La Plume d'Aliocha

17/04/2013

Confessions d’un ministre déchu

Classé dans : Coup de griffe,Mon amie la com',questions d'avenir — laplumedaliocha @ 16:07

Le grand théâtre médiatique donnait hier soir une représentation exceptionnelle : Confessions d’un ministre déchu. Dans le premier rôle : Jérôme Cahuzac. Pour lui donner la réplique : Jean-François Achilli, directeur de la rédaction de RMC. Production, mise en scène : BFM TV/RMC. Scénario et dialogues : Anne Hommel, conseillère en communication, déjà intervenue aux côtés de DSK lors de sa grande confession au 20 heures. Pour ceux qui auraient manqué l’événement, il a eu lieu à 18 heures et a duré 28 minutes, puis il a  été rediffusé et commenté durant toute la soirée sur BFM TV. La vidéo intégrale est visible ici. Fabriquer l’information puis analyser l’événement qu’on a créé, voilà qui laisse rêveur…Avant toute chose, une précision : on comprend la satisfaction de BFM TV et RMC d’avoir décroché la première interview de l’ancien ministre. Ainsi marche le système, c’est un cirque Barnum permanent, les médias l’alimentent autant qu’ils s’en trouvent prisonnier. Cette interview fait partie des choses qui ne se refusent pas même si tout le monde a compris qu’ici la communication a pris le pouvoir sur l’organe d’information en jouant sur ses mécaniques secrètes.

Part d’ombre et pardon

On ne peut s’empêcher de frissonner à la vision de cette prestation axée entièrement sur le pathos et conçue en application des règles classiques de la com’ de crise :  reconnaître le préjudice, avouer la faute, demander pardon, en tirer les conséquences pratiques (Jérôme Cahuzac renonce à ses fonctions de député, mais pouvait-il en être autrement ?). On notera au passage l’influence américaine évidente qui fait songer aux confessions de Bill Clinton. Pour le reste, il n’est pas difficile d’imaginer l’agacement des journalistes de Mediapart qui ont révélé le scandale face à cet exercice qui ressemblait à tout sauf à de l’information. L’interview a permis en effet de déconstruire une partie des accusations en transformant les possibles infractions pénales examinées par la justice en simple faute morale. Le mot "légal" n’a été prononcé  que deux fois par l’intéressé. D’abord lorsqu’il a dû se justifier sur ses activités de conseil auprès des laboratoires pharmaceutiques suite à son départ du ministère de la santé. Elles étaient légales, assène-t-il. Ensuite lorsque le journaliste lui a demandé s’il allait renoncer à ses indemnités de ministre. C’est un problème juridique entre les mains de mon avocat, a rétorqué Jérôme Cahuzac. Autrement dit, le droit ne lui est pas opposable, mais il en revendique dans le même temps l’application lorsqu’elle le sert. N’est-ce pas déjà ce que l’on avait compris de son action au budget (en lien, un passionnant papier d’Ariane Chemin) ?  Pour le reste, la ligne mélodique de l’entretien a été "part d’ombre". C’était pas mal trouvé. "On ne comprend bien que ce qu’on sent en soi" écrivait Steinbeck. Ici, la part d’ombre est une fragile passerelle jetée au-dessus du gouffre de l’indignation pour réunir le téléspectateur-juge et l’accusé dans une conscience partagée de notre faiblesse humaine. A la fin de cet embarrassant et spectaculaire déballage de sentiments intimes, on ne pouvait que s’interroger sur l’apport de la prestation en termes d’information. Nul ! Nous n’avons rien appris et pour cause. L’intéressé est tenu au secret sur l’affaire s’il ne veut pas irriter ses juges et sans doute aussi pour d’autres raisons plus troubles d’ordre politique. Au demeurant, l’objet d’une telle prestation n’est pas d’informer, mais de corriger une image. Il est réconfortant de constater que la presse ce matin n’adhére pas du tout à  cette instrumentalisation grossière. Un certain public au contraire se dit touché, et c’est fâcheux, surtout de la part d’un ex-magistrat qu’on a connu plus sceptique sur les déclarations médiatiques des personnes mises en cause sur le terrain judiciaire.

Pendant ce temps, France 5 évoquait Florange…

Qu’importe, les exercices de ce type vont se multiplier malgré les protestations de principe sur leur caractère éthique, et les doutes légitimes sur leur efficacité. Il y a eu ces derniers mois DSK et son mea culpa au 20 heures,  Jérôme Kerviel le soir même de sa condamnation chez RTL, puis au JT et quelques jours plus tard chez Ruquier, Takieddine chez Ruquier aussi et maintenant Cahuzac sur RMC/BFMTV. Tout ceci nuit à la sérénité de la justice, enfume les esprits, pollue l’information, mais semble néanmoins inéluctable. Dans une société où l’écran a pris une telle importance, où les médias font et défont des réputations, comment reprocher aux intéressés de tenter de retourner en leur faveur le système qui menace de les broyer  ? Exhibitionnistes et voyeurs façonnent ensemble un monde obscène, largement encouragés par le développement des technologies dites de l’information.

Tandis que BFM TV commentait jusqu’à la nausée ce non-événement absolu en termes d’information, France 5 diffusait un documentaire remarquable intitulé "La promesse de Florange"  par Anne Gintzburger.  Il fallait zapper entre les deux, voir les larmes d’Edouard Martin et les mimiques douloureuses de Jérôme Cahuzac en simultané,  pour effleurer la différence substantielle entre la sincérité et la mise en scène, l’injustice et la sanction méritée, la réalité nue et les artifices politiques. L’effet de contraste était stupéfiant. On peut se passer de voir les confidences de Jérôme Cahuzac, pas de visionner le reportage sur Florange. Hélas, je gage que le premier fera davantage recette que le second. Business is business…

27/03/2013

Au bal des indécents

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 16:02
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Hieronymus_Bosch_040Il y a des jours où l’on est frappé par l’indécence du discours médiatique. C’est une question de degré de cohérence entre le verbe et la réalité, de circonstances, d’air du temps. Et sans doute aussi, je l’admets, d’humeur personnelle.

Tenez par exemple, il y a la tristesse de Carla Bruni à l’évocation de la mise en examen de "mon mari", évoquée ce matin sur BFM TV juste après un reportage sur une nouvelle usine qui ferme. Comme il est détestable ce discours apitoyé, tandis que les images nous  montrent l’intéressée une guitare à la main, ses lunettes de star sur le nez, en train de prendre place dans une énorme berline avec chauffeur. Choc de l’enchaînement des sujets, problème d’illustration aussi. BFM TV aurait diffusé en même temps que les confidences de Carla, des images de Nicolas Sarkozy au Palais de justice,  la chose serait apparue plus supportable. Mais là… on peine à éprouver une quelconque empathie pour cette ex et potentiellement future "première dame", en la voyant évoluer dans un monde parallèle avec la gracieuse désinvolture de l’insouciance.

Pendant ce temps, la mayonnaise n’en finit pas de monter au sujet de la manif’ pour tous. Internet se bidonne en parodiant le malaise de Christine Boutin. Et la dame, bonne joueuse,  d’applaudir tant de bel humour. Que faire d’autre, me direz-vous ? Rien. Toute autre attitude de sa part refermerait sur elle le piège médiatique. Un bouc-émissaire ne saurait sortir du rôle qui lui est assigné sans déclencher l’indignation générale, et donc aggraver singulièrement son cas. Hélas, quand on n’a pas l’heur d’appartenir au camp de ses détracteurs aveugles, on ne peut que relever la bêtise indécente qu’il y a  à se moquer d’une personne victime d’un malaise, fut-il bénin. Accessoirement, il ne doit pas y avoir beaucoup d’exemples – hors périodes révolutionnaires – de personnalité politique faisant les frais dans une manif’ d’une riposte policière.  Tant pis si le dire place l’auteur du propos dans la détestable position de gâcher la fête,  de rompre la grande chaîne de la rigolade, de jouer les angéliques égaré au milieu d’un bestiaire qui n’est pas sans rappeler parfois l’univers de Jérôme Bosch.

La polémique quant à elle, car il en faut au moins une, se concentre sur l’utilisation par l’opposition d’expressions du type "ils ont gazé" des enfants, des vieillards et des poussettes. Les professionnels du combat politico-médiatique n’ont pas mis longtemps pour trouver la parade sur ce sujet embarrassant en hurlant à la comparaison indigne, au sous-entendu monstrueux, à l’allusion ignoble aux horreurs nazies. C’est vrai qu’en l’espèce, le raccourci est insupportable. Il aurait fallu dire : "les forces de l’ordre ont répliqué avec des aérosols propulsant une substance irritante pour les yeux nommée gaz lacrymogène sur des personnes en bas  âge, dont certaines transportées dans de petits véhicules à roulettes communément appelées "poussettes", ainsi que sur des individus situés à l’autre extrémité de la vie". Trêve de plaisanterie. Qui est le plus indécent en l’espèce ? Celui qui utilise une expression choc potentiellement ambiguë,  ou celui qui intente un procès d’intention en recourant sans états d’âme à la méthode infâme qu’il dénonce aux fins de discréditer son contradicteur ? A moins que l’indécence ne réside  dans le fait de sous-estimer le public en pensant vraiment qu’il va adhérer à ces trucs de bateleurs. Je proposerais bien que l’on condamne les deux camps pour délit d’indécence en réunion, mais au fond à quoi bon ? Le plus sage est encore de coiffer son bonnet à grelots et d’entrer joyeusement dans la danse.

24/03/2013

Sans nouvelles de Marianne…

Classé dans : Comment ça marche ?,Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:36
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L’un d’entre vous m’a demandé par mail pourquoi on ne me lisait plus sur le site de l’hebdomadaire Marianne depuis quelques mois. Eh oui, pourquoi, ai-je soudain songé….

En 2009, Philippe Cohen qui s’occupait à l’époque du site m’a demandé si je souhaitais faire partie des blogueurs associés. Mettant de côté mon allergie pour les entreprises de presse qui rentabilisent des contenus gratuits en vendant aux intéressés l’espoir d’une visibilité (cette visibilité avec laquelle, comme chacun sait, on paie son loyer et ses courses au supermarché), j’ai répondu oui. Parce que je lis, ou plutôt je lisais, Marianne depuis sa création en 1997, parce que j’aimais bien Philippe, parce qu’au coeur de la crise de la presse, je voulais bien – pour un temps donné – aider dans la mesure de mes moyens le site à se développer. L’opération ne me rapportait rien. Pas même l’abonnement gratuit au journal papier que moi et d’autres avons réclamé sans succès durant plusieurs années. Quant au trafic sur mon blog, figurer dans la blogroll d’Eolas m’a toujours envoyé plus de lecteurs que d’être "associée" à Marianne. De son côté, le site a profité durant des années de mon "contenu", lequel s’est avéré souvent juteux en termes de visites. J’ai souvenir de 50 000 visiteurs en quelques heures sur un billet concernant Ruquier, et de plus de 80 000 au plus fort de l’affaire Kerviel (chiffre en haut à droite de la page, qui évoque à tort le nombre de commentaires)…Philippe avait  la courtoisie de nous inviter à dîner dans la rédaction une fois par an et de nous associer à la vie du journal comme du site en nous informant des évolutions éditoriales. C’était friendly de sa part. A défaut de gagner de l’argent, nous participions à une aventure et nous passions de bons moments.

Et puis en juin dernier de mémoire, il a annoncé qu’il cessait de s’occuper du site.  Toute l’équipe rédactionnelle est partie et a été remplacée, m’a-t-on dit, par un professionnel du marketing….Pour ceux qui auraient loupé un épisode, je rappelle que la sortie de son livre co-écrit avec Pierre Péan sur Le Pen a consommé le divorce entre lui et la direction de Marianne cet automne. Philippe a quitté l’hebdomadaire en janvier. Mais reprenons le fil de notre petite histoire. Pendant les mois qui ont suivi le changement de pilotage, Marianne a continué de reprendre mes billets. Et puis à partir de fin décembre, plus rien. Le dernier des quelque 245 billets reproduits sur le site depuis 2009 (chiffre tiré du moteur de recherche de Marianne) a été mis en ligne le 11 décembre. Par curiosité, je suis allée voir  et j’ai cru comprendre qu’il était désormais alimenté quasi-exclusivement par la rédaction. Il ne reste que 2 ou 3 blogueurs, parmi lesquels Juan de Sarkofrance. Même Philippe Bilger a disparu ce qui, je l’avoue, a quelque peu consolé mon ego malmené. Intriguée, j’ai envoyé deux mails au patron du journal,  Maurice Szafran, pour tenter de savoir ce qu’il en était exactement. Pas de réponse.

Du coup, je me suis amusée à faire un petit calcul. En imaginant que pour produire le même volume de contenu, Marianne ait fait appel à un journaliste rémunéré à la pige (moi, au hasard…mais sous mon autre casquette), l’équivalent des 250 billets lui aurait coûté au bas mot….60 000 euros. Explications. Les journalistes sont rémunérés selon une unité de mesure nommée "feuillet". Un feuillet par convention représente 1 500 signes espaces compris (fonction "statistiques" de votre logiciel, environ une demie page word). Le tarif syndical du feuillet doit tourner aux alentours de 66 euros, mais dans les grands titres, il est plus proche de 100, j’ai donc pris 80 (net). Admettons que chaque billet fasse en moyenne 3 feuillets. Nous multiplions 250 articles par 3 feuillets, par 80 euros, cela nous donne 60 000 euros si le règlement s’effectue en droits d’auteur (ce qui est en principe interdit pour les journalistes, mais je le signale pour les blogueurs non journalistes) auxquels vous rajoutez, si c’est du salaire, les charges salariales et patronales. L’intérêt de cette petite démonstration est de montrer l’économie que représente l’utilisation de contenu gratuit sur le Net pour les éditeurs de presse….En creux, cela permet aussi de mesurer l’étendue du manque à gagner pour les journalistes de métier dès lors qu’on remplace l’information qu’ils produisent par de l’opinion.  Il me semble qu’un tel "cadeau" de ma part méritait bien un "au revoir et merci". En tout état de cause, quand on décide unilatéralement de rompre un accord, il est d’usage d’en informer l’intéressé.

Voilà, vous en savez autant que moi. Sans commentaire.

Ah si, quand même, une observation annexe. J’ai lu ce matin sur @si (abonnés) que certains sites d’information régionale (pilotés par une boite de marketing) sous-traitaient leur production à des "rédactions" situées en Tunisie. Oui, vous avez bien lu. Pour 300 euros par mois, des diplômés bac +5 disposant d’une "bonne connaissance de la culture française", livrent des articles clé en main sur des régions où ils n’ont jamais mis les pieds.

Il parait qu’on a aboli l’esclavage…qu’on me permette d’en douter.

15/03/2013

Sur orbite, on n’a pas fini de tourner

Classé dans : Comment ça marche ?,Coup de griffe — laplumedaliocha @ 22:59
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Fichue tentation du buzz….

Je choisis l’élection du Pape, j’aurais pu prendre un autre exemple pour illustrer les dérapages du buzz de l’information sur Internet. A ceci près que cet événement là est particulièrement significatif car il touche un sujet religieux, mais également politique. Un Pape, c’est une autorité spirituelle qui règne sur un milliard d’individus. C’est aussi un Chef d’Etat qui porte une parole dans le concert des nations. C’est encore un dignitaire religieux qui va dialoguer avec ses homologues, ce qui n’est pas anodin dans le contexte actuel. C’est une autorité qui prend position sur des sujets dits de "société". A peine nommé, celui-ci faisait l’objet d’attaques sur son passé en Argentine. Voilà qui méritait l’intérêt. Aussi et surtout, on s’attendait à des commentaires sur sa pensée théologique, sur le choix d’un sud-américain, sur les dossiers en cours, les problèmes à régler, la direction à imprimer. Il y a eu des articles sur ces sujets, mais on a pu lire aussi et surtout un nombre incroyable d’âneries.

Florilège :

Le Figaro nous raconte l’histoire de sa petite amie. L’Obs, BFM, Metro et beaucoup d’autres, sentant le bon coup, surenchérissent. Faites marcher les liens, vous allez voir, c’est édifiant. Observez les titres et le reste, on en demeure pantois.

Le Figaro encore mais pas seulement s’interroge sur comment on peut vivre avec un poumon en moins.

L’Obs évoque sa fugue.

Slate se demande pourquoi il est vieux.

Corse Matin a trouvé un restaurateur qui affirme que le Pape aime les lentilles.

Europe 1 a mis la main sur sa sœur , qui ne s’appelle pas Marlène, les amateurs du Diner de cons comprendront.

Le Figaro encore raconte l’histoire du pape dans le bus.

Le Figaro, décidément très inspiré, évoque l’aspect Business. A la décharge du grand quotidien de droite, ses articles sont mieux référencés que les autres, il n’est pas le seul à avoir abordé ces sujets, mais c’est lui qui apparait en premier.

20 minutes synthétise avec beaucoup d’à propos ce tissu d’ânerie dans un article qu’on nomme dans notre jargon "boite à outils" en évoquant 5 choses à savoir sur le Pape. C’est très à la mode ce genre-là. C’est de l’information Bolino, du prêt à penser comme on a connu le prêt à manger. Voilà ce qu’il faut savoir pour alimenter vos discussions, de la machine à café du bureau au dîner entre potes.

Mais c’est Libération qui remporte le Aliocha d’or (oui, j’ai créé le trophée pour l’occasion) avec son Paposcope qu’il n’a même pas inventé puisqu’un twittos m’a donné le lien, que j’ai perdu, avec la source anglaise de cet ….appelez le truc comme vous voulez, moi je ne trouve pas de mot.

Un tel traitement de l’information n’a rien d’inhabituel, il est même on ne peut plus classique. Quand on n’a rien à dire sur un sujet et qu’il faut néanmoins s’exprimer, ça donne à peu près ça. Le tout est de trouver une petite info de rien du tout et de bâtir un article dessus en prenant soin, parce que nous sommes sur Internet, de choisir un sujet qui parle à tout le monde (donc on évite St Thomas d’Aquin par exemple) et de rédiger un titre accrocheur. Que le titre suscite l’intérêt ou qu’au contraire on soit scotché à son fauteuil tant il parait stupide, on clique. Et tout ceci ne va aller qu’en s’aggravant car pour buzzer, on l’aura compris, il faut déconner.

Dans le Pacha, Audiard fait dire à Gabin une réplique qui me parait résumer la situation. A Robert Dalban qui lui demande à quoi il pense, il répond : "je pense que le jour où on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner". Hélas, nous tournons.

 

Note 23h09 : merci à François Pesce de s’être reconnu et de m’avoir donné le lien en commentaire avec le mystérieux journal anglais qui a inspiré Libé, à savoir donc le Guardian.

13/03/2013

Quand le Pape François triomphe de la neige

Classé dans : Comment ça marche ?,Coup de griffe — laplumedaliocha @ 22:27
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C’est un miracle ! Le nouveau Pape, le Cardinal Jorge Mario Bergoglio qui a pris le nom de François, a triomphé des terribles intempéries frappant la France. Avant qu’il n’apparaisse à la fenêtre du Vatican, et même qu’il fût seulement élu, les caméras avaient  délaissé les tracas de la neige dans l’hexagone au profit des charmes fort DanBrowniens de la Place St Pierre. Un vrai remake d’Anges et Démons, la suite du célèbre Da Vinci Code.

C’est peu dire que les commentaires durant l’attente étaient d’une vacuité sidérale. Ainsi a-t-on peu apprendre en écoutant France Inter un peu avant 20 heures que le nouveau Pape n’avait le choix qu’entre trois tailles de soutane : small, medium, large. L’histoire ne dit pas si le reportage en direct était sponsorisé par Gap. Du côté de BFM, on se penchait sur les marchands ambulants profitant de l’affluence pour faire commerce. On saluait le timing parfait de la fumée blanche qui a eu le bon goût de jaillir à la sortie des bureaux (que dire du Pape apparaissant pile au moment des JT ?). On s’enthousiasmait de l’ambiance festive et du caractère interplanétaire (sic) de l’événement. On a même trouvé, ô miracle, un pèlerin argentin pour témoigner de son émotion religieuse et patriotique. Quelques exemples parmi des milliers d’autres de ce terrorisme du direct en continu qui impose de "dilater le banal", pour reprendre l’excellente expression de Philippe Bilger. Au fond, on s’habitue, même si cette uniformité de traitement, qu’il s’agisse du Tour de France, de la libération de Florence Cassez ou de l’élection d’un nouveau Pape, s’avère un brin déstabilisante.

Ce qui est réellement étonnant, c’est l’enthousiasme frénétique qui s’est emparé des médias français pour l’élection du nouveau chef des catholiques. Ces mêmes médias qui conspuaient l’Eglise au plus fort du débat sur le mariage homosexuel… Mercredi soir, l’Eglise médiatique s’est inclinée devant l’Eglise catholique. C’est le premier miracle accompli par François. Habemus Papam ! Seule fausse note dans cette réconciliation fort oecuménique entre Eglise et médias, le lancement sur Twitter quelques minutes après l’apparition de François, d’une polémique sur le rôle du Cardinal Bergoglio pendant la dictature argentine (@si et Mediapart). Elle a été rapidement reprise par les radios et les télés. Il est vrai que lorsque le direct a fini d’hypertrophier chaque seconde de l’événement et que le rideau retombe, il faut bien meubler ensuite les débriefings interminables en plateaux. Habemus Polemiquam…

 

12/03/2013

Surchauffe neigeuse

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 22:29
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Fichtre, il neige en hier hiver ! Comme tous les hivers ou presque d’ailleurs. Et comme tous les hivers, "les médias" s’émeuvent à grand renfort de termes cataclysmiques. Notez, il y a une petite nouveauté cette année : il neige…en mars ! A quelques jours du printemps. Si. Pas à Noël, pas le jour de l’An, pas même durant ce mois gris nommé février dont on attend tout et surtout le pire, non, il neige en mars. Pan sur la tête des crocus qui commençaient tout juste à fleurir dans les parcs à joggeurs et à poussettes (je le sais, je les ai vus au Parc Monceau samedi). Un truc de dingue. Voilà donc l’élément inédit qui va permettre de pondre de la copie et d’occuper du temps d’antenne.

Ce matin, tout a commencé comme à l’ordinaire. Alerte orange – voire rouge dans certaines régions particulièrement malchanceuses -, liste des départements touchés, description des routes coupées ou impraticables,  des avions bloqués, trains en panne, RER en rade, coupures électriques ; évaluation minute par minute de la hauteur de la couche de neige, consignes de sécurité, témoignages d’usagers ulcérés…Bref, la chronique ordinaire déclinée sur un ton de fin du monde, des désagréments insurmontables de l’hiver. En tout cas insurmontables chez nous, parce que de Moscou à Montréal, ils doivent bien rigoler en nous regardant paniquer pour quelques centimètres de poudreuse.

Comme nous l’explique Le Point, cette fichue neige a provoqué "Une pagaille monstre". Las, en fin de journée, l’intensité des précipitations ralentit et l’inspiration journalistique s’épuise, du coup Le Figaro annonce déjà une autre calamité parfaitement inattendue en hiver : le froid. Mais pas n’importe lequel : "un grand froid" . Brrr, on en frissonne par anticipation. Il faut dire qu’un peu plus tôt , le même quotidien était déçu d’apprendre qu’il n’y avait pas assez de neige à Paris pour lancer l’alerte rouge. Ben non, il aurait fallu 50 centimètres, nous n’y étions pas. Je vous recommande l’interview du prévisionniste de Meteo Consult. L’effet comique est savoureux. Face à une journaliste décrivant une situation proche d’un Armaggedon, l’expert demeure d’une froideur étonnante. C’est à se demander si l’interview ne s’est pas déroulée dans une congère. Autant de neige ? C’est du jamais vu depuis….2010,  nous apprend-il. Songez donc ! Et il ne s’émeut même pas, l’homme de l’art. Il trouve ça normal. L’inconscient ! A l’époque de Twitter, 2010, c’est autrefois. Seuls les historiens s’en souviennent.

Grâce à Google news et à la mobilisation exemplaire des médias, nous avons pu suivre en direct toute la journée minute par minute l’évolution de l’incroyable évènement.  Et hop, les trains, les routes, l’électricité, les galères des uns et des autres, les centimètres de neige qui s’accumulent et puis les avions, le RER, les automobilistes…Ce matin, c’était dur de partir travailler, ce soir c’était difficile de rentrer. Et hop, encore de la copie. Jusqu’à ce que les politiques s’expriment enfin. Ah, jouissance infinie ! Encore du remplissage de vide en perspective. François Hollande  a réagi à la mesure de la gravité de la situation en promettant la mobilisation de "moyens exceptionnels". Exceptionnels….Pour l’année prochaine certainement car on voit mal comment il pourrait d’un claquement de doigt remédier  au traditionnel blocage du pays dès qu’il tombe quelques centimètres de neige. Surtout quand le préjudice est largement consommé, montrant ainsi l’incurie chronique des pouvoirs publics, de droite comme de gauche, sur le redoutable problème du flocon indésirable en hiver depuis des décennies. Sans surprise,  "les médias" ont tendu le micro à l’opposition pour recueillir les incontournables critiques sur la gestion forcément calamiteuse du cataclysme.

Heureusement, il est un endroit où l’on peut respirer. Sur Twitter, les internautes se bidonnent en parodiant jusqu’à plus soif le traitement médiatique de la "catastrophe". On rigole à s’en faire claquer les muscles abdominaux. Mais c’est le plus sérieusement du monde que notre premier ministre, Jean-Marc Ayraut, a remis les choses à leur place en twittant à la France gelée et paralysée  :

Si ! Et il a même ajouté ceci :

 

Re-Si ! Aux dubitatifs dans mon genre qui penseraient à une plaisanterie d’outre-tombe de Philippe Muray, je précise que j’ai vérifié plusieurs fois qu’il s’agissait bien du compte officiel de notre Premier Ministre. En première lecture j’avoue avoir hurlé de rire en pensant à un compte parodique. Hélas…

Et voilà comment un épisode neigeux en hiver, dans un pays au climat dit "tempéré" et donc sujet à ce genre de léger désordre, se hisse à la Une de l’actualité et provoque des déclarations politiques fracassantes. Le déficit ? C’est compliqué à expliquer pour "les médias" et impossible à résoudre pour le gouvernement. Mais la neige…Ah ça ! On va voir ce qu’on va voir ! Nous avons vu.

06/03/2013

Quand Laurent Joffrin s’explique sur DSK

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 21:07
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5411479Le patron de l’Obs, Laurent Joffrin, se justifie longuement dans un article mis en ligne aujourd’hui sur l’affaire Iacub. En substance, il nous explique que DSK soulève un problème de société, que son rapport aux femmes interroge sur le gouvernant qu’il aurait pu être, que le livre mis en Une n’est pas celui d’un journaliste – enquêter sur les moeurs sexuelles, vous n’y pensez pas, quelle horreur ! – mais d’une romancière (1), qu’il est enfin intervenu après l’affaire du Sofitel et que les règles de la vie privée s’en trouvaient changées. On l’aura compris, face à l’accusation d’avoir voulu faire un coup que Voici lui-même n’aurait pas osé, il fallait trouver des raisons d’intérêt public. C’est pourquoi nous découvrons les vraies motivations fort éloignées, c’est évident, de toute intention de vendre du papier à n’importe quel prix. Ici, il s’agissait donc de plonger en compagnie d’une romancière au coeur de la psychologie d’un politique qui fut de premier plan, d’appeler "l’art" à la rescousse de l’information, puis de diffuser largement cette analyse d’un intérêt capital sur la sexualité et le pouvoir et, plus profondément, sur certaines positions philosophiques plaçant la satisfaction du désir au centre de la société. Concernant ce dernier point, un exemple de philosophe parmi d’autres me vient à l’esprit, Dany-Robert Dufour, dont les travaux éclairent bien davantage le sujet, notamment via une comparaison qui pourrait plaire à l’Obs entre Mandeville, le père du libéralisme et la pensée de Sade. Hélas, ce-dernier écrit des ouvrages arides, il n’a pas eu l’idée géniale de mener une enquête de terrain, de l’intituler"roman", puis de dévoiler l’identité du cochon expérimental faussement mystère. Quelle leçon  ! Non pas sur le sexe et la société, mais bien sur le fonctionnement de notre société médiatique.

Querelles d’intellos parisiens ?

"On s’en fout de ces querelles d’intellos parisiens" se sont écriés les lecteurs en choeur sur les forums Internet, tandis que la profession dénonçait les méthodes de l’Obs. Non, on ne s’en fout pas. Car ce sont les médias qui façonnent la société, eux qui trient l’information et la hiérarchisent, eux qui décident ce qui mérite d’être mis en avant et ce qu’il faut taire, eux qui au travers de cet exercice diffusent des modèles, défendent des valeurs, fabriquent des héros, désignent des boucs-émissaires, font et défont des fortunes, des réputations, des carrières politiques. A tel point qu’ils déterminent par exemple largement les décisions des éditeurs de publier ou non un ouvrage selon l’accueil que ces derniers espèrent obtenir dans la presse, lequel accueil conditionne les ventes. Ce n’est pas rien tout de même que de sélectionner, fut-ce indirectement, quelle pensée sera diffusée ou pas, surtout quand on mesure à l’aune de quels critères marketing on opère ces choix. Je vous livre la recette miracle : il faut faire con et racoleur pour toucher la cible la plus large possible. Même les politiques finissent par agir en fonction de ce qu’attendent les journalistes, en application d’une pensée similaire à celle précédemment décrite. Dans ces conditions, récompenser d’une couverture et de l’incroyable publicité qui va avec, la démarche consistant à livrer des confidences sexuelles relevant de la vie privée, c’est montrer qu’une telle attitude est méritante, c’est non seulement la cautionner mais l’encourager. C’est donc donner une leçon de morale, en même temps qu’assurer ses ventes et celles de l’auteur que l’on met en avant. Peut-on encore dire que l’on s’en fout lorsqu’on prend la mesure de l’incroyable pouvoir des médias ? On l’aura compris, éteindre la télévision et s’informer uniquement sur les blogs n’est qu’une illusion de solution puisque le monde dans lequel on vit est entièrement tributaire du pouvoir médiatique. Et peut-on s’exonérer de sa responsabilité, du côté du média concerné, en avançant de pauvres arguments sur la pseudo-compréhension que l’on pourrait tirer de ce livre, alors que tout le monde a saisi depuis bien longtemps de quoi il retournait s’agissant de DSK ? Il n’y a visiblement qu’à la direction de l’Obs qu’on croit encore avoir découvert le robinet à tirer l’huile des murs sur le sujet…

Rompre les amarres

Mais il y a infiniment plus grave. Puisque Laurent Joffrin estime que l’indignation soulevée par l’Obs appelle une réflexion sur le journalisme, sous prétexte que son journal serait en partie victime d’une haine  plus générale du public à l’égard des médias, alors ouvrons-là cette réflexion. Que les lecteurs se rassurent, elle sera rapide. Choisir de consacrer la Une  à ce livre, c’est considérer que cette semaine-là il ne se passait pas grand chose d’aussi important en France et dans le monde que la parution de Belle et bête. C’est donc écarter la crise économique mondiale, l’ensemble des dossiers géopolitiques, la politique intérieure française, l’Europe et j’en passe, en estimant que l’affaire du cochon appartenait à la courte liste des actualités majeures. Quelle sinistre plaisanterie ! A supposer même qu’il s’agisse là de vie intellectuelle plutôt que d’actualité générale – ce qui est soutenu -, qui peut prétendre sérieusement que ce livre constitue un évènement culturel majeur ? Et si c’est de l’information, laquelle ? Dans son Manifeste sur l’avenir du journalisme, le magazine XXI souligne une chose très juste : des pans entiers de l’actualité ne sont plus explorés. Autrement dit, quand les médias, qui se plaignent déjà d’être au bord de l’asphyxie économique, concentrent en même temps leurs maigres moyens sur les mêmes sujets et les font tourner en boucle jusqu’à la nausée, alors nous devenons sourds et aveugles à une  partie sans cesse grandissante du fonctionnement du monde.  Mais il y a pire encore, c’est lorsqu’un magazine puissant, reconnu et respecté décide avec un cynisme affolant de rompre les amarres de l’information en même temps que celles de l’éthique pour vanter les mérites d’un livre indéfendable, excepté bien entendu sur le terrain commercial. L’Obs victime de la haine des médias ? Peut-être, mais qui a contribué à l’alimenter, cette haine,  avant de mettre carrément le feu aux poudres ?

Etincelant, vraiment ? 

La démarche en soi justifiait une condamnation a priori du livre et de tout ce qui s’en est suivi. J’ai néanmoins pris la peine de le lire puisqu’on me le prêtait et que je prétendais en parler. "L’étincelant objet littéraire" qu’on nous décrit complaisamment n’est rien d’autre qu’un long monologue d’une niaiserie comparable à une production Harlequin. Le plus étonnant, c’est l’ennui abyssal qu’il suscite malgré toutes les ficelles censées le rendre attractif et croustillant. Que les curieux s’abstiennent de dépenser leur argent inutilement. Ils n’y trouveront rien d’excitant sur le terrain érotique et rien d’inédit sur DSK. On le referme avec le désagréable sentiment d’avoir surpris la triste séance d’onanisme d’un désaxé en imperméable planqué derrière un arbre et l’on rougit de honte pour les critiques littéraires qui l’ont encensé. Qu’importe, il va se vendre et même très bien, c’est toute la magie du système médiatique pour ceux – rares – qui en profitent. Son horreur, pour l’immense majorité qui le subit. Rendons justice à l’Obs, l’affaire est juteuse, comme la plupart des commerces de substances toxiques d’ailleurs….

 

Alors oser prétendre  face à l’indignation générale que tout ceci ne serait qu’un malentendu, que les lecteurs de l’Obs n’auraient pas compris l’intérêt capital du livre, que la justice se serait fourvoyée en prononçant une condamnation exemplaire, que  la presse et une partie du monde de l’édition exprimeraient tout simplement une jalousie, que les protestations relèveraient de la tartufferie, c’est ajouter l’insulte à la trahison. Décidément, dans cette affaire, ce sont les cochons que l’on salit en osant les comparer aux hommes. Reste une question fondamentale, certes peu gracieuse mais on aura compris que notre époque ne se soucie plus de délicatesse : quand va-t-on cesser de se foutre de notre gueule ?

(1) Je ne m’étais donc pas trompée, quand j’écrivais ceci il y a quelques jours : "Qui a transgressé la règle en l’espèce ? Pas une journaliste, mais une juriste/chercheuse/chroniqueuse à Libération. L’honneur de la corporation est sauf, c’est donc une étrangère à notre petite communauté qui a commis cette chose. Oui, sauf qu’elle est reprise en Une par l’Obs. Les raisons invoquées sont nombreuses, la crise de la presse qui lève les pudeurs inutiles, le caractère innovant du livre, son extraordinaire valeur littéraire. On ne rigole pas. Au fond, on peut raisonnablement supposer que la petite communauté journalistique s’est sentie dédouanée par le fait que l’auteure n’était pas du sérail et qu’elle avait en outre vaguement bricolé autour de ce déballage de vie privée un prétexte littéraire".

25/02/2013

Misère cinématographique

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:08
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Alors comme ça, l’adaptation de la Comédie musicale Les Misérables a été oscarisée (trois fois) ?

Mazette….Je l’ai vu hier. Et il m’a fallu plusieurs heures pour calmer ma colère. Si c’est ainsi que les américains comprennent Victor Hugo, ils sont priés à l’avenir de s’abstenir. Le film débute par une scène étrange où des forçats remorquent un navire gigantesque tout droit sorti d’un dessin animé. Passons sur le périple de Jean Valjean à la sortie du bagne, il se situe entre le peplum et le film catastrophe. L’épisode de Fantine se déroule dans un pandémonium grimaçant du plus grand effet comique, les personnages sont grotesques, le décor absurde, les scènes chantées arrachent les tympans. En un mot, c’est le retour des morts-vivants en pleine fête d’Halloween interprété par les recalés de la Star Academy. On tente de s’habituer, après tout on a payé pour deux heures trente de "spectacle" et visiblement on va en avoir pour son argent. Film à gros budget, acteurs qui ont beaucoup travaillé, maigri, grossi, appris à chanter, séjourné de longs mois en France, bref, le cinéma américain dans tout son professionnalisme. Il faut croire que les Oscars récompensent parfois l’encre et la copie des cancres du septième art…

Les choses s’améliorent un peu lorsque nous arrivons à Paris. La petite Cosette a le mérite de chanter d’une voix douce, ce qui délasse des hurlements des autres comédiens et de leurs faciès grimaçants. Quant à Thénardier, incarné par le fantastique Sacha Baron-Cohen, il apporte à l’insu du réalisateur un peu de rire et donc de vie dans cette mise en scène où le pompier le plus épais le dispute au larmoyant manié à la truelle. Le soulagement se confirme avec les insurgés, également traités avec emphase, mais le réalisateur semble s’être quelque peu essoufflé, ce qui fait du bien à tout le monde. Cela deviendrait même presque supportable si les représentations de Paris ne suscitaient une sorte de curiosité horrifiée. On se demande d’où sortent ces bâtiments dont on ne reconnait pas même l’architecture. Mettez Rome, Paris et Londres dans un sac, secouez le tout, fabriquez un décor en carton avec les morceaux rassemblés dans le désordre, saturez les couleurs, jouez de la caméra pour donner une impression de gigantisme, délabrez le tout parce que c’est vieux et que c’est la révolution, et vous aurez une idée des décors. Pour qui ne connaîtrait pas l’oeuvre, impossible de comprendre ce qui anime les insurgés ou de voir dans le suicide de Javert autre chose que le mouvement de folie d’un flic neurasthénique. Notez, on est tenté de le suivre pour échapper nous aussi au désastre.

Tout ceci relève du grand guignol. En entendant la salle applaudir à la fin, on se pince. En est-on vraiment arrivé à un tel niveau de vulgarité pour qu’une horreur pareille suscite un quelconque plaisir ? Le film relève du sabotage. Qu’il soit récompensé est une preuve de plus que notre époque manque singulièrement de finesse et de style. Le seul réconfort, c’est de savoir que les critiques étaient mauvaises (à l’exception quand même de Match, Le Parisien, 20 minutes et le JDD). La presse n’est donc pas complètement idiote. A voir pour se faire une idée précise de l’étendue des dégâts. Et pour Sacha Baron-Cohen, décidément génial.

23/02/2013

La vie privée est-elle encore taboue ?

Classé dans : Coup de griffe,questions d'avenir — laplumedaliocha @ 12:36
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Et si le livre de Dame Iacub sur DSK marquait un tournant dans le journalisme à la française ? Un tournant que nous daterons arbitrairement du jour de la parution des bonnes feuilles de l’objet qu’on dit "littéraire" dans un support "d’information politique et générale". Autrement dit, le 21 février 2013. Etudiants en journalisme, retenez bien cette date, elle est historique. Jusqu’à ce jour fatidique, tous les journalistes politiques français disaient que jamais ô grand jamais, ils ne dévoileraient la vie privée d’un homme politique. C’était leur fierté,  leur honneur, leur marque de fabrique. Ce qui les distinguait notamment de leurs chiens de confrères anglo-saxons et leur satanée presse de caniveau. Il semble bien que la belle éthique ait pris un coup de canif avec l’affaire du cochon sublime. Notez, c’est le propre du cochon, dans l’imaginaire collectif, que de tout salir…

Saluons la naissance du reportage sexuel

La fille de François Mitterrand, tout le monde savait, tout le monde se taisait. Vie privée ! Et qu’importe si cette vie privée s’exerçait en partie aux frais de l’Etat…Les frasques réelles ou supposées de DSK avant l’affaire du Sofitel ? Vie privée. Une seule voix s’était élevée, celle de Jean Quatremer, correspondant de Libé à Bruxelles, mais on l’avait fait taire. Ah l’insolent, le traître à l’honneur du journalisme français. Tout cela donc et bien d’autres choses que nous avons oubliées et surtout ignorées relevait  de la vie privée. Il ne fallait  en parler sous aucun prétexte. Jusqu’à ce jour glacial de février 2013 où l’on nous dévoila la couverture de l’Obs encensant les confidences de plumard d’une intellectuelle subversive en reportage free lance dans les draps de DSK. Fichtre ! La dame y raconte 7 mois de liaison avec le sulfureux politique qu’elle qualifie de cochon. Saluons la naissance d’un nouveau genre journalistique : le reportage sexuel. Evidemment, personne n’imagine que la chose ait pu être téléguidée dès le départ, non, l’envie d’écrire l’a sans doute saisie subitement lors d’une déprime post-coïtale. Et comme chacun sait, l’écriture chez certains, c’est comme le sexe, un besoin irrépressible. Tout comme a dû être irrépressible l’envie de Stock d’éditer ce chef d’oeuvre. Et non moins irrépressible fut donc la tentation pour l’Obs d’en extraire les bonnes feuilles…des fois qu’un confrère lui souffle le trésor au nez et à la barbe…

La trouille sous le masque de l’éthique

A ce stade, on est bien obligé de tenter une analyse. Procédons par ordre, à la manière des juristes. Le récit d’une liaison avec un homme politique en vue relève-t-il d’un sujet de vie privée ? En tout cas c’est bien à cette vie privée là – autrement dit essentiellement aux affaires de coeur et de sexe que songent mes confrères quand ils jurent la main sur le coeur que leur déontologie leur interdit d’en parler -. Qui a transgressé la règle en l’espèce ? Pas une journaliste, mais une juriste/chercheuse/chroniqueuse à Libération. L’honneur de la corporation est sauf, c’est donc une étrangère à notre petite communauté qui a commis cette chose. Oui, sauf qu’elle est reprise en Une par l’Obs. Les raisons invoquées sont nombreuses, la crise de la presse qui lève les pudeurs inutiles, le caractère innovant du livre, son extraordinaire valeur littéraire. On ne rigole pas. Au fond, on peut raisonnablement supposer que la petite communauté journalistique s’est sentie dédouanée par le fait que l’auteure n’était pas du sérail et qu’elle avait en outre vaguement bricolé autour de ce déballage de vie privée un prétexte littéraire. Immoral de coucher avec un homme politique pour le raconter ensuite ? Non, délicieusement transgressif, moderne en diable, fantastiquement artistique, nous explique-t-on. Passons… On ne peut se défendre de penser que la situation de DSK n’est pas étrangère à tout ça.  D’abord, il est à terre, son avenir politique est mort, il est devenu inutile de le flatter ni même de seulement le préserver. Où l’on découvre que la morale de la presse est tout sauf conforme à l’impératif catégorique kantien (faire le bien pour le bien et non dans l’espoir d’un avantage ou la crainte d’un châtiment). Si l’on respecte la vie privée, ce n’est pas par amour d’une certaine éthique mais tout simplement parce qu’on a la trouille des retombées. Tout de suite c’est moins glorieux. Ensuite et surtout, DSK reste aux yeux de certains terriblement bankable et la presse comme l’édition se sentent suffisamment en danger pour envoyer valser leurs ultimes réserves.

Une victime inoffensive et bankable

Alors ? Faut-il considérer comme je le proposais en introduction que le journalisme français vient de rompre avec le respect de la vie privée ? Finalement je ne pense pas. DSK est l’exception qui confirme la règle. Pour la suite, gageons que la trouille continuera d’être bonne conseillère. La morale peut évoluer dans une société, ou plus précisément se diluer, en particulier sous l’influence des modèles étrangers ou  l’attraction du profit. En clair, imiter les copains anglo-saxons est si tentant qu’on finira par céder, surtout si c’est juteux. Mais pas maintenant. Car une autre force s’y oppose, bien plus puissante, la fameuse collusion entre pouvoir et médias. Tant que l’intérêt de la presse continuera d’être du côté d’un silence amical et complice, la vie privée restera le grand tabou des médias français. Gare toutefois à ceux qui se retrouveraient durablement à terre. Nous avons compris en effet que, fouettés par la crise, les médias sont capables de toucher à la vie privée sans états d’âmes, pour peu que la victime soit inoffensive et bankable. Quitte à alourdir singulièrement le dossier, une ultime question se pose : quel est l’intérêt en termes d’information de cette publication et de sa reprise par un grand hebdomadaire ? Aïe, oui, je sais, ça fait mal…La presse est nue.

21/02/2013

De l’autre côté de la ligne jaune

Classé dans : Coup de griffe,Mon amie la com',Réflexions libres — laplumedaliocha @ 16:00
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Au début on lit. Puis on relit. On se pince. On songe que ce n’est pas possible, qu’on n’a pas compris, qu’il doit y avoir une erreur quelque part. Que c’est une blague du 1er avril qui se jouerait du calendrier, un fake, comme on dit sur Internet. Et puis on abdique, face à l’évidence. Bien en peine de trouver ne serait-ce que l’once du début d’une défense, d’un argument ou seulement de l’ombre de celui-ci qui donnerait à penser qu’il existe une légitimité possible à une telle chose. On revêt mentalement sa robe d’avocat, et l’on continue de chercher en vain des raisons de plaider contre son indignation. Mais non, rien. Le grand vide.

Une femme écrivain, chroniqueuse à Libération, juriste de formation a rencontré DSK début 2012, entamé une liaison avec lui, puis sorti un livre pour raconter la chose. Un livre dont l’Obs s’empresse de sortir les bonnes feuilles et où l’on peut lire ceci : "Ce qu’il y a de créatif, d’artistique chez Dominique Strauss-Kahn, de beau, appartient au cochon et non pas à l’homme. L’homme est affreux, le cochon est merveilleux même s’il est un cochon. C’est un artiste des égouts, un poète de l’abjection et de la saleté. Le cochon, c’est la vie qui veut s’imposer sans aucune morale, qui prend sans demander ni calculer, sans se soucier des conséquences. Le cochon, c’est le présent, le plaisir, l’immédiat, c’est la plus belle chose qui soit, la plus belle part de l’homme. Et en même temps le cochon est un être dégueulasse, incapable d’aucune forme de morale, de parole, de sociabilité. L’idéal du cochon, c’est la partouze : personne n’est exclu de la fête, ni les vieux, ni les moches, ni les petits. Alors que DSK m’a toujours semblé être franchement à droite, ce communisme sexuel auquel il aspire en tant que cochon me réjouit".

Sur @si, on apprend que DSK a mal pris la chose. Joli euphémisme. Sa réponse est ici. Et l’on se demande où il a trouvé les mots – quelque soit ce qu’on pense de l’homme – pour réagir à pareille infamie. On se dit qu’un politique, ça a quand même le cuir drôlement épais…

Alors on cherche à en savoir plus sur l’auteure et l’on consulte wikipedia. Extrait : "Parmi les causes qui lui sont chères, citons : la défense du droit à la prostitution, du mariage et de l’adoption pour les homosexuels et lesbiennes, des méthodes de procréation artificielle, le végétarisme. Elle s’en prend au féminisme français, qu’elle juge trop moralisateur car demandant une extension toujours plus grande de la répression pénale et elle défend l’idée que la révolution sexuelle des années 1970 a été un échec partiel dans la mesure où elle a renoncé à ses ambitions émancipatrices. Toutes ces prises de position lui ont valu de violentes critiques, notamment de la part de certaines féministes françaises plus traditionnelles, mais aussi le fervent soutien de nombreux militants et militantes des droits des minorités sexuelles". Le 21 avril 2012, lors de l’émission Réplique d’Alain Finkielkraut sur France Culture, elle explique que le viol n’est pas toujours traumatique, ce qu’elle illustre par cette comparaison : « Il y a des gens qui ont été à Auschwitz qui ont été traumatisés et d’autres non. Dans Libération du 29 septembre 2012, elle exprime des propositions dans un article intitulé "Pour un service public du sexe"2."

Du coup, on comprend un peu mieux. C’est du dynamitage, donc. On envoie valser les valeurs ou ce qu’il en reste, un morceau de string déchiré et qui ne tenait plus qu’à un fil. Le voilà coupé. Tout de suite on se sent plus à l’aise. En plus, il parait que c’est de la littérature….Alors, on est forcé de s’incliner. Accessoirement, certains tentent  une vague critique d’ordre déontologique. La dame aurait conspué l’attitude des médias à l’égard de DSK avant de se rendre coupable elle-même d’un tel livre. Alors ça grince un peu…Accessoirement, disais-je.

DSK est célèbre, l’auteure va le devenir, par ricochet. "Qu’avez-vous fait pour tant de biens ?" Interrogeait en son temps Figaro...vous vous êtes donné la peine de b…  ".Oui, enfin, vous m’avez comprise. La presse se lèche les babines, songez donc, du cul, de la politique et de la célébrité, les ventes sont assurées. En plus, l’homme est à terre, il ne risque pas de faire grand mal, même si on le blesse à mort. Notre société n’aime plus la corrida, elle ne veut plus tuer le taureau dans l’arène, elle préfère tuer les hommes à la télévision. Elle a raison, ça ne saigne pas, c’est plus hygiénique. Bienvenue dans l’ère du crime aseptisé. A chaque époque ses hypocrisies, ses tocades et ses postures morales. L’éditeur ne se tient plus de joie, le tirage du livre promet déjà de dépasser ses plus folles espérances.

Au terme de cette  promenade effarante au pays de "l’information", on finit par comprendre que l’on touche ici à la quintessence du système médiatique, enfin débarrassé de ses ultimes pudeurs. Et l’on frissonne…

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