La Plume d'Aliocha

20 octobre 09

Vive l’innovation française !

Classé dans : Insolite — laplumedaliocha @ 09:47

Bon, je vois que la plus intéressante nouvelle de la semaine est passée inaperçue en raison des polémiques sur Mitterrand, le Prince Jean et autre fadaises démocratiques du même genre dans lesquelles moi-même je me suis laissée entraîner, au mépris du plus élémentaire sens de la hiérarchie de l’information. Il faut donc que je m’y colle, autrement dit que je vous affranchisse, comme dirait mon maître Audiard, car la seule idée que vous puissiez manquer une information de cette taille et, qui plus est, une bonne nouvelle économique, me plonge dans une culpabilité sans fond.

Il se trouve, voyez-vous, que je feuilletais avec gourmandise samedi dernier  mon hebdomadaire favori, Marianne, quand je suis tombée sur une brève  tout à fait enthousiasmante. Depuis sa création, Marianne a l’excellente idée de consacrer une rubrique intitulée “Ils l’ont fait” à ces informations drôles, inattendues, insolites rapportées par l’AFP qui nous font poiler de rire, nous les journalistes, mais que leur médiocre importance empêche généralement d’accéder – ne fut-ce qu’à la rubrique en bref- aux pages de vos journaux favoris. Quel dommage ! Elles nous offrent pourtant une vision bien amusante de l’actualité.

Le génie français se porte bien

Mais je sens que vous vous impatientez alors voilà. Je vous annonce que l’innovation française est en train de faire pâlir d’envie le monde entier, grâce au talent d ‘un désigner lillois dont la géniale invention est commercialisée par une boite charentaise. Mais encore me direz-vous ?

La France,  Mesdames et Messieurs (roulement de tambours) vient de lancer sur le marché le premier ……sex toy pour chiens ! Si. C’est ici . L’objet se présente sous la forme d’un caniche en plastique moulé équipé de pieds ventouses. N’est-ce pas que c’est ingénieux, le coup des ventouses ? Comme ça lorsque le chien…oui enfin bref.  Le créateur nous  décrit l’objet comme “décoratif, pratique, ergonomique et sécurisant”. Si vous étiez en panne d’idée déco originale, voilà qui devrait vous ravir…Ne riez pas. Il semblerait que l’objet réponde à une réelle attente, non pas des chiens  mais de leurs maîtres qu’on nous dit lassés de voir leur animal de compagnie confondre le mollet de leurs invités avec une petite partenaire de jeux érotique. La demande est, dit-on, aussi nombreuse qu’internationale.

Un nouveau marché fabuleux

Certains esprits chagrins m’objecteront sans doute que, décidément, la folie occidentale de la consommation frôle ici le délire le plus pur. Mais si on observe uniquement le sujet sous l’angle industriel, on se félicite que l’ innovation soit française. Et l’on s’émerveille des trésors d’ingéniosité dont nous sommes encore capables. Sans compter le fait qu’il suffit de se représenter la scène pour, au choix, être secoué de spasmes de rire, ou réprimer un haut-le-coeur. Personnellement, j’oscille entre les deux attitudes. Imaginez-vous prenant le thé chez une vieille copine anglaise. Vous devisez tranquillement de la pluie et du beau temps, lorsque soudain son yorkshire (vous savez la petite bestiole qu’on s’obstine à ridiculiser en la coiffant avec un noeud-noeud) décide après avoir gobé un muffin d’escalader sa canichette gonflable au beau milieu du salon pour terminer son goûter en beauté ? So choking ! Voici une illustration pour vous aider.

Bon, au risque de vous décevoir, il faut que je vous précise une chose : l’objet n’existe pour l’instant que pour les petits chiens.  On devine la frustration des bergers allemands et autres St Bernard.  Je songe personnellement à l’immense marché des animaux domestiques qu’il reste à conquérir et je me demande si je ne vais pas tenter de leur faire concurrence en lançant des sex toy pour poisson rouge, tortue, lapin nain ou canari. Surtout que ça va rapporter cette chose-là : le prix est fixé à 399 euros. Tout de même.  C’est cher, j’en conviens et déjà vous devez vous dire que Médor devra se contenter d’un joujou qui fait pouic-pouic pour son petit Noël. Cela étant, n’oubliez pas que c’est décoratif. Par conséquent, tout le monde s’y retrouve.

La face du commerce international va s’en trouver changée

Toujours est-il que je me prends à rêver de la prochaine visite officielle du notre hyper-président à l’étranger. Voilà qu’à côté de nos airbus et autres hélicoptères nationaux, il va pouvoir proposer l’ultime produit du génie français : des lots de sex toy pour chiens. Vous imaginez les titres dans la presse : “Nicolas Sarkozy remporte un marché de 8 millions de sex toys pour chiens en Chine”. Magnifique ! Là-dessus, Jean fraîchements élu à la tête de l’Epad aura sûrement une idée pour installer une boite française aussi méritante dans une tour de La Défense à la hauteur de son talent. Sans compter que nous tenons peut-être là une solution pour calmer Sumo, le chien de Jacques Chirac. Vous n’ignorez pas bien sûr que l’animal déprime depuis qu’il a quitté les jardins de l’Elysée et s’obstine à mordre notre ancien Président. La canichette gonflable lui serait sûrement du plus grand réconfort. A moins que Bernadette ne s’y oppose…. Déjà que les frasques de son mari l’irritent.

Quand je vous disais que l’affaire était autrement plus importante que les débats futiles qui nous agitent actuellement….

27 août 09

Ah ! Les petites gens…

Classé dans : Insolite — laplumedaliocha @ 10:51

9782035837110_0Comme toutes les grands découvertes, celle que j’entends vous narrer ici est survenue par hasard.  Allongée sur le sable chaud d’une plage de Crête face à une mer aigue-marine,  je venais de terminer “Quoi de neuf petit homme ?” de Hans Fallada, vous savez, le magnifique auteur de “Seul dans Berlin”. Allez savoir pourquoi, je retourne le livre et lis la quatrième de couverture, ce que je n’avais pas fait lors de son acquisition. Quand j’aime un auteur, je lui confie mon temps libre les yeux fermés.

Où l’on découvre qu’il y a donc des petites et des grandes gens…

Et là que lis-je ? Que Fallada excelle dans la description de la vie des “petites gens”. Enfer et damnation. J’ai horreur de cette expression, mais vraiment horreur, je la trouve aussi sotte que condescendante. C’est quoi, des “petites gens” ? Le contraire des “grandes gens” je suppose, mais encore ? Petit ou grand par rapport à qui ? A quoi ? A l’auteur de ce commentaire inepte sans doute. Mais alors s’il est grand, lui, l’auteur, il est grand comment ? Et moi dans tout ça, j’aimerais bien savoir, suis-je donc membre de la communauté des petites gens ou de celle des grandes gens ? Du haut, ou plutôt du bas de mes 160 cm, j’ai peur de deviner la réponse.

Allons, je suis de mauvaise foi, en fait j’ai parfaitement compris de quoi il s’agissait, mais précisément, je n’aime pas ce que je comprends. Bien sûr, j’ai cherché l’origine de cette expression, pour tenter d’en savoir plus, mais sans succès. Comme elle fleure le suranné, je me dis qu’elle doit remonter à l’époque où il y en avait des  petites gens, en tout cas aux yeux des grandes gens. Seulement voilà, je trouve qu’elle n’a plus sa place aujourd’hui, qu’il faudrait commencer à l’oublier. Surtout que les petites gens du roman me paraissaient fichtrement grandes à moi, grandes dans leurs rêves, dans leur courage pour affronter l’adversité, dans leurs qualités de coeur. Mais au fait, pourquoi petitEs ? Eh bien justement, c’était une question qui me trottait dans la tête ça, pendant toute la fin des vacances, pourquoi donc parle-t-on des petites gens alors que j’ai toujours pensé bêtement que gens était un masculin pluriel ? Le fait est que, privée de mon dictionnaire des difficultés de la langue française, (comment peut-on raisonnablement partir en voyage sans ce précieux outil, franchement, faut-il être sotte tout de même ?), privée donc de la chose,  j’étais bien en peine d’éclaircir ce mystère : les gens, c’est féminin, ou masculin ? Même Monsieur Aliocha, qui fut secrétaire de rédaction d’un grand quotidien dans une autre vie,  séchait sur ce coup-là, lamentablement, se contentant de me dire d’un air inspiré  “oui c’est compliqué, mais je me souviens plus dans quelle mesure exactement c’est compliqué”. Grand ou petite complication, décidément, j’avais bien des problèmes de taille tant sur le fond que sur la forme avec cette histoire.

Sous vos yeux éblouis

Mais je vois qu’à votre tour, vous vous interrogez, saisis soudainement par ce suspens grammatical qui frise l’insoutenable dans les petites et les grandes largeurs. Je crains néanmoins que l’explication ne vous colle un joli mal de tête, tant pis je me lance en remerciant les éditions Larousse au passage.

Vous êtes prêts ?

Alors, gens est selon les cas, masculin ou féminin. YES !

Que ferait-on sans les délicieuses difficultés de notre chère langue française ? Je vais vous le dire, on s’ennuirait.

Ouf, songez vous en vous souvenant du nombre de fois où vous avez commencé une phrase pas “les gens ils sont ceci ou cela”. Ce n’était pas faux, même si vous conviendrez avec moi que ce n’était guère élégant non plus.

Bref, voyons cela de plus près.

En guise d’amuse-bouche, mon cher dictionnaire m’explique que ce mot, qui partage avec les escargots la joie d’être hermaphrodite, tient son curieux état d’un conflit entre son genre – féminin – et le genre de l’idée qu’il exprime (hommes, individus) qui est masculin. Dixit le Littré, cité par le Larousse, entre nous, face à des sources de cette qualité, je m’incline, même si je suis tentée de protester quand même un peu. C’est vrai quoi, pourquoi ne pas choisir une bonne fois pour toutes. Parce que nous, on est bien obligés de se torturer les méninges pour l’utiliser correctement ce mot-là.

Mais je sens que vous vous impatientez.

Des exceptions aux exceptions et ainsi de suite

Or donc, tout dépend de la construction de la phrase.

Lorsque gens est précédé immédiatement d’un adjectif ou d’un participe, celui-ci se met au féminin, d’où nos petites gens.

En revanche, si l’adjectif suit, alors il est au masculin. Exemple : des gens mal élevés.

Avant donc, féminin, après, masculin. Vous croyez que c’est fini ? Allons, ce serait trop simple !

Sont aussi au masculin les adjectifs qui précèdent gens mais n’appartiennent pas à la même proposition. Exemple : Arrivés à un âge avancé, ces bonnes gens n’ont rien pour vivre.

A ce stade vous croyez enfin avoir perçé le mystère des gens, présomptueux que vous êtes !

Car lorsque gens est précédé d’un adjectif des deux genres se terminant par un e muet, cet adjectif, et tous ceux qui le précédent se mettent au masculin. Exemple : ce sont là de vrais honnêtes gens.

Et c’est pas fini.

Tous se met au masculin lorsque gens est suivi d’une épithète ou d’un mot déterminatif. Exemple : tous les gens sensés.

Précisons encore que dans les expressions type “gens de robe”, gens est masculin pluriel, de même lorsque gens désigne des domestiques ou les membres d’une bande.

Gens ne doit pas être confondu enfin avec gent qui désigne une nation, une race, et dont le pluriel est gens, mais un gens distinct du premier.

Enfin, mon dictionnaire m’assène une ultime mise en garde : on ne dit pas cinq gens mais cinq personnes. Entre nous, ça ne me serait même pas venu à l’esprit de la faire cette faute-là, mais puisqu’on en parle, je me demande si je ne vais l’adopter, comme ça, rien que pour me venger de tous les pièges invisibles tendu par ce mot incapable de choisir son genre une bonne fois pour toutes.

Je vous quitte, j’ai rendez-vous avec trois gens.


16 avril 09

Une bien belle histoire

Classé dans : Insolite — laplumedaliocha @ 12:14

Bon, et si on arrêtait 5 minutes de critiquer, de pester et de s’indigner ? Pas de billet sur la presse aujourd’hui, ni sur le conflit entre Le Monde et les enseignants, j’ai envie au milieu de ce fatras de nouvelles déprimantes,  d’un rayon de soleil. Je l’ai trouvé ce matin, sur BFM. Certains parmi vous connaissent sans doute la belle histoire de Susan Boyle, cette écossaise de 47 ans au physique anodin et aux manières une peu frustres qui est devenue la coqueluche des anglais. Si ce n’est pas le cas, allez voir, c’est ici. Mais avant, je vous résume la chose. Candidate à une émission sur les talents incroyables en Angleterre, elle se pointe avec sa drôle de dégaine dans le saint des saint de la superficialité audiovisuelle, là où il faut être jeune, beau, bronzé, danser comme Michael Jackson, chanter comme qui vous voulez, avoir les fringues qu’il faut, portées comme il faut, et tous les signes extérieurs d’une intelligence entièrement focalisée  sur l’apparence. Alors forcément, Susan Boyle, avec ses allures de Signoret dans Les Granges brûlées, on se fout de sa gueule, tout le monde se dit qu’on va s’offrir une franche rigolade, et en public encore. Quand elle entre sur scène, j’ai mal pour elle. Le play boy bronzé, maquillé et lifté qui dirige le jury ne dissimule ni son mépris ni le plaisir sadique avec lequel il attend la catastrophe qui va faire péter l’audimat et projeter l’émission dans les annales des plus grands ridicules télévisuels. Ses deux accolytes, dont une jolie blonde décolorée, partagent son avis et s’en lèchent les babines par anticipation. Ils la titillent pour s’ouvrir l’appétit. Elle amorce un petit mouvement de hanche un peu grotesque qui les récompense de leurs provocations. C’est sûr, ils tiennent là un morceau de choix. On est en plein jeux du cirque, c’est la grande “Soirée de cons”, la mise à mort est une question de secondes.

Seulement voilà, dès que l’écossaise mal fagotée entonne “I dreamt a dream”, l’une des chansons de la comédie musicale des Misérables, tout ce joli monde ouvre des yeux de dessin animé japonais. C’est que l’écossaise non seulement à une voix magnifique mais qu’elle pourrait donner des leçons de chant à bien des stars à paillettes. Le jury médusé ne rigole plus du tout, il serait même au bord des larmes. Quant au public, il est debout. La chanson s’achève et notre écossaise rouge de confusion s’enfuit dans les coulisses, visiblement inconsciente de l’effet qu’elle a produit comme elle semblait inconsciente quelques minutes  auparavant de la méchanceté des gens qu’elle avait en face d’elle.

On la rappelle, on s’excuse, on la complimente avec respect. Les ricaneurs ne ricanent plus et le public ovationne. 

Eh bien voyez-vous, c’est bête, mais ça me remplit de joie. Truqué ? Peut-être. J’ai du mal à me départir de ma fichue méfiance, c’est une déformation professionnelle. Mais au fond je m’en fous. J’ai envie d’y croire moi au fait qu’une voix, par sa beauté, est capable d’imposer respect et admiration à une meute prête à dévorer sa proie. Après tout, Dostoïevski, mon maître, était persuadé que la beauté sauverait le monde.  

Tout ce que je souhaite à cette femme, c’est de fuir très vite ce monde inepte du show bizz et de retourner, avec son succès d’un jour bien caché au fond du coeur, à sa vie quotidienne. Je ne voudrais pas que, passé le premier enchantement, la meute retrouve ses bas instincts et lui fasse du mal.

18 octobre 08

On achève bien les financiers

Classé dans : Insolite — laplumedaliocha @ 10:42

Les anglais n’étant jamais à court d’idées extravagantes, je viens de lire dans le Courrier International de cette semaine qu’ils avaient décidé de reprendre leur vieille tradition de la chasse à courre. Seulement voilà, dans ce pays, la course au renard est interdite depuis 2004. Qu’à cela ne tienne ! Puisqu’on ne peut plus chasser les animaux, chassons les hommes. Eh oui, des chasseurs d’un village près de Blackpool ont convaincu des sportifs de jouer le rôle du gibier. Rassurez-vous, les coureurs ne risquent rien. Enfin presque. L’article n’est pas très clair sur le sujet mais il évoque quand même un danger en fin de course de se faire rattraper par les chiens. Néanmoins, il semble que tout ceci soit réglé au millimètre. Quant aux cavaliers, ils retrouvent leur chère adrénaline, même s’ils confient que l’exercice est un peu trop “aseptisé” et “artificiel” pour les puristes. Tout ceci me paraît être une nouvelle illustration du goût anglais. Très franchement, l’exercice me choque et m’incite à espérer qu’on ré-autorise la chasse au renard pour mettre fin à ce jeu douteux. A moins que….à moins que nous ayons là un moyen indolore mais extrêmement satisfaisant de nous venger des financiers qui nous ont mis la planète à feu et à sang. Et si on les envoyait faire un petit séjour dans un château anglais ? Je pense en particulier aux traders de la Caisse d’épargne qui viennent de démontrer magistralement que, décidément, ils n’ont tiré aucune leçon de la crise. Ce serait une occasion pour eux de prendre l’air, de faire un peu de sport, ce qui a la vertu de remettre les idées en place, et je suis sûre que les voir poursuivis durant plusieurs heures par une meute de chiens hurlante au son des trompes de chasse aurait quelque chose de profondément réjouissant pour tous ceux qui assistent impuissants à la dégringolade des bourses mondiales. On pourrait imaginer que l’événement soit diffusé en continu par toutes les grandes chaînes TV du monde. On appellerait cela : “On achève bien les financiers”. Allons, tout ceci n’est bien entendu qu’un mauvais rêve. Je ne souhaite aucun mal aux financiers, j’espère simplement qu’ils sauront prendre la mesure de leur erreurs pour ne plus recommencer. En attendant, je prie instamment nos amis anglais de réfléchir à leur drôle de pratique de la chasse. Elle me fait froid dans le dos.

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