La Plume d'Aliocha

22 juin 09

Lettre à Vendredi

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:23

L’Hebdomadaire Vendredi, fondé notamment par Jacques Rosselin qui en est le directeur de la rédaction, vient de sortir un numéro spécial d’été de 92 pages proposant un guide des meilleures sources du web, ainsi qu’un tour de la nouvelle info en 80 billets. Tout cela serait fort intéressant si, à nouveau, on ne venait opposer artificiellement blogging et journalisme, en créant au passage une confusion regrettable entre information et opinion ainsi qu’entre production de l’information et diffusion.

Monsieur le Directeur de la rédaction,

Lorsque Vendredi est sorti, j’étais pleine d’espoir. Songez donc, la création d’un titre papier à l’heure actuelle, ça n’est pas rien. C’est un pari contre la morosité ambiante et contre tous les déclinologues qui nous annoncent la mort de la presse, en particulier de la presse papier. Le plus intéressant dans votre pari, c’est que vous aviez choisi une voie inédite : publier le grand concurrent, j’ai nommé le web. Celui-là même qui, dit-on, nous tue. C’est donc, me disais-je alors,  que le bon vieux papier conserve ses lettres de noblesse, que bon an mal an, la technologie n’a pas effacé le prestige de l’imprimé.

Mais au bout de quelques numéros, j’ai observé que pour séduire ces blogueurs qui vous fournissent  un contenu à peu de frais – les droits d’auteur coûtent moins cher que des journalistes salariés, n’est-ce pas ?-, qui constituent aussi votre coeur de lectorat – “allons bon, j’y suis ou pas dans Vendredi cette semaine ?” – et représentent une multitude d’agents promotionnels gratuits – “hé le copains, Vendredi a reproduit un de mes billets, achetez-le, ce journal est super !”- pour les séduire donc, vous avez attisé la méchante petite rivalité entre journalistes et blogueurs. Alors, j’ai cessé de lire Vendredi et  j’ai décliné votre proposition de contrat de collaboration, faute d’adhérer à la ligne éditoriale.

J’aurais également tu l’agacement que vous suscitiez chez moi, si je n’avais eu la faiblesse d’acheter votre numéro spécial en me disant, “allons bon, ce n’est pas très grave, voyons donc ce numéro de l’été, il est sûrement intéressant” (toujours aussi doué Rampazzo, n’est-ce pas ?). Et puis vous parliez en Une de la “Nouvelle info” alors forcément, en tant que journaliste,  l’info ça m’intéresse, toute l’info, d’où qu’elle vienne et surtout si elle est nouvelle !

Las ! Dès que je me suis plongée dans votre éditorial, j’ai constaté avec regret que vous n’aviez pas renoncé à opposer “médias traditionnels”, je préfère dire “professionnels”, et blogs. Vous voici lançant à vos lecteurs qu’ils peuvent bien s’obstiner à retourner vers les “excellents sites” de leurs médias habituels, Le Monde, Le Figaro, Libération, mais qu’ils seront sans doute plus séduits par les nouvelles sources car, soulignez-vous, la défiance vis-à-vis des médias va croissant “tous les sondages le confirment”. Puis vous enfoncez le clou “Et avec un pouvoir qui revendique sans complexe sa proximité avec les patrons des grands médias, cela ne devrait pas s’arranger. Une seule solution donc, se jeter avec des râles de soulagement sur ces blogs et ces sites d’info, nouveau lieu de la liberté de ton et de l’information libérée des connivences et des pressions économiques”. Mazette ! Avez-vous songé un instant que c’était de vous, vous le fondateur de Vendredi mais aussi de Courrier International, que vous parliez de façon si critique ? Il y a un paradoxe vous ne trouvez pas à lancer un journal papier tout en dénigrant avec autant de force  la presse et le journalisme ?

Surtout que vous insistez en répondant par anticipation aux réserves traditionnelles émises par ceux qui ne sont pas (encore) totalement addicts au web. L’info sur le web ne serait pas fiable, bah ! celle du Journal de 20h ou de votre grand quotidien non plus, expliquez-vous. Et puis vous ajoutez “sur le Net une info bidonnée est rapidement montrée du doigt et a beaucoup moins de chance de survie qu’une fausse interview de Fidel Castro”. Dieu quel coup bas ! Voulez-vous vraiment que l’on compare les bidonnages du web et ceux de la presse ? Puis vous ajoutez que certains blogueurs spécialisés en économie sont bien plus calés que Jean-Marc Sylvestre.  Au royaume des aveugles en effet…

On dit qu’il y a beaucoup de bêtises sur le web. Il y en a aussi beaucoup dans la presse, rétorquez-vous. Et voilà le fameux argument du nivellement par le bas. Quelle ambition ! Au passage, si la presse comme vous dites, ne se critiquait pas elle-même, ce qui est évidemment faux,  que faites-vous d’autre dans cette édito que de critiquer la presse et qui êtes-vous si ce n’est un homme de presse, justement ? C’est facile n’est-ce pas de taper sur les journalistes ? Ils ont bon dos, comme les politiques “tous pourris”, les fonctionnaires, “ces fainéants”, ou les flics ” tous des fachos”. Facile et ô combien vendeur !

Mais venons-en à la suite de votre argumentation. Je vous cite : “D’autres grincheux vous expliqueront que, sur Internet, “on ne trouve que du commentaire” ou de la resucée d’informations déjà publiées. Faites un jour l’exercice de consommer vos infos du matin sur le Net, puis lisez les journaux ou écoutez la radio. Les rédactions de journaux télé ou papier, de plus en plus maigres, n’ont plus les moyens de produire l’info et s’abreuvent aux fils d’agences, reprennent la presse étrangère et commentent. Tout comme les blogueurs auxquels ils finissent par ressembler étrangement”. C’est pourquoi, je suppose, vous avez joyeusement sauté une étape et décidé de publier les blogueurs. Vous avez raison, vous voici de plain-pied dans un futur improbable.  Allons donc, votre test, j’y procède tous les matins pendant une heure. Et je n’aboutis absolument pas à la même conclusion que vous. La plupart du temps, mes blogueurs favoris ne sont pas encore levés, et n’ont pas commenté l’actualité, tandis que mon journal est déjà depuis l’aube en kiosque, et que la radio et la télévision m’informent sans discontinuer. Je ne puis donc sur Internet que me replier sur…l’AFP et les site de presse. Et lorsque les blogueurs commentent enfin l’information que leur ontdélivré les journalistes, ils donnent des opinions, plus ou moins éclairées, pas des faits nouveaux, ceux-là même qu’on nomme information.

Pour finir, vous dressez le portrait d’un monde prochain de l’information où tout le monde sera sur le même plan, journalistes, blogueurs, citoyens lambda car seule la réputation comptera et non pas la carte de presse. Allons, fichons lui la paix à cette carte de presse. On la présente volontiers comme un privilège quand ce n’est qu’une carte d’identité professionnelle (c’est son titre exact) attribuée à tous ceux qui tirent l’essentiel de leurs revenus d’une activité journalistique professionnelle. Eh oui, parce qu’il y a des professionnels de l’information, c’est-à-dire des gens soumis à des règles, encadrés, responsables de leurs écrits, qui ont fait du journalisme leur métier. Et ceux-là ne se confondent pas avec ces gens libres de toutes contraintes, amateurs, que sont les blogueurs.  Je ne m’explique pas cette obsession farouche chez certains de vouloir gommer cette différence. C’est si ennuyeux que cela d’avoir, là comme ailleurs, des professionnels et des amateurs ? Au nom de quel égalitarisme de bas étage faudrait-il supprimer cette différence ? Surtout qu’elle fait particulièrement sens entre blogueurs et journalistes, vu qu’ils ne font pas du tout la même chose. On confond un peu trop vite je trouve la diffusion de l’information, dont nous ne sommes plus en effet les acteurs exclusifs, et la production de l’information qui demeure notre vocation.

Seulement voilà. Il faut porter la double casquette de journaliste et de blogueur, comme je le fais depuis plusieurs mois,  pour saisir à quel point il n’y a rien de commun entre les deux activités. Au demeurant, les lecteurs ne s’y trompent pas. D’ailleurs, je les ennuie avec ce billet, ils m’ont dit à plusieurs reprises que cette querelle était à leur yeux un non-sujet. Ils ont raison. Sauf que, visiblement, il ya encore des gens pour y croire, essentiellement dans la presse, cette presse si excitée d’assister à ses propres funérailles et composant elle-même la partition de son requiem. Il n’y a plus que quelques gens de presse, au fond, pour prétendre qu’Internet va tuer le journalisme et les blogueurs remplacer les journalistes. Normal, ils ont peur et quand on a peur, on est prêt à croire n’importe quoi, surtout le pire. Et le pire ici, est agité par une poignée de blogueurs américains agressifs qui, en effet, veulent la peau de la presse. A chaque pays ses extrémistes, est-il nécessaire d’importer ces théories en France, simplement pour se croire moderne ?

Et si, au lieu de fantasmer le futur, nous construisions l’avenir tout simplement ? Un avenir où les citoyens disposeraient d’une presse de qualité, quelqu’en soit le support, ainsi que de multiples relais pour discuter, critiquer, diffuser cette information ?  A quoi bon opposer ce qui se complète si bien, comme si Internet ne pouvait réellement s’imposer que sur les cendres des médias dits “traditionnels” ? Faut-il nécessairement dénigrer les journalistes pour valoriser les blogueurs ?   Renoncer aux faits pour ne plus vouloir entendre que des opinions ? Nous savons bien au fond que l’information journalistique, si irritante et imparfaite qu’elle soit, conserve une présomption de fiabilité supérieure aux autres informations, excepté aux yeux de quelques contestataires  friands de chemins de traverse. Tous les fantasmes futuristes du monde ne peuvent faire oublier qu’il faudra toujours des professionnels dédiés à l’information sur les faits, des témoins sur le terrain, rompus à l’exercice, soumis à des exigences professionnelles. Ceux-là même sans qui l’exercice du blog et, plus généralement, du débat public serait impossible. Souvenons-nous à ce propos de cette remarquable observation d’Hannah Arendt sur les faits et les opinions :

“Les faits sont la matière des opinions, et les opinions, inspirées par différents intérêts et différentes passions, peuvent différer largement et demeurer légitimes aussi longtemps qu’elles respectent la vérité de fait. La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat”.

(La Crise de la culture).

19 juin 09

L’affaire Valls continue…

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 13:31

Après le buzz, puis les grandes phrases indignées, voici venue la pétition !

Eh oui, le Parisien, relayé par @si, signale qu’une pétition circule depuis quelques jours sur Internet, intitulée “Pour le droit au respect”, à la suite bien sûr des propos de Valls dont nous avions parlé ici. Allez donc la lire, elle vaut son pesant d’or ! Du coup, la polémique rebondit. Pour Bénédicte Charles, chez Marianne, il est absurde de soupçonner Valls d’être raciste, dès lors, il se pourrait bien que les raisons de l’indignation contre l’homme politique doivent être recherchées plutôt du côté de ses intentions vis à vis des présidentielles de 2012. De son côté, Daniel Schneidermann sur @si,  soupçonne une simple volonté d’attirer l’attention des médias et dénonce cette langue de bois un peu sophistiquée et très efficace qui consiste à faire semblant de parler vrai pour faire parler de soi.

Toutes les interprétations sont possibles. Valls pour sa part répond au Parisien qu’il n’entend pas retirer ce qu’il a dit. Quant à moi, je maintiens que ces réactions hystériques dès que l’on aborde certains sujets sont un encouragement à la langue de bois généralisée. Que cette “sortie” apparemment spontanée ait été en réalité préméditée ou bien encore que les indignés aient des raisons inavouables de pousser des cris d’orfraie n’y change rien. Le niveau du débat, si débat il y a d’ailleurs, est consternant.

De toutes les tyrannies, celle de la bien-pensance est la plus pernicieuse car elle a l’audace de se parer des vertus démocratiques.

2 juin 09

Qui a cassé le “jouet” Susan Boyle ?

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 15:12

Il y a quelques semaines, je m’émouvais ici de la belle voix de Susan Boyle et me réjouissais de son succès, tout en espérant qu’une fois les projecteurs éteints elle s’éloigne du monde infernal du show bizz. Il  me semblait que cette femme n’était pas taillée pour les paillettes et l’infecte univers qu’elles recouvrent, que ceux qui l’avaient méprisée, puis adulée, n’allaient pas tarder à la briser pour conclure avec une insupportable commisération qu’elle n’était pas faite pour “la dure loi de la célébrité”. L’actualité malheureusement confirme ce pressentiment (voir l’analyse d’asi sur les réactions de la presse britannique – (payant-). Au fond, elle n’était pas faite en effet pour l’exercice, mais ce n’est pas celui de la célébrité, comme ils disent, c’est celui façonné par une poignée de décervelés – producteurs et animateurs - pour qui tout ce qui n’est pas jeune, bronzé, et branché ne mérite que le mépris. Cette même poignée de sans scrupules qui attirent le candidat aux paillettes sur le mode, “tu veux entrer dans notre monde coco, soit, mais tu vas en baver et on ne t’aidera pas, compte pas là-dessus”. Les jeux du cirque sont ouverts, que le meilleur gagne ou plutôt survive ! Résultat, Susan Boyle qui ne bénéficiait ni d’une carosserie à la Tex Avery susceptible d’attendrir un producteur ni de la mentalité du héros de American Psycho pour nager avec les requins a été hospitalisée d’office. Elle a craqué, après avoir terminé deuxième du “concours”. C’était écrit.

Et la presse britannique de faire le procès des médias, de la télévision et du public qui, finalement serait en dernier ressort le principal responsable. C’est lui qui exige ces émissions me dit-on, lui qui encense ou démolit un candidat, bref, c’est lui, autrement dit nous, qui commandons. Ah bon ? Est-ce vraiment le public ? N’est-ce pas plutôt l’idée que se font les producteurs du public ?  Qu’est-ce que c’est que cette tyrannie contemporaine du jeune prodige, bien looké, capable de danser, de chanter n’importe quel répertoire, acceptant de confier ses états d’âme à la caméra et de se soumettre à un jury de pacotille ? Qu’est-ce que c’est que cette comédie du vote populaire pré-formaté sur la base d’un produit de marketing télévisuel dans lequel l’image compte pour tout et le talent pour presque rien ? Croit-on que Brassens, Brel, Ferré, ou même Piaf et Aznavour auraient passé avec succès ces concours faussés à la base ? Où est-il ce public qui soi-disant applaudirait à la cruauté de l’exercice ? Certes, on lui montre le vainqueur pleurant de bonheur, mais je ne me souviens pas qu’on lui ait montré aussi les candidats brisés qui s’effondrent dans les coulisses ni qu’il existe un droit de suite sur tous les laissés pour compte, les victimes de ces gloires aussi fausses qu’éphémères. Qu’on envoie donc ces productueurs et ces animateurs bronzés et liftés animer des soirées mousse à Ibiza ou s’arroser de champage à la Voile rouge et qu’ils cessent de prétendre nous donner ce qu’on attend quand ils ne font qu’imposer leur insupportable vacuité et en tirer les juteux bénéfices. Ils ont jeté Susan Boyle aux chiens, ils ont excité la meute, orchestré son dépeçage, qu’ils ne viennent pas nous dire maintenant qu’ils l’ont fait au nom du public. Il n’y a qu’eux pour le croire.

L’histoire de Susan Boyle incarne à merveille les dérives de ce type d’émissions. Elle pourrait servir d’alarme, interpeller sur les limites de l’exploitation par les caméras des rêves de célébrité de quelques uns. Je gage qu’il n’en sera rien. Autrefois on montrait des monstres dans les foires, aujourd’hui on présente des talents réels ou supposés aux téléspectateurs, mais au fond, rien n’a changé. Il s’agit toujours de broyer de l’humain sous prétexte d’amuser les foules. Jusqu’à quand ?

15 avril 09

Un journal à quat’balles !

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 09:26

Le journal “20 ans” disparu il y a trois ans va refleurir dans les kiosques. Vive le printemps. Enfin presque. D’après un article de 20 minutes que m’a adressé Ferdydurke (qu’il en soit ici remercié), le projet a tout pour faire frémir les amoureux de la presse de qualité. Facétieux, l’article de 20 minutes évoque la Une du premier numéro “30 astuces pour devenir canon” (ébouriffant d’originalité !)pour proposer à son tour aux lecteurs “7 astuces pour faire un magazine sans argent” (ça c’est drôle en revanche). Et en effet, si les informations délivrées par 20 minutes sont exactes (l’auteur du projet les conteste) tous les ingrédients sont ici réunis pour la recette de ce que j’appelle un “aspirateur à pub”. Nous sommes à l’extrême opposé de XXI (dont je vous recommande au passage l’éditorial du numéro 6). Pas d’inspiration, pas de souci de la qualité, pas de projet innovant, pas de vision du métier, pas d’approche originale. Rien. On récupère un ancien titre, on embauche une stagiaire pour jouer les rédactrices en chef, on sollicite des étudiantes pour écrire les articles que l’on paie royalement 10 euros la page, enfin que l’on paiera on ne sait trop quand et uniquement si le papier est publié, et roule coco ! On s’en fout bien de la lectrice, suffit de tout miser sur la maquette et les photos pour qu’elle s’empare du journal, quant au contenu, de toutes façons pour parler d’un nouveau rouge à lèvres inutile d’avoir reçu le Pulitzer, n’est-ce pas ? Non, en effet, ce n’est pas utile. Sauf que les petits malins qui jouent à ce genre de jeux stupides mettent généralement la clef sous la porte trois ou quatre mois après la sortie du premier numéro et s’en vont pleurer ensuite sur la mort de la presse papier. Ben voyons. Les initiateurs du projet visiblement n’ont qu’une obsession : mettre la main sur la manne de la publicité. Et c’est vrai qu’il y a plus de pub dans un canard féminin que de numéros de téléphone dans un bottin. Sauf que la pub en ce moment est en berne, il y a donc de fortes chances pour que la caverne d’Ali Baba ne contienne qu’une poignée de haricots. Je sais, on va encore me dire que je m’énerve pour rien, qu’après tout ce n’est qu’un féminin, qu’il n’est pas indispensable à la démocratie, qu’on se passait de son existence et qu’on ne regrettera pas sa disparition. Exact. Sauf que cet exemple reflète bien la tendance actuelle à la réduction des coûts, au bricolage, la volonté de faire des “coups financiers”, des journaux sans journalistes, sans âme avec juste des photos et de la pub.

Si c’était un journal, je lui souhaiterais longue vie, seulement voilà, ce n’en est pas un, alors basta !

 

Mise à jour 10h24 : Yepok vient de m’envoyer un lien vers un article d’@si évoquant le fait que le repreneur de “20 ans” contestait le contenu de l’article de “20 minutes” y voyant une manoeuvre de ses concurrents pour lui nuire. C’est ici. L’affaire fait déjà du bruit et l’Express s’en est emparé, de même que Slate. 

7 avril 09

Pas…ou pas assez ?

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:06

Jean-Michel Aphatie évoque ce matin avec émotion le discours de Ségolène Royal à Dakar.  Il est vrai qu’elle y convoque les grandes figures de Martin Luther King à Léopold Sedar Senghor, alors forcément, on ne peut qu’adhérer, le coeur palpitant d’émotion et l’esprit emporté sur les ailes de l’espoir (fichtre, c’est contagieux le lyrisme, excusez-moi). Sauf qu’il y a, au milieu de ce joli texte, une vilaine “petite phrase”. Voici l’extrait : 

“Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont rappelé au monde l’existence des grands royaumes et des grands empires de l’Afrique. Honneur aux historiens de l’Afrique qui ont retracé les mille et une relations nouées bien avant la conquête, en des temps où le Sahara, la Méditerranée et l’Océan Indien n’étaient pas des frontières mais des points de passage et de mise en contact.

Quelqu’un est venu ici vous dire que « l’Homme africain n’est pas entré dans l’Histoire ».

Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis”.

Je passe sur la pertinence de la démarche,  pour m’appesantir sur la citation et en particulier sur ce que Jean-Michel Aphatie, tout à son élan, n’a pas analysé suffisamment, à mon sens. Nicolas Sarkozy n’avait pas dit “l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire” mais “l’homme africain n’est pas ASSEZ entré dans l’histoire”. 

Il me semble que lorsqu’on prend la responsabilité – contestée – de s’excuser au nom de la France pour les propos tenus par le Président de la République, que l’on désigne au passage par le terme assez discourtois de “quelqu’un”, encore faut-il le citer correctement. Sinon, on joue au jeu dangereux du pompier pyromane.  Un discours politique est toujours écouté avec la plus grande attention, analysé mot à mot, évalué et soupesé par ceux à qui il est destiné. A fortiori quand il est prononcé par un Chef de l’Etat en visite à l’étranger. Dès lors, la différence entre “pas” et “pas assez” est loin d’être anodine. Erreur de plume ? A chacun de se faire son opinion.

6 avril 09

Les bras m’en tombent

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:23

Les enseignants-chercheurs sont en colère contre Le Monde. Alors ils ont pondu une “charte de bonne conduite” vis à vis du journal. C’est Bakchich qui l’évoque sur son site. En voici le texte : 

« 1) Ne jamais acheter d’exemplaire papier d’une production provenant du quotidien Le Monde ;

2) Se désabonner de tout service payant, papier ou numérique, du quotidien ;

3) En cas de passage sur le site web ne jamais cliquer sur les liens commerciaux ;

4) Se désabonner de sa lettre de diffusion gratuite pour réduire l’argument commercial du nombre d’abonnés à cette lettre ;

 

5) Eviter de visiter le site web, afin de faire chuter les statistiques de visites dont dépend en partie la valeur des encarts publicitaires sur le site. »

Entre nous, je ne décolère pas depuis que j’ai lu ça.

Il y a plusieurs choses qui me choquent dans cette démarche. D’abord, on retrouve ici le réflexe classique consistant à s’approprier un sujet et à exiger que le traitement qu’en fait la presse reflète très exactement ce qu’en pensent les principaux concernés. Manque de bol, c’est un sujet de société et il se trouve que le Monde ne souscrit pas à la thèse du complot étatique contre l’université. Ah l’impudent, comment ose-t-il ?  

Ensuite, je vois cette démarche comme une négation de la liberté d’expression et d’opinion. Le Monde ne pense pas comme eux ? Il n’est pas leur Tribune officielle dans ce conflit, voir leur organe militant? Qu’à cela ne tienne, il sera puni ! A la botte les journalistes. C’est curieux comme cette réaction me rappelle ce que j’ai vécu à l’université, les jeux de pouvoir, les jalousies, le totalitarisme intellectuel, bref, tous ces mauvais réflexes qui sont à mille lieues de l’enseignement et de la recherche justement.

Enfin, je trouve ce texte et la démarche qui en est à l’origine d’une niaiserie consternante. Venant d’universitaires, on pouvait s’attendre à une réaction d’une autre envergure tout de même, à une vraie bataille idéologique puisque visiblement c’est ça le coeur du conflit. Pas à cette mesure de rétorsion stupide et immature.  Vilain journal, il sera privé  de goûter et collons-lui un bonnet d’âne tant qu’on y est, et puis mettons-le au coin. 

Ridicule.

 

Mise à jour 20h47 : je viens de trouver l’intégralité de la charte, elle est en commentaire 32, assortie du lien vers les explications de son auteur. 

 

4 mars 09

Il y a des jours comme ça…

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 18:45

Il y a des jours comme ça où l’actualité fait monter si haut mon taux d’adrénaline que j’en reste sans voix (eh oui, ça arrive). Allons, rien que pour se faire un peu mal, voici un florilège des news les plus prurigineuses de la journée (presque) sans commentaires :

- Ségolène Royal a accepté de participer à la prochaine émission de Ruquier “On n’est pas couché” : oui amis lecteurs, la même qui s’indigne des photos dans Match au nom de la priorité qui aurait dû être donnée à la Guadeloupe, et donc au nom d’une certaine idée de la politique, va aller se faire chahuter dans une émission de divertissement. Et, au passage, se pipoliser davantage. De qui se moque-t-on ? C’est ici.

- Comfortable David (David Douillet pour les non-anglophones – je l’appelle comme ça depuis qu’un traducteur paresseux a renvoyé à l’un de mes rédac’chefs un article français traduit en anglais où David Douillet était devenu par les miracles de l’exercice Comfortable David) bref, David Douillet et Gilbert Montagné entrent à l’UMP  comme secrétaires nationaux respectivement aux sports et  au handicap. Gageons qu’à l’UMP, “on va s’aimer à toucher le ciel, se séparer, à bruler nos ailes,” etc. Où l’on retrouve notre mélange favori et désormais habituel entre show bizz et politique.

- Et puisque nous sommes sur une thématique de mélange des genres, finissons par Etienne Mougeotte. Le directeur du Figaro faisait partie de la délégation officielle française en déplacement à Charm-El-Cheikh, aux côtés de Bernard Kouchner. Eh oui, les patrons de presse peuvent bien se mettre à jouer un rôle politique si les politiques de leur côté se lancent dans le show bizz et que le show bizz intègre la politique tout en flirtant avec le journalisme.

Je suppose qu’on appelle ça “libérer les énergies”. De mon côté, j’hésite, il va peut-être falloir que je m’inscrive à la Nouvelle Star, ou bien que je m’achète une Rolex. En tout cas, c’est sûr, je ne peux plus  me cantonner à être simplement journaliste. C’est d’un ringard…

23 février 09

Haro sur les méchants

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 11:54

Tiens, ça faisait longtemps que JMA n’avait pas défendu un puissant contre un empêcheur de tourner en rond. Fort heureusement, il est rentré de vacances et c’est l’humoriste Stéphane Guillon qui en prend pour son grade ce matin à cause de l’affaire DSK. Ce qui nous fait, en quelques semaines, une défense de Kerviel contre les voyous du Parisien, de Drai contre la curiosité de ces chacals de journalistes, de Kouchner contre le supposé antisémite Pean et enfin, de DSK contre le méchant humoriste. Eh oui, il est méchant Guillon, c’est JMA qui le dit. Entre nous, des humoristes gentils, j’en connais assez peu. Allez faire rire avec les qualités d’un individu, essayez donc de flatter avec humour sans immédiatement ruiner le compliment en lui donnant des allures de cruelle dérision. Drucker n’est pas drôle, sauf aux yeux de ceux qui pensent qu’à force d’aimer tout le monde, il finit par en devenir comique, au second degré bien sûr. Mais revenons à notre sujet. Je l’ai trouvée très amusante la chronique de Guillon, amusante au point de dédramatiser les frasques de DSK, c’est là toute la force des humoristes, ils sont une gigantesque soupape de sécurité, ils transforment la colère, le dégoût, la révolte en un éclat de rire salvateur. A supposer évidemment qu’ils ne dérapent pas à la manière de Dieudonné. Mais ici Guillon s’en tient à la très classique caricature d’un trait psychologique de son sujet. Et au fond, être accusé en France de trop aimer les femmes, voilà qui n’a jamais ruiné la carrière d’un homme politique, bien au contraire. Toujours est-il que la liste des victimes des médias s’allonge de façon si inquiétante, à en croire JMA, que je me demande si nous ne devrions pas nous auto-dissoudre. Au fond, qui pourrait bien regretter la disparition de gens aussi méchants que les journalistes et les amuseurs publics ? Tous ceux qui ne regardent pas Drucker, peut être.

20 février 09

Casse toi pov’hypocrite !

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 13:00

Arrêt sur image relève ce matin un article du Parisien qui explique que quelques ministres, échaudés par l’épisode du “Casse toi pov’con !” dont la vidéo a fait le tour du web, surveillent désormais attentivement leur comportement en public de peur d’être saisis en fâcheuse posture par un vidéaste sauvage. Une telle prudence me semble de fort bon aloi mais je dois dire aussi qu’elle m’interpelle. Ainsi donc, nos chers politiques auraient décidé de se surveiller, mais uniquement lorsqu’ils risquent d’être filmés. Curieux, au risque de paraître réactionnaire, j’ai le sentiment que s’attache à la fonction politique une certaine dignité qui devrait inciter chacun à se tenir de manière irréprochable devant les citoyens, indépendamment de tout risque d’enregistrement. Je ne vois personnellement aucune différence entre le fait d’être pris en flagrant délit de dérapage par dix personnes ou par des milliers. Ou plutôt si, j’en vois une, malheureusement, elle se mesure en nombre de votes lors d’une élection ou bien encore en points gagnés ou perdus dans les sondages de popularité. L’intérêt personnel, encore et toujours. Mais le respect dû à la fonction qu’on a l’honneur d’incarner, il devient quoi dans tout cela ?

 

Allons, pour le plaisir, laissons parler le maître de l’élégance morale, le grand Cyrano :

CYRANO
Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances.
Je ne m’attife pas ainsi qu’un freluquet,
Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet ;
Je ne sortirais pas avec, par négligence,
Un affront pas très bien lavé, la conscience
Jaune encore de sommeil dans le coin de son oeil,
Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil.
Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise,
Empanaché d’indépendance et de franchise ;
Ce n’est pas une taille avantageuse, c’est
Mon âme que je cambre ainsi qu’en un corset,
Et tout couvert d’exploits qu’en rubans je m’attache,
Retroussant mon esprit ainsi qu’une moustache,
Je fais, en traversant les groupes et les ronds,
Sonner les vérités comme des éperons.

18 février 09

Sécurité, sécurité chérie !

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 11:28

Ah ! Comme elle était révélatrice du climat entretenu par la politique pénale du gouvernement, l’émission “Faites entrer l’accusé” diffusée hier soir sur le jugement des fous. Christophe Hondelatte a fait ce qu’il pouvait et il l’a fait plutôt bien, mais le résultat était couru d’avance. Les invités ? L’excellentissime avocat Eric Dupont-Moretti, le psychiatre Daniel Zagury, le politique Georges Fenech (ancien magistrat), le juge Christophe Regnard et des victimes.

Silence, on pleure !

Que s’est-il passé ? D’un côté, le politique, n’écoutant que son instinct médiatique, s’est rangé du côté des victimes, soutenant leur douleur, appuyant leurs arguments, étalant sous leurs yeux rougis de larmes l’immense travail du gouvernement pour leur faire justice. De l’autre côté, un avocat si bouillant de colère que j’ai cru qu’il allait quitter le plateau. Mais qu’est-ce qui l’énervait tant Eric Dupont-Moretti ? Je vais vous le dire. L’idée qu’il allait encore entendre le même discours victimaire et qu’il ne pourrait rien y faire. C’est exactement ce qui s’est produit. Il faut dire que les professionnels sur le plateau n’avaient aucune chance de convaincre qui que ce soit. Et ils l’ont dit, à plusieurs reprises. Face à la douleur de la victime, il n’y a rien à répondre, rien à défendre et surtout pas la raison. C’est le pari impossible. Surtout quand le politique pèse de tout son poids sur le terrain favorable de l’émotion et de l’empathie. Mais les spécialistes partaient avec un autre handicap, la complexité de la justice et de la psychiatrie et les préjugés qui les accompagnent. L’avocat ? Il défend les coupables donc forcément, il est contre les victimes. Rappelons au passage que l’avocat défend les “coupables” comme les victimes et qu’il se trouve que les “coupables” ne le sont pas toujours comme l’a montré l’affaire Outreau, mais ça, tout le monde l’a déjà oublié. De même qu’on oublie que nous avons choisi de vivre en démocratie et qu’en démocratie on ne lynche pas, on juge, et on le fait selon des principes tels que le droit à un procès équitable, lequel vaut pour tout le monde. Le juge ? Ce notable corporatiste qui parle une langue que personne ne comprend et applique des règles ésotériques qui font toujours au moins un mécontent ? Pas crédible non plus. Et le psychiatre, ah ! parlons-en du psychiatre, celui-là même qui conseille de relâcher ces fous qui tuent les gens ? Allons soyons sérieux, tous ces gens ne savent pas ce qu’ils font. En fait, ils manient des disciplines complexes, dont l’explication ne peut pas se résumer en une phrase choc façon slogan publicitaire, alors personne ne veut les entendre. D’ailleurs, si c’est compliqué, c’est forcément douteux, n’est-ce pas ?

Le goût des choses simples

En revanche, le politique, lui, il sait. Il comprend quand on lui dit qu’on n’est pas content. Il est d’accord, il dit des choses simples et même, il change le nom des choses quand on lui dit qu’on ne les aime pas ces noms-là. Par exemple ce non-lieu insupportable qui signifie que les choses atroces n’ont pas eu lieu. Hop, on fait une réforme, c’est tellement plus populaire que de se fendre d’une explication sur le fait que non-lieu ne signifie pas que les faits n’ont pas existé mais qu’il n’y a pas lieu à statuer parce qu’on ne peut pas juger un fou. Pendant ce temps, on détricotte tranquillement nos droits et libertés au profit de la sécurité dans l’indifférence générale. Il est heureux que la peine de mort ait été abolie, sinon, dans le contexte actuel, je gage qu’on aurait rétabli le supplice de la roue. Un groupe de travail planche actuellement à la Chancellerie sur la réforme de la procédure pénale. Il est rempli d’experts, quelle erreur ! Organisons une belle émission de télé-réalité et faisons voter les réformes par les téléspectateurs comme à la Star’ac: vous êtes pour les criminels, tapez 1, vous êtes contre, tapez 2. Vous pensez que je caricature ? Même pas. Présenté par le politique, le traitement pénal des malades mentaux se résume ainsi : vous êtes pour ou contre les fous dangereux dans la nature ? Et le public répond contre, forcément. Moi aussi je réponds contre, tout le monde est contre. A question simpliste, réponse simpliste. Du coup, quand les spécialistes disent : “attention, c’est plus compliqué, prenons garde, ne faisons pas n’importe quoi”, ils ont le mauvais rôle et personne ne les écoute.  Et si c’était vous demain, qu’on accusait injustement, ou bien l’un des vos proches qu’on enfermait à vie dans un hôpital psychiatrique ? Tout le monde peut un jour être victime d’un acte criminel, mais tout le monde peut aussi se retrouver en position d’accusé, on l’oublie, ça. Dommage. Imaginez-vous accusé de pédophilie par un de vos voisins et placé en détention provisoire. Vous y êtes ? Fort bien, maintenant répondez à ces questions : vous êtes pour la protection des droits fondamentaux ? Tapez 1, contre ? tapez : 2. Vous êtes pour l’avocat-qui-défend-les-coupables ? Tapez 1, contre : tapez 2. Vous êtes pour l’amélioration des conditions de détention ? Tapez 1, contre, tapez 2. La justice est un équilibre subtile entre des forces opposées. Il est parfaitement légitime d’évaluer et de débattre de cet équilibre. Il est tout aussi légitime de vouloir faire évoluer ses règles, elles n’ont cessé de se transformer au fil des âges. Encore faut-il le faire avec un minimum d’objectivité et de profondeur, pas dans l’urgence et sous le coup de l’émotion. Les professionnels de la justice ne disent pas autre chose. Il serait sans doute temps de les écouter, je crois.

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