La Plume d'Aliocha

18 octobre 09

Moi le gentil Dauphin, je n’y suis pour rien…

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 11:00

Ah ! Qu’elle est belle l’interview de Jean Sarkozy dans Le Point de cette semaine. Si, si, je vous assure. Allez voir, c’est ici et ça vaut le Pulitzer.

Question du Point  :”Népotisme, héritier, dauphin…Que n’entend-on pas à votre sujet depuis l’annonce de votre candidature à la présidence de l’Epad… (n’est-ce pas que c’est tendrement complice comme question, du velours pour le prince héritier…)

Réponse de Jean Sarkozy   : “Quand on parle de dauphin, je comprends mieux pourquoi : j’ai vu qu’il y avait un grand nombre de requins autour de moi”

Olééééé !   Jean Sarkozy en “gentil dauphin” tout droit sorti de la chanson de Lenormand, nageant entouré de méchants requins dans les eaux troubles de la politique, je n’y aurais pas pensé…. Observez la maestria avec laquelle il corrige l’idée négative attachée au mot dauphin par une allusion au sympathique animal qui fait rêver. Nous voici plongés dans le Grand bleu, tout de suite, la politique devient plus agréable. Et notre gentil Dauphin d’embrayer immédiatement sur le théorie du complot, façon Caliméro, en rappelant qu’on l’attaque tout le temps et sur tout, son âge, son nom, son activité et même la religion de sa femme.  “Mon ambition est de les convaincre de la pertinence de ma vision pour La Défense” ajoute-t-il et plus loin “laissons parler les actes et qu’on juge après”. Quand il sera “nommé-élu” et donc indéboulonnable, ah que non !

Là-dessus vous comme moi aurions eu l’idée totalement géniale de rebondir en lui demandant quelle était cette fameuse vision de la Défense. Eh bien pas le Point, figurez-vous.

Question suivante : “Etes-vous surpris par l’ampleur de la polémique, qui va au-delà de la gauche et qui dépasse les frontières ?” (et que je te sers la soupe).

Du coup notre gentil dauphin avoue qu’il n’est pas surpris, même s’il trouve ça disproportionné. Disproportionné à quoi et pourquoi, on n’en saura rien. Ainsi fonctionne la langue de bois, par affirmations creuses auxquelles on est sommé d’adhérer. Et le voilà mettant sur le tapis son “élection”et son mariage. Ben oui, il est peut-être jeune le dauphin, mais il est marié, c’est donc un homme. Evoquant les “procès” qu’il a subis, il conclut, grandiose : “j’ai compris que, lorsqu’on s’appelle Sarkozy, les choses sont parfois plus difficiles”. Eh oui, chers lecteurs, en pleine crise économique, il vaut mieux  être fils de personne que fils de Sarkozy. Au moins on ne vous mettra pas des batons dans les roues en soupçonnant un quelconque népotisme si, votre bac +7 en poche, vous postulez pour un premier job au smic. L’air de rien, c’est un sacré avantage. Si, si.

Le Point se souvient alors que les français sont déconcertés” (admirez l’euphémisme) par l’ascension de Jean et le fait remarquer….

Ce à quoi le gentil dauphin répond : “Tout le monde sait que beaucoup de réactions sur Internet, sous couvert d’anonymat, ne sont jamais inspirées des meilleurs sentiments”. Si quelqu’un parmi vous comprend cette phrase, je vous remercie de m’éclairer, personnellement, je sèche. Vient ensuite la théorie du complot politique à son endroit et, faut ce qui faut, un nouveau rappel de son élection “dès le premier tour, à 52%”. Avant cette splendide conclusion en forme de provocation qui montre au moins que Jean a une très fine connaissance de la politique de son père : “Ecrivons un texte de loi m’interdisant de me présenter à une élection parce que j’ai 23 ans et que je m’appelle Sarkozy”. No comment.

Le Point insiste en citant un internaute qui relève à juste titre que le dauphin n’en serait pas là s’il n’était le fils de son père.

Réponse : l’internaute souffre de désinformation, avant de nous reprendre le refrain du “j’ai été élu”. On avait compris, c’est jamais que la quatrième fois en moins d’une page d’interview qu’il le dit. Quant à la désinformation, on n’en saura pas plus. Puisqu’on vous dit que c’est de la désinformation, vous n’allez pas en plus avoir l’outrecuidance de demander en quoi.

Le Point  demande alors au fiston s’il avait informé papa de sa décision.

Oui, répond l’intéressé, son père et aussi tous les gens qui l’aiment. C’est y pas mignon ? Il y a au moins une chose que cette épaisse langue de bois, lourdement encouragée par le journaliste, laisse apparaître, c’est l’extrême jeunesse de l’intéressé. Les dauphins, la lutte entre les gentils et les méchants, les gens qui l’aiment…

Je vous passe les questions suivantes, pour en venir à l’essentiel :

Le Point : “La présidence de l’Epad suppose une solide connaissance des dossiers et une certaine expérience…”

Réponse du Dauphin en substance : 44 élus du conseil général qui ont entre 30 et 80 ans et qui le voient travailler depuis 2 ans vont être appelés à juger de son travail.

Croyez-vous que Le Point en profite pour lui demander ce qu’il a fait de positif durant ces deux ans ? Du tout, encore une occasion de ratée de quitter le terrain facile du complot pour entrer dans les sujets de fond.

Question suivante : “Où en êtes-vous donc dans vos études ?” (Il n’y a que le journaliste du Point qui l’ignore…)

Là notre gentil dauphin botte en touche en évoquant la difficulté de concilier engagements politiques et cursus universitaire. Je songe personnellement à tous ceux qui, comme moi ont concilié boulot alimentaire et études en se tapant des journées de 15 ou 18h sans redoubler. L’un d’entre eux pourrait-il se dévouer pour expliquer comment on fait à l’héritier ? Moi j’ai pas le courage…

Le Point insiste, “En quelle année êtes-vous ?”Le gentil Dauphin répond qu’il a validé 3 matières de sa deuxième année et donne ses notes, au passage : 11 en histoire des idées politiques (l’examen devait porter sur la France d’avant Sarko parce que franchement, cette matière là, en droit, on la passe en principe les doigts dans le nez), 14 en finances publiques et 19 en droit immobilier et en droit civil. Curieux il avait parlé de 3 matières et j’en vois 4. Je suppose qu’il fallait caser l’immobilier, à cause de La Défense…

Je vous passe les 3 dernières questions sur les leçons tirées de cette affaire, et les ambitions futures, les réponses relèvent d’une telle langue de bois qu’elles ne sont même plus drôles.

Vous l’aurez compris, les idées force à retenir de cette interview c’est que Jean est un gentil Dauphin cerné par les requins, injustement attaqué en raison de sa naissance par des ennemis qui pratiquent la désinformation en oubliant sciemment de dire qu’il a été élu et qu’il le sera à la tête de l’Epad. Que ça n’ai pas traversé l’esprit du journaliste de demander au prince hériter ce qu’il avait fait de concret depuis deux ans qui le rende apte à piloter l’Epad et, surtout, ce qu’il entendait faire s’il était “élu” à la tête de l’organisme me laisse rêveuse. Et en même temps, ça ne me surprend pas. A trop nommer les gens sur leur image et non plus sur leurs compétences, Nicolas Sarkozy nous a mené là, à discuter de forme et à oublier le fond. Chapeau l’artiste !

Ah, un dernier mot quand même. Je n’ai pas pu m’empêcher de songer, en lisant ce morceau de bravoure journalistique, à Bernard Tapie. C’est la même langue de bois, soigneux mélange d’énergie, de séduction et de faux “parlé vrai” sur fond d’ambition aussi décomplexée que démesurée. Il ira loin, ce petit.

Allons, rien que pour le plaisir, on se la fredonne la chanson du gentil dauphin ? J’ai juste modifié un tout petit peu les paroles :

“Toi mon petit copain
Du mouvement populaire
Tu n’oses plus dire que tu m’aimes bien
À cause de ces requins
Que des internautes vilains
Ont réveillé pour faire peur à mon père
Moi le gentil dauphin
Je n’y suis pour rien
Je ne suis pas méchant, tu le sais bien
Si tu me fais la gueule
Je vais rester tout seul
Et foutre en l’air ma splendide carrière
Moi le gentil dauphin
Je n’y comprends rien
Pourquoi tout ce fracas, ce cinéma
Pour une raison bidon
Une désinformation
Allez sois chouette, offre moi ton soutien”


19 septembre 09

Séguéla et le trou de la sécu

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:08

couverture-n-14-septembre-2009_referenceLe grand intérêt d’avoir un blog, c’est de pouvoir exprimer son indignation. De n’être plus réduit à jeter sa pantoufle sur l’écran de télévision qui n’y est pour rien et serait tenté de nous dire “pft, je suis comme le web, un outil, c’est stupide de s’en prendre à moi, je diffuse, c’est tout” ou bien à ruminer dans son coin, ce gros bloc de rancoeur/indignation/révolte/dégoût (rayer les mentions inutiles) qui manque parfois de vous étouffer à la lecture d’un magazine féminin (au hasard).

Or, donc je lis dans le magazine Femmes du mois de septembre 2009 page 168  que les addicts du shopping ont enfin un espoir d’être sauvées grâce à la cure de “détox shopping”, Yes ! Quand après avoir lu Grazia, Elle,  Marie-France et les autres, l’addict en question est tout à fait convaincue de ne pas pouvoir survivre une minute de plus sans le sac Machin, la robe Truc ou cette merveileuuuuuuuuuse paire de Bidule,  quand la carte de crédit lui brûle le portefeuille (de chez Trucmuche évidemment) et que pour avoir cédé une énième fois à la tyrannie d’une consommation frénétique, elle se retrouve avec son banquier aux fesses, (no érotisme inside), il y a encore quelqu’un pour la sauver. Le psychiatre. Plus précisément, le psychiatre spécialiste de l’addiction. Persuadée que sa découverte va être infiniment précieuse à ses lectrices, et n’écoutant par ailleurs que son courage, notre tintin en jupon du magazine Femmes nous raconte dans ce passionnant article comment elle a décidé de tester elle-même – au péril de l’idée qu’elle se faisait de sa santé psychologique – cette fantastique nouveauté. La voici donc sous le regard inquisiteur du professeur Lejoyeux (ça ne s’invente pas) lequel est appelé à évaluer l’éventuelle gravité de la fièvre acheteuse qui lui est avouée sans fard. Ouf, l’homme de l’art ne détecte aucune pathologie, tout au plus un “excès d’hédonisme”.

Qu’en termes choisis, ces choses là sont dites. Je n’ai personnellement jamais imaginé que faire les boutiques pouvait relever de l’hédonisme. Entre la chaleur, le monde, les vendeuses championnes de la remarque stupide sur fond d’indifférence servile et les éclairs de convoitise meurtrière qui traversent le regard de certaines de mes coreligionnaires lorsqu’elles aperçoivent l’objet de leurs rêves glacés,  j’ai plutôt le sentiment d’une infernale punition. C’est du Brueghel mâtiné de Bosch, question ambiance. Vous me direz, laissons donc ces cloches superficielles se distraire comme elles peuvent.  Si elles veulent, entre la virée shopping avenue Montaigne et la soirée chez Costes, se faire expertiser le cerveau pour vérifier qu’il est raccord, ça ne nous regarde pas. Ce sera toujours une jolie récréation pour les hommes de l’art entre deux vraies pathologies. Je reconnais bien là votre traditionnelle magnanimité, teintée d’un léger esprit de contradiction quand vous apercevez que je m’emballe. En réalité, vous allez voir que si, ça nous concerne. Un tout petit peu. Car le magazine s’empresse de préciser dans l’encadré pratique qui illustre le papier que la consultation est…remboursée. Cette petite fantaisie coûte donc 34,30 euros à la sécu et  10,29 euros à l’accro du shopping en quête de désintoxication.

Et là, vous vous dites peut-être comme moi que notre sécu, si elle doit maintenant écoper les ravages de la pub sur les comptes bancaires des droguées de la mode, elle n’a pas fini de pomper et nous de payer. Surtout qu’avec la crise qui a frappé les riches comme les autres, il y a fort à parier que nos donzelles vont se précipiter en masse chez les thérapeutes. Du coup, je propose une première mesure de prévention : interdire Séguéla des plateaux de télé.

16 septembre 09

Mets ta cravate et mange des légumes!

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 16:19

Mets ta cravate et prépare toi à demander pardon. Ainsi pourrait-on résumer aujourd’hui, les mesures prophylactiques qui devraient désormais nous éviter de futurs psychodrames webesco-médiatiques liés à des dérapages verbaux. @si relève en effet une brève dans Le Figaro qui nous apprend que Nicolas Sarkozy aurait conseillé à Hortefeux de garder sa cravate à l’avenir pour tenir en espect les militants. Notre président qui donne des conseils d’élégance politique, avouons que c’est piquant. Philippe Bilger sera sans doute tenté d’ajouter “et jette ton chewing gum”  tandis que les internautes s’écriront en coeur “et évite l’humour de mauvais goût, les grossiéretés ainsi que la pub sauvage pour les karchers”. De son côté, sans doute inspiré par le buzz Hortefeux, le patron de France Télécom vient de s’excuser moins de 24h après avoir eu la maladresse de parler de “mode du suicide”, phrase qu’il attribue à une pratique trop intensive de la langue anglaise. Question excuses, je ne suis pas sûre qu’il soit mieux conseillé qu’Hortefeux…

Bref, nous voici tranquillisés, on ne dira donc plus n’importe quoi en public. Le dérapage verbal, c’est comme la cigarette et les tenues décontractées, uniquement chez soi. Enfin pour l’instant, car au train où vont les choses…Entre nous, elle est amusante cette société qui s’aseptise. Plus de cagoules dans les manifs, plus de fumeurs dans les bureaux ou même en affiche, plus de ministre en chemise ouverte, plus de blagues douteuses.  D’ailleurs à ce sujet, Guillon a signé la pétition contre Hortefeux de Charlie hebdo, à croire qu’il a peur que le ministre lui fasse concurrence. Et hop,  tout le monde avec un masque H1N1 et interdit de le trouer pour laisser passer une clope évidemment, plus d’alcool aux repas, même pas le vin et ses légendaires antioxydants, rien que des légumes et des fruits à gogo. Tout le monde chez le médecin régulièrement pour contrôler ceci ou cela. Et tâchez de descendre du métro deux stations avant, s’il vous plait, faut faire du sport, quoiqu’en dise ce bon vieux Churchill.  Les anglais viennent même de trouver une nouvelle idée, ils veulent interdire le port des talons hauts au travail. Oui. Parait que c’est mauvais pour le dos. L’histoire ne dit pas si l’interdiction touchera également les cabarets, mais ça pourrait être drôle des filles nues en baskettes. Allons, je ne conteste pas sur le fond cette interminable liste d’injonctions destinée à nous sauver d’une liste toute aussi interminable de malheurs. J’ ai juste le blues le matin au réveil quand, entre deux infos sinistres sur l’état de notre monde, on m’explique que je vais sans doute mourir du tabac, de l’alcool, du manque de sport, de la malbouffe, à supposer bien sûr que je ne sois pas emportée avant par le H1N1. Même le joyeux monde de la pub télévisée est désormais gâché par les messages de santé du gouvernement.

Et le pire, c’est qu’avec la vidéosurveillance dans les lieux publics, on a désormais les moyens techniques de surveiller les fumeurs récalcitrants, les lecteurs de Tintin au Congo, ceux qui se mettent les doigts dans le nez, les obsédés qui regardent les fesses des filles, ceux qui trichent au jeu du “descends deux stations avant, c’est bon pour coooooorps”, les ivrognes qui chavirent entre le bistrot et le dodo, les racistes qui jettent de vilains regards aux burqas, les salariés qui ne sont pas à l’heure au bureau, les gamins qui glandent au lieu d’être à l’école…Vous verrez, bientôt nous serons tous des citoyens modèles gouvernés par des politiques modèles. Serons-nous plus heureux ? J’ai des doutes. Surtout si on ne peut s’acheter ni Rolex, ni Béème pour se consoler de manger du chou-fleur à l’eau.

11 septembre 09

La cacophonie du vide

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 21:28

Puisque l’affaire Hortefeux continue de “buzzer” autrement dit de patauger dans l’hystérie la plus délirante, un mot quand même sur ce dossier dont je ne voulais pas parler.

Il n’ y a pas un tribunal, excepté visiblement le grand tribunal du web, qui se risquerait à condamner un homme pour une parole inaudible et à moitié incompréhensible.

Il ne devrait pas y avoir un seul journaliste pour livrer en pâture au public un ministre sur la foi de cette seule vidéo.  Ce n’est pas être à la solde du pouvoir que d’estimer qu’un document n’est pas suffisamment probant pour être diffusé. C’est être simplement responsable. C’est éviter de jeter un homme aux chiens sur la base d’une fumeuse présomption, fut-elle infiniment appétissante.

De même, il ne devrait pas y avoir un seul politique pour appeler à la démission un membre du gouvernement sur la base d’une interprétation aussi contestable d’un propos aussi obscur.

Il ne devrait pas non plus y avoir une seule voix pour oser affirmer qu’il s’agit d’une déclaration raciste, tant le doute est évident pour qui l’écoute de bonne foi.

Seulement voilà, la meute médiatique, excitée par les internautes, alimente le buzz, cette gigantesque cacophonie du vide, sûre de son bon droit et toute gonflée de l’importance de sa supposée vigilance démocratique. L’occasion est si belle : un gouvernement qui a bon dos, une noble cause, un pseudo-document objectif, une parole ambigüe et le tour est joué. Je ne vois dans tout cela que procès d’intention, suppositions, présomptions, interprétations, supputations autrement dit tout sauf des faits.

Parce qu’il est ministre de l’intérieur, parce qu’il est sarkozyste, parce que la scène se déroule dans ce grand pandémonium qu’est nécessairement une réunion de l’UMP, parce qu’il y a un “arabe” dans l’affaire, parce qu’on plaisante, alors forcément ce propos qu’on ne comprend pas doit être raciste. Il ne peut en être autrement. Et la rumeur enfle, et le doute devient certitude et l’indignation s’auto-alimente. Songez donc, la vidéo a été vue par des milliers d’internautes, c’est bien qu’il se passe quelque chose. Et chaque clic est comme une nouvelle preuve que oui, assurément, Hortefeux est raciste.

Mon esprit de juriste frissonne face à cette sinistre parodie de procès.

D’un point de vue journalistique, je ne puis que renouveler les craintes que j’exprimais récemment sur l’évolution du métier. Il ne faudrait pas qu’à trop vouloir s’adapter à ce nouvel univers qu’est le web, la presse oublie les règles de base du journalisme. Il me semble au contraire que c’est en les réaffirmant, en opposant systématiquement les faits vérifiés aux rumeurs et autre buzz que nous démontrerons notre utilité. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. C’est pourquoi, bien que je sois en désaccord avec le Monde, je me garderais bien de le jeter aux chiens.

A lire l’interview du sociologue des médias Dominique Wolton. Le texte n’est pas de bonne qualité, il s’agit d’une retranscription mot à mot par le JDD d’un entretien sur RTL.


2 septembre 09

Foutons la paix à Tintin, par pitié !

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 09:23

Il y a des informations comme ça qui me font bondir.

Par exemple l’histoire de ce belge d’origine congolaise qui, après avoir tenté de faire interdire la vente de l’album Tintin au Congo dans son pays, porte plainte en France contre le même ouvrage en vue d’obtenir l’interdiction de sa vente. Oui, vous avez bien lu, c’est ici (AFP). La même dépêche nous apprend que nos amis anglais et américains, visiblement plus sensibles à la liberté économique qu’à la liberté artistique, trouvent l’album scandaleux au point de le vendre au rayon adulte, voire de ne pas le vendre du tout. Comme Philippe Bilger qui s’est ému du sujet sur son blog, je songe au nombre d’ouvrages anciens, philosophiques ou romanesques, que nous allons devoir censurer, partiellement ou totalement, si nous nous engageons dans cette voie absurde.

Je me rappelle surtout avoir lu dans le très amusant Tournesol illustré (Casterman), qui relate les grandes inventions du professeur Tournesol, la lettre qu’avait adressée à Hergé en novembre 1967 une lectrice atteinte de surdité. Celle-ci s’indignait que l’auteur puisse rire du handicap dont il avait affligé son héros.   Voici ce que lui répondit Hergé :

“Chère Mademoiselle,
Bien sûr, quant au fond, vous avez raison : on ne devrait pas plaisanter à propos des sourds. On ne devrait pas non plus faire rire au détriment des bègues, des obèses, des Anglaises aux longues dents, des Germains à tête de lard, des maladroits qui se prennent le pied dans le tapis, des gens qui écorchent la langue étrangère dans laquelle ils essaient courageusement de s’exprimer, etc.etc…Un auteur ne devrait pas céder à ces tentations. Pourquoi y cède-t-il quand même ? Parce que s’il respectait les préceptes de la charité, il n’y aurait pas de littérature satirique possible.
Vous le voyez, je ne plaide pas non-coupable,. Mais j’invoque, dans le cas de Tournesol, les circonstances atténuantes. Le Professeur n’est pas un infirme pitoyable. Le professeur n’est pas l’équivalent d’un aveugle mais d’un myope ; sa demi-surdité est due à l’âge et n’est manifestement pas de naissance ; ses déboires ne viennent pas d’une “infériorité” mais au contraire d’un excès d’assurance de sa part. Moralement, il ne souffre pas de sa déficience auditive, qui ne l’a pas empêché de devenir un brillant savant, et un homme suscitant bien moins la moquerie que l’estime et l’affection.
Jamais je n’ai pris pour cible un de ces handicapés dont votre lettre me parle d’une façon émouvante et convaincante ; jamais je ne tomberai dans cet odieux, cela va sans dire”.

Que Tintin au Congo exprime la vision erronée de l’époque sur l’Afrique, c’est possible. J’ai oublié cet album qui n’a jamais été mon préféré. D’ailleurs, il fut controversé, dit-on, dès sa sortie en 1931 et amendé par l’auteur. Mais que l’on vienne, 80 ans plus tard, demander qu’il soit retiré des étals, là, franchement, j’en reste sans voix. Au vu de la lettre ci-dessus, je ne puis d’ailleurs que m’inquiéter pour l’avenir de l’oeuvre d’Hergé. Qui nous dit en effet qu’une association de capitaines de navires ne va pas se sentir humiliée soudainement par le portrait d’ivrogne colérique que dresse Hergé des marins à travers le personnage d’Haddock ? Quelle diva ne s’indignerait pas d’être incarnée par la Castafiore ? Et que peut bien ressentir l’éminente communauté des détectives à la vue des consternantes maladresses de Dupont et Dupond ? Sans compter les scientifiques qui auraient raison d’être vexés qu’on puisse réduire la science à quelques inventions grotesques comme l’appareil à brosser les vêtements, le sous-marin requin ou les patins à roulettes à moteur.

Je me demande d’ailleurs s’il est très sain de laisser ces ouvrages aux enfants. Entre le capitaine qui boit, Milou que la vue d’un os pousse facilement à désobéir à son maître, Tintin qui prend des risques inconsidérés tout au long de ses aventures, je pense que les tribulations du petit reporter devraient être définitivement classées dans la catégorie “adultes avertis”. Mille sabords! Heureusement qu’on s’en est enfin rendu compte !

Mise à jour 17h03 : Jules de Diner’s room nous propose une analyse juridique de l’affaire. C’est ici.

1 septembre 09

J’ai lu Grazia pour vous

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:17

Connaissez-vous Grazia ? C’est le nouvel hebdomadaire féminin lancé par le groupe de presse Mondadori. On nous annonce une parution résolument moderne, mêlant la mode, l’actualité et le people. On nous promet un ton impertinent destiné à “une fille moderne, exigeante, sans tabou”.

L’impertinence, vous me connaissez, j’adore, mais je me demandais avant d’ouvrir le journal comment un féminin, qui est avant tout un aspirateur  à pub de luxe, pouvait bien donner dans l’impertinence. C’est dangereux l’impertinence, en tout cas la vraie, ça peut inquiéter les esprits farouches des responsables de pub. Quant à la fille “moderne, exigeante, sans tabou”, j’avais quelques sueurs froides, n’était-on pas en train de me décrire Paris Hilton ; en langage de presse féminine, “moderne, exigeante sans tabou” ça désigne, me semble-t-il, la fille riche et branchée qui écrase tout le monde d’un talon aiguille indifférent.

Las ! Mes craintes étaient fondées. Un journal, c’est une manière de voir le monde. Au fil de ses pages, vous devinez souvent le public auquel il s’adresse, mais aussi le regard sur la société que portent ceux qui le conçoivent. On aurait pu espérer sortir des clichés des féminins classiques qui nous renvoient l’image de cruches superficielles incapables de survivre sans le dernier sac à main à la mode, convaincues que les crèmes anti-rides font de l’effet, que le bronzage est la condition sine qua non de la beauté, la maigritude un impératif catégorique kantien et les hommes des ennemis à abattre au bureau et à mater à la maison. Pour ces magazines, le sex toy est le nouveau doudou des femmes branchées, Gavalda le plus grand écrivain contemporain et l’astrologie une science exacte. Eh bien non, on n’en est pas sorti de ce scénario avec Grazia, bien au contraire.

La cible ? Les célibataires à haut pouvoir d’achat

Chez Grazia,  il n’y a même plus ni problème de couple, ni enfants, ni chagrin d’amour pour contrebalancer la futilité traditionnelle de ce genre de publication. D’ailleurs, l’un des rares papiers d’actualité encense le modèle des trentenaires à haut pouvoir d’achat qui refusent de s’engager et préfèrent sortir tous les soirs avec des copines plutôt que d’écailler leur vernis à ongle en s’occupant d’une famille. Ce sont les Lolitas 30 et d’emblée le journal vous dit ce qu’il faut en penser : elles sont rafraîchissantes. Tu parles ! J’en ai des copines célibataires avec un bon job et un ravissant minois, elles sont angoissées au possible et se demandent quel est le sens de leur vie et quand elles vont rencontrer l’âme soeur. Mais bon, un public féminin-célibataire-urbain-qui-gagne-bien-sa-vie, c’est la cible idéale pour un féminin, c’est ce qui plaît aux annonceurs, pouvoir d’achat oblige, alors autant flatter ce modèle et rassurer les lectrices.

Cultiver la fièvre acheteuse

C’est qu’on a des choses à leur vendre et même beaucoup. Entre les 56 pages de pub (sur 180) et les pages mode, on se croirait dans un catalogue La Redoute, en plus chic bien évidemment. Les prix s’affichent en centaines d’euros, même si quelques objets bas de gamme sont présentés pour faire bonne mesure et parce que le dernier chic aujourd’hui c’est d’avoir au moins un objet non siglé sur le dos. Dommage, je me demande toujours pourquoi les pages mode des féminins n’évoluent pas. Après tout, la mode est une activité intéressante qui mobilise de nombreux talents. Pourquoi ne pas expliquer comment est fabriqué tel objet de luxe, en quoi il est “beau”, quelle est l’histoire d’une marque, faire le portrait d’un créateur, replacer la mode dans son contexte, la comparer par exemple avec le design contemporain du mobilier, expliquer comment émerge une tendance, bref cultiver les lectrices au lieu de leur asséner : c’est beau parce qu’on vous dit que c’est beau. C’est le “must have” de la saison comme ils disent, comprendre que si on n’a pas le sac, la ceinture, la robe, le pantalon, la veste de la saison, on est définitivement ringarde.

De l’actu pour assurer dans les dîners en ville

Mais voyons donc les quelques pages actualité et culture coincées au milieu de tout ce fatras de stilettos, crèmes de beauté, tubes de rouge à lèvres, et autres indispensables de la femme moderne. On me dit que Grazia c’est 45% de mode et beauté, 35% d’actu, 10% de people et 10% de culture. Tout un programme. En fait d’actu, je vais vous dire ce qu’on nous propose. D’abord l’incontournable papier sur l’oppression des femmes en Afghanistan, avec l’incontournable et très esthétique photo de burqa. Fort heureusement, nos lectrices elles, comme on l’a vu au-dessus, sont délivrées de la tutelle des hommes, ce sont des Lolitas 30.  Par comparaison, elles sont forcément plus heureuses. Ensuite, on nous glisse une enquête sur les enfants dans les centres de rétention qui a l’air aussi à l’aise dans ce journal qu’un reportage de guerre dans Mickey magazine. On nous parle encore des ravages du H1N1 chez les people, de la culture du cannabis en Californie  et des tracas financiers de je-ne-sais-quelle photographe de stars.  Entre nous, j’ignore dans quels dîners en ville on aborde ces sujets, en tout cas, ce n’est pas dans les miens.

Beigbeder, encore et toujours

Reste la culture. Evidemment, on vous y parle de ce qui buzz. L’objectif n’est  pas en effet d’apprendre la sortie d’un livre, d’un CD, d’un spectacle de qualité, mais de ne surtout pas ignorer de quoi tout le monde parle, pour éviter l’atroce “Comment ?!!!!! mais tu n’es pas au courant, c’est diiiiiingue”. Sans surprise, la rubrique littérature est occupée par Beigbeder, dont on dit que c’est un bon écrivain. Sans doute, puisqu’il y a des gens pour le penser….

En pleine crise, il est intéressant de noter que les créateurs du magazine ont exclu tous les sujets anxiogènes. Le ton est résolument positif, léger, la consommation y est vantée à chaque page et les people semblent les nouveaux dieux de notre vie moderne, à nous les femmes. Un olympe où tout le monde est beau, riche et bronzé. Au fond, il est possible que Grazia réponde réellement à une attente. C’est un beau produit, en papier glacé, avec une maquette agréable quoiqu’un peu confuse. Je trouve néanmoins désespérant le portrait qu’achève de peindre ce nouveau magazine de la femme française. La tendance de la presse féminine à réduire la femme aux question de sexe, d’enfants, de mode et de cuisine me paraissait déjà consternante. Chez Grazia, elle n’est plus qu’une addict de la mode, seule, riche et fière de l’être.

Une chose m’étonne, il manque une devise à ce journal qui en résumerait l’esprit. Alors j’en propose une : “A 30 ans, si tu n’as pas de sac Prada, t’as raté ta vie”.

Note : Arrêt sur images recense les articles commentant la sortie du magazine. C’est ici et c’est en accès gratuit. Voyez notamment l’excellent papier des Echos (également gratuit), sur le marché publicitaire des féminins (en baisse de 17%) et le positionnement concurrentiel du titre.

26 juin 09

“Edition spéciale”

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 09:49

Avez-vous regardé les chaînes d’info ce matin ? Si oui, vous aurez sans sans doute observé qu’elles ont toutes consacré des éditions spéciales à la mort de Michael Jackson. Avec les grands classiques : interview des gens qui sont tristes, images de rassemblements divers et variés, témoins, spécialistes, archives. Il n’y avait plus d’autre actualité dans le monde ce matin que cet événement là. En édition spéciale, avec bande défilante pour bien enfoncer le clou. Et du rouge partout. “Urgent”, Edition spéciale”" etc, etc.

Néanmoins, toutes les chaînes n’ont pas bouleversé leur grille dans les mêmes proportions.

Mention spéciale à LCI qui a été la plus raisonnable. Les rubriques sports, économie, la chronique le Christophe Barbier ont été maintenues. L’information s’est cantonnée à occuper l’essentiel du journal. Mais il était possible de glaner quelques informations autres, y compris dans le journal. LCI recevait ce matin Christine Lagarde. Là encore, une autre information que la mort du chanteur a trouvé sa place. Il est vrai qu’on ne décommande pas un ministre.

BFM a été plus loin en bouleversant presque totalement ses programmes. Même la revue de presse qui, habituellement, présente les Unes des quotidiens, y compris économiques, s’est cantonnée à montrer les Une consacrées à Michael Jackson. La Tribune et les Echos sont donc passés à la trappe. Seule l’interview de Bourdin a été maintenue et pour cause, l’invité était Laurent Wauquiez. En voilà encore un qu’on ne décommande pas.

C’est I-Télé qui a fait le plus fort dans l’exercice de l’Edition spéciale. Aucune autre information (entre 7h45 et 8h30) que la mort de Michael Jackson, en boucle, en images et en musique. Même l’invité politique a été remplacé par l’auteur d’un livre sur le chanteur.

Il est vrai que les médias ont un rôle rassembleur et que le chanteur était une star planétaire. Alors rassembler sur ce qui rassemble déjà naturellement, c’est du billard. Vrai aussi que les journalistes aiment l’émotion, pas seulement parce que c’est vendeur, mais aussi parce que c’est à cela qu’ils carburent. L’information est une drogue dure, plus elle est exceptionnelle plus le shoot est puissant. Et cette émotion, cette adrénaline, forcément ils la diffusent au public… jusqu’à l’écoeurement.

22 juin 09

Lettre à Vendredi

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:23

L’Hebdomadaire Vendredi, fondé notamment par Jacques Rosselin qui en est le directeur de la rédaction, vient de sortir un numéro spécial d’été de 92 pages proposant un guide des meilleures sources du web, ainsi qu’un tour de la nouvelle info en 80 billets. Tout cela serait fort intéressant si, à nouveau, on ne venait opposer artificiellement blogging et journalisme, en créant au passage une confusion regrettable entre information et opinion ainsi qu’entre production de l’information et diffusion.

Monsieur le Directeur de la rédaction,

Lorsque Vendredi est sorti, j’étais pleine d’espoir. Songez donc, la création d’un titre papier à l’heure actuelle, ça n’est pas rien. C’est un pari contre la morosité ambiante et contre tous les déclinologues qui nous annoncent la mort de la presse, en particulier de la presse papier. Le plus intéressant dans votre pari, c’est que vous aviez choisi une voie inédite : publier le grand concurrent, j’ai nommé le web. Celui-là même qui, dit-on, nous tue. C’est donc, me disais-je alors,  que le bon vieux papier conserve ses lettres de noblesse, que bon an mal an, la technologie n’a pas effacé le prestige de l’imprimé.

Mais au bout de quelques numéros, j’ai observé que pour séduire ces blogueurs qui vous fournissent  un contenu à peu de frais – les droits d’auteur coûtent moins cher que des journalistes salariés, n’est-ce pas ?-, qui constituent aussi votre coeur de lectorat – “allons bon, j’y suis ou pas dans Vendredi cette semaine ?” – et représentent une multitude d’agents promotionnels gratuits – “hé le copains, Vendredi a reproduit un de mes billets, achetez-le, ce journal est super !”- pour les séduire donc, vous avez attisé la méchante petite rivalité entre journalistes et blogueurs. Alors, j’ai cessé de lire Vendredi et  j’ai décliné votre proposition de contrat de collaboration, faute d’adhérer à la ligne éditoriale.

J’aurais également tu l’agacement que vous suscitiez chez moi, si je n’avais eu la faiblesse d’acheter votre numéro spécial en me disant, “allons bon, ce n’est pas très grave, voyons donc ce numéro de l’été, il est sûrement intéressant” (toujours aussi doué Rampazzo, n’est-ce pas ?). Et puis vous parliez en Une de la “Nouvelle info” alors forcément, en tant que journaliste,  l’info ça m’intéresse, toute l’info, d’où qu’elle vienne et surtout si elle est nouvelle !

Las ! Dès que je me suis plongée dans votre éditorial, j’ai constaté avec regret que vous n’aviez pas renoncé à opposer “médias traditionnels”, je préfère dire “professionnels”, et blogs. Vous voici lançant à vos lecteurs qu’ils peuvent bien s’obstiner à retourner vers les “excellents sites” de leurs médias habituels, Le Monde, Le Figaro, Libération, mais qu’ils seront sans doute plus séduits par les nouvelles sources car, soulignez-vous, la défiance vis-à-vis des médias va croissant “tous les sondages le confirment”. Puis vous enfoncez le clou “Et avec un pouvoir qui revendique sans complexe sa proximité avec les patrons des grands médias, cela ne devrait pas s’arranger. Une seule solution donc, se jeter avec des râles de soulagement sur ces blogs et ces sites d’info, nouveau lieu de la liberté de ton et de l’information libérée des connivences et des pressions économiques”. Mazette ! Avez-vous songé un instant que c’était de vous, vous le fondateur de Vendredi mais aussi de Courrier International, que vous parliez de façon si critique ? Il y a un paradoxe vous ne trouvez pas à lancer un journal papier tout en dénigrant avec autant de force  la presse et le journalisme ?

Surtout que vous insistez en répondant par anticipation aux réserves traditionnelles émises par ceux qui ne sont pas (encore) totalement addicts au web. L’info sur le web ne serait pas fiable, bah ! celle du Journal de 20h ou de votre grand quotidien non plus, expliquez-vous. Et puis vous ajoutez “sur le Net une info bidonnée est rapidement montrée du doigt et a beaucoup moins de chance de survie qu’une fausse interview de Fidel Castro”. Dieu quel coup bas ! Voulez-vous vraiment que l’on compare les bidonnages du web et ceux de la presse ? Puis vous ajoutez que certains blogueurs spécialisés en économie sont bien plus calés que Jean-Marc Sylvestre.  Au royaume des aveugles en effet…

On dit qu’il y a beaucoup de bêtises sur le web. Il y en a aussi beaucoup dans la presse, rétorquez-vous. Et voilà le fameux argument du nivellement par le bas. Quelle ambition ! Au passage, si la presse comme vous dites, ne se critiquait pas elle-même, ce qui est évidemment faux,  que faites-vous d’autre dans cette édito que de critiquer la presse et qui êtes-vous si ce n’est un homme de presse, justement ? C’est facile n’est-ce pas de taper sur les journalistes ? Ils ont bon dos, comme les politiques “tous pourris”, les fonctionnaires, “ces fainéants”, ou les flics ” tous des fachos”. Facile et ô combien vendeur !

Mais venons-en à la suite de votre argumentation. Je vous cite : “D’autres grincheux vous expliqueront que, sur Internet, “on ne trouve que du commentaire” ou de la resucée d’informations déjà publiées. Faites un jour l’exercice de consommer vos infos du matin sur le Net, puis lisez les journaux ou écoutez la radio. Les rédactions de journaux télé ou papier, de plus en plus maigres, n’ont plus les moyens de produire l’info et s’abreuvent aux fils d’agences, reprennent la presse étrangère et commentent. Tout comme les blogueurs auxquels ils finissent par ressembler étrangement”. C’est pourquoi, je suppose, vous avez joyeusement sauté une étape et décidé de publier les blogueurs. Vous avez raison, vous voici de plain-pied dans un futur improbable.  Allons donc, votre test, j’y procède tous les matins pendant une heure. Et je n’aboutis absolument pas à la même conclusion que vous. La plupart du temps, mes blogueurs favoris ne sont pas encore levés, et n’ont pas commenté l’actualité, tandis que mon journal est déjà depuis l’aube en kiosque, et que la radio et la télévision m’informent sans discontinuer. Je ne puis donc sur Internet que me replier sur…l’AFP et les site de presse. Et lorsque les blogueurs commentent enfin l’information que leur ontdélivré les journalistes, ils donnent des opinions, plus ou moins éclairées, pas des faits nouveaux, ceux-là même qu’on nomme information.

Pour finir, vous dressez le portrait d’un monde prochain de l’information où tout le monde sera sur le même plan, journalistes, blogueurs, citoyens lambda car seule la réputation comptera et non pas la carte de presse. Allons, fichons lui la paix à cette carte de presse. On la présente volontiers comme un privilège quand ce n’est qu’une carte d’identité professionnelle (c’est son titre exact) attribuée à tous ceux qui tirent l’essentiel de leurs revenus d’une activité journalistique professionnelle. Eh oui, parce qu’il y a des professionnels de l’information, c’est-à-dire des gens soumis à des règles, encadrés, responsables de leurs écrits, qui ont fait du journalisme leur métier. Et ceux-là ne se confondent pas avec ces gens libres de toutes contraintes, amateurs, que sont les blogueurs.  Je ne m’explique pas cette obsession farouche chez certains de vouloir gommer cette différence. C’est si ennuyeux que cela d’avoir, là comme ailleurs, des professionnels et des amateurs ? Au nom de quel égalitarisme de bas étage faudrait-il supprimer cette différence ? Surtout qu’elle fait particulièrement sens entre blogueurs et journalistes, vu qu’ils ne font pas du tout la même chose. On confond un peu trop vite je trouve la diffusion de l’information, dont nous ne sommes plus en effet les acteurs exclusifs, et la production de l’information qui demeure notre vocation.

Seulement voilà. Il faut porter la double casquette de journaliste et de blogueur, comme je le fais depuis plusieurs mois,  pour saisir à quel point il n’y a rien de commun entre les deux activités. Au demeurant, les lecteurs ne s’y trompent pas. D’ailleurs, je les ennuie avec ce billet, ils m’ont dit à plusieurs reprises que cette querelle était à leur yeux un non-sujet. Ils ont raison. Sauf que, visiblement, il ya encore des gens pour y croire, essentiellement dans la presse, cette presse si excitée d’assister à ses propres funérailles et composant elle-même la partition de son requiem. Il n’y a plus que quelques gens de presse, au fond, pour prétendre qu’Internet va tuer le journalisme et les blogueurs remplacer les journalistes. Normal, ils ont peur et quand on a peur, on est prêt à croire n’importe quoi, surtout le pire. Et le pire ici, est agité par une poignée de blogueurs américains agressifs qui, en effet, veulent la peau de la presse. A chaque pays ses extrémistes, est-il nécessaire d’importer ces théories en France, simplement pour se croire moderne ?

Et si, au lieu de fantasmer le futur, nous construisions l’avenir tout simplement ? Un avenir où les citoyens disposeraient d’une presse de qualité, quelqu’en soit le support, ainsi que de multiples relais pour discuter, critiquer, diffuser cette information ?  A quoi bon opposer ce qui se complète si bien, comme si Internet ne pouvait réellement s’imposer que sur les cendres des médias dits “traditionnels” ? Faut-il nécessairement dénigrer les journalistes pour valoriser les blogueurs ?   Renoncer aux faits pour ne plus vouloir entendre que des opinions ? Nous savons bien au fond que l’information journalistique, si irritante et imparfaite qu’elle soit, conserve une présomption de fiabilité supérieure aux autres informations, excepté aux yeux de quelques contestataires  friands de chemins de traverse. Tous les fantasmes futuristes du monde ne peuvent faire oublier qu’il faudra toujours des professionnels dédiés à l’information sur les faits, des témoins sur le terrain, rompus à l’exercice, soumis à des exigences professionnelles. Ceux-là même sans qui l’exercice du blog et, plus généralement, du débat public serait impossible. Souvenons-nous à ce propos de cette remarquable observation d’Hannah Arendt sur les faits et les opinions :

“Les faits sont la matière des opinions, et les opinions, inspirées par différents intérêts et différentes passions, peuvent différer largement et demeurer légitimes aussi longtemps qu’elles respectent la vérité de fait. La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat”.

(La Crise de la culture).

19 juin 09

L’affaire Valls continue…

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 13:31

Après le buzz, puis les grandes phrases indignées, voici venue la pétition !

Eh oui, le Parisien, relayé par @si, signale qu’une pétition circule depuis quelques jours sur Internet, intitulée “Pour le droit au respect”, à la suite bien sûr des propos de Valls dont nous avions parlé ici. Allez donc la lire, elle vaut son pesant d’or ! Du coup, la polémique rebondit. Pour Bénédicte Charles, chez Marianne, il est absurde de soupçonner Valls d’être raciste, dès lors, il se pourrait bien que les raisons de l’indignation contre l’homme politique doivent être recherchées plutôt du côté de ses intentions vis à vis des présidentielles de 2012. De son côté, Daniel Schneidermann sur @si,  soupçonne une simple volonté d’attirer l’attention des médias et dénonce cette langue de bois un peu sophistiquée et très efficace qui consiste à faire semblant de parler vrai pour faire parler de soi.

Toutes les interprétations sont possibles. Valls pour sa part répond au Parisien qu’il n’entend pas retirer ce qu’il a dit. Quant à moi, je maintiens que ces réactions hystériques dès que l’on aborde certains sujets sont un encouragement à la langue de bois généralisée. Que cette “sortie” apparemment spontanée ait été en réalité préméditée ou bien encore que les indignés aient des raisons inavouables de pousser des cris d’orfraie n’y change rien. Le niveau du débat, si débat il y a d’ailleurs, est consternant.

De toutes les tyrannies, celle de la bien-pensance est la plus pernicieuse car elle a l’audace de se parer des vertus démocratiques.

2 juin 09

Qui a cassé le “jouet” Susan Boyle ?

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 15:12

Il y a quelques semaines, je m’émouvais ici de la belle voix de Susan Boyle et me réjouissais de son succès, tout en espérant qu’une fois les projecteurs éteints elle s’éloigne du monde infernal du show bizz. Il  me semblait que cette femme n’était pas taillée pour les paillettes et l’infecte univers qu’elles recouvrent, que ceux qui l’avaient méprisée, puis adulée, n’allaient pas tarder à la briser pour conclure avec une insupportable commisération qu’elle n’était pas faite pour “la dure loi de la célébrité”. L’actualité malheureusement confirme ce pressentiment (voir l’analyse d’asi sur les réactions de la presse britannique – (payant-). Au fond, elle n’était pas faite en effet pour l’exercice, mais ce n’est pas celui de la célébrité, comme ils disent, c’est celui façonné par une poignée de décervelés – producteurs et animateurs - pour qui tout ce qui n’est pas jeune, bronzé, et branché ne mérite que le mépris. Cette même poignée de sans scrupules qui attirent le candidat aux paillettes sur le mode, “tu veux entrer dans notre monde coco, soit, mais tu vas en baver et on ne t’aidera pas, compte pas là-dessus”. Les jeux du cirque sont ouverts, que le meilleur gagne ou plutôt survive ! Résultat, Susan Boyle qui ne bénéficiait ni d’une carosserie à la Tex Avery susceptible d’attendrir un producteur ni de la mentalité du héros de American Psycho pour nager avec les requins a été hospitalisée d’office. Elle a craqué, après avoir terminé deuxième du “concours”. C’était écrit.

Et la presse britannique de faire le procès des médias, de la télévision et du public qui, finalement serait en dernier ressort le principal responsable. C’est lui qui exige ces émissions me dit-on, lui qui encense ou démolit un candidat, bref, c’est lui, autrement dit nous, qui commandons. Ah bon ? Est-ce vraiment le public ? N’est-ce pas plutôt l’idée que se font les producteurs du public ?  Qu’est-ce que c’est que cette tyrannie contemporaine du jeune prodige, bien looké, capable de danser, de chanter n’importe quel répertoire, acceptant de confier ses états d’âme à la caméra et de se soumettre à un jury de pacotille ? Qu’est-ce que c’est que cette comédie du vote populaire pré-formaté sur la base d’un produit de marketing télévisuel dans lequel l’image compte pour tout et le talent pour presque rien ? Croit-on que Brassens, Brel, Ferré, ou même Piaf et Aznavour auraient passé avec succès ces concours faussés à la base ? Où est-il ce public qui soi-disant applaudirait à la cruauté de l’exercice ? Certes, on lui montre le vainqueur pleurant de bonheur, mais je ne me souviens pas qu’on lui ait montré aussi les candidats brisés qui s’effondrent dans les coulisses ni qu’il existe un droit de suite sur tous les laissés pour compte, les victimes de ces gloires aussi fausses qu’éphémères. Qu’on envoie donc ces productueurs et ces animateurs bronzés et liftés animer des soirées mousse à Ibiza ou s’arroser de champage à la Voile rouge et qu’ils cessent de prétendre nous donner ce qu’on attend quand ils ne font qu’imposer leur insupportable vacuité et en tirer les juteux bénéfices. Ils ont jeté Susan Boyle aux chiens, ils ont excité la meute, orchestré son dépeçage, qu’ils ne viennent pas nous dire maintenant qu’ils l’ont fait au nom du public. Il n’y a qu’eux pour le croire.

L’histoire de Susan Boyle incarne à merveille les dérives de ce type d’émissions. Elle pourrait servir d’alarme, interpeller sur les limites de l’exploitation par les caméras des rêves de célébrité de quelques uns. Je gage qu’il n’en sera rien. Autrefois on montrait des monstres dans les foires, aujourd’hui on présente des talents réels ou supposés aux téléspectateurs, mais au fond, rien n’a changé. Il s’agit toujours de broyer de l’humain sous prétexte d’amuser les foules. Jusqu’à quand ?

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