La Plume d'Aliocha

02/03/2012

Ne déshumanisons pas le journalisme

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 11:28
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A quoi servent les reporters de guerre, s’interroge Gil Mihaely, journaliste, historien et directeur de la publication de Causeur, à la suite du décès (l’assassinat ?) de Gilles Jacquier à Homs.

Convenons qu’il faut du courage pour poser ce genre de question pendant le temps généralement consacré au deuil. Du courage, ou bien autre chose… Mais après tout, ainsi l’exige l’actualité. C’est lorsqu’un événement est "chaud", que le journaliste intervient. C’est la loi du genre, on n’y peut rien. Gil Mihaely ne pouvait poser la question à un pire moment. Il ne pouvait pas non plus la poser dans un timing plus approprié, celui de l’événement. Surtout que depuis la parution du papier, l’actualité, cette garce, lui sert sur un plateau une rallonge d’intérêt, un crédit de pertinence journalistique supplémentaire. Je songe à la mort de deux correspondants de guerre, Marie Colvin et Remi Ochlik,  à Homs et à leurs confrères qui se sont retrouvés piégés dans cet enfer. A quoi ça sert d’être pris en otage comme Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, si ce n’est à coûter cher à la France, questionne Gil Mihaely ? A quoi ça sert de mourir, comme Gilles Jacquier,  Marie Colvin et Remi Ochlik pour des informations que les témoins sur place peuvent si facilement vous envoyer par le web ? A quoi ça sert de voir l’enfer en direct, quand on peut l’observer et l’analyser tellement plus froidement derière un écran ?

J’aime trop la liberté d’expression et le débat pour reprocher à Gil Mihaely de poser ces questions. Mais puisqu’il y a débat, alors débattons ! Qu’on ne se méprenne pas, ce n’est pas en journaliste que je réagis, moins encore en porte flambeau de la profession. Nous avons la même carte professionnelle eux et moi, mais je n’oserais même pas les appeler "confrères" tant nos métiers respectifs se situent à des années lumières dans l’ordre de l’importance de l’information recueillie, des risques pris et de la valeur du résultat. Non, c’est en citoyen que je réagis.

Leur contribution à l’information serait donc marginale, nous dit l’auteur. Je feuillete en méditant ce billet le catalogue de l’exposition récente à la Maison européenne de la Photographie intitulée L’ombre de la guerre et j’erre d’une photo de Buchenwald par Margaret Bourke-White à une autre de la guerre au Vietnam. La petite fille brûlée au Napalm de Nick Ut. Celle qui a ému l’amérique et changé le cours de l’histoire…Il y a aussi cette afghane sur la tombe de son frère en Afghanistan, de James Nachtwey, et puis ce soldat américain saisi à la fin d’une journée de combat. Elle est de Tim Hetherington, mort le 20 avril 2011 à Misrata…

Comment savoir si l’on ne voit pas ?

A quoi ça sert de mourir pour le JT ? A émouvoir parfois les foules, admet Gil Mihaely, suggérant qu’il s’agit d’un pouvoir assis sur l’émotion (et donc soupçonnable de manipulation) et non pas de celui d’informer réellement, c’est-à-dire d’éclairer la compréhension d’une situation. Ah ? Parce qu’un témoin indépendant qui photographie une guerre et, ce faisant, alerte ses contemporains abrutis de publicité et de divertissements sur ce qui se passe à l’autre bout du monde, ça n’est pas une information ? C’est si loin, psychologiquement, la guerre quand tout ce qu’on risque soi-même c’est de se fouler la cheville en faisant son footing…Parce que ce même témoin qui laisse dans les archives de l’histoire l’image qui servira de document et, pour peu qu’il soit authentifié par d’autres sources, éclairé et expliqué deviendra une preuve irréfutable qu’un événement s’est bien produit, ce n’est rien ça ? Ce n’est pas de l’information ? Parce que celui qui a le talent de saisir dans une scène l’essence même d’une situation et de rapporter un document qui touche, qui éveille, cela ne sert à rien ? Avez-vous pris le temps de les écouter, ces reporters ? Leur avez-vous demandé pourquoi ils faisaient ce métier ? Ce qu’ils vous auraient répondu sans doute vous aurait éclairé.

Voir n’est pas savoir, ajoute Gil Mihaely. En effet, mais qui peut savoir s’il ne voit pas ? Bien sûr que les apparences mentent, nous savons bien que nous ne pouvons au mieux, nous les journalistes,  que saisir des fragments de vérité, des instants, des images, des impressions fugaces, des morceaux d’événement plus ou moins signifiants, des bouts d’information. Et alors ? Une photo, un récit, des images, captés par un regard indépendant des belligérants et rapportés à ceux qui sont trop loin pour voir, c’est essentiel, c’est même vital. Bien sûr que cela ne suffit absolument pas à comprendre une situation comme la comprend par exemple l’historien 50 ans plus tard, quand l’émotion s’est tue, quand il a tous les éléments en mains, la science nécessaire pour les analyser, le recul indispensable à leur compréhension. Mais en attendant, faut-il se résigner à être aveugle et sourd ? Ou croire que l’on peut se contenter des différents témoignages des intéressés ? A l’heure d’internet justement qui offre tant de facilités de communiquer, c’est vrai, mais plus encore de manipuler ? Allons, soyons sérieux.

Travail inutile ou travail incompris ?

La plupart restent dans les hôtels, avance encore l’auteur. J’allais dire c’est vrai, en réalité je n’en sais rien, mais on le dit. Et alors, faut-il parce qu’il y a des faussaires, jeter l’opprobre sur les sincères ? Et pire encore, parce que certains déshonorent le métier, en déduire que c’est le métier lui-même qui doit disparaître ? Ceux qui par exemple aujourd’hui, à Homs et ailleurs, sont morts  ? Etaient-ils planqués, ceux-là, dans l’hôtel tout confort d’une capitale et protégés par tous les accords internationaux assurant en principe l’immunité des journalistes sur un terrain de guerre ? Que dire d’Anne Nivat, qui sillonne l’Afghanistan ? De Christian Poveda, mort pour avoir pénétré les gangs du Salvador ?  De tous ceux encore qui sont rentrés entiers du Rwanda ou d’ailleurs, mais le coeur fracassé et la raison chancelante parce qu’ils ont vu l’image de trop, obsédés qu’ils étaient de dire, d’alerter, de dénoncer  ? Etaient-ils planqués, ceux-là ?

Ils vont encore sur le terrain,  explique Gil Mihaely, alors que les images et les témoignages, formatés et identiques sont aussi pléthoriques que dénués d’intérêt. Possible, mais est-ce leur faute ? Ces documents sont formatés par les médias qui les emploient  et consommés par public qui ne peut plus les lire, parce qu’ils sont coincés entre un spot publicitaire et un film américain mille fois plus spectaculaire. Ne faisons pas porter aux reporters de guerre le poids de nos dérives. Ce n’est pas leur travail qui est inutile, c’est le regard indifférent que nous portons dessus qui le vide de son sens. Un regard de consommateurs capricieux et blasés, manipulés par des patrons de chaine qui vendent du temps de cerveau disponible à leurs annonceurs, parfaitement ignorants de ce qu’à coûté une image en risques, en sueur, en douleur. Totalement incapables surtout d’en saisir le sens. On ne peut pas avoir le cerveau disponible pour la guerre et pour un baril de lessive.

Je cite in extenso le dernier paragraphe :

"Osons le dire : la mythologie du héros de l’information n’a plus de sens. Dès lors que les images et informations provenant du terrain sont disponibles en abondance, un spécialiste capable de les décrypter et de les mettre en perspective contribuera infiniment plus à la compréhension du public qu’une palanquée d’envoyés spéciaux condamnés à débiter de l’émotion à jet continu. Peut-être est-il temps, dans ces conditions, de redécouvrir que le journalisme est une profession intellectuelle. Ce ne sont pas l’endurance physique ou la capacité de vivre des semaines sans prendre une douche qui font le bon journaliste, mais l’intelligence, la maîtrise des dossiers, l’aptitude à mettre en doute ses propres certitudes. Il est temps d’en finir avec le culte du terrain car, contrairement à ce que croient les confrères en « vestes à poches », le terrain ment".

Oui, le terrain ment, Gil, mais moins que le raisonnement d’un observateur, si brillant soit-il, planqué derrière son écran. Moins que les experts en tout genre qui sont déjà légion dans les médias et dont le discours nous glace ou nous écoeure selon les sujets. Je frissonne à l’idée de ce journalisme qui déjà se profile et qui ne sera plus qu’analyse technique de la fiabilité d’un document et froide discussion sur des morts virtuelles projetées sur écran. Je ne crois pas que nous puissions nous offrir le luxe de renoncer au réel, même si les progrès technologiques, boostés par les multinationales, nous y invitent pour ne pas dire nous y obligent. Et je ne crois pas non plus que le journalisme soit un métier purement intellectuel. C’est aussi un métier du sentir, où il faut savoir regarder, écouter, faire preuve d’empathie, de révolte… Et croyez-moi, cela ne vaut pas que pour le journalisme de guerre. Le terrain, dont vous minimisez l’importance, n’est en rien la promenade superflue  censée alimenter le mythe hérité d’Albert Londres et que la modernité rendrait désormais inutile, c’est que ce qui distingue un journaliste, un vrai, d’une simple commentateur, d’un éditorialiste ou d’un blogueur.

Mais il y a une raison plus profonde, plus intime pour laquelle je suis en profond désaccord avec vous. Dans cette société où l’on observe sans frémir des gens en assassiner d’autres au nom du profit, de Wall Street à Athènes,  non seulement je ne veux pas que ceux qui sont prêts à risquer leur vie disparaissent, je ne crois pas que les risques qu’ils prennent soient inutiles, je ne pense pas qu’ils pourraient faire la même chose en commentant avec des experts de ceci ou de cela des images tragiques envoyées via le merveilleux outil à cultiver la lâcheté qu’est Internet, mais j’estime au contraire vital qu’ils continuent. Pour l’information, indispensable dans une démocratie, et pour quelque chose de plus essentiel encore : préserver la foi qu’il nous reste en l’homme. En sa capacité de s’occuper d’autre chose que de son cul, sa sécurité,  et son compte en banque. Je ne veux pas d’un monde où plus personne ne serait capable d’agir pour une autre raison que le sordide résultat d’un glacial calcul cout/bénéfice. Or, c’est bien au fond ce raisonnement d’expert-comptable que vous  développez. En cela vous êtes dans l’air du temps, parfaitement fidèle aux évolutions psychologiques et technologiques engendrées par la société de consommation. Permettez-moi d’appeler pour ma part à la résistance. Non seulement il ne faut pas abandonner le terrain au profit du mirage d’un journalisme intellectualisé et parfaitement sécurisé, mais il faut au contraire nous battre de toutes nos forces contre cette déshumanisation rampante.

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57 Commentaires »

  1. Magnifique analyse ! Enfants gâtés de la démocratie que nous sommes en France, nous avons une (sale) tendance à oublier que le journalisme sert aussi à entrouvrir des portes sur des excès, des injustices, des anormalités. On oublie qu’ils le payent de leur vie. Demandez aux journalistes mexicains et colombiens ce que coûte d’écrire un papier sur les cartels de la drogue.
    Et que diront les insurgés d’Homs lorsque plus aucun journaliste ne sera là pour témoigner des exactions du régime d’El-Assad ? Nous avons besoin des journalistes pour nous éclairer. Même imparfaitement parfois mais cela sera toujours mieux que les chapes de plomb que certains veulent imposer

    Commentaire par Olivier C — 02/03/2012 @ 11:38

  2. [...] background-color:#222222; background-repeat : repeat; } laplumedaliocha.wordpress.com – Today, 5:02 [...]

    Ping par Ne déshumanisons pas le journalisme | Chronique des Droits de l'Homme | Scoop.it — 02/03/2012 @ 12:03

  3. Vous tous, journalistes, résistez ! Sinon, après vous avoir supprimés, qui nous dit qu’on ne censurera pas l’info sous prétexte que "ça n’intéresse plus personne" ?

    Commentaire par Yves Pouplard — 02/03/2012 @ 12:24

  4. En réfléchissant à froid, je me pose une simple question, disons plutôt un choix :

    1 – l’individu ou le groupe : c’est à dire qu’une photo rend compte d’un cas particulier isolé du reste de la masse. Oui ce cas particulier existe et peut/doit être rapporté, mais imaginons un groupe de maichants tairroristes qui sèment le peur et la mort et lors d’une mission un photo reporter saisie la fin d’une du groupe : au moment ou la mort vous prend, tout le monde est égal, riche ou pauvre, bon ou mauvais. Cette photo peut/va émouvoir le public et pourra faire relativiser les actes commis, en montrant la personne et pas ses actes.
    De la même manière le même photographe va montrer la mort d’une fillette et l’opinion va basculer dans l’autre sens.

    2 – l’émotion ou la réflexion : le regard est souvent le siège de l’émotion alors qu’on pourrait penser que l’information s’adresse à la réflexion, c’est pour cela qu’on critique le lien fait divers -> loi, justement à cause de cela. Suivant le point de départ choisi par le photographe/journaliste, ce n’est pas le même résultat. Or on pourrait penser que les faits sont objectifs, pourquoi privilégier une vision subjective et passer à coté du fait objectif ?

    Je n’ai malheureusement pas de réponses mais ca vaut le coup d’y réfléchir.

    Commentaire par herve_02 — 02/03/2012 @ 14:02

  5. @Herve_02 : N’oubliez pas quand même que vous avez affaire à des professionnels qui, pour rester sur l’exemple de l’image, ne prennent pas une photo parce qu’elle est jolie, émouvante, ou je ne sais trop quoi d’autre, mais parce qu’elle fait du sens, parce qu’elle exprime l’essence de ce que le journaliste a vu et veut exprimer. Ensuite, la qualité du regard et la technique peuvent en faire une icône, les gens peuvent s’en emparer et en faire encore autre chose mais la démarche à la base est professionnelle et destinée à informer, selon des règles précises. A charge ensuite pour celui qui publie ma photo de bien la légender et de la contextualiser, sinon en effet, on tombe dans la manipulation.

    Je me souviens d’une photo justement relative à des militaires italiens qui écrasaient sous les roues de leur jeep un manifestant il y a quelques années lors d’une réunion internationale genre G20. J’avais acheté la presse pour prendre le train un week-end. A l’aller, j’avais vu cette photo dans Libé et je n’avais pas décoléré de tout le week-end. Elle était juste légendée de mémoire "des militaires italiens écrasent un manifestant". Au retour, j’avais lu un papier du Monde accompagnant la même photo. On nous expliquait que les militaires étaient debout depuis l’aube, que l’un d’entre eux, très jeune, était malade. Que les militaires étaient coincés dans une foule et que des manifestants étaient montés sur le toit du véhicule. Le conducteur avait donc manoeuvré pour s’extraire du piège et en effet roulé sur un manifestant qui se trouvait dans un angle mort. Voilà un exemple particulièrement édifiant de ce qu’on peut faire avec une photo…

    L’émotion est un outil de manipulation en effet, mais entre les mains de professionnels soumis à une éthique, le risque est en principe identifié et neutralisé. Quant à la raison pure, elle est aussi un outil de manipulation entre de mauvaises mains. Il serait temps de dépasser cette opposition entre émotion et raison. D’ailleurs, les derniers progrès scientifiques montrent si je ne m’abuse qu’un individu doté d’un QI exceptionnel peut se révéler un âne si la zone des émotions dans le cerveau est déficiente. En clair, nous avons autant besoin de nos sens, de notre capacité d’empathie que de notre intellect pur pour comprendre le monde dans lequel on vit. C’est pourquoi je ne crois pas en un journalisme expertal et désincarné.

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/03/2012 @ 15:54

  6. « A quoi ça sert de mourir pour le JT ? » demandez-vous.

    On en vient toujours à ça, au sacrifice.

    Le sacrifice est utile, tant qu’on croit à son utilité. Mais il est injuste et quand on a fait ce constat, et donc qu’on se met à douter de sa justification, son utilité devient secondaire, puis s’évanouit.

    Or ce constat, nous l’avons fait. C’est « la faute » à la pensée biblique… Le sacrifice est injustifié, injuste. Nous le savons, depuis Abraham. Et il est impossible de revenir en arrière. « L’ignorance ne s’apprend pas »

    Tout est dit dans la réponse d’Aliocha Karamazov à son frère :
    « Réponds-moi franchement. Imagine-toi que les destinées de l’humanité sont entre tes mains, et que, pour rendre définitivement les gens heureux, pour leur procurer enfin la paix et le repos, il soit indispensable de mettre à la torture ne fût-ce qu’un seul être, l’enfant qui se frappait la poitrine de ses petits poings, et de fonder sur ses larmes le bonheur futur. Consentirais-tu dans ces conditions à construire un pareil bonheur ? Réponds sans mentir.
    – Non, je n’y consentirais pas.»

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 02/03/2012 @ 15:55

  7. Et c’est qui les spécialistes, experts qui analyseraient les images envoyés à partir des pays observés ? Ils l’auraient acquis où, leur analyse, leur expertise ? C’est quoi l’analyse sinon de confronter une information à d’autres informations ?

    Peut-on vraiment croire qu’on peut faire l’économie d’aller sur le terrain pour suivre le fil d’une enquête et creuser les sujets ?

    Commentaire par alixe75 — 02/03/2012 @ 16:11

  8. @Denis Monod-Broca : vous avez de saines lectures ;-) toutefois, je pense que nous sommes dans deux problèmes différents. Je ne fais pas ici l’apologie du sacrifice, je ne pense pas qu’un seul reporter de guerre parte dans l’idée de mourir, je pense qu’ils partent avec le besoin irrépressible d’observer et de comprendre pour raconter. En sachant que c’est dangereux, mais que le jeu en vaut la chandelle. Accessoirement, certains disent que c’est un mode de vie, je pense donc que nous avons affaire à des aventuriers. Les pompiers, les militaires, les policiers, les toreros, les acrobates, les alpinistes, les plongeurs et bien d’autres encore se livrent à des activités dangereuses par amour d’un métier ou plaisir d’un sport, ils ne sont pas dans le sacrifice, ils acceptent simplement une dose de risque qu’ils jugent proportionnée à l’intérêt qu’ils trouvent dans leur activité.

    Ivan ici parle d’autre chose. Il piège diaboliquement son séminariste de frère dans son raisonnement pervers qui consiste à soutenir que le Christ est en réalité un illuminé qui est venu apporter aux hommes une liberté dont ils ne veulent pas et qui les mène au malheur. Et comme il connait la douceur d’Aliocha, il se doute bien que celui-ci n’acceptera pas de se sortir de ce piège par la voie du sacrifice. Notez, il lui aurait demandé si lui-même accepterait de se sacrifier, je crois qu’Aliocha aurait répondu oui sans hésiter ;-) J’ignore à quel endroit du roman se situe cette conversation mais je suppose qu’elle préfigure la légende du Grand Inquisiteur. La seule façon de sortir de la situation pour Ivan, c’est d’ôter la liberté aux hommes, de leur dire ce qu’ils ont à faire, de les nourrir, et d’endosser le fardeau de leurs fautes. Certains commentateurs y ont vu une prémonition du communisme…Ivan incarne la révolte de la raison contre l’obscurantisme de la religion. Quant à Aliocha, c’est la tentative la plus réussie de Dostoievski pour tenter de peindre la figure d’un Christ. Sa première esquisse était le personnage de l’Idiot si je ne m’abuse. Mais son personnage était si pur et si bon qu’il en devenait stupide et dangereux.

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/03/2012 @ 16:16

  9. Le "sacrifice" est ce qui distingue l’Humain de l’animal.
    Des Hommes sont capables de se faire tuer pour d’autres, pour des idées, des convictions.

    En se contentant de ce que les "locaux" postent sur la toile pour alerter le reste du monde :
    – vous ne pouvez pas vérifier le sens et le contenu (merci aux logiciels de retouches photos )
    – vous jouer les comptables de service et les lâches face à la violence. C’est également donner prise à la loi du plus fort, celui qui tient la crosse du fusil ou épaule le lance-roquettes.

    Les "locaux" sont victimes ou bourreaux, ils ne sont pas "témoins". Ils sont trop impliqués.
    Et puis, soyons cyniques, les clichés sont de moins bonne qualité. Pour bien faire, il faudrait pouvoir recueillir les vues des satellites-espion … mais là, c’est "James Bond" dans "Demain ne meure jamais" …

    On a les références que l’on peut !

    Commentaire par fultrix — 02/03/2012 @ 16:27

  10. @ laplumedaliocha

    Bien sûr que ce n’est pas la même chose de se sacrifier soi-même (ou d’en prendre le risque) et de sacrifier autrui. Bien sûr qu’Aliocha aurait été prêt à se sacrifier lui-même, ou à en prendre le risque (à noter que Jésus ne se sacrifie pas lui-même, à la différence de Socrate, différence insigne, signe d’un complet retournement de la pensée, mais oui, il prend le risque de l’être, en toute connaissance de cause, « qui protège sa vie la perdra ») si telle avait été la question d’Yvan.

    Que des journalistes mettent leur vie en danger pour nous rapporter des informations et des images, cela se comprend, cela est admirable, c’est leur liberté et leur grandeur.

    Mais quand l’un d’eux meurt et que sa mort devient un événement national (ou mondial), et que les foules communient dans la dénonciation des coupables, et qu’on affirme que sa mort a été utile, et qu’on le porte au pinacle, etc., cela devient disproportionné, irrationnel, déraisonnable. La télé devient alors une sorte d’autel des sacrifices. Et l’obscurantisme n’est pas loin.

    Revenons-en à la Syrie. Ce qui s’y passe est affreux, glaçant d’horreur. Mais nous avons tort de penser que nous n’y sommes pour rien. Il s’y joue, à l’échelle du Moyen-Orient et indirectement du monde entier, une partie de bras de fer dans laquelle nous sommes, et oh combien !, partie prenante. « Nos » journalistes qui s’y introduisent clandestinement pour rapporter des informations sur les horreurs commises par le régime sont considérés par lui, on peut le comprendre, comme des ennemis. Nolens volens, ils sont des combattants. D’ailleurs aussi bien leurs reportages et photos que leurs blessures et éventuellement leur mort sont utiles à notre cause. En d’autres termes, nous prétendons agir pour la paix mais nous faisons la guerre, nous pensons être du côté du bien mais nous faisons le mal. Est-ce bien cela que nous voulons ?

    Ni en Libye avec notre action armée, ni en Syrie avec nos menaces d’action armée, nous ne faisons ce que nous prétendons faire, œuvrer pour la protection des populations civiles et la pour paix.

    « Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin »

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 02/03/2012 @ 17:35

  11. Bonsoir Aliocha,

    "L’émotion est un outil de manipulation en effet, mais entre les mains de professionnels soumis à une éthique, le risque est en principe identifié et neutralisé." Vous avez de l’humour ou bien, dois-je en déduire que Libération n’a pas d’éthique au contraire d’un quotidien de référence (cf l’affaire Jacquet http://www.charentelibre.fr/2012/02/16/nicolas-jacquet-le-procureur-n-est-pas-nicolas-jacquet-le-haut-fonctionnaire,1080076.php).

    Bonne soirée

    Commentaire par H. — 02/03/2012 @ 18:15

  12. @H : l’éthique n’empêche pas l’erreur, mais il est vrai que la compétence est une obligation déontologique, peut-être la première, d’ailleurs ;-)
    Pour Libé et Le monde, disons que j’aime les coups de gueule de Libé parce qu’au fond il y avait bien dans cette histoire un manifestant écrasé sous une voiture, mais je préfère la précision du Monde qui, en l’espèce, dressait une vision sans doute plus fidèle de la réalité. Il faut toujours tout ramener à l’homme et à ses fragilités. Des militaires qui paniquent, c’est quand même plus compréhensible et acceptable que des gens qui roulent froidement sur un manifestant. On aperçoit bien d’ailleurs ici le travers de l’idéologie, militaires contre manifestants, méchants contre gentils, comportement de salaud contre légitime protestation, réaction violente contre protestation pacifique….

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/03/2012 @ 19:26

  13. @Denis Monod-Broca : Vous situez toujours vos réflexions en des lieux où la seule réaction possible à mon avis est celle de cette phrase chinoise dont j’ai oublié la source : "celui qui connait bien ce monde sourit, pose ses mains sur son ventre et se tait". Je ne suis pas loin de partager votre regard, sauf que nous sommes incarnés, imparfaits et dans une société de surcroit qui ne favorise pas la sagesse ;-) Empoignons donc les problèmes, quitte à se salir les mains et à se polluer l’âme …Je ne suis pas sûre que les réactions soient aussi fortes que vous les décrivez. Si nos journalistes ont été assassinés, il y a de toute façon de quoi se révolter car ils sont comme la Croix Rouge, en principe intouchable car non armés, tiers aux combats, simples observateurs. En fait, c’est notre président qui semble avoir intérêt à faire du bruit autour de cela, mais à part lui et peut-être quelques confrères, je n’ai pas vu d’indignation majeure ni de phénomène de foule. Personne n’a dit que leur mort était utile, on essaie juste de répondre à ceux qui disent que leur métier et les risques qui s’y attachent seraient inutiles. La différence est de taille.

    Quant à notre part de responsabilité, je ne suis pas assez cultivée en matière de géopolitique et d’histoire pour vous répondre sur ce terrain. J’ai écouté Gil Miahely chez Taddei mardi. C’était son propos. Ou presque. Il disait que les journalistes partaient là-bas non pas pour comprendre mais pour valider leur préjugé de départ, ce qui rendait leur intervention particulièrement inutile et même contreproductive. Je pense honnêtement qu’il exagère. D’ailleurs, Christophe Barbier lui a répondu qu’à L’Express, ils envoyaient des journalistes dans les deux camps pour tenter d’avoir une vision nuancée de la situation et je pense qu’il dit vrai. Vous avez raison de pointer le fait que la guerre se fait aussi sur le terrain de l’information, c’est bien pour ça qu’on se fait casser la gueule au propre ou au figuré au moins une fois par jour. Même moi dans ma petite activité juridico-économique. Mais alors, on fait quoi ? D’abord, je ne pense pas que les reporters de guerre soient aussi "idéologisés" qu’on le croit même s’ils souffrent forcément d’un tropisme. Ensuite, quoique très imparfait, l’exercice demeure à mes yeux capital. Et j’en reviens à mon idée de départ, ce n’est pas leur travail qui est inutile, c’est ce que nous en faisons.

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/03/2012 @ 19:41

  14. @Fultrix : je ne suis pas sûre que ce soit cynique de parler de qualité de photos. Si vous pensez à la technique, évidemment. Mais la qualité du regard, la capacité à rendre une scène expressive, à résumer en une photo tout un drame, ça c’est un vrai talent et c’est même parfois de l’art. Or, pour qu’un message soit intelligible, il faut qu’il soit de qualité.

    Commentaire par laplumedaliocha — 02/03/2012 @ 19:44

  15. La photo de la petite fille qui avance vers nous sortant de l’enfer que nous devinons derrière elle, montre ce qu’est la guerre pour ceux qui sont à l’intérieur. Pour ceux qui sont à l’extérieur, il faut qu’il y ait sur place des équipes de journalistes qui les informent. Mais pas n’importe comment, il me semble.
    1- la guerre, c’est l’incompréhension, c’est la violence pour détruire l’autre. Seule la compréhension peut calmer la folie. Voir une telle photo, pour un américain sûr de son droit de tuer des putains de viets, c’est l’irruption de l’autre et c’est la douche froide, c’est comprendre.
    2- il faut éviter d’ajouter notre propre folie à la folie locale. Il faut comprendre la situation, froidement. Si la guerre du vietnam avait été couverte objectivement par des équipes indépendantes, elle n’aurait pas duré plus de dix jours. Le problème est que la presse n’est pas indépendante : il n’y a qu’à voir la folie éditoriale qui entoure l’obtention d’un Oscar, pour comprendre l’insondable profondeur du chauvinisme. Les journalistes sont tout bêtement chauvins là où il faudrait, comme le dit Gil Mihaely, des gens qui analysent et conceptualisent la complexité, l’inextricabilité des écheveaux qui se nouent depuis la nuits des temps entre chiites, sunnites, chrétiens, musulmans, juifs …
    3- il faudrait des équipes qui ne soient pas liés aux intérêts des belligérants, qui ne soient pas liés à leur propre nation, et surtout, surtout, qui soient froids et prudents, c’est-à-dire qui savent penser en dehors de la doxa humaniste qui nous englue et nous empêche d’entrer dans les systèmes locaux, dont certains remontent à Mathusalem (ce qui ne les empêchent pas d’évoluer à n’y rien comprendre). Il faudrait sur place de vieux briscards blasés (pas une question d’âge, mais de mentalité), journalistes prudents et malins comme des singes plein de cicatrices, et qu’ils ne soient là que pour une chose : la vérité et n’ayant aucun maître, hormis leur conscience.
    5- seule la vérité peut arrêter la guerre. Lorsque j’ouvre le journal, je veux d’abord savoir ce qui se passe. Si on me dit que ces salauds de viets ont encore tué dix Marines, alors …je crois que cette guerre est juste et je suis d’accord pour qu’elle se poursuive, car je veux le bien sur terre alors que ces putains de viets sont, c’est écrit, je ne l’invente pas, des bêtes lubriques et méchantes, ce sont de sanguinaires sous-hommes qu’il faut détruire jusqu’au dernier.
    4- il faut arrêter le journalisme à la BHL, le pathos à la louche. sans aucune érudition, ni aucune restitution de l’autre : le moi haïssable d’un Occidental qui juge depuis quelque principe suprême qu’il connaît on ne sait d’où, et qui se lance tête baissée, pour s’indigner et témoigner de la souffrance humaine. Hors ce pathos, rien ne l’intéresse. C’est le fond de tout ce qui se dit et s’écrit sur le Vietnam, l’Irak, la Lybie, sur Homs. Ça tient lieu de tout, comme si le journaliste se croyait quitte avec la vérité, une fois qu’il a touché au sublime de la souffrance de nos martyrs (vous remarquerez que jamais, on ne s’apitoie sur un soldat ou un civil ennemi, sauf cette extraordinaire petite fille qui nous a sauvés de notre folie, avant qu’on y retombe).
    5- Il faut arrêter le journalisme à la petite semaine, irresponsable. envoyant "sur place" des équipes de trop jeunes gens, avec l’idéal humaniste pour tout bagage et qu’on balance dans une rue bourrée de snipers et de tirs de mortiers et qui ignorent tout de l’endroit, de son passé, de la langue, de la mentalité …, pour prendre quelques photos des martyrs (non pas lui, c’est un alaouite, ah c’est pas un bon alors, mais à quoi on les reconnaît ?) et pour bâcler entre deux explosions, un micro trottoir avec des cris de désespoir (ça va comme ça, non on refait, demande lui de crier moins fort), puis rentrer faire la prime time avec quoi ? Un reportage expédié à la six quatre deux dont le fil rouge est encore et toujours celui de l’indignation et pis voilà, on est reparti pour un tour avec ces salauds de …à qui on va envoyer nos rafales sur la gueule … et qui ne l’auront pas voler, jusqu’à ce que l’on voit sur une photo une petite fille libyenne courant vers nous et fuyant l’enfer que déverse, avec humanité, nos gentils drones.

    Commentaire par Bray-Dunes — 02/03/2012 @ 22:22

  16. Qui voudrait mourir pour le JT ? Pas grand monde et j’imagine certainement pas les reporters de guerre !
    Voilà bien une question aussi imbécile que réductrice.

    Mais pourquoi y a-t-il toujours des gens que ça dérange quand d’autres vivent leur passion au risque d’y laisser leur peau ?

    Et à quoi sert d’escalader le K2 ?
    Et pourquoi faire une sauce avec un gigot ?
    Est vraiment utile de filer une peluche à son gamin ?
    Ecrire un roman, pourquoi faire ?
    Pourquoi soigne-t-on nos vieux ?
    Quelle nécessité d’enseigner la philosophie ?

    La vie serait quand même vachement plus simple si les grands singes à l’instar de Gil Mihaely étaient restés dans leur arbre à regarder la vie depuis leur branche en bouffant des bananes au lieu de descendre tager des grottes !
    Non ?
    Ben moi j’en suis sûr.

    Commentaire par Memepasmort — 03/03/2012 @ 01:21

  17. @ laplumedaliocha

    Sans doute suis-je trop radical, et puis c’est facile de refaire le monde assis devant son écran…

    Je poursuis cependant la discussion.

    « Si nos journalistes ont été assassinés, il y a de toute façon de quoi se révolter car ils sont comme la Croix Rouge, en principe intouchable car non armés, tiers aux combats, simples observateurs. » : cela était vrai du temps où la guerre était encore une institution, avec ses rituels et ses interdits. Ce n’est plus le cas. Seule compte la force, et d’abord dans « notre » camp. « Si tu n’es pas pour moi, tu es contre moi, et si je peux d’éliminer je le fais ». Dans ce contexte il n’y plus ni observateur, ni tiers, ni Croix Rouge qui tiennent. (les journalistes couvrant les actions de l’armée US ne sont-ils pas « embedded » ?)

    « Mais alors, on fait quoi ? » : on prend conscience des choses telles qu’elles sont. Les Allemands n’avaient pas conscience de ce qui se passait dans les camps d’extermination à côté desquels ils vivaient. Prenons conscience de ce que notre toute-puissance (dollars + canons + idéologie) impose au monde, et d’abord aux plus faibles et aux plus pauvres, et corrigeons nos comportements. Nous la France, suivant notre devise, à condition de nous sortir des sables mouvants européens et de l’emprise yankee, devrions être en pointe dans cette prise de conscience. De ce point de vue l’actuelle campagne électorale est malheureusement désespérante d’aveuglement.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 03/03/2012 @ 11:41

  18. @Denis Monod-Broca : nous voici dans l’articulation classique entre ce qui est et ce qui devrait être. Je refuse d’entrer dans la logique selon laquelle les journalistes des pays occidentaux porteraient sur leurs épaules le fardeau de l’histoire de sorte qu’il faudrait se résoudre à ce qu’ils soient assassinés. (Depuis le début de notre discussion, le fait que les journalistes aient été visés commence à se préciser). En réfléchissant depuis hier et en relisant notamment les déclarations que j’ai mises en lien sous "ce qu’ils vous auraient répondu", je pense au fond que les reporters de guerre ne chroniquent pas ou pas seulement la guerre d’untel contre untel, mais la guerre tout court. Au-delà de l’information qu’il rapportent sur l’état d’un conflit, il y a toujours une alerte plus générale sur un drame qui se déroule à nos portes. C’est un leitmotiv dans leurs déclarations. Et c’est aussi pour cela qu’on ne saurait se résoudre à un journalisme d’expert derrières des écrans. Nos correspondants de guerre nous parlent certes de géopolitique mais ils nous parlent aussi de l’histoire de l’humanité et du problème insoluble du mal. Ils dénoncent les guerres, toutes les guerres. Et nous obligent à les voir et à réfléchir. Nous qui sommes précisément épargnés par ce phénomène (mais nous avons d’autres guerres). Ils disent donc : attention, il y a là-bas des gens qui meurent, réveillez-vous. Ils meurent pour telle raison. A charge ensuite pour nous et nos représentants d’en tirer des enseignements et de décider d’agir ou non. Cette partie-là n’est plus du ressort des journalistes. Veillons à ne pas confondre l’information et ce qu’on fait de l’information. Maintenant, qu’ils soient perçus comme des émissaires idéologisés du monde occidental, c’est très possible, mais cela ne justifie pas qu’on les assassine, parce que le droit international les protège. Et si le droit international n’est plus respecté, ce n’est pas un état de fait qu’il faut admettre mais un phénomène qui doit être combattu. Accessoirement, je ne crois pas que le conflit en Syrie soit directement lié à l’oppression de l’occident et de ses valeurs discutables, même si je vous accorde qu’on ferait bien de faire preuve d’un peu plus de modestie ;-)

    Commentaire par laplumedaliocha — 03/03/2012 @ 12:53

  19. Un exemple de ce qu’il y a dans la tête d’un grand reporter. Au fond, c’est exactement l’opposé de ce qui triomphe dans les médias. Mais c’est moins rentable évidemment qu’une émission de Ruquier ou qu’un énième épisode de la non-campagne présidentielle : http://carnetsdungrandreporter.blogs.nouvelobs.com/

    Commentaire par laplumedaliocha — 03/03/2012 @ 18:37

  20. @laplumedaliocha

    « Ils disent donc : attention, il y a là-bas des gens qui meurent, réveillez-vous. » Oui, les correspondants de guerre disent cela et ils ont raison de le dire et on peut penser que c’est pour cela qu’ils se font tirer dessus, et, quand ils se font tuer, leur mort est tragique et injuste, je suis d’accord.
    Je dis aussi qu’il y deux poids deux mesures et qu’ils ne sont pas bien nombreux les correspondants de guerre (et autres journalistes) qui, à propos de la Serbie, de l’Afghanistan, de la Libye… savent (ou surent) dire : « attention, il y a là-bas des gens qui meurent sous nos bombes, réveillez-vous »

    "Permettez-moi, sur ce sujet sensible [...] de vous parler à cœur ouvert. Je veux le faire en ami [...] parce que l’on doit la vérité à ses amis. Je veux le faire parce que les évènements le rendent nécessaire [...] parce que la violence, d’où qu’elle vienne, n’est jamais une solution, parce que la violence n’appelle rien d’autre que la violence, parce que la violence, sur tous les continents, n’engendre que la désolation et la souffrance." Qui a dit cela ? « La violence n’est jamais une solution ». Quelle est l’auteur de cette phrase ? Eh bien c’est M. Nicolas Sarkozy, président de la république,, dans son discours prononcé le 30 janvier 2011 à Addis-Abeba lors du sommet de l’Union Africaine. Comment se fait-il qu’aucun journaliste à ma connaissance n’ait relevé et commenté cette phrase (sans doute écrite par Guaino). Est-elle juste ou est-elle fausse ?

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 03/03/2012 @ 18:45

  21. Ce que j’aime trouver quand j’ouvre mon journal :
    http://blog.mondediplo.net/2012-02-23-A-propos-de-la-Syrie,
    Et pas ça :
    http://www.lemonde.fr/international/article/2012/03/03/l-aide-humanitaire-bloquee-par-damas-devant-baba-amro_1651350_3210.html#ens_id=1481132
    Maintenant, apparemment, je dois avoir tort, vu que l’ensemble de la presse est entièrement noyée dans l’ "émotion", et qu’il doit bien y avoir une bonne raison à cela; Je remarque toutefois que quasiment tous les "commentateurs" en ont ras le bol de cette guerre-émotion. Alors comment expliquer ce hiatus entre les journalistes qui comme Aliocha insistent et reviennent hanter, comme par l’effet d’une mauvaise conscience, le terrain du sentiment et de l’indignation comme "contenu" et les lecteurs qui en ont plus que marre de cette télé réalité et qui voudraient bien en sortir de ce mauvais rêve et revenir au temps où l’on traitait des faits et des concepts dans le modeste but de comprendre ce qui se passe.
    A qui s’adresse la presse sentimentale ? sans doute se fait-elle une idée de nous, avachis dans notre canapé, foule sentimentale légèrement avinée, aimant nous apitoyer sur notre sort, et regarder les "victimes", et aimant aussi nous redonner du lustre en regardant les "héros", les "aventuriers", et puis pleurant au retour des journalistes, et nous indignant au spectacle des blessés qui se traînent sanguinolents sous l’œil de la caméra, et pleurant en écoutant tous ces malheureux qui disent ce qu’on leur a fait, et ne soupçonnant jamais, trop avinés pour avoir encore une once de sens critique, l’utilisation de la souffrance de ceux-là qui payent cash pour que nous puissions, encore ce soir, nous indigner, nous émouvoir, compatir au sort des "victimes" (oh les pauvres, mais qu’est-ce qu’on attend pour les zigouiller, à quoi ça sert d’avoir une armée, je te le demande Germaine…..t’énerve-pas, tu sais ce que t’a dit le docteur !).

    Commentaire par Bray-Dunes — 04/03/2012 @ 00:16

  22. Imaginons que je sois pour le gouvernement et que ce gouvernement réprime une rébellion en tuant. Je fais un reportage pour Envoyé Spécial où l’on voit de manière indubitable les rebelles se livrer à des actes inadmissibles et où on entend les gens s’indignaient de ce que les rebelles leur pourrissent la vie et les prennent en otage et demandent ce qu’attend le gouvernement pour prendre des mesures.
    Celui qui verra ce reportage criera à la manipulation et il aura raison. Pourquoi ? Parce que les faits, on les choisit pour leur faire servir de preuve dans une démonstration.
    Un journaliste n’est pas un agent du gouvernement ni de la rébellion, ni l’adepte de la secte BHL, il n’a ni dieu ni maître, il s’efforce de donner une vue objective de la situation, il est au-dessus des passions. Il doit démonter les propagandes pour ne pas tomber dedans tête baissée comme la bleusaille, il doit donner une vue comme celle que donne le Monde Diplomatique de la situation dans son entièreté.
    Stop au journalisme dont le seul contenu est d’agir, d’empoisser les conscience, de produire de l’indignation, avec du copié-collé fait de bric et de broc, avec des faits choisis ad hoc, et qui s’est mis depuis la Libye paresseusement dans le sillage et au service du discours de BHL (il y a urgence à y intervenir), dans l’absence crasse (ou volontaire, dès fois on se demande) de tout recul, de tout sens critique, de tout intellect (réfléchis un peu me disait ma grand-mère qui ne savait ni lire ni écrire, mais qui aurait été horrifiée de tant de précipitation à aller mourir pour rien). Car le résultat est là : pourquoi aller mourir à Homs si c’est pour "démontrer" avec des photos et des témoignages ce qu’on nous rabâche en permanence déjà, pour démontrer l’évidence (que bachar est un boucher) et que l’on voit à la Une de tous les médias (sauf du Monde Diplo que je remercie de m’informer)?

    Commentaire par Bray-Dunes — 04/03/2012 @ 08:34

  23. Je me demande en lisant la presse où elle commence (je ne parle pas de l’opinion) et où commence le politique (tellement ils me paraissent mêlés inextricablement). Dans le cas de la Syrie, il y a dans la presse un UNIQUE courant dont personne ne fait l’analyse (puisqu’il n’y a que lui, aucune extériorité), qui se présente avec une évidence absolue, et qui nous pousse, comme pour la Libye, à y intervenir militairement, de toute urgence, quasi mécaniquement. Bientôt le même problème se posera en Iran, en Arabie Saoudite …Et par ailleurs, il y a une politique étrangère qui dit exactement le même chose et sans qu’on ne s’interroge sur ses raisons, tellement il est devenu extravagant et moralement scandaleux d’oser parler dans ce cas de raison, tellement tout cela coule de source et notamment la guerre qui s’impose à n’importe quel esprit humain véritablement humain et qui ne soit pas un salaud (référence obligé à Sartre; avec un grand S, comme si le pauvre n’avait pas ridiculisé à l’avance tous ceux qui savent, sans l’ombre d’un doute, planqués derrière les "un tel a dit, page tant").
    Ou bien, c’est la vérité une que tout le monde partage.
    Ou bien, la presse est corrompue et appuie la politique étrangère (pensant qu’une guerre ne se fait jamais contre l’opinion).
    Ou bien le politique opportuniste qui nous "dirige", surfe sur les sentiments pour se concilier les bonnes grâces de la foule dite sentimentale que la presse travaille (du moins c’est ce qu’elle imagine, phrase après phrase), au plus profond d’on ne sait quel désir inconscient, désir d’expiation, peut-être, d’on ne sait quel crime (peut-être le Vietnam sur lequel elle nous a menti pendant des lustres, mais dans l’autre camp, ah ce serait donc ça !), au corps et à l’âme (qui n’en peut plus de cette bêtise, et qui veut juste savoir ce qui se passe).

    Commentaire par Bray-Dunes — 04/03/2012 @ 11:30

  24. @Bray-Dunes : oulà ! le sujet vous inspire ! Petite réponse rapide et en vrac. On n’envoie pas des gamins pas formés sur les terrains de guerre, mais des professionnels aguerris. Les journalistes morts depuis quelques mois n’étaient pas des mômes. Il y a bien quelques free lance très jeunes qui y vont aussi, mais à leurs risques et périls. Après tout, il faut bien une première fois. Qu’elle intervienne à 25 ans ou à 40, je suppose qu’on est toujours un bleu quand on arrive pour la première fois sur un terrain de guerre. Par ailleurs, je sais qu’il y a un programme de formation des journalistes en coopération avec l’armée pour leur apprendre les règles de sécurité sur le terrain http://fr.rsf.org/des-stages-de-formation-pour-les-12-04-2007,21673.html
    Sinon, j’entends bien votre raisonnement sur le journalisme à l’émotion, je dis juste qu’on ne peut pas se laisser aller à l’excès inverse. Encore une fois, distinguons les faits des commentaires. Vous citez le monde diplo, fort bien, mais vous est-il venu à l’esprit qu’on pouvait manipuler avec des idées au moins autant qu’avec des émotions ? C’est ce qu’il s’est passé durant tout le 20ème siècle. J’observe d’ailleurs que les deux grandes idéologies meurtrières qui se sont partagées le siècle souffraient du même mal, l’absence de sentiments humains. Alors gardons-nous des excès, dans un sens comme dans l’autre. Je n’ai pas observé personnellement que les reportages au JT étaient dégoulinants d’émotion. C’est quand les reporters parlent de leur travail qu’ils expriment leurs sentiments. Pas dans le travail lui-même.

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/03/2012 @ 12:17

  25. Aliocha,
    Les grandes idéologies meurtrières du XX° siècle, étaient de grandes sentimentales et la raison n’a été, dans les deux cas, que celle du plus fort, celle de la violence pure et simple et méthodique et la presse a participé à ce déchaînement de la folie destructrice de l’autre (par renoncement à la vérité, par abdication, par conformisme et surtout parce qu’on ne critique pas son clan). Les gens pourtant ne sont pas français ou allemands plus que ça. C’est l’école et la presse qui, jour après jour, à force de mensonges et de "démonstrations" finissent par convaincre qu’un tel est un ennemi et qu’il faut aller le dérouiller. Le problème avec la presse, l’école, c’est qu’elles n’ont personne pour garantir la vérité qu’elle disent (on croit le journal, on croit le maître d’école). Dieu est mort et le bien n’est plus qu’affaire de sentiment.
    Or, il y a eu cette photo de la petite viet et l’effet qu’elle a produit n’a pas été de rajouter une couche supplémentaire de guimauve, mais au contraire, un effet de douche froide, un effet décapant. Pendant des années la presse patriotique, jouant sur l’émotion, avait dit et montré et démontré que les bons petits gars faisaient le job là-bas pour la démocratie, pour l’axe du bien, pour la liberté et … à la pointe de la bêtise, comme en 14, dithyrambique et con comme la lune, jour après jour les avait montrés horriblement blessés mais .. de voir, un jour, à l’improviste, grâce à l’inspiration d’un photographe détournant son appareil de là où il devait, en bon patriote qui ne tire pas dans le dos des p’tits gars, en direction d’une petite fille viet, a été un choc : celui de la vérité. Une petite fille dans le feu de la guerre. La vérité, c’est une épreuve, c’est ce qu’on a cherché jusque là à cacher et qui resurgit et à laquelle on va tenter d’échapper à nouveau. Actuellement, nous sommes en pleine montée de la militarisation des relations conflictuelles : c’est les américains, et c’est, qui n’en manque pas une, la catastrophe ambulante qui nous dirige. On devrait entendre un peu plus Dupont D’aignan.

    Commentaire par Bray-Dunes — 04/03/2012 @ 14:30

  26. Voilà à quoi sert par exemple le terrain, et ce n’est pas un terrain de guerre, mais une vérification sur place, auprès des acteurs et des victimes, des statistiques sur la délinquance : http://envoye-special.france2.fr/les-reportages-en-video/delinquance-des-chiffres-sur-mesure-01-mars-2012-4247.html

    Commentaire par laplumedaliocha — 04/03/2012 @ 14:31

  27. [...] ou bien autre chose… Mais après tout, ainsi l’exige l’actualité (…).» Source : laplumedaliocha.wordpress.com/2012/03/02/ne-deshumanisons-pas-le-journalisme/ Tags: 2012-S09, Actu généralistes, Brèves Print PDF Billet précédent : « Outils, [...]

    Ping par Actus Généralistes 2012 S07-S09 | La Mare du Gof — 04/03/2012 @ 14:43

  28. [...] ou bien autre chose… Mais après tout, ainsi l’exige l’actualité (…).» Source : laplumedaliocha.wordpress.com/2012/03/02/ne-deshumanisons-pas-le-journalisme/ Tags: 2012-S09, Actu généralistes, Brèves Print PDF Billet précédent : « Outils, [...]

    Ping par Actus Généralistes 2012 S09 | La Mare du Gof — 04/03/2012 @ 14:51

  29. Aliocha, vous revendiquez à juste titre l’irruption de l’émotion, venant humaniser le savoir. Le monde diplo m’apporte, seul, le savoir sur la situation en Syrie. Est-ce nécessaire? Est-ce qu’il ne suffit pas de voir quelqu’un se faire massacrer par un autre pour intervenir ?
    Si je deviens absolument amnésique, je ne suis plus rien, qu’une plante verte. Si dans ma maison, je reconnais ce qui m’entoure, je renais. Ce qui me constitue c’est du savoir, la possibilité de reconnaître.
    Le plus simple pour un pouvoir qui veut avoir les coudées franches, c’est de couper les sources du savoir. Ainsi, il peut s’appuyer sur un monde qu’il manipule (c’est lui le maître) et que les gens prennent pour la vérité. C’est exactement ce qui s’est passé au Vietnam, en Syrie, en Libye, en Irak. Spontanément, chacun se tourne vers le journal, la télé, pour "savoir" et ainsi boit comme une éponge les éléments du savoir qui lui permettent de comprendre les images, les photos, les témoignages. Le mot important est "comprendre" : ce que je vois cesse d’être un fait indifférent (sans moi), il est la preuve, la manifestation d’une situation que jusqu’alors je ne reconnaissais pas. Désormais, il y a un avant et un après et je ne peux plus faire comme si les viets n’étaient pas des hommes comme moi, ils cessent d’être des ombres chinoises dans un théâtre holywoodien. Le savoir a permis la compréhension : je renais, je redeviens un humain, je cesse d’être manipulé par le politique. Le savoir n’est pas l’humain, il en est la condition sine qua non. Le journalisme se situe à ce point précis : il n’est pas poète ni romancier, il n’est pas cinéaste ni photographe. Par ailleurs, il y a le pouvoir machiavélique et manipulateur qui augmente continuellement son assiette, son assise, sa souveraineté au dépens du savoir (c’est là notre malheur). Le journaliste doit informer, doit (re)trouver et diffuser les éléments du savoir (la vérité n’étant jamais entièrement connue évidemment, sauf pas Dieu, c’est bien en cela qu’il continue d’exister pour nous). Il lutte contre les manips de Bachar, de Poutine mais aussi et surtout contre celles qui le déterminent dans sa situation propre (sa famille, sa notoriété, ses revenus ..), c-à-d, contre le pacifique Obama, le démocrate Cameron, le gentil Sarkozy.

    Commentaire par Bray-Dunes — 05/03/2012 @ 07:36

  30. En Syrie, l’infiltration des journalistes a permis d’attester la réalité et l’ampleur de la répression, au grand dam, d’une part, de la clique Al Assad, d’autre part de tous ses soutiens et de tous les cyniques qui, pour une raison ou pour une autre, tentaient de nous faire croire qu’il n’y a pas de massacre en Syrie ou que l’Etat syrien est attaqué par des terrorristes islamistes.

    Au regard du travail accompli en Syrie et particulièrement à Bab Amr, l’article de Mihaely est tout simplement ridicule, pour ne pas dire indécent.

    Mais bon ça fait longtemps chez Causeur qu’ils n’ont plus honte de rien.

    Commentaire par hohoho — 05/03/2012 @ 15:13

  31. @hohoho : je ne suis pas loin de partager votre avis, mais j’ai appris au fil du temps à mettre de l’eau dans mon vin ;-) par ailleurs, je ne déteste pas l’opportunité offerte par ce type de débat de rappeler des fondamentaux. Cette discussion soulève plus profondément le problème du journalisme par écran interposé, qui est loin de se cantonner au journalisme de guerre. Ce-dernier est même le dernier bastion du vrai journalisme. C’est sans doute pour cela qu’il est attaqué par tous les fanatiques de l’expertise qui croient encore à une forme de vérité scientifique. Enfin, je note avec joie l’évolution des réactions des internautes au fil du temps. Lors de l’enlèvement de Hervé et Stéphane, les arguments sur les chasseurs de scoop trouvaient encore un écho sur la toile. Depuis, il me semble que le public aperçoit mieux la différence entre les stars des médias qui agacent tout le monde mais ne représentent qu’une toute petite partie de la profession et les légions de journalistes anonymes parmi lesquels figurent quelques très grands professionnels et de très nombreux journalistes honnêtes et compétents. Il était temps !

    Commentaire par laplumedaliocha — 05/03/2012 @ 15:43

  32. hohoho
    Vous dites deux choses. La première me semble juste et la deuxième tendancieuse.
    Que la clique de bashar al-assad tente de dire qu’il ne se passe rien et qu’il ne veut pas que les journalistes viennent dans "son" pays, sous le fallacieux prétexte qu’il en est le Président légitime et que la loi c’est la loi, quoi d’étonnant ? C’est partout la même chanson.
    Que vous croyiez qu’il y ait encore des gens en France qui ne sachent pas que bashar al-assad tire sur sa population, me semble fort bizarre. Ou alors quoi ? vous ne vivez pas en France, ou bien peut-être que vous êtes emportés à dire n’importe quoi par votre volonté d’en découdre ou bien encore vous avancez que des salauds qui soutiennent bashar al-assad sont en train, ici et maintenant, de nous cacher la vérité qui serait encore plus affreuse qu’on nous le dit. Mais, comme je ne peux croire une telle chose, j’en conclus que vous êtes, peut-être, un faucon vindicatif et va-t-en-guerre qui tente de nous manipuler pour pousser à la guerre et à l’intervention (le cynique, ce serait donc vous qui ose crier au cynisme quand lui-même se sert de la guerre et de la souffrance qu’elle engendre pour promouvoir on ne sait quelle intervention, pour on ne sait quelle obscure raison ?). Car, comme je lis des journaux qui ne se contentent pas de nous montrer des photos pour illustrer les copiés-collés des déclarations officielles, et si j’en crois certaines analyses qui élargissent le cercle de l’analyse au-delà de la Syrie, là où vous semblez vouloir nous coller le nez, pour nous culpabiliser toujours plus, si c’est encore possible, il existerait certaines puissance qui auraient un intérêt certain à cette intervention militaire (syrie + iran). Qu’est-ce qui me prouve que vous n’êtes pas l’agent trouble et peut-être inconscient de ce parti là ? A ce stade de duplicité, de mensonges qui fusent de partout et connaissant l’histoire et la rouerie de tous les propagandistes, ce n’est pas votre indignation de façade envers tous les cyniques de la terre qui peut me prouver votre bonne foi, ni quoi que ce soit du domaine de la vérité. Méfiance donc envers toutes ces magnifiques évidences qui ont toujours servi d’argument pour empêcher le savoir de progresser. Seul le savoir est le juge de paix.

    Commentaire par Bray-Dunes — 05/03/2012 @ 18:20

  33. @Denis Monod-Broca "cela était vrai du temps où la guerre était encore une institution, avec ses rituels et ses interdits"… je ne vois pas vraiment à quelle époque vous faites allusion. La guerre est justement l’abrogation des rituels et des interdits. Il ne faut pas s’arrêter aux images d’Epinal des chevaliers en beau costumes se saluant en s’invitant à tirer les premiers (et puis de toute façon, à cette époque là, il n’y avait pas de journalistes).
    La guerre est purement, entièrement, une saloperie, sans autre règle que d’essayer de survivre. Les règles qu’on a inventées depuis le début du siècle dernier, pour adoucir un peu la boucherie, ne sont que très rarement appliquées, et le plus souvent uniquement dans le cadre d’une pression internationale

    @aliocha je ne lis que très rarement causeur, ne l’aimant pas. Je vois dans cet article une raison supplémentaire de ne pas l’aimer, j’y trouve aussi des arguments qui relèvent de la stupidité insondable. Et tout particulièrement celui sur l’information qui viendrait "du terrain".
    D’abord comme vous le dites, car comment peut on acquérir une expertise au sujet du terrain, sans aller sur le terrain ? Et tout particulièrement dans le cas d’informations transmises par internet ? Si il n’y avait pas de vrais journalistes, sur place, il serait bien facile de monter des faux de toutes pièces, crédibles… Mais aussi parce que, pour que l’information remonte, il faut une configuration un peu particulière, une guérilla urbaine, des gens disposant des moyens de capturer cette information et de la transmettre. Ce qui exclut automatiquement de nombreux pays où l’internet est une rareté, la plupart des conflits africains, ceux qui se passent au fond des jungles. Il est vrai qu’on en parle déjà peu !

    Commentaire par Marie-Aude — 05/03/2012 @ 19:56

  34. [...] Ne déshumanisons pas le journalisme « La Plume d'Aliocha [...]

    Ping par Gilles Jacquier | Pearltrees — 05/03/2012 @ 21:50

  35. Merci infiniment, Aliocha, pour votre analyse brillante et votre défense inattendue de ce drôle de métier de "correspondant de guerre" sur le terrain. Il n’y a pas une phrase de votre papier à laquelle je n’adhère pas.
    ET je m’en servirai pour me "défendre" oui, car maintenant, il nous faut nous défendre, nous, les journalistes de terrain, et justifier notre présence ailleurs que dans des bureaux ou derrière des écrans….
    MER-CI!
    anne nivat
    (de retour du terrain, et en partance pour le terrain)

    Commentaire par anne nivat — 06/03/2012 @ 10:05

  36. @33

    Justement, si la situation en Syrie nous apparaît de manière assez claire, cela n’allait pas de soi et il a fallu que les journalistes investissent le terrain au péril de leur vie pour la mettre en évidence. C’est pour cela que je trouve le propos de Mihaely affligeant.
    Cela dit je suis tout prêt à entendre des objections plutôt que des élucubrations. ;)

    Commentaire par hohoho — 06/03/2012 @ 11:16

  37. Dire :
    –ho, d’une part : que sans des observateurs, rien n’aurait été observé, n’est pas faux.
    –et ho, d’autre part que "tous ses soutiens et de tous les cyniques qui, pour une raison ou pour une autre, tentaient de nous faire croire qu’il n’y a pas de massacre en Syrie ou que l’Etat syrien est attaqué par des terrorristes islamistes" est tendancieux,
    d’où je me dis, sans doute à tort, que vous tentez de nous faire croire insidieusement, qu’il y a des gens en France qui tentent de nous faire croire qu’il n’y a pas de massacre en Syrie (des nom, des noms !) …. pour une raison ou pour une autre (toute la perversité du raisonnement "serait" dans cette allusion vague et couvrant tout le domaine de la raison qui devient dans cette phrase une marque de lâcheté) …. là où l’on retrouve la manip habituelle des ohohoh qui consiste à rire de tout le monde (tout le monde dans le même sac) qui n’est pas de l’avis d’y envoyer ohohoh l’armée, du fait que si on ne fait pas ça minimum on est des cyniques, des soutiens du régime. Maintenant je peux me tromper et vous, être juste là pour dire que la pluie mouille et que si les journalistes n’étaient pas en Syrie, on ne saurait rien de ce qui se passe en Syrie.
    –il me manque un ho : la guerre pour soutenir la rébellion, comme en Libye, comme en Irak ? non ? dites-nous le fond de votre pensée au lieu de vous planquer dans des eaux troubles, dans un double fond, et dans une supériorité ricanante que l’on devine issue des plus grandes écoles, où l’on ne s’indigne qu’à demi-mot.

    Commentaire par Bray-Dunes — 06/03/2012 @ 12:15

  38. @ Marie-Aude

    La guerre, aussi sanglante et cruelle qu’elle ait toujours été, obéissait à certaines règles : elle commençait par une déclaration de guerre, se cantonnait aux parties belligérantes, se terminait par un traité de paix, était faite par des professionnels, respectait les prisonniers, épargnait les populations civiles… Oui, je sais, ce n’était que plus ou moins vrai mais ces conditions existaient. Elles ont totalement disparu, non ? Nous sommes emportés dans un affrontement permanent de tous contre tous. Ne serait-il pas judicieux de chercher à y échapper ? Ce n’est pas en y participant qu’on s’en échappe.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 06/03/2012 @ 13:44

  39. @38

    Comme procureur au procès des intentions, vous vous posez là dites donc. :P

    Vous vous méprenez sur mon propos, ou vous lisez ce que vous voulez lire. J’en ai juste ma claque de ces thèses en bois qui sont souvent le propre de Causeur. D’autant qu’on a maintes fois réalisé, dans un passé proche, les conséquences de l’absence de journalistes sur le terrain (et pour le coup les manipulations de toutes sortes construites sur ce vide) – cf. par exemple les premiers mois de la guerre d’Irak avec la farce des journalistes embedded et le prix cher payé par les types qui essayaient de faire réellement leur boulot.

    Quant à l’observation exaspérée que vous qualifiez de tendancieuse, elle ne visait pas la France, je pensais plutôt aux pays et organisations soutenant officiellement la Syrie, ou bien officieusement (rappelons-nous qu’il y a à peine deux mois les envoyés de la ligue arabe déclaraient que la situation à Homs n’était "pas inquiétante" et renvoyait dos à dos les deux parties). En France on a soupé, sur les forums et blogs, du complot occidental contre la Syrie, mais – justement en grande partie grâce aux faits établis sur le terrain – les amis du régime syrien comme les négateurs des aspirations du monde arabes à la liberté et à la dignité se sont dans l’ensemble rapidement fait tous petits. Et c’est tant mieux, à mon humble avis.

    Commentaire par hohoho — 06/03/2012 @ 15:26

  40. hohoho,
    ce qui obscurcit votre propos, c’est le côté survol à des hauteurs telles, qu’il est impossible de savoir de quoi vous parlez, ce qui oblige votre lecteur à le compléter (avec des intentions cachées).
    Est-ce que parler des "négateurs des aspirations du monde arabes à la liberté et à la dignité" n’en dit pas trop ou bien alors pas assez ? Est-ce que de dire, par exemple, "je ne veux pas d’une intervention militaire en Libye, en Irak, en Syrie, en Iran" fait de moi un négateur des aspirations…etc. Tel que vous parlez, on a l’impression qu’il y a deux camps : les méchants et ceux qui affirment le bon droit (on ne sait lequel, vous n’avez pas de thèse "positive", hormis qu’il est mal de tuer son prochain, tout votre propos semble se résumer dans le souci d’engluer dans une même opprobre ceux qui sont diversement "pour en savoir davantage", et l’on devine à votre "ton" que vous nous dites, entre les lignes, à la manière cassante d’un BHL : "quoi ! vous n’en savez pas assez ?").
    Est-ce que parler de "complot occidental contre la Syrie" n’en dit pas trop ou pas assez, là encore ? Est-ce que de dire "je ne veux pas d’une intervention militaire en Lybie, en Irak, en Syrie, en Iran" fait de moi un théoricien du "complot" du méchant Occident qui n’est pas capable d’une telle vilainie?
    Est-ce que votre phrase ne condamne pas, du haut d’un très haut rocher escarpé, tous ceux qui se demandent si l’Occident, la Ligue Arabe …ne jouent pas un drôle de ballet étrange et se demandent s’ils sont les agneaux nés de la dernière pluie sur lesquels on ne s’interroge jamais, ni dans la presse ni dans vos lignes, car blancs comme neige, totalement dans l’ombre, et donc totalement dépourvus de calculs. Pour moi, le vrai problème de la presse est dans ce black out ; car ma thèse est que le travail du journaliste (de terrain ou devant son ordi, j’en ai rien à faire de savoir "où" il réfléchit, pourvu qu’il réfléchisse et analyse les faits et les éclaire d’un jour vague) est de mettre en lumière l’entièreté de la situation et ne pas, complaisamment, éclairer, ainsi que vous le faites, toujours le même méchant.
    Vous vous plaignez des forums où les méchants pourfendeurs de l’Occident disent des faussetés. La presse, à longueur de photos, de copié-collé des avis qui "comptent", n’ont qu’un unique problème (Bachar El Assad) (sauf le Monde Diplo, plus nuancé) et, comme vous, ridiculisent la thèse d’un jeu trouble des puissances occidentales, arabes ….et se présentent, comme vous, avec le ton de l’évidence, pour réduire les faits à une fable (celle du loup et de l’agneau) (avec cet air de dire, inutile de rentrer dans les détails, inutile d’en savoir davantage …passons à l’acte et foin de discutailles : attitude cassante d’intello bobo nouvelle vague, à la pointe de l’urgence médiatico-politico-éthique, bref à BHL à qui vous me faites penser étrangement, la même certitude dont je me demande en vous lisant où elle s’enracine, comment on peut en sachant si peu de choses être prêts à la guerre, être prêts à partir sur le terrain aider les révolutionnaires en difficulté, ce que je comprendrais bien sûr, et même à envoyer l’OTAN, ce que je ne comprendrais pas du tout et donc ne veux en aucune façon. Faites moi la démonstration que c’est nécessaire et je vous serais gré, plutôt que de me sentir englué dans une culpabilité dont je vois bien que je la mérite, mais sans savoir laquelle.

    Commentaire par Bray-Dunes — 06/03/2012 @ 18:03

  41. Je signale aux lecteurs et commentateurs que Anne Nivat, qui nous a fait la gentillesse d’une visite (commentaire 36), fait partie des grands reporters à suivre de près. Je vous recommande son dernier livre sur l’Afghanistan "Les brouillards de la guerre". Pour en savoir plus sur cette journaliste hors normes qui sillonne l’Afghanistan depuis des années : http://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Nivat
    Et pour répondre aux lecteurs sourcilleux qui se demandent toujours si je défends/fais la promotion de mes camarades, je n’ai pas le plaisir de connaître Anne Nivat.

    Commentaire par laplumedaliocha — 06/03/2012 @ 18:07

  42. Bravo pour ce billet nécessaire. N’étant pas abonné, je n’ai que le préambule de l’article de causeur, et cela me suffit bien.
    Puis-je oser une comparaison scientifique ? On mettait souvent en parallèle les physiciens théoriciens, adeptes du tableau noir et les expérimentateurs en reconnaissant que les deux types avaient été nécessaire au développement de la science. Henri Poincaré écrivait dans la science et l’hypothèse : "On dit souvent qu’il faut expérimenter sans idée préconçue. Cela n’est pas possible ; non seulement ce serait rendre toute expérience stérile, mais on le voudrait qu’on ne le pourrait pas". Le journaliste de terrain comme l’expérimentateur, va, avec une idée en tête, sur le terrain la confronter avec la réalité. C’est parce que le journaliste de terrain cherche quelque chose de précis qu’il peut être surpris, conforté, ou au contraire plongé en plein doute par une adéquation trop forte entre ce qu’il cherche et ce qu’il observe. On se souvient de ces journalistes de terrain interrogeant des rescapés des massacres rwandais qui racontaient tous la même histoire, désincarnée, apprise, abstraite. Que fera le journaliste resté au chaud dans son pays face à ces bribes ? Il ne pourra rien en tirer, seul le journaliste de terrain peut mener à bien son expérience, son enquête et nous faire parvenir des fragments de vérité.

    Commentaire par kuk — 06/03/2012 @ 18:38

  43. @41

    Désolé d’avoir survolé mon cher, mais je n’ai pas encore trouvé moyen de faire de la topographie en trois lignes.

    Que mon commentaire de pure humeur vous apparaisse manichéen ou méprisant, je puis l’entendre.
    Que vous ayez envie de basculer sur le sujet de la Syrie et de m’inviter à débattre plus longuement, de même. Sur les interventions militaires, peu d’intérêt car j’y suis fermement opposé. Sur les multiples visages de la réalité, oui ce pourrait être intéressant. Sur le blog de Gresh que vous mettez en lien plus haut, dont l’article vaut son pesant de cacahuètes moisies à propos de la Russie et de la Chine, également.
    Seulement ce n’est pas trois lignes bouffies de certitudes et méprisantes que vous venez de commettre, mais plusieurs dizaines.

    Du coup j’ai du mal à y voir un simple mouvement d’humeur. ;)

    Commentaire par hohoho — 06/03/2012 @ 18:48

  44. hohoho
    je vois qu’en fait, nous sommes sur le fond capables de parler de la même chose (je craignais que vous ne soyez que pure affirmation provocatrice et simple jeu pervers de culpabilisation d’autrui). Je suis content de voir que vous pouvez discuter à propos de la Syrie, que la guerre ne vous semble le remède universel et que vous pensez que la réalité est multiple, donc qu’il est nécessaire que les journalistes couvrent, autant que possible, tous ses pans et n’en laissent pas dans l’ombre certains. C’est uniquement sur ce point que je répondais à Aliocha : pour moi, plus important que la question du terrain (qui est pourtant fondamentale) il y a la question du lien des journalistes avec leur nation, leur civilisation …. Le problème, c’est que seule la presse Occidentale a les moyens (encore) d’installer sur place des équipes permanentes, connaissant la situation comme leurs poches, et pouvant "comprendre" ce qui se passe, or elle est, forcément, de parti pris et cela demande un surcroit d’effort aux journalistes pour se défaire de leurs a priori. La vérité est à ce prix, la paix en découlera, si elle doit passer par l’opinion, comme au Vietnam. Voilà la seule certitude que j’ai défendue : je n’en vois pas d’autres et je n’ai, il me semble, pas exprimé de mépris à votre endroit, plutôt l’impression de retrouver le vieux discours culpabilisateur, manichéen, dont vous venez de vous démarquer en toute clarté. Donc, toutes mes excuses pour cette suspicion déplacée.

    Commentaire par Bray-Dunes — 06/03/2012 @ 19:48

  45. @Bray Dunes : le parti pris ? Peut-être pour ceux qu’on dit planqués à l’hôtel, et même, entre nous, il faut avoir des c…pour partir dans un pays en guerre, fut-ce dans un hôtel sécurisé. Vous croyez vraiment que ces professionnels là prennent le risque de se faire trouer la peau pour conforter les théories de BHL et la politique internationale de Sarkozy, franchement ? Quant aux moyens des médias occidentaux, figurez-vous qu’ils ferment leurs bureaux étrangers les uns après les autres. On n’a plus les moyens de ce journalisme là. Le journalisme de demain, si on ne fait pas gaffe, ce sera des experts analysant des images pour en vérifier l’authenticité et puis d’autres experts, observant le tracé des projectiles pour déterminer leur nature et tenter d’identifier le camp qui a tiré en fonction de la trajectoire, des positions des uns et des autres et du point d’impact. Et encore d’autres experts pour débattre jusqu’à l’épuisement du contexte géopolitique, des stratégies et des enjeux. En clair, le reportage de guerre deviendra aussi écoeurant et vain que le journalisme politique

    Commentaire par laplumedaliocha — 06/03/2012 @ 20:34

  46. @ Denis Monod Broca, votre vision de la guerre me semble un peu romantique. Elle exclut déjà toutes les guerres civiles, les guerres de religion, les périodes comme la Guerre de Trente Ans. Epargner les populations civiles ? Cela a t il été le cas dans les guerres de colonisation et ensuite les guerres de décolonisation ? Cela a t il été le cas pendant la seconde Guerre Mondiale (Oradour sur Glane, par exemple) ? Cela a t il été le cas lors des réquisitions pendant la guerre de 70 et la première guerre mondiale (où les populations civiles ont été sérieusement affamées) ? Cela a t il été le cas pendant la Guerre d’Espagne ? Pendant les conflits entre l’Irlande et l’Angleterre ? Y a t il eu une déclaration de guerre au moment de l’Anschluss ?
    Peut être ces guerres nous semblent-elles aussi "civilisées" vues de loin, à travers le filtre de l’histoire, parce qu’il n’y avait pas de reporter pour en raconter les horreurs ? Mais les artistes de l’époque, comme Goya et les guerres napoléoniennes montrent t ils une réalité différente d’aujourd’hui ?
    Je crois personnellement que la guerre d’avant les nationalismes du XIX° n’était pas belle, et que les bandes de mercenaires, qui se payaient souvent sur la campagne, n’épargnaient pas les populations civiles, qu’elles avaient simplement moins de moyens de destructions que maintenant. Que la déclaration de guerre, si elle est un papier rassurant qui permet de dire qu’un conflit a commencé précisément tel jour, ne change rien à la brutalité des conflits. Que le XIX° a inventé la guerre nationaliste et ouvert la voie au type de conflit que nous avons connu ensuite. Que les seules "règles" essentielles que je vois de plus en plus fouler aux pieds ne date finalement que de l’invention de la Croix Rouge et de la société des Nations… une parenthèse de douceur dans un monde de brutes, en quelque sorte.

    Commentaire par Marie-Aude — 06/03/2012 @ 23:54

  47. Est-ce que l’idéal, ce ne serait pas que chaque pays, par l’intermédiaire de sa presse libre, ait sur chaque terrain chaud une équipe au grand complet ? Ainsi il y aurait la garantie maximale de la "compétence" et de la "pluralité" des points de vue. Ce que vous dites sur la question des partis pris ne me convainc qu’à moitié. J’imagine très bien quelqu’un de très courageux, de très honnête, connaissant très bien la Syrie, son histoire, son présent …mais qui étant russe va avoir "tendance", inconsciemment, de part sa culture, son présent, à voir les choses avec un certain prisme (anti OTAN par exemple), et sous un angle différent de celui d’un journaliste africain très sensible à la question de la colonisation etc …. Voilà, le mot qui me vient à l’esprit, c’est celui de sensibilité : on n’est pas tous sensibles aux mêmes "données" et nos "équations" ne produisent pas les mêmes "faits". Ce que je reproche à notre presse, sans parler des gens sur place qui, par la force des choses, sont beaucoup plus près d’elles et ne peuvent nier la vérité, c’est qu’elle se laisse aller sans beaucoup résister, au monochrome et au vide. Comme si un filtre, une auto censure, un sens de la responsabilité vis à vis des intérêts de notre nation, une sensibilité très puissante, avait tout retenu et qu’il ne restait plus que le discours officiel et la photo qui va avec (du Fig au NObs, c’est le même article) : je pense qu’il y a une terrible culpabilité derrière tout ça qui empêche l’objectivité (vous voyez, rien que le mot ‘objectivité’ semble indécent, déplacé, et c’est cette culpabilité que je sens courir sous tous les discours qui veulent maintenir la vérité de l’émotion et qui fustigent, ridiculisent, décrédibilisent toute "intellectualisation", tout "savoir"). Mais je vois que je me répète et que vous m’avez déjà répondu : il faut les deux, ce à quoi, je vois que je vous réponds, comme Gil Mihaely, il n’y a pas assez de savoir, il y a trop d’émotion.

    Commentaire par Bray-Dunes — 07/03/2012 @ 08:39

  48. @ Marie-Aude

    Non, vous ne m’avez pas compris, je n’ai pas une vision romantique de la guerre, ni de celle d’hier, ni de celle d’aujourd’hui. Je vais essayer de dire les choses autrement. Nous ne pouvons plus nous voiler la face. Nos pères avait encore, plus ou moins, l’excuse d’une certaine dose d’aveuglement, ils pouvaient encore lui trouver, objectivement, quelques bienfaits. Nous n’avons us cette échappatoire. La guerre n’apporte jamais aucun bienfait. Et pourtant nous continuons à la faire ou à y participer ou la croire utile… Et nous n’avons plus aucune excuse puisque nous savons de science sûre que ce n’est pas vrai.

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 07/03/2012 @ 21:43

  49. je me dis que la photo de cette petite vietnamienne brûlée au napalm date, si je ne me trompe, de 1972. c’est à dire quelques mois avant le retrait des soldats américains du Vietnam. tant de photos d’horreurs étaient déjà parvenues aux médias, aux lecteurs, depuis 1965, qui auraient pu faire réfléchir. je pense donc que si les GI ‘s ont été évacués du pays, c’est surtout parce que le peuple américain en avait assez de voir des compatriotes revenir en morceaux de ce joli pays. sans compter que de moins en moins de volontaires se présentaient, et que de plus en plus de conscrits refusaient de partir. sans compter le nombres de traumatisés.
    les photos qui nous parvenaient du Rwanda, pour explicites qu’elles étaient, n’ont pas empêché l’irréparable d’être commis. il y a tant de contre exemple à cette idée qu’une image puisse changer le cour des choses, si dramatiques qu’ils soient, que l’argument me semble dangereux. il alimente une profession utile d’un certain nombre d’aventuriers sans conscience humaine. ils sont si rares, les Nachtwey..
    je pense que les photographies de reportage ont une utilité dans le sens où, ce qui est montré, ne pourra être nié. discuté, sans doute, mais pas nié. (je souhaite que photoshop n’en termine pas avec cette idée). ce sont des témoignages de l’histoire. le métier ne sert, je pense, qu’à cela. c’est assez formidable pour ne pas avoir à trouver des justifications du genre; "les photos changent le cour de l’histoire", dont s’abreuvent tant de photo-reporters malhonnêtes, pour aller se faire exploser le taux d’adrénaline dans les pires endroits du monde. j’aime quand les reporters de guerre ont l’honnêteté d’admettre qu’ils sont avant tout amoureux d’une façon de vivre, évidemment excitante et source d’addiction. et croyez moi, je ne doute pas une seconde de la sincérité de certains d’entre eux qui ont selon moi, la naîveté de croire que le monde changera grâce à eux. c’est aussi, je pense, un moteur indispensable à la profession.
    c’est d’autant plus vrai quand,comme aujourd’hui, tant de journaux nationaux appartiennent à des vendeurs d’armes..
    Don Mc Cullin (excellent photographe de guerre dont le frère était, lui, légionnaire..) livre à ce sujet des propos quelque peu désabusés mais dignes de confiance. c’est, je pense aussi, un métier d’aventurier, destiné à occuper des gens courageux, qui n’ont pas assez de merde dans la tête pour vouloir devenir militaire et prendre le risque d’aller un jour, abattre des inconnus à l’autre bout du monde. la comparaison avec les pompiers qui, eux, sauvent des vies, est donc relativement juste. je crois que la comparaisons avec les surfeurs de l’extrême serait relativement juste aussi (ils servent parfois de victuaille à des requins en voie de disparition, ce qui justifie aussi une certaine utilité à la société, au fait de prendre tant de risque pour se faire plaisir).
    c’est donc il me semble un métier indispensable à notre société. il nous permet de prendre conscience de l’histoire. c’est une raison valable pour féliciter ceux qui le font avec éthique et courage.
    en vous remerciant pour votre blog polémique et si intéressant

    Commentaire par olivier dekeyser — 08/03/2012 @ 20:46

  50. je suis belge, désolé pour les fautes de français.. hum..

    Commentaire par olivier dekeyser — 09/03/2012 @ 00:44

  51. Merci Aliocha ! Je ne suis pas photographe de guerre, juste de terrain… Rien ne remplace le fait d’aller voir, d’aller à la rencontre des gens, de sentir par soi-même, pour ensuite le raconter au mieux. Et lire parfois de grosses conneries de la part de ceux qui recopient des dépêches dans leurs bureaux. J’en ai lu récemment sur là où je me trouve, on peut en rire ou en pleurer… je n’ai pas encore choisi, j’ai essayé de faire corriger, en vain.
    Mais à chaque fois qu’on me parlera de ce débat, plutôt que de me scandaliser à nouveau sur la bafouille de Mihaely, je renverrai vers votre article, c’est ce dont on a besoin.
    Merci.

    Commentaire par -ju — 12/03/2012 @ 10:50

  52. @Ju : Merci de votre visite. Elle me touche beaucoup et votre travail est magnifique. Vous savez, j’ai ouvert ce lieu en 2008 avec la peur au ventre. Une poignée de blogueurs virulents annonçaient la mort de la presse avec une jouissance qui faisait mal. L’état de la presse partout dans le monde semblait conforter leurs dires. J’ai été au bout de mes doutes sur l’utilité de notre métier. Grâce à ces blogueurs, et je ne les en remercierais jamais assez, j’ai été obligée de réfléchir, de me remettre en cause, pour finalement découvrir en même temps que les beautés cachées de ce métier (sous des couches de délires médiatiques et de bêtise crasse), la passion qui m’animait. Depuis lors, je fais en sorte de partager ces réflexions en espérant être utile aux lecteurs en même temps qu’aux confrères. Je crois que nous avons singulièrement besoin de nous extraire de la critique des médias qui ne concerne qu’une poignée d’entre nous, de la pression économique qui étouffe les talents et valorise les médiocres et les faussaires pour retrouver foi en ce que nous faisons. Si je vous ai apporté un tout petit quelque chose en ce sens, j’en suis infiniment heureuse.

    Commentaire par laplumedaliocha — 12/03/2012 @ 14:43

  53. Merci pour votre réponse et vos compliments ! Je vous lis depuis le début ou presque et j’ai un peu suivi le débat blogueurs/journalistes. Je ne suis pas la dernière à critiquer les médias, les dérives de quelques-uns, la médiocrité de beaucoup d’autres. Et je me dis parfois qu’on récolte ce qu’on mérite… Mais ce que je lis ici, ou ce que je vois autour de moi, parmi les journalistes et photojournalistes de 25-35 ans avec qui je travaille et que je côtoie, c’est une passion énorme et beaucoup de talent pour ce métier, pour raconter le monde. Je crois que la pression économique ne tuera pas notre métier, elle oblige juste à faire au mieux avec ce qu’on a, à inventer des choses, mais fondamentalement, elle n’en change pas la nature ou la mission. Et j’admire la patience et la pédagogie dont vous faites preuve tout au long de ce blog ;) On en a grand besoin aussi, après tout, la foi doit aussi venir de nos lecteurs…

    Commentaire par -ju — 31/03/2012 @ 13:44

  54. [...] écrans les images envoyés par les populations concernées via leur smartphone. Nous en parlions ici. Il y a de fortes chances que nous en arrivions là en effet, car tout nous y pousse, à commencer [...]

    Ping par La pensée, l’écran et très loin, la vie « La Plume d'Aliocha — 25/09/2012 @ 20:56

  55. […] de la réalité. S’il est un lieu où le journalisme doit résister de toutes ses forces à l’artifice de l’écran, c’est la […]

    Ping par L’écran, c’est la mort du journalisme | La Plume d'Aliocha — 20/06/2013 @ 17:51

  56. […] A quoi servent les reporters de guerre, s’interroge Gil Mihaely, journaliste, historien et directeur de la publication de Causeur, à la suite du décès (l’assassinat ?) de Gilles Jacquier à Homs. Convenons qu’il faut du courage pour poser ce genre de question pendant le temps généralement consacré au deuil. Du courage, ou bien autre chose… Mais après tout, ainsi l’exige l’actualité. C’est lorsqu’un événement est “chaud”, que le journaliste intervient. C’est la loi du genre, on n’y peut rien. Gil Mihaely ne pouvait poser la question à un pire moment. Il ne pouvait pas non plus la poser dans un timing plus approprié, celui de l’événement. Surtout que depuis la parution du papier, l’actualité, cette garce, lui sert sur un plateau une rallonge d’intérêt, un crédit de pertinence journalistique supplémentaire…  […]

    Ping par Ne déshumanisons pas le journalisme... — 15/10/2013 @ 18:54


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