La Plume d'Aliocha

17/04/2013

Confessions d’un ministre déchu

Classé dans : Coup de griffe,Mon amie la com',questions d'avenir — laplumedaliocha @ 16:07

Le grand théâtre médiatique donnait hier soir une représentation exceptionnelle : Confessions d’un ministre déchu. Dans le premier rôle : Jérôme Cahuzac. Pour lui donner la réplique : Jean-François Achilli, directeur de la rédaction de RMC. Production, mise en scène : BFM TV/RMC. Scénario et dialogues : Anne Hommel, conseillère en communication, déjà intervenue aux côtés de DSK lors de sa grande confession au 20 heures. Pour ceux qui auraient manqué l’événement, il a eu lieu à 18 heures et a duré 28 minutes, puis il a  été rediffusé et commenté durant toute la soirée sur BFM TV. La vidéo intégrale est visible ici. Fabriquer l’information puis analyser l’événement qu’on a créé, voilà qui laisse rêveur…Avant toute chose, une précision : on comprend la satisfaction de BFM TV et RMC d’avoir décroché la première interview de l’ancien ministre. Ainsi marche le système, c’est un cirque Barnum permanent, les médias l’alimentent autant qu’ils s’en trouvent prisonnier. Cette interview fait partie des choses qui ne se refusent pas même si tout le monde a compris qu’ici la communication a pris le pouvoir sur l’organe d’information en jouant sur ses mécaniques secrètes.

Part d’ombre et pardon

On ne peut s’empêcher de frissonner à la vision de cette prestation axée entièrement sur le pathos et conçue en application des règles classiques de la com’ de crise :  reconnaître le préjudice, avouer la faute, demander pardon, en tirer les conséquences pratiques (Jérôme Cahuzac renonce à ses fonctions de député, mais pouvait-il en être autrement ?). On notera au passage l’influence américaine évidente qui fait songer aux confessions de Bill Clinton. Pour le reste, il n’est pas difficile d’imaginer l’agacement des journalistes de Mediapart qui ont révélé le scandale face à cet exercice qui ressemblait à tout sauf à de l’information. L’interview a permis en effet de déconstruire une partie des accusations en transformant les possibles infractions pénales examinées par la justice en simple faute morale. Le mot "légal" n’a été prononcé  que deux fois par l’intéressé. D’abord lorsqu’il a dû se justifier sur ses activités de conseil auprès des laboratoires pharmaceutiques suite à son départ du ministère de la santé. Elles étaient légales, assène-t-il. Ensuite lorsque le journaliste lui a demandé s’il allait renoncer à ses indemnités de ministre. C’est un problème juridique entre les mains de mon avocat, a rétorqué Jérôme Cahuzac. Autrement dit, le droit ne lui est pas opposable, mais il en revendique dans le même temps l’application lorsqu’elle le sert. N’est-ce pas déjà ce que l’on avait compris de son action au budget (en lien, un passionnant papier d’Ariane Chemin) ?  Pour le reste, la ligne mélodique de l’entretien a été "part d’ombre". C’était pas mal trouvé. "On ne comprend bien que ce qu’on sent en soi" écrivait Steinbeck. Ici, la part d’ombre est une fragile passerelle jetée au-dessus du gouffre de l’indignation pour réunir le téléspectateur-juge et l’accusé dans une conscience partagée de notre faiblesse humaine. A la fin de cet embarrassant et spectaculaire déballage de sentiments intimes, on ne pouvait que s’interroger sur l’apport de la prestation en termes d’information. Nul ! Nous n’avons rien appris et pour cause. L’intéressé est tenu au secret sur l’affaire s’il ne veut pas irriter ses juges et sans doute aussi pour d’autres raisons plus troubles d’ordre politique. Au demeurant, l’objet d’une telle prestation n’est pas d’informer, mais de corriger une image. Il est réconfortant de constater que la presse ce matin n’adhére pas du tout à  cette instrumentalisation grossière. Un certain public au contraire se dit touché, et c’est fâcheux, surtout de la part d’un ex-magistrat qu’on a connu plus sceptique sur les déclarations médiatiques des personnes mises en cause sur le terrain judiciaire.

Pendant ce temps, France 5 évoquait Florange…

Qu’importe, les exercices de ce type vont se multiplier malgré les protestations de principe sur leur caractère éthique, et les doutes légitimes sur leur efficacité. Il y a eu ces derniers mois DSK et son mea culpa au 20 heures,  Jérôme Kerviel le soir même de sa condamnation chez RTL, puis au JT et quelques jours plus tard chez Ruquier, Takieddine chez Ruquier aussi et maintenant Cahuzac sur RMC/BFMTV. Tout ceci nuit à la sérénité de la justice, enfume les esprits, pollue l’information, mais semble néanmoins inéluctable. Dans une société où l’écran a pris une telle importance, où les médias font et défont des réputations, comment reprocher aux intéressés de tenter de retourner en leur faveur le système qui menace de les broyer  ? Exhibitionnistes et voyeurs façonnent ensemble un monde obscène, largement encouragés par le développement des technologies dites de l’information.

Tandis que BFM TV commentait jusqu’à la nausée ce non-événement absolu en termes d’information, France 5 diffusait un documentaire remarquable intitulé "La promesse de Florange"  par Anne Gintzburger.  Il fallait zapper entre les deux, voir les larmes d’Edouard Martin et les mimiques douloureuses de Jérôme Cahuzac en simultané,  pour effleurer la différence substantielle entre la sincérité et la mise en scène, l’injustice et la sanction méritée, la réalité nue et les artifices politiques. L’effet de contraste était stupéfiant. On peut se passer de voir les confidences de Jérôme Cahuzac, pas de visionner le reportage sur Florange. Hélas, je gage que le premier fera davantage recette que le second. Business is business…

16/04/2013

Piège médiatique

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 10:27
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Eh bien voilà, nous savons tout sur le patrimoine de nos ministres. Tout, cela signifie l’essentiel et l’accessoire, les fortunes immobilières et les véhicules plus cotés à l’Argus. Pour les comptes en Suisse et les justes évaluations des maisons, immeubles et autres fioritures, il faudra évidemment attendre que la machine de l’investigation se mette en marche. Mediapart doit être déjà dans les starting-blocks.

Ce matin, deux réactions se dessinent. Une large majorité d’éditorialistes fustige l’inutilité de la démarche, tandis que la polémique, car il en faut bien une, agite la grande machine à onanisme intellectuel autour de cette question cruciale : peut-on être riche et de gauche ? C’est le devoir sur table de la journée pour tous ceux qui font commerce des ficelles du prêt-à-penser  spéciales plateaux télé. Laissons ce dernier débat à ceux qu’il amuse. La réaction très réservée des éditorialistes mais aussi des internautes montre les limites de la communication. Tant que celle-ci s’applique à transmettre un message dans des conditions optimales pour faciliter sa compréhension, elle est utile. Mais lorsqu’elle se met en tête de fabriquer de toute pièce l’action qu’elle juge nécessaire en réponse à un scandale médiatique – ici publier le patrimoine des ministres pour restaurer la confiance suite à l’affaire Cahuzac – alors elle s’expose à tous les dangers. Quel rapport, s’interroge-t-on sur Internet, entre cette publication et le compte suisse de l’ancien ministre du budget ? Evidemment aucun dans les faits. Le lien logique ne se situe pas dans la réalité mais dans sa représentation médiatique : à la crise de confiance, associée sur le terrain de la communication à une opacité, on répond par la transparence. Du coup, journalistes et public expriment leur désaccord. Il y a de quoi. Répondre à un interlocuteur en caricaturant sa pensée est une des techniques du sophisme. Ici le problème de fond est celui du respect de la loi et des règles et, accessoirement, de la cohérence entre le comportement et la fonction. La transparence sur le patrimoine, a fortiori de ceux qui sont extérieurs à l’affaire, est parfaitement hors sujet.

Certains observent néanmoins que la démarche pourrait avoir le mérite de nous rapprocher des vertueuses démocraties nordiques. C’est possible en effet, mais on aurait aimé une réflexion de fond sur ce sujet englobant transparence, gestion des conflits d’intérêts,  etc. En fait de quoi, on nous propose à la hâte un maladroit contre-feu. Pas dupes, les médias que l’on croyait ainsi séduire se cabrent face à la fumisterie. Le piège s’est refermé. On n’abuse pas sans risque de la tentation de manipuler…

09/04/2013

Incantations magiques

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 13:26

Tandis que les ondes du séisme Cahuzac continuent de se propager dans la vie politique, voici que la transparence jaillit du chapeau magique des communicants spécialisés en gestion de crise. Hourra, nous sommes sauvés ! Les annonces de patrimoine se multiplient déjà, avant même la date fatidique du 15 avril. La vertu, c’est maintenant.  Songez donc, voilà pour les moins fortunés et surtout les plus habiles, une arme redoutable contre l’adversaire politique. Tapis, s’exclament nos joueurs de poker ! Pendant ce temps, François Hollande dégaine l’annonce d’une loi de moralisation de la vie politique d’ici le 24 avril. Cela ne vous rappelle rien ? Moi si. Le syndrome "un fait divers = une loi" qu’on a tant reproché à Nicolas Sarkozy. En réalité, il n’était que le précurseur décomplexé d’une évolution de la vie politique, largement initiée par les communicants, qui impose de réagir à une émotion par l’annonce d’une réforme. Et de le faire vite de préférence, c’est-à-dire fort mal. Ce n’est plus de la politique mais de la magie façon Harry Potter. Chacun aura compris que ni le "choc de transparence", ni le futur texte de moralisation ne changera quoique ce soit à la situation. D’ailleurs, tel n’est pas l’objectif. Il ne s’agit pas d’agir sur la réalité mais, à travers les médias, d’influencer la manière dont cette réalité est perçue. On appelle cela "restaurer la confiance", autrement dit en langage courant, éteindre l’incendie.

La transparence en tant que recette miracle à toutes les formes de débordement nous vient du monde anglo-saxon. Elle est particulièrement en vogue dans la finance. Et pour cause, la transparence, c’est la solution douce pour tenter de paraître vertueux sans pour autant s’embarrasser de nouvelles contraintes réglementaires et surtout de sanctions. Bien sûr, il y a une part de pertinence dans cette démarche. Nul ne peut contester en effet l’intérêt d’avoir accès à des informations considérées comme utiles à la collectivité. De là à en faire la solution à tous les problèmes, c’est une autre histoire. Car la transparence, utilisée de manière abusive, fabrique mécaniquement de l’opacité. Si je vis dans une maison de verre et que j’ai quelque chose à cacher, je ne vais pas m’abstenir, mais chercher frénétiquement l’angle mort, voire le fabriquer. Il y a donc fort à parier que cette transparence nouvelle sur le patrimoine de nos politiques n’empêchera pas les transgresseurs de poursuivre leurs activités, elle ne fera qu’en compliquer la réalisation. Si l’on pousse la comparaison avec la finance, on peut craindre d’autres effets pervers. On sait par exemple que la publication des rémunérations des dirigeants de groupes cotés n’a pas pour effet de les ramener à un niveau acceptable par le public, mais aurait plutôt tendance à entraîner leur augmentation, par un effet d’ajustement du moins payé sur le mieux gratifié. Qui sait si nos politiques, en comparant leurs patrimoines respectifs, ne vont pas – pour les plus modestes – se trouver soudain saisis d’un besoin urgent de rattraper leur retard, au prix de quelques contorsions avec la loi ?

Quant à la loi de moralisation….elle me rappelle une scène du film Les Pétroleuses où Brigitte Bardot, vêtue d’une robe à froufrous rose et arborant l’ombrelle assortie, enfourche  un étalon sauvage dans un corral et parvient à le dresser en deux coups de talons bien placés. Après tout, le cinéma, c’est du rêve et dans ce film en particulier, de la parodie. L’appât du gain, l’ivresse du pouvoir, le sentiment d’impunité sont des ressorts bien trop puissants pour qu’on espère les contrer par une loi de moralisation. Nul n’y croit vraiment d’ailleurs, mais il faut bien distraire le public. Qu’on me permette de préférer à ce genre de texte à portée symbolico-médiatique l’exercice effectif des contre-pouvoirs. Pour préserver le fonctionnement des institutions, je crois davantage à la justice et au journalisme d’investigation qu’aux incantations magiques.

02/03/2013

Les mille et un métiers de Rachida

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 11:35
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"Dieu des médias, donnez-nous chaque jour notre petite phrase, nourrissez-nous de ces scandales et cancans que nous aimons tant".

La petite phrase délicieuse du moment est donc celle de Rachida Dati, assurant dans une conférence de presse au statut on/off incertain que si elle ratait la Mairie de Paris, elle était prête à redevenir caissière à Franprix. Pourquoi "redevenir" me direz-vous, parce qu’il semblerait qu’elle ait financé ses études il y a fort longtemps grâce à un job de caissière. Le magazine Challenge a repris la phrase et déclenché le petit buzz espéré : ricanements liés à son look pas vraiment sorti du catalogue Printemps/Eté 2013 de Monoprix, découverte d’un texto fort sensuel à Goasguen, le tout assorti de l’incontournable indignation sur l’offense faite à une catégorie de "faibles", ici les caissières de Franprix et plus généralement les petits salaires. Comme elles sont savoureuses les leçons de morale de l’Obs en ce moment…Mi-amusée, mi-affolée, l’enseigne concernée a même réagi à la plaisanterie. Ah, l’art de pondre de l’actualité sur du Rien !

Comme je me souvenais que Rachida Dati avait prêté le serment d’avocat le 17 février 2010, je suis allée faire un petit tour sur l’annuaire de l’ordre des avocats de Paris pour savoir si la dame était toujours inscrite. Réponse : oui. Elle exerce officiellement boulevard de la Tour Maubourg. Lors de sa prestation de serment, elle avait été accueillie dans les locaux du cabinet Sarrau Thomas Couderc, sis boulevard Haussmann. Visiblement, l’hébergement a pris fin. Les avocats ayant  le souci de faire connaître leur existence à leurs clients potentiels, en principe ils s’inscrivent au moins dans les Pages jaunes, à défaut de recourir à une publicité plus offensive qui reste strictement encadrée par leur déontologie. Rachida Dati pousse très loin les obligations de réserve et de délicatesse puisqu’elle ne figure pas dans l’annuaire. Il est vrai qu’elle ne doit guère avoir le temps d’exercer son nouveau métier en ce moment. Toujours est-il que la presse peut se rassurer et le public aussi. Avant de se résoudre à trouver un emploi de caissière, Rachida Dati pourra toujours porter la robe et laisser dépasser ses ravissantes Louboutin. Quelle coquine de nous avoir inquiété pour rien…

21/02/2013

De l’autre côté de la ligne jaune

Classé dans : Coup de griffe,Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 16:00
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Au début on lit. Puis on relit. On se pince. On songe que ce n’est pas possible, qu’on n’a pas compris, qu’il doit y avoir une erreur quelque part. Que c’est une blague du 1er avril qui se jouerait du calendrier, un fake, comme on dit sur Internet. Et puis on abdique, face à l’évidence. Bien en peine de trouver ne serait-ce que l’once du début d’une défense, d’un argument ou seulement de l’ombre de celui-ci qui donnerait à penser qu’il existe une légitimité possible à une telle chose. On revêt mentalement sa robe d’avocat, et l’on continue de chercher en vain des raisons de plaider contre son indignation. Mais non, rien. Le grand vide.

Une femme écrivain, chroniqueuse à Libération, juriste de formation a rencontré DSK début 2012, entamé une liaison avec lui, puis sorti un livre pour raconter la chose. Un livre dont l’Obs s’empresse de sortir les bonnes feuilles et où l’on peut lire ceci : "Ce qu’il y a de créatif, d’artistique chez Dominique Strauss-Kahn, de beau, appartient au cochon et non pas à l’homme. L’homme est affreux, le cochon est merveilleux même s’il est un cochon. C’est un artiste des égouts, un poète de l’abjection et de la saleté. Le cochon, c’est la vie qui veut s’imposer sans aucune morale, qui prend sans demander ni calculer, sans se soucier des conséquences. Le cochon, c’est le présent, le plaisir, l’immédiat, c’est la plus belle chose qui soit, la plus belle part de l’homme. Et en même temps le cochon est un être dégueulasse, incapable d’aucune forme de morale, de parole, de sociabilité. L’idéal du cochon, c’est la partouze : personne n’est exclu de la fête, ni les vieux, ni les moches, ni les petits. Alors que DSK m’a toujours semblé être franchement à droite, ce communisme sexuel auquel il aspire en tant que cochon me réjouit".

Sur @si, on apprend que DSK a mal pris la chose. Joli euphémisme. Sa réponse est ici. Et l’on se demande où il a trouvé les mots – quelque soit ce qu’on pense de l’homme – pour réagir à pareille infamie. On se dit qu’un politique, ça a quand même le cuir drôlement épais…

Alors on cherche à en savoir plus sur l’auteure et l’on consulte wikipedia. Extrait : "Parmi les causes qui lui sont chères, citons : la défense du droit à la prostitution, du mariage et de l’adoption pour les homosexuels et lesbiennes, des méthodes de procréation artificielle, le végétarisme. Elle s’en prend au féminisme français, qu’elle juge trop moralisateur car demandant une extension toujours plus grande de la répression pénale et elle défend l’idée que la révolution sexuelle des années 1970 a été un échec partiel dans la mesure où elle a renoncé à ses ambitions émancipatrices. Toutes ces prises de position lui ont valu de violentes critiques, notamment de la part de certaines féministes françaises plus traditionnelles, mais aussi le fervent soutien de nombreux militants et militantes des droits des minorités sexuelles". Le 21 avril 2012, lors de l’émission Réplique d’Alain Finkielkraut sur France Culture, elle explique que le viol n’est pas toujours traumatique, ce qu’elle illustre par cette comparaison : « Il y a des gens qui ont été à Auschwitz qui ont été traumatisés et d’autres non. Dans Libération du 29 septembre 2012, elle exprime des propositions dans un article intitulé "Pour un service public du sexe"2."

Du coup, on comprend un peu mieux. C’est du dynamitage, donc. On envoie valser les valeurs ou ce qu’il en reste, un morceau de string déchiré et qui ne tenait plus qu’à un fil. Le voilà coupé. Tout de suite on se sent plus à l’aise. En plus, il parait que c’est de la littérature….Alors, on est forcé de s’incliner. Accessoirement, certains tentent  une vague critique d’ordre déontologique. La dame aurait conspué l’attitude des médias à l’égard de DSK avant de se rendre coupable elle-même d’un tel livre. Alors ça grince un peu…Accessoirement, disais-je.

DSK est célèbre, l’auteure va le devenir, par ricochet. "Qu’avez-vous fait pour tant de biens ?" Interrogeait en son temps Figaro...vous vous êtes donné la peine de b…  ".Oui, enfin, vous m’avez comprise. La presse se lèche les babines, songez donc, du cul, de la politique et de la célébrité, les ventes sont assurées. En plus, l’homme est à terre, il ne risque pas de faire grand mal, même si on le blesse à mort. Notre société n’aime plus la corrida, elle ne veut plus tuer le taureau dans l’arène, elle préfère tuer les hommes à la télévision. Elle a raison, ça ne saigne pas, c’est plus hygiénique. Bienvenue dans l’ère du crime aseptisé. A chaque époque ses hypocrisies, ses tocades et ses postures morales. L’éditeur ne se tient plus de joie, le tirage du livre promet déjà de dépasser ses plus folles espérances.

Au terme de cette  promenade effarante au pays de "l’information", on finit par comprendre que l’on touche ici à la quintessence du système médiatique, enfin débarrassé de ses ultimes pudeurs. Et l’on frissonne…

20/02/2013

Gaulois, et alors ?

Classé dans : Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 13:32
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Avez-vous lu la lettre de Maurice Taylor (scoop Les Echos), le patron de Titan qui se surnomme lui-même le Grizz ? Sinon, courez-y. Le texte intégral vaut mieux que les citations rapportées en boucle par les médias. Notez la décontraction des formules de politesse, le délai de la réponse – ce monsieur n’a évidemment pas de secrétaire susceptible de le prévenir quand il reçoit la lettre d’un ministre alors qu’il est en déplacement -, la logique brutale, le ton caricatural. Pour un peu, on l’embrasserait pour le remercier de tant de franchise. Grâce à lui, on y voit plus clair. La mondialisation, c’est donc au moins en partie ça…dans des proportions qui restent à déterminer. Il y a quelques années (2008 ou 2009), l’Obs avait sorti un papier remarquable sur un financier new-yorkais qui expliquait que les marchés actions, c’était fini même aux US, et qu’il partait en Chine investir sur les marchés de matières premières. D’ailleurs, ses deux filles étaient déjà là-bas, elles apprenaient le mandarin et leur cher papa leur avait constitué des portefeuilles sur lesdites denrées, enthousiaste à l’idée qu’une prochaine sécheresse ferait flamber le prix du blé et enrichirait ses chéries en même temps qu’elle tuerait des millions de gens. Business is business. L’homme était photographié à cheval sur le cochon qui décorait son bureau. C’est le meilleur papier sur la crise que j’ai jamais lu…avant les propos du Grizz, bien entendu.

Crucifié sur l’autel du cynisme

Entre nous, la fuite de cette lettre dans la presse est quand même un sacré coup de bol pour le gouvernement. Elle signifie : "vous voyez, on fait tout ce qu’on peut, mais on a affaire à des monstres absolus de cynisme, donc si ça rate, c’est que vraiment on ne pouvait pas faire plus". Pour la CGT aussi, c’est un coup de bol : elle s’empresse de souligner qu’elle avait raison de s’opposer au projet de reprise de Titan. Ah ! La jouissance d’être dans le bon camp pourrait nous faire oublier l’ennui de n’avoir pas à bouffer. Réchauffons donc cette petite certitude au creux de nos âmes, les gaulois ont raison d’avoir peur de la mondialisation. Notre gouvernement échoue, mais en beauté, crucifié sur l’autel du libéralisme le plus affreux. Evidemment, on pourrait aussi rêver de succès, mais ça, ça supposerait moins d’effets de manches et plus d’habileté or voyez-vous, nous, on aime les effets de manche. On vit de révolte et d’eau fraiche. Dommage qu’on ne puisse pas, contrairement à nos lointains ancêtres, accrocher la tête de l’ennemi au bout d’une pique, le bonheur serait total. Oui, mais les emplois, m’objecterez-vous. On ne peut pas tout avoir…

Vous avez dit "village gaulois" ?

"Mais cet épisode malheureux auquel M.Montebourg a eu l’intelligence de ne pas répondre, doit faire prendre conscience que des exemples comme Amiens Nord nuisent à l’attractivité du pays et qu’il est grand temps d’arrêter de penser que la France peut continuer à se comporter comme un village gaulois déconnecté des réalités du monde" note, à propos de cette triste affaire, mon confrère du Monde Stéphane Lauer sur son blog. Qu’il me permette de disconvenir respectueusement. A chaque fois que des intérêts internationaux sont en jeu et que la France lève le doigt pour exprimer un désaccord ou une vision différente, on l’accuse de gauloiserie. Et il se trouve toujours des voix en son sein pour reprendre le petit refrain masochiste de notre soi-disant incapacité à nous aligner sur l’air du temps, en clair sur la domination libérale d’origine anglo-saxonne. On défend l’usage du français ? Gauloiserie, tout le monde parle anglais aujourd’hui. On prône notre modèle social ? Gauloiserie, l’heure est au libéralisme pur et dur. On émet des doutes sur la dérégulation de la finance ? Gauloiserie, il faut libérer les énergies. On refuse de se placer entre les mains de vagues instances privées censées réglementer des pans entiers de notre vie ? Gauloiserie, le schéma démocratique classique – législatif, exécutif, judiciaire – est dépassé, vive la tyrannie des experts payés par les lobbys. Je le sais, pour l’observer à titre professionnel toute la sainte journée.

Et si nous réapprenions à être fiers de nous, à défendre nos convictions ? Si nous nous rendons parfois coupables de gauloiseries, ce n’est pas en raison de notre méfiance plus que légitime à l’égard d’une mondialisation emmenée par des pays anglo-saxons à mille lieues de notre culture et de nos valeurs et qui ont, de surcroît, montré avec panache ces dernières années, l’étendue infinie de leurs dérives. Non, si gauloiseries il y a, c’est dans notre gout de la polémique et de l’auto-flagellation qui prend trop souvent le pas sur l’action. Elle est là, la gauloiserie. Pas dans les idées,  plus que pertinentes, mais dans la manière de les défendre, sans trop y croire et en dépensant plus de salive que de sueur. "On n’abuse pas sans risque de la faculté de douter" prévenait Cioran.

01/02/2013

La politique de la culotte

Classé dans : Insolite,Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 14:46
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C’est fou ce que le sexe inspire la politique en ce moment ! Tandis que les parlementaires se déchirent sur le mariage pour tous, la député PS Sandrine Mazetier a posé une question cruciale au gouvernement le 18 décembre qui serait passée inaperçue si l’intéressée n’en avait relancé l’intérêt ce matin à la radio :

"Madame Sandrine Mazetier attire l’attention de Monsieur le ministre de l’Éducation nationale sur l’appellation école maternelle. Cette dénomination institutionnelle, qui figure dans le code de l’éducation, laisse entendre que l’univers de la petite enfance serait l’apanage des femmes et véhicule l’idée d’une école dont la fonction serait limitée à une garderie. À l’heure où se prépare une loi de programmation et d’orientation pour la refondation de l’école, et où le gouvernement s’engage fortement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les stéréotypes, remplacer ce nom genré par un nom neutre redonnerait symboliquement aux pères la place qui leur revient dans l’éducation de leur enfant, et repositionnerait l’école dans son rôle éducatif différent de celui des parents." 

Vu que les esprits sont chauds comme la braise sur ce type de sujet en ce moment, il y a fort à parier que la question est appelée à un brillant avenir médiatique. Et l’on s’enthousiasme déjà à l’idée de toutes les expressions scandaleusement "genrées" que l’on va découvrir et corriger en observant notre langue sous l’angle éclairé de la culotte.  Dommage que la crise ne contienne a priori aucune connotation sexuelle, cela aurait peut-être aidé nos politiques à se concentrer sur l’essentiel.

16/12/2012

L’acteur et les guignols

Classé dans : Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 15:05
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A chaque jour ses raisons de s’indigner. En ce dimanche ensoleillé de décembre (en tout cas à Paris et à cet instant précis), c’est Gérard Depardieu qui alimente la grande machine médiatique à fabriquer des polémiques à la chaine. Notre monument national renie sa nationalité française. Plus exactement, celui qui incarna magnifiquement Cyrano de Bergerac au cinéma envoie son passeport français à la tête du gouvernement. Et l’on ne peut s’empêcher de songer au panache du célèbre bretteur. On l’imagine face à ses proches ferrailler dans le vide en lançant des "Ah ! non ! C’est un peu court jeune homme", et traiter de tous les noms d’oiseaux ceux qui ont osé le qualifier de "minable". Pour ce que l’on sait du comédien, sa colère doit être homérique. Hélas, régurgitée par les médias, elle n’est plus que la honteuse fuite d’un contribuable face à ses responsabilités en pleine crise. Un minable, donc.

Faut-il lui jeter la pierre ?

Pour ce que j’observe en ce moment dans le cadre de mon exercice professionnel, l’alourdissement de la fiscalité, qui ne date pas de ce gouvernement – Nicolas Sarkozy avait rendu les contribuables aisés et les entreprises à moitié fous à force de changer les règles fiscales tous les matins – suscite deux types de réactions. L’une à vomir. L’autre plus audible. La première consiste à se gausser lors de repas dans des restaurants qui coutent un SMIC de ce vieux pays qu’est la France, haineux à l’égard de la réussite, allergique à la finance, noyauté par des trotskistes vindicatifs, et à vanter par comparaison le reste du monde qui, lui, a tout compris du capitalisme et se prosterne devant la réussite. La crise, quelle crise ? Vous lancent ces gens-là avec arrogance. Oui, en effet, quelle crise peut-on bien apercevoir, entre son bureau au sommet d’une tour de la défense et le restaurant chic auquel on se rend en voiture avec chauffeur. Les plus habiles admettent bien que la situation économique est difficile, mais pour s’empresser de menacer de l’aggraver encore si l’on continue de les irriter. Ils cesseront de recruter pour les chefs de grands groupes industriels, délocaliseront, tandis que les patrons de banques menacent de couper le robinet du crédit et ainsi de suite. Ceux-là ont tout, mais voudraient plus encore et se comparent à loisir avec leurs homologues étrangers pour vous montrer que hein, bon, leur sort est décidément misérable.

Il existe aussi un autre discours, émanant de personnalités aussi riches et puissantes, mais nettement plus conscientes de la situation et de leurs responsabilités. Celui-là est dirigé contre les politiques. Il consiste en substance à dire :  ils ont fait quoi de si notables ces gens-là, pour oser nous donner des leçons ? Qu’ont-ils inventé ? Quelle richesse ont-ils créée ? Combien de français ont un emploi grâce à eux ?  En quoi ont-ils participé au rayonnement de la France à l’international ? Ils vivent sur l’argent public, se font élire à coups de promesses qu’ils ne tiendront pas, ne disposent quasiment d’aucune marge de manoeuvre et ne trouvent rien d’autre à faire que de jeter en pâture quelques boucs-émissaires au public, dans l’espoir d’être réélus. Les emplois, ils les trouveront où s’ils passent leur temps à dénigrer les entreprises et plus généralement ceux qui mouillent la chemise et risquent leur argent pour construire ? Ici, il ne s’agit plus défendre son portefeuille, mais de soulever la question pas tout à fait idiote de la légitimité. De fait, si la France d’en bas brocarde ses politiques qui ne font rien pour elle, la France d’en haut s’indigne quand les mêmes lui tapent dessus sans qu’elle aperçoive très bien l’utilité concrète de l’exercice. C’est le mensonge médiatique que cette France-là dénonce, les fausses promesses, la fabrication de boucs-émissaires, les intentions électoralistes dissimulées sous le mirage du bien collectif.

Evidemment, l’argument n’aurait aucune force si les politiques pouvaient lui opposer une vertu sans faille et un engagement au-dessus de tout soupçon en faveur du bien commun. Hélas, les cafouillages de la majorité et les sinistres guignoleries de l’opposition permettent d’en douter sérieusement. Plutôt que de jeter la pierre à Gérard Depardieu, ne faudrait-il pas s’interroger sur la légitimité du politique ? N’est-ce pas le fond du problème ? Tous les fiscalistes savent qu’à partir du moment où l’on crée une taxe quelconque on réduit mécaniquement son assiette en provoquant une réaction de fuite. Ce réflexe n’est un scoop pour personne et sûrement pas pour les politiques. De fait, réformer ne consiste pas seulement à pondre de nouvelles lois, mais aussi à faire en sorte que les citoyens y adhèrent. Sinon, il ne s’agit que d’effets d’annonce. Or, nous avons ici à l’évidence une crise de foi. Alors on rallume en urgence le vieux fumigène de la lutte des classes pour distraire les esprits.

Poser la question de la légitimité du politique aurait le mérite de réconcilier la France d’en bas et la France d’en haut dans une exigence commune d’efficacité et de vertu à l’endroit de ses élus…Mais on peut préférer hurler après ces salauds de riches sans discernement, les assommer fiscalement, puis danser la carmagnole dans leurs domiciles désertés une fois qu’ils auront fui à l’étranger. Cela ne résoudra pas la question de la dette, mais au moins on se sera fait plaisir. Et le politique pourra de son côté pointer ces gens-là comme les uniques responsables une fois qu’on aura coulé. La démonstration sera imparable.

19/09/2012

Hugues Serraf, casseur de com’

Hugues Serraf, glouleyant auteur du blog Commentaires et vaticinations et journaliste dans la vraie vie, vient de nous donner une leçon de journalisme contemporain. C’est tellement bon qu’on l’embrasserait ! D’ailleurs, et hop, Hugues je t’embrasse (oui, on se connait un peu, je le précise car je sais les lecteurs de ce blog avides de transparence, à juste titre).

Intrigué par l’annonce selon laquelle Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, aurait déjà sauvé 91 entreprises de la noyade, soit 11 250 emplois, Hugues Serraf décide d’appeler Bercy pour en savoir plus. Hélas, voilà bien longtemps que les journalistes n’ont plus accès aux ministres, ni même à leurs chefs de cabinet ou à leurs collaborateurs en charge des dossiers techniques. Non, depuis quelques années, c’est la com’ qui est devenue sans complexe l’interlocutrice privilégiée et souvent exclusive de la presse. Je vous en parlais en ce qui concerne la Chancellerie ici. C’est ainsi qu’Hugues se retrouve à discuter joyeusement avec la responsable de communication du ministre. Et notre reporter de lui demander des précisions sur ces fameuses 91 entreprises plutôt que de s’en tenir, comme c’est devenu malheureusement l’usage, à annoncer la bonne nouvelle aux lecteurs sans plus de vérifications. Honte sur lui ! Depuis quand les journalistes doutent-ils de la parole des communicants, non mais des fois ?! La conversation tourne rapidement au vinaigre, de sorte que mon confrère – qualifié de goguenard harceleur par la dame – raccroche sans avoir obtenu les précisions qu’il souhaitait, et en particulier la liste des entreprises concernées qui aurait pu lui permettre de comprendre ce qu’il en était exactement. Jusque là, rien que de très classique.

La nouveauté, c’est qu’au lieu de signer un papier creux répétant bêtement les maigres informations glanées auprès de la communicante du ministère, notre envoyé spécial sur les roses a préféré retranscrire la conversation. C’est ici et c’est savoureux. Inutile de vous préciser, amis lecteurs, que ce genre de choses n’entre pas dans les moeurs journalistiques françaises, vous l’aurez deviné puisque vous n’avez pas du lire beaucoup d’articles de ce type dans vos journaux. Et pourtant croyez-moi, de la langue de bois, on nous en sert à tous les repas.

A la lecture du papier sur Slate, ni une, ni deux : la dame rappelle et propose à Hugues Serraf de consulter la fameuse liste des 91 entreprises sauvées, lui offrant au passage une occasion en or de récidiver en écrivant le récit de ce deuxième entretien avec la communication du ministère.

Je vous laisse déguster la chose, c’est .

Un grand coup de chapeau à Hugues Serraf. Il a deux mérites dans cette histoire. Le premier, c’est d’avoir refusé de croire le ministère sur parole et voulu vérifier de quoi on parlait concrètement. Le deuxième est d’avoir eu l’audace de relater le déroulement de l’affaire, au lieu de bricoler un mauvais article. Belle leçon de journalisme, c’est-à-dire de résistance au bourrage de crâne du marketing politique ! J’espère que nous serons de plus en plus nombreux à imiter son exemple, car il est grand temps que la communication cesse de nous prendre pour des imbéciles, nous amenant par ricochet à traiter nos lecteurs comme des crétins. Mon petit doigt me dit que c’est là précisément que se situe l’amorce d’une réconciliation entre la presse et le public. Ah, j’oubliais : la dame reproche à mon confrère d’avoir violé le "off". Mais le "off" de quoi exactement ? Que lui a-t-elle dit de si sensible et confidentiel qu’il aurait été de l’intérêt supérieur de je-ne-sais-trop-quoi de se taire ? Elle seule le sait.

29/08/2012

L’apocalypse selon Unilever

Classé dans : Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 21:49
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Il y a quelques mois nous tremblions à l’idée que les agences de notation puissent nous dégrader et, ce faisant, mettre à genoux tout un peuple par l’effet conjugué de la folie médiatique et de la dinguerie des marchés financiers. Et puis l’affaire a laissé place à d’autres nouvelles suscitant d’autres angoisses. Qui aurait imaginé à l’époque qu’un fabricant de lessive se transformerait à son tour en oracle et nous prédirait comme ça tout-à-trac, le retour de la pauvreté en Europe ? Et pourtant Unilever l’a fait.  Comme le note @si, on ignorait que la pauvreté avait disparu de nos aimables contrées. Le site relève également que tous les médias ont offert comme un seul homme une tribune au lessivier lui permettant de se faire de la publicité gratuitement. Car Unilever, fort de sa prédiction cataclysmique, annonçait dans le même temps la mise sur le marché de produits de plus petite taille à un prix moins élevé. Personnellement, j’ai entendu la nouvelle sur BFMTV qui est un des rares médias à avoir démaquillé l’information et posé la bonne question : ne risque-t-on pas de nous faire avaler une jolie augmentation du prix au litre ou au kilo, sous couvert d’une diminution du prix à l’unité ? Eh oui, c’est fort probable. Pourquoi les médias ont-ils relayé ainsi, me direz-vous ? Parce que les sujets "crise" ont le vent en poupe actuellement. Ecrivez "crise" dans un communiqué de presse et vous êtes sûr d’avoir un coup de fil de journaliste dans la seconde.

Qu’importe cette petite errance médiatique,  le plus important à mon sens est ailleurs.  La multinationale, dont on trouve les produits partout mais que l’on serait bien en peine de situer sur la carte si on nous demandait où se trouve son siège social, ce mastodonte qui ausculte en permanence le pouls de ses consommateurs dans chaque pays du monde, cet oeil gigantesque qui jamais ne se ferme a donc aperçu la déconfiture de la "région commerciale Europe"et nous l’annonce, sans ciller. On en frissonne. Que cela n’interpelle personne montre que nous nous sommes habitués à l’idée de n’être que de simples consommateurs. Dans ces conditions, comment s’étonner que ce soit une multinationale de lessive qui nous informe de notre prochaine disparition ? En cessant de consommer, nous cessons forcément d’exister. Je me souviens de la fin du roman Plateforme de Houellebecq. Le génial auteur, l’un des seuls romanciers en France qui fasse autre chose que de s’explorer le nombril en se demandant pourquoi il est moins rond que le trou de son c.l., ce visionnaire donc fait dire à son personnage principal alors qu’il imagine la fin de sa vie de modeste salarié français parti s’installer en Thaïlande : "Quelques vendeurs ambulants hocheront la tête. Mon appartement sera loué à un nouveau résident. On m’oubliera, on m’oubliera vite".

Unilever, dont la crédibilité est infiniment supérieure à celle d’un marchand ambulant thaïlandais, nous donne pour morts, en tout cas au regard de notre capacité à consommer de la lessive. Il faut croire que nous mourrons salement, ce qui ajoute au tragique de la situation une connotation sordide. Imaginez donc des cohortes de consommateurs sans le sous errant à travers l’Europe dans leurs guenilles puantes ! Avec les anciens dieux au moins, nous avions le sentiment de pouvoir négocier, prier, supplier et qui sait peut-être obtenir un miracle, même si Alfred de Vigny trouvait cela lâche. Le dieu de la lessive quant à lui n’a trouvé, du haut de son olympe surplombant notre société de consommation mondialisée,  qu’une chose à faire : nous précipiter plus vite dans le précipice en nous vendant plus cher les produits de première nécessité. Un truc à nous faire regretter les colères fracassantes du bon vieux barbu de la Bible ou les facéties de ces dévoyées de divinités romaines. Mais bon, il y en a qui voient dans l’éradication des superstitions infantiles de nos ancêtres un splendide progrès de civilisation. Tâchons de croire qu’ils ont raison, cela nous épargnera la souffrance indicible de mourir lucide. Et sale, de surcroît.

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