La Plume d'Aliocha

11/04/2013

Réfléchir avec les poissons volants

Classé dans : Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:57
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Je n’aurais  pas écrit ce billet, tant le "débat" autour du "mariage pour tous" me lasse, si je n’avais lu ce matin la chronique de Daniel Schneidermann. Il y évoque la colère de Pierre Bergé, actionnaire du Monde et président de Sidaction, lorsqu’il a découvert dans "son" journal hier une pleine page de publicité pour le collectif des anti, dénommé "La Manif Pour Tous". L’homme, qui se dit profondément scandalisé sur Twitter, n’hésite pas à employer des mots forts : "Cette pub dans Le Monde est tout simplement une honte, et ceux qui l’ont acceptée ne sont pas dignes de travailler dans ce journal. A suivre". En clair, il demande la tête du responsable de la publicité. A le lire, on songe qu’il doit être particulièrement monstrueux en effet de s’opposer au mariage homosexuel et que ceux qui ne sont pas encore absolument convaincus de ceci sont mûrs pour l’asile ou la taule.

C’est sans doute la conclusion à laquelle j’aurais abouti si je n’avais achevé tard dans la nuit "Les mystères de la gauche" du philosophe Jean-Claude Michéa (Climats 2013). Ce spécialiste d’Orwell, franchement et sans aucune ambiguïté de gauche, dénonce dans ce livre la dérive libérale des socialistes, adeptes aveugles du progrès et de ces évolutions sociétales qui leur apparaissent comme l’ultime marqueur de gauche, mais dont Michéa dit, dans une interview chez Marianne : "Alors que le système capitaliste mondial se dirige tranquillement vers l’iceberg, nous assistons à une foire d’empoigne surréaliste entre ceux qui ont pour unique mission de défendre toutes les implications anthropologiques et culturelles de ce système et ceux qui doivent faire semblant de s’y opposer (le postulat philosophique commun à tous ces libéraux étant, bien entendu, le droit absolu pour chacun de faire ce qu’il veut de son corps et de son argent). Mais je n’ai là aucun mérite. C’est Guy Debord qui annonçait, il y a vingt ans déjà, que les développements à venir du capitalisme moderne trouveraient nécessairement leur alibi idéologique majeur dans la lutte contre «le racisme, l’antimodernisme et l’homophobie» (d’où, ajoutait-il, ce «néomoralisme indigné que simulent les actuels moutons de l’intelligentsia»). Quant aux postures martiales d’un Manuel Valls, elles ne constituent qu’un effet de communication. La véritable position de gauche sur ces questions reste bien évidemment celle de cette ancienne groupie de Bernard Tapie et d’Edouard Balladur qu’est Christiane Taubira". Et d’ajouter plus loin : "La logique de l’individualisme libéral, en sapant continuellement toutes les formes de solidarité populaire encore existantes, détruit forcément du même coup l’ensemble des conditions morales qui rendent possible la révolte anticapitaliste. C’est ce qui explique que le temps joue de plus en plus, à présent, contre la liberté et le bonheur réels des individus et des peuples. Le contraire exact, en somme, de la thèse défendue par les fanatiques de la religion du progrès". Sans surprise, le philosophe moque le mariage pour tous dans son livre, en l’analysant comme une nouvelle illustration de la tendance de la société libérale à traiter tous les problèmes qu’une société humaine peut rencontrer sous le seul angle du droit, à l’exclusion des argument moraux, psychologiques ou anthropologiques contraires à son relativisme moral et culturel (pages 110 à 112).

Voilà, alors on peut continuer à caricaturer ce débat en le transformant en un affrontement mythologico-médiatique entre forces de progrès et réactionnaires, démocrates éclairés et fachos obscurantistes, laïques tolérants et catholiques fanatiques, et emboiter le pas de Pierre Bergé pour hurler au scandale contre tous ceux qui n’adhèrent pas sans réserve au Progrès. Il est évidemment réconfortant de s’abriter sous la bannière d’une idée incontestablement généreuse et noble, en première analyse. A condition d’oublier bien sûr que ce même Pierre Bergé considère qu’il n’y a pas de différence entre louer ses bras pour un ouvrier et son ventre pour une femme (voyez comme on retrouve notre société marchande !). On peut aussi lire Michéa, ou encore Le Divin marché de Dany-Robert Dufour et s’interroger sur les courants profonds qui font jaillir les slogans dont notre époque se révèle si friande. On m’objectera qu’il est toujours possible de trouver au sein d’un camp idéologique des contestataires et que le procédé consistant à les opposer à leur propre camp est facile, voire quelque peu déloyal. En effet, à ceci près que mon intention n’est pas de décrédibiliser les partisans du Mariage pour tous, mais de montrer plus simplement que le "débat", pour peu qu’il ait eu lieu, a été singulièrement réducteur. En ce sens, s’intéresser à ceux qu’Audiard qualifierait de "poissons volants" peut s’avérer très enrichissant….

25/03/2013

Aérosol, gudards et boule de gomme

Classé dans : Réflexions libres — laplumedaliocha @ 22:29
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Autant vous le dire tout de suite, dimanche dernier, je n’étais pas à la manif’ pour tous. Non, j’étais au cinéma, rive gauche, pour voir Jappeloup (avis modéré, belle histoire, mais des lourdeurs dans le récit). A l’attention des chercheurs de poux dans la tête, des traqueurs de cathos en République et des pourfendeurs d’homophobes qui s’ignorent, j’ai conservé mon ticket. Vous me direz, on peut acheter sa place et filer à l’anglaise. En effet, ça s’est vu dans quelques mauvaises séries policières. Mais à ce compte-là, il n’y a plus d’alibi qui tienne, sauf peut-être celui de la prison ou de l’hosto. Moi en ce moment, voyez-vous, j’entends obtenir mon certificat de modernité, celui qui vous propulse au firmament des médias, et je m’applique donc à constituer un dossier mais aussi à éviter tout faux pas, comme par exemple être photographiée lors d’un événement réac, parce que c’est tout de suite 15 points en moins sur mon permis médiatique.

Le gudard et la licorne

Il n’empêche, j’avoue m’être jetée sur les comptes-rendus dès la sortie de la séance. Des débordements ? Ciel. Des violences ? Nan….dans une manif réunissant entre 300 000 personnes et 1,4 million  sur un sujet aussi sensible, bien bloquée comme il faut sur une avenue de 5 kilomètres avec des flics et un mur au bout ? Pas possible ! Au passage, si un de mes copains comptable voulait bien examiner les photos, qu’on soit fixé une bonne fois pour toutes…c’est embarrassant une différence d’un million cent à ce niveau-là. Allez hop, on m’analyse tout ça, on dégage les unités génératrices de manifestants, on applique le taux d’actualisation qu’on veut sur les flux, on me teste le goodwill si besoin et on me sort un beau résultat certifié sincère et exact. Des groupuscules d’extrême-droite ? J’ai visionné les videos et je n’ai pas vu plus de gudards que de gauchistes chevelus (puisqu’on traque l’animal mythique, je n’ai pas vu non plus de licorne), mais bon, peut-être qu’ils se baladent maintenant avec ces fameux enfants qu’on dit avoir été placés "au contact" des gendarmes mobiles (à mon époque, c’était les hommes qu’on mettait "au contact" de la maréchaussée, et les filles juste derrière, tout change…). Je me demande si le gouvernement va demander le remboursement des aréosols bêtement gâchés lors de la manif aux organisateurs, au même titre que les frais de gazon lors de la première manif pour tous.

T’es CRS et t’as pas d’Elnett, allo ?

Tiens, les aréosols, parlons-en. J’ai mis du temps à comprendre ce que notre ministre Manuel Valls entendait par là. Comment, les gendarmes mobiles attaquent avec des bombes d’Elnett maintenant, ai-je songé en digne blonde que je suis ? Notez, c’est dans le vent :  "cette giclée policière vous est gracieusement offerte par L’Oréal, parce que vous le valez bien". Voilà du slogan décalé pour publicitaire en panne d’inspiration iconoclaste. Et imaginez la prochaine sottise télévisuelle : "t’es CRS et t’as pas d’Elnett, allo, non mais allo quoi ?". En fait, il voulait parler de gaz lacrymogènes, mais en précisant que c’était pas des grenades qu’on avait lancées dans la foule ! Ouf. J’te bombe, mais pas au fusil (FLG pour les intimes) hein,  juste à l’aérosol, ça pique autant les yeux, simplement c’est moins guerrier dans l’approche. Un peu comme l’histoire du type "neutralisé" de deux balles dans la tête. L’est pas mort, le gars,  l’est juste "neutralisé", c’est propre, administratif, carré, soigné. Bref, la description en boucle dans les médias des "débordements" et des "violences", les videos prouvant en effet l’incroyable brutalité des manifestants (surtout le prêtre en soutane, faut l’arrêter d’urgence celui-là, il me parait éminemment subversif), tout ce déchainement d’horreurs m’a rappelé une autre manifestation aussi sanglante.

Menace sur la Chancellerie

C’était il y a dix ans environ. Des avocats s’étaient rassemblés place Vendôme pour protester contre je ne sais plus quel projet de loi. En fait, la place était protégée en partie par des barrières anti-émeute, de sorte que les manifestants étaient cantonnés à une vingtaine de mètres de la Chancellerie…. Un nombre hallucinant de cars de CRS étaient garés autour de la place ainsi que dans les rues adjacentes (environ une cinquantaine). Et puis il y avait nos avocats, 300 à vue de nez, peut-être 1000 en chiffres organisateur. Ils manifestaient en robe, certains avec un cartable à la main, d’autres en brandissant un code rouge ou bleu. Apercevant je ne sais quelle menace imminente pour la sécurité du ministère, un groupe de CRS a soudain traversé la place au pas de charge pour se positionner en face des manifestants. C’est là que les esprits se sont échauffés. Quelques avocats plus nerveux que les autres (des quinquas, c’est vous dire s’ils étaient effrayants) ont retroussé la robe pour sauter la barrière. Inutile d’avoir fait psycho à Nanterre pour comprendre que ce déplacement brutal des force de l’ordre, ajouté au barrage de la place, a déclenché chez quelques uns une poussée d’adrénaline. J’ai vu ce jour-là des avocats en robe coursés par des CRS, d’autres maintenus à terre. Quel symbole ! Ils n’étaient pas méchants, ni extrémistes de droite ou de gauche, ni même agressifs mes avocats, ils ont pété un plomb, ça arrive. Je dis ça à l’intention de mes potes de gauche qui savent très bien tout ça, mais font semblant de l’oublier quand ça les arrange. Oui, une manif’ ça excite certains esprits. Non je n’ai pas vu de hordes d’enfants lancés à l’assaut des forces de l’ordre. Oui, il y a peut-être eu dimanche des énervés qui ont aperçu là une occasion d’exprimer leurs rêves d’insurrection entre deux bitures à la bière. So what ?

Je sais bien que tous les moyens sont bons pour dénoncer en bloc les bornés qui ne tombent pas en pâmoison immédiate devant le dernier produit législatif étiqueté "progrès de l’humanité vers un monde meilleur" et qui auraient même tendance à s’énerver quand  on les traite de réacs homophobes parce qu’ils émettent des doutes sur le texte, la méthode et le reste, mais bon…tout de même, quoi, faudrait pas faire passer les enfants du bon dieu pour de dangereux insurgés non plus. Franchement, je trouve qu’on manque un peu de billes pour crucifier le réac’ dans cette histoire.

20/03/2013

Il y des articles plus difficiles que d’autres…

Classé dans : Comment ça marche ?,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:06

L’une des publications pour lesquelles je travaille m’a demandé d’écrire un article sur la disparition du grand pénaliste Olivier Metzner. C’est la première fois en 18 ans de métier que je me livre à cet exercice. Je ne l’imaginais pas si dur.

Je ne connaissais pas Olivier Metzner autrement que dans le cadre professionnel : quelques interviews et les deux procès où je l’ai entendu : Kerviel et Pétrole contre nourriture. L’homme était secret, irritant pour les journalistes à qui il avouait sans états d’âme qu’il les utilisait, talentueux, insaisissable. Néanmoins, l’annonce de sa disparition dimanche m’a fait un choc. Un grand nom du barreau s’envolait, une présence, une voix, la volute d’un cigare. Certains ici se sont émus des portraits pas tout à fait flatteurs publiés dans la presse. Comme on s’émeut à l’inverse des panégyriques qui paraissent caricaturaux. Preuve s’il en était besoin qu’il est difficile d’écrire sur un homme qui vient de mourir. Faut-il ne retenir que le meilleur, au risque de s’éloigner de la réalité ? Ou bien évoquer aussi la part d’ombre, et violer ainsi une certaine exigence de respect ? Vaste question. J’ignore s’il existe une réponse. En tout cas, des émotions, certainement.

D’abord en l’espèce un questionnement. La thèse du suicide a été très vite admise. Mais alors pourquoi ? Qu’est ce qui pousse un homme au faite de la gloire et de la fortune, qui faisait quelques jours encore avant sa disparition de multiples projets, à monter sur un bateau en pleine nuit pour se jeter à la mer ? Question sans réponse. L’aurait-on même, que l’on serait tenté de se taire. Cette fin brutale place chacun de nous face à la condition humaine, ses joies et ses douleurs. Et intime l’ordre alors de n’y toucher que d’une main tremblante. Ensuite, on se prend à réfléchir pour tenter de comprendre pourquoi une vague relation professionnelle prend soudain une telle importance à l’heure de sa disparition. Pourquoi l’irritation s’efface, laissant place au regret ? Et l’on songe soudain que c’est peut-être cette mécanique invisible du souvenir, alliée au rappel de notre finitude commune, qui explique les déclarations émues lorsque l’un d’entre nous disparait. Comme si la mort effaçait d’un trait de plume l’accessoire pour ne laisser subsister qu’une forme d’essentiel.

Alors il faut écrire. Et l’on se surprend à s’accrocher aux faits pour conjurer l’émotion, à saluer ces règles professionnelles qui imposent la raison, exigent l’objectivité, font taire le sentiment. On appelle les uns et les autres, lointains confrères ou proches collaborateurs, pour découvrir qu’ils partagent le même vertige. Douceur des mots, réserve des opinions, incompréhension face à la brutalité du geste. Les langues se délient pour décrire le talent, raconter une anecdote vécue ensemble, glisser parfois, à regret, un léger bémol. On sent bien que l’événement propulse tous les avocats interrogés au bord d’une falaise. Le geste d’Olivier Metzner les renvoie à leurs propres doutes existentiels, ceux qu’ils ont enfouis très profondément. "L’avocat pénaliste passe son temps à cotoyer le mal, à le supporter, parfois à le faire lui-même" confie l’un d’entre eux pour expliquer le brutalité du métier. Il faudrait appeler son cabinet pour recueillir des réactions de ses associés, glaner quelque détail nouveau, interroger sur l’avenir d’une structure si fortement empreinte de la personnalité de son fondateur, évoquer le sort des dossiers en cours, mais à l’instant de composer le numéro de téléphone, malaise. Les mots "chacal", "vautour" tournent en boucle. Fichu métier ! On n’appellera pas. Au moment d’écrire la phrase de chute, celle que l’on choisit avec un soin tout particulier, la seule où l’émotion contenue peut s’exprimer, celle qui laissera un sillage dans l’esprit du lecteur, la gorge se noue…

Note : parmi les dizaines d’articles écrits depuis dimanche, trois méritent une particulière attention, ceux de Pascale Robert-Diard au Monde et de Stéphane Durand-Souffland au Figaro pour ce qui concerne les confrères, et puis celui de Jean-Marc Fedida, avocat pénaliste, qui décrit fort justement le talent très particulier d’Olivier Metzner.

21/02/2013

De l’autre côté de la ligne jaune

Classé dans : Coup de griffe,Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 16:00
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Au début on lit. Puis on relit. On se pince. On songe que ce n’est pas possible, qu’on n’a pas compris, qu’il doit y avoir une erreur quelque part. Que c’est une blague du 1er avril qui se jouerait du calendrier, un fake, comme on dit sur Internet. Et puis on abdique, face à l’évidence. Bien en peine de trouver ne serait-ce que l’once du début d’une défense, d’un argument ou seulement de l’ombre de celui-ci qui donnerait à penser qu’il existe une légitimité possible à une telle chose. On revêt mentalement sa robe d’avocat, et l’on continue de chercher en vain des raisons de plaider contre son indignation. Mais non, rien. Le grand vide.

Une femme écrivain, chroniqueuse à Libération, juriste de formation a rencontré DSK début 2012, entamé une liaison avec lui, puis sorti un livre pour raconter la chose. Un livre dont l’Obs s’empresse de sortir les bonnes feuilles et où l’on peut lire ceci : "Ce qu’il y a de créatif, d’artistique chez Dominique Strauss-Kahn, de beau, appartient au cochon et non pas à l’homme. L’homme est affreux, le cochon est merveilleux même s’il est un cochon. C’est un artiste des égouts, un poète de l’abjection et de la saleté. Le cochon, c’est la vie qui veut s’imposer sans aucune morale, qui prend sans demander ni calculer, sans se soucier des conséquences. Le cochon, c’est le présent, le plaisir, l’immédiat, c’est la plus belle chose qui soit, la plus belle part de l’homme. Et en même temps le cochon est un être dégueulasse, incapable d’aucune forme de morale, de parole, de sociabilité. L’idéal du cochon, c’est la partouze : personne n’est exclu de la fête, ni les vieux, ni les moches, ni les petits. Alors que DSK m’a toujours semblé être franchement à droite, ce communisme sexuel auquel il aspire en tant que cochon me réjouit".

Sur @si, on apprend que DSK a mal pris la chose. Joli euphémisme. Sa réponse est ici. Et l’on se demande où il a trouvé les mots – quelque soit ce qu’on pense de l’homme – pour réagir à pareille infamie. On se dit qu’un politique, ça a quand même le cuir drôlement épais…

Alors on cherche à en savoir plus sur l’auteure et l’on consulte wikipedia. Extrait : "Parmi les causes qui lui sont chères, citons : la défense du droit à la prostitution, du mariage et de l’adoption pour les homosexuels et lesbiennes, des méthodes de procréation artificielle, le végétarisme. Elle s’en prend au féminisme français, qu’elle juge trop moralisateur car demandant une extension toujours plus grande de la répression pénale et elle défend l’idée que la révolution sexuelle des années 1970 a été un échec partiel dans la mesure où elle a renoncé à ses ambitions émancipatrices. Toutes ces prises de position lui ont valu de violentes critiques, notamment de la part de certaines féministes françaises plus traditionnelles, mais aussi le fervent soutien de nombreux militants et militantes des droits des minorités sexuelles". Le 21 avril 2012, lors de l’émission Réplique d’Alain Finkielkraut sur France Culture, elle explique que le viol n’est pas toujours traumatique, ce qu’elle illustre par cette comparaison : « Il y a des gens qui ont été à Auschwitz qui ont été traumatisés et d’autres non. Dans Libération du 29 septembre 2012, elle exprime des propositions dans un article intitulé "Pour un service public du sexe"2."

Du coup, on comprend un peu mieux. C’est du dynamitage, donc. On envoie valser les valeurs ou ce qu’il en reste, un morceau de string déchiré et qui ne tenait plus qu’à un fil. Le voilà coupé. Tout de suite on se sent plus à l’aise. En plus, il parait que c’est de la littérature….Alors, on est forcé de s’incliner. Accessoirement, certains tentent  une vague critique d’ordre déontologique. La dame aurait conspué l’attitude des médias à l’égard de DSK avant de se rendre coupable elle-même d’un tel livre. Alors ça grince un peu…Accessoirement, disais-je.

DSK est célèbre, l’auteure va le devenir, par ricochet. "Qu’avez-vous fait pour tant de biens ?" Interrogeait en son temps Figaro...vous vous êtes donné la peine de b…  ".Oui, enfin, vous m’avez comprise. La presse se lèche les babines, songez donc, du cul, de la politique et de la célébrité, les ventes sont assurées. En plus, l’homme est à terre, il ne risque pas de faire grand mal, même si on le blesse à mort. Notre société n’aime plus la corrida, elle ne veut plus tuer le taureau dans l’arène, elle préfère tuer les hommes à la télévision. Elle a raison, ça ne saigne pas, c’est plus hygiénique. Bienvenue dans l’ère du crime aseptisé. A chaque époque ses hypocrisies, ses tocades et ses postures morales. L’éditeur ne se tient plus de joie, le tirage du livre promet déjà de dépasser ses plus folles espérances.

Au terme de cette  promenade effarante au pays de "l’information", on finit par comprendre que l’on touche ici à la quintessence du système médiatique, enfin débarrassé de ses ultimes pudeurs. Et l’on frissonne…

20/02/2013

Gaulois, et alors ?

Classé dans : Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 13:32
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Avez-vous lu la lettre de Maurice Taylor (scoop Les Echos), le patron de Titan qui se surnomme lui-même le Grizz ? Sinon, courez-y. Le texte intégral vaut mieux que les citations rapportées en boucle par les médias. Notez la décontraction des formules de politesse, le délai de la réponse – ce monsieur n’a évidemment pas de secrétaire susceptible de le prévenir quand il reçoit la lettre d’un ministre alors qu’il est en déplacement -, la logique brutale, le ton caricatural. Pour un peu, on l’embrasserait pour le remercier de tant de franchise. Grâce à lui, on y voit plus clair. La mondialisation, c’est donc au moins en partie ça…dans des proportions qui restent à déterminer. Il y a quelques années (2008 ou 2009), l’Obs avait sorti un papier remarquable sur un financier new-yorkais qui expliquait que les marchés actions, c’était fini même aux US, et qu’il partait en Chine investir sur les marchés de matières premières. D’ailleurs, ses deux filles étaient déjà là-bas, elles apprenaient le mandarin et leur cher papa leur avait constitué des portefeuilles sur lesdites denrées, enthousiaste à l’idée qu’une prochaine sécheresse ferait flamber le prix du blé et enrichirait ses chéries en même temps qu’elle tuerait des millions de gens. Business is business. L’homme était photographié à cheval sur le cochon qui décorait son bureau. C’est le meilleur papier sur la crise que j’ai jamais lu…avant les propos du Grizz, bien entendu.

Crucifié sur l’autel du cynisme

Entre nous, la fuite de cette lettre dans la presse est quand même un sacré coup de bol pour le gouvernement. Elle signifie : "vous voyez, on fait tout ce qu’on peut, mais on a affaire à des monstres absolus de cynisme, donc si ça rate, c’est que vraiment on ne pouvait pas faire plus". Pour la CGT aussi, c’est un coup de bol : elle s’empresse de souligner qu’elle avait raison de s’opposer au projet de reprise de Titan. Ah ! La jouissance d’être dans le bon camp pourrait nous faire oublier l’ennui de n’avoir pas à bouffer. Réchauffons donc cette petite certitude au creux de nos âmes, les gaulois ont raison d’avoir peur de la mondialisation. Notre gouvernement échoue, mais en beauté, crucifié sur l’autel du libéralisme le plus affreux. Evidemment, on pourrait aussi rêver de succès, mais ça, ça supposerait moins d’effets de manches et plus d’habileté or voyez-vous, nous, on aime les effets de manche. On vit de révolte et d’eau fraiche. Dommage qu’on ne puisse pas, contrairement à nos lointains ancêtres, accrocher la tête de l’ennemi au bout d’une pique, le bonheur serait total. Oui, mais les emplois, m’objecterez-vous. On ne peut pas tout avoir…

Vous avez dit "village gaulois" ?

"Mais cet épisode malheureux auquel M.Montebourg a eu l’intelligence de ne pas répondre, doit faire prendre conscience que des exemples comme Amiens Nord nuisent à l’attractivité du pays et qu’il est grand temps d’arrêter de penser que la France peut continuer à se comporter comme un village gaulois déconnecté des réalités du monde" note, à propos de cette triste affaire, mon confrère du Monde Stéphane Lauer sur son blog. Qu’il me permette de disconvenir respectueusement. A chaque fois que des intérêts internationaux sont en jeu et que la France lève le doigt pour exprimer un désaccord ou une vision différente, on l’accuse de gauloiserie. Et il se trouve toujours des voix en son sein pour reprendre le petit refrain masochiste de notre soi-disant incapacité à nous aligner sur l’air du temps, en clair sur la domination libérale d’origine anglo-saxonne. On défend l’usage du français ? Gauloiserie, tout le monde parle anglais aujourd’hui. On prône notre modèle social ? Gauloiserie, l’heure est au libéralisme pur et dur. On émet des doutes sur la dérégulation de la finance ? Gauloiserie, il faut libérer les énergies. On refuse de se placer entre les mains de vagues instances privées censées réglementer des pans entiers de notre vie ? Gauloiserie, le schéma démocratique classique – législatif, exécutif, judiciaire – est dépassé, vive la tyrannie des experts payés par les lobbys. Je le sais, pour l’observer à titre professionnel toute la sainte journée.

Et si nous réapprenions à être fiers de nous, à défendre nos convictions ? Si nous nous rendons parfois coupables de gauloiseries, ce n’est pas en raison de notre méfiance plus que légitime à l’égard d’une mondialisation emmenée par des pays anglo-saxons à mille lieues de notre culture et de nos valeurs et qui ont, de surcroît, montré avec panache ces dernières années, l’étendue infinie de leurs dérives. Non, si gauloiseries il y a, c’est dans notre gout de la polémique et de l’auto-flagellation qui prend trop souvent le pas sur l’action. Elle est là, la gauloiserie. Pas dans les idées,  plus que pertinentes, mais dans la manière de les défendre, sans trop y croire et en dépensant plus de salive que de sueur. "On n’abuse pas sans risque de la faculté de douter" prévenait Cioran.

12/02/2013

Le Pape, Hollande et le reste…

Classé dans : Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:42
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Nous avons appris hier la décision du Pape de renoncer à sa charge. Du coup, j’ai survolé quelques articles. Et j’ai frissonné. Ainsi donc, on traite cet événement là comme n’importe quel autre ? Certains en plaisantent, même. On dit que François Hollande aurait lancé "nous ne présentons pas de candidat", tandis qu’une ministre aurait twitté qu’elle n’avait pas été consultée avant la décision. Quant aux Femen, elles se sont fait remarquer. On est prié d’applaudir devant tant de décoiffante et libératoire modernité. Ou moderne liberté, les deux conviennent. En tout cas, des femmes nues à Notre-Dame qui saluent la renonciation du Pape, c’est le signe incontestable de l’avènement d’un monde meilleur. Demain, ou après-demain au plus tard.

Quelque chose me dérange singulièrement dans le traitement de cette information et les réactions qui l’accompagnent. Pas ce qui interpèle Daniel Schneidermann chez @si, quoique son analyse soit intéressante. Il voit dans les médias une sorte de nouvelle église, il n’a pas tort. En ce qui me concerne, le problème est ailleurs. Il me revient en mémoire l’incroyable déférence éblouie de la presse sur nombre de sujets, au hasard le lancement d’un produit Apple. Du coup,  je ne puis m’empêcher de faire la comparaison entre les deux. Les plus érudits en matière biblique songeront sans doute au veau d’or. Je ne vais pas jusque là. Simplement,  je m’étonne que notre société se dise laïque, quand elle n’a fait en réalité que remplacer un dieu barbu, par quelque gourou commercial qui change au gré de la mode. Et si j’observe plus particulièrement la réaction de notre gouvernement de gauche et d’une partie de la presse, je souris en songeant que ceux-là sont debout devant la religion, mais à genoux devant tant d’autres choses. Notez, quand on se traine aux pieds de la consommation, ce libéralisme mis à la portée des caniches,  il est de bon ton de déboulonner les vieilles idoles, histoire de se prouver qu’on est libre. Mais libre à quel point et au regard de quoi, là est peut-être la question….

05/02/2013

Les aventures de Twitter à l’Assemblée

Classé dans : questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:37

Unknown-1Les aventures de Twitter ressemblent à celles de Oui-Oui, la série apparait aussi charmante qu’inépuisable. Ainsi donc, après Twitter à l’Elysée, puis Twitter au Palais de justice, et même Twitter à la guerre, voici venu l’épisode de Twitter à l’Assemblée nationale. Entre nous, le caractère  progressiste du mariage homosexuel ne pouvait qu’engendrer, oups, pardon, le mot est sensible en ce moment, ne pouvait donc que s’accompagner d’une innovation technologique. Comme dirait mon copain Muray, vive : « les avancées qui vont de l’avant sans craindre d’aller plus loin que loin" et plus encore les "progrès inéluctables qui ont le vent du futur dans les voiles". Ici, la forme et le fond s’accordent en une alliance parfaite. Twitter donc, est entré dans l’histoire  de l’Assemblée nationale – à défaut de s’être trouvé une place dans son règlement – à la veille du week-end dernier. Pour le plus grand bonheur des modernophiles, dont bien évidemment je suis.

Un débat souillé ?

En dignes historiens de l’instant – c’est la jolie définition qu’on donne parfois des journalistes – tentons d’être précis. Tout a commencé le 1er février, sur un malentendu. Christian Jacob (UMP) fait une demande de rappel au règlement après avoir cru comprendre qu’Hervé Mariton (UMP) s’était fait traiter sur Twitter de "conservatrice coincée" par Sergio Coronado (Vert). En réalité, il y a sans doute eu méprise, sur fond de comparaison audacieuse avec la série américaine Desperate Housewives. Le Lab, qui nous offre le meilleur de la politique, s’en explique ici. Entre nous, si ceci est le meilleur, je préfère tout ignorer du pire.  L’affaire rebondit et s’envenime avec un tweet de Jérôme Guedj (PS) : «Je rejoins la séance, déprimé par avance de devoir supporter tant d’inepties et de mauvaise foi. Ils voulaient un débat, ils le souillent.» Il n’en était pas à son coup d’essai. Nouveau rappel au règlement. Claude Bartolone, le président de l’Assemblée, répond alors que son autorité se limite à l’enceinte de l’hémicycle. Et Dieu sait que sur ce coup-là, il a déjà bien du mérite. Depuis, ça n’arrête plus : Tweet incendiaire, rappel au règlement, et ainsi de suite. Pour se faire une idée, c’est ici et partout ailleurs.

Un peu de retenue peut-être ?

On observera qu’Internet en l’espèce tient parfaitement son rang de défouloire. Il semble en effet que ce soit l’obligation de supporter d’entendre défendre les 5 000 amendements de la droite jugés ineptes par la gauche qui justifie ce besoin de s’épancher dans la cage sans barreaux de l’oiseau bleu. La gauche tweete son irritation, la droite réplique, et c’est le cercle vicieux. Du coup, surgit la question cruciale : faut-il réglementer l’usage de Twitter au Parlement, voire installer des brouilleurs ? Autant essayer de retenir la pluie avec une passoire. Plus sérieusement, on ne voit pas quelles raisons pourraient être invoquées pour brider la liberté d’expression publique des élus du peuple. Il n’y a qu’à faire appel au sens de la retenue et à la dignité de chacun pour que tout rentre dans l’ordre. Pas sur ce texte-là bien sûr, chacun a compris pour le ressentir dans son intimité la plus profonde qu’il rendait fou, mais gardons espoir pour les suivants.

La régulation par l’instinct de survie

Au demeurant, l’usage de Twitter pose ici la même question qu’ailleurs : peut-on tout twitter ?  Ses humeurs, ses courses au supermarché ou bien encore ses cors au pieds du moment que ça amuse/intéresse un public ? Disons simplement que cette désinhibition de la parole publique venant des politiques,   lorsqu’elle ne les pousse pas à la bourde stratosphérique, nous interroge au minimum sur ce que font réellement nos gouvernants dans les réunions de travail, et a fortiori lors des événements historiques comme le vote du mariage pour tous. Mais bon….Gageons qu’il en ira du législatif comme de l’exécutif et du judiciaire, un bon dérapage bien saignant devrait suffire à rappeler chacun aux impératifs de la survie,  - à défaut de sens du respect de l’autre, des institutions ou que sais-je encore d’aussi suranné – et ramener un peu d’ordre. La somme des égoïsmes individuels fait le bien commun, comme le disait fort justement le père du libéralisme, notre maître à tous.

Retour-son

Twitter est entré d’une autre façon au Parlement. C’est en effet la première fois à ma connaissance qu’on live-twitte, autrement dit qu’on commente en direct sur Twitter,  la discussion d’une loi. En tout cas avec cette ampleur. Pour avoir un peu étudié la chose en matière judiciaire, je sais que les acteurs ne sont pas insensibles à ce retour-son sur leur prestation. Autrement dit, les avocats dans une salle d’audience regardent ce que twittent les journalistes, car cela leur permet d’évaluer en direct le poids de leurs arguments. De là à considérer que le peuple des twittos est susceptible d’influencer les débats parlementaires, il n’y a qu’un pas….En l’espèce, l’exercice donne le pire et le meilleur. S’il est vrai qu’on y croise quelques bons mots, des précisions techniques utiles et des blagues assez drôles, on est frappé aussi d’observer à quel point l’outil sert à certains de vomitoire, à d’autres d’helium à nombril (ah, le nombre d’apprentis juristes-psychanalystes-spécialistes de bioéthique et j’en passe qui donnent des leçons aux députés, c’est fascinant !). Sans compter les militants qui ont parfaitement mesuré le pouvoir potentiel de l’outil. Notons qu’une lourde tendance se dégage, elle consiste à se moquer des physiques et des fringues sur l’air de : vous avez politiquement tort parce que vous êtes physiquement mal tourné.

Enfin…si la liberté d’expression n’autorisait à dire que des choses capitales à des moments historiques, je ne vois pas qui aurait le droit de s’exprimer à part Voltaire, Zola et Martin Luther King. Et même, il se trouverait sûrement des esprits chagrins pour contester leur légitimité. Si j’avais écrit ce billet demain, j’aurais cité BHL, Christiane Taubira, et François Hollande, mais nous ne sommes encore qu’aujourd’hui…

03/02/2013

Le triomphe du Bien…enfin !

Classé dans : Réflexions libres — laplumedaliocha @ 15:36

"L’empire du bien triomphe, il est urgent de le saboter" lançait le célèbre Philippe Muray. Ce pourfendeur  des bons sentiments de l’ère hyperfestive écrivait ainsi dans Exorcismes spirituels :

"voilà les vivants engagés dans la croisade la plus redondante de toute l’histoire : la croisade pour la vie. C’est l’épopée du pléonasme. Avec la charité généralisée, l’idéalisme obligatoire, la solidarité sans réplique, les droits de l’homme dans tous les coins et le souci hygiéniste à chaque étage, la passion de survivre est devenue plan de carrière et programme d’existence. Tout le monde se bat dans la même direction. A coups de positivité enthousiaste et de volonté de gagner. On a la haine de la haine. On fait la guerre à la guerre. C’est même là que ça devient cocasse : le négatif a été si bien ratatiné dans tous les domaines qu’on ne trouve plus de débats qu’entre gens du même avis. Quand on se crêpe le chignon, c’est entre opposants à la drogue et adversaires de sa dépénalisation ; entre partisans du cosmopolitisme et ennemis de la xénophobie ; entre éradicateurs du machisme et anéantissement du sexisme. On s’engueule entre nuances".

A observer le débat à l’Assemblée nationale sur le projet de loi dit "mariage pour tous" et les commentaires sur Twitter à chaque fois qu’un député de droite ouvre la bouche (lynchage au choix sur le droit, la religion ou la tenue vestimentaire de l’intéressé) ou de gauche (émotion larmoyante sur la beauté du discours, la pertinence de la remarque, la force du point marqué), on se dit que Philippe Muray aurait aimé grincer sur cet épisode  de notre vie collective, ultime soubresaut d’un semblant de discorde véritable. Car ici, on ne s’engueule pas entre nuances, on s’affronte en noir et blanc.

Pendant quelques temps, j’ai pensé avec d’autres, que le sujet était bien trop important pour qu’on accepte de le traiter dans une relative précipitation et surtout qu’on prenne le risque de déclencher une bataille radicale susceptible de blesser tout le monde. Mais en relisant Muray je m’aperçois que j’ai eu tort. La mariage pour tous devait au contraire être emporté de haute lutte, le Bien ne pouvait se contenter de la victoire tranquille qu’un peu d’habileté politique rendait probable sur le terreau fertile de la positivité enthousiaste de notre société. Songez donc, il fallait entrer dans l’histoire ! Au fond, la gauche a eu raison de lancer ce projet dès son arrivée et de ne pas perdre son temps à organiser des états généraux ou toute autre forme de débat préalable au dépôt du texte à l’Assemblée.  En piquant au vif indécis et opposants, elle a fabriqué l’ennemi qu’il lui fallait abattre pour  s’inscrire dans la légende des grandes avancées démocratiques. A vaincre sans fureur, on triomphe dans l’indifférence. En ce sens, la droite fait un dragon parfaitement honorable, tandis que l’Eglise catholique campe à merveille la méchante sorcière. Et la gauche peut ainsi ferrailler vaillamment contre les monstres qu’elle a fait jaillir toute seule de son grand chapeau à malices. D’aucuns ont comparé Christiane Taubira à Robert Badinter (tandis que dans le même temps François Hollande au Mali était jugé Gaullien), comme quoi il n’y a encore et toujours que la guerre pour fabriquer des héros historiques…

Sans doute assistons-nous aux ultimes soubresauts du Mal avant l’avénement de l’empire du Bien annoncé par Muray. Il y aura quelques répliques sismiques avec la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui,  mais nous savons déjà que le moment historique, le vrai, c’est celui-ci. Savourons-le à sa juste mesure.

26/01/2013

Mort aux Bachi-bouzouks !

Classé dans : Droits et libertés,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 14:40
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C’est fou ce que les débats se tendent ces derniers temps !

Même sur ce blog, où nous essayons pourtant tous ensemble de tenir des discussions civilisées, de développer ce qu’un penseur que j’aime particulièrement appelle un "lieu de désaccord pacifique". Dans un tel climat de violence verbale, certains s’épanouissent, quand d’autres souffrent. J’appartiens à la deuxième catégorie. A partir de là, deux solutions : soit on se retire du débat public, voire du monde, soit on décide de résister en considérant que les discussions ne sauraient être réservées aux énervés, aux militants et autres pourvoyeurs de certitudes. Mais justement, comment résister ? En développant soi-même, par une sorte d’effet mécanique, des certitudes inverses ? La tentation est forte, mais mortelle. C’est ainsi qu’on radicalise les débats au points de les réduire à des slogans. Le contradicteur devient l’ennemi à abattre, en même temps que la pensée se sclérose et que la discussion s’embourbe dans les blessures narcissiques et les invectives. Il reste une autre solution : sortir par le haut, respirer intellectuellement grâce à  l’humour, s’envoler au-dessus de la mêlée. Il est temps que je vous livre les réflexions à ce sujet d’un écrivain inclassable dont les propos, quoique anciens, demeurent d’une criante actualité. Gabriel Matzneff, car il s’agit de lui, a publié plusieurs recueils rassemblant ses articles dans Combat et Le Monde. L’un d’entre eux s’appelle le Sabre de Didi. Il emprunte son titre à une chronique de l’auteur publiée le 27 octobre 1979 dans le quotidien du soir. Quand j’ai un coup de blues, je le relis et c’est à chaque fois la même leçon de liberté.

L’ambiance actuelle rend urgent que je vous le livre  :

9782710302988

"L’étoile, la croix, le croissant, la faucille et le marteau, la svastika, ce ne sont pas les emblèmes qui manquent. Nous n’avons que l’embarras du choix. Mais de tous ces symboles, celui qui résume avec le plus d’exactitude ce qu’aura été notre délicat XXème siècle, est, sans conteste, le sabre de Didi. 

Didi, on s’en souvient, est le sympathique jeune homme qui, dans le Lotus bleu, veut sauver Tintin en lui coupant la tête. Brandissant un sabre, Didi court après Tintin, en lui expliquant : "Lao Tseu l’a dit : "il faut trouver la voie !" Moi je l’ai trouvée. Il faut donc que vous la trouviez aussi. Je vais d’abord vous couper la tête. Ensuite, vous connaîtrez la vérité. Voyons, n’ayez pas peur…Il s’agit simplement de vous couper la tête."

Hergé a publié le Lotus bleu en 1934. C’était une époque où, en Europe, le bon oncle Joseph et le bon oncle Adolf, pleins de sollicitude pour le genre humain, aidaient des centaines de milliers d’égarés à trouver la voie du salut grâce à la méthode Didi. Depuis lors, nos idéologues européens ont exporté le sabre salvateur dans le monde entier, avec un succès toujours grandissant. Du temps de l’Inquisition, la méthode Didi donnait déjà d’heureux résultats, mais elle n’était appliquée que de façon imparfaite, et quasi artisanale. Aujourd’hui, nous avons perfectionné tout cela. C’est le triomphe de la cybernétique. 

Qu’ils s’appellent Torquemada ou Lénine, les bienfaiteurs qui brûlent de nous initier aux vérités dont ils sont les dépositaires, sont nécessairement conduits, un jour ou l’autre, à nous couper la tête. Une fois que nous avons compris cela, nous sommes sur la bonne voie. Tintin qui s’obstine à ne pas vouloir mourir, n’est qu’un gamin mal élevé. C’est la tête sous le bras que nous entrerons au paradis des dogmatiques. 

Adolescent, je portais toujours sur moi un carton, où j’avais inscrit deux phrases. L’une était du sceptique Sextus Empiricus : "A toute raison s’oppose une égale raison". L’autre de l’épicurien Métrodore : "L’homme libre doit éclater du rire le plus franc au nez de tous les réformateurs". A l’âge ou les jeunes demandent à leurs aînés des raisons de croire, je leur demandais des raisons de douter. Hergé, dès mon enfance, m’avait vacciné contre la tentation de Didi. (…)"

Voilà la philosophie que je tente de développer ici depuis l’origine et qu’il me parait plus que nécessaire de promouvoir en ce moment. Est-ce un hasard si cette leçon nous vient du plus célèbre reporter de la bande-dessinée ? Je ne pense pas. Tous les journalistes savent que le doute est le premier commandement du métier. Hélas, il faut bien admettre que certains actuellement tendent à l’oublier. Un dernier mot, le titre de ce billet est évidemment une facétie. Je le précise avant que quelque lecteur sagace ne se sente en devoir de me confronter à mes contradictions réelles ou supposées.

07/01/2013

Mariage gay, vous avez le droit d’être d’accord

Classé dans : Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:23

Il est des sujets où le débat n’a pas sa place. Des réformes dont l’intérêt est présenté comme si incontestable que toute discussion s’avère inutile. Tout argument contraire impossible car soupçonné au choix de malveillance ou d’aveuglement. Certains l’auront reconnu grâce à ce court portrait, j’entends évoquer ici le mariage dit "pour tous" que je préfère appeler mariage homosexuel parce que je voue un goût suranné aux expressions cliniques plutôt que féériques.

BFM TV recevait hier soir Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits de la femme et porte-parole du gouvernement. Comme de bien entendu, on a évoqué lors de cette émission politique des sujets aussi majeurs en temps de crise économique que le départ de Depardieu ou encore le "mariage pour tous". La com’ politique décidant depuis bien longtemps déjà de l’agenda médiatique en lieu et place des journalistes qui ont laissé faire, il fallait bien se plier aux fumigènes politiques du moment. Panem et circenses. Soyons contre les méchants riches et pour le bonheur de tous. Philippe Muray, ce génial théoricien de l’homo festivus moderne,  doit bien rigoler s’il voit ça de là-haut.

Pour débattre avec la ministre du mariage homosexuel, BFM avait invité l’Abbé de la Morandais. Wikipedia m’apprend qu’il aurait dit il y a quelques mois y être favorable à titre personnel. Toujours est-il que sur le plateau il a relayé la position, ou plutôt l’opposition de l’Eglise catholique, pour toutes les raisons que l’on connait sur la famille et pour une autre encore, la nécessité de conserver certains repères. Lors de cet échange, la ministre a déclaré que les arguments des opposants au "mariage pour tous" ne tenaient pas. Elle a aussi avoué en réponse à une question de l’abbé qu’elle n’avait pas lu le rapport que Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, a adressé en octobre dernier au gouvernement. De même, elle ignorait que l’Eglise catholique est opposée à la procréation médicalement assistée, dont on nous dit qu’elle fera l’objet d’un projet de réforme de la famille en mars dans le prolongement du "mariage pour tous". En d’autres termes, la ministre du droit des femmes et la porte-parole du gouvernement montre ainsi qu’elle ne sait rien des arguments dont elle dit pourtant qu’ils ne tiennent pas la route.  Il me semblait que la politique supposait d’arbitrer entre des positions opposées, j’ai dû me méprendre. Observons quand même que tous les dignitaires religieux français ont exprimé leur opposition au projet dans une belle unanimité. Je vous renvoie à la vidéo intégrale de leur audition devant l’assemblée nationale. Il me semble que ces autorités, dont c’est la vocation de penser le devenir de l’homme, et qui accessoirement représentent bien plus de français que les associations gays et lesbiennes, méritaient quand même un peu plus d’attention, si ce n’est de respect. En fait de quoi, on devine au mépris que leur oppose le gouvernement, qu’elles ne sont que de vieilles choses réactionnaires qu’il convient de ne surtout pas écouter. Dont acte. Quant aux philosophes, psychanalystes et autres, qui émettent des réserves, on s’en fout aussi.

Face au slogan du Progrès accolé à celui de l’Egalité, toute objection apparait donc nulle et non avenue. C’est pourtant assez rare, à ma connaissance, les projets de réforme qui ne possèdent que des avantages, mais bon…On notera que la ministre a vanté les mérites du "mariage pour tous" dans un collège du Loiret en octobre (la vidéo est ici), mais que Vincent Peillon quant à lui a interdit aux écoles catholiques d’organiser un débat sur ce même sujet. De fait, il n’en faut pas plus me semble-t-il pour comprendre que sur ce sujet-là, nous n’avons qu’un droit, celui d’être d’accord. Mais pas n’importe comment. Pas de se mettre d’accord à l’issue d’une grande réflexion collective, pas d’adhérer librement au terme d’une réflexion approfondie au nouveau modèle familial et de société qu’on nous propose, fondé désormais sur la négation de la différence des sexes, non, le droit d’être d’accord est ici exclusif de toute capacité à s’interroger ou à douter. Il faut embrasser la Cause, a priori et sans réserve.  Alors même qu’Elisabeth Guigou soutenait, en présentant le PACS en novembre 1998, qu’il ne fallait justement pas toucher à la famille qu’elle décrit comme "l’articulation et l’institutionnalisation de la différence des sexes". Est-il interdit de s’interroger aujourd’hui sur ce brusque revirement de la gauche ? Il est peut-être justifié, mais comment le savoir si l’on n’en discute pas ? A l’évidence, toute réflexion est prohibée, ce serait faire outrage au Progrès et à l’Egalité. Et l’on essaie de nous faire croire que ce sont  les religions qui sont dogmatiques ? Laissez-moi rire ! Que les partisans de la réforme se rassurent. Elle passera. Demain ou après-demain au plus tard. Parce que d’autres pays l’ont déjà faite, parce que c’est ce qu’on pense être le sens de l’histoire et parce que nul ne résiste longtemps à la promesse d’un monde meilleur. Il sera toujours temps ensuite de s’apercevoir qu’en voulant résoudre un problème réel et grave, celui de l’homophobie, on en a déclenché d’autres…Au fond, c’est peut-être le risque à courir pour construire ce fichu monde meilleur.

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