La Plume d'Aliocha

12/09/2008

Le juste ton

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 16:59

La chaine i-télé lance aujourd’hui sa nouvelle formule. Et ça tombe bien parce que j’avais envie depuis longtemps de lancer un coup de chapeau. Pas à la chaine, que j’apprécie au demeurant, mais à un journaliste qui y travaille : Laurent Bazin. Vous le trouverez tous les matins du lundi au vendredi entre 6h et 9h. C’est lui qui présente la matinale que je regarde tous les jours depuis 2 ans. Deux ans que j’entends ce journaliste interviewer des politiques et deux ans que je me dis qu’il a la plus précieuse des qualités  : le juste ton.

L’interview est un art

C’est un exercice difficile l’interview. Dans les écoles de journalisme, on vous apprend qu’il faut poser trois types de questions : celles qu’on a envie de poser en tant que journaliste, celles que le public attend et, enfin, celles que l’interviewé a envie qu’on lui pose. Un peu simpliste omme approche, mais nous y reviendrons. Toujours est-il qu’avec cette méthode, l’apprenti-journaliste n’est pas sorti d’affaire. Car il reste à savoir ensuite quel ton adopter. Vous avez sûrement remarqué que certains de mes confrères optent pour la franche agressivité. Ils en sont fiers d’ailleurs, ça les valorise sur le mode du « moi je suis journaliste, on ne me la fait pas ». Le problème avec ce type d’interview, c’est qu’on comprend bien ce que pense le journaliste, mais on a peu de chances de savoir en revanche ce qu’avait à dire l’interviewé. Car soit c’est un timide (on n’interviewe pas que des politiques !) et il n’arrive pas à parler ou craint de le faire, soit c’est un habile et il déjoue les pièges au lieu de répondre, soit enfin c’est une grande gueule et la discussion tourne au pugilat. Il y a ensuite la catégorie des journalistes courtois (majoritaire). Ceux-là ont peur de dire une bêtise, redoutent de fâcher et, souvent, passent à côté de l’interview. Et puis il y a une dernière catégorie, celle des vicieux. Ils sont tout sucre mais leurs questions sont empoisonnées.   Du coup, celui qui est en face passe plus de temps à essayer de déjouer les pièges qu’à répondre aux questions. Bref, chacun sa stratégie. Mais justement, si la vraie stratégie était de ne pas en avoir ? Si l’interview consistait tout simplement à travailler et à poser de vraies questions, celles qui ont surgi naturellement tandis qu’on planchait sur le dossier ? C’est ce que fait Laurent Bazin, en toute simplicité. Il questionne sincèrement, sans a priori, et si on ne lui répond pas, il repose la question,  jusqu’à ce qu’il obtienne l’information. Futurs journalistes, oubliez les leçons de l’école et regardez-le travailler, vous apprendez bien davantage.

Petits secrets entre amis

Comme j’avais décidé de vous parler de Laurent Bazin aujourd’hui, j’ai fait quelques petites recherches, histoire d’étayer mon jugement avant de vous le livrer. Et j’ai appris qu’il avait tenu un blog pendant…4 mois. Ouvert en octobre 2006, fermé en janvier 2007. C’est court, qu’a-t-il bien pu se passer ? Dans son dernier billet, il  explique  : « Il m’est en effet impossible de continuer l’exercice de transparence que je m’étais imposé le 16 novembre dernier en entamant ce dialogue avec vous. Je réalise aujourd’hui, sans doute trop tard, qu’en vérité on ne peut pas « tout publier ». Formidable naïveté de ma part, presqu’inquiétante diront certains après vingt ans de métier ». http://canalplusblog.typepad.com/bazin/.Voilà, il a essayé de raconter les coulisses de l’information et ça n’a pas plu. Dommage. Car en faisant cela, il rappelait une règle de base qu’on a tendance à oublier ces derniers temps : les journalistes sont au service de l’information et au service de ceux à qui ils s’adressent, qu’ils soient lecteurs de presse écrite, téléspectateurs, auditeurs de radio ou internautes. Dès lors, la presse ne devrait rien avoir à cacher, elle devrait elle aussi s’imposer cette transparence qu’elle exige si souvent des autres. Las ! Admettre cette transparence, c’est accepter de révéler les petits compromis et les grandes lâchetés qui font aussi ce métier. Visiblement, certains n’y sont pas prêts. Auraient-ils quelque chose à cacher ?

Cette affaire de blog m’a confortée dans mon idée, Laurent Bazin fait bien son travail. Il a su se tenir éloigné de bien des pièges du métier, le star système qui transforme les journalistes TV en pipoles vaniteux, l’ambition effrenée qui incite certains  à plier l’échine pour plaire aux puissants, l’agressivité stérile qui console ces mêmes ambitieux une fois arrivés d’avoir, pour réussir, accepté tant de compromis et de reniements. Allez donc sur i télé, vous ne serez pas déçus.

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