normal, c’est à la base de leur efficacité), mais dans le système de « reporting » utilisé. Quand on est mal informé, on prend de mauvaises décisions…

    Commentaire par stephane — 22/09/2008 @ 13:20

  5. DM : je pense qu’on peut même aller un cran puis loin. Les produits sont basés sur les probabilités des actions que les autres acteurs vont prendre. Un pari sur la probabilité des autres paris. Mais ça ne me choque pas plus que ça. C’est ce qu’on fait intuitivement quand on fait de la stratégie non ?

    Sinon, oui, il y a un problème de modélisation de la notation qui est survenu suite à l’introduction des techniques de « titrisation » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Titrisation). Enfin si j’ai bien compris 🙂

    Commentaire par stephane — 22/09/2008 @ 13:26

  6. Je ne suis pas sûr que la complexité soit un critère pertinent pour juger de l’intérêt d’utiliser une technique plutôt qu’une autre. Je suis certain que les rédacteurs en chef de journaux ne connaissent pas grand chose à l’imprimerie ce qui ne les empêche pas de bien faire leur travail.

    Je ne me fais pas davantage d’illusion sur l’inventivité des professionnels de la finance pour contourner les règles qui leurs seraient imposées.

    Commentaire par Jérôme — 22/09/2008 @ 14:20

  7. Qui jouerait aux billes pour des milliards si elles étaient de densité variable (ce qui donne une trajectoire imprévisible)?

    Il semble que nos financiers en soient « capables » (comprendre: « ils ont les c*uilles bravo ») par contre quand les châteaux de cartes s’écroulent y’a plus personne…

    à stéphane: le problème quand on remonte toute l’information, c’est que la quantité devient totalement indigeste, vu la complexité de leur jeux ils ont fait le choix de jouer les yeux fermés, parce qu’ils savent qu’ils ne comprennent plus les implications des règles… qu’ils ont eux même poser (on parle de « produits » financiers, donc par exemple des types de contrats de prêts qu’on vas faire aux particulier, et dont les remboursement seront la « production » d’argent). Si les produits ont des implications trop complexes ou trop aléatoires (ce qui revient au même) tous les indicateurs du monde ne suffisent pas à comprendre.

    Donc oui, la finance est devenus folle de sa gourmandise, de sa quête d’une « innovation » financière, destiné a toujours plumer plus sur le client, de la banque ou de la compagnie d’assurance, de retraite privé et autres. Un système qui tourne en roue libre et déconnecté de la réalité, jusqu’à ce qu’elle frappe… dur.

    Aliocha : Attention à ne pas sombrer dans l’extrêmisme. Que des mathématiciens de génie imaginent des produits financiers de plus en plus sophistiqués, c’est dans leur nature et c’est leur mission. Ils ne le font pas pour « plumer » qui que ce soit. Ce sont ceux qui les utilisent ensuite qui peuvent être imprudents ou malintentionnés. Le problème est celui des limites à fixer. Cela suppose d’arbitrer entre d’un côté la nécessaire innovation qui permet à un pays d’être compétitif et à une industrie de se développer et donc de créer de la richesse et, de l’autre, la sécurité qu’il convient de garantir raisonnablement. L’une des raisons de la crise, c’est que ces arbitrages ont été mal fait.

    Commentaire par tshitman — 22/09/2008 @ 14:45

  8. @stephane: Lorsqu’on a parlé avec horreur de la « titrisation », et que des gens disaient que c’était étrange que l’on fasse commerce de dettes, je me suis demandé en quoi cela était différent de l’émission d’obligations banales.

    En supposant exact l’article de Wikipédia, la titrisation consiste en la création de sociétés à usage unique, dans lesquelles on met tout un paquet d’actifs (par exemple des créances de crédits) et qui émettent ensuite des obligations. La différence avec les obligations « classiques » c’est la nature uniquement financière et spécialisée de la société émettrice…

    Il faudra qu’un jour je comprenne vraiment les mécanismes de l’émission monétaire et de la création de monnaie…

    Commentaire par DM — 22/09/2008 @ 14:45

  9. J’aimerais bien savoir ce qu’en pense Jérome Kerviel de tout ça. A côté de la crise des subprimes (ses causes et ses effets) ce qu’il a fait (ou pas) apparaît comme une vaste rigolade. C’est de toute façon le système financier tel qu’il est conçu qui a permis à Kerviel ses agissements. C’est la globalisation financière sans freins qui a engendré Kerviel.

    Commentaire par Cybotron — 22/09/2008 @ 15:00

  10. A Aliocha, pour sa réponse à tshitman (commentaire 7)

    « Aliocha : Attention à ne pas sombrer dans l’extrêmisme. Que des mathématiciens de génie imaginent des produits financiers de plus en plus sophistiqués, c’est dans leur nature et c’est leur mission. Ils ne le font pas pour “plumer” qui que ce soit. »

    Si. C’est un jeu à somme nulle : l’argent qu’ils gagnent, ils le prennent à quelqu’un.

    Commentaire par jp-rouen — 22/09/2008 @ 15:14

  11. Bonjour,
    Je crois que ce que les financiers trouvent complexe, c’est de ne pas savoir prévoir quand les risques qu’ils prennent peuvent les pénaliser eux ou les « autres ».
    Je ne suis pas certain qu’on puisse considérer que la finance est un jeu à somme nulle, car le mouvement d’argent semble au final se faire des poches de gens qui n’y jouent pas dutout vers les poches des joueurs.

    Quant à la titrisation, j’ai compris qu’il s’agissait de créer des produits financiers convertibles, permettant d’échanger des types de produits (par exemple des crédits) avec d’autres types de produits (on va dire des biens immobiliers), et on peut ainsi titriser des produits titrisés. C’est ainsi que seraient obtenus des produits complètement abscons.

    Enfin, en ce qui concerne la régulation, je m’interroge, j’ai l’intuition que ça servira surtout à protéger ces acteurs…
    C’est bien ce qu’on voit avec les 1000 milliards de dollars qui seront fournis, si j’ai bien compris, par les contribuables américains…
    Ça ne ressemble pas à un jeu à somme nulle.

    Commentaire par DePassage — 22/09/2008 @ 15:53

  12. Ne faudrait-il pas remonter le débat d’un cran ?
    Les crises financières existent depuis que les hommes font commerce. Celles du XXe siècle sont encore bien présentes à nos esprit, mais pas seulement parcequ’elles sont récentes.

    Parcequ’il semble que la « taille » de ces crises (en terme de montant d’argent en jeu, mais aussi de couverture géopolitique) devienne de plus en plus grande.

    Mondialisation et recherche exacerbée (jusqu’à l’aveuglement) du profit expliquent l’ampleur de celle de cette dernière année.

    La finance s’est de plus en plus détachée de l’économie réelle (d’ailleurs la monnaie n’a plus d’équivalent or depuis plus de 35 ans), mais sans rompre complètement avec elle.
    Et cette rupture est bien sûr impossible, car sinon ce n’est plus de l’économie, mais du virtuel.

    Or la réalité prend un malin plaisir à nous réveiller brutalement.

    Au début des années 2000, il y a eu ceux qui ont rêvé de sociétés-web qui prométaient des croissances folles …
    Il n’était pourtant pas si « complexe » que ça de se rendre compte qu’un grand nombre de ces « start-up » n’étaient bâties que sur « du vent », et que leur « business model » n’était merveilleux que sur la forme …
    Et pourtant, des milliards y ont accouru … et ont « disparu » lorsque les premières défaillances ont été patentes.

    Ces 3 dernières années, il n’était pas si « complexe » de comprendre que créer des emprunts pour des personnes mal informées (sur la variabilité des taux) et ayant une capacité de remboursement très faible, mais de se rassurer en disant que tout est garanti par l’hypothèque sur de l’immobilier qui « ne fait que monter », c’était croire que les arbres peuvent monter jusqu’au ciel !
    Mais pourtant, grace à des « outils financiers » qui n’ont fait qu’agraver la situation, des milliards y sont allé …

    Mais tout cet argent, en grande partie « virtuel », n’a pas complètement disparu.

    D’une part il y a les maisons et autres immeubles physiques qu’il a servi à construire … même si ces derniers ont perdu de la valeur (l’offre devenant bien supérieure à la demande).
    D’autre part, il va être « matérialisé » par l’effort que les contribuables devront fournir pour honorer les promesses de « création » d’argent liées aux crédits « subprime ».

    Et puis surtout, il y a l’économie réelle, celle des échanges de biens et produits palpables.
    Or, aux USA, cette économie réelle c’est avant tout la Chine, et les pays orientaux, en plus du Mexique.

    Finalement, on est peut-être au bord d’une « fin de civilisation », ou en tout cas d’un certain type de civilisation.
    La Chine s’est réveillée, et elle peut, si elle le veut, « acheter » l’économie américaine.
    Mais elle hésite … a-t-elle confiance dans le capitalisme et le libéralisme « à l’américaine » ? Sans doute non.

    Que nous réserve l’avenir ?
    Je laisse les journalistes enquêter et questionner de bien meilleurs « sachants » que moi …. en espérant qu’il n’y aura pas trop de « langue de bois ».

    Commentaire par Yves D — 22/09/2008 @ 16:10

  13. A DePassage

    « Je ne suis pas certain qu’on puisse considérer que la finance est un jeu à somme nulle, car le mouvement d’argent semble au final se faire des poches de gens qui n’y jouent pas du tout vers les poches des joueurs. »

    Si vous jouez sur les mots, disons un méta-jeu.
    Le principe que ce qui entre dans une poche sort d’une autre est LA définition du jeu à somme nulle.
    Et pendant que j’y suis, un minirectificatif : le « ils » de « ils gagnent », c’est les utilisateurs des outils, bien sûr, pas les créateurs. Mais les créateurs savent à quoi va servir leur outil mathématique.

    Commentaire par jp-rouen — 22/09/2008 @ 16:17

  14. Damned, il y a déjà un journaliste qui abouti aux mêmes conclusions que moi !!

    Ca me rassure (quoique), et comme c’est clair et bien écrit, je vous encourage à le lire:
    http://www.rue89.com/2008/09/22/la-crise-financiere-tremplin-pour-la-chine

    Commentaire par Yves D — 22/09/2008 @ 16:29

  15. A mon avis, les systèmes de contrôle dans les salles de marché ne sont pas à l’origine de la crise. Il ne suffit pas de mettre en place des « garde-fous » pour éviter les risques, encore faut-il réagir lorsque les clignotants préviennent d’un danger. Il s’agit d’une intervention de management, semblable à celle d’un contrôleur aérien qui se rend compte sur son écran qu’une collision en vol est imminente. Or, dans la crise des subprimes que nous traversons, la catastrophe était annoncée depuis longtemps, mais les traders ont eu pour mission de « refiler la patate chaude » à leurs petits copains… A la fin, les moins chanceux n’ont plus réussi à écouler leur stock de patates et ce fut le début de la désintégration en chaîne, l’effet « dominos ».

    La véritable responsabilité des financiers dans cette affaire a été d' »habiller » des produits pourris dans des enveloppes attrayantes, à destination des « gogos » boursicoteurs. Eux, savaient que ces produits étaient frelatés, mais ils les ont propagés sans scrupules sur le Marché, un peu comme les Chinois qui ont, froidement, mélangé de la mélanine aux laits en poudre pour en augmenter le taux en protéines.

    Bref, les systèmes de contrôle ne sont pas la cause de la crise, pas plus que le reporting (sur lequel on a pudiquement fermé les yeux), mais ce fiasco est dû à un système mafieux qui s’est introduit sournoisement dans le monde de la finance. Et il y aura du boulot pour faire le ménage, car l’ensemble du monde bancaire est concerné…

    Commentaire par ramses — 22/09/2008 @ 17:44

  16. @ Yves D

    La Chine attendra que le Trésor américain ait « dépollué » les produits financiers, avant de se porter acquéreur des nouvelles obligations « garanties ». Comme le souligne l’article que vous soumettez en lien, les Chinois n’ont pas la même notion du temps que les occidentaux. Mais leur but final est de devenir la 1ère puissance économique mondiale.

    C’est à ce moment là que se produira la « grande déflagration », car les Américains n’accepteront jamais de perdre leur leadership planétaire.

    Avez-vous entendu parler de :

    « The Origins Of The American Military Coup Of 2012 »
    Une fiction par Charles J. Dunlap, Jr lieutenant-colonel de l’US Air Force, Parameters, 1992.

    En voici le « pitch » :

    Une fiction, rédigée en 1992 à la demande de Colin Powell, circule aujourd’hui parmi les officiers de l’armée des États-Unis. Elle décrit un coup d’État militaire en 2012, après que les forces armées se sont substituées au pouvoir civil pour l’aide sociale et médicale, l’éducation, les transports ; et que le commandement ait été unifié pour assurer la « défense de la patrie ». Douze ans après sa publication, ce scénario est en grande partie réalisé par les néo-conservateurs…

    Etonnant, non ?

    Aliocha : Cher Ramses, voulez-vous m’expliquer le lien entre votre fiction et le sujet du billet ? Je suis obligée de préciser à mes lecteurs que je ne cautionne pas votre hors sujet, cela dit sans vouloir vous offenser. J’en profite pour rappeler que ce sont souvent les mêmes qui ne croient pas ce qu’ils lisent dans la presse et vouent, paradoxalement, une confiance aveugle à ce qu’ils trouvent sur le web pour peu que ce soit digne d’un film d’espionnage. Savez-vous la différence entre les deux types d’informations ? Celles de la presse sont largement diffusées, elles sont vérifiables et contestables. Les théories fantaisistes en revanche qui circulent sur le web n’engagent que leurs auteurs et leur source est souvent sujette à caution.

    Commentaire par ramses — 22/09/2008 @ 18:07

  17. @ Chère Aliocha,

    Cet ouvrage a été largement débattu dans « Harper’s Magazine » d’avril 2006 et est cautionné par Collin Powell (qui, je vous le rappelle, a occupé les fonctions de Condolezza Rice)… Il ne s’agit donc pas « d’élucubrations dignes d’un film d’espionnage ».

    http://www.harpers.org/archive/2006/04/0080995

    Il ne me semble pas non plus que mon commentaire soit hors-sujet avec votre billet « Quand la finance échappe aux financiers eux-mêmes »… qui a amené une réflexion pertinente sur la position de la Chine.

    Pourquoi ne pas aller au fond des choses ? Ca vous paraît tellement extravagant ?

    Commentaire par ramses — 22/09/2008 @ 18:46

  18. Aliocha : une solution possible pour ceux que l’aspect « calcul stochastique » de la finance rebute est de lire la crise comme une crise de propriete que de marche (lien via econoclaste). http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/columnists/guest_contributors/article4768564.ece

    Et là, votre esprit de juriste doit vous permettre de faire progresser le débat (qui rase les paquerettes sur ce sujet depuis deux semaines).

    Felicitations pour l’ouverture de ce blog, il est plaisant qu’Eolas trouve des rivaux/amis hors de sa sphere..

    Commentaire par Paul — 22/09/2008 @ 18:56

  19. @Aliocha: « J’en profite pour rappeler que ce sont souvent les mêmes qui ne croient pas ce qu’ils lisent dans la presse et vouent, paradoxalement, une confiance aveugle à ce qu’ils trouvent sur le web pour peu que ce soit digne d’un film d’espionnage. »

    En effet, et ce sont souvent les mêmes qui récusent la « science officielle », soi-disant menée par un mélange d’inconscients qui ne pensent pas et de sournois inféodés au grand capital et au complexe militaro-industriel, qui croient à n’importe quelle fadaise qu’ils lisent sur Internet, dans des feuilles de chou spécialisées en théories alternatives… voire dans certains médias grand public qui n’hésitent pas à se jeter dans ce filon juteux.

    Commentaire par DM — 22/09/2008 @ 19:16

  20. Vous dites que le problème est que la finance est devenue trop complexe pour les financiers. J’ai l’impression que le problème est pire encore. Même simplifiée à l’extrême, la finance semble conduire à des résultats désastreux.

    J’ai en mémoire cette expérience faite par un prix Nobel d’économie, où il laissait des vrai traders s’amuser pendant une certaine durée avec un fond dont il avait précisé dès le début la valeur de rachat au terme de l’expérience, terme lui aussi connu dès le début. Les traders savaient donc exactement la valeur de ce qu’ils achetaient. Çà n’a pas empêché un gonflement démesuré des prix (plus de 2* la valeur, je crois), avant un crack peu avant l’échéance.

    Something is rotten in the state of Denmark.

    Commentaire par Gathar — 22/09/2008 @ 21:29

  21. @ jp-rouen,
    certes il s’agissait d’un jeu de mot, mais je pensais que ça pouvait mener à cette idée que les valeurs « jouées » sont au fur et à mesure des « tours » déconnectées de celles qui sont à l’origine : ceux qui usent des outils valorisent des biens, sur-valorisent les produits créés à partir de ces biens, et si ça passe, banco pour eux, si ça casse, eh bien c’est le jeu de la patate chaude.
    La somme initiale ne correspond pas à la somme finale, enfin apparemment.

    Mais je reconnais que je ne m’y connais pas en théorie des jeux, et il est possible que je dise des bêtises. Après tout, si comme je lai entendu je ne sais plus où, en considérant que la crise est un rééquilibrage, on se retrouverait bien dans un jeu à somme nulle.
    Je vais essayer de me renseigner, du coup 🙂

    Commentaire par DePassage — 22/09/2008 @ 21:49

  22. @Gathar: Il me semble aussi avoir entendu parler de ces expériences – des phénomènes de « bulles » spéculatives à la hausse dans des environnements parfaitement contrôlés. Auriez-vous une référence bibliographique? (Je subodore que j’ai vu cela dans la chronique d’Ekeland dans _Pour la science_.)

    Commentaire par DM — 23/09/2008 @ 07:27

  23. […] comprend rien. Le truc, c’est que l’écrasante majorité de ceux qui font de la finance n’y comprennent souvent rien non plus, et la seule différence entre eux et nous, c’est que ça ne les arrête pas. Ils sont tout […]

    Ping par La criiiiise ! « Ne Cede Malis — 23/09/2008 @ 13:00

  24. @DM (22) : J’avais lu ça dans un article de La Recherche.

    Commentaire par Gathar — 23/09/2008 @ 15:01

  25. Bonjour Haliocha,

    On est donc en plein phénomène de création monétaire.

    Mais là, ça n’a pas marché, in fine.

    Il y a création monétaire lorsqu’il y a monnaie scripturale et crédit.

    Pour paraphraser Patton, on pourrait même dire que la monnaie scripturale et le crédit sont les deux plus magnifiques inventions du genre humain, avec la Jeep et le fusil Garand M 1.

    Si les deux derniers servent à faire la guerre, ce qui en principe revêt un sens précis, les deux premiers rendent possible la création d’une richesse, ce qui a là aussi un sens précis.

    Lorsque la richesse créée l’a été à crédit et uniquement en monnaie scripturale, il est à peu près certain qu’il n’y a pas création de richesse, mais report d’une dette vers le futur.

    La soutenabilité de cette dette devient problématique lorsque la valeur de l’actif de base sur lequel était adossée l’opération (un paquet de biens immobiliers) baisse, et surtout baisse trop vite.

    En soi cela ne serait pas si grave que ça, mais l’opération dont on parle c’est la création monétaire par le système bancaire sur un très gros paquet d’encours.

    La question qu’on peut se poser est de savoir pourquoi le système bancaire a eu besoin de créer autant de monnaie alors qu’il y a plutôt un excédent d’épargne au niveau mondiale (de la richesse déjà produite a été matérialisée en monnaie scripturale pour être stockée sur des comptes).

    Pourquoi ont il fabriqué de la junk money alors qu’il y a plein de real and good money?

    Pire, cet excédent de real money est sous employé nous dit on: l’investissement au niveau mondial est plutôt faible par rapport aux disponibilités. De fait, il n’y a pas énormément de grands projets d’investissement au niveau mondial, alors que les besoins ne manquent pas (cette info a peut être bougé, elle date de deux ans environ, mais je ne pense pas).

    En somme, il y a de la ressource disponible, mais pas assez d’emplois.

    De là à imaginer que le système financier, en mal de grands projets d’investissement, se soit littéralement amusé à créer de la junk money pour passer le temps, il n’y a qu’un pas que je suis tenté de franchir.

    Si cette supposition était exacte, elle serait assez inquiétante car elle révèlerait que le système bancaire américain, et tous ceux qui s’alignent sur lui d’une façon ou d’une autre, sont incapables de s’abstenir de créer de la monnaie alors qu’il n’y en a moins besoin et que cette frénésie de création monétaire n’a d’autre raison d’être que la perpétuation du système.

    D’une certaine façon, c’est un comportement typiquement soviétique: on continue à produire quelque chose qui n’a aucune utilité, mais c’est dans le plan quinquennal, alors on le fait camarade! Et c’est ainsi que mon usine soviétique va produire sans désemparer 30 millions de moules à gaufre, sans se demander s’il y a les débouchés.

    D’où le paradoxe: un système globalement dérégulé en arrive aux mêmes situations d’échec qu’un système hyper régulé.

    Dans le fond, le capitalisme libéral a toujours prétendu qu’il était le meilleur moyen d’allocation des ressources aux emplois,par le mécanisme du marché. Et là, il montre qu’il n’est pas tout à fait à la hauteur des espoirs qui ont été placés en lui.

    L’autre paradoxe est la faiblesse relative de l’investissement mondial compte tenu des besoins non couverts de l’humanté.

    A partir du moment où un système bancaire est capable de créer des produits financiers qui ont pu valoriser des actifs immobiliers de pacotille (parce qu’au début ça a bien marché ce système) on pourrait s’étonner qu’il ne soit pas capable d’en faire autant pour une famine par exemple, ou une maladie, ou la protection de la biodiversité.

    Derrière chacune de ces dépenses, il y a pourtant un actif correspondant qui n’attend que d’être valorisé.

    Eh ben non, en définitive, les produits financiers restent très stéréotypés, conçus comme des jouets qui doivent plaire aux enfants à qui ils sont destinés, des golden boys.

    Ce conformisme intellectuel et cette frénésie de création monétaire pour la création monétaire montre que le système tourne à vide.

    Qui finance la lutte contre le sida au niveau mondial? Des milliardaires à travers des fondations.

    Qu’est devenu le projet de conquête spatiale? Pas grand chose à part envoyer des touristes dans l’espace, à l’initiative de sociétés privés.

    Par qui sont traitées les maladies rares? Par des labos des pays du Sud, avec leurs faibles moyens.

    Quelle est la principale préoccupation de l’Amérique d’aujourd’hui? Se désengager de l’Irak.

    La France a t’elle une stratégie globale? A part payer ses dettes, non.

    Stratégie de l’Allemagne? Continuer à exporter des stabilos et des biens d’équipement et assumer son leadership en Europe.

    Quelle est la stratégie de la Russie? Reconquérir son statut de grande puissance en cassant la gueule des géorgiens.

    Japon? Faire danser des robots.

    Etc.

    Dans cette ordre d’idées, la crise des subprimes serai tout à fait normale. Quand on s’emmerde, on fait des conneries. La nouvelle frontière ne fait plus rêver personne.

    Mais de là à en tirer pour conclusion que le système va s’effondrer, se serait très prématuré.

    Commentaire par tschok — 23/09/2008 @ 18:01

  26. Bonsoir tschok,

    « Quelle est la principale préoccupation de l’Amérique d’aujourd’hui? Se désengager de l’Irak. »

    Je ne pense pas… Au fond, cette guerre leur coûte moins cher en 5 ans que les 2 folles semaines qu’ils viennent de vivre !

    Je pense par contre que l’Amérique est très soucieuse de conserver son leadership planétaire…

    La première idée qui leur est venue était de tendre la main aux autre pays occidentaux pour qu’ils volent à leur secours… Apparemment l’Europe n’en a pas les moyens…

    Le contribuable américain renâcle… 2.000$ par tête, ce n’est pas rien (et ce n’est qu’un début).

    Comment vont-ils s’y prendre pour financer cette « grande lessive », tout en restant les Maîtres du Monde ?

    – En laissant filer le $ (tout en renchérissant l’énergie) ?
    – En déclenchant une nouvelle guerre avec l’Iran ?
    – Pire ?

    A votre avis ?

    Commentaire par ramses — 23/09/2008 @ 18:27

  27. Bonjour Ramses,

    Vous voulez dire qu’il se ficheraient de cette guerre parce qu’elle leur coûte moins cher qu’une bonne crise financière?

    Ce serait faire des Américains des gens essentiellement matérialistes qui n’accorderaient d’importance aux choses qu’en fonction du coût exprimé en USD.

    Vous allez trop vite pour moi, là.

    D’autre part vous établissez un lien entre la crise des subprimes et l’éventualité d’une guerre avec l’Iran, cette dernière étant présentée comme l’antidote de l’autre.

    Là encore, vous allez trop vite pour moi.

    Ce qui purge le plus surement une dette, c’est la croissance, pas la guerre.

    Si cette croissance a lieu dans une économie dotée d’un bon système de partage de la valeur ajoutée, vous pouvez même vous payer le luxe d’une inflation élevée, non seulement indolore mais bénéfique puisque le taux d’intérêt réel peut devenir négatif.

    A mon avis la solution est là: une croissance dans le partage de la valeur ajoutée.

    J’ai cru comprendre que c’était la stratégie que les autorités monétaires US mettaient en place en utilisant leur moyen favori: le crédit…

    🙂

    Commentaire par tschok — 24/09/2008 @ 11:36

  28. @ tschok

    Je pense qu’il faut distinguer « le peuple américain » et les dirigeants.

    Il est évident que le peuple souhaiterait voir s’arrêter cette guerre en Irak, mais ce n’est pas le cas des dirigeants, qui y trouvent un certain nombre d’avantages (sinon, ils ne l’auraient pas déclenchée).

    Au coût de la guerre, il faut mesurer les profits, engendrés notamment par le pétrole et les différentes retombées sur l’industrie de l’armement (rien pour les Irakiens, soit dit en passant).

    D’autre part, les soldats tués sont en majorité des mexicains titulaires d’une « green card », à qui l’on fait miroiter une naturalisation. Ce qui explique qu’une majorité d’Américains soit malgré tout pour un maintien en Irak. D’ailleurs, aucun des deux candidats à la Maison Blanche ne se prononce clairement pour un retrait.

    En ce qui concerne la croissance, elle est tirée en grande partie du crédit. Chaque Américain est grevé de dettes personnelles, proportionnelles avec leurs salaires… Plus on gagne d’argent, plus on s’endette, c’est une véritable fuite en avant, qui a jusqu’ici soutenu l’économie.

    Or, la crise financière actuelle (qui va bien au-delà de celle des subprimes) va brutalement stopper la croissance, en coupant les crédits, non seulement aux individus, mais aux industriels.

    L’Amérique est donc d’ores et déja en récession et leurs intérêts financiers étant solidaires des autres pays, notamment européens, c’est donc une récession mondiale qui s’annonce.

    Notre Président et notre Ministre des Finances ne se font d’ailleurs aucune illusion… Quand l’Amérique tousse, tout le monde s’enrhume !

    Les fonds qu’essaie de lever actuellement le Trésor ne sont pas destinés à relancer l’économie, mais à combler des pertes… C’est très différent.

    Commentaire par ramses — 24/09/2008 @ 15:31

  29. Des pertes?

    Il n’y a pas de perte en économie, seulement de l’argent qui change de main (niveau micro économique) ou de l’argent qui n’est finalement pas créé (niveau macro économique).

    Les subprimes représentaient une monnaie abstraite, fictive jusqu’au dénouement finale de l’opération. Mais l’opération s’est refermée sur des actifs dévalorisés, d’où « perte ».

    Ont perdu dans l’opération tous ceux qui ont misé de l’argent au moment de l’effondrement. Dans leur cas, leur argent a changé de main. Au niveau micro, ils comptabilisent une perte qui se retrouve comptabilisé en gain dans la comptabilité du vis à vis.

    Au niveau macro, le ballon s’est dégonflé: de la monnaie a été créée, elle se révèle de pacotille, donc, elle vaut 0, ou X moins quelque chose.

    Comme elle a été injectée dans le circuit économique, il faut bien la « racheter ». L’idéal serait de la racheter à son prix virtuel, mais c’est énorme. Alors on la rachète au rabais.

    En levant des fonds, le trésor américain ne fait jamais que réinjecter de l’argent dans l’économie et il le fait… à crédit: la destruction monétaire est partiellement compensée par une création monétaire.

    Tout le problème, c’est de calibrer la dose et de choisir le bon moment pour réinjecter l’argent, ce n’est pas tellement une question de « coût », ce qui ne signifie rien au niveau macro économique.

    Donc quand vous dites « les fonds qu’essaie de lever actuellement le Trésor ne sont pas destinés à relancer l’économie, mais à combler des pertes… C’est très différent » je vous répondrais que je n’ai pas du tout cette vision là.

    Le Trésor US ne fait que rétablir les conditions de base de la croissance en substituant à une création monétaire vérolée (les subprimes)une création monétaire saine (par emprunt).

    Commentaire par tschok — 24/09/2008 @ 17:11

  30. @ tschok

    Ce qu’il y a de bien, en économie, c’est que toutes les théories peuvent être démontrées (et démontées) avec le même applomb…

    Mais tout n’est pas « que » virtuel dans la Finance… Ce n’est pas « qu’un jeu d’écritures ».

    Lorsque le Trésor cherche à ponctionner des sommes astronomiques pour jouer aux pompiers, la perte est bien réelle dans le portefeuille des citoyens… On parle aujourd’hui de 2.000$ pris dans la poche de chaque contribuable américain, sous forme d’impôt nouveau (et c’est sans doute loin de la réalité).

    Vous n’appelez pas ça une perte ?

    Et ne me dites pas que cet argent sera réinjecté dans l’économie : On éponge des dettes, on ne crée pas de richesse.

    Commentaire par ramses — 24/09/2008 @ 17:45

  31. Ramses,

    Je n’ai jamais dit qu’il y avait création de richesse dans cette affaire, mais restauration des conditions de la croissance.

    Justement, ma thèse est de dire qu’il n’y a pas eu création de richesse, mais création monétaire. On a créé de la monnaie, mais cette monnaie correspond à un actif qui s’est dévalorisé (un paquet d’actifs immobiliers).

    Cela dit, cette création monétaire existe en tant que telle car elle correspond à des créances qui sont réclamées par leurs bénéficiaires. Ceux qui doivent les payer n’ont que la valeur de l’actif correspondant.

    Or, comme toute l’opération reposait sur des effets de levier, donc des effets multiplicateurs, vous pouvez parier que la valeur de cet actif doit être « divisée ». Celui qui s’est engagé doit payer pour X fois plus que la valeur de départ d’un actif qui est aujourd’hui, en outre, dévalorisé en raison des conditions du marché immobilier.

    Au niveau micro, énormément d’argent a ou va changer de main. Pour celui qui subit cela, il y a perte. Pour son vis à vis, il y a gain. C’est le jeu.

    Donc, je suis d’accord avec vous: la finance n’est pas qu’un « jeu d’écriture » au sens où elle correspond bien à quelque chose qui in fine deviendra exigible. Il y aura un créancier et un débiteur.

    Mais quand vous dites : » ne me dites pas que cet argent sera réinjecté dans l’économie : On éponge des dettes, on ne crée pas de richesse » vous confondez investissement et injection de liquidités, ce qui n’a rien à voir.

    Je ne vous parle pas d’investissement, je dis simplement que pour restaurer des conditions optimales de croissance on est obligé de réinjecter des liquidités dans le circuit, afin de remplacer de la créance vérolée par de la créance saine.

    L’investissement viendra après, si les agents économiques se décident enfin à investir dans autre chose que des produits financiers qui ne créent aucune richesse mais engendrent de la monnaie fictive.

    C’était d’ailleurs l’objet de mon com 25.

    En ce qui concerne le contribuable: en macro économie on dit que toute dépense, quelque soit sa forme est finalement assumée par le consommateur, le contribuable, le salarié ou l’actionnaire.

    Le problème n’est donc pas de savoir qui va payer puisque ça, on le sait déjà.

    Le problème est de savoir si cette dépense est soutenable.

    Pour qu’elle le soit il faut de la croissance, un bon système de partage de la valeur ajoutée et une inflation de préférence maîtrisée.

    Donc, il faut restaurer les conditions de la croissance. C’est la condition de départ pour les Américains. Ensuite on peut toujours discuter du partage de la valeur ajoutée, c’est un sujet révolutionnaire depuis Marx. Et de la maîtrise de l’inflation.

    Sur ce dernier sujet, la BCE semble placer la maîtrise de l’inflation avant la restauration des conditions de la croissance, y-compris dans le cadre de cette crise.

    Je suis incapable de m’expliquer les subtilités de ses choix stratégiques différents entre le trésor US et la BCE.

    Si vous avez une idée, n’hésitez pas.

    Commentaire par tschok — 24/09/2008 @ 20:16

  32. @ tschok

    Sur votre dernière remarque et pour schématiser, le Trésor US fait prospérer la dette publique (11.000 milliards $), alors que la BCE essaie de contenir les déficits.

    Dans un bilan, il n’y a pas que le compte d’exploitation, il y a aussi les engagements…
    Quand ceux-ci dépassent la valeur de l’actif, la Société est en faillite… C’est ce qui est en train d’arriver à la Société américaine.

    Je pense que le « rêve américain » a été basé sur une consommation effrénée de biens achetés à crédit, alors que les européens ont le réflexe « épargnant », surtout en période de crise.

    « La cigale et la fourmi », en somme 🙂

    Mais dîtes-moi, je vous croyais Avocat, et je vous sens féru d’Economie… C’est rare, en général les chiffres et les lettres ne font pas bon ménage 🙂

    Commentaire par ramses — 25/09/2008 @ 01:57

  33. Bah!

    L’abstraction monétaire est un sujet qui me fascine. Et puis il est vivement conseillé à un avocat d’avoir quelques notions de comptabilité et d’économie.

    Pour ma part je pense que le rêve américain repose sur une forme supérieure d’abstraction monétaire, par rapport à une Europe moins évoluée de ce point de vue là.

    C’est un peu comme si vous compariez l’Espagne du XVIième siècle à la Hollande du XVIIième siècle, c’est un peu le même genre de décalage.

    PS: les engagements ne correspondent pas nécessairement à un passif exigible. La faillite, ou cessation des paiements, ne se produit pas lorsque le montant des engagements dépasse celui des actifs, et heureusement, mais lorsque l’entreprise ne peut faire face à son passif exigible avec son actif disponible.

    C’était juste pour pinailler 🙂

    Commentaire par tschok — 25/09/2008 @ 13:47

  34. @ tschok

    Les réserves d’or du Trésor américain sont actuellement d’environ 8.000 tonnes, soit à la louche 300 milliards $ (c’est l’actif disponible)… A comparer avec une dette publique de 11.000 milliards $…(c’est le passif exigible).

    Imaginons que tous les créanciers des Etats-Unis, perdant confiance dans leur Economie, réclament leur dû (c’est une hypothèse d’école, quoique…), qu’est-ce qui se passera, à votre avis ?

    Vous me direz que les USA sont aussi créanciers d’autres pays… 1.000 miliards $ à la louche.

    C’est exactement votre définition de l’Entreprise en faillite 😉

    Un lien intéressant, à réactualiser naturellement, puisque les chiffres remontent à 1999. Depuis, la situation s’est nettement détériorée.

    http://books.google.fr/books?id=40kaPdTIcR4C&pg=PA367&lpg=PA367&dq=valeur+des+cr%C3%A9ances+am%C3%A9ricaines+sur+l'%C3%A9tranger&source=web&ots=MCnuXDbDfR&sig=ui5Yil4snMhmN-Kfick7vppgVYQ&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=1&ct=result#PPA368,M1

    Commentaire par ramses — 25/09/2008 @ 16:54

  35. Euh,

    Ramses,

    la convertibilité du dollar en or, c’est fini depuis plus d’une génération.

    Ca marche plus du tout comme ça.

    La masse monétaire n’est plus la contre valeur d’un stock d’or (depuis en fait très longtemps)

    En fait la valeur externe d’une monnaie est gagée sur la valeur d’une économie, plus précisément son aptitude à produire de la richesse, mesurée en taux de croissance annuelle du PIB.

    C’est ça qui remplace l’or de Fort Knox qui n’est conservé que pour gager une partie de la valeur INTERNE de la monnaie (et une partie seulement).

    Vous me suivez?

    Commentaire par tschok — 25/09/2008 @ 18:06

  36. @ tschok

    Je le sais bien que ça ne marche plus comme ça, mais quand l’économie produit de la pauvreté, c’est à dire un PIB négatif, dans les faits, ça ne marche plus du tout…

    300.000 milliards $ d’or comparés à 11.000 milliards $ de dette, ce n’est plus une couverture, c’est une mini-jupe 🙂

    Commentaire par ramses — 25/09/2008 @ 23:28

  37. @Tschok @ ramses : vos discussions m’enchantent, surtout continuez. Ramses, vous forcez le bel Albatros à descendre se poser parmi nous et en plus à faire de l’humour, ce qui est une première, je vous félicite ! Tschok, si j’avais appris l’économie avec vous, je suis certaine que j’aurais adoré.

    Commentaire par laplumedaliocha — 26/09/2008 @ 23:13

  38. Aliocha,

    Ma première passe d’armes avec le bel Albatros avait eu lieu à propos du crash du Concorde (quelle allégorie !), dans une discussion fort intéressante qu’il entretenait avec Fantômette à propos de la responsabilité… J’avais fort mal pris son insinuation que le pilote, s’il avait survécu, aurait été mis en examen « comme un vulgaire automobiliste »…

    Vous me connaissez, je réagis souvent au quart de tour, et dans ce cas précis, je m’en suis voulu, car j’avais mal interprété sa pensée. Je le lui ai d’ailleurs dit plus tard et l’incident est clos depuis longtemps. Mais je sens que Fantômette m’évite, elle a dû prendre quelque ombrage de ma réaction…

    Ceci dit, j’ai été formatté pour imaginer les scénarios les plus improbables dans une situation donnée, me préparer au pire, afin de réagir dans tous les types de situations (c’est comme ça que fonctionnent les managers américains).

    Heureusement, le pire n’est jamais sûr 😉

    Commentaire par ramses — 27/09/2008 @ 02:34

  39. @ tschok

    Dans mon comm. 36, je voulais dire « 300 milliards $ d’or comparés à 11.000 milliards $ de dette… », mais vous aurez rectifié de vous-même !

    Vous remarquerez que ça fait 3%, pile poil de que représente le fonds de garantie des Banques en France, par rapport aux dépôts…

    Effectivement, les épargnants n’ont aucune inquiétude à se faire, la situation est « under control » (discours du Président à Toulon).

    Commentaire par ramses — 27/09/2008 @ 16:55

  40. @ Aliocha,

    Bel albatros??

    Je suis d’accord avec le premier mot de cette proposition. 🙂

    Le second me fait penser à Wilburg…

    Mouarf!

    Va pour Wilburg.

    PS: vous n’avez pas aimé l’éco?

    @ Ramses,

    Ce n’était pas une insinuation, tout au plus une supputation déguisée en affirmation péremptoire (mon sport favori).

    Ne vous inquiétez pas pour Fantômette, je suis certain qu’elle ne s’est aucunement formalisée. Mais elle vous le dira sans doute elle même.

    Commentaire par tschok — 29/09/2008 @ 20:44

  41. Moi, formalisée ? Mais pas du tout. D’une façon générale, je suis quasi dépourvue de toute formalisation, au point que mes contours sont flous. D’ailleurs, ramsès, j’avais bien répondu au commentaire que vous m’aviez laissé sous le billet de dadouche de l’été dernier.

    Commentaire par Fantômette — 30/09/2008 @ 00:30


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