La Plume d'Aliocha

14 octobre 09

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira…..

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 19:41

Comme elle me plait la polémique autour de Jean Sarkozy. Comme j’aime ce climat de révolte quand il surgit non pas à propos de rumeurs relevant de l’intime et de l’indémontrable, mais sur de vraies questions touchant au fonctionnement de la démocratie. Je n’ai pas le temps de commenter pour cause de charge de travail monstrueuse. Au demeurant, je n’aurais pas grand chose à ajouter au déferlement d’articles et de réactions d’internautes sur le sujet.  Tiens, à propos de déferlement, je trouve que le débat a un peu tardé à prendre chez mes blogueurs favoris. J’ai le sentiment, peut-être erroné, que c’est plutôt la presse qui s’est mobilisée sur le web. Toujours est-il que je voulais simplement prendre position puisque j’ai beaucoup critiqué ces derniers temps les emballements webesques et médiatiques sur des affaires qui, à mon sens, nécessitaient prudence et retenue. Celle-ci au contraire mérite bien le bruit qu’elle fait et j’espère que ce bruit ne sera pas inutile.

En attendant la suite, voici quelques liens vers des articles, billets ou dessins de mes sources préférées :

- @si relaie le splendide montage de canal+ qui met en évidence la stratégie de communication autour de cette affaire. C’est ici.

- Marianne 2 s’amuse de la mobilisation exceptionnelle des figaronautes contre Jean Sarkozy,

- Authueil que j’attendais sur le sujet va en énerver plus d’un, à commencer par moi, mais c’est tout le charme des débats,

- Sarkofrance en fait ses choux gras,

- Le dessinateur Chimulus songe déjà à caser le plus jeune fils,

- Jules s’en prend à Frédéric Lefebvre,

- Koz éclaire le débat de sa sagesse habituelle,

- le Chafouin bien que victime d’une coupure Internet (non, c’est pas Hadopi) trouve quand même le moyen de dire deux mots de l’affaire.

-Et Causeur manie l’ironie avec gourmandise.

8 octobre 09

La leçon d’éthique qui fait mal

Classé dans : Coup de chapeau !, questions d'avenir — laplumedaliocha @ 11:04

Diantre ! Il a fallu que je le lise pour le croire. Le Monde publiait hier une tribune de Laurent Habib, directeur général d’Havas France. Et savez-vous pourquoi l’homme a pris sa plus belle plume pour écrire au quotidien du soir ? Rien moins que pour donner une leçon de déontologie à la presse. On marche sur la tête. Et le pire, c’est qu’il a raison.

Haro sur le publi-rédactionnel !

Dimanche 27 septembre, un journal non cité dans la tribune mais dont @si nous apprend qu’il s’agit du Journal du dimanche, publie un cahier spécial de 4 pages intitulé “Spécial voyage vert” dans lequel une journaliste, selon Laurent Habib, décrit son “voyage écologique responsable entre Paris et Londres”. Le problème ? Eh bien c’est que ces 4 pages – que rien ne différencient du reste du journal ou presque – sont en réalité un publi-reportage financé par Eurostar. Pour être clair, la rédaction s’est prêtée à une opération publicitaire. Seule la mention “Supplément réalisé en partenariat avec Eurostar” permet, à condition d’être attentif, de repérer que ceci est de la pub et non pas du journalisme. Laurent Habib note que de plus en plus de titres se mettent à vendre “non seulement leurs espaces publicitaires, mais aussi la caution de leurs contenus rédactionnels et de leurs journalistes”. Et le publicitaire de mettre en garde “Les titres de presse ne trouveront bientôt plus personne pour lire une information potentiellement suspecte d’avoir été conçue pour et par les marques”. Bon sang, où faut-il en être arrivé pour que ce soit la pub qui rappelle à la presse les règles de base en matière d’éthique ?

Evidemment, Laurent Habib a un double intérêt à dire cela. D’abord, si la presse disparaît, il perdra lui-même un support de communication que pour l’instant Internet n’est pas en mesure de remplacer. Et qu’il ne remplacera peut-être d’ailleurs jamais. Ensuite, ces tricheries mettent en péril toute la chaine de métiers de communication. Si les marques dealent directement avec les régies des journaux, ce sera la fin des centrales d’achat d’espaces mais aussi des agences de pub puisque les journalistes joueront gratuitement les producteurs de contenus publicitaires.

L’appel à l’éthique

Et l’auteur d’appeler chacun à un comportement responsable dégagé des objectifs à courte vue. Les agences médias doivent en finir avec la politique du cost killer, les annonceurs comprendre que la préservation de l’économie des médias est une partie intégrante de leur responsabilité sociale d’entreprise et les éditeurs de presse protéger la valeur de leur marque car c’est cette marque qu’achète les annonceurs. A défaut, la paupérisation de la presse va se poursuivre, prévient Laurent Habib,  jusqu’à ce que l’on entre dans un système de mécénat, ou pire, de subventions maintenant sous respiration artificielle des titres n’ayant plus les moyens de leur indépendance.

“Il y a urgence. C’est pourquoi je lance un appel à tous les supports de presse et à tous les acteurs de la communication pour rappeler publiquement et appliquer les codes élémentaires de déontologie de nos métiers et se réunir pour trouver tous ensemble une position commune permettant de recréer les conditions de la création de valeur économique de nos professions. Chacun comprendra qu’en sauvant la presse on sauve la démocratie mais l’on sauve aussi notre économie, car les marques ont plus que jamais besoin d’une presse forte, légitime et indépendante pour trouver leur public”.

Combien de fois ai-je écrit ici que l’éthique était la condition de la survie de la presse ? Combien de fois m’a-t-on rigolé au nez en me traitant de douce rêveuse hors des réalités ? “Le business, Madame, ne s’embarrasse pas de valeurs morales. La crise sans précédent que traverse la presse dans le monde entier sur fond de révolution technologique ne se résoudra pas à coups de code de déontologie” me lançait-on avec la plus grande commisération. Bien sûr que si. Un journal vend de l’information, ce qui suppose un rapport de confiance avec les lecteurs. Et la confiance, c’est infiniment fragile. C’est quand même malheureux que nous en soyons arrivés à recevoir des leçons de morale,et par là même de stratégie économique, de la part d’un homme de communication. En même temps, je ne peux m’empêcher de penser que ce cri d’alarme est un formidable espoir. Si on le rapproche des tentations des pure players de revenir au papier, on se dit que peut-être une première lueur et en train d’apparaître. On se dit que le paysage des médias commence à se dessiner plus clairement et qu’Internet ne sera pas le fossoyeur du papier. On se dit que la presse papier a un avenir, simplement parce qu’elle a une raison d’être.

3 septembre 09

Merci Monsieur Genestar

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 09:43

J’ai déjà eu l’occasion de  dire ici le bien que je pensais d’Alain Genestar, l’ancien rédacteur en chef de Paris Match. J’en profite d’ailleurs pour recommander à nouveau son livre “L’expulsion” (Grasset) dans lequel il relate le conflit qui l’a opposé à Nicolas Sarkozy et son eviction de Match. Il y a dans ce texte un amour du métier, une foi dans son avenir que je retrouve avec plaisir dans la tribune qu’il vient de publier au Monde à la suite des malheurs de l’agence Gamma. Et pour vous donner envie d’aller la lire en entier, en voici un extrait :

“Dit-on d’un métier en pleine révolution – évolution – qu’il est foutu ? Non. Il change. Et avec quelle rapidité ! Et avec quels dégâts ! Mais aussi avec quelles fantastiques promesses si “on” arrive à accompagner son changement ! Et “on”, ce sont les photographes, les journalistes, les entrepreneurs et les entreprises de presse – et non les fonds de pension ; ce sont les gens de métier qui, tout en fabriquant de nouveaux modèles économiques viables et rentables, ont à coeur de développer une ambition éditoriale, d’autant plus exigeante et rigoureuse en matière d’écriture photographique que les progrès vertigineux du numérique ont jeté la suspicion sur les images prises par des anonymes, diffusées à toute vitesse sur le Net, sans vérification.
Désormais, pour les photojournalistes, les agences et les magazines, il ne faut plus se contenter d’être là où ça se passe – la place est prise par Flickr, Twitter, YouTube et autres “speedy medias” – mais y aller pour vérifier ; y aller avec l’idée de ce que l’on peut apporter de plus ; y aller avec l’ambition de construire des récits photographiques compliqués ; y aller pour raconter, montrer, décortiquer, expliquer des événements aux répercussions souvent très complexes ; y aller pour être les témoins incontestables et sans parti pris d’une actualité de plus en plus techniquement manipulable.
“Là sont le nouveau présent et l’avenir du métier : les photos et les vidéos prises par les professionnels, au-delà de l’expérience et du talent de leurs auteurs, sont des preuves, des certificats d’authenticité, des pièces à conviction de l’Histoire.
A notre époque de bouleversements gigantesques, de terrorisme, de guerres, de crises sociales, de menaces écologiques, de grand doute, les lecteurs ont besoin de ces preuves pour voir et savoir ce qui se passe dans le monde troublé d’aujourd’hui”.

Au fond, le vrai drame de la presse aujourd’hui, ce n’est ni Internet, ni la crise économique, c’est l’incurie de ceux qui en ont la charge. C’est le manque de foi, d’imagination, d’intelligence et de talent.

polka Mais, observeront quelques esprits chagrins, on ne redresse pas un secteur en crise avec seulement la foi. Moi je pense que si, je pense que c’est ce qui manque le plus aujourd’hui. Voyez-vous, ces dix dernières années, j’ai assisté de près au lancement de 3 magazines par des anciens dirigeants d’entreprise de presse. Les deux premiers ont disparu en moins d’un an. Le troisième, dont je préfère taire le nom par loyauté vis à vis de certains de mes proches, ne tiendra pas une année. Dans les trois cas, j’avais prédis ces échecs car dans les trois cas, les fondateurs n’aimaient pas la presse, ils ne la respectaient pas non plus, ils faisaient du business en espérant attirer de la pub et en prenant les lecteurs pour des crétins. Projets éditoriaux baclés, maquettes réalisées à la va-vite, contenus rédigés en allant piquer des infos sur le web et autres fumisteries du même genre…Ils ont échoué, cC’est bien fait pour eux, mais c’est dommage pour le secteur, car ces échecs accréditent un peu plus l’idée que la presse papier va mourir, quand ce ne sont que les acteurs qui ne sont pas à la hauteur. Un peu d’âme, vous dis-je et tout redeviendra possible.  Au passage, je souhaite longue vie à Polka, le magazine trimestriel dédié au photoreportage lancé par Alain Genestar à la suite de son départ de Match. Voilà un titre conçu et publié par de vrais professionnels amoureux du métier et ça se voit. J’ai acheté le numéro six hier (en photo ci-contre), il est passionnant. Pour information, sachez que Polka expose les photographes publiés dans ses pages à compter du 17 septembre et jusqu’au 7 novembre, 12 rue Saint Gilles dans le 3ème arrondissement à Paris, du mardi au samedi de 11h à 19h30. Entrée libre.

m4919Tant qu’on est dans le photoreportage, je vous signale aussi le lancement par Le Point d’un nouveau journal “Le Point grand angle”. Le premier numéro est consacré à Hitler. A travers un grand nombre de photos dont certaines inédites, le magazine relate l’histoire du tyran de sa naissance à son suicide. La maquette et l’iconographie sont remarquables, les articles très bien choisis. J’ai lu notamment avec intérêt un papier de Jacques-Pierre Amette sur le regard que portaient Thomas Mann et Brecht sur Hitler. On y apprend que si le premier  refusait de s’abaisser à aller écouter ce “chef de bande”, Brecht en revanche, en tant qu’homme de théâtre,  était fasciné par l’efficacité dramaturgique du personnage et avait compris très tôt le danger qu’il représentait. Ce numéro du Point  illustre à point nommé le propos de Genestar sur ces pièces à conviction de l’histoire que sont les photos de presse.

22 février 09

Deux livres nécessaires

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 11:07

Des livres de journaliste, il y en a à ne plus savoir qu’en faire sur les étals des librairies. Ils parlent à l’envie des “affaires”, font claquer l’actualité de manière retentissante, on les dévore comme des “polars” et puis, une fois refermés, ils s’en vont prendre la poussière sur une étagère de bibliothèque avant de finir à la poubelle ou chez un bouquiniste, à la faveur d’un déménagement. Ils ne sont plus alors que les souvenirs jaunis de scandales que tout le monde a oubliés. Mais, parfois, certains surmontent cet obstacle, ils survivent à l’actualité et se retrouvent investis d’une étrange pérennité. C’est le cas des deux livres que j’ai lus cette semaine et que je vous recommande. 

391217530_lLe premier est signé de Florence Aubenas: “La méprise”. Consacré à l’affaire Outreau, il est sorti en 2005.  Autant dire l’antiquité pour un livre d’actualité. Et pourtant, il y a quelque chose d’éternel dans ce récit. Un récit brut, qui s’en tient au strict déroulement des faits, sans commentaires, ni analyse. Le lire est sans doute la meilleure manière, non pas de comprendre l’affaire – qui le pourrait ? – mais d’en observer l’étonnant engrenage et de saisir les mécanismes psychologiques qui ont contribué à fabriquer l’une des plus grandes catastrophes judiciaires de notre histoire. Des enfants traumatisés qui dénoncent tout le monde, une femme – Myriam Badaoui – flattée d’être le centre d’intérêt d’un notable, le juge Burgaud, qui essaie de répondre ce qu’il souhaite entendre, ce même juge piégé par un tombereau de mensonges, des accusés qui ne cessent de croire que, c’est sûr, demain toute la lumière sera faite et que la justice comprendra qu’ils sont innocents, un dossier qu’il faut bien mener à son terme parce que plus il grossit et plus il devient difficile de faire machine arrière, d’admettre qu’on s’est trompé, de le voir se dégonfler….Tous ceux qui s’intéressent à la psychologie trouveront là un éclairage passionnant sur les tréfonds de l’âme humaine.  On en sort saisi de vertige. Indispensable et passionnant.

 

 

 

 

 

 

4152r9fe2fl_ss500_Le deuxième est signé de Daniel Schneidermann : “Du journalisme après Bourdieu”. Publié en 1999, il répond aux célèbres attaques contre les médias lancées par le sociologue. Celles-là même que nombre de lecteurs m’opposent ici lorsque je tente d’expliquer et parfois de défendre mon métier. L’urgence, la simplification, la connivence, Daniel Schneidermann examine chacune de ces critiques avec une grande sincérité, n’hésitant jamais à se remettre en cause lui-même et à rechercher dans sa propre pratique la matière nécessaire pour expliquer un métier décidément bien difficile à comprendre. C’est magnifiquement écrit, lucide et juste. Je l’ai lu avec un crayon à la main, soulignant ici et là ce que je voulais retenir. Voici quelques observations que j’ai particulièrement aimées : 

“J’ai compris à ce moment qu’il n’est pas de grand journaliste qui ne soit à la fois crocodile et midinette. Que le vrai talent consiste à savoir se placer en état de cynisme désarmable. Etre journaliste, c’est ne croire rien ni personne, savoir que tous mentent, qu’il faut tout vérifier en permanence, et en même temps être prêt à se laisser surprendre par un éclair intattendu de candeur et de sincérité, par la surprenante trouée que l’on n’attendait pas”.

Ou bien encore : 

“Rien n’est plus dégradant que la résignation à une idée présupposée du sujet qui attirera l’audience. Tenter d’intéresser lecteurs ou téléspectateurs à ce qui m’intéresse personnellement, je ne vois pas de meilleure définition du journalisme. La perversion commence dès que le journaliste commence à bricoler une théorie du public. Pas d’autre moyen d’exercer ce métier que de croire son lecteur, ou téléspectateur, intéressé par les mêmes sujets que moi-même, disposant du même niveau de culture, vibrant aux mêmes sujets de révolte, accessible aux mêmes plaisirs, aux mêmes bonheurs et démangé aussi par le même prurit voyeuriste que soi-même. Ni ange ni bête, ange et bête à la fois : mon lecteur, c’est moi”.

Les pages les plus intéressantes mais aussi les plus troublantes sont celles consacrées à ce qu’il appelle le coeur du journalisme, c’est-à-dire le grand reporter ou le reporter de guerre.

Le goût du sang est indissociable du journalisme. Au fond, l’exploit journalistique indépassable, c’est Woodward et Bernstein, “tombeurs” de Nixon. Jouissance de l’avoir poussé à la démission, jouissance du sang. Je connais ces odeurs là. Je n’en jouis pas. Je suis un chacal par nécessité. Je suis un chacal sans plaisir, un vilain petit chacal à l’écart de la meute, qui goûte à la charogne du bout des lèvres, en chipotant. Je crois être au fond un très mauvais chacal. Ou peut-être, allez savoir, ces scrupules font-ils de moi un excellent chacal”. 

Nous touchons là, vous l’aurez compris, au coeur même du métier mais aussi des polémiques dont nous avons parlé ici sur les affaires Dray et Kerviel. Je gage par exemple que Jean-Michel Aphatie  n’est pas un chacal, il ne veut pas l’être et s’insurge contre tous ceux qui le sont. Mais sans chacals, jamais personne n’aurait entendu parler du Watergate…Quand on a des scrupules, c’est difficile de faire ce métier. Daniel Schneidermann a infiniment raison. Et j’irais même plus loin que lui, c’est difficile au quotidien, sur les sujets les plus anodins. Combien de fois dois-je m’excuser au terme d’une interview d’une heure de ne retenir que quelques phrases dans mon article, et même parfois aucune parce que j’ai dû abandonner le sujet. Combien de fois suis-je gênée d’imposer à l’autre le rythme infernal de mon métier. Certains confrères cultivent l’arrogance, ce n’est pas mon cas. Je n’ai jamais cru que j’avais tous les droits simplement parce que j’étais journaliste. Je n’ai jamais pensé que les gens n’avaient que cela à faire de me renseigner sur un sujet, même si certains, il est vrai, rêvent d’avoir leur nom dans le journal et y trouvent leur compte, ce qui, au fond, n’est que justice. L’odeur du sang, je l’ai senti 4 ou 5 fois en treize ans, fort modestement, ce n’était pas le Watergate, mais je l’ai sentie, il est vrai qu’elle efface d’un coup toutes ces pudeurs. L’excitation de la chasse est si forte. Mais ce qu’elle n’efface pas et au contraire décuple, en tout cas chez moi, c’est la nécessité d’être sûr de son information, de peser chaque mot, de penser contre soi-même pour vérifier encore et encore  que les accusations que l’on va sortir sont justes et nécessaires, qu’on n’a pas été aveuglé par l’adrénaline du scoop ou leurré par une source aux intentions douteuses. Le journalisme est décidément un métier bien étrange. Soit vous acceptez d’être un chacal, soit vous vous cantonnez à l’information officielle. Dès lors, soit vous êtes aux yeux du public un voyou, soit à vos propres yeux, un menteur. Evidemment, cela nous ramène inéluctablement à la nécessité d’une déontologie forte pour tenter de garantir l’impossible : faire de chaque journaliste un “chacal vertueux”.

6 décembre 08

Hommage aux sentinelles de la liberté

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 12:00

La rentrée du Barreau de Paris a eu lieu hier après-midi. C’est une manifestation annuelle que je ne manquerais pour rien au monde. On peut y entendre les deux premiers secrétaires de la conférence montrer leurs talents d’orateurs en défendant une cause de leur choix. Intéressant spectacle songerez-vous ? Mieux que cela, l’antidote absolue aux horreurs que je vous racontais dans les deux précédents billets. Contrairement à la finance, ici on parle de droits et de liberté, on cultive l’irrévérence, l’humour, le défi, une manière de penser à mille lieux de la pensée unique. Contrairement à la communication, on n’hésite pas à utiliser de vrais mots, des mots puissants qui font mal ou rire, qui interpellent, dérangent. L’espace d’une heure, deux brillants avocats vous emportent et vous font réfléchir. J’y ai connu de gigantesques  éclats de rire, il m’est arrivé aussi de refouler mes larmes. 

 

Extrait du discours du 1er secrétaire de la conférence, Augustin d’Ollone, consacré à  Tristan Bernard. L’écrivain s’est essayé au métier d’avocat, mais il a eu peur, il faut dire que sa première plaidoirie ne fut guère convaincante :

“Il est avocat stagiaire. C’est sa première affaire : son client vieux vagabond récidiviste a volé…un canari. Circonstance aggravante ou atténuante ? Ce fut pour le manger ! Tristan plaide comme il peut. Sous sa robe, son éternel pantalon forme des bosses au-dessus des genoux. Des miettes de son dernier repas se sont nichées dans son immense barbe : “Monsieur le président, la vue de ce canari lui était insupportable. Il a voulu achever ses souffrances. Pour un canari, la seule liberté c’est la mort. Je demande la même chose pour mon client. Enfin non, je ne veux pas dire la mort, mais la liberté”. On comprend qu’il ait arrêté le métier ! Et pourtant “: Tristan toute sa vie a répété qu’il fallait voir le beau côté des choses. Il aimait les fleurs du mal, la pureté qui surgit du fumier, il aurait trouvé de la grandeur dans la petitesse de ces hommes et de ces femmes. Du charme à ces curieux mensonges qui transforment les minables en poètes, les clochards en victimes de complots internationaux, les violeurs…en violettes”. (…) “Seul face à l’ordre, la morale et la bienséance, Tristan aurait aimé être cet avocat idéal, cet avocat malpoli qui crée ce doute sur le droit qui sauve le droit”.

Le deuxième secrétaire de la conférence, Romain Ruth, a évoqué la première affaire de corbeau à Tulle, en 1917. Au bout de 4 ans, alors que la ville se déchire, on arrêtera une vieille fille, une trentenaire mal aimée, elle sera condamnée. Mais pour l’avocat qui raconte cette histoire, c’est tout le monde qui était condamnable, tous ceux qui ont écouté la rumeur, qui l’ont faite circuler, qui s’en sont repus. Ce d’autant plus que la maladie ne disparait jamais, qu’elle est réapparue durant l’occupation et qu’elle court toujours mais cette fois sur Internet.

“Oh ! comme il est lointain le bon vieux temps des lettres empoisonnées. Notre petit village est devenu global. Les corbeaux excités croassent en coeur sur les forums. Ils haranguent la foule qui s’y presse la bave aux lèvres : on vient en masse. On y sert tous les jours un brouet de détails sordides, d’intimité violée et de secrets révélés. Musique langoureuse des croassements complices, battements d’aile.(…) Le ciel s’est obscurci, un orage est venu. Une horde de corbeau vole un peu bas. Dans les villes électriques et les champs déserts, ils butinent des charognes en secouant leurs plumes. La part d’ombre est nourrie, l’auditoire complice, notre siècle a trouvé de nouveaux artifices”.

Voilà qui fait réfléchir, n’est-ce pas ? C’est cela le mérite de la cérémonie.

Et puis le bâtonnier de Paris, Christian Charrière-Bournazel, a pris la parole. Il y aurait bien des extraits de son discours à citer. Mais je songeais en écoutant ces avocats qu’ils inspiraient, comme les journalistes,  la même fascination répulsion aux yeux du public. On nous traite de pisse-copie, ils sont surnommés les bavards, on nous accuse d’être des imbéciles, on moque parfois leurs effets de manche, on nous soupçonne d’être des charognards tout en se demandant comment eux, les avocats, peuvent défendre des criminels, n’est-ce pas le signe qu’ils sont sans morale ?  On dit que nous sommes privilégiés, on les croit encore notables et on les accuse d’être cher. Etrange et funeste réputation qui pèse sur les épaules de ceux qui sont si indispensables à la démocratie. Pourquoi tant de rage, contre eux et contre nous ? L’incompréhension sans doute, il est si facile de critiquer ce qu’on ne connait pas. Alors, le mieux est encore que je vous laisse en compagnie du bâtonnier qui vous ouvre son coeur et en même temps l’âme de son métier :

“Praticien du droit et de la justice, je ne prétends me faire ni philosophe, ni théoricien. Simplement trente cinq années de vie professionnelle m’ont convaincu que les qualités auxquelles nous devons aspirer sont l’humanité et l’humilité. L’humanité parce que nous n’existons que pour les autres au service desquels nous sommes unis. Ils demandent au droit et à la justice protection, sécurité, mieux-être. Le sens de l’humain est indissociable du service rendu à ceux qui divorcent dans la douleur, aux salariés licenciés, aux entreprises en difficultés, aux dirigeants soucieux d’une bonne gouvernance, aux prévenus comme aux condamnés. Juges du siège, parquetiers, avocats, nous avons en dépôt sacré la détresse ou la faute de nos contemporains ; entre nos mains mal assurées se trouve remis le “misérable bétail humain écrasé sous le pressoir”. Nous ne devrions jamais cesser de nous redire le fabuleux vers du poète : “ô insensé qui crois que je ne suis pas toi” L’humilité soeur de l’humanité, s’impose à nous tous en raison de la faiblesse même du droit. Contrairement à l’ordre du monde qui préexistait il y a plusieurs milliards d’années, l’intelligence humaine, l’ordre du droit sont le produit de notre conscience. Il est donc variable, contingent, éphémère (…) la justice est une passion ardente, absolue, brûlant au coeur du plus petit comme du vieillard. Mais l’institution humaine qui porte son nom, si elle est déclarative et punitive, n’est que rarement réparatrice. Et encore ne l’est-elle qu’à demi. Son service est à la fois des plus nécessaires et des plus décevants. telle est notre condition d’être portés par un idéal que nous servons de toutes nos forces, tout en sachant que nous ne pouvons l’atteindre”.

Voilà qui nous change de la novlangue, vous ne trouvez pas ? Voyez-vous au fond, on accuse souvent la justice de s’enfermer dans un vocabulaire ésotérique et d’échapper ainsi à la compréhension du public. Ne nous méprenons pas. Dans un monde qui n’appelle plus les choses par leur nom, où l’on cultive la pensée unique, ou pire la pensée à la mode du moment, les juristes sont les gardiens d’un temple particulièrement précieux, celui du sens des mots, car ils savent que les mots sont graves, et pourtant ils n’en ont pas peur. Oui en justice les mots peuvent ouvrir ou fermer la porte d’une prison, ruiner ou enrichir, réparer ou punir. Mais ils sont aussi et surtout les sentinelles de nos libertés, de toutes nos libertés, en particulier celle de penser. Car les vrais mots ont fini par devenir infiniment subversifs aujourd’hui tant nous sommes endormis par la communication. Il ne faut donc pas en vouloir aux juristes de tenir à leur vocabulaire, c’est l’ultime rempart contre la novlangue.

 

Les discours en version intégrale sont ici.

En principe, ceux de l’année précédente peuvent aussi être consultés sur le même site en cliquant sur 2007, ils étaient magnifiques. Pour l’instant le lien ne marche pas, je vais me renseigner lundi et vous tiendrai au courant.

Mise à jour du 8/12 : voici le lien vers les discours de la rentrée 2007.

9 novembre 08

Paroles de reporter de guerre

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 14:40

Jean-Paul Mari est grand reporter depuis 30 ans. Il a reçu de nombreuses récompenses dont le prestigieux Prix Albert Londres en 1987. Aujourd’hui, il travaille au Nouvel Observateur. Dans un ouvrage intitulé “Sans blessures apparentes” qui vient tout juste de sortir, il s’interroge sur “ce mal étrange, aussi terrible que tabou” qu’est la guerre. Autant vous le dire tout de suite, il y a tant de douleur dans ce livre, tant de questions graves, tant de récits difficilement soutenables que sa lecture n’est pas anodine. Tout commence à Bagdad en avril 2003 lorsqu’un obus frappe l’hotel où réside la presse et que Jean-Paul Mari découvre un jeune cameraman allongé dans sa chambre  :“le souffle lui a ouvert le ventre du pubis au sternum, écartant la peau et les muscles, découvrant les viscères, flaque blanche et nacrée”. Le cameraman ne survivra pas à ses blessures. C’est le point de départ d’une enquête pour rencontrer celui qui a tiré. Mais, plus profondément, Jean-Paul Mari, hanté par l’image de son confrère éventré,  veut comprendre pourquoi certains encaissent les horreurs de la guerre sans devenir fous, quand d’autres se font happer par l’horreur de ce qu’ils ont vu. Tout au long du livre, il évoque les témoignages de confrères mais aussi de militaires pour tenter de cerner le moment où tout bascule, l’image de trop qui se mue en un insurmontable cauchemar et brise une vie, l’instant irréparable où les grands traumatisés confient “avoir vu la mort en face”. Il interroge aussi un psychiatre de l’armée qui finira par lui apporter un début de réponse et un espoir aussi : il est possible de guérir. C’est un livre dur qui lève le voile sur la vraie guerre. Pas celle des frappes chirurgicales retransmises aseptisées sur nos écrans de télévision. Non, la vraie, celle qui tue des civils, brise des militaires de carrière et détruit les reporters qui s’en approchent de trop près. Il fallait que ce livre soit écrit, ne serait-ce que pour rendre hommage aux journalistes qui risquent leur vie pour dénoncer au monde cette barabarie. Il fallait que ce livre soit écrit car bien souvent ces journalistes ne rencontrent que l’indifférence générale. C’est si loin la guerre, et si peu vendeur. Je me souviens d’avoir vu il y a quelques années une exposition sur le travail d’une photographe de guerre. On y présentait notamment deux portraits, ou deux auto-portraits je ne sais plus,  l’un de la journaliste sur le théâtre des opérations, l’autre de cette même journaliste de retour en France. Le deuxième était celui d’une femme ordinaire. Le premier était insupportable. Il représentait une femme maigre au visage grave, le regard fixe, les cheveux coupés ras, debout devant l’objectif. La photo avait ceci d’extraordinaire qu’elle parvenait à montrer une réalité aussi inexplicable qu’évidente : son corps entier s’était transformé en pellicule photographique, il exprimait de manière sidérante toute l’horreur de ce qu’elle avait vu. Le livre de Jean-Paul Mari résonne en écho de ces photos et plonge au coeur des blessures invisibles de ceux qui ont croisé la mort, ces hommes et ces femmes sans blessures apparentes qui tentent de survivre à leur épouvante. 

 

“Sans blessures apparentes” par Jean-Paul Mari – Robert Laffont 2008 – 296 pages, 20 euros.

2 novembre 08

Pas de bûcher pour les vaniteux !

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 12:17

Avez-vous lu le Nouvel Observateur cette semaine ? Si ce n’est pas le cas, jetez-y un oeil. Vous y trouverez un dossier sur la crise financière. Je sais, on a tout dit, tout entendu, et l’on a compris au fond que personne ne savait rien, que nous avancions dans le noir vers un avenir qui n’avait rien de radieux. L’Obs publie un article fondamental sur cette crise, l’un des plus intéressants que j’ai lus jusqu’ici. Il ne vous entretient pas des circuits complexes de la finance, ni de titrisation, il n’évoque pas les efforts des gouvernements pour éteindre l’incendie, il ne tente même pas l’impossible calcul des milliards évanouis. Non, il propose un portrait de Jim Rogers. C’est le co-fondateur avec Georges Soros du hedge fund Quantum. Puis il a créé son propre indice de “commodities” autrement dit de matières premières, vous savez, le pétrole, le blé, le maïs etc. L’Obs raconte que cet homme a abandonné les actions, son domaine de prédilection désormais, ce sont les biens essentiels à la survie de l’humanité. Or, ces biens sont insuffisants, ce qui signifie pour un financier que leur cours va grimper. Et il annonce que bientôt l’eau sera cotée, comme le pétrole. Des états d’âme, une pudeur quelconque ? Du tout, il se qualifie lui-même de “méchant spéculateur”, traite Greenspan de “crétin” et ceux qui tentent de sortir les Etats-Unis de cette galère ne sont à ses yeux “que des poulets sans tête qui courent dans la basse-cour”. Quand les journalistes l’ont rencontré, il sortait d’une conférence qu’il venait de donner à Paris devant des gestionnaires de portefeuilles pour les aider à identifier les investissements juteux de demain. Jim Rogers est un homme intelligent. L’Amérique ne l’intéresse plus, il s’est installé en Chine avec sa famille car c’est là que se situe le business. Il est fier d’annoncer aux journalistes que sa fille aînée a une nounou chinoise et parle déjà parfaitement le mandarin. Qu’elle et sa petite soeur ont chacune leur compte en Suisse bourré de matières premières, car les actions, c’est fini. N’est-ce pas attendrissant ? Une photo illustre l’article. On voit un homme à la mine joviale vêtu d’un costume sombre, d’une chemise rose et d’un noeud papillon un peu de travers, à cheval sur un cochon rose qui trône au milieu de son appartement new-yorkais. 

Voyez-vous, à mes yeux non seulement cet article synthétise la crise que nous traversons, mais il annonce la suivante. Beaucoup d’experts redoutent en effet que la spéculation se reporte sur les matières premières dans les années à venir. Cela vous fait frémir ? Moi aussi, mais pour l’homme que décrit l’Obs et ses congénères, nous sommes des faibles et des imbéciles. Ils vivent dans un univers où l’intelligence se mesure au poids de la fortune. Exclusivement. Ceux-là n’ont presque rien perdu dans cette crise et préparent tranquillement celle de demain.

27 octobre 08

Le JDD met Rachida Dati sur le gril

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 09:57

J’ai beaucoup lu dans les commentaires chez Eolas que le mouvement des juges n’avait pas été entendu par les journalistes, qu’il avait été mal relayé. J’attire donc votre attention sur l’interview de la ministre parue hier dans le JDD. Vous observerez que l’essentiel des questions porte sur le mouvement des magistrats et que les journalistes ne lâchent pas un pouce de terrain. Les questions sont directes, presque “brutales”. Par exemple, “vous les aimez vos juges ?”, la ministre répond oui. Les journalistes rétorquent “mais les juges ne vous aiment pas” et plus loin “ils disent que vous menacez leur indépendance”, puis “vous avez été traitée de lâche au congrès de l’USM ?”. Bref, une interview sans complaisance. Cela méritait d’être souligné. Ne serait-ce qu’au nom du fait que la communauté juridique, si soucieuse de contradictoire, semble étrangement oublier ce grand principe dès lors qu’elle parle de la presse…J’aimerais qu’on arrête cet insupportable procès contre la presse. Un procès qui a l’étrange caractéristique de se fonder non pas sur des faits mais sur une vague impression, non pas sur pièces mais sur des on-dit, un procès instruit uniquement à charge, dans lequel la défense n’a jamais la parole, où chacun s’auto-propulse procureur et où la condamnation est toujours prononcée par anticipation et sans appel.

23 octobre 08

Silence les Tartuffes !

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 15:55

Ah, bon sang ! Je voulais aujourd’hui laisser la place aux magistrats. En plus j’ai beaucoup de travail. Mais je viens de lire qu’un syndicat de journalistes, le SNJ, demande l’arrêt immédiat des Infiltrés, dont le premier numéro, consacré à la maltraitance dans les maisons de retraite, a été diffusé hier sur France 2. Au nom de la déontologie, disent-ils. Mais laquelle ? Celle que la profession est incapable d’adopter et de faire respecter ? Allons, laissez moi rire. Et penchons-nous sur ce que nous avons vu hier.

Indispensable caméra cachée

D’abord 45 minutes de reportage en caméra cachée sur une situation à vous donner la nausée. Je suis restée fascinée, incapable de m’arracher de l’écran, sentant bien que, pour une fois, nous avions de la vraie information et qu’il ne fallait pas en perdre une goutte. Je songeais aussi que ça faisait mal. Infiniment mal, il faut dire que dans notre monde aspetisé, on n’a plus l’habitude n’est-ce pas de voir des choses comme celles-là. Scandaleuse la caméra cachée ? Allons, soyons sérieux. Non seulement elle n’était pas scandaleuse mais elle était journalistiquement indispensable. C’était le seul moyen de savoir ce qu’il se passait dans cette maison de retraite. Quant au comportement de la journaliste, je l’ai trouvé exemplaire.  Avouez qu’il faut avoir le coeur bien accroché pour faire ce qu’elle a fait.

Un débat parfaitement mené

Ensuite, nous avons assisté à un excellent débat. La secrétaire d’Etat à la solidarité, Valérie Létard, a lancé immédiatement qu’elle allait porter plainte contre cet établissement. Et David Pujadas de lui rétorquer “nous ne vous donnerons pas les coordonnées de l’établissement, ce n’est pas notre rôle”. Voilà une affirmation qui mérite le débat. Je ne suis pas certaine que ce secret soit pertinent dès lors que la sécurité des personnes est en jeu. Or, c’est cela entre autre qu’a révélé le reportage. Puis les autres invités, tous professionnels dans ce domaine,  ont expliqué que le reportage n’était pas une surprise à leurs yeux, qu’ils dénonçaient cet état de fait depuis des années. Oui, mais qui les entendaient ? Moi qui ne connaissais rien de ce dossier, j’ai obtenu des réponses à toutes mes questions grâce à un débat parfaitement bien mené par David Pujadas. Et le plus terrible, c’est que la secrétaire d’Etat a appris autant des choses que les téléspectateurs. Je la crois sincère. L’émission était donc d’autant plus nécessaire. Il serait trop long ici de résumer toutes les informations essentielles que le reportage a permis de mettre à jour. Je relèverai néanmoins le fait que nombre d’intervenants se sont plaints des contrôles officiels qui ne permettaient de révéler que des maisons modèles. Forcément. De même qu’un reportage réalisé avec l’autorisation de l’établissement concerné n’aurait pu montrer qu’un paradis sur-mesure. Enfin,  je n’oublirais pas la dernière question de David Pujadas qu’il semblait avoir lue dans mon esprit :“ne sommes-nous pas tous responsables de cet état de fait, n’avons-nous pas au fond un manque de considération pour les personnes âgées?”.  En ce sens, l’émission ne nous a pas seulement révélé l’état des maisons de retraite en France, elle nous a également placés face à nous-mêmes. Douloureux et salutaire.

Tartufferies déontologiques

Et journalistiquement me direz-vous ? A la fin du reportage, je suis restée bouche bée. Il fallait que j’assimile ce que j’avais vu. Cela tranchait tellement avec le joyeux monde de Disney dans lequel on nous donne à chaque instant l’illusion de vivre. Quand j’ai eu repris mes esprits, j’ai songé : tant de scandale médiatique pour ce travail ? Tant d’indignation déontologique ? Mais de qui se moque-t-on ? Où étaient les tartuffes le soir où nous avons vu un reportage sur la presse féminine et ses dérives ? Où sont-ils ces valeureux moralistes quand chaque jour, à chaque instant, la déontologie est mise à mal par la communication et la publicité ? Par les cadeaux, voyages de presse et autres petits arragements entre amis ? Je ne les entends pas sur ces sujets-là. J’en déduis que l’on peut se faire acheter dans ce métier sans que personne ne soit choqué, mais qu’on ne peut pas en revanche avancer masquer pour faire son travail. En d’autres termes, il vaut mieux être un faux journaliste officiel qu’un vrai journaliste infiltré ? Si ce n’est pas de la tartufferie…

Pour le premier numéro des Infiltrés, je vous dis bravo Monsieur Pujadas. Vous avez fait un pari difficile, risqué, j’espère que vous parviendrez à tenir votre ligne rédactionnelle.

D’ici là, laissons les Tartuffes s’indigner, ça les occupe. Et vive le journalisme !

 

NB : Je vous recommande l’article de Rue 89, sa position est plus modérée que la mienne. Vous trouverez en lien sur ce site le communiqué du SNJ.

17 octobre 08

Bienvenue à Vendredi !

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 22:22

C’est nouveau, c’est en kiosque et ça parle du Net ! Vendredi est un nouvel hebdomadaire dédié aux meilleures infos du Net. Le premier numéro est sorti aujourd’hui. Vous verrez que son format est amusant. A première vue, il est aussi long que Le Figaro mais beaucoup plus étroit, ce qui lui donne des allures de page web qu’on déroule. L’idée est née dans l’esprit du créateur de Courrier International, Jacques Rosselin. La rédaction en chef est confiée à Philippe Cohen, ancien rédacteur en chef de Marianne et co-auteur du fameux livre “La Face cachée du Monde” avec Pierre Péan. Il compte 8 pages en couleur et sa maquette a été réalisée par le grand Rampazzo, l’empereur des directeurs artistiques de presse en France. Bref, que du beau monde ! On y parle beaucoup de blogs et le journal reproduit même les meilleurs billets. Par exemple celui que Dadouche vient de publier chez Eolas sous le titre “Le dégoût!” occupe la moitié de la page 4. Gagons que ce journal a déjà un lectorat acquis : celui des blogueurs qui vont désormais attendre avec impatience la fin de la semaine pour savoir s’ils figurent parmi les heureux élus.  Et nous me direz-vous ? Trois commentaires du billet de Dadouche ont été reproduits en encadré, montrant ainsi qu’un blog vaut autant pour ses billets que pour les réflexions de ses visiteurs. Et pour finir, je suis toute heureuse de vous annoncer qu’on y cite La Plume d’Aliocha dans la controverse au sujet de l’émission Les Infiltrés. Bonne lecture à tous et bonne chance à Vendredi.

 

NB : Merci à Triskael d’avoir attiré mon attention sur cette publication dont je n’avais pas eu vent.

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