La Plume d'Aliocha

19/02/2012

Une polémique avec de vrais morceaux à l’intérieur

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 14:36
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Tiens, c’est Marine Le Pen qui occupe le hit parade de la polémique du jour. Le cas illustre particulièrement bien la mécanique de la petite phrase. Une personne aux intentions sujettes à caution lance une information délicate sur un sujet sensible et tout de suite on hurle au mensonge et au scandale. Il se trouve qu’elle a déclaré à Lille samedi que toute la viande distribuée en Ile-de-France était halal, à l’insu des consommateurs. Immédiatement, c’est le tollé général. Songez donc, Marine Le Pen insinuant de manière à peine voilée que les musulmans ont pris le pouvoir dans nos assiettes.

Le concert de dénégations m’a d’autant plus surprise que j’ai regardé jeudi soir la fin d’un reportage d’Envoyé Spécial expliquant, si ma mémoire est bonne, que les 5 abattoirs situés en Ile-de-France pratiquaient le rite halal. Non pas pour plaire aux musulmans, moins encore sous leur contrainte, mais pour des raisons financières. Plutôt que de s’embarrasser à appliquer deux types d’abattage différents, le plus simple est encore d’opter pour une seule méthode, en l’espèce, celle du consommateur le plus exigeant, histoire de ne pas se priver de clients. Cela m’avait surprise sans me déranger outre mesure. A la décharge de Marine Le Pen, j’avais compris comme elle que toute la viande distribuée à Paris et alentours, en grande surface et chez les artisans, était halal. La seule différence entre elle et moi, c’est que je m’en fichais un peu, excepté au regard du risque sanitaire évoqué dans le reportage et présenté comme légèrement supérieur à celui d’un abattage classique.  Par ailleurs, la journaliste auteur du reportage avait bien précisé en plateau qu’il s’agissait d’une organisation purement fondée sur le business, histoire de ne pas agiter les fantasmes.

Marine Le Pen reprend l’information et tout le monde hurle au mensonge. Je comprends bien l’inquiétude qui doit nous saisir à la voir s’emparer de ce sujet. Mais il faut reconnaître qu’elle ne le sort pas de nulle part. Le gouvernement de son côté argumente assez finement sur le fait que la viande distribuée en Ile-de-France vient de tout le territoire. Faut-il comprendre en creux que les abattoires parisiens sont bien halal ?

En ce qui me concerne, je trouverais préférable de cerner le véritable sujet de cette polémique. Ce qui suppose d’interroger le gouvernement sur les révélations d’Envoyé spécial pour en vérifier l’exactitude. Les faits, d’abord et avant tout les faits. Ensuite, il sera toujours temps de dénoncer l’instrumentalisation de cette information par la candidate du Front National. Mais ce sont deux problèmes différents, veillons à ne pas les confondre.

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33 commentaires »

  1. il s’agit donc d’un mode d’abattage uniforme et unifié, que l’on présente comme une pratique religieuse imposée et insidieuse : le glissement de sens est subtil

    Commentaire par Le blog de Jean Trito — 19/02/2012 @ 14:47

  2. @Jean Trito : ce n’est pas ce que disait le reportage. Apportez-nous donc votre éclairage pour qu’on approfondisse la compréhension des faits.

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/02/2012 @ 14:49

  3. Rejeter le sacré sacralise.
    Marine Le Pen rejette le rite sacré halal, il lui semble inadmissible d’avoir dans son assiette de la viande halal, reproduisant par là-même la réaction de ceux qui trouvent inadmissible d’avoir dans leur assiette de la viande non-halal, elle sacralise le non-halal.
    Ah, on ne se défait pas comme ça du sacré…
    « Il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave, ni homme libre » (Col 3:11)

    Commentaire par Denis Monod-Broca — 19/02/2012 @ 17:31

  4. Peut on savoir si le rite musulman implique un coût additionnel, une baisse de qualité gustative (si on saigne l’animal, sa viande pourrait être moins savoureuse), ou si comme vous le suggérez on perd en qualité sanitaire.

    Je me fiche de savoir si on a fait des prières devant mon steak – un peu comme si on me dit que les mormons m’ont baptisée à mon insu – mais je ne veux pas avoir une dégradation de la qualité ou une hausse de prix pour un choix religieux qui n’est pas le mien.

    Commentaire par Augustine — 19/02/2012 @ 18:19

  5. @Augustine : le reportage est en lien, regardez-le, je n’en sais pas plus. A priori, ce n’est pas une question de prières mais simplement de manière différente d’égorger l’animal. Une manière qui présente un risque aggravé de régurgitation du contenu de l’estomac (dans 20% des cas si ma mémoire est bonne), lequel peut contenir une bactérie susceptible de contaminer les morceaux proches du cou, c’est-à-dire notamment ceux dont on fait la viande hachée. Ce risque existe aussi avec un abattage traditionnel, mais il est moindre, nous dit-on dans le reportage. Pour le reste, cela ne semble faire aucune différence.

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/02/2012 @ 18:29

  6. @Augustine : Il y a aussi la « souffrance » de l’animal : dans l’abattage traditionnel, il y a obligatoirement un étourdissement de l’animal avant saignée. Cet étourdissement est obligatoire depuis les années 60 avec dérogation pour abattage rituel. Ce point n’a pas été mis en avant par Aliocha, peut être par amour de certains spectacles….

    Commentaire par Paul — 19/02/2012 @ 19:08

  7. @Paul : j’ai pris le reportage en route, du coup, je parle de ce que j’ai vu. Et pour répondre à votre allusion, la corrida est à l’exact opposé de l’abattage de masse. Mais je préférerais qu’on ne dérive pas là-dessus. Marine Le Pen, les musulmans et le halal, ça suffit bien en termes de risques de dérapages ;-)

    Commentaire par laplumedaliocha — 19/02/2012 @ 19:15

  8. Paul, vos insinuations relèvent de la provoc’, mais vous avez raison sur la première partie de votre message.
    L’abattage en France est réalisé, depuis des décennies, après un étourdissement, pour des raisons de bien-être animal. L’abattage rituel (halal et casher, pour ce que j’en sais) a lieu sans étourdissement.
    Je m’en fous que l’on prie devant mes steacks.
    Mais cela m’emmerde que cela s’accompagne d’une souffrance inutile.
    Je ne suis pas un ultra de la protection animale. Je ne suis pas végétarien. J’admets, et très intimement, qu’un animal puisse souffrir de par mes choix alimentaires. Sans remord.
    Mais de là à en rajouter, pour des questions de croyances en plus ?

    Ceci étant, tout ceci devrait bientôt appartenir au passé, du moins en ce qui concerne le passage au halal « par défaut », mais cela n’est pas ce qui importe à la candidate Marine le Pen. En effet, un décret et un arrêté de fin décembre 2011 viennent encadrer cela… Il est dommage que ceux qui s’offusquent des petites phrases de Le Pen choisissent de s’embrouiller dans des dénégations plutôt que d’expliquer calmement ce point…

    Il y a un article de Que choisir relayé par l’OABA qui explique bien cela, ici : http://www.oaba.fr/pdf/reglementations/QueChoisir_fev2012_Abattagerituel.pdf

    Commentaire par Fourrure — 19/02/2012 @ 19:19

  9. Si la viande de porc vendue en France était halal, cela me ferait bien rire.
    (C’était un commentaire à forte valeur ajoutée)

    Commentaire par sea34101 — 19/02/2012 @ 20:58

  10. le problème n’est pas simple à gérer, surtout avec la mauvaise foi qui tourne autour de part de d’autre
    il faut quand même relever que l’abattage halal n’est pas conforme aux normes européennes et que de façon insidieuse des normes rituelles propres à 2 religions s’imposent à toute une population dans un état laic

    Commentaire par gilberto — 19/02/2012 @ 21:33

  11. Les faits posent au moins deux questions. Comment établit-on un fait et quels sont les faits qui importent.
    Il y a une infinité de faits à chaque seconde : à commencer par ma voiture qui cale et aussi l´explosion d´une super nova et ma petite voisine qui pleure. Les faits sont transcendants, que je sois là ou pas pour les voir et qu´ils me plaisent ou non. Ils ne sont pas inventés et ils s´imposent absolument (que je les connaissent ou pas). C´est la dure réalité. Pour établir un fait, pour en prendre connaissance, je dois savoir plein de choses : le mécanicien voit que tel tuyau est bouché et que cela explique que l´essence ne passe plus. Voir des faits, c´est etre savant : je dis que ma voiture cale, car je sais plein de choses sur les voitures, moins toutefois que le mécanicien qui dit votre voiture a le tuyau de l´arrrivée de l´essence qui est bouché (ce fait qu´il me fait constater, m´échappait).
    La question du journaliste, c´est de déterminer à quoi il sert. Etablir les faits suppose un savoir technique et chaque journaliste est limité par son savoir. Mais il est surtout confronté à la responsabilité de choisir. Il doit choisir de mettre en évidence tel fait, de le décrire fidèlement dans ses grandes lignes. Or qu´est-ce qui le détermine à traiter ce fait plutot que celui-là. Là est le véritable problème.
    Sur le fait dont parle Marine Lepen, on peut supposer qu´elle ne ment pas, mais on sait aussi qu´elle ne sait pas tout et que le fait dont elle parle est plus complexe qu´elle ne le dit et surtout qu´elle est déterminée dans sa vision des choses par le fait qu´elle l´utilise dans une démonstration. Le travail du journaliste est d´établir les faits autant que son savoir le lui permet, et surtout, c´est là ce qui pour moi est son vrai travail, de montrer en quoi consiste la démonstration de l´homme politique et mettre à jour l´intention probable que cela révèle. Dur travail d´analyse qu´il est rare de trouver, car il est plus rapide de diaboliser, d´affirmer sans plus que c´est encore une instrumentalisation pour flatter les bas instincts …etc, puis sans transition passer à la ligue 1 et à la mère Michelle qui a perdu son chat.

    Commentaire par Bray-dunes — 19/02/2012 @ 23:23

  12. Il y a deux niveaux : Dit-elle vrai, et en a-t-on quelque-chose à faire.
    Dit-elle vrai, c’est certain que non, pour de multiples raisons, elle simplifie grossièrement les faits (ou les déforme selon le point de vue qu’on lui prête) :
    – Il y a confusion entre viande produite en IdF, et viande distribuée en IdF.
    – Il y a des viandes distribuées en IdF qui ne peuvent pas être Halal (à moins que le porc que l’on nous vende soit de la dinde déguisée ? Et que le boudin soit fait à base de jus de groseille ?)
    – Il y a une nuance entre les rites d’abatage Halal et le fait que la viande soit Halal. Pour le deuxième cas, il faut entre autre qu’un prêtre vienne la bénir. Pour 10 à 15 centimes de kilo, d’après wikipedia. J’ai du mal à croire que ce soit la cas pour toute la viande, surtout que le choix d’abattage est fait pour raisons économiques.

    Maintenant, est-ce que ça importerait :
    Je n’en sais rien. Sur l’aspect sanitaire, il y a peu-être le risque indiqué par Aliocha. Il y a certainement des risques dans l’autre sens aussi, tout étant toujours complexe en matière de santé publique (par exemple, peut-être que le sang contient ou peut contenir des choses néfastes). Il y a l’aspect souffrance, où l’on peut estimer qu’égorger fait plus souffrir qu’assommer électriquement. D’un autre côté, selon les règles Halal d’Islamic Concern for Animals, l’animal aura vécu une vie moins glauque. Il peut y avoir l’aspect religieux. Si ma religion m’impose de manger des bêtes mortes assommées et la tête tournée en direction d’Hollywood, je vais avoir du mal à manger de la viande. Il y a aussi des raisons sociales. Actuellement, j’ai une collègue au boulot qui ne peut jamais manger avec nous le midi au restaurant, car musulmane assez poussée, elle ne mange que de la viande Halal. Si toute la viande vendue en IdF était vraiment Halal, elle serait moins mise à l’écart de la société.

    Enfin, il y a des raisons d’intolérance. Par le seul fait que quelque-chose soit approuvé par le religion musulmane, cette chose deviendrait souillée et on devrait pouvoir en être protégée, ne jamais avoir à le toucher, beurk, c’est sale. Si tel est la cas, je suggère à tous les imams de France de déclarer officiellement que l’air que l’on respire sur notre planète est Halal, et non Haram. Et puissent les intolérants s’étouffer avec !

    Commentaire par Gathar — 20/02/2012 @ 09:26

  13. @Gathar : avant de donner un avis, il y a les faits, encore et toujours les faits. Je vous invite à regarder le reportage, il est en accès libre sur le site d’Envoyé Spécial. Ce matin, j’apprends sur BFM TV par un représentant de la filière viande que la viande halal vendue en Ile-de-France représente 3% et 10% sur tout le territoire. Donc, on avance. Ce qui nous permet de dire – sous réserve de la vérification de ces chiffres – que Marine Le Pen a menti, et donc d’en déduire qu’elle instrumentalise (sous réserve que j’avais compris la même chose, sauf que je ne suis pas leader politique et que si tel avait été le cas, je me serais renseignée avant de balancer le truc). Maintenant, il est intéressant d’observer que la polémique politique ajoutée au discours économique de la filière viande effrayée à l’idée de perdre des consommateurs, nous éloignent néanmoins toujours des faits. Merci la com’ ! Car il reste des questions en suspens dans le reportage d’Envoyé Spécial. Pourquoi le consommateur n’est-il pas informé ? Quid du risque sanitaire, identifié par les pouvoirs publics, mais passé sous silence ? Quid des éleveurs qui ne voudraient pas que leurs bêtes soient saignées sans être au préalable étourdies ? Et j’allais dire quid de la souffrance animale, mais les révélations récentes d’une consoeur sur l’élevage du porc breton m’incitent à relativiser cet aspect, tant, d’une manière générale, l’élevage industriel est une honte, et pas seulement au stade ultime de l’abattage…Je trouve cette affaire exemplaire du traitement biaisé de l’information par les intérêts politiques et économiques. Comme d’habitude, on ne s’attache pas aux faits mais à ce qu’il faut en penser. Dommage.

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/02/2012 @ 09:51

  14. Intéressant : http://www.causeur.fr/halal-kepel-le-pen-meme-combat,15783

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/02/2012 @ 09:58

  15. @gathar : non il n’y a pas des risques dans l’autre sens dans la mesure où toutes les bêtes sont vidées de leur sang sinon la viande serait impropre à la consommation. C’est simplement que la technique non halal est un plus complexe : ligature du tube digestif avant saignement. La référence mise par fourrure le détaille.

    Commentaire par Paul — 20/02/2012 @ 10:29

  16. Dites, je suis d’accord avec vous pour dire qu’il faut d’abord confirmer les faits avant d’analyser, voire de polémiquer. Mais pourquoi interroger le gouvernement ? Les abattoirs ne suffiraient-ils pas ? Sont-ce des structures publiques ?

    Commentaire par Martin K — 20/02/2012 @ 10:36

  17. Ce que je trouve intéressant dans cet article, c’est le premier paragraphe, « la mécanique de la petite phrase ». C’est un exemple magnifique de comment faire parler d’une chose sans en avoir l’air (bon, j’avoue ne pas avoir lu d’autre articles sur le sujet que celui-ci, je me trompe peut-être). Quelqu’un parle de la viande, tout le monde répond sur les musulmans. Splendide détournement, personne n’aurait l’idée d’aller demander à l’auteur initial ce qu’elle avait en tête, non, tout le monde le sait mieux qu’elle. Il est tellement plus simple d’interpréter la phrase suivant nos propres filtres plutôt que de revenir à la source.

    Bien sûr, tous les politiciens auteurs de ces phrases ne sont pas dupes et jouent dessus. Mais on y retrouve la manipulation du système d’information par la communication : les politiciens savent justement que les journalistes vont rebondir sur la petite phrase, sans avoir besoin de se fatiguer à donner de vrais arguments. Les partisans se chargeront de la discussion, peut-être, plus tard, et si c’est vraiment trop mal pris, il sera toujours temps de prétendre qu’on a été mal compris après. C’est tellement plus facile comme ça…

    Je sais que c’est facile d’en faire des boucs émissaires, mais je crois que là, une bonne part de la faute revient aux journalistes qui prennent plaisir à décortiquer un discours pour y trouver une « petite phrase » (qui, en soi, n’est au départ rien d’autre qu’une phrase comme les autres…) et la soumettre à l’analyse forcée. Sans cette attirance du détail, si ils posaient de vraies questions au lieu d’attendre qu’on leur serve une bouillie formatée d’où ils extraient trois mots sans leur contexte, je crois qu’on n’en serait pas là (et c’est un peu ce que j’observe au Royaume-Uni, pour sortir un peu de France).

    Commentaire par Rémi — 20/02/2012 @ 11:03

  18. @Martin K : là vous posez une colle, je ne connais pas la nature publique ou privée des abattoirs. J’ai parlé du gouvernement parce que, de mémoire, c’est lui qui a réagi hier, ce matin, c’est plutôt la filière viande qui s’exprime.

    @Remi : tiens, ils n’aiment pas les petites phrases les anglais ? Je me suis toujours demandée en effet si c’était une spécificité française, et je crois bien que oui….

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/02/2012 @ 11:08

  19. @Martin k: Non depuis je ne sais quelle réforme, ce sont des structures privées qui devraient être sous la surveillance de vétérinaires officiels. C’était d’ailleurs le sujet du reportage d’envoyé spécial : le respect des normes dans les abattoirs en relation avec la présence d’ E. coli dans les steaks hachés et une enquête sur la conformité des abattoirs car en 2010 une enquête de la Cour des comptes avait relevé des gros problèmes de conformité : http://archedenoelle.over-blog.com/article-abattoirs-non-conformes-61457477.html . Je pense que la découverte de la pratique systématique du Halal dans les abattoirs de la région parisienne a été fortuite, mais une fois révélée, la réaction de Mme Le Pen n’était pas très surprenante.

    Commentaire par Paul — 20/02/2012 @ 11:47

  20. @Paul: Merci pour ces précisions. D’accord avec vous pour la non-surprise…

    Commentaire par Martin K — 20/02/2012 @ 14:33

  21. @laplumedaliocha 13 « l’élevage du porc breton m’incitent à relativiser cet aspect »
    Bonjour à tous.
    Oh, là! Chère hôtesse, savez-vous que la grande chance des porcs c’est que leur viande devient pisseuse s’ils sont abattus stressés? On a mesuré le stress avant l’abattage de ces pauvres bêtes grace à un enregistrement de leur fréquence cardiaque à l’aide de cardiofréquencemetres achetés chez Decathlon (à fond la forme) et dont on les avait ceinturés.
    Donc on s’arrange pour que le passage à l’abattoir soit la moins stressante possible (fait partie du cahier des charges des acheteurs).
    Moi je me fiche assez que les bovins et ovins soient estourbis selon un rite ou un autre, pourvu que la bête souffre le moins. Et là le rite halal est cruel (et pas bien montré dans le reportage car c’est trop impressionnant).
    Quant à l’état sanitaire des abattoirs (un milieu très dur) montré dans le reportage c’est à vous dégoûter de manger un steak (et encore moins du beef haché en grande surface).
    La prochaine fois (si vous m’en priez) je vous ferai un topo sur la crépidula fornicata, bestiole intéressante à plus d’un titre, et qui cause bien des misères à notre chère coquille St Jacques…

    Commentaire par araok — 20/02/2012 @ 14:45

  22. HS : à ne pas manquer, l’article de Raphaelle Bacqué du Monde sur la double vie de DSK http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/20/dsk-comment-le-patron-du-fmi-cachait-sa-double-vie_1645884_3224.html

    Commentaire par laplumedaliocha — 20/02/2012 @ 15:41

  23. Il me semble avoir entendu Marine Le Pen dire qu’on ne trouvait que de la viande halal en Ile de France. Dans ce cas il s’agit bien d’un mensonge.

    Deuxièmement, en ce qui concerne la discussion sans fin sur le bien être de l’animal, il serait intéressant que les défenseurs de celui-ci s’intéressent de près aux conditions d’élevage du porc en batterie, des poules, et généralement de la plupart des animaux. Je trouve qu’il y a une énorme supercherie intellectuelle à se focaliser autant sur quelques instants, au mépris de toute une vie de souffrance pour que nous puissions nous gorger de bidoche pas chère. L’étourdissement préalable n’est pas un « gentil coup sur la tête qui envoie dans les pommes », c’est un coup de marteau qui perfore le crâne. Pour avoir vu (et de près) des abattages rituels et des abattages « normaux », je ne vois pas de différence quant au stress animal. Pour la souffrance… posons nous simplement la question de savoir si le canard qui courre sans sa tête souffre toujours ? La réalité, c’est que nous ne savons tout simplement pas ce qui est souffrance perçue et ce qui est réflexe. Je me dis simplement qu’on n’a jamais proposé le fracassage de crâne comme méthode « humaine » d’application de la peine de mort.

    Quand on y réfléchit un peu, les propos de Marine Le Pen sont extrêmement insidieux. D’abord parce que :

    – ces abattages rituels servent autant la communauté juive que la communauté musulmane, alors qu’elle parle d’abattage halal. Pourquoi ? Tout simplement pour ne pas se mettre à dos la communauté juive, devant laquelle elle effectue une danse du ventre depuis quelques mois. Son problème n’est donc pas le mode d’abattage (égorgement ou étourdissement), mais le halal, ça ressemble quand même fortement à un délit de racisme.

    – cela fait des années que les français mangent sans le savoir de la viande abattue « rituellement » pour résumer. Avant même la multiplication des abattages « halal », on va dire, une partie de la viande abattue selon le rite juif était régulièrement recyclée en dehors des boucheries casher. En effet le rite est très pointilleux, et de nombreuses parties de la bête ne peuvent pas être découpées de façon casher, y compris ce fameux collier sensible aux risques de contamination par bactérie, et se retrouvent donc dans les boucheries traditionnelles ou en supermarché. Sinon il faudrait jeter…

    Le fait de consommer de la viande abattue rituellement m’indiffère totalement. Je ne suis pas assez conne pour estimer que je vais me faire « convertir » de force par une viande. Reste le problème éventuel de l’hygiène …. il se trouve qu’à cause de ce risque, les abattoirs rituels sont plus contrôlés que les autres.

    Commentaire par Marie-Aude — 20/02/2012 @ 16:35

  24. Pour ma part j’ai vu le reportage le jour de sa diffusion et j’avoue que je me tamponne itou de savoir qui a prié devant mon steak… Ce que je n’apprécie pas en revanche c’est d’apprendre que le risque sanitaire est plus grand dans le cas d’un abattage casheral. Et j’ajouterai un peu hypocritement que le préfèrerai que la bête ne souffre pas trop (mouais..) ! Et d’une…

    Et de deux, le reportage prêtait à confusion : le boucher interrogé disait qu’il n’avait pas le choix puisque aucun abattoir de la région ne pratiquait l’étourdissement et la visite d’un supermarché confirmait que certains morceaux provenaient d’abattoirs de région parisienne… De là à convaincre le banlieusard-carnivore que je suis qu’il est gavé à l’insu de son plein gré de cochonnerie peu orthodoxes il n’y avait qu’un pas que je me suis empressé de franchir. « Marine a gagné un point ce soir ! » ai-je d’ailleurs pensé en mon for intérieur…

    J’en étais là de mes réflexions me repromettant de ne jamais manger de steak haché de supermarché, promesse mise à exécution voici 25 ou 30 ans après avoir écrasé à la fourchette un steak haché à 15% de gras et en contemplant sidéré la dite fourchette transformée en masse informe et blanchâtre, beurk (ça aussi c’est un scandale mais du moment que c’est du vrai gras de chez nous on s’en tape)… Où en étais-je ? Ah oui… Là… quand le lendemain j’ai entendu dans le poste de radio la susdite crier haro sur le baudet-distributeurs qui nous noie sous le halal !
    Aussitôt taclée un tantinet hypocritement par divers spécialistes es barbaque…

    J’ai donc le sentiment que, comme moi, la Marine s’est fait un peu avoir par le reportage qui oubliait de signaler que les abattoirs de la région parisienne sont de tous petits fournisseurs comparés au marché francilien. Et comme personne ne m’a tendu de micro, moi, personnellement je n’ai fait de boulette (ouf).

    Je ne vais pas faire procès d’intention à France 2, par contre j’ai noté que Pujadas ne s’est pas précipité pour signaler que la polémique trouvait son origine dans le reportage d’envoyé spécial ! J’ai trouvé ça assez marrant parce que d’habitude nos braves journalistes sont tout fierot de revendiquer la paternité d’un scoop ! Mais là rien… modeste notre David !?
    Ce qui m’énerve le plus dans tout ça c’est que dans les articles que j’ai pu lire, le problème sanitaire est complètement laissé de côté. Ici par exemple : http://www.lepoint.fr/societe/manger-halal-et-alors-20-02-2012-1433377_23.php
    A noter qu’ici la personne interrogée a toutes les compétences requises (anthropologue ) pour nous rassurer sur l’aspect sanitaire !

    En tous cas moi maintenant, rassuré pour le bœuf (20% d’abattage halal) je flippe sur l’agneau ! J’ai appris que 80% des ovins regardent la Mecque avant de se faire égorger et ça m’embête parce que j’aime aussi l’agneau…

    Commentaire par Memepasmort — 21/02/2012 @ 04:28

  25. Bonsoir,
    Pour moi, il ne s’agit pas de savoir si la loi est bonne ou mauvaise (souffrance animale, …) ou d’une question de religion. Il s’agit de savoir si la loi est détournée pour des raisons économiques.
    C’est normal que si le rite s’est mal passé, la viande puisse être distribuée classiquement (et sans mention). En revanche, si la viande n’est pas destinée aux pratiquants, il ne doit pas y avoir de dérogation.
    Bref, l’esprit de la loi prime sur l’économie.

    Commentaire par Sadlig — 21/02/2012 @ 04:42

  26. @ Aliocha (18) : « ils n’aiment pas les petites phrases les anglais ? »

    Oh, je ne dirais pas qu’ils n’y succombent pas aussi de temps à autres. Là comme ça, sans réfléchir, je me rappelle de la mini-tempête que David Cameron avait déclenchée lorsqu’il avait dit à une députée un peu véhémente, en pleine séance au parlement, « calm down, dear » (« dear » est relativement intraduisible, suivant le contexte ça peut être purement amical, voir générique (les gens du nord saluent tout le monde par un « dear », même des vendeurs qui ne vous ont jamais croisé avant), ou beaucoup plus condescendant comme dans le cas présent où ça a été pris comme une marque de sexisme). C’est un exemple, il y en a d’autres.

    Mais j’ai l’impression que dans le débat politique en général, on s’attarde moins sur ces petites phrases. Ou plutôt, elles servent plus de point de départ à un débat que d’alpha et d’oméga du débat lui-même. On a aussi moins tendance à traquer la petite phrase qui va à contre-courant (celle qui met l’homme politique en porte-à-faux vis à vis de son parti) pour favoriser celle qui synthétise la pensée (même si parfois de manière un peu crue et pas aussi enrobée que la comm’ ne le voudrait !).

    Bref, oui, de mon point de vue de simple consommateur de (quelques) médias, les britanniques sont nettement moins sous le charme de la petite phrase.

    J’en profite pour divaguer un peu dans cette comparaison. De passage en France récemment, j’ai eu l’occasion de voir des journaux TV (France2, je crois, mais aussi quelques bribes d’autres chaînes qui m’ont eu l’air semblables) et j’ai été frappé par la place qu’a le témoignage individuel dans les reportages. Un reportage typique comporte, au jugé, au moins 3 ou 4 interviews de personnes concernées mais pas vraiment spécialistes (par exemple un reportage sur la grippe comporte obligatoirement une ou deux interviews de patients dans une pharmacie, un sujet sur les vols de voiture interviewait deux ou trois automobilistes lambda, etc.). Je pense qu’en Angleterre, ces mêmes sujets auraient comporté moins d’interviews de ce type et à la place une exposition du problème plus large par le journaliste (ce qui n’évite pas les généralités in-intéressantes parfois, hein, je ne juge pas la qualité des reportages en soi mais uniquement le style).

    Le point intéressant (à mon sens) est qu’on retrouve ici la même mécanique que les petites phrases : ce qui a l’air de compter pour le journaliste français, c’est plus la réaction que la cause, les conséquences humaines que les mécanismes plus ou moins abstraits, la phrase prononcée et qui fait « vrai » contre les courants sous-jacents.

    Mais peut-être que je me trompe, je ne suis là encore qu’un lecteur/auditeur de base…

    Commentaire par Rémi — 21/02/2012 @ 10:50

  27. @Rémi : Newton n’est pas anglais par hasard

    Commentaire par kuk — 21/02/2012 @ 11:34

  28. Des précisions sur la question sanitaire : http://www.lepoint.fr/societe/abattage-halal-ou-est-donc-passe-le-principe-de-precaution-21-02-2012-1433680_23.php

    Commentaire par laplumedaliocha — 21/02/2012 @ 17:31

  29. Un fait a lieu. C´est irréversible. Il y a un avant et un après. Quelque chose s´est passé, on s’interroge. On ne sait jamais trop la nature des choses ni la nature exacte des faits. Que s´est-il passé? La notion de cause permet de remonter à un autre fait qui l’aurait produit et permet de l´intégrer dans un tout dont on cherche à comprendre le fonctionnement (une sorte d´horloge dont les rouages qui se déplacent forment le monde en devenir, se répétant ou innovant, poussés par des forces constantes qui se composent selon des rapports variables). Qu’en est-il de la responsabilité dans ce savoir portant sur les faits ? Il y a a à en tirer des conséquences quant à ce qui devrait être le cas, si … Si quoi ?.

    ou bien l´on pense qu´il y a quelque chose en nous, en chaque homme, qui peut s´accomplir, qui soit de l´ordre du respect de soi (et de l´autre), alors on tente d´y parvenir pour soi et on est tolérant avec les autres qui ne voient pas forcément les faits de la même façon (l´autre est bêtement différent et on cherche à le comprendre, et par ailleurs il y a les us et coutumes qui règle la société et notre existence).

    Ou bien l´on pense que tout humain est rapport de force et que l´homme n´entend que son intérêt et n´intervient dans le monde que pour y faire sa place, alors il faut s´armer d´un bâton et se battre pour que sa place soit au soleil. Marine Lepen, comme tout « homme » politique est de la deuxième espèce. Il s´agit pour eux, non de s´accomplir immédiatement, mais de modifier le monde et d´imposer à tous ceux qui ne sont pas d´accord, leur point de vue (ce que les autres doivent devenir pour qu’eux-mêmes puissent enfin s’accomplir). Toute la méprise et la confusion dans notre société vient de ce que les hommes politiques qui sont violents, passent (se font passer, croient être — supérieurs, les élites accomplies — pur tour de passe-passe verbal) pour des gens de parole et et donc de respect (de l’avis des autres). Le travail du journaliste est de comprendre l´utilisation que l´homme politique fait de la vérité factuelle pour comprendre ce qu´il cherche à faire (il est toujours en train de mettre en place une société, une loi qui va dans le bon sens, il veut faire les réformes, non de lui-même, mais des autres dont il respecte l’avis, certes, mais il y a un moment où il faut décider et ce sera comme je le dis, car je sais mieux que vous ce qui est le bien pour vous). Dans le cas de Lepen, on voit bien que toute la presse s’en tient à la surface factuelle et se garde bien de gratter .. pour éviter de mettre de l’huile sur le feu, patati patata, la même rengaine qui évite l’analyse de la stratégie de cette petite maligne et de comprendre ce qui est en jeu dans le champ politique (idem pour Guéant, on ne veut surtout rien entendre). On dispose pourtant avec Sarkozy, d’une mine à ciel ouvert où sans s’embarrasser de tabou ni de complexe, il nous montre la nature des hommes politiques. Pied de nez, bras d’honneur à nos illusions sur le respect pour autrui, il nous montre avec le sourire qui est le chef (celui qui purement et simplement, avec un air bonasse, instaure un rapport de force entre celui qui dispose du bâton et celui qui obéit « volontairement »).

    Commentaire par Bray-Dunes — 22/02/2012 @ 12:11

  30. oui moi aussi j’au vu le reportage d’Envoyé special, et il m’a je dois dire terrifiée sur les conditions sanitaires des abattoirs en France…
    je voudrais bien aussi une enquête sur l’enquête. Rien à voir avec la polémique lancée par M.Le Pen évidemment.

    Commentaire par bérénice — 22/02/2012 @ 15:34

  31. Moi, la question que je me pose sur cette affaire, c’est la suivante :
    Si Eva Joly avait déclaré haut et fort que tous les poissons panés vendus en grandes surfaces étaient congelés selon un rite bouddhiste facilitant la réincarnation des vertébrés aquatiques à branchies, la polémique serait-elle la même ?…

    Commentaire par Oeil-du-sage — 27/02/2012 @ 23:24

  32. @OdS : sans doute pas, mais à vous lire, je regrette profondément que ce débat là n’ait pas été lancé ;-)

    Commentaire par laplumedaliocha — 27/02/2012 @ 23:27


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