La Plume d'Aliocha

18 septembre 09

La communication au secours de France Telecom

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 15:01

France bleu Touraine, relayée par France Info puis par @si, a trouvé un document bien intéressant. Il s’agit d’une note de la communication interne de France Telecom à destination des salariés datée du 14 septembre dernier. Elle propose un “argumentaire” pour répondre aux clients en ce qui concerne les suicides qui affectent l’entreprise. Le document est consultable en PDF sur le site de France Info en lien ci-dessus. On y observe que les rédacteurs de la note marchent sur des oeufs (et pour cause !). Ils expliquent ainsi prudemment : “Pour vous aider à répondre si vous êtes questionnés par des clients, les exemples ci-dessous peuvent être une base de réponse possible”. Suivent 5 argumentations plus ou moins développées sur le même modèle que celle-ci : “Effectivement notre entreprise connait une série d’événements dramatiques. Toute l’entreprise est mobilisée pour comprendre les raisons de ces drames et pour renforcer la prévention”.

Voici un exemple tout à fait révélateur de la mécanique de la communication à laquelle nous, les journalistes, sommes confrontés au quotidien. Je n’entends pas polémiquer sur un sujet aussi grave. Observons simplement que cette note interne obéit en partie aux fameux 5 piliers de la communication de crise : être réactif, jouer la transparence, assumer, occuper le terrain, s’appuyer sur des alliés. Le résultat vous l’aurez compris, c’est une parole totalement vidée de sens, purement formelle qui ne nous renseigne guère sur l’état d’esprit de celui qui la profère et moins encore sur la réalité de la situation. C’est ainsi que l’on contient par la communication un événement négatif en évitant qu’il ne s’aggrave. Quand vous lisez cela, vous comprenez mieux l’aseptisation qui saisit notre société et transforme profondément tant le sens de mots que le regard que l’on porte sur les choses.

Si vous voulez en savoir plus sur ce sujet, voyez ce site spécialisé en “communication sensible” et notamment l’interview du dir’com’ de la Société Générale dans le numéro 17 du magazine (PDF) téléchargeable gratuitement.

Et pour ceux que la question du stress au travail intéresse, je recommande la lecture de l’excellent “Le stress au travail” par Patrick Légeron, psychiatre à Sainte Anne publié chez Odile Jacob en collection poche. Vous y découvrirez des explications passionnantes sur la biologie du stress, une description de ce qu’est le harcèlement, une analyse du rôle de l’entreprise ainsi que des conseils pour vivre mieux le rapport au travail.

11 septembre 09

Jouons un peu

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 10:10

A l’approche du week-end, je me suis dit qu’il était temps de laisser tomber l’actualité nauséabonde alimentée par mes confrères du Monde sur la lamentable affaire Hortefeux (je trouve lamentable qu’on aille autopsier une vidéo inaudible pour trouver les preuves ADN du racisme du ministre, c’est nul et non avenu), bref je vous propose en lieu et place d’un coup de gueule que cette affaire ne mérite même pas,  une devinette. Voici un texte que j’ai trouvé dans un quotidien. J’en ai ôté quelques phrases pour les besoins de l’exercice et je vous propose de deviner de quoi il parle. Ceux qui savent son priés de laisser les autres jouer pour ne pas gâcher l’expérience. Réponse et débat dans la journée. Toute utilisation de Google sera considérée comme une tricherie.

“La Joie

Nous créons la joie.

Nous parlons le langage de l’exaltation, du plaisir, du grand frisson, de la jubilation,

Pour que la joie nous transporte toujours plus et toujours plus loin.

Notre histoire est à la croisée des chemins entre passion et vision.

L’innovation est dans nos gènes, la Joie coule dans nos veines.

La joie est notre moteur. Nous l’avons alimentée, analysée, éprouvée,

pour mieux la réinventer.

Et jamais la joie n’a été aussi efficace, dynamique, responsable.

Elle a le pouvoir de mouvoir et d’émouvoir.

Et quand certains vous promettent tout,

Nous vous offrons une seule chose, la plus précieuse, la plus personnelle,

La plus humaine, la plus excitante de toutes les émotions :

La Joie”.

Alors, mes amis d’où est tiré ce texte ? D’un bulletin paroissial ? D’une nouvelle secte ? D’un livre sur le développement personnel ? D’une spiritualité orientale inédite ?

A vous de jouer !

Actualisation 10h47

Bon, puisqu’il y a ici des comiques qui lisent en diagonale et qui se précipitent pour faire les malins au mépris des consignes (ils sont quand même pardonnés), oublions la devinette éventée. Je ne sais pas vous, mais moi je donne un autre contenu à la joie que le fait d’acheter une BMW. Je trouve qu’ici le marketing franchit une étape supplémentaire très contestable. Quand Séguéla a dit que sans rolex on avait raté sa vie, on pouvait encore considérer qu’il entendait “on a raté l’occasion de faire fortune”. A défaut d’éléments supplémentaires venant éclairer cette fort maladroite saillie, faisons lui la grâce de penser qu’il s’en tenait au domaine du matériel. Ce texte sur la joie en revanche, nourri de références spirituelles, me dérange profondément. Pire, cette appropriation par un constructeur automobile, au demeurant fort sympathique, du mot joie me parait déplacée. Une voiture, c’est du plaisir à la rigueur, pas de la joie.

10 septembre 09

On s’est tous bien fait buzzer

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 19:15

C’est rigolo l’info sur le web.

Il fut un temps déjà ancien, une époque proche de celle des dinosaures, où l’information diffusée par les quotidiens nous occupait au moins une journée et parfois même plusieurs. A cette époque, des journalistes triaient parmi tous les événements du jour ceux qui méritaient qu’on s’y arrête et puis ensuite ils les hiérarchisaient et les soumettaient le lendemain, dès potron-minet (je parle des temps anciens, donc j’utilise du vieux vocabulaire) à leur lecteurs impatients. Et quand c’était vraiment important, genre un bon gros scandale, ils pouvaient nous en entretenir durant des semaines. C’était là, imprimé sur du papier, largement diffusé auprès du public, et on avait beau faire, ça restait écrit, là, sous nos yeux, noir sur blanc. Mon amie la com’ à cette époque là, elle devait ramer pour rectifier le tir, mais elle savait aussi que rien ne pouvait faire comme si la désagréable nouvelle n’avait jamais été imprimée.

Désormais, la durée de vie d’une information se calcule en minutes et son intérêt s’évalue en nombre de connexions, c’est-à-dire le plus souvent en fonction de son attrait, lequel, vous en conviendrez n’est pas forcément lié à son importance. Internet a plus encore de mémoire que le papier me direz-vous et c’est aussi plus simple de retrouver l’info ? Certes, à cette réserve près que la profusion de données est encore le moyen le plus sûr de noyer celles qui dérangent. Surtout quand aucune notion de hiérarchie n’intervient dans tout cela pour y mettre de l’ordre.  Tenez par exemple, ce matin encore, – vous me direz c’est déjà loin, je sais, mais il se trouve que j’ai une bonne mémoire – ce matin donc, Faurecia/Sarkozy tenait le haut du pavé. L’info d’ailleurs avait vécu remarquablement longtemps, et pour cause, elle avait buzzé sans partage, aucune autre info n’ayant eu le mauvais goût de la détrôner. Mais voici qu’un mot douteux  d’Hortefeux (chic ça rime, même pas fait exprès, rime pauvre, mais rime quand même) vient de renvoyer Faurecia dans les oubliettes abyssales du web. Au passage, les urnes du Congrès de Reims qui ont émergé sur la scène médiatique tout juste hier et semblaient prendre de l’ampleur ce matin, risquent fort elles aussi d’être très vite dépassées.

Quelle aubaine pour mon amie la com’! Je l’imagine déjà en train de se frotter les mains. Le scandale, cette chose qui hantait ses nuits  n’est plus désormais qu’un lointain souvenir. D’ailleurs, il a changé de nom, ou plutôt il n’a plus de nom, on l’appelle désormais un buzz comme mille autre choses qui n’ont rien à voir sauf le fait de bruisser. Ouf ! Le public s’énerve et avec Internet il a les moyens de le faire savoir ? Certes, mais si peu de temps et si virtuellement…Quelques heures à peine et hop, on passe à autre chose. Alors mon amie la com’ qui a tout compris aux vertus du web, ne prend même plus la peine de nous sortir son artillerie de crise, pas nécessaire ça prendait plus de temps que de laisser retomber le soufflé. Elle sourit simplement et retourne à ses campagnes qu’elle ne manquera pas, elles,  de nous infliger dans la durée. Quant à nous, je vais vous dire, on s’est tous bien fait buzzer. Et ça ne fait que commencer.

28 août 09

Les banques contre-attaquent

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 15:24

C’est beau la communication. Franchement, je n’aime pas, pas du tout même, mais je dois bien admettre que c’est beau.

Tenez, par exemple, nos amies les banques. Depuis le début de la crise, elles ont adopté profil bas, au point que notre interviewer favori, Jean-Michel Aphatie, leur reprochait récemment dans ce billet leur manque de fierté. Tu parles ! Comme si la fierté avait quoique que ce soit à voir avec le schmilblick. Il rêve de quoi JMA ? D’une manif de banquiers en colère ? D’un débrayage massif au sein des conseils d’administration des banques ? Mieux, d’une gève de la faim de Baudoin Prot devant les grilles de l’Elysée ? Allons, soyons sérieux. Bref, nos amies les banques sont en train de se réveiller, et reprennent leur stratégie de com’, vous allez voir comment.

Un bras de fer classique entre sécurité et compétitivité

Depuis des mois les banques et le gouvernement s’affrontent à fleurets mouchetés sur le thème “si vous n’obéissez pas on légifère”, “si vous légiférez on fout le camp“. Entre nous, ce n’est pas nouveau, simplement l’affrontement a pris une acuité particulière en raison des enjeux. Depuis que je suis les dossiers d’actualité financière, j’observe le même rapport de force : d’un côté vous avez les financiers qui passent leur temps à geindre sous le poids des contraintes réglementaires françaises lesquelles, disent-ils, les handicapent vis à vis de leurs concurrents étrangers (notamment anglais et américains) de l’autre, vous avez les politiques et surtout les fonctionnaires du Trésor qui passent leur temps à résister au lobbying. Les réglementations françaises en la matière sont donc le plus souvent un savant équilibre entre protection de l’épargnant et satisfaction des attentes des financiers (lesquelles n’ont jamais d’autre ambition que d’assurer la plus grande gloire de la Place de Paris, mais oui bien sûr). Toujours est-il que c’est sans doute cet équilibre qui a permis aux banques françaises de souffrir moins que les autres, ce quelles reconnaissent d’ailleurs bien volontiers ces derniers temps. Mais elles ne le reconnaissent que pour les réglementations déjà en vigueur, car dès qu’il s’agit d’en rajouter une couche, comme en ce moment, les voilà qui se dressent sur leurs ergots en invoquant la compétitivité, les risques d’hémorragie des talents à l’étranger et tout le toutim. Classique.

La loi ou le pilori

Alors a surgi l’argument massue : réglementer en France ne servirait à rien et serait même contreproductif car cela entraînerait une fuite de talents et de capitaux en direction de la grande place rivale, Londres.  D’où les 7 réunions de bottage de cul qui se sont succédé ces derniers mois à l’Elysée.  Il fallait bien faire quelque chose puisqu’on ne pouvait pas légiférer. Sur ce point le lobbying bancaire a fonctionné. Et pour cause, n’importe quel observateur vous dira que l’argument est fondé (les lobbyistes ne racontent pas non plus que des imbecillités). Il est difficile en effet dans un secteur aussi compétitif et mondialisé de faire cavalier seul, surtout quand il s’agit de toucher au portefeuille. Mais ce discours, pas totalement absurde sur le principe, poursuit des objectifs fort contestables. Car au fond, ceux qui le profèrent entendent bien faire comprendre (c’est l’étape suivante de la stratégie et le but ultime de manoeuvre)  que la France n’a strictement aucune chance de convaincre les anglais et les américains de la suivre. Nous assistons donc à une vraie entreprise de sape sur le mode, “inutile de nous ennuyer, de toutes façons vous n’irez nulle part“. Nicolas Sarkozy lui pense que si, et entre nous, il a raison d’essayer. Mais du coup, il irrite. Ne pourrait-il, comme Obama, entendre raison et lacher l’affaire, doivent songer nos amis de la finance.

Les banques s’attaquent aux médias

Alors les banques ont trouvé un nouveau truc, tenter de faire entrer dans la tête des journalistes, et donc à travers eux de l’opinion, que décidément tout ceci est inutile. Vous aurez sans doute observé qu’à la télévision comme dans la presse écrite, tous les journalistes économiques vous expliquent en ce moment qu’il faut convaincre la communauté internationale, faute de quoi, toute réglementation française sur le bonus sera vouée à l’échec, voire contreproductive. Même Marianne s’est rangé à l’argument, quoique à contrecoeur, dans un excellent papier sur la crise paru cet été. Or, il se trouve qu’un article paru ce matin dans Le Parisien franchit une étape supplémentaire dans le raisonnement. Vous allez voir comment. On y apprend, tenez-vous bien, que les traders de la Société Générale s’estiment “pas assez payés”. Eh oui. Comment le sait-on ? Le Parisien s’est procuré une enquête confidentielle réalisée par la banque auprès de ses traders. Enquête qui révèle que les salaires sont moins mirobolants qu’il y parait (de 1 500 à 5000 euros, sachant que les bonus représentent tout de même 100% du salaire annuel) et qu’en plus, les primes sont distribuées à la tête du client. Sans compter le décalage insupportable entre le salaire du trader de base et celui de ses patrons. Vous l’aurez compris, le trader français c’est la plèbe du système bancaire mondial. D’ailleurs, l’article nous rappelle au passage combien ils sont nombreux, ces prolétaires français de la finance à vouloir s’expatrier à Londres. Ben voyons. Comme le dit mon confrère de So Biz, qu’ils y aillent, ils ne nous manqueront pas. (Allez le lire, c’est remarquable, pour une fois que l’un d’entre nous remonte le courant de la com’ officielle, faut pas rater ça !). Bref, vous l’aurez compris, nous avons tort de nos indigner sur le sort des traders français au point de vouloir faire basculer la réglementation mondiale, vu que nos traders sont les moins bien payés de la planète. N’est-ce pas que c’est joli, un plan de com’ ?

Une stratégie de pollution intellectuelle

Autant dire tout de suite aux adeptes du grand complot médiatique que je ne soupçonne pas un instant Le Parisien de vouloir participer délibérement à la com’ des banques, ce journal courageux fait du bon boulot. Je conçois aisément que le journaliste ait été heureux d’obtenir ce document confidentiel et n’ait pas cherché plus loin. D’ailleurs, la fuite peut parfaitement venir d’un syndicat, c’est assez courant dans une entreprise en crise. Simplement, je suis sûre que, d’où qu’elle vienne, cette fuite sert drôlement bien la stratégie de com’ de nos amis banquiers….

Regardez bien ce qui va se passer d’ici le prochain G20 fin septembre dans les médias. Car l’offensive médiatique des banques, un temps mise en sommeil pour des raisons évidentes, est en train de se redéployer. Et Dieu sait qu’elles ont les moyens de leurs ambitions. Vous voyez au fond, c’est ça, la grande force de la com’, polluer les esprit en martelant un message qui finit par être considéré comme une vérité. Il n’y a plus qu’à espérer que Libération nous sorte un nouveau scandale de bonus, de rémunérations ou de pertes abyssales sur les marchés. Faute de quoi…

14 mai 09

Joyeux marketing !

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 17:08

Allons, je ne me prive pas du plaisir de vous annoncer cette joyeuse nouvelle. Orange a sélectionné 5 blogueurs pour tester en live sa belle clef 3G. Quelle fête. Un blog va être créé par Orange pour permettre à ces blogueurs de bloguer en live avec leur belle clef 3G. Et les blogueurs sont contents car, soulignent-ils, cela va “donner vie au produit” (quel bol) tout en respectant l’univers des blogueurs (quelle joie) et en utilisant leur influence de leaders d’opinion (si, si!). L’histoire ne dit pas s’ils seront payés. Il faut croire que non. Vous me direz, participer à une action marketing organisée par un grand opérateur, c’est déjà un tel honneur, que demander de plus ? Tout ceci me rappelle la tactique d’une boisson énergisante américaine qui paie (elle) des étudiants pour consommer et surtout vanter les mérites de la boisson auprès de leurs petits camarades.

C’est cela, sans doute, le journalisme citoyen. Voyez-vous, bientôt il n’y aura plus de journalistes, ces imbéciles que tout le monde déteste parce qu’ils critiquent tout le temps, il n’y aura plus que de gentils blogueurs testant en live des produits, tout contents d’avoir été sélectionnés par une marque en raison de leur influence, ah le beau nouveau monde que voilà  !

25 février 09

Olééééééé !

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 09:47

Connaissez-vous la tauromachie ? Si oui, vous savez alors à quoi sert la cape rouge, la muleta. Sinon, pour les autres, je résume. Le toro (c’est ainsi qu’on écrit taureau même en français quand on parle de corrida), le toro donc ne réagit pas à la couleur mais au mouvement. L’animal charge ce qui lui parait être agressif, or, ce qui bouge est pour lui l’ennemi. Tant qu’il croit cela, l’homme qui agite la cape sous ses yeux, tout en se maintenant lui-même parfaitement immobile, est en relative sécurité. A partir du moment où l’animal comprend qu’il a été leurré et que son véritable ennemi c’est l’homme, alors le torero (toréador est à bannir, c’est un mot d’opérette, on dit torero ou matador) est en danger. Il en est de même de l’actualité. L’information n’est plus tenue secrète aujourd’hui, la vraie tactique consiste à se jouer de l’attention du public, on agite sous ses yeux le chiffon rouge, attirant son intérêt sur un faux ennemi, on le distrait de l’essentiel.

Du chiffon rouge de l’antisémitisme….

Mais j’en viens au fait car je suppose que vous commencez à vous demander pourquoi je vous parle de tauromachie (merci de nous épargner un débat pour ou contre cet exercice, ce n’est pas le sujet). Voilà. En quelques jours, nous avons eu deux magnifiques exemples du recours à la tactique de la muleta. Observez Bernard Kouchner agitant le chiffon rouge de l’antisémitisme pour mieux éluder les interrogations du livre de Pierre Péan, et voyez le résultat. La discussion aurait dû porter sur l’éthique en politique ou bien encore sur le droit d’ingérence humanitaire, elle s’est enlisée dans la question de savoir si l’auteur du livre était antisémite ou pas. Et comme le temps d’actualité est limité, c’est-à-dire la durée pendant laquelle un événement occupe la Une avant d’être chassé par un autre, ce temps disponible s’est épuisé dans cette querelle. La discussion est close, le livre déjà dépassé, la grande vague de l’actualité vient d’engloutir l’affaire. Oléééééé !

….au chiffon rouge de la méchanceté

Deuxième illustration : les frasques de DSK au FMI. Guillon l’attaque et voici que le débat se focalise non pas sur la crise ou sur la question du comportement de DSK, mais sur ce problème ô combien fondamental : Guillon est-il méchant ou pas ? DSK l’a-t’il fait exprès ? Ce n’est pas impossible. Et voici qu’Aphatie s’insurge contre le vilain humoriste tandis que ce-dernier rétorque, “pft ! Aphatie est frustré” et JMA d’en remettre une couche. Le débat se déchaîne, même moi, je m’y suis laissée prendre. Drôle, pas drôle Guillon ? Sur @si Daniel Schneidermann remarque que plus le journalisme s’affaiblit et plus les humoristes deviennent virulents, voilà qui mérite réflexion. Mais revenons au coeur du sujet, dans les circonstances actuelles, se retrouver avec un homme politique français qui trousse ses jolies collaboratrices et heurte ainsi nos partenaires anglo-saxons au risque de décrédibiliser son action politique sur la stabilité financière mondiale, c’est fâcheux. Seulement voilà, DSK n’est plus en ce moment que la victime innocente d’un méchant humoriste. Olééééé !

Et pendant ce temps, la crise continue.

C’est la faute aux médias me direz-vous ! Pas si simple. L’actualité au fond est ennuyeuse, quand elle n’est pas franchement anxiogène, dès lors, nous sommes tentés d’aller vers le léger, l’amusant, tous, journalistes et lecteurs compris. Les grands gagnants dans cette affaire, ce sont ceux qui, depuis l’antiquité, ont compris qu’il fallait offrir au peuple du pain et des jeux. Panem et circenses !

Précisément pour les distraire des vrais sujets, car pendant ce temps….

21 février 09

Le prix de l’animal politique

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 11:15

Nicolas Sarkozy visite en ce moment même le Salon de l’agriculture. C’est la télévision qui le dit. Et comme il a sans doute voulu éviter que la fâcheuse altercation de l’an dernier ne se reproduise (le fameux “casse toi pov’con”), il semble que l’UMP ait dépêché en urgence une bande de supporters. Je ne vois que cette explication dès lors qu’on entend en fond sonore hurler des “Nicolas, Nicolas, Nicolas”, comme si on était en meeting. Ah la communication ! Notre président n’ayant pas le génie agricole qui permettait à Jacques Chirac d’être adulé spontanément par les éleveurs et producteurs de tous ordres, il faut bien fabriquer cette popularité de toutes pièces. Voilà qui est fait, je doute cependant que le résultat de cette pale imitation soit à la hauteur du modèle chiraquien si envié. Au salon de l’agriculture, les rolex n’impressionnent personne, pas plus que les mannequins, les yachts et le reste. Il faut retrousser ses manches, taper sur le cul des vaches, boire le coup avec les exposants, débattre de la qualité d’un saucisson, exprimer sa passion du terroir, tout goûter et tout aimer. Du coup, je crains que même avec le renfort d’une poignée de militants de bonne volonté, notre président ne soit pas éligible au grand prix de l’animal politique.

16 février 09

Séguéla popularise l’humour de riche

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 15:35

Aimez-vous l’humour de riche ? Moi, j’adore. Surtout celui de Jacques Séguéla. Après avoir révélé dans son livre les détails de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, au grand dam de Philippe Bilger – Ah! messieurs, si vous étiez tous aussi romantiques que ce magistrat ! -,  voici qu’interrogé sur France 2 au sujet de la Rolex du président il déploie son inénarrable esprit taquin en répondant  : “comment peut-on lui reprocher d’avoir une Rolex, tout le monde a une Rolex, si on n’a pas de Rolex à 50 ans, on a raté sa vie”.

Et hop, voilà comment en une phrase on défend un ami et on soutient une marque. Voilà aussi comment on fait rire les téléspectateurs, parce que, bien sûr, ça vous fait rire n’est-ce pas, ce genre de blagues ? Tiens, ça me rappelle les admirables répliques d’un Lambert Wilson au sommet de son talent dans le film Jet Set :  “mais pourquoi donc les russes ne pensent-ils pas à mettre plus de caviar dans leurs pommes de terre, c’est tellement divin” ou bien “les pauvres se plaignent de ne pas avoir d’argent, ils n’ont qu’à en acheter”. Eh oui, c’est de l’humour de riches et de quoi rient les riches, à votre avis ? Eh bien des pauvres, comme les hommes rient des blondes, les français des belges etc.  D’où la naissance d’une nouvelle catégorie d’histoires drôles : les blagues de pauvres. Amis éditeurs, à vos marques, je sens le filon en or !

Non seulement la pauvreté les amuse, nos amis les riches, mais elle les incite à réfléchir comme en témoigne cette observation saisie au vol dans un bistrot, il y a quelques années. A côté de moi, une dame chic vante les mérites d’un hôtel Relais & Château et se prend soudain à philosopher : “c’est fou ce que le personnel de l’endroit est bien éduqué, mais je me demande à quoi leurs servent toutes ces belles manières à ces gens-là (prononcer “ces gens-là” avec un délicat froncement des ailes du nez et une moue dédaigneuse) quand ils rentrent le soir dans leurs HLM ? (terminez la phrase avec une expression d’interrogation sincère et inspirée) Hein, c’est profond ?  Du coup, ça me donne une idée, il faudrait peut-être songer à ouvrir des rayons librairie dans les boutiques de luxe, tant de belle intelligence laissée en friche, c’est vraiment dommage. Et puis, entre nous, je suis sûre qu’un recueil de blagues de pauvres préfacé par Séguéla se vendrait comme des petits pains. On s’ennuie tellement dans les dîners de riches…Sans compter qu’avec la crise, il est peut-être temps de sortir un “La pauvreté pour les nuls”. On y expliquerait où trouver l’heure quand on n’a plus de Rolex, comment faire ses courses dans les grandes surfaces (pas à l’épicerie du Bon Marché, j’ai dit une “grande surface”, genre Leclerc), l’art de survivre sans domestiques, le fonctionnement des machines qui vendent les tickets dans le métro etc. Ne riez pas, je viens de lire sur Marianne 2 qu’un site venait d’être créé pour permettre aux petites amies des traders ruinés de débattre de leurs tourments, c’est-à-dire plus de caviar à tous les repas, plus de cadeaux somptueux tous les deux jours et même plus de vie amoureuse…Sur ce-dernier point, je les plains, visiblement il vaut mieux avoir toujours été pauvre, ça évite au moins la panne de libido quand on le devient.

13 février 09

Le courage comme stratégie ?

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 10:22

Amusant. Je viens tout juste de recevoir un communiqué de presse sur la parution d’un livre intitulé “La stratégie du courage”. N’apercevant au début que le titre du mail, mon sang ne fit qu’un tour : enfin, me disais-je voilà un penseur, un philosophe, un sociologue ou un spychologue qui a observé notre société et déduit que journalistes, politiques, juges aussi peut-être, penseurs, citoyens, nous tous manquions de courage. Et j’adhérais déjà, par principe et par anticipation au propos du livre. Je l’aime bien cette idée de courage, c’est beau le courage, beau, mais rare.

Las, c’est un ouvrage de marketing ! Avouez que c’est pas de chance. Quel pied de nez  pour moi qui n’aime guère ces disciplines paillettes et leur fichue tendance à interférer dans mon travail.  Cela étant, comme je suis curieuse de tout, j’ai quand même voulu en savoir plus.  Il est signé de Patrick Mercier qui vient de monter son agence et publié chez Eyrolles. Allez donc lire l’introduction et le chapitre 1 sur le site de l’éditeur. On y découvre avec intérêt que la pression des médias, des consommateurs de mieux en mieux informés ainsi que d’Internet remet en cause toute la stratégie marketing des marques et les invite à ne surtout plus mentir sous peine de disparaître en cas de découverte de la trahison. Ce qui démontre au passage qu’on nous a menti et que, bonne nouvelle, ça pourrait s’arrêter ! Entre nous, ça ne m’empêchera pas de rester vigilante. Qui sait si le livre lui-même n’est pas une stratégie visant à faire croire à un marketing vertueux ? Tout est possible avec mon amie la com’. Allons, je plaisante…

Mais, me direz-vous ne diabolisons pas la com’. C’est que nous ne la côtoyez pas au quotidien, croyez-moi les inquiétudes que j’évoque ici ne sont pas les miennes mais celles de tous mes confrères dans la presse économique. On n’en peut plus de la com’. D’ailleurs, je viens de lire un billet intéressant qui relaie une interview de Télérama intitulé “Et si les journalistes disparaissaient ?”. Rick Edmonds, spécialistes des médias, exprime une crainte que j’ai maintes fois évoquée  : “je suis très inquiet du déséquilibre grandissant entre un petit nombre de journalistes débordés et multitâches, et, en face, un Etat, des administrations, des pouvoirs économiques capables de fabriquer une information sophistiquée avec des services de communication et de relations publiques forts”. 

Voilà pourquoi je plaide pour un journalisme offensif et pour un code d’éthique. Que les moyens déployés par la communication soient sans commune mesure avec ceux d’une presse malade économiquement, c’est une évidence. Et ça ne va aller qu’en s’aggravant. Mais ce combat de David contre Goliath n’est pas sans espoir. Il nous suffit de nous rappeler que nous avons une mission démocratique qui suppose une obligation de compétence et de déontologie. Il nous suffit de prendre conscience que plus cette com’ intoxiquera, plus il faudra des professionnels pour déjouer ses pièges. Il nous suffit de nous rappeler que face à l’endormissement généralisé que cultive cette discipline, endormissement des valeurs, du goût de la vérité, de l’esprit critique, il serait sans doute temps que nous fassions preuve de….courage, justement ! Et que le public nous suive, bien sûr. Longtemps notre mission a consisté à aller chercher l’information détenue par quelques uns pour la diffuser au plus grand nombre. Aujourd’hui la donne a changé, ce qui fait dire à certains qu’on n’a plus besoin de journalistes puisque l’information est partout disponible. Erreur, nous n’en avons jamais eu autant besoin car ce qu’on pense être de l’information est en réalité de la désinformation pure. A nous la presse de lui arracher systématiquement son masque. A nous d’aller chercher non pas la vérité c’est un objectif inaccessible, mais ce qui s’en approche le plus. Ou bien nous devrons nous habituer à vivre dans un monde où l’information ne sera plus qu’un gigantesque spot publicitaire…

3 février 09

Moi aussi je veux être ministre

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 16:40

Eh bien voilà la grande nouvelle du jour : Lilian Thuram a été approché pour être ministre de la diversité et il a ….refusé. L’intéressant dans cette histoire, c’est qu’il a refusé pour la même raison qui a poussé le président à lui faire cette proposition  : parce qu’il est un de ses opposants. Je gage en effet qu’en plus de trouver qu’un footballer noir ferait  très bien dans un gouvernement de diversité qui cultive la parité des origines, des générations, des sexes, des parcours professionnels et des convictions politiques, le président pensait qu’il remplirait à merveille le quota des anti-sarkozys repentis.  Dommage, ce refus. Le casting était vraiment idéal ; ça doit finir par l’agacer notre président tous ces gens accrochés à leurs convictions étriquées. C’est ça, à mon avis, qui bloque la société française.

Mais du coup, j’y pense, j’ai toutes mes chances ! N’apercevant jamais de critère officiel de compétence politique dans le choix actuel des ministres, ce qui m’aurait incité naturellement à renoncer, je me propose au poste de ministre de ce qu’on voudra car j’estime  réunir toutes les conditions requises. D’abord, à moins de 40 ans, je vais contribuer à baisser encore la moyenne d’âge déjà très jeune. Ensuite, en tant que journaliste, je remplis la condition d’appartenance à la société civile. Et puis je suis une femme, c’est bon aussi, ça, pour mon dossier de candidature. Le seul hic, observeront ceux qui me connaissent, c’est que je suis blonde. Attendez, vous ne savez pas tout. Il se trouve que je suis le résultat d’un improbable mélange de sang breton, lorrain, basque et…gitan !  Si, si. Or, à ma connaissance, les gens du voyage ne sont pas représentés dans ce gouvernement. Avouez que c’est décisif, non ? Et encore,  j’ai gardé le meilleur pour la fin. Jusqu’ici Nicolas Sarkozy a tenté de séduire ses opposants. Que dirait-il de convaincre une sceptique ?

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