La Plume d'Aliocha

18/09/2008

Droit de censure ?

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 12:38

Paralegal m’a posé hier plusieurs questions intéressantes sur les rapports entre la presse et les puissants. Et notamment celle-ci : faites-vous relire les citations et les interviews par leurs auteurs avant parution ? Grave question.

En réalité, cela dépend des types de presse. A ma connaissance, ce n’est pas la règle dans la presse généraliste. Ce serait même le contraire.  La presse que je connais le mieux est celle pour laquelle je travaille, c’est-à-dire la presse économique et la presse spécialisée. C’est donc de celle-ci que je vais vous parler.

Faisons-nous relire citations et interviews ?

Généralement oui. Les citations et interviews sont revues par les auteurs et validées avant parution. La raison que l’on peut avancer pour expliquer cet usage, c’est que nous écrivons dans des domaines très techniques où les risques d’erreur de vocabulaire, de chiffre, voire de raisonnement sont élevés. Cela étant, ce n’est qu’un usage, pas un droit pour celui qui est cité. Je tiens à le rappeler ici car souvent les personnes méprisent nos délais de bouclage, nos formats imposés, et nous causent bien du tracas alors qu’elles devraient au contraire être reconnaissantes que nous prenions la peine de solliciter leur accord. Faut-il s’en indigner au nom de l’indépendance ? Difficile de répondre. Disons qu’au vu des corrections que je reçois depuis 12 ans, je ne pense pas. Pour le journaliste, c’est un moyen de développer une vraie relation de confiance avec ses sources. Car la plupart des gens ont peur des journalistes, peur de la manière dont leurs propos vont être interprétés et retranscrits. Et je les comprends. Je n’aimerais pas que l’on déforme mes paroles et qu’on les diffuse à des dizaines, voire des centaines de milliers d’exemplaires. Cela peut faire très mal, non seulement à l’ego, mais parfois à une réputation ou à une carrière.

Vous avez dit censure ?

Celui qui relit sa citation ou son interview est conscient qu’il se décrédibilisera s’il n’assume plus ses propos une fois retranscrits. Les corrections les plus fréquentes portent donc sur le vocabulaire, une tournure de phrase, la modération d’un propos jugé un peu trop simpliste ou brutal. Vous voyez, il n’y a pas de quoi s’affoler et parler de censure. Quoique. La censure ou plutôt l’auto-censure intervient en amont. Vous avez sans doute remarqué que l’on voit toujours à peu près les mêmes intervenants dans la presse. Et pour cause. Ce sont généralement ceux qui savent et qui aiment communiquer. Ceux-là ont l’habitude de l’exercice et déterminent avant de répondre ce qu’ils ont envie de dire et ce qu’ils préfèrent taire. L’auto-censure joue également à l’échelle du journaliste qui sait ce qu’il pourra retranscrire et ce qui ne passera pas. Au passage, je livre un petit truc de métier à mes confrères débutants : mieux un propos est reproduit, plus il a de chances d’être assumé par son auteur, même s’il est un peu limite….J’ai publié bien des déclarations qui auraient dû disparaître à la correction parce que leurs auteurs se disaient que, finalement, ça les valorisait de dire ça et de le dire aussi bien. Ah ! L’amour-propre.

Que deviennent les propos « censurés » ?

C’est le fameux off. Quand on nous dit « c’est off » ou bien « cela reste entre nous », cela signifie dans la majorité des cas que l’auteur du propos a bien envie que l’information soit diffusée mais qu’il n’entend pas en assumer la responsabilité. Dans un article émaillé de citations, vous trouverez donc sous la plume du journaliste ces fameuses informations que l’on amène soit naturellement comme si elles venaient de nous, ce qui nous donne l’air fort intelligent (!), soit en évoquant les fameux « proches du dossier », soit encore en précisant que l’auteur de la phrase préfère rester anonyme.

Faisons-nous relire les articles ?

Jamais. Enfin presque. On me dit que certains de mes confrères le font parfois, d’autres souvent. C’est un signe de paresse et/ou de manque d’assurance. On ne le fait pas parce que c’est là que se situent les limites qui protègent notre indépendance et auxquelles nous tenons farouchement. La manière dont on relate un événement, l’analyse que l’on en fait, les conclusions qu’on en tire n’appartiennent qu’à nous. Au surplus, si nous le faisions, les journaux ne paraîtraient pas tous les jours. J’imagine déjà l’un se plaignant que l’autre a une citation plus longue, le méticuleux demandant 48 heures de délai pour relire alors que l’article doit être rendu dans une heure, le service de communication ordonnant que l’on ajoute telle ou telle précision aussi valorisante qu’hors sujet etc. Ce serait infernal.

 

Si j’ai choisi de répondre à cette question, c’est parce que j’accorde beaucoup de prix à la transparence. C’est aussi pour lever un « malentendu ». J’entends parfois des auteurs de propos sulfureux tenus dans la presse économique ou technique, se défendre en disant : « c’est le journaliste qui n’a rien compris ! ». C’est possible. Possible que certains journalistes ne fassent pas relire, possible qu’une correction faite hors-délai soit passée à la trappe, possible encore qu’une retouche réalisée directement sur la maquette aboutisse finalement à ajouter une erreur. Mais bien souvent il s’agit d’un mensonge éhonté destiné à rejeter la faute sur « ces imbéciles de journalistes ». C’est si facile.

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32 commentaires »

  1. Je ne suis pas journaliste, mais j’ai eu l’occasion de remarquer en tant que chroniqueuse occasionnelle sur un site qui traite d’info générale que quoi qu’il arrive, on ne peut pas retranscrire avec une fidélité absolue un entretien qu’on a eue avec quelqu’un. On n’y peut rien : la langue orale est truffée d’hésitations, de mots que l’on reprend, de répétitions, qui passent très mal à l’écrit.
    Donc il est normal, et même indispensable, de faire subir un remodelage aux propos de l’interlocuteur.

    Dans ces conditions, non, je ne m’étonne pas d’apprendre que les entretiens sont relus par les personnalités interrogées avant leur publication. Après tout, je fais bien la même chose avec mes camarades bédéastes.

    Merci pour cette mise au point, Aliocha. Il est vrai qu’avant d’être dans la situation du journaliste, je n’avais pas idée du travail qu’il y a en aval d’une interview.

    Commentaire par Oph — 18/09/2008 @ 13:16

  2. @Oph : il y a aussi les aléas de la communication.

    Quand une personne s’exprime, il y a :
    – ce qu’elle veut dire,
    – ce qu’elle croit avoir dit,
    – ce qu’elle a vraiment dit,
    – ce que l’autre croit avoir entendu,
    – ce que l’autre veut entendre
    – ce que l’autre a vraiment entendu,
    – ce que l’autre a compris,
    et tout ça lié au contexte au moment de l’entretient.

    Ca fait beaucoup raisons pour qu’il y ait distorsion lorsque des propos sont rapportés.

    Commentaire par Oeildusage — 18/09/2008 @ 14:09

  3. « C’est donc de celle-ci que je vais vous parler. »

    dont je vais vous parler.

    « On ne le fait pas parce que c’est là que se situent les limites »

    où se situent les limites…

    etc. etc.

    Si vous ne faites pas relire vos articles par les intéressés, pensez au moins à les faire relire par un correcteur…

    Commentaire par job — 18/09/2008 @ 14:11

  4. Décidément, je sens que je ne vais pas m’en lasser !

    Dans la même catégorie, comment se fait-il qu’il arrive, notamment sur les plateaux télé, que l’interviewé apprenne ce qu’il a dit dans x ou y titre de la presse ? Est-ce une malhonnêteté intellectuelle ? Est-ce qu’il arrive que certaine presse contorsionne les citations jusqu’à les éloigner tellement des mots originaux que l’on ne retrouve plus ce qu’on a vraiment dit, même approximativement ? Avez-vous été confrontée à cette situation ?

    Commentaire par Jul Earthwalker — 18/09/2008 @ 14:11

  5. Bonjour aliocha,

    je suis heureux de pouvoir sévir chez vous… je vous promets des commentaires absurdes…

    Plus sérieusement, je sais que le monde fait relire systématiquement chaque interview. cela permet (voyons le verre à moitié plein) à l’auteur de se couvrir contre un caprice de l’interviewé…

    votre collègue de RTL JMA considérait que « journaliste ami » était une déviance de la profession.

    bien à vous.
    bk

    Commentaire par boratkehul — 18/09/2008 @ 14:11

  6. Et non Job, on dit bien: “C’est donc de celle-ci que je vais vous parler.”
    Dans « dont » il y a déjà « de », il ne faut pas l’utiliser dans une phrase comme celle-ci, ce serait redondant…
    Je sais, ça fait mal aux oreilles, mais pourtant c’est la bonne formulation!

    Sinon Aliocha, très interessant ce blog, je reviendrai.

    Commentaire par Lil' — 18/09/2008 @ 14:32

  7. deux cas de figures parmi d’autres :
    une chargée de communication d’une grande entreprise m’avait demandé l’article que je devais écrire sur une technologie développée par cette entreprise. en accord avec le chef de rubrique du journal, je lui ai transmis les citations relatives à son entreprise (interviewes et mentions) – disons que nous l’avons fait pour entretenir de bonnes relations. en retour, nous avons reçu des corrections que nous n’avons pas retenues, au contraire.
    des interviewes faites ici ou là, j’ai parfois transmis non pas le papier écrit mais les réponses apportées et retranscrites (en fonction de l’interlocuteur et de ma relation avec lui). à de nombreuses reprises, ça a permis d’apporter des précisions (chiffres, vocabulaires) mais aussi et surtout des approfondissements, des développements, des choses qui n’avaient pas été dites de vive voix et qui pour le coup apportait encore un peu plus sur le sujet.
    en fait, que les notes ou extraits de papier soient relus n’est pas un problème. le problème, c’est ce que le journaliste en fait derrière.

    Commentaire par David — 18/09/2008 @ 14:39

  8. bonjour à tous,
    Je comprends mieux pourquoi ce sont toujours les mêmes spécialistes (non péjoratif)qui sont sollicités tel que Marc Touati, Marc Fiorentino et autres…en effet, bien que souvent moqués sur les forums et commentaires, ils s’expriment presqu’en langage parlé, immédiatement compris même si leur propos est redondant et manque de profondeur.

    Commentaire par atao — 18/09/2008 @ 14:55

  9. Mon expérience de la presse en tant que responsable associatif est que:
    * Les journalistes ne font quasiment jamais relire les articles, citations ou interviews, indépendamment des délais de « bouclage » (enquête faite plus de deux mois avant parution effective…).
    * Ils ne prennent pas toujours la peine de se renseigner sur des faits qu’ils maîtrisent mal, même quand les délais leur permettent.
    * Ils ne lisent pas les documents d’information rédigés à leur profit. Par contre, ils lisent (et recopient) ce qu’ont écrit d’autres journalistes auparavant sur le même sujet.
    * Ils n’hésitent pas à reprendre des rumeurs (il suffit qu’elles aient été citées par un autre journaliste précédemment, il n’y a aucune vérification de la source).
    * Ils font souvent des difficultés pour publier des correctifs.

    Dans ce billet, vous parlez des rapports avec les « puissants », qui semblent bien différents de ceux que j’ai constaté. J’en conclus donc que, dans ce domaine comme dans d’autres, les puissants ont droit à des égards affirmés.

    Commentaire par DM — 18/09/2008 @ 16:50

  10. @atao: Les journalistes ont un « carnet d’adresse » répertoriant pour chaque sujet des contacts possibles, éventuellement ventilés par point de vue (anti, pro). Les personnes qui passent à la radio ou la TV doivent se soumettre au formatage inhérent à ces médias. Notamment, il faut accepter de répondre à des questions même si elles sont stupides, à répondre brièvement (parfois en moins de dix secondes) même si la question appelerait, pour être traitée, une réponse nuancée.

    Par ailleurs, « bien passer » à la radio ou la TV est facilité si on respecte un certain nombre de contraintes de forme : avoir une voix, un style agréable… (Par exemple, je suis sûr que le plaisant petit accent italien de mon collègue Di Cosmo n’était pas étranger à sa popularité chez les médias à une certaine époque.)

    Comme Bourdieu, Bouveresse etc. l’ont dénoncé, cette sélection a amené la création d’une sorte de classe d’experts médiatiques, sans reconnaissance réelle dans les milieux professionnels concernés, mais qui jouent bien le rôle que les médias veulent qu’ils jouent.

    Commentaire par DM — 18/09/2008 @ 16:55

  11. DM : De quels titres parlez-vous ? Personnellement, je fais toujours relire, mais j’ai observé en effet que certaines personnes, peu habituées à la presse, étaient surprises. Je les traite comme les autres, mais je veux bien croire que certains de mes confrères en profitent pour faire deux poids deux mesures.

    Commentaire par laplumedaliocha — 18/09/2008 @ 16:57

  12. Orienté vers votre blog par « Me Eolas », je m’empresse de vous dire le plaisir que me procure la découverte de votre blog. J’espère que beaucoup liront cette réponse que vous faites à une question bien connue. Non seulement je l’ai trouvée claire mais je me suis fait le remarque qu’elle était rédigée en bon français. La redondance grammaticale que vous avez évitée et que l’on vous a malheureusement reprochée ne m’avait pas échappée et ne contribuait pas peu à m’inspirer confiance… On critique assez les journalistes là-dessus pour que temps en temps on remarque ceux qui montrent l’exemple.

    Commentaire par Philippe Sandron — 18/09/2008 @ 18:01

  13. Pardon, j’aurais dû écrire :

    – la remarque et non pas le remarque.

    – ne m’avait pas échappé et non échappée.

    – Pour que de temps en temps et non pour que temps en temps.

    Commentaire par Philippe Sandron — 18/09/2008 @ 18:06

  14. Bonjour Aliocha !

    Je suis extremement charmé par le ton léger, didactique et éclairé de votre blog. Moi qui en cherchais justement un pour remplacer dans mes fav celui, vraiment trop insipide, de gonzague, je suis ravi ! (pas sur néanmoins que vous goutiez la comparaison 😀 ).

    Continuez ainsi, et bon vent !

    Commentaire par Clemzi — 18/09/2008 @ 18:36

  15. Je suis très honorée Aliocha d’avoir suscité le sujet d’un nouveau billet (en plus je n’ai pas eu à être impatiente longtemps).

    Mais déjà d’autres questions se bousculent au portillon !

    En cas de relecture, et si les corrections suggérées dépassent la forme (qui, ceci étant, peut déjà parfois et habilement mordre sur le fond) et constituent une réelle censure, quelle est vraiment la marge de manoeuvre du journaliste ? Je repense par exemple à l’interview d’Emmanuelle Mignon dans VSD en février dernier, qu’elle n’avait pas relue, et dont elle a ensuite réfuté une partie du contenu (« les sectes sont un non-problème »). Si elle avait demandé à lire l’interview avant publication, elle aurait demandé à ce que le passage en question soit supprimé, ce qui aurait pu poser un problème au journaliste, à savoir passer outre, mais au risque d’être grillé au cabinet du Président de la République ou de rendre les futurs interviewés plus méfiants.

    Je suppose que c’est encore plus problématique dans les domaines spécialisés où les interlocuteurs potentiels sont plus rares.

    J’ai aussi du mal à voir qui entoure le journaliste et quel est son degré d’indépendance, en fonction de son statut notamment(pigiste ou salarié). Car le choix final, et donc l’éventuelle censure (ou, sans aller jusque là, la tiédeur ou le conformisme des propos pour un article) dépendent bien de l’équipe éditoriale ?

    C’est là que vos lumières sont indispensables : qui sont les journalistes ? Indépendants travaillant sur le terrain ou à la maison, salariés en open space subordonnés à leur patron et soumis à des objectifs de productivité, pondant des articles à la chaîne ? Quels sont les délais de rédaction, de publication, les moyens donnés (j’ai conscience que la réponse est compliquée entre les hebdos, les quotidiens, les revues généralistes ou les revues spécialisées, les sujets traités, les sujets chauds ou les articles de fond… et je ne parle que de la presse écrite).

    Vous devez tout nous apprendre Aliocha… et je suis ravie de savoir que désormais ce blog est là pour ça !

    Aliocha : Oulà ! Tout doux, si je répondais à toutes ces questions d’un coup, j’ennuierais tout le monde, moi compris. C’est un peu comme décider de visiter le Louvre » en une heure, en totalité et au pas de course. Je préfère flâner….

    Commentaire par Paralegal — 18/09/2008 @ 19:09

  16. Je vous remercie pour votre blog et pour de tels articles 🙂 Je suis encore jeune et désire devenir journaliste, et vous remercie des éclairages que vous faites, et ferez ici. 🙂

    Commentaire par Mlle Crapaud — 19/09/2008 @ 11:05

  17. Bonjour Aliocha,
    Bon courage pour répondre à toutes les questions, remarques, commentaires que vos billets suscitent. Je viens de lire, rapidement -vous connaissez les journalistes- les commentaires au billet « subprimes »,… il y a de quoi vous faire doubler votre production hebdomadaire!!! Si vous en pissez déjà 100 000, (sans compter vos commentaires sur les blogs des autres) votre red’chef va vite vous trouver la mine pâle!!!!
    Et fait chauffer la cafetière, Coco!!!
    PS à tous : ceci n’est pas une incitation à vous restreindre !

    Aliocha : Ne m’en parlez pas ! J’aime écrire donc ce n’est pas un problème. La vraie difficulté c’est que c’est plus amusant de le faire ici que pour mon travail…..d’ailleurs, je m’y remets, et hop !

    Commentaire par Eaque — 19/09/2008 @ 11:36

  18. Oula la, heureusement que je m’étais auto-censurée sur plein d’autres questions 😉
    Je sais bien que votre blog a pour vocation de couvrir tous ces thèmes et d’autres encore, et si ma curiosité et mon impatience sont grandes, c’est bien pour un voyage au long cours que j’ai pris mon billet !

    Commentaire par Paralegal — 19/09/2008 @ 11:56

  19. Bonjour,

    Pour des raisons pratiques, je vais éviter le blabla obséquieux précédant tout premier commentaires (non qu’il serait hypocrite, mais il apporte si peu au débat). Droit au but …

    J’ai eu la chance d’être interviewé plusieurs fois par la même journaliste (mignonne à croquer) dans une petit ville de province sur le logiciel libre et les tractations politiques malhonnêtes autour de celui-ci. Normalement, on découvre ce que l’on a dit emballé dans un article plus vaste. Soit cet article met en perspective le propos tenu, soit le propos est l’exemple qui permet d’illustrer : la vrai personne de la vrai vie sur des sujets plus … arides.

    Une fois, en période électorale, j’ai été contacté pour donner mon avis sur l’évolution de la chose. Le moment était particulier car j’avais bien conscience que je pouvais peut-être être utilisé contre une mouvance politique en place (le journal était de l’autre bord) mais je pouvais aussi, moi, utiliser cette « fenêtre de tir » pour tenter de faire avancer les choses dans le bon sens (le bon étant forcement celui que je défend 🙂

    Nous avons discuté plus de 2 heures [je suis un grand bavard, pas toujours très clair dans ce que je veux dire.] Ma charge contre un candidat était assez … « brut de décoffrage », même si l’ensemble du discours se voulait plus didactique sur l’importance du libre, sa philosophie, ses implications dans le développement du tissus économique local et le lien social légal entre les personnes. A la fin de cette rencontre, La jolie journaliste, sentant que les propos étaient tout de même sulfureux (je reste assez entier et n’appelle pas un chat un félin domestique), cette charmante me proposa de tourner l’ensemble de l’article comme une interview : elle posant des questions et donnant les réponses, en puisant dans la logorée verbale qu’elle retranscrivait avec application sur papier. Devant la tournure très politique que _pouvait_ prendre la chose et dans un contexte ou le pouvoir en place était assez intrusif et potentiellement rancunier, j’ai demandé de pouvoir modifier le contenu des réponses qui m’étaient attribuées, dans la mesure ou les questions qui seraient posées sur le papier n’ont pas été posées en direct et les réponses données n’étaient pas les réponses aux questions non posées, mais un medley de propos épars.

    Dans un contexte électoral ou l’esprit de mes propos, sinon le verbe, flirtait avec des idées de détournements de fonds publics, trafics d’influence, ce genre de petits délits mineurs pour pinailleurs, je voulais vérifier que le sens de mes propos ne franchisse pas la ligne … verte. Je veux bien être zoro, mais pas kamikaze pour un sous. Je ne sais pas si c’est mon charme légendaire, au moins auprès des félins domestiques que sont les chats, ou la fatigue après 2 bonnes heures d’ensevelissement verbal, mais la douce représentante de la presse accéda à ma demande.

    Le contenu de « l’interview » était, je dois avouer, d’une rare justesse et concision. Ce qui prouve que le journalisme est un métier qui permet de trier le bon grain de l’ivraie, dans les sujets que l’on ne maîtrise pas forcement, et qui peut donner une image fidèle de la réalité. J’ai juste modifié une partie d’une réponse à une question sur l’utilité du logiciel libre, car je trouvais que l’aspect gratuité était par trop mis en avant, alors que fondamentalement il est secondaire. Sur la tenue de propos sulfureux, la belle avait réussi à faire passer l’idée sans l’exprimer, à éluder les réponses qui fâchent aux questions ‘naïves’ par des pirouettes savantes qui font autant rire que réfléchir.

    C’était un grand moment 😉 Et je garde un souvenir attendri (un peu testostérone je dois avouer) de ce moment.

    Aliocha : Je vais vous décevoir, je ne suis pas votre sirène. Mais votre commentaire me donne une idée : il faudra que je me penche sur l’étrange fascination que suscitent les journalistes femmes sur leurs interlocuteurs masculins….Ce sera un billet « détente » !

    Commentaire par herve_02 — 19/09/2008 @ 13:42

  20. Je suis correspondant de presse occasionnel dans un domaine assez pointu : le domaine médical

    1 / Les piges sont généralement très peu rémunérées (et une activité de plaisir annexe) et sauf peût être pour les quelques salariés du journal ou des journaux, on ne reprend pas contact avec l’interviewé (sauf pour document complémentaire quand le dossier de presse (assez fréquent) n’existe pas.
    On perdrait trop de temps,
    et la personne risquerait de dire une chose inverse par la suite,
    (Il m’est arrivé il y a 20 ans lors d’une réunion à laquelle mon journal m’avait envoyé : l’orateur « Monsieur le journaliste dîtes bien ce que je suis en train de dire dans votre journal », après la réunion « veuillez ne rien dire de ce que j’ai dit à ce moment ») donc compliqué +++
    2 / En fait il y a après chaque article des droits de réponse (ou de correction) éventuels : donc le journaliste est « obligé » de bien travailler. En effet la rédaction ne lui donnerait plus de travail !
    3 / Mes articles ++ sont relus par des spécialiste en relecture : orthographe, typologies, le titre est amélioré (souvent) des intertitres peuvent être ajoutés. Déontologiquement il n’y a pas de modification dans le texte (certains journaux raccourcissent le texte adressé par le pigiste !).

    Voilà

    ALH
    http://monsite.orange.fr/actualitedelhopital

    Commentaire par LE HYARIC — 19/09/2008 @ 14:21

  21. @ALH: Oui, il est flagrant que souvent la presse travaille dans l’urgence. Sur certains supports, notamment les sites en ligne de grands médias, il n’y a apparemment pas de correcteurs et je soupçonne les articles d’être écrits par des stagiaires sous-payés.

    Épisodes vécus:
    * contact à 10h pour nous demander de participer à un sujet diffusé au JT de 13h (notons que le journaliste TV considère visiblement les gens comme des larbins qui doivent accourir au coup de sonnette); la journaliste n’avait d’ailleurs visiblement pas lu le dossier de presse sur lequel elle travaillait, vu qu’elle donnait des informations fausses et qui contredisaient le dit dossier
    * contact pour nous faire commenter un document non encore paru et donc que nous n’avions pas en notre possession.

    @Hervé: Laissez-moi deviner, vous habitez une banlieue de Paris dont le maire est un célèbre ex-UDF?

    Commentaire par DM — 19/09/2008 @ 16:20

  22. @DM – Non, je suis plus éloigné que cela de Paris.

    @La sirène qui n’est pas mienne
    Je sais bien que vous n’êtes pas cette sirène. La Arielle en question n’était pas spécialisé en droit (et éco ? ) Le ton volontairement badin, voire calin de mon article ne cherchait aucunement à souffler sur les braises d’un volcan qu’on croyait trop vieux. Pour le souvenir attendri, il eu pu tout aussi bien naître d’une rencontre avec une fleuriste, une artiste peintre ou une camioneuse.

    Lorsqu’une femme accepte de vous écouter pendant tout ce temps, qu’en plus elle comprend ce que vous dites, qu’elle n’est pas dénuée d’intelligence et d’humour, et qu’elle ne fait pas fuir le regard, il n’est pas bien difficile de voir germer la fascination dans un coin de l’esprit de l’homme en face. Non que ces qualités soient reservées à une sorte d’élite féminine, surclassant la basse piétaille des femelles de base, mais le jeu de l’interview (pour des extra-vertis comme moi) est un moment ou on ‘donne de soi’ ou on laisse tomber plein de masque pour livrer ce que l’on pense.

    Automatiquement il y a un lien qui se crée, même éphémère car chacun retourne chez soi, et cet instant magique ou l’un comprend l’autre (parce que c’est son métier de comprendre et saisir la personne, la situation dans sa complétude et aussi parce qu’elle adore ce métier et développe une certaine emphatie – que je possède également- avec l’autre d’en face), laisse toujours une marque dans un parcours relationnel.

    Je n’irais pas jusqu’à affirmer que Cétautomatix avec toutes les femmes journalistes, ni même reservés au journalistes non mâles, mais il est vrai que d’être dans le dire et le dire publiquement donne un certain avantage.

    Tout le monde à le droit d’aspirer à son moment de célébrité Warholesque. 😉

    Aliocha : Vous confirmez mon analyse, mais je n’aurais jamais rêvé recueillir un jour un témoignage direct sur ce délicat sujet 😉

    Commentaire par herve_02 — 19/09/2008 @ 18:17

  23. Pur hors-sujet, mais j’en ai fait suffisamment pour ne pas me laisser impressionner d’en laisser un ici, alors, juste un mot de félicitations, Aliocha. J’essaierai de ne pas vous énerver plus par ici que sur le blog d’Eolas.

    En même temps, je ne voudrais pas vous donner l’impression de m’auto-censurer… 😉

    Commentaire par Fantômette — 20/09/2008 @ 22:47

  24. Deuxième hors sujet, juste une petite question d’avocat anxieux et fatigué : vous les avez dissimulé où vos mentions légales ?

    Aliocha : Oups, ce sera réparé très vite, Merci Fantômette (j’en rougis de honte, mais j’ai été débordée par la technologie et par une semaine sur-agitée). Ce précieux rappel à l’ordre vous autorise à m’énerver autant que vous le jugerez nécessaire et sans limitation de durée 😉

    Commentaire par Fantômette — 20/09/2008 @ 22:51

  25. @ herve_02 et aliocha :

    Je n’ai pas d’expérience particulière de l’interview par une journaliste, mais ce qui est sûr, c’est que l’interview, par n’importe quel(le) journaliste, est un moment un peu grisant pour l’égo. J’ai eu l’occasion d’être interviewé 2-3 fois (je ne prétends pas à la célébrité, c’était pas des trucs bien importants, mais peu importe) et le simple fait d’avoir en face de soi quelqu’un qui vous pousse à parler en long en large et en travers d’un sujet qui vous plait (évidemment, si ça n’était pas le cas, c’est sans doute bien différent…), d’être écouté avec attention mais sans servilité, parfois un peu de naïveté (volontaire ou non, je n’en sais rien !) mais pas de stupidité, et bien tout cela est forcément un peu flatteur.

    Après, je suppose que si une jolie fille vient interviewer un homme, ou un beau garçon interviewe une fille, quelques gouttes d’hormones doivent encore renforcer ces sentiments ! Rien de bien méchant et au final, le/la journaliste est absolument dans son rôle en mettant son interlocuteur/trice en confiance pour le/la faire parler librement.

    Commentaire par Rémi — 22/09/2008 @ 09:40

  26. @Aliocha, @Herve: Un certain nombre d’hommes politiques français ont pour compagne des journalistes. Je suppose que pour être une bonne « intervieweuse », surtout quand on s’adresse à des puissants, il faut avoir l’air charmante et intelligente, ce qui est par ailleurs un argument de séduction…

    aliocha : La séduction est mutuelle. L’interviewé est flatté qu’une femme s’intéresse à lui sous l’angle professionnel, c’est-à-dire souvent là où les hommes se sentent le plus valorisé. L’intervieweuse peut tomber sous le charme de ce brillant politique, chef d’entreprise, scientifique, écrivain etc….Ajoutez à cela le fait que dans mon métier on est senior à 30 ans tandis que les hommes qu’on interviewe ont plutôt 50 ans (âge moyen de la maturité professionnelle ouvrant la porte des medias) et vous avez un cocktail détonnant ! Mais je vous accorde que, comme le disait Céline « la médecine n’est pas seulement affaire de science et de conscience mais aussi de charme personnel ». Il en va de même du journalisme.

    Commentaire par DM — 22/09/2008 @ 09:55

  27. @DM Vadé rétro ….
    n’essayez pas de masquer la collusion entre le pouvoir et les belles journalistes (qui couchent forcement pour réussir) derrière un masque de séduction volontaire et naïve.

    Que milles rugbymen en rut vous poursuivent 🙂

    vala, ca c’est fait.

    Commentaire par herve_02 — 22/09/2008 @ 10:57

  28. Si on n’a pas de journaliste sous la main, on peut toujours rejetter la faute sur le traducteur. C’est très facile aussi, il y en a plein qui ne se privent pas…

    Commentaire par Carolina — 22/09/2008 @ 12:45

  29. Bonjour,
    Je n’ai jamais fait relire un article je crois, mais il est vrai que lorsqu’on est de l’autre côté de la barrière on aimerait pouvoir le demander…On comprend beaucoup mieux les gens qui en font la demande…

    J’aurais une proposition à vous soumettre mais je n’ai pas trouvé de formulaire de contact…Si vous voulez m’envoyer un mail…Merci d’avance et à bientôt j’espère.

    Commentaire par Jérémy — 29/09/2008 @ 00:28

  30. Aliocha bon sang de bois, vos mentions légales ! Vous allez me les mettre promptement en ligne, et effacer ensuite ce commentaire et le commentaire 24 (Tant pis, je ne conserverai pas la preuve que vous m’autorisez à vous énerver sans limitation de durée, votre parole que vous vous en souviendrez me suffira).

    Aliocha : Voui mon Cher Maître, voui. Il faut que je relise attentivement le billet d’Eolas avant….

    Commentaire par Fantômette — 29/09/2008 @ 19:01

  31. @ Fantômette,

    Ex æquo en com chez Eolas.

    Plus deux que je viens de poster. Je prends l’avantage. Et toc.

    Commentaire par tschok — 29/09/2008 @ 20:14

  32. @ tschok

    Je reste en tête chez eolas, je remarque. Si vous vous étiez appelé cshtok, vous seriez devant moi à cette heure-ci. Ceci dit, villiv nous rattrape. Hardi, hardi. Je vais essayer de lancer un com totalement con sur le principe d’incertitude d’heisenberg et pinailler sans fin avec Raph jusqu’au week-end.

    Commentaire par Fantômette — 30/09/2008 @ 00:18


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