La Plume d'Aliocha

27/02/2014

Et soudain…Bobin !

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 11:47
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product_9782070144259_195x320Avez-vous remarqué à quel point nous lisons, depuis Internet ? Tout le temps, partout. Le visage rivé à nos écrans d’ordinateur au bureau, de smartphone partout ailleurs, nous lisons, encore et toujours. La preuve, vous êtes en train de me lire, et c’est en lisant, un tweet, un mail d’alerte, que sais-je encore que vous êtes arrivé ici avant de repartir ailleurs, lire autre chose. J’envie ceux qui ne sont pas saisis de lassitude à force d’être assaillis de mots jour et nuit. Des mots souvent criards, des mots usés, des mots de médias, creux et boursouflés, des mots insensés, des mots nausée.

J’en étais là quand j’ai décidé d’aller dans un musée de vieux mots de papier. On appelait cela une librairie en mon temps. Il en reste quelques unes qui ne vendent que des livres, mais les plus grandes proposent aussi des écrans, des affiches et des moules à gâteaux. Faut ce qu’il faut. Toujours est-il que mon musée de vieux mots de papier à St Germain-des-Prés contenait lui aussi tant de mots que j’ai failli ressortir. Ils hurlaient en silence sur leurs couvertures, étalés ou bien debout, sur face ou sur tranche, en vrai et en photos. J’avais envie de silence. C’est étrange n’est-ce pas de chercher un livre contenant du silence ? Je l’ai trouvé. Il s’appelle La Grande vie, il est signé Christian Bobin. "Les palais de la grande vie se dressent près de nous" raconte la quatrième de couverture. Vous entendez le silence abyssal de ces palais ? Je l’ai feuilleté. On y parle de la joie atomique qui monte à la gorge de l’oiseau juste avant de chanter. Avant de chanter. "Aujourd’hui on n’écrit plus de lettres. C’est comme s’il n’y avait plus d’enfant pour jeter sa balle de l’autre côté du mur. Le monde a tué la lenteur, il ne sait plus où il l’a enterrée" écrit le poète. A mon avis, le monde a aussi tué le silence. C’est en lisant Christian Bobin que j’ai compris ce que je cherchais dans mon musée de vieux mots de papier. Un écrivain qui sache poser des mots précieux sur un écrin de silence ou bien qui les propulse dans le ciel en les regardant danser. Les mots papillon du poète ont une âme, c’est ce qui les distingue des mots gris qui nous assaillent. "Je jette le filet de mes yeux sur les eaux du monde détruit, puis je le ramène à moi et je sauve les poissons d’or". Christian Bobin confie ici que l’écriture est une guérisonC’est vrai, le poète, ce poète, guérit le lecteur du bruit. Et puis il fait des pansements aux mots pour qu’ils cessent de saigner leur sens à en mourir à force d’être malmenés…

Christian Bobin, La Grande vie  - Gallimard 2014- 121 pages, 12,90 euros.

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7 Commentaires »

  1. Et moi j’aimerais bien que vous fassiez un livre de vos blogs et que vous écriviez les chroniques de votre "petite " vie de tous les jours par opposition à la "grande "que vous nous conseillez.
    Les mots bien arrangés et choisis par quelqu’un qui sait les manier sont une sorte d’enchantement et une magie rare , on n’écrit plus de lettres c’est vrai et et c’est dommage parce que comme les livres elles pouvaient être lues et relues et restent sensuelles et moins périssables , on n’écrit plus de lettres mais soyez assurée que nos courriels laissent aussi passer l’âme de celui ou celle qui les envoie et leur style et les mots résonnent dans les mémoires avec le même impact.

    Je crois que ceux qui ressentent les émotions et savent les traduire pour les faire partager détiennent un trésor pour ne pas dire un don et que le comble de l’égoïsme est qu’ils gardent le silence …

    Commentaire par Scaramouche — 27/02/2014 @ 15:53

  2. Puisque vous aimez la magie des mots, le goût pour leur étymologie, la grammaire, la conjugaison et la syntaxe je vous propose la quadrilogie de Eric Orsena avec les titres suivants :
    - La grammaire est une chanson douce
    - Les chevaliers du subjonctif
    - La révolte des accents
    - Et si on dansait ?

    Commentaire par fultrix — 27/02/2014 @ 17:11

  3. @Scaramouche : c’est amusant, quand j’ai lu "la grande vie" sous la plume de Bobin, j’ai su d’instinct que sa "grande vie" ne renvoyait pas à ce qu’on appelle généralement "mener la grande vie". Et puis j’ai ouvert son livre dans le métro en sortant de la librairie, et j’ai lu la phrase où il décrit la joie atomique qui gonfle la gorge de l’oiseau qui s’apprête à chanter. La joie atomique. Et j’ai pleuré. Comme ça, bêtement, dans le métro, en songeant à la gorge de cet oiseau, que j’imaginais modeste parmi les modestes, un moineau et à cette joie immense de vivre, que l’on gâche seconde après seconde en rêvant toujours d’autre chose. C’est ce qu’il explique magnifiquement dans l’interview que j’ai mise en lien. Que voulez-vous maintenant que moi, Aliocha, j’écrive de plus ou de mieux par rapport à lui. Je me contente de transmettre le cadeau que j’ai reçu en le lisant ;-)

    @Fultrix : je n’ai jamais lu Orsenna, honte sur moi. Je note, merci !

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/02/2014 @ 19:24

  4. J’aime bien la description que vous faites de cette rencontre.

    Je la perçois comme une "irruption"… ce qui pourrait au premier abord sembler paradoxal, puisqu’une irruption est souvent associée au bruit, au désordre, à la perturbation.

    Et là, c’est la perturbation, les perturbations et autres distorsions dans lesquelles nous baignons qui ont vues votre poète faire irruption ;-)

    Ce rien, ce trois fois rien, ce presque vide qui fait peur à tous ceux qui sont accros à la vitesse et au tumulte… il a suffi de trébucher sur un livre pour qu’il se glisse, pour qu’il fasse irruption… il était désiré, recherché, invité mais il a tout de même réussi à surprendre et à toucher.

    ça fait du bien.

    Commentaire par Zarga — 27/02/2014 @ 23:16

  5. Jeu mène ma vie, jeu cultive les rencontres et les situations(pas comme Guy Debord, une de mes 1eres lectures dites sérieuses avec Le Voleur de G Darien), jeu à toujours chercher à tuer le temps, c’était un projet sans projection, une intuition dés le départ, il rêvait déjà de voler dans les volées d’escalier de son HLM. L’école, le travail salarié n’ont pas réussi à tuer la joie, jeu s’est échappé de toutes ses boites, artisan du rien et du tout, il chante tout le temps dans les rues, en ce moment il fredonne cette chanson joyeuse et entrainante de la Wehrmacht heidi-heido-heida que chantait ma sœur en gardant les chèvres en 1944,âgée de 5ans, , dans la campagne seine et marnaise, en regardant les avions alliés bombarder Paris.Elle vient de me le confesser à 75 ans, en écoutant cette musique dans notre merveilleuse décapotable rouge Wolkswagen, de rigueur…..
    Voyage au bout du jour, Céline moins l’amertume de la carrière qui vous enterre..la vie comme romance pratique avec le sens, çà soulève, c’est tout simplement ….phénoménal.

    Commentaire par georges dubuis — 28/02/2014 @ 01:35

  6. Aliocha, vous êtes pénible : quand vous parlez d’un livre, ça donne envie de le lire. Et j’ai déjà une liste de lecture surbookée. Veuillez cesser, s’il vous plaît.

    Commentaire par VilCoyote — 28/02/2014 @ 11:30

  7. Et je vais vous conseiller en plus " des mots et merveilles" de Claude Gagnière .. Vous allez rire et après vos larmes c’est indispensable..
    La vie " la grande " c’est celle qu’on retrouve aussi quand on sort d’une longue maladie d’une souffrance ou d’un choc , c’est " la première gorgée de biére " on en connaît le prix et plus rien d’autre n’a d’importance.

    Commentaire par Scaramouche — 28/02/2014 @ 12:31


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