On n’est jamais si bien servi que par soi-même.
Choqué de constater que l’AFP avait eu connaissance de la citation directe de Claude Guéant à son encontre dès vendredi alors que le site di’nformation n’avait toujours pas reçu le document, Mediapart a décidé d’enquêter sur…l’affaire Mediapart et a réussi à se procurer la fameuse citation directe avant même qu’elle ne lui soit officiellement notifiée. Elle est ici. Le commentaire d’Edwy Plenel est là. En voici l’extrait le plus savoureux :
"S’agissant d’une citation directe, l’usage en droit veut que le prévenu – en l’occurrence le signataire de ce billet – en soit le premier informé, ne serait-ce que parce qu’il lui reviendra de se défendre de l’accusation portée contre lui. Par conséquent, la plainte annoncée de Claude Guéant n’aurait dû être publiquement connue qu’à partir du moment où nous l’aurions reçue en mains propres. Le respect de la présomption d’innocence ayant depuis longtemps été jeté aux orties par ce pouvoir, notamment quand Nicolas Sarkozy fit ses armes de ministre de l’intérieur, puis, de façon stupéfiante, lors du procès Clearstream où comparaissait Dominique de Villepin, nos lecteurs ne seront donc qu’à moitié surpris d’apprendre que la plainte de Claude Guéant est connue de tous sauf de nous".
Convenons que voir des journalistes se plaindre du non-respect de la présomption d’innocence, certes moins à l’égard de leurs confrères que de l’auteur de l’action judiciaire, c’est piquant. Et que ces mêmes journalistes partent en chasse de la pièce de procédure qui, de toute façon, leur serait parvenue, c’est franchement désopilant !
Décidément, l’affaire Bettencourt n’a pas fini de surprendre par ses extravagances…
Accessoirement, on observera que le procès médiatique dans cette affaire donne au moins autant de travail aux juges que l’instance judiciaire. Ô tempora, ô mores….
Après l’action en référé de Liliane Bettencourt et Patrice de Maistre pour obtenir le retrait des extraits d’écoutes sauvages sur les sites de Mediapart et du Point, puis l’action en diffamation d’Olivier Metzner contre Georges Kiejman, et la plainte du journal Le Monde pour violation de la loi sur la protection des sources, voici maintenant la citation directe de Claude Guéant contre Mediapart pour diffamation ! Si on résume, cette affaire nous aura déjà appris que la publication de conversations privées pouvait relever de l’intérêt général (1 point pour la liberté de la presse), que la liberté d’expression de l’avocat dans les médias était presque aussi grande que dans les prétoires, pour peu qu’elle s’exerce de bonne foi (1 point pour la liberté de la défense), que la loi sur la protection des sources des journalistes ne protège sans doute pas autant les sources qu’on pouvait l’espérer (ça c’est très intéressant à savoir mais très ennuyeux sur le fond). Reste à déterminer si le fait de présenter Claude Guéant comme "le grand ordonnateur de la surveillance de tous les journalistes" est diffamatoire, ou pas. Ce qui soulève de nouveau, on l’aura compris, la question de la liberté de la presse…