La Plume d'Aliocha

22/09/2008

Quand la finance échappe aux financiers eux-mêmes !

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 12:46

Allons, puisque nous sommes tous plongés dans la crise des subprimes, autant rester dans le sujet. Je voudrais faire une précision à l’attention de mes lecteurs. Je suis juriste de formation, pas économiste. La presse économique fait appel à mes services pour décrypter une réglementation, analyser un nouveau texte, débattre des mérites d’un projet de réforme. N’attendez pas de moi que je vous livre une analyse lumineuse et inédite de la crise. C’est hors de mon champ de compétence. Au demeurant, mes confrères spécialisés le font à longueur de colonnes ces derniers temps. Mon regard est celui d’une juriste qui doit comprendre son objet, ici la crise financière, pour mesurer l’intérêt  d’une réglementation. Mais comprendre justement, c’est ce qu’il y a de plus difficile aujourd’hui.   Vous vous souvenez que je vous ai parlé de l’extraordinaire complexité de la finance ? Voilà qui nécessite des explications complémentaires. Quand on parle de complexité, cela ne signifie pas que la finance est inaccessible au commun des mortels. C’est beaucoup plus inquiétant. En réalité, ce qu’on veut dire, c’est que les professionnels eux-mêmes ne maîtrisent plus rien.  Vous ne me croyez pas ? Et pourtant, l’une des propositions faites à Nicolas Sarkozy au début du mois par un très sérieux groupe de travail pour résoudre la crise et éviter une prochaine catastrophe consiste à limiter la complexité autorisée des produits financiers à leur compréhension par les conseils d’administration des banques. Oui, vous avez bien lu.  Voici l’extrait :

« A titre d’illustration, on notera que dans certaines banques, en raison du fonctionnement des systèmes d’information, les conseils ne sont plus informés des positions globales de trading mais des positions nettes. Ainsi, lors d’une crise, ils n’ont pas conscience de la totalité des sommes en jeu. On peut penser que si les systèmes de reporting avaient été mieux conçus, ils auraient pris les mesures prudentielles nécessaires et que l’exposition des banques aurait ainsi été moindre. Plus généralement, des produits devenus trop complexes pour être compris par le management d’une banque devraient attirer l’attention et, en conséquence, ne plus être utilisés ».

Avouez que ça donne le vertige non ? C’est à mon sens l’un des phrases les plus importantes de cet impressionnant document. Curieusement, elle est passée à peu près inaperçue.  Pourtant, elle reflète exactement l’état d’esprit actuel d’une grande partie des acteurs économiques. Le rapport est consultable ici : http://www.minefe.gouv.fr/directions_services/sircom/rap_ricol080905.pdf

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