La Plume d'Aliocha

20/09/2008

Subprimes : Mille milliards de dollars !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 13:44

Allons, vous n’avez pas pu y échapper hier soir à cette nouvelle-là : les Etats-Unis ont annoncé un vaste plan de sauvetage des banques, du coup, la bourse de Paris a bondi de 9,27% en une séance, du jamais vu ! Tout ceci pourrait  coûter la bagatelle de 1000 milliards de dollars, peut-être plus. A partir d’un certain seuil, les chiffres n’ont plus de sens….

Hier soir j’ai reçu un appel d’un ami financier, peu après la clôture. Il a 63 ans, 40 ans d’expérience des marchés derrière lui, nous l’appellerons Oscar :

Oscar : Tu as vu le CAC Aliocha  ? Je n’ai jamais rien connu de pareil de toute ma vie, c’est de la folie. Nous entrons dans une nouvelle ère !

Aliocha : J’ai vu. Une preuve de plus de l’hystérie des marchés.

Oscar : Mais non, c’est formidable au contraire, ça y est, on est sortis d’affaire.

Aliocha : oui, peut-être, jusqu’à la prochaine fois.

Oscar (un peu déconfit) : ça, c’est clair qu’il va falloir interdire certains produits dérivés. Tout le monde a le sentiment que l’économie est sur-régulée, en réalité c’est le contraire. On a laissé faire n’importe quoi en se disant : « allons-y prenons des risques, l’essentiel c’est de surveiller ». En fait, on n’a rien surveillé du tout. Personne n’est capable de surveiller des produits pareils et surtout pas les régulateurs qui n’y comprennent rien.

Aliocha : Ah bon ? Mais n’est-ce pas toi qui me disais il y a encore pas si longtemps : qu’on nous foute la paix, tous ces petits fonctionnaires étriqués de Bruxelles et d’ailleurs sont des trouillards, ils ne comprennent rien aux marchés et à la finance, ils sont complètement hors sujet et passent leur temps à nous étouffer sous des contraintes ridicules, mais on est bien plus fort qu’eux.

Oscar (de plus en plus dépité) : Je te laisse, on m’appelle sur une autre ligne.

Je regarde mon écran où s’affiche la courbe du CAC 40 et je repense à ce que m’a dit Oscar il y a quelques mois alors que nous déjeunions dans un petit restaurant du centre de Paris : « Tu sais Aliocha, les politiques, ils me font bien rire avec leurs grandes déclarations, le pouvoir, ils l’ont perdu depuis longtemps, il est entre nos mains à présent. Que pèse Nicolas Sarkozy face aux pontes de la finance mondiale ? Tu vois l’homme assis là-bas, c’est un de mes anciens collaborateurs, il pèse plusieurs centaines de millions d’euros. Il n’a même plus de domicile, sa vie consiste à faire le tour de la planète en jet privé. Lui, il est vraiment puissant ». J‘étais restée interdite en regardant cet homme ordinaire, semblable à mille autres, qui déjeunait tranquillement à quelques pas de moi. 

C’est toujours ainsi qu’on raisonne dans l’économie et la finance. Tant que tout va bien, les politiques doivent rester à distance et dès qu’il y a un problème, on les appelle au secours. Les photos de banquiers déprimés, un carton dans les bras au pied de leurs établissements en faillite, me reviennent en mémoire. Vous avez remarqué cet air triste ? On aurait dit la mine d’un gamin qui vient de casser son camion rouge et qui ne comprend pas pourquoi il ne marche plus. Les pouvoirs publics américains viennent tout juste de leur promettre de réparer le jouet et les voilà d’un seul coup tout sourire, jusqu’à ce qu’ils le cassent à nouveau…..

Mais dîtes-moi, il ne vous rappelle rien ce chiffre hallucinant de 1000 milliards de dollars ? Moi si. Un excellent film d’Henri Verneuil dont c’est précisément le titre, sorti en 1982, avec Patrick Dewaere. Celui-ci y joue le rôle d’un journaliste qui met à jour un gigantesque scandale politico-financier. Si vous voulez comprendre le rapport de force entre le monde économique et les médias, regardez ce film. Vous y découvrirez comment un journaliste enquête, la manière dont on peut le manipuler, les risques qu’il prend, la peur qui s’empare du directeur du journal quand il faut dénoncer un scandale. C’est un monument.

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