La Plume d'Aliocha

10/03/2013

Ces avocates qui changent le monde

Classé dans : Coup de chapeau !,Droits et libertés — laplumedaliocha @ 13:05
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9782259220170Toujours dans l’esprit de remonter le courant Iacub, (eh non amis lecteurs, je ne lâcherai pas ce combat-là !), il me parait important d’évoquer ici la parution d’un livre signé par le Bâtonnier de Paris Christiane Féral-Schuhl- on dit "le Bâtonnier", en réalité c’est la deuxième femme à diriger le barreau parisien après Dominique de La Garanderie -. A l’attention des geeks, je signale qu’elle est aussi spécialiste de droit informatique.

Dans Ces femmes qui portent la robe, édité chez Plon le 8 mars à l’occasion de la Journée de la Femme, elle dresse le portrait de 20 avocates dans le monde, depuis  Shirin Ebadi, jusqu’à Christina Swarns en passant par Christine Lagarde, Hillary Clinton et Karinna Moskalenko. C’est l’occasion de décrire les parcours exceptionnels de ces figures qui ont su se battre pour s’imposer. Certaines ont accédé aux plus hautes fonctions, d’autre  ont risqué leur vie et continuent de le faire, simplement parce qu’elles sont attachées jusqu’au fond du coeur à la défense des droits et des libertés. J’avoue ma préférence pour les secondes même si le parcours des premières est exemplaire. Le Barreau de Paris a permis à la presse d’en rencontrer certaines  jeudi matin. Un moment d’une rare qualité humaine.

Qu’elles aient la rage au coeur comme Shirin Ebadi ou bien l’humour distancié de Karinna Moskalenko, toutes ont en commun la même énergie pour se battre dans des régimes où le fait d’être avocat et femme constitue une double faute qui peut mener à la prison et parfois à la mort. Peur ? Oui, elles ont peur, c’est normal, mais ça ne les empêche pas d’avancer. L’Obs n’en fera pas sa Une, il n’y a là ni cul, ni politique. Juste des modèles, des vrais, très en-dessous du radar à fric d’une certaine presse. Des femmes pour qui le mot "liberté" a le goût sinistre du sang et non pas celui frelaté du sexe courtisan, des femmes dont les mots ne révèlent pas des secrets d’alcôve, mais sauvent des vies. A chaque société ses combats et ses valeurs…Je n’aime guère l’approche sexuée qui consiste à diviser le monde entre les hommes et les femmes au point d’en oublier notre condition humaine première et commune, mais l’histoire de chacune d’entre elles montre en filigrane qu’il existe bien une approche féminine de l’existence. Et que celle-ci est infiniment précieuse à l’équilibre des choses lorsqu’elle s’exprime en affirmant une vision du destin de l’humanité, plutôt que seins nus pour conquérir une sotte revanche sexuelle sur les hommes.

A lire pour se donner des raisons de croire en l’existence d’un monde plus complexe et infiniment plus intéressant que celui dépeint pas certains médias parisiens. Je le recommande aussi à mes confrères journalistes, car ils y trouveront des similitudes entre le journalisme – le vrai bien sûr – et le métier d’avocat. Et même une étrange fraternité dans la capacité à s’indigner face à l’injustice et l’impérieux besoin de la dénoncer.  Les droits tirés de la vente de l’ouvrage seront entièrement versés à la fondation du barreau de Paris. Quand l’élégance s’allie à l’intelligence de l’essentiel…

26/01/2013

Mort aux Bachi-bouzouks !

Classé dans : Droits et libertés,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 14:40
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C’est fou ce que les débats se tendent ces derniers temps !

Même sur ce blog, où nous essayons pourtant tous ensemble de tenir des discussions civilisées, de développer ce qu’un penseur que j’aime particulièrement appelle un "lieu de désaccord pacifique". Dans un tel climat de violence verbale, certains s’épanouissent, quand d’autres souffrent. J’appartiens à la deuxième catégorie. A partir de là, deux solutions : soit on se retire du débat public, voire du monde, soit on décide de résister en considérant que les discussions ne sauraient être réservées aux énervés, aux militants et autres pourvoyeurs de certitudes. Mais justement, comment résister ? En développant soi-même, par une sorte d’effet mécanique, des certitudes inverses ? La tentation est forte, mais mortelle. C’est ainsi qu’on radicalise les débats au points de les réduire à des slogans. Le contradicteur devient l’ennemi à abattre, en même temps que la pensée se sclérose et que la discussion s’embourbe dans les blessures narcissiques et les invectives. Il reste une autre solution : sortir par le haut, respirer intellectuellement grâce à  l’humour, s’envoler au-dessus de la mêlée. Il est temps que je vous livre les réflexions à ce sujet d’un écrivain inclassable dont les propos, quoique anciens, demeurent d’une criante actualité. Gabriel Matzneff, car il s’agit de lui, a publié plusieurs recueils rassemblant ses articles dans Combat et Le Monde. L’un d’entre eux s’appelle le Sabre de Didi. Il emprunte son titre à une chronique de l’auteur publiée le 27 octobre 1979 dans le quotidien du soir. Quand j’ai un coup de blues, je le relis et c’est à chaque fois la même leçon de liberté.

L’ambiance actuelle rend urgent que je vous le livre  :

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"L’étoile, la croix, le croissant, la faucille et le marteau, la svastika, ce ne sont pas les emblèmes qui manquent. Nous n’avons que l’embarras du choix. Mais de tous ces symboles, celui qui résume avec le plus d’exactitude ce qu’aura été notre délicat XXème siècle, est, sans conteste, le sabre de Didi. 

Didi, on s’en souvient, est le sympathique jeune homme qui, dans le Lotus bleu, veut sauver Tintin en lui coupant la tête. Brandissant un sabre, Didi court après Tintin, en lui expliquant : "Lao Tseu l’a dit : "il faut trouver la voie !" Moi je l’ai trouvée. Il faut donc que vous la trouviez aussi. Je vais d’abord vous couper la tête. Ensuite, vous connaîtrez la vérité. Voyons, n’ayez pas peur…Il s’agit simplement de vous couper la tête."

Hergé a publié le Lotus bleu en 1934. C’était une époque où, en Europe, le bon oncle Joseph et le bon oncle Adolf, pleins de sollicitude pour le genre humain, aidaient des centaines de milliers d’égarés à trouver la voie du salut grâce à la méthode Didi. Depuis lors, nos idéologues européens ont exporté le sabre salvateur dans le monde entier, avec un succès toujours grandissant. Du temps de l’Inquisition, la méthode Didi donnait déjà d’heureux résultats, mais elle n’était appliquée que de façon imparfaite, et quasi artisanale. Aujourd’hui, nous avons perfectionné tout cela. C’est le triomphe de la cybernétique. 

Qu’ils s’appellent Torquemada ou Lénine, les bienfaiteurs qui brûlent de nous initier aux vérités dont ils sont les dépositaires, sont nécessairement conduits, un jour ou l’autre, à nous couper la tête. Une fois que nous avons compris cela, nous sommes sur la bonne voie. Tintin qui s’obstine à ne pas vouloir mourir, n’est qu’un gamin mal élevé. C’est la tête sous le bras que nous entrerons au paradis des dogmatiques. 

Adolescent, je portais toujours sur moi un carton, où j’avais inscrit deux phrases. L’une était du sceptique Sextus Empiricus : "A toute raison s’oppose une égale raison". L’autre de l’épicurien Métrodore : "L’homme libre doit éclater du rire le plus franc au nez de tous les réformateurs". A l’âge ou les jeunes demandent à leurs aînés des raisons de croire, je leur demandais des raisons de douter. Hergé, dès mon enfance, m’avait vacciné contre la tentation de Didi. (…)"

Voilà la philosophie que je tente de développer ici depuis l’origine et qu’il me parait plus que nécessaire de promouvoir en ce moment. Est-ce un hasard si cette leçon nous vient du plus célèbre reporter de la bande-dessinée ? Je ne pense pas. Tous les journalistes savent que le doute est le premier commandement du métier. Hélas, il faut bien admettre que certains actuellement tendent à l’oublier. Un dernier mot, le titre de ce billet est évidemment une facétie. Je le précise avant que quelque lecteur sagace ne se sente en devoir de me confronter à mes contradictions réelles ou supposées.

22/09/2012

Mais quel combat mène réellement Charlie Hebdo ?

Classé dans : Débats,Droits et libertés — laplumedaliocha @ 13:13
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Comme chacun sait, la religion c’est l’opium du peuple. Il faut donc féliciter chaudement Charlie Hebdo qui a pris le risque de voir incendier ses locaux et bastonner ses dessinateurs pour expliquer aux musulmans de tous pays que, bon sang de bonsoir, le carré intello germano-pratin, canal trotskiste, c’est-à-dire la lumière du monde, le messie du Bien enfin triomphant, ne se laisserait pas voler sa liberté d’expression par une poignée d’énervés défendant des croyances ridiculement surannées. On applaudit à tout rompre, même si on se sent légèrement géné aux entournures. La sécurité intérieure s’inquiète, les Imams appellent au calme, et 47% de français songent, nous disent les sondages, qu’on aurait pu s’épargner ce bordel sans que la liberté d’expression disparaisse pour autant. Ce sont les centristes qui sont les plus réservés dans cette histoire. A l’inverse, les électeurs de Mélenchon et Le Pen applaudisssent. Tu m’étonnes ! Les deux ont pour objectif de faire péter le système. De fait, ce n’est pas la liberté d’expression qu’ils défendent, c’est la menace d’une explosion qu’ils encouragent sans le dire.

Mais revenons à nos caricatures. Fallait-il publier ou pas ? Polémique inutile, puisque c’est fait. La question qui m’intéresse c’est : à quel type de conflit assistons-nous réellement ? La liberté d’expression démocratique contre le fanatisme religieux, nous explique-t-on doctement. Ah ? J’ai plutôt le sentiment qu’il y a deux combats et non pas un seul. Celui qu’on vient d’évoquer, certes, mais aussi un autre, beaucoup plus discutable. Il suffit de lire les commentaires sous les différents articles consacrés au sujet, pour voir que c’est aussi une guerre de l’athéisme militant contre la religion tout court. Chez @si, un lecteur ne craint pas d’avancer que si les musulmans sont choqués par les caricatures, lui n’a de cesse d’être choqué par l’expression religieuse, à commencer par la messe sur France 2 le dimanche matin. Nous y voilà ! Evidemment, on ne saurait attribuer à Charlie la pensée d’un lecteur anonyme sur le web. Mais en même temps, on ne peut se défendre de penser que nous assistons ici à l’affrontement possible de deux fanatismes, le nôtre que nous observons forcément avec la bienveillance de notre lumineuse supériorité de pays des droits de l’homme face à l’obscurantisme des pays musulmans, et celui des fanatiques du camp d’en face, dont on connait la sinistre dangerosité. Au milieu, il y a l’immense majorité silencieuse, croyante ou pas, qui n’aspire qu’à vivre dans le calme et la bonne entente. J’entends bien que le calme nécessite parfois de prendre les armes pour le défendre, et que l’arme de papier  est  particulièrement civilisée au regard des bombes des autres. "Si vis pacem, para bellum", disaient les romains, autrement dit si tu veux la paix prépare la guerre. Prépare, pas déclenche…

Tiens, j’ai une idée pour Charlie. Pourquoi ne pas caricaturer, dans un prochain numéro, le nombre incalculable de crétins membres de la secte Apple qui ont passé des heures voire des jours à faire le pied de grue devant la boutique place de l’Opéra pour avoir le droit d’acheter la nouvelle idole du moment, j’ai nommé l’IPhone 5 ? Voilà une "religion", celle de la consommation techno new age qui fait bien plus de victimes que les anciennes religions révélées, n’apporte guère de réconfort, vide le portefeuille, suscite de démoniaques addictions, pourrit la planète, ne comprend aucun message de paix, tarifie tout ce qu’elle touche, cultive l’envie, le goût du lucre, entretient la guerre économique, et répand ses morts, j’entends par là les chômeurs, avec autant d’enthousiasme que les vieilles croyances défendaient la vie. Amis dessinateurs de Charlie, vous gagneriez sans doute à envisager l’hypothèse, je l’admets hérétique à vos yeux, que tout ce qui est moderne n’est pas forcément signe de progrès vers un avenir radieux, et inversement que les religions ne sont pas nécessairement stupides parce qu’elles sont anciennes.

13/09/2012

Ethique en toc

Classé dans : Débats,Droits et libertés — laplumedaliocha @ 22:28
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Tandis que Vincent Peillon souhaite inscrire la morale laïque au programme scolaire – ce qui amuse mon ami Philarête  - le gouvernement s’embourbe dans le dossier Pulvar-Montebourg- Pigasse, faute précisément d’avoir appliqué les principes de base de l’éthique.

Pour les distraits, je rappelle le contexte. Les Inrocks ont embauché Audrey Pulvar, compagne du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, au mois de juillet dernier en qualité de directrice de la rédaction (le plus haut poste dans un journal). Tout récemment, la banque Lazard, dirigée par Matthieu Pigasse, (également patron des Inrocks ainsi qu’actionnaire du Monde et du Huffington Post), a obtenu de Bercy un marché public : c’est à elle que revient le soin d’orchestrer le montage de la Banque publique d’investissement destinée à financer les PME. Et hop ! Des esprits chagrins ont tout de suite imaginé que l’obtention de ce marché était la contrepartie de l’embauche d’Audrey Pulvar. Un renvoi d’ascenseur en quelque sorte. Le communiqué de presse (Source Bakchich via l’excellent dossier d’ @si) évoque une décision commune de Pierre Moscovici et d’Arnaud Montebourg. Mediapart, qui défend l’actuel gouvernement avec autant d’empressement et de naïveté qu’il enfonçait le précédent, avance que Montebourg aurait été en réalité écarté par Moscovici, dont il contesterait d’ailleurs la décision. On est tenté de dire : peu importe le soupçon est là, et c’est grave.

Lors de la nomination d’Audrey Pulvar à la tête des Inrocks quelques journalistes avaient discrètement protesté, mais leurs inquiétudes déontologiques s’étaient retrouvées englouties sous le flot habituel d’arguments féministes fumeux scandés par des esprits aussi généreux que légers  : non, une femme ne pense pas forcément comme son homme, non elle ne doit pas lui sacrifier sa carrière, oui Audrey Pulvar est indépendante, par principe et jusqu’à preuve du contraire. En réalité, cela posait bel et bien un problème  : la compagne d’un homme de pouvoir à la tête d’un organe du contre-pouvoir, ça fait désordre. Objectivement. Inutile de polémiquer sur la capacité ou non d’Audrey Pulvar à s’émanciper de son homme. Cette seule question est une insulte à son endroit, même quand on pense bien faire en y répondant par l’affirmative avec conviction. Bien sûr qu’elle est présumée professionnelle et indépendante, le sujet n’est pas là. Le sujet c’est que sa position est objectivement intenable car source potentielle de conflits d’intérêts et donc de soupçon. Dans ce genre de situation, les professions plus disciplinées que la nôtre sur le terrain déontologique (mais pas forcément meilleures) ont une solution fort simple : l’abstention. En cas de risque de conflit d’intérêts, on refuse d’accomplir la mission, d’occuper le poste, de réaliser l’action qui pose un problème d’apparence d’indépendance. Pour éviter précisément ce qui est en train de se produire. On redoutait une influence gouvernementale sur la ligne éditoriale du journal, le problème a surgi ailleurs, ce qui illustre au passage le nombre d’ennuis auxquels on s’expose quand on refuse d’appliquer la solution dictée par l’éthique.

Bien sûr, l’apparence d’indépendance n’est pas une garantie absolue, mais c’est ce qu’on a trouvé de mieux pour éviter de s’embarquer dans des spéculations hasardeuses sur l’indépendance profonde de chacun.

On observera au passage que c’est un fort mauvais exemple à présenter aux futurs élèves des cours de morale laïque annoncés par Vincent Peillon. Les gamins auront beau jeu de citer le comportement pour le moins léger des politiques afin de mettre leurs enseignants dans l’embarras (ah les sacripants !). C’est le plus vieux réflexe du monde que d’invoquer, pour s’affranchir d’une règle, l’excuse du voisin transgresseur. Alors quand en plus le mauvais sujet appartient à l’élite, celle-là même qui est censée donner l’exemple, l’argument prend une force toute particulière. Bonne chance aux futurs enseignants de morale laïque !

13/07/2012

Contorsions médiatiques autour d’Audrey Pulvar

Classé dans : Coup de griffe,Droits et libertés,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 23:58

Quand je lis mes amis journalistes de gauche, je me sens soudain de droite. A la liberté de faire tout et surtout n’importe quoi qu’ils revendiquent, une envie folle me saisit d’opposer l’élégance du sacrifie dicté par l’éthique. Entre nous, cela a tellement plus de chic que la satisfaction vulgaire des intérêts personnels. Sans doute ai-je trop lu les auteurs classiques et pas assez Marc Levy, toujours est-il que  j’avoue me sentir étrangère à ce droit au bonheur qui m’apparait comme un curieux mélange d’ennui, de niaiserie et de nouvelle morale à deux drachmes vomie au kilomètre par des magazines féminins aussi incultes que décérébrés.

Pourquoi tant de rage, me direz-vous ? J’y viens. Parce que Audrey Pulvar prend la tête des Inrocks. Comme chacun sait, elle est la compagne d’Arnaud Montebourg, lui-même Ministre d’un improbable Ministère du développement productif – mais que serait un développement improductif, je vous le demande ? -. On ne sait pas trop ce qui a guidé le choix du magazine. Envie de subversion ou tentation d’allégeance ? Les deux explications se défendent.Quoiqu’il en soit, la communauté médiatique se force à applaudir officiellement ce qu’elle s’emploie à analyser comme relevant de la première hypothèse tandis que, dans l’ombre, quelques sourcils se froncent en songeant  à l’affront majeur ainsi fait à l’image d’un métier qui n’avait pas besoin qu’on aggrave sa réputation de servilité à l’égard des puissants. Mais bon sang, qu’il est difficile de critiquer les confrères ! Et plus difficile encore de dénoncer ses copains politiques. Alors on tergiverse, coincé entre l’apparence d’indépendance qu’il faut offrir au lecteur et les liens personnels, entre la critique qu’inspire tant d’audace par rapport aux règles du métier et la révérence aveugle qui est due au clan qui a chassé Sarkozy,  entre un sentiment diffus d’embarras et l’utilité de saluer cette nomination car, n’est-ce pas, on ne sait jamais. Quel triste spectacle !

Evidemment, on nous habille tout cela des oripeaux d’un progrès de pacotille. Progrès des droits de la femme, qui pourtant n’ont rien à  faire dans cette histoire de déontologie. Progrès des libertés, dont la France se targue si souvent à tort d’être le porte-drapeau mondial. En matière d’indépendance de la presse, elle ne l’est clairement pas, sauf peut-être pour la Chine ou la Corée du Nord. Progrès tout court car  ce qui est de gauche est ontologiquement juste et bon. Si l’on passe au fil du rasoir cette logorrhée embarrassée, la vérité se révèle à nue : la compagne d’un ministre en exercice va piloter un magazine parlant de politique. En d’autres termes, une représentante du contre-pouvoir, alliée de la façon la plus intime qui soit avec le pouvoir, est désignée pour diriger un organe du contre-pouvoir.

Qu’on me permette ici de servir l’argument que mon amie la presse de gauche redoute tant d’entendre : comment critiquer encore légitimement les groupes de presse entre les mains du "grand capital" quand c’est la direction éditoriale d’un journal elle-même, et non plus "seulement" les actionnaires, qui est alliée ouvertement au gouvernement ? Allons, je connais la réponse : parce que ce qui est de gauche est ontologiquement bon et juste, comme énoncé plus haut. C’était déjà ce que l’on comprenait des prestations d’Audrey Pulvar chez Ruquier, notamment lorsqu’elle s’était permis des commentaires personnels à l’endroit de François Copé en pleine "interview". Comme le relève l’un des très nombreux articles de l’Obs consacré à l’événement en évoquant l’inspirateur éclairé de cette nomination  : "Proche du Parti socialiste, ancien conseiller des ministres de l’Economie et des Finances Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, Matthieu Pigasse, directeur à la banque Lazard, est également co-actionnaire du quotidien Le Monde et du Huffington Post français. On a prêté également à ce banquier amateur de hard rock un intérêt pour le quotidien Libération". Que ceux qui ont jeté des pierres au Figaro ces dernières années se couvrent la tête de cendres !

 Bah !  Anne Sinclair a bien pris la tête du Huffington Post, rompant ainsi avec la jurisprudence qu’elle avait elle-même amorcée en renonçant à son émission 7 sur 7 il y a des années pour cause de relation avec DSK. Soyons modernes ! A quand Valérie Trierweiler, journaliste et compagne du Président de la république (ex-oxymore), à la direction du  Monde, ou de Libération puisqu’on nous dit que Matthieu Pigasse a des intérêts dans l’un et ressent des désirs pour l’autre ? Après tout, c’est une bonne idée de mettre les hommes au gouvernement et leurs épouses à la tête des organes de presse. Il ne nous reste plus qu’à militer en faveur d’une vraie parité pour que, d’ici 10 ans tout au plus, un prochain gouvernement de gauche voie fleurir les femmes ministres, tandis que leurs époux journalistes prendront la direction de nos sites d’information les plus influents. Alors et alors seulement, nous pourrons considérer que les forces de progrès ont triomphé.

Triomphé de quoi, me direz-vous ? Demandez à mes potes journalistes de gauche, moi j’y perds mon latin.

Mise à jour 14/07 10h45 : on me glisse à l’oreillette qu’il s’agit du ministère du redressement productif et non du développement productif. J’ai du mal avec la novlangue de la société hyperfestive si bien décrite par Philippe Muray…Et pourtant j’avais vu l’écueil et je m’étais concentrée. Rien à faire, mon cerveau n’imprime pas.

11/05/2012

Les tweets ne volent pas

Classé dans : Droits et libertés — laplumedaliocha @ 11:01
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Ainsi donc le commentateur sportif Pierre Salviac a été viré de RTL pour un tweet jugé bassement sexiste à l’endroit de Valérie Trierweiler et, plus généralement, des femmes journalistes sortant avec des hommes politiques (ici et partout ailleurs). Voire des femmes journalistes tout court. Dans notre pays prompt à la polémique, le coupage de tweet insultant en tranches microscopiques soumises à la méticuleuse analyse des beaux esprits est devenu un sport national ! Il faut bien s’occuper…

On peut, au choix, s’indigner de cette nouvelle atteinte à la liberté d’expression ou au contraire se féliciter de la sanction. Il est possible également d’y apercevoir l’ombre d’un début d’allégeance spontanée d’un média au nouveau couple présidentiel et de s’offrir ainsi avec un empressement non dénué de masochisme la première grande déception de l’ère du changement-c’est-maintenant.

Penchons-nous plutôt sur les nouvelles moeurs en matière d’expression publique.  "Les paroles s’envolent, les écrits restent" souligne avec justesse un proverbe latin (verba volant, scripta manent). L’humour gras de Pierre Salviac aurait pu rester cantonné entre les vestiaires du club de rugby et le bar des platanes, si Twitter n’offrait une tribune plus large à ce type de débordement. L’outil n’est évidemment pas en cause, son utilisation, si. A l’évidence, Internet a désacralisé l’écrit autant qu’il a libéré la parole. Pour le meilleur et pour le pire. La mauvaise blague de Salviac ne lui aurait valu au pire que mon verre de  rouge-pas -gros-mais-qui-tache-quand-même à la face si par impossible nous nous étions rencontrés. Seulement voilà, avec Twitter on passe d’une poignée de personnes en chair et en os risquant au pire de vous coller un bourre-pif, à un large public aussi virtuel qu’imprévisible dans ses réactions. On passe aussi de la fameuse parole qui s’envole à l’écrit qui reste. Le propos offensant s’inscrit dans la durée, a de fortes chances d’arriver aux oreilles de sa cible, s’étale devant des milliers de personne – renforçant son audience autant que le préjudice infligé à la victime – et s’offre de surcroit avec innocence à celui qui entend le retenir à titre de preuve. Un truc à faire frissonner n’importe quel juriste de base…

Qu’importe ! L’internaute, tout à la joie de son audience, balance sans en mesurer les conséquences la mauvaise vanne qu’il aurait mieux valu réserver aux habitués du bar des platanes. Et s’obstine à croire que sa parole n’est pas tout à fait publique puisqu’elle s’adresse à ses followers et que par ailleurs, hein, bon, Internet, c’est la liberté. De fait, notre internaute ne mesure les risques ni pour sa cible ni, plus étonnant encore, pour lui-même. Jusqu’au moment où tombe la sanction : protestation collective, procès, licenciement. Surgit alors le désagréable sentiment que la liberté d’expression aurait tendance à se réduire dès lors que les exemples de ce type se multiplient. En vérité, il faut sans doute y voir pour partie les effets d’une émancipation de plus en plus grande des règles de base de la politesse et du bien vivre ensemble. Plus il y a de transgressions et plus il y a de sanctions, forcément. Le respect de l’autre n’est pas seulement un commandement moral asséné ex cathedra par la religion, la morale, l’éducation ou le droit, c’est aussi et surtout un impératif de bon sens qui permet de supporter la vie en société dans les meilleures conditions possibles.  Et en évitant en particulier  les coups de poing dans la gueule. Ou leur version plus civilisée mais non moins brutale, l’indignation collective, le licenciement, le procès…

19/11/2011

La déontologie dans tous ses états

Classé dans : Droits et libertés,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 11:03

J’ai une mauvaise nouvelle, amis lecteurs.

Le projet de Conseil de la presse qui rassemblerait professionnels des médias et représentants du public dans une instance commune pour traiter des questions de déontologie des médias ne risque pas de voir le jour demain. Et sans doute même pas  après-demain. Daniel Schneidermann, directeur d’Arrêt sur Images m’a invitée à intervenir hier lors de la journée de la presse en ligne pour débattre de l’utilité d’un code de déontologie spécifique à ces nouveaux médias. Il y avait aussi François Bonnet directeur éditorial de Mediapart et Yves Agnès, président de l’Association de préfiguration d’un conseil de presse en France. Quand Daniel m’a proposé de participer, je n’ai d’abord pas saisi. Moi, la blogueuse, la journaliste lambda, le dinosaure de la presse papier, que pouvais-je bien apporter dans un débat à mes éminents confrères du web ? Vous traitez d’éthique sur votre blog, m’a-t-il répondu. Argh ! Et en plus mes pairs me lisent. Misère. Du coup j’ai réfléchi, et j’ai songé que mon activité de journaliste  spécialisée dans la réglementation, la régulation de la finance, la déontologie des professions libérales, les questions de responsabilité sociale et environnementale, me donnait au fond une vision assez transversale des questions d’éthique qui traversent notre société. J’ai planché un soir tard sur le sujet et envoyé comme document de travail le texte que vous trouverez ici. C’est une comparaison entre la Charte de Munich de 1971 et les questions éthiques nouvelles soulevées par le web.

La déontologie se construit dans les salles de rédaction

C’est ainsi qu’a commencé le débat, lequel a tourné court d’entrée de jeu. Pour Mediapart, il n’est pas question en effet d’ajouter aux textes qui nous régissent. Fançois Bonnet a rappelé avec raison qu’il y a déjà la loi de 1881 pour les délits de presse, la déclaration de 1918, la Charte de Munich et le code Frappat. Question textes, on est bordé.  Pour le reste, laissons à chaque média le soin de s’organiser comme il l’entend. En substance, la déontologie ne se pense pas, elle se vit en pratique dans les salles de rédaction. Il a évidemment raison, à cette réserve près qu’il n’est jamais inutile d’engager une réflexion collective sur un sujet aussi vivant et évolutif que la déontologie et que, surtout, ces différentes chartes pour l’instant n’ont aucune force contraignante…De sorte que chacun développe sa propre interprétation. S’agissant par exemple du hacking, que j’avais classé au rang des pratiques déloyales pour obtenir de l’information qui nous sont interdites, l’avis de François Bonnet était plus nuancé. Si nous avons tout fait pour obtenir une information qui devrait en principe être publique et qu’on nous la refuse, alors pourquoi ne pas pirater le service com’ de l’organisme qui résiste ? interroge-t-il. La solution est discutable, mais en tout cas, on ne pourra pas reprocher à Mediapart de pratiquer un journalisme courtois et timoré. La discussion est d’ailleurs venue sur la question Wikileaks. Fallait-il reprocher ou pas à Mediapart d’avoir utilisé ces documents ? A mon avis non, d’abord Wikileaks se contente de réceptionner l’information et ne viole pas les systèmes informatiques à ma connaissance, et les journaux ensuite ne font que publier ce que Wikileaks a déniché. En terme de responsabilité, on est assez loin de l’utilisation directe par le journaliste d’un moyen déloyal pour obtenir une information. Aussi et surtout, s’il fallait s’assurer de la provenance parfaitement légale de toutes les informations qu’on nous délivre, ce serait la fin du journalisme d’investigation. Je sais, je vous choque amis lecteurs en disant cela, mais c’est l’aspect complexe de notre métier, la provenance des informations doit être identifiée, il nous appartient de vérifier qu’elles sont exactes, pas forcément de nous assurer qu’elles ont été obtenues de manière parfaitement irréprochable sur le terrain de la loi ou de la morale. C’est la zone grise du métier.

Accrochage sur le droit à l’oubli

La modération des commentaires a également retenu notre attention. Sur ce point, tout le monde semble d’accord pour considérer qu’il faut s’en tenir à ce qui est interdit par la loi et ne pas y ajouter de censure supplémentaire, comme a pu le faire par exemple Radio France en interdisant les commentaires sur la tauromachie ou les critiques contre la direction. Yves Agnès a toutefois ajouté qu’il était favorable à des commentaires signés de la véritable identité de leurs auteurs, sans rencontrer beaucoup de succès ! De la même façon,  la nécessité de cultiver transparence et traçabilité des articles corrigés ou modifiés,  pratique déjà largement répandue, ne pose pas de difficultés. C’est sur le droit à l’oubli qu’il y a eu un accrochage. La question était : faut-il envisager dans certains cas de soustraire un article aux moteurs de recherche, par exemple pour protéger la vie privée d’une personne ? Non, assène encore Mediapart, avant de nuancer sous le feu des questions de Daniel en admettant qu’une fois, la question s’est posée pour quelqu’un à qui le maintient du papier pouvait causer un grave préjudice tandis que l’information en elle-même n’avait que peu de valeur. L’équipe rédactionnelle de Médiapart a réfléchi et décidé de retirer le nom de la personne concernée.

Et le conseil de la presse, alors ?

Nous en sommes venus alors à la délicate question du conseil de presse défendu par Yves Agnès. Pour François Bonnet, la question ne se pose même pas, c’est non. Comment, songez-vous, Mediapart refuse qu’une instance composée de professionnels et de représentants du public puisse se prononcer sur le respect de la déontologie et jouer un rôle de médiateur en cas de litige ? La réponse de Mediapart tient la route, même aux yeux d’une convaincue comme moi qu’il faut y aller : le site ne veut pas être jugé par un conseil composé de représentants de groupes industriels, en clair, il n’est pas question que Mougeotte  juge le comportement professionnel de Plenel. Convenez qu’on ne peut pas leur reprocher.

Voilà, vous savez l’essentiel des discussions qui agitent la presse dans l’intimité. Maintenant, je vous propose de sortir de ces débats internes à la presse pour replacer tout ceci dans un contexte plus global.  L’éthique a pris une place essentielle ces derniers temps dans tous les compartiments de la vie économique. C’est la préoccupation du moment. Pourquoi ? Parce que les entreprises ont compris qu’il s’agissait d’une attente forte de la société et qu’y déroger emportait un risque d’image, voire de faillite. Souvenons nous que le cabinet Andersen, 70 000 professionnels dans le monde, l’aristocratie de l’audit, a disparu du jour au lendemain quand on a appris que le cabinet avait certifié les comptes d’Enron, alors que ceux-ci étaient faux. Une vraie faillite morale. Leur signature ne valait plus rien. De même, la mésaventure du très puissant Murdoch, obligé de fermer l’un de ses journaux suite à un scandale montre que le risque éthique est mortel, en presse comme ailleurs. La profession en est d’ailleurs consciente mais raisonne sur le mode : c’est la faute à l’autre. Et quand les sondages nous disent que les français ne nous font plus confiance, c’est encore la faute à l’autre. Plus profondément, l’organisation de la profession, la concurrence entre les titres, la répulsion à l’idée de créer un ordre ou toute autre structure qui serait habilitée à dire comment il faut travailler et à sanctionner les fautes répugne à une profession fondamentalement libre et indépendante, même si la sanction se résume à une déclaration officielle de désapprobation. François Bonnet a eu raison de pointer en outre le fait que les dérapages sont moins le fait des journalistes que des organes de presse qui souffrent d’un manque d’indépendance. Voilà quelques unes des complexités qui expliquent pourquoi on tergiverse sur la déontologie. Sans compter que la profession s’articule autour d’une relation employeurs/salariés qui l’incite plus à la division qu’au consensus. Difficile d’organiser un système de surveillance déontologique quand celui-ci peut devenir l’arme des uns contre les autres. Nous sommes, à ma connaissance, les seuls à nous inscrire dans ce type de scénario.

Fautes individuelles, préjudice collectif

Il n’empêche. Nous étions en avance en 1918 en adoptant une charte de déontologie dans un secteur industriel. Je crains qu’aujourd’hui nous ne soyons en retard. Toutes les professions sensibles ont une charte de déontologie et un système de surveillance (discipline et/ou contrôle de qualité), sauf nous. Etablissements bancaires et financiers embauchent des déontologues et déclinent des programmes internes de plusieurs millions d’euros pour former leurs salariés et instituer des systèmes de surveillance. Pas nous. L’industrie elle-même commence à comprendre qu’elle doit intégrer le risque éthique dans ses process de fabrication. D’une manière générale, les entreprises tous secteurs confondus travaillent sur la responsabilité sociale et environnementale. Mais pas la presse. Les fonds d’investissement se mettent à l’éthique, c’est-à-dire que sous la pression de leurs clients, ils exigent des entreprises dans lesquelles ils investissent des garanties sur le fait qu’elles ne font pas travailler des enfants en Chine par exemple. Chez nous, rien.

En réalité, je pense que nous prenons le problème par le mauvais bout. D’abord parce que nous nous pensons uniques et au-dessus de tout. C’est la première erreur. Nous gagnerions à nous comparer. Ensuite, parce que ceux qui défendent aujourd’hui un conseil de la presse, le font au vu des sondages et des dérives réelles ou supposées de notre métier. Leur conseil surgit donc tel un père fouettard mâtiné de comité théodule, sur fond de soupçon de mise aux ordres des médias indépendants par les médias à la botte. La réponse est donc : chacun pour soi et le public jugera. En effet, le public juge. Et nous renvoie à la figure nos erreurs qu’il perçoit quant à lui de manière collective.  Les fautes sont individuelles – et non sanctionnées -, le préjudice d’image et de confiance est collectif. Et ce n’est pas Mediapart se dressant comme la dernière incarnation d’un journalisme exigeant qui nous sauvera.

Imposons le respect de nos valeurs

En réalité, nous ferions mieux de changer de regard sur la déontologie. Prenons les avocats par exemple. La déontologie pour eux ce n’est pas un fardeau, moins encore une contrainte, c’est une fierté, c’est leur identité, leur valeur ajoutée, ce qui unit 50 000 professionnels malgré les différences immenses qui séparent le patron d’un cabinet d’affaires parisien et le petit pénaliste de province. L’un défend le CAC 40, l’autre des voleurs à la tir. L’un n’a jamais acheté de robe, il n’en a pas l’usage, l’autre ne passe pas une journée sans aller au palais. L’un gagne des fortunes, l’autre peine à boucler ses fins de mois. Ils traitent même des matières juridiques si différentes que le pénaliste marseillais ne comprend pas ce que fait son confrère parisien spécialisé en LBO et réciproquement.   Mais si une autorité publique veut leur extorquer une information sur un client, si quelqu’un tente de faire pression sur eux ou s’ils aperçoivent un conflit d’intérêt alors tous les deux réagiront de la même façon : je suis avocat, ce que vous me demandez est contraire à ma déontologie. Parce qu’ils ont adhéré aux mêmes valeurs et que ces valeurs, ils les respectent, et ils les font respecter à l’extérieur de leur communauté. Cela suppose bien entendu de maintenir l’ordre en interne pour qu’on ne leur rigole pas au nez quand ils se retranchent derrière le secret professionnel ou l’indépendance. Mais ça ne vient que dans un second temps. Le malheur des journalistes dans cette affaire, c’est qu’ils sont focalisés sur leurs problèmes internes au point d’en oublier que la vraie menace vient de l’extérieur. Quand Baudoin Prot, directeur général de BNP Paribas, ose refuser la publication d’une interview après l’avoir accordée puis en avoir relu et corrigé le contenu à publier, cela signifie en pratique que le monde économique nous respecte si peu qu’il croit pouvoir faire avec nous ce qu’il veut. Quand les politiques espagnols osent dire qu’ils ne répondront plus aux questions des journalistes dans les conférences de presse, c’est le symptôme de la même maladie. Quand en France un politique pose un lapin à la dernière minute à une émission d’information en prime time, il y a de quoi s’inquiéter. Quand un président de la République traite deux journalistes otages en Afghanistan de vulgaires chasseurs de scoop qui coûtent cher à la France, il montre que nous sommes si déconsidérés qu’il est possible de cracher sur deux ressortissants français aux mains des taliban et de se faire applaudit par le public. C’est juste hallucinant.  Comment nous défendre, si ce n’est en revenant à la source de nos valeurs, collectivement, et en rappelant que notre déontologie, confortée par la jurisprudences de la Cour européenne des droits de l’homme, nous donne le droit d’accéder à l’information ? D’ailleurs on me dit que c’est un droit j’aurais tendance à considérer que c’est un devoir. De même que notre déontologie exige de nous que nous soyons indépendants, ce qui dans le cas de Baudoin Prot signifie qu’on ne planque pas le projet d’interview sous le tapis mais qu’à l’instar de nos confrères allemands, on le publie en blanc pour répondre à l’affront et montrer qu’on n’est pas à la botte d’une grande banque.

On est plus fort à 38 000 qu’à 28

Seulement voilà. On est plus fort à 38 000 (nombre de journalistes en France) qu’à 28 (effectifs de Mediapart). Et on est encore plus fort si l’on accepte de donner un pouvoir contraignant à notre déontologie au lieu de la tenir au rang de simple déclaration de principe aménageable au gré des organes de presse, de leurs dirigeants et de l’air de temps. Une déontologie ça s’inscrit dans le marbre ou ça ne s’écrit pas. Et on est encore plus fort si on a l’intelligence de mettre en place un système de surveillance et de sanction des débordements. Contre ceux d’entre nous qui dérapent, mais aussi  contre les braconniers. J’ai en tête l’exemple d’un individu qui sévit dans la presse juridique depuis des années. Il a monté un journal dédié aux avocats dans lequel il publie leurs analyses sur l’actualité juridique. Jusque là, rien de plus normal. Sauf qu’il exige des cabinets qui écrivent dans son journal qu’ils achètent en contrepartie plusieurs pages de publicité. En d’autres termes, il faut payer pour publier. Par ailleurs, il organise des classements de cabinets assortis de remises de trophées. Pour y figurer, il faut payer, pour être lauréat, il faut aussi payer, et pour assister à la remise des trophées…il faut encore payer.  Le pire, c’est qu’il contamine peu à peu le secteur car les journaux éthiquement corrects se disent : pourquoi est-ce lui qui décroche le plus de publicité alors que c’est nous qui travaillons dans les règles ? Et en plus il forme des confrères à ses méthodes scandaleuses. Sans compter qu’il diffuse une image de la presse si lamentable que lorsque je demande une contribution à un avocat pour l’un de mes titres, son attachée de presse me rappelle derrière pour me demander combien il faut payer pour écrire ! Un jour un ami avocat m’a appelée  :

- donne-moi le numéro du conseil de l’ordre des journalistes, je veux dénoncer ce type qui ne respecte aucune règle du journalisme !

- Hélas, lui ai-je répondu, il n’existe pas d’ordre des journalistes, ni même de vague équivalent.

- Mais alors que puis-je faire contre cet individu ?

- Rien.

Je sais, on va m’accuser de tentation corporatiste, qu’importe. Nous sommes la profession la moins corporatiste que je connaisse. Il n’y a chez nous ni condition d’étude, de diplôme ou de formation, ni monopole et pas l’ombre d’un numerus clausus. Alors qu’on ne vienne pas me dire que ma profession est corporatiste. Elle souffre précisément du mal inverse : son absence d’esprit collectif est telle qu’elle risque d’en crever. Après tout, s’il ne s’agissait que de moi et de tous les autres, je dirais tant pis pour nous, mais bon sang, le métier que l’on incarne aussi égoïstement mérite quand même mieux ! Il mérite qu’on se batte pour lui conserver sa dignité et ses lettres de noblesse. On ne peut pas tout à la fois prétendre incarner une liberté démocratique fondamentale et prendre les questions d’éthique par-dessus la jambe. Je propose à mes confrères que nous méditions là-dessus. Y compris à ceux de Mediapart. Ce ne sont pas 28 personnes, mêmes courageuses et brillantes, qui sauveront le journalisme français. Réveillez-vous que diable ! La communication nous écrase par sa puissance mille fois supérieure à la nôtre, les politiques nous insultent, l’économie nous méprise et le public ne nous fait plus confiance, ça ne vous suffit pas pour admettre qu’il y a un problème ? Moi si. Je vote donc pour une déontologie contraignante et un comité de la presse qui en soit le gardien éclairé et vigilant. Que son organisation soit éminemment complexe en raison des spécificités de notre métier et de notre organisation, c’est exact, mais ce n’est pas une raison pour le rejeter, c’est simplement un motif supplémentaire de se mettre sérieusement au travail. Et vite.

07/10/2011

Bettencourt : vie privée, vie publique

Classé dans : Droits et libertés — laplumedaliocha @ 11:21

Souvenez-vous, il y a un an Mediapart et Le Point publiaient les enregistrements des discussions de Liliane Bettencourt avec ses conseils, déclenchant ce qu’on allait appeler ensuite "l’affaire Woerth-Bettencourt". La milliardaire avait alors assigné les deux organes de presse en justice pour obtenir  le retrait des documents des deux sites Internet. Sans succès. Ni le TGI, ni la Cour d’appel de Paris ne lui avaient donné raison, estimant en l’espèce que le public avait un intérêt légitime à prendre connaissance de ces informations. La Cour de cassation vient d’infirmer ce raisonnement dans plusieurs arrêts prononcés jeudi par la première chambre civile.

D’abord, elle a estimé, contrairement aux premiers juges, que les dispositions du code pénal  interdisant  les enregistrements sans le consentement des personnes concernées, au nom du droit au respect de la vie privée,  englobaient les conversations de nature professionnelle et patrimoniale. Il y a donc bien eu dans cette affaire, selon elle, violation de la vie privée.

Ce principe étant posé, il lui restait ensuite à mettre en balance le droit au respect de la vie privée et le droit de savoir du public. Il ne suffit pas en effet qu’il y ait atteinte à la vie privée pour que la diffusion de l’information soit de facto répréhensible. Car intervient alors la notion d’intérêt légitime du public à prendre connaissance d’une information. En clair, on met sur les plateaux de la balance la vie privée d’un côté et le droit de savoir de l’autre, et l’on observe lequel de ces droits pèse en l’espèce le plus lourd. Les premiers juges avaient considéré que c’était le droit de savoir. Madame Bettencourt est la principale actionnaire de l’un des premiers groupes français, donc les éléments livrés par la presse étaient d’un intérêt tel qu’ils ne pouvaient s’incliner devant la vie privée. La Cour de cassation, elle, pense le contraire :

"Attendu cependant que constitue une atteinte à l’intimité de la vie privée, que ne légitime pas l’information du public, la captation, l’enregistrement ou la transmission sans le consentement de leur auteur des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel ; d’où il suit qu’en statuant comme elle l’a fait, quand il ressort de ses propres constatations que les entretiens litigieux présentaient un tel caractère, la cour d’appel a violé les textes susvisés".

Je laisse des juristes plus savants que moi en tirer les conclusions. J’observe toutefois que la Cour de cassation semble considérer ici que l’enregistrement "sauvage" d’une conversation ne saurait en aucun cas être légitimée par un quelconque droit à l’information.  Je gage que la Cour européenne des droits de l’homme, si elle vient à être saisie de l’affaire, en fera une analyse moins radicale dès lors qu’elle est nettement plus favorable à la liberté de la presse que nos juges français.

A ce stade, il est intéressant de relever que la Cour de cassation a justement consacré son rapport annuel publié en début d’année au droit de savoir dans une société de plus en plus éprise de transparence. La question englobe des domaines bien plus vastes que la seule liberté de la presse (patient et secret médical, droit du travail, droits des consommateurs, secret des affaires etc.). Toutefois, au chapitre médiatique, la Cour explique  que face aux risque nouveaux liés à Internet, les juges doivent être particulièrement vigilants à l’égard du respect de la vie privée. Il n’est donc pas interdit de voir dans cette décision la volonté de rappeler à Internet que les lois ne s’arrêtent pas à la frontière du virtuel. Le fait que les documents soient sortis sur les sites de Mediapart et du Point (avant que ce journal ne publie une version papier des enregistrements) n’est peut-être pas sans rapport avec la rigueur de la Cour de cassation. Ajoutons que celle-ci condamne sans ambiguité les enregistrements sauvages de conversations privées dès lors qu’elle rejette la possibilité de distinguer entre contenu patrimonial ou extra-patrimonial, et n’aperçoit pas non plus de justification possible au regard du droit de savoir ce qui touche à une personne publique sur un sujet pourtant apparemment d’intérêt général. On ne saurait sur ce point lui en vouloir de froncer les sourcils sur des pratiques qui, en effet, sont plus que contestables…Il reste qu’en les désavouant, elle réduit le champ de la liberté de la presse et, par là-même, l’étendue du droit de savoir du public.

Note : La décision Le Point est ici , celle concernant Mediapart est . Quant au rapport annuel, il est consultable en PDF sur le site de la Cour. Internet est évoqué dans l’avant-propos à partir de la page 77. Le droit de savoir face à la vie privée est analysé à partir de la page 263. 

19/09/2011

Le journalisme dans l’ombre des lois anti-terroristes

Classé dans : Droits et libertés — laplumedaliocha @ 18:10

 La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a organisé les 10 et 11 septembre derniers à Bruxelles une grande manifestation intitulée « Le journalisme dans l’ombre des lois anti-terroristes ». Les débats ont mis en lumière le glissement qui s’est opéré à partir du 11 septembre 2001 vers une restriction des libertés au profit de la sécurité. Ce recul des droits de l’homme, dont la liberté d’expression, au nom de la lutte contre le terrorisme a affecté non seulement les grandes démocraties, mais a permis aux régimes autoritaires de prendre exemple sur elles pour justifier leurs propres systèmes répressifs. La FIJ a adopté, à l’issue des débats, une déclaration qui appelle tous les syndicats de journalistes dans le monde à la plus grande vigilance et invite l’ensemble des institutions de défense des droits de l’homme à peser sur les pouvoirs publics pour rétablir un juste équilibre entre protection de la sécurité des Etats et respect des droits individuels. Olivier Da Lage, journaliste à RFI et vice-président de la FIJ, nous explique les enjeux de cet affrontement aussi invisible que stratégique entre liberté et sécurité.

 Aliocha : La déclaration solennelle du 11 septembre 2011 adoptée par la FIJ dénonce la réponse « manifestement disproportionnée » des Etats à la menace terroriste, aboutissant à « un viol systématique des droits fondamentaux ». Concrètement, en quoi la liberté d’informer a-t-elle souffert des lois anti-terroristes ces dix dernières années ?

Olivier Da Lage : A la suite des attentats du 11 septembre les Etats-Unis, mais aussi l’Europe et les gouvernements des Etats membres de l’Union, ont considérablement augmenté les moyens alloués à leurs services de renseignements afin de renforcer la lutte contre le terrorisme. A l’époque, l’émotion était telle que l’opinion publique ne s’est pas révoltée contre ce qui constituait  des atteintes sévères aux libertés. Si l’objectif en soi est légitime, les moyens qui ont été utilisés sont quant à eux discutables. Non seulement le champ des libertés a été réduit au niveau législatif, mais la lutte contre le terrorisme est devenu l’alibi de bien des dérives dans l’utilisation des outils juridiques destinés à lutter contre le terrorisme.  Par exemple en France, l’affaire de l’espionnage du Monde est une illustration parfaite de ce phénomène.  Pour justifier la surveillance des journalistes, Claude Guéant  a invoqué la nécessité d’identifier une taupe au sein du ministère de la justice, et donc un problème de sécurité nationale. De la même manière en Grande-Bretagne, la police londonienne vient de revendiquer l’usage de la loi sur les secrets officiels (Official Secrets Act) pour forcer le Guardian à révéler ses sources dans l’affaire des écoutes du News of the world. Or, cette loi ne concerne en principe, comme son nom l’indique, que les questions de sécurité nationale.  On voit bien dans ces deux exemples comment une acception très large de la notion de sécurité permet de justifier les atteintes au droit d’informer, et en particulier à la protection des sources sans laquelle il n’y a pas de liberté dela presse. C’est une conséquence directe du changement qui s’est opéré en 2001.

Les démocraties sont-elles les seules dans ce cas ?

Hélas non. La plupart des pouvoirs autoritaires se sont appuyées sur le Patriot Act américain pour justifier le durcissement de leur propre législation. Des pays arabes jusqu’en Asie en passant par la Russie, tous les Etats ont considéré qu’ils avaient leurs propres terroristes à combattre et qu’ils avaient donc le droit d’adopter ou de renforcer une réglementation déjà répressive. Quand la Maison Blanche s’organise pour extraire illégalement des personnes et les enfermer à Guantanamo ou encore les envoyer en Egypte ou en Jordanie en expliquant ensuite qu’elles sont hors de leur juridiction et qu’elle n’est pas responsable du sort qu’on leur inflige, comment voulez-vous donner des leçons de démocratie au reste du monde ? Nous assistons à un véritable effondrement des digues juridiques qui maintenaient jusqu’au 11 septembre un équilibre à peu près juste entre sécurité et liberté. Le curseur s’est décalé du côté de la sécurité de manière très nette, ce qui donne lieu à des abus quotidiens partout dans le monde. C’est l’ancien ministre de la justice américain Alberto Gonzales qui résume le mieux la situation quand il dit que les Etats-Unis sont en état de guerre et que le président américain a tous les droits.

La déclaration évoque une surveillance de masse des journalistes. N’est-ce pas un peu exagéré ?

La surveillance des journalistes a toujours existé. En France, on sait bien que les services de renseignements ne se contentent pas de rédiger des revues de presse. Ils sont également présents sur le terrain et ont même pris l’habitude de se présenter notamment aux journalistes, ce qui a au moins le mérite de la transparence. Leproblème aujourd’hui c’est que cette surveillance s’affranchit des textes qui l’encadrent au nom de la lutte contre le terrorisme.  Là encore l’affaire des fadettes des journalistes du Monde est emblématique. Au moment même où l’on vient d’adopter une loi sur la protection des sources des journalistes, on s’empresse d’en violer les dispositions au nom de la sécurité publique. Rappelons que la loi du 4 janvier 2010 précise : « Il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que si un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie et si les mesures envisagées sont strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi ». Il ne semble pas que l’affaire Bettencourt entre dans le cadre de cette exception qui renvoie à des cas bien précis définis par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme.

Au-delà du renforcement de la surveillance et du risque accru de censure, la FIJ met en garde contre le danger de l’autocensure. Pourquoi ?

Dans les jours qui ont suivi les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, il était impossible pour un journaliste américain de commencer un article sans rappeler son allégeance à la patrie et l’impérieuse nécessité de traquer le terrorisme. A défaut, il courait le risque de se faire traiter de 5ème colonne d’Al-Qaida. Cela montre bien que dans une société obsédée par la sécurité, les journalistes qui posent des questions dérangent. Si l’on ajoute à cela le renforcement de la surveillance de la presse par les pouvoirs publics, on aperçoit bien le risque de l’autocensure. La tentation est forte dans ce contexte de taire certaines informations sensibles pour éviter les ennuis. Ce d’autant plus que les éditeurs de presse ne sont pas toujours prêts à se mettre en danger.  Evidemment, quand l’autocensure va trop loin, la situation explose et les médias retrouvent un fonctionnement normal. C’est ainsi que le New York Times s’est excusé d’avoir fermé les yeux sur les suites du 11 septembre par patriotisme. Nous avons connu la même chose en France après l’élection de Nicolas Sarkozy. Dans la première phase triomphante, les médias se sont autocensurés et puis, petit à petit, ils ont recouvré leur esprit critique. Encore faut-il que celui-ci puisse s’exercer librement, sinon, le retour à la normale devient de plus en plus difficile.

Au fond, la fameuse raison d’Etat a toujours existé…il arrive d’ailleurs que les journalistes, qui sont aussi des citoyens, acceptent de se taire lorsqu’ils le jugent légitime.

En effet, les journalistes ne sont pas hermétiques à la notion de raison d’Etat. En Grande-Bretagne où les relations de confiance entre la presse et les pouvoirs publics sont nettement meilleures qu’en France, il arrive que les rédacteurs en chefs reçoivent ce qu’on appelle une Notice D, pour Défense, les alertant sur une information qu’ils n’ont pas le droit de sortir. Le plus souvent ces directives sont légitimes et donc respectées. Mais on voit bien que si la sécurité prend le pas sur les libertés, il y a un risque que les demandes soient de plus en plus nombreuses et de moins en moins fondées… A ce sujet, et quoique l’on pense de Julian Assange, la question soulevée au départ par Wikileaks sur le point de savoir s’il fallait ou non révéler que l’armée américaine avait tiré sur des civils en Afghanistan, apparait parfaitement légitime.

Qu’espérez-vous concrètement en publiant cette déclaration ?

Elle a plusieurs objectifs. D’abord la Fédération internationale des journalistes est composée de syndicats professionnels. Elle représente 600 000 journalistes dans 130 pays. Il s’agit donc d’attirer l’attention de la profession sur le danger que représentent les lois anti-terroristes et surtout l’usage qui en est fait, pour la liberté dela presse. Ensuite, nous savons que la Fédération seule ne pourra pas lutter efficacement contre le mouvement qui s’opère au détriment des libertés. Il s’agit donc pour nous de mobiliser des organisations comme Amnesty International, RSF, Article 19, mais aussi des professionnels, avocats, policiers etc, pour réfléchir et travailler ensemble sur un équilibre juste entre lutte contre le terrorisme et préservation des droits et libertés.  Beaucoup de digues ont sauté partout dans le monde à la suite du 11 septembre, il est urgent de remettre en place des garde-fous.

21/04/2011

Et leurs yeux se sont fermés

Classé dans : Droits et libertés — laplumedaliocha @ 22:32

Deux photojournalistes ont été tués hier à Misrata en Libye. Chris Hondros de Getty Images et Tim Hetherington qui travaillait pour Vanity Fair. Ils étaient tous les deux des reporters chevronnés, ils avaient 41 ans, leur travail avait été primé. Tous deux se sont retrouvés sous un tir de mortier. Tim est mort sur le coup. Chris a succombé à ses blessures. L’interdiction de se rendre à Misrata venait d’être levée.

La dépêche AFP est ici. Arrêt sur images y a consacré un vite dit à 14h36. Je vous recommande également l‘article de Télérama et celui de Rue89 ainsi que le diaporama hommage de l’Express.

Tim Hetherington était célèbre pour son travail sur les soldats américains en Afghanistan, dont il avait tiré un film Restrepo. Il faut aussi regarder le portfolio de Vanity Fair. Ses portraits de soldats sont fascinants.

Quant à Chris Hondros, sa mémoire restera attachée à une photo inoubliable, celle d’une petite fille de 5 ans en larmes dont les parents irakiens viennent d’être tués. Elle est ici. The Guardian a mis en ligne une rétrospective de son travail.

Un reporter de Match était lui aussi à Misrata. Son reportage permet de comprendre la situation sur place et de mesurer le danger que ces journalistes n’hésitent pas à affronter simplement pour faire leur travail : informer.

Leur disparition porte à 4 le nombre de journalistes tués en Libye depuis le début du conflit.

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