Dans son livre intitulé "L’âge de l’accès" publié en 2000 aux éditions La Découverte, l’essayiste américain Jeremy Rifkin explique qu’on ne vend plus des produits aujourd’hui, mais l’accès à des univers. Des marques comme Nespresso ou Apple en sont deux exemples parmi tant d’autres. Accessoirement, il souligne que la consommation a envahi à ce point nos vies qu’il n’est plus un domaine dont elle soit absente. Ainsi, Facebook, au hasard, gère désormais nos relations avec les autres. De même, les centres commerciaux ont remplacé les places de villages.
Ce communiqué, que je viens tout juste de recevoir, en est une illustration édifiante. A méditer…
"Bonjour,
Pour vos prochains dossiers, je vous suggère une idée de sujet stratégie et tendances marketing /consommation, nouveaux lieux d’expérience et nouveaux défis du retail, à l’occasion du partenariat inédit entre les centres de shopping Unibail-Rodamco et le Cirque de Soleil pour des expériences clients forte et une série d’animations exclusives jusqu’au 26/11.
Stratégie d’entreprise : Vers le renouveau des centres commerciaux : une nouvelle destination de loisirs et d’expériences ?
Un constat : Même s’ils ne s’y rendent pas forcément pour effectuer des achats, les Français sont nombreux à fréquenter les centres commerciaux comme un lieu de promenade ou de loisirs pour s’occuper.
La question à se poser / un sujet à débattre :
Souvent décriés, mais malgré tout incontournables, les centres commerciaux sont souvent bien loin de l’image poussiéreuse qui leur colle souvent à la peau. Ils sont souvent précurseurs de tendances fortes, que ce soit en matière d’architecture, de services, d’usage ou de consommation.
Ainsi, comment les centres de shopping se renouvellent-ils aujourd’hui pour s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs et proposer des expériences uniques et inédites à leurs visiteurs pour devenir ainsi des lieux de vie et de détente ?
En dehors du shopping, peut-on espérer profiter aujourd’hui d’autres types d’activités ou de loisirs au sein des centres commerciaux ?
Quels sont les prospectives en la matière et les prochains défis et enjeux des centres commerciaux ?
Unibail-Rodamco et le Cirque du Soleil : un partenariat gagnant-gagnant exclusif , une association sans précédent et un dispositif global fort à 360 degrés.
Pour faire vivre des expériences nouvelles à ses clients, Unibail-Rodamco a sollicité le Cirque du Soleil autour d’une opération participative, familiale où se mêlent partage, apprentissage et découverte.
Pour la 1ère fois du 17/10 au 26/11, le Cirque du Soleil sort de son chapiteau et offre aux visiteurs des centres de shopping Unibail-Rodamco une immersion totale dans son univers féérique. En parallèle, le Cirque du Soleil bénéficie d’une visibilité optimale et se rend accessible et populaire auprès d’un très large public.
Au programme : une série d’animations et d’ateliers gratuits à tester par le grand public pour découvrir les coulisses du spectacle Corteo et s’initier aux métiers du Cirque du Soleil (jonglage, funambulisme, maquillage, etc.).
Ce partenariat est complété par un plan marketing et communication fort (annonce presse, partenariat média, relations publiques, …).
Infos pratiques en pièce jointe.
Interviews possibles avec les portes-paroles institutionnel/stratégie, marketing communication et responsable brand Event Unibail-Rodamco autour de la stratégie Unibail-Rodamco, du partenariat mis en place avec la troupe du Cirque du Soleil, des perspectives 2012".



Baudoin Prot taclé par la presse allemande
C’est avec un frisson de plaisir que j’ai découvert l’acte de bravoure du quotidien économique HandelsBlatt grâce à Dan Israël d’@si et Stéphane Lauer du Monde.
Nos confrères allemands ont osé l’impensable, tacler le directeur général de BNP Paribas, Baudoin Prot.
Je vous invite à aller lire l’interview, elle est ici. Vous ne parlez pas l’allemand ? Ne vous inquiétez pas, vous comprendrez quand même !
Eh oui, les réponses sont laissées en blanc.
L’interview blanche
Dan Israël et Stéphane Lauer expliquent qu’après avoir accordé l’interview à nos confrères, les services de communication de BNP Paribas ont demandé que la publication soit repoussée en raison de l’aggravation de la crise de la dette souveraine et de l’état des marchés financiers. Avant de finalement s’opposer purement et simplement à la parution de l’interview. Nos confrères auraient pu abandonner en silence leur projet de publication. Ils ont opté pour une solution inédite : publier les questions et laisser les réponses en blanc. Sur deux pleines pages ! Du jamais vu, à ma connaissance. Le quotidien allemand aurait-il eu la même réaction face à Deutsche Bank, on peut se poser la question, mais au fond qu’importe, ils donnent une sacrée belle leçon de fierté journalistique et de résistance au pouvoir de la communication.
Des banquiers si discrets
Pour comprendre à quel point leur réaction est à la fois courageuse et salutaire, il faut plonger dans le joyeux monde de la presse économique. Le responsable d’une banque est à peu près aussi intouchable pour un journaliste qu’un président de la république (excepté Nicolas Sarkozy bien sûr). Ce sont des hommes de l’ombre, aussi discrets, puissants et silencieux que les berlines de luxe dans lesquelles ils se déplacent. Ils savent que les médias ne peuvent leur apporter que des ennuis. Mais parfois, ils en ont quand même besoin et maîtrisent alors parfaitement l’art d’en jouer. La négociation d’une interview se joue donc au niveau de la direction du journal, elle prend des jours, voire des semaines. Le moment venu, l’entretien est bordé par les services de communication qui souvent demandent les questions à l’avance, encadrent et protègent le grand homme durant l’entretien et, surtout, exigent de relire et de valider le texte avant parution. Officiellement, la relecture est justifiée par le fait qu’il s’agit de sujets techniques sur lesquels une erreur est vite arrivée, et de sujets également sensibles à la fois sur le terrain économique (poids des banques dans la société), politique (surtout en ce moment) et financier (la plupart d’entre elles sont cotées, donc la parole publique du dirigeant est susceptible d’avoir une incidence sur le cours de bourse, voire sur celui de tout le secteur). En réalité, il s’agit surtout de s’assurer que la parole officielle est parfaitement orthodoxe, ce qui au final donne un résultat à périr d’ennui tant il est convenu et aseptisé. Précisons que si ledit banquier accorde l’entretien, c’est parce qu’il a un message à délivrer au marché et qu’il n’entend absolument pas répondre aux questions intempestives des journalistes qui voudraient lui faire dire ce qu’il n’a pas envie.
Là où il y a de la gène…
Généralement, les services de communication ont la pudeur de limiter leurs corrections pour ne pas heurter les journalistes. De leur côté, les journalistes font en sorte de ne pas se brouiller avec ce genre d’interlocuteur au risque ensuite d’être blacklistés et ils savent par ailleurs, ou au besoin on le leur rappelle, que la grande banque est aussi un annonceur qui les fait vivre (pour le quotidien allemand, il faudrait vérifier, j’ignore si BNP Paribas y passe de la publicité ou pas). Donc, les choses se passent parfois de manière un peu tendue des deux côtés mais sans clash majeur. Ici, les communicants ont déclenché l’arme nucléaire en s’opposant à la publication. Où l’on découvre que la com’ est si puissante qu’elle devient totalement décomplexée. Là où il y a de la gène, comme disait mon grand-père, y’a pas de plaisir.
La réaction du quotidien allemand a été à la mesure de l’outrecuidance de la banque. Merci confrères pour cette belle leçon, puisse-t-elle entrer dans les moeurs journalistiques de la même manière que nos confrères espagnols nous ont montré la voie récemment en boycottant les conférences de presse des politiques refusant de répondre à leurs questions.
De son côté, BNP Paribas tente de se sortir de ce mauvais pas en évoquant un simple "malentendu" et en publiant sur son site l’interview qu’elle avait censurée.
Cette affaire m’a rappelée un billet de Jean-Michel Aphatie que j’avais commenté ici. Il nous confiait en octobre 2008 le mal qu’il avait eu à convaincre Baudoin Prot de venir à son émission et qu’il expliquait par le fait que les chefs d’entreprise, contrairement aux politiques, n’ont pas l’habitude de s’exprimer en public. J’en ris encore…le service com’ de BNP Paribas sans doute aussi.