La Plume d'Aliocha

25 août 09

C’était bien…

Classé dans : détente — laplumedaliocha @ 09:22

Ah! les retours de vacances….C’est toujours la même histoire. Il faut raconter à la machine à café ce qu’on a fait, écouter les récits des potes, se désoler ensemble que ce soit déjà fini. Tout le monde vous dira que c’était génial, même ceux qui ont eu droit à 20 jours de pluie, les déçus de la location (genre il y a bien une vue sur mer comme disait l’annonce mais en montant sur un escabeau et en regardant par la lucarne des toilettes), les victimes d’hôteliers malhonnêtes (2 minutes à pied de la plage, qu’ils disaient, oui, mais en traversant la route nationale au pied de l’hôtel). Et tout ça, sans compter les soirées entre amis de la rentrée. Ah que c’est dangereux ça ! On risque à tout instant le fatidique “tiens, on va vous montrer nos photos de vacances, on en a fait 200″ (pitié, pas ça) ou pire, le film, avec les enfants qui jouent dans la piscine, “il dure deux petites heures, ensuite on dîne, vous allez voir, c’était fantastique” (l’horreur).

Du coup, j’ai décidé de vous infliger les miennes de photos, comme ça, juste pour voir comment ça fait d’ennuyer le monde.

Voilà l’hôtel. Bon d’accord, il était un peu vétuste, mais c’était un bâtiment historique, fallait pas s’attendre non plus au confort du Hilton….

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De toutes façons,  avec les copines, on passait notre temps dehors (c’est moi au milieu),

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L’ennui, c’est que les gosses grimpaient partout et qu’ensuite ils étaient incapables de redescendre, il fallait organiser des opérations de sauvetage…

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Heureusement, de temps en temps on les confiait aux garçons et on filait à la mer (vous voyez le petit sillage blanc à gauche de l’île ? C’est mon bateau) Eh oui, la séance photo a aussi pour but de rendre les copains jaloux…que c’est mesquin. (Bon, faites pas cette tête, je n’ai pas de bateau, c’était une blague).

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Bref, c’était le farniente ! (celle-là, je l’ai prise juste pour vous prouver que j’avais bien les doigts de pieds en éventail)

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Seulement voilà, c’est fini, alors, il faut passer à autre chose. Surtout que la rentrée est drôlement réjouissante, entre la crise et le H1N1, avouez qu’on ne risque pas de s’ennuyer.

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17 juin 09

A propos de l’homme et des éléphants

Classé dans : détente — laplumedaliocha @ 17:32

J’ai deux ou trois billets un peu compliqués en préparation, d’où mon silence. En attendant, j’avais envie de partager avec vous ce joli texte de Gary extrait de “L’affaire homme” que m’a  recommandé gwynplaine sous un billet précédent. De quoi peut-être prolonger notre discussion sur l’écologie, au simplement rêver un peu à un monde meilleur, ça ne fait jamais de mal !

La première version de ce texte a été publiée dans Life le 22 décembre 1967, puis elle a été reprise par Le Figaro Littéraire le 4 mars 1968.

Lettre à l’éléphant (extrait)

“Il y a des gens qui, bien sûr, affirment que vous ne servez à rien, que vous ruinez les récoltes dans un pays où sévit la famine, que l’humanité a déjà assez de problèmes de survie dont elle doit s’occuper sans aller encore se charger de celui des éléphants. En fait, ils soutiennent que vous êtes un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.

C’est exactement le genre d’ arguments qu’utilisent les régimes totalitaires, de Staline à Mao, en passant par Hitler, pour démontrer qu’une société vraiment rationnelle ne peut se permettre le luxe de la liberté individuelle. Les droits de l’homme sont, eux aussi, des espèces d’éléphants. Le droit d’être d’un avis contraire, de penser librement, le droit de résister au pouvoir et de le contester, ce sont là des valeurs qu’on peut très facilement juguler et réprimer au nom du rendement, de l’efficacité, des « intérêts supérieurs » et du rationalisme intégral.

Dans un camp de concentration en Allemagne, au cours de la dernière guerre mondiale, vous avez joué, monsieur et cher éléphant, un rôle de sauveteur. Bouclés derrière les barbelés, mes amis pensaient aux troupeaux d’éléphants qui parcouraient avec un bruit de tonnerre les plaines sans fin de l’Afrique et l’image de cette liberté vivante et irrésistible aida ces concentrationnaires à survivre. Si le monde ne peut plus s’offrir le luxe de cette beauté naturelle, c’est qu’il ne tardera pas à succomber à sa propre laideur et qu’elle le détruira… Pour moi, je sens profondément que le sort de l’homme, et sa dignité, sont en jeu chaque fois que nos splendeurs naturelles, océans, forêts ou éléphants, sont menacées de destruction.

Demeurer humain semble parfois une tache presque accablante ; et pourtant, il nous faut prendre sur nos épaules an cours de notre marche éreintante vers l’inconnu un poids supplémentaire : celui des éléphants. Il n’est pas douteux qu’au nom d’un rationalisme absolu il faudrait vous détruire, afin de nous permettre d’occuper toute la place sur cette planète surpeuplée. Il n’est pas douteux non plus que votre disparition signifiera le commencement d’un monde entièrement fait pour l’homme. Mais laissez-moi vous dire ceci, mon vieil ami : dans un monde entièrement fait pour l’homme, il se pourrait bien qu’il n’y eût pas non plus place pour l’homme. Tout ce qui restera de nous, ce seront des robots. Nous ne réussirons jamais à faire de nous entièrement notre propre oeuvre. Nous sommes condamnés pour toujours à dépendre d’un mystère que ni la logique ni l’imagination ne peuvent pénétrer et votre présence parmi nous évoque une puissance créatrice dont on ne peut rendre compte en des termes scientifiques ou rationnels, mais seulement en termes où entrent terreur, espoir et nostalgie. Vous êtes notre dernière innocence.

Je ne sais que trop bien qu’en prenant votre parti – mais n’est-ce pas tout simplement le mien ? – je serai immanquablement qualifié de conservateur, voire de réactionnaire, « monstre » appartenant à une autre évoque préhistorique : celle du libéralisme. J’accepte volontiers cette étiquette en un temps où le nouveau maître à penser de la jeunesse française, le philosophe Michel Foucault, annonce que ce n’est pas seulement Dieu qui est mort disparu à jamais, mais l’Homme lui-même, l’Homme et l’Humanisme”.

12 mai 09

De bien querelleuses ministres !

Classé dans : détente — laplumedaliocha @ 20:47

Et moi qui avais décidé de prendre mes distances avec Internet aujourd’hui, estimant que le monde réel était finalement bien plus intéressant et surtout plus tranquille. Voici que les ridicules querelles qui me lassent sur le web s’invitent dans le champ politique. Mais où faut-il donc se réfugier grands dieux pour échapper à toute cette agressivité verbale ?

Bref, à 17h49  je reçois un message de la Chancellerie ainsi libellé :

“L’arrogance d’Elisabeth Guigou est révélatrice de l’attitude hautaine de certains socialistes vis-à-vis des souffrances de nos concitoyens dans leur vie quotidienne.

 Je renvoie les Français au bilan d’Elisabeth Guigou en tant que Garde des Sceaux : un taux record de délinquance +17%; des taux records de suicide en détention (125 suicides en 1999), et de mineurs incarcérés (975 en juillet 1999 contre 698 en avril 2009), un taux inacceptable de détention provisoire (40% des personnes en prison en 1998 contre 26% aujourd’hui), le taux record de fermetures de places de prison sans nouvelles ouvertures (497 places fermées contre près de 9 000 places créées entre mai 2007 et 2009).

 Je laisse le soin aux Français de juger de la grandeur d’Elisabeth Guigou en tant que ministre de la justice”.

Il faut vous dire, pour que vous mesuriez bien l’intérêt de la chose, que c’est la première fois que je reçois de la Chancellerie ou d’un autre ministère, pareil communiqué. La première fois en 13 ans. J’ai vu beaucoup de choses dans ce métier, mais ça, c’est franchement neuf. Et pour cause. Habituellement, les communiqués de presse sont rédigés dans une langue de bois à périr d’ennui. Je soupire, ferme ce document certes amusant, mais sans intérêt, et me replonge dans mes chers marchés financiers (mode ironique). Et puis tombe un deuxième communiqué à 19h11 intitulé : “suite”. Il contient simplement cette phrase, signée de la ministre :

“Compte tenu de l’intelligence de Mme Guigou, celle-ci devrait déroger au principe archaïque selon lequel tout prédécesseur mésestime ses successeurs”. 

Là, je me dis qu’il est temps d’aller rendre visite à mes confrères pour comprendre ce qui a déclenché pareille ire à rebondissements, tout en me félicitant au passage que nous ayons échappé à “successerisse” et “prédécesserisse”. Qui sait ce que Ségolène…oui, enfin passons.

Et je trouve ceci, rapporté par l’AFP :

“L’ancienne Garde des sceaux socialiste Elisabeth Guigou a estimé mardi Rachida Dati avait “gâché toutes ses chances” au ministère de la Justice, par “désinvolture”, “autoritarisme” et “incompétence”.

“J’avais beaucoup de sympathie et d’estime pour elle, c’est fini”, a déclaré Mme Guigou, interrogée par Europe 1 sur le bilan de la ministre de la justice, numéro deux de la liste UMP en Ile-de-France aux européennes.

“C’est quelqu’un qui, malheureusement, a gâché toutes ses chances, qui étaient grandes au départ. Par désinvolture, par autoritarisme mal placé, par incompétence aussi”, a ajouté Mme Guigou. “Elle n’a pas assez travaillé. Elle n’est plus à son ministère, ou quasiment plus”.”

Tout s’explique…

 

Mise à jour du 13 mai à 9h08 : en réalité, le conflit est plus large et plus profond que cette petite passe d’armes. Voir sur Rue89 un article de Marylise Lebranchu qui a succédé à Guigou à la Chancellerie et le communiqué de Rachida Dati qui a suscité la colère.

Mise à jour 17h13 : Je viens de lire sur le site du Post (que je remercie au passage d’avoir cité ce blog parmi ses sources) que la ministre aurait “arrosé” les boites mail des journalistes avec ces deux communiqués, ce qui est présenté comme une circonstance aggravante. Rendons-lui justice sur ce point (c’est le cas de le dire), les communiqués de presse sont envoyés automatiquement aux journalistes inscrits sur la liste de diffusion. Ces deux communiqués ont suivi un trajet parfaitement classique et n’ont pas fait l’objet d’un traitement particulier. C’est leur contenu qui est inédit, rien de plus.

20 avril 09

Militons contre les capuches

Classé dans : détente — laplumedaliocha @ 15:44

Il parait que le gouvernement nous prépare un décret anti-cagoule et que le Parlement va y aller aussi de sa loi. Allez donc lire l’excellent billet d’Authueil sur ce sujet.

Et pourquoi pas imposer les mini-jupes plutôt ?

C’est amusant. Il me semblait que les parlementaires avaient autre chose à faire en ce moment que de nous expliquer comment nous habiller, mais pourquoi pas après tout. Je suis sûre qu’on pourrait trouver des tas d’idées de lois utiles sur ce sujet, si on y réfléchissait. Pourquoi ne pas faire une loi par exemple pour obliger les jolies filles à porter des mini-jupes. Hein ça serait sympa Messieurs, surtout avec l’été qui approche ?

Evidemment, je vous laisse imaginer le bins sur la définition de la jolie fille, la fixation d’un age limite, la longueur de la jupe, le détail de l’obligation (port obligatoire, facultatif, exemptions diverses et variées, etc.) sans compter les sanctions pénales sans lesquelles il n’existe pas de loi digne de ce nom. Et hop, confiscation de la jupe trop longue ou de l’infame pantalon en cas d’infraction et débrouille toi ma belle pour rentrer chez toi. Mais me direz-vous, nous n’en sommes pas là, il s’agit pour l’instant de la cagoule. En effet. Et je trouve que c’est une super idée, je vous explique pourquoi.

Angoisse vestimentaire

Il y a une semaine, je fêtais joyeusement Pâques en famille dans un trou paumé de la région Centre.  Inutile que je nomme le patelin, vous ne connaissez pas. Même ceux qui habitent la région ne sont pas fichus de vous expliquer comment on s’y rend. Et voilà que le dimanche matin, je pars toute guillerette acheter deux ou trois babioles pour le repas à la petite grande surface locale  (30 places de parking, ça vous donne une idée de la taille de la chose). La campagne est ensoleillée, les oiseaux chantent, une poignée de clients met juste ce qu’il faut d’animation, tout le monde à l’air joyeux de préparer son déjeûner de Pâques. A côté de la folie parisienne, c’est le paradis.

Seulement voilà, près de la porte du magasin, j’avise un étrange individu. Un homme pour ce que j’en devine, habillé entièrement en chasseur avec une cagoule sur la tête, des lunettes noires et une écharpe enroulée sur le bas du visage. Il a franchement l’air d’un casseur, sauf qu’à la télévision, ils se déplacent en bande, lui, il se résume à une bande de un, c’est pas beaucoup. A moins qu’il n’ait décidé simplement de braquer la caisse, du coup, ça expliquerait qu’il soit tout seul. Enfer, me voici plongée dans l’angoisse de la métropole que je croyais avoir laissée à 200 kilomètres de là. Méfiante, j’observe l’individu. Il entre devant moi, se dirige vers un petit groupe de jeunes et hop, se déshabille le visage et se met à bavarder. Soulagement.

Interdire les cagoules oui, mais surtout en région Centre

C’était quoi, un provocateur ? Un rigolo ? Un allergique au pollen, allez savoir. Toujours est-il que, depuis, je suis résolument favorable à l’interdiction des cagoules, en particulier dans les petites grandes surfaces de la région Centre le dimanche matin. Je vais faire voter un amendement à ce sujet. Faudrait surtout pas qu’un texte aussi important soit limité aux grandes métropoles qui semblent l’avoir inspiré. A bas la cagoule, à Paris comme en rase campagne !

N’oublions surtout pas les capuches

Mais j’ai une autre idée d’amendement, encore plus indispensable. Parce que voyez-vous, si je viens seulement d’être confrontée à l’expérience traumatisante de la cagoule, ça fait un bout de temps en revanche que j’ai mon opinion sur la capuche. J’ai horreur des capuches. Mais vraiment, c’est un genre de névrose chez moi. Dans la rue par exemple, avez-vous observé à quel point il est difficile de savoir qui marche devant soi, lorsque “qui” porte une capuche ; ça ne vous inquiète pas vous ? Moi si. J’aime bien savoir qui je cotoie sur un trottoir, or les gens à capuches n’ont ni nuque, ni cheveux, ni crâne, ils n’ont pas d’âge, pas de sexe, pas de personnalité, juste une capuche et l’air d’avoir quelque chose à cacher dans la capuche, sinon, pourquoi la porterait-il, surtout quand il ne pleut pas ? Et dans le métro, c’est pire encore, dites-moi donc à quoi peut bien servir une capuche dans le métro, franchement ? Surtout qu’il y en a qui ajoutent des lunettes noires, si, si, je vous assure. Or, il ne pleut pas dans le métro, il ne fait pas froid non plus, quant à la lumière, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas aveuglante. Ils ne doivent rien voir du tout avec leurs lunettes noires….

En plus c’est handicapant une capuche. Vous avez déjà essayé de regarder sur le côté ou mieux derrière vous avec une capuche ? Impossible, car votre tête tourne mais pas votre capuche, ou alors c’est que j’ai pas compris le truc, l’habile mouvement de nuque qui permet de tourner en même temps la tête ET la capuche. En tout cas moi au ski, seul endroit où je porte une capuche,  quand je tourne la tête, je ne vois rien d’autre que la bordure de fourrure synthétique de ma capuche. Au point que je me demande si je ne vais pas passer au bonnet à pompon et tant pis si j’ai l’ai cruche. Enfin, tout ça pour vous pouver l’impérieuse nécessité d’un amendement visant à interdire le port de la capuche excepté aux sports d’hiver et en cas de conditions climatiques extrêmes. Voyez au passage comme je ferais un législateur subtile et méticuleux.

Une loi pour l’hiver

Bref,  je prie instamment les parlementaires de se pencher sur la question cruciale de la capuche et tiens mon projet d’amendement à leur disposition. La seule chose qui m’ennuie, c’est que ce ne sera pas une loi de saison. Imaginez qu’elle sorte en juillet. “Le parlement adopte la loi anti-cagoules-et-capuches !” annoncera triomphalement le service presse du gouvernement. Sûre que ça n’intéressera pas les médias. Non franchement, compte-tenu de l’été qui approche, la bonne loi médiatique à adopter, c’est celle sur les mini-jupes. En plus, il parait que la longueur des jupes est étroitement corrélée au moral d’une époque, je ne sais plus dans quel sens exactement mais c’est pas grave. Un raccourcissement des jupes s’insérerait fort bien dans le plan de relance de l’économie. C’est le moment ou jamais de faire “bander la France” comme dirait Michel Sardou. Pour les cagoules, on peut attendre cet automne, non ? Moi je suis pour les lois de saison.

14 novembre 08

Respectons les jolis mots

Classé dans : détente — laplumedaliocha @ 12:32

Allons, le week-end approche, je vous ai infligé toute la semaine des billets trop longs et remplis de vrais coups de gueule à l’intérieur, tout ceci est fatiguant et, qui sait, peut-être un peu vain. Passons aux choses sérieuses.

On reproche souvent aux journalistes de faire un mauvais usage des mots. Nous ne sommes pas les seuls. Tenez par exemple le mot “pardon” vous ne trouvez pas qu’il est galvaudé ? Moi si. J’étais ce matin comme tous les jours dans le métro et je l’ai entendu au moins 3 fois en quelques minutes, ce mot “pardon”. Etrangement, il semblait signifier à chaque fois bien autre chose que pardon. Mais avant tout, puisqu’on ne se connait pas, voici quelques éléments de contexte. Je suis d’un petit gabarit assez peu encombrant. Presque une femme de poche, quoique, en prenant de l’âge je m’étoffe, mais raisonnablement. Par ailleurs, mon esprit est toujours en état de vigilance dans le métro. D’abord parce qu’il y a plein de choses passionnantes à observer, ensuite parce que ce mode de transport soulève souvent des difficultés de circulation et de rangement des passagers, enfin parce qu’il arrive qu’il faille se garder des pickpockets ou de quelque clochard le litron à la main qui pourrait, sous l’effet du mouvement un peu brusque de la machine, vous arroser de son précieux breuvage. Bref, je suis alerte. Il n’empêche, j’ai eu droit à mon premier pardon dès l’entrée dans la machine, de la part d’une jeune homme encombré d’un gros sac et qui voulait que je me pousse pour qu’il soit à l’aise. L’affreux. Personne ne lui a dit que dans le métro on retire son sac à dos pour des questions de rationnalisation de l’espace de rangement ? Bref, deuxième station, voici que les portes s’ouvrent et que deux femmes venant en sens contraire tentent de sortir. “Pardon !” claironne l’une à mon oreille droite, “pardon !” lance en écho la deuxième à mon oreille gauche. L’effet stéréo était impressionnant. Et la situation délicate quand on sait qu’on a que quelques secondes pour sortir et que j’étais sensible à leur inquiétude de timing. Bref, me voici le nez collé à la barre et le corps rétréci façon sardine vue de profil, essayant, merci le yoga, de réduire mon anatomie à l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette.  Croyez-vous que j’eus droit à un sourire pour prix de mes vaillants et dévoués efforts ? Du tout, elles trainaient sur leurs pas toutes les deux un sillage de fureur épais comme une fumée d’usine. Leur “pardon” agressif” a résonné longtemps dans mes oreilles…

Quelle étrange habitude avons-nous en France de dire “pardon” à tout bout de champ. Allons mes amis, nous savons tous que ce “pardon” lancé sur un mode pressé et un tantinet agressif ne signifie en rien “je vous demande pardon de vous déranger, mais j’aimerais que vous vous décaliez légèrement afin de me permettre de passer”. Du tout. Ce pardon signifie en réalité à peu près ceci : “dégage triple imbécile, tu ne vois pas que tu me bouches le passage de ta présence superfétatoire, que tu nuis à ma liberté d’aller et venir ? Que tu es l’Autre sartrien, mon enfer fugace, ma plaie du moment !”. Hein, c’est plus çà ? Du coup,  je me suis dit qu’il était peut-être temps d’arrêter d’utiliser un si beau mot pour exprimer de si vilains sentiments. Vous n’êtes pas d’accord ?

Evidemment, ceci pose ensuite la question de son remplacement. On pourrait opter pour le légendaire “casse toi pauv’con” de notre président qui a le mérite de l’efficacité et de la franchise, mais j’ai peur que l’ambiance dans les lieux de foule ne tourne vite au pugilat. Ou bien s’obliger à accompagner ce “pardon” d’un sourire, ce qui lui rendrait tout son sens. Le débat est ouvert, j’attends vos propositions !

4 novembre 08

Noli me tangere

Classé dans : détente — laplumedaliocha @ 13:13

C’est amusant le web. Lorsque je regarde mon tableau de bord, celui-ci m’informe que mon blog arrive dans les 4 premiers blogs wordpress. J’ignore l’étendue du panel, si ça se trouve nous ne sommes même pas dix, donc ne tirons pas de conclusion hâtive de ce classement. Ce qui est drôle, c’est que “La plume d’Aliocha” est coincée entre le blog sexy d’Aby et un étrange blog sur la nostalgie de la fessée.  N’imaginez pas que je vais vous donner leur adresse,  leurs arguments concurrentiels sont suffisamment déloyaux comme ça. Heureusement, un autre blog consacré à l’immobilier me rassure sur le choix de mon prestataire. Je ne me suis pas égarée en des lieux dédiés aux jeux interdits. Il n’empêche. Tout ceci pourrait être la source d’un regrettable malentendu dont je viens tout juste de prendre conscience.

Vendredi soir je dînais avec un ami très sérieux. Songez donc, un commissaire aux comptes ! Eh oui, ils sont déjà naturellement respectables ces professionnels-là, mais en pleine crise financière on ne peut s’empêcher de les regarder avec une admiration mêlée de compassion.  Passer ses journées à tenter d’évaluer, à l’aide de modèles mathématiques et sous la pression de clients névrosés par leur cours de bourse, des instruments financiers qui n’ont plus aucune valeur et sont classés dans la catégorie “pourrie”, c’est une épreuve si pénible que pour rien au monde on ne voudrait être à leur place. Bref mon ami, à qui je venais d’annoncer que je tenais un blog, me demande tout naturellement son adresse. Ce à quoi la journaliste naïve que je suis répond sans inquiétude aucune “la plume d’aliocha”. Je vois alors un éclair d’incompréhension un peu gênée traverser son regard. Quand j’ai saisi le désopilant malentendu, j’ai éclaté de rire !  Pour moi une plume ça n’est jamais qu’un instrument d’écriture élégant et suranné, un symbole de tous ceux qui font profession d’écrire. Et Aliocha vous le savez, c’est un héros de Dostoïveski, qui plus est, un séminariste. Rien que du sérieux, de “l’au-dessus de tout soupçon”, du “qui frise l’ennuyeux”.  Mais pour lui, dans l’ambiance détendue d’un dîner avec de bons camarades à l’issue d’une semaine éprouvante, la plume devenait symbole de féminité dénudée et Aliocha résonnait comme un joli petit nom de scène. C’est alors que j’ai songé, prise d’un soudain vertige : “dieux du ciel, combien d’internautes ont dû être déçus en passant du blog sexy d’Aby au mien avec l’espoir d’y trouver les mêmes informations”. Avouez que chercher de la distraction en ces temps troublés sur le web et tomber sur des commentaires de l’actualité, ça frise la malédiction !  Je profite de ce billet pour leur présenter mes plus plates excuses. Mon intention n’était nullement de les tromper. Lorsque j’imagine leur déception, le sol se dérobe sous mes pieds. Mea culpa.

Toujours est-il que j’ai pensé utile de partager cette petite anecdote avec vous. Elle montre toute la difficulté d’écrire et le décalage qui, immanquablement, se crée entre ce que l’on souhaite ou croit exprimer et la manière dont le message est reçu.  C’est l’une des grandes difficultés auxquelles sont confrontés les journalistes. Comme je suis facétieuse, je vais achever de distinguer mes sévères écrits des distractions légères de mes camarades blogueurs en vous offrant ces quelques lignes d’un grand peintre, découvertes récemment, et qui m’ont profondément émue. 

La pinacothèque de Paris organise en ce moment une exposition sur Georges Rouault. Nous en avons déjà parlé. Le peintre admirait Cézanne et avait entendu dire que celui-ci ne supportait pas qu’on le touche. Dans un texte splendide, Rouault, qui n’a jamais rencontré Cézanne, lui rend hommage en proposant une explication à cette étrange aversion. En voici quelques extaits :

“Ne m’approche pas, ne me touche pas, je porte en moi toute la beauté que le monde ignore ou qu’il méconnaît.  (…)

Ne m’approche pas : je ne puis rien t’apprendre ; ma vie fut cachée, mais lumineuse et pure, modeste et grave et recueillie ; mon art en a été l’expression la plus absolue, la plus discrète. Cherche dans mon oeuvre imparfaite, ce que tu demandes inutilement à l’homme vieux, infirme et souffrant.

 Ne m’approche pas : si tu le veux, si tu le peux, fais bien ta besogne à ton tour, loin des hommes ou au milieu d’eux, mais sans trop croire à leurs enseignements, à leurs consécrations, car, si tu vivais deux ou trois existences consécutives, tu les verrais inlassablement occupés à brûler ce qu’ils ont adoré et à adorer ce qu’ils brûlèrent. Cependant sois plein de miséricorde envers eux, car tu es faible aussi, et peut-être après m’avoir admiré sincèrement, me renieras-tu demain ! Qui peut sans orgueil répondre absolument et pour toujours de lui-même. (..)

 Ne m’approche pas, ne me touche pas ; je veux mourir en paix loin du bruit, et du mensonge de la vie. Mon art, si modeste et si humble soit-il, ne m’a pas déçu dans le fond de mon effort ; j’ai pu loin des théories décevantes, retrouver à certaines heures un coin de paradis perdu. Noli me tangere…” (Extrait de “Sur l’Art et sur la vie” par Georges Rouault, Gallimard, collection Folio Essais).

L’exposition Roualt dure jusqu’au 18 janvier. La pinacothèque de Paris présente également une exposition sur Jackson Pollock et le chamanisme.

 

(Message personnel : Mon ami si tu me lis, je te remercie. En digne auditeur, rompu à l’analyse de risques, tu as immédiatement aperçu la source possible d’un malentendu. Et tu m’as fait rire, ce qui est la chose la plus précieuse à mes yeux. Sois assuré de mon affection et de mon estime).

24 septembre 08

Ceci n’est pas une plume…

Classé dans : détente — laplumedaliocha @ 15:56

Vous êtes quelques-uns à me titiller sur le fait que le titre de ce blog évoque une plume tandis que l’outil d’écriture qui l’illustre en haut à droite n’est qu’un modeste crayon à bille. Sourcilleux lecteurs, vous avez raison : il ne faut pas tolérer de la part des journalistes qu’ils vous aguichent avec un titre séduisant pour vous décevoir ensuite en vous racontant autre chose. Il ne faut pas admettre non plus les erreurs, approximations et inexactitudes dont on dit les journalistes coutumiers. L’heure fatidique des explications est arrivée, je m’y plie volontiers. Pour tout vous dire, j’ai choisi cette “apparence” de blog parmi de nombreuses autres parce que je la trouvais claire et confortable dans sa simplicité. Le crayon à bille était livré dans le package, par défaut. J’ai hésité à le garder ce pauvre crayon, la contradition avec le titre du blog m’a bien sûr sautée aux yeux. Et puis j’ai décidé de le laisser. Paresse ? non. Faiblesse technologique ? Un peu mais je fais des efforts car je trouve cet univers passionnant. En fait, les vraies raisons sont ailleurs. D’abord, j’ai pensé que changer ce crayon pour une vraie plume aurait eu un petit côté suranné décidément trop éloigné de la réalité de mon métier.  Ensuite et surtout, raconter la presse, c’est s’exposer à parler régulièrement des difficultés économiques qu’elle traverse. En ce sens, le crayon m’a semblé illustrer parfaitement la différence entre le pouvoir que l’on nous prête et les difficultés qui menacent notre survie même, entre un passé qui nous apparaît aujourd’hui radieux et le sombre présent, entre l’époque bénie où les rédactions dépensaient sans compter et l’ombre sinistre des plans sociaux qui plane désormais sur nos têtes. Je vous accorde que cela nécessitait une explication ! Voilà qui est fait. Le mystère du crayon enfin éclairci, je vous promets de vous raconter des choses plus intéressantes dans les prochains billets….

23 septembre 08

Rouault l’incandescent

Classé dans : détente — laplumedaliocha @ 10:34

Que mes lecteurs de province me pardonnent, je vais céder au parisianisme. Histoire de prendre un peu l’air et d’oublier les turbulences de la finance mondiale. La pinacothèque de Paris organise une exposition sur Georges Rouault jusqu’au 18 janvier prochain à l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition du peintre. Il s’agit de la collection japonaise Idemsitsu qui rassemble pas moins de 400 oeuvres. 

Artiste inclassable, Georges Rouault n’attire pas les foules. Trop violent sans doute, ou peut-être trop chrétien. La pinacothèque avait choisi de présenter Soutine l’an dernier, encore un artiste majeur du 20ème siècle trop méconnu. L’engouement du public pour certains peintres, l’indifférence qu’il voue à d’autres,  alors même que ces grands oubliés sont de qualité et d’importance au moins égale à ceux qu’on encense,  m’a toujours surprise. Pourquoi faut-il attendre des heures dans le froid pour voir Rothko et pourquoi d’autres artistes, même bien cotés, même classés parmi les plus grands, continuent-ils longtemps après leur disparition de n’attirer qu’une poignée d’initiés ? Et pourtant. Quelle puissance d’évocation ! J’aime cette lucidité brûlante avec laquelle Rouault regarde les hommes, cette étincelle de spiritualité qui illumine chaque toile et surtout cette obsession d’arracher les masques pour mettre les âmes à nu. Mais il est vrai que lorsqu’on écrit ce qui suit, on peut faire peur. Georges Rouault confie dans une lettre adressée à Edouard Schuré (critique et historien français) les réflexions que lui inspirent une caravane de cirque arrêtée au bord d’une route…et résume en quelques lignes l’idée-force de son oeuvre : 

“Cette voiture de nomades, arrêtée sur la route, le vieux cheval étique qui paît l’herbe maigre, le vieux pitre assis au coin de sa roulotte en train de respirer son habit brillant et bariolé, ce contraste de choses brillantes, scintillantes, faites pour amuser et cette vie d’une tristesse infinie si on la voit d’un peu haut (…) J’ai vu clairement que le pitre c’était moi, c’était nous…presque nous tous…Cet habit riche et pailleté c’est la vie qui nous le donne, nous sommes tous des pitres plus ou moins, nous portons tous un habit pailleté,  mais si l’on nous surprend comme j’ai surpris le vieux pitre, oh ! alors, qui osera dire qu’il n’est pas pris jusqu’au fond des entrailles par une incommensurable pitié ? J’ai le défaut (…) de ne jamais laisser à personne son habit pailleté fut-il roi ou empereur. L’homme que j’ai devant moi, c’est son âme que je veux voir…et plus il est grand et plus on le glorifie humainement et plus je crains pour son âme”. 

Le site de la pinacothèque de Paris : http://www.pinacotheque.com/index.php?id=5

En regardant hier sur France 3 l’excellent documentaire sur les Assises recommandé à juste titre par Eolas, (qui organise un débat à la suite de l’émission, ma fonction lien ne marche pas mais vous connaissez tous l’adresse !) je songeais que les juges et les journalistes partageaient sans doute l’obsession de Rouault, qu’ils rêvaient eux aussi d’arracher le masque de l’accusé. Juste pour comprendre, pour saisir, ne fut-ce qu’un bref instant, une étincelle de vérité sur l’homme dans le box et peut-être aussi sur nous.

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