La Plume d'Aliocha

26/10/2011

Vivre pour consommer

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 13:04

Dans son livre intitulé "L’âge de l’accès" publié en 2000 aux éditions La Découverte, l’essayiste américain Jeremy Rifkin explique qu’on ne vend plus des produits aujourd’hui, mais l’accès à des univers. Des marques comme Nespresso ou Apple en sont deux exemples parmi tant d’autres. Accessoirement, il souligne que la consommation a envahi à ce point nos vies qu’il n’est plus un domaine dont elle soit absente.  Ainsi, Facebook, au hasard, gère désormais nos relations avec les autres. De même, les centres commerciaux ont remplacé les places de villages.

Ce communiqué, que je viens tout juste de recevoir, en est une  illustration édifiante. A méditer…

"Bonjour,

 Pour vos prochains dossiers, je vous suggère une idée de sujet stratégie et tendances marketing /consommation, nouveaux lieux d’expérience et nouveaux défis du retail, à l’occasion du partenariat inédit entre les centres de shopping Unibail-Rodamco et le Cirque de Soleil pour des expériences clients forte et une série d’animations exclusives jusqu’au 26/11.

 Stratégie d’entreprise : Vers le renouveau des centres commerciaux : une nouvelle destination de loisirs et d’expériences ?

Un constat : Même s’ils ne s’y rendent pas forcément pour effectuer des achats, les Français sont nombreux à fréquenter les centres commerciaux comme un lieu de promenade ou de loisirs pour s’occuper.

 La question à se poser / un sujet à débattre :
Souvent décriés, mais malgré tout incontournables, les centres commerciaux sont souvent bien loin de l’image poussiéreuse qui leur colle souvent à la peau. Ils sont souvent précurseurs de tendances fortes, que ce soit en matière d’architecture, de services, d’usage ou de consommation.
Ainsi, comment les centres de shopping se renouvellent-ils aujourd’hui pour s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs et proposer des expériences uniques et inédites à leurs visiteurs pour devenir ainsi des lieux de vie et de détente ?
En dehors du shopping, peut-on espérer profiter aujourd’hui d’autres types d’activités ou de loisirs au sein des centres commerciaux ?
Quels sont les prospectives en la matière et les prochains défis et enjeux des centres commerciaux ?

 Unibail-Rodamco et le Cirque du Soleil : un partenariat gagnant-gagnant exclusif , une association sans précédent et un dispositif global fort à 360 degrés.

Pour faire vivre des expériences nouvelles à ses clients, Unibail-Rodamco a sollicité le Cirque du Soleil autour d’une opération participative, familiale où se mêlent partage, apprentissage et découverte.
Pour la 1ère fois du 17/10 au 26/11, le Cirque du Soleil sort de son chapiteau et offre aux visiteurs des centres de shopping Unibail-Rodamco une immersion totale dans son univers féérique. En parallèle, le Cirque du Soleil bénéficie d’une visibilité optimale et se rend accessible et populaire auprès d’un très large public.

 Au programme : une série d’animations et d’ateliers gratuits à tester par le grand public pour découvrir les coulisses du spectacle Corteo et s’initier aux métiers du Cirque du Soleil (jonglage, funambulisme, maquillage, etc.).

Ce partenariat est complété par un plan marketing et communication fort (annonce presse, partenariat média, relations publiques, …).

 Infos pratiques en pièce jointe.

 Interviews possibles avec les portes-paroles institutionnel/stratégie, marketing communication et responsable brand Event Unibail-Rodamco autour de la stratégie Unibail-Rodamco, du partenariat mis en place avec la troupe du Cirque du Soleil, des perspectives 2012".

 

25/10/2011

Demain, le journalisme

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 23:46

Qui a dit que les journalistes étaient paresseux ? Certaines de mes journées se terminent à minuit, voire plus tard. C’est le cas depuis plus de deux semaines. Ce qui ne m’a pas empêchée de publier ici quelques billets, dans une sorte d’irrépressible élan. Mais il y a toujours un moment où il faut poser la plume. C’est donc vaincue par l’épuisement que je vous laisse en compagnie d’un remarquable webdocumentaire, Prison Valley. Pour en savoir plus sur l’auteur, David Dufresne, c’est ici ou encore . Il parait qu’il a buzzé l’an dernier, je dois avouer à ma grande honte que j’avais loupé l’événement. C’est un confrère d’Owni qui m’a envoyé le lien hier. Si, comme moi, vous êtes passé à côté, je vous invite vivement à opérer un rattrapage. Ce documentaire non seulement est passionnant, mais il donne une idée des formidables potentialités de développement qu’offre le web au journalisme. Personnellement, j’ai adoré, et vous ?

24/10/2011

Dati et Fillon ou la querelle des parachutés

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 18:27

Elle est drôle Rachida Dati. Et la presse est encore plus drôle quand elle s’empare de ses déclarations. Du coup, qu’est-ce qu’on s’amuse sur les sujets de politique française en ce moment. Non, vraiment.  

La voici donc (Rachida Dati) qui s’indigne que François Fillon puisse être "parachuté" dans la circonscription des 5ème, 7ème et 8 ème arrondissements parisiens aux législatives de 2012, alors qu’elle-même y avait aussi des vues puisqu’elle est élue du 7ème arrondissement. J’ai souvenir qu’à l’époque, les aimables habitants du 7ème arrondissement n’avaient que peu apprécié qu’on l’y "parachute", elle. Tout comme je me souviens très bien avoir trouvé, en vieille habituée de la Chancellerie, qu’elle avait l’air "parachutée" à la Justice, la jolie ministre. D’ailleurs, je n’étais pas la seule à penser cela, il se murmurait alors dans les milieux dits "bien informés" que la politique de la justice se décidait en direct à l’Elysée, c’est-à-dire fort loin de la Place Vendôme.

Je me souviens encore (c’est dingue cette mémoire d’éléphant que je peux avoir parfois) que la charmante députée européenne ne montrait pas de passion particulière pour son mandat et que la conversation qu’elle avait eue avec une copine au téléphone sur ce sujet avait fait le tour du web. Il me revient même en mémoire que lorsqu’elle avait intégré le barreau, on l’avait "parachutée" dans un cabinet d’affaires parisien à la demande expresse du Château, ledit cabinet étant piloté par un ami du Fouquet’s. Mes confrères des services politiques semblent avoir oublié ces menus détails. En tout cas, je n’ai pas lu d’article sur le sujet qui aurait pris soin d’opérer cette légère mise en perspective. Il est vrai que casser Fillon, c’est tellement tentant, surtout si cela permet au passage d’avancer l’hypothèse que l’UMP serait sur le point d’exploser en plein vol. Et tant pis si pour ce faire, il faut s’appuyer sur les propos d’une délicieuse politique qui malgré son charme et son indéniable talent n’est pas complètement exempte de tout reproche sur le terrain du parachutage. Notez, peut-être considèrent-ils qu’elle livre une parole d’expert. On ne saurait les contredire sur ce point.

20/10/2011

La magistrale fumisterie de l’entreprise éthique

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 23:45

De grandes marques commerciales américaines type Starbuck’s qui soutiennent les indignés de Wall Street, vous y croyez, vous ? Allons, j’aperçois bien vos regards dubitatifs. Vous n’êtes pas les seuls. Même les communicants n’en reviennent pas. Ainsi Olivier Cimelière, sur son blog (via Arrêt sur Images), fait part de ses doutes quant à la sincérité de ce type d’engagement. Ce faisant, il avance des arguments dont l’objectif semble  avant tout de se convaincre  lui-même que non, ce n’est pas possible, sa magnifique discipline n’a pas pu donner naissance à cette démarche monstrueuse de cynisme consistant pour des groupes purement capitalistes, comme dirait un Mélenchoniste, à faire semblant de se ranger du côté de la contestation, simplement pour faire reluire leur image et augmenter leurs ventes.

Un affaire de poisson-volant

Laissons chacune de ces marques seule face à sa conscience. Après tout, il y a des entreprises qui cultivent l’engagement citoyen, tout comme il existe des poissons volants, s’esclafferait  Audiard…Et puis au fond, je ne connais pas assez la psychologie américaine pour affirmer qu’un tel paradoxe ne relève pas du possible. Ils sont tellement bizarres nos amis d’Outre-Atlantique, parfois.

Ce qui est plus intéressant, dans les doutes émis par ce communicant, c’est ce qu’ils amènent à réfléchir sur tous les beaux discours de responsabilité sociale, environnementale, de développement durable, commerce équitable et autres fadaises du même genre. Les journalistes qui suivent ces sujets (et Dieu sait que la matière est prolifique en ce moment !) ressentent instinctivement une profonde méfiance vis à vis du discours qu’on leur sert. Il y a, dans ce déversement de bons sentiments à peu de frais, une telle apparente incompatibilité avec l’objectif de profit (sans jugement de valeur, c’est normal qu’une entreprise fasse du profit, c’est même sa raison d’être), qu’on ne peut raisonnablement que douter de la sincérité du propos et plus encore de la démarche.

Remonter à la source

En réalité pour y voir clair, il faut remonter à la source. Dans tous les pays du monde, les entreprises opposent la même résistance à toute forme de réglementation sur ces sujets. Et comme elles ont compris qu’elles se trouvaient  sous la pression de leurs consommateurs, des politiques, eux-mêmes bousculés par leurs électeurs, et des médias, elles ont trouvé la parade : s’organiser pour développer spontanément une démarche éthique, de sorte qu’on leur épargne des réglementations supplémentaires. D’où l’importance particulière de la communication sur le sujet. Il faut parler, montrer qu’on agit pour la parité, la planète, les pauvres à l’autre bout du monde,  l’amélioration de la gouvernance, la transparence, le respect des salariés et tout le cirque. Plus on fait de bruit et plus on rassure les citoyens, les médias et les politiques. Les choses avancent, songeons-nous.De leur côté, les gouvernements savent bien qu’ils réglementent déjà trop pour imposer le minimum décent et qu’il leur est donc difficile d’en rajouter pour que tout aille mieux. Tout comme il est difficile, voire impossible de mettre au pilori les mauvais élèves, au risque de les froisser et de se prendre en retour les traditionnelles menaces de délocalisation vers des Etats plus accueillants et le chômage qui ne manquera pas d’en découler. On connait le discours par coeur.

Récompenser la normalité…

Alors on félicite les bons élèves, on remet trophées et médailles, et l’on ferme les yeux sur les mauvais en espérant que l’incitation fera son oeuvre là où l’obligation légale n’a pas sa place. Ainsi se construit une communication totalement étrangère à la réalité, et même contraire à celle-ci. Une entreprise qui pollue, qui maltraite et sous-paie ses employés, qui cultive le machisme et le racisme, c’est une mauvaise entreprise, tout simplement. Celle qui s’abstient de sombrer dans ces errements condamnables ne mérite pas la béatification, contrairement à ce qu’on tente de nous faire croire, elle s’inscrit juste dans la normalité. Cela parait évident n’est-ce pas ? Mais si vous écoutez attentivement le discours ambiant, vous découvrirez que la communication vous présente une version très différente des choses. L’entreprise odieuse est normale, la vertueuse est en avance sur son temps, particulièrement méritante, exceptionnelle, même. L’absurdité est encore plus criante avec le concept de commerce équitable. Je ne critique pas la démarche, mais le discours qui l’accompagne. A quel niveau de déchéance en sommes-nous arrivés pour devoir préciser sur un paquet de café que les gens qui l’ont produit n’ont pas été exploités par ceux qui en assurent la distribution ? Si l’on décrypte ce discours, on est obligé de conclure que l’éthique, loin de progresser comme veulent nous le faire croire les communicants et leurs aimables clients, est en réalité devenue une exception sans que l’on s’en rende compte. Tout l’enjeu est de dissimuler cette effroyable réalité, le temps d’y mettre bon ordre…ou pas. Et de faire croire que l’on progresse vers un avenir meilleur tout en nous mettant dans la tête que le pire n’est rien d’autre que normal. Joli tour de passe-passe, vous ne trouvez pas ?

19/10/2011

Le thermomètre prédictif

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:29

"La notation c’est le thermomètre, il faut soigner la maladie" a déclaré hier Valérie Pécresse à propos de la menace de dégradation de la note de la France par nos amies les agences de notation (BFM TV). Ah ! Elle a bon dos la métaphore du thermomètre en ce moment. C’est exactement la même qu’on nous a servie du côté du normalisateur comptable international (les experts basés à Londres qui fabriquent un langage comptable international largement inspiré des thèses ultralibérales américaines, l’IASB, pour les intimes) à propos de la comptabilisation de la dette grecque dans les banques françaises :

- il faut appliquer une décote de 21% disaient ensemble les politiques, la fédération internationale des banques et plein d’autres gens bien placés pour savoir, au moment du bouclage des comptes semestriels arrêtés au 30 juin dernier.

- décote d’au moins 50% glissa discrètement en plein mois d’août le Big Boss des experts en comptabilité international à son copain de l’ESMA (autorité européenne des marchés financiers).

Les raisons de la querelle ? L’IASB est fou amoureux de la valeur de marché, donc il impose que tout ou presque soit évalué à la valeur de marché dans les bilans des entreprises, même quand il n’y a plus de marché, ce qui est le cas de la dette grecque dont plus personne ne veut en ce moment. Et l’IASB de nous glisser à l’oreille : la comptabilité, ce n’est qu’un thermomètre, elle donne la valeur des entreprises, c’est pas notre faute si les informations déplaisent.

Ah ! Le vilain argument pseudo-scientifique que voilà. Il n’y a pas moins objectif, plus empreint d’idéologie et de parti-pris, plus ouvert à l’interprétation  que cette soi-disant valeur de marché, dont on peut commencer par discuter la pertinence même de l’utilisation.

- enregistrez-moi dans vos comptes ce kilo de concombres espagnols au tarif où il était vendu sur le marché ce matin.

- ben oui, mais justement, personne ne voulait de concombres espagnols pour cause de soupçon sanitaire, même bradés…

- prenez le prix bradé.

- mais ça ne correspond pas à la valeur des concombres !

- on s’en fout, c’est la loi du marché. Et le marché, c’est le thermomètre.

- l’existence d’une bactérie n’est que soupçonnée, l’hystérie va retomber quand on aura fait la lumière sur le problème sanitaire, demain ou dans 15 jours, et les consommateurs rachèteront des concombres.

- argument non recevable, le marché a toujours raison.

- mais ces concombres, on ne veut pas les revendre aujourd’hui, nous voulons les conserver en frigo plusieurs mois,

- Qu’importe, c’est la valeur de marché du jour qui compte.

Voilà à peu près à quoi on joue actuellement avec la dette grecque. Convenez que ce soi-disant thermomètre objectif est en réalité fort discutable, à tous les niveaux.

Les agences de notation, c’est à peu près la même logique, en pire. Valérie Pécresse nous parle de thermomètre. En réalité, les agences ont placé la France sous surveillance, on ne saura que dans quelques mois si elles nous dégradent ou pas, donc le thermomètre en l’espèce mesure notre température future, c’est pas banal ça, un thermomètre à prédire l’avenir ! Comme le disait on ne sait trop qui : un économiste c’est un type qui expliquera demain pourquoi ce qu’il a prédit hier ne s’est pas produit aujourd’hui (1).

Que le gouvernement décide de réduire les dépenses, pourquoi pas. Qu’il cède à la pression de l’ennemi par force, tout en se battant à l’échelon européen pour encadrer les agences de notation et nous émanciper de la tutelle de ces organismes douteux, cela s’appelle de la politique et ce n’est pas si mal joué que cela. Mais par pitié n’utilisons pas les formules absurdes auxquelles recourent précisément les agences pour se donner un vernis de crédibilité. Elles ont bien noté Enron jusqu’à la faillite du courtier américain en énergie et participé ainsi à l’un des plus grands scandales financiers du siècle. Elles ont encensé les subprimes et permis la crise de 2008. Tous les experts s’accordent à considérer que leurs prophéties auto-réalisatrices sont en train d’aggraver la situation. Il me semble que ça suffit pour ôter toute valeur scientifique à leurs opinions, non ?

Notez, l’épouvantail de la dégradation a peut-être une utilité politique. Hier, l’UMP dézinguait allègrement le programme socialiste en avançant qu’il allait coûter 255 milliards. Plus tard dans la journée, on nous expliquait qu’on allait avoir bientôt la fièvre et qu’il fallait se mettre préventivement au pain sec et à l’eau. Comment ne pas voir un lien ?

(1) : Je sais que cette citation est attribuée à Desproges, mais une rapide recherche sur Internet m’a montré qu’on la mettait en réalité sous la plume d’un grand nombre d’auteurs, dont Jacques Attali. Si quelqu’un peut éclaircir ce mystère, je suis preneuse.

17/10/2011

L’anosognosie frappe à tout-va !

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 09:51

C’est amusant la capacité d’absorption que l’on peut avoir de l’indigeste menu médiatique. Voici que DSK presque sorti de l’affaire Diallo autant que du cas Banon, se retrouve cité dans le scandale du Carlton de Lille. New-York, Paris, Lille, à quand Tokyo, Sydney, Rome et Singapour ? Cette dernière affaire aurait éclaté en février ou mars dernier, elle aurait fait un bruit pas possible, mais après ce que nous avons médiatiquement vécu à New-York, elle ne suscite plus que l’ennui. Nous sommes habitués et même mythridatisés. Il en va de même de l’affaire Bettencourt d’ailleurs, dont on nous sert un nouvel épisode de la procédure de tutelle. Madame Bettencourt mère menace de quitter la France tant sa fille l’agace, mais oublie de démissionner de son mandat d’administrateur de L’Oréal, ce qui apparait pourtant beaucoup plus urgent. Il est vrai que la dame souffre, comme Chirac, d’anosognosie. Au passage, notre ancien président n’a pas non plus démissionné du Conseil constitutionnel, à ma connaissance. Il a dû oublier. A croire que c’est contagieux cette maladie-là. Il y a quelques mois on en ignorait le nom, voici qu’on découvre que plusieurs grands du royaume s’en trouvent affectés. Ce sera peut-être l’épidémie de l’hiver. Si j’ai bien compris les facteurs de risque, le syndrome touche en priorité les personnes âgées susceptibles d’avoir affaire à la justice. DSK est trop jeune encore pour l’invoquer, mais il faut s’attendre à ce que d’autres cas dans les mois à venir se révèlent. Et puis il y a la victoire de François Hollande, et le téléspectateur se trouve sommé d’oublier toutes les vacheries qui ont émaillé les primaires socialistes pour adhérer avec enthousiasme au discours réconciliateur que nous servent en coeur choeur les anciens adversaires soudain réunis. Nous prendrait-on nous aussi pour des anosognosiques ?

16/10/2011

Baudoin Prot taclé par la presse allemande

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 16:34

C’est avec un frisson de plaisir que j’ai découvert l’acte de bravoure du quotidien économique HandelsBlatt grâce à Dan Israël d’@si et Stéphane Lauer du Monde.

Nos confrères allemands ont osé l’impensable, tacler le directeur général de BNP Paribas, Baudoin Prot.

Je vous invite à aller lire l’interview, elle est ici. Vous ne parlez pas l’allemand ? Ne vous inquiétez pas, vous comprendrez quand même !

Eh oui, les réponses sont laissées en blanc.

L’interview blanche

Dan Israël et Stéphane Lauer expliquent qu’après avoir accordé l’interview à nos confrères, les services de communication de BNP Paribas ont demandé que la publication soit repoussée en raison de l’aggravation de la crise de la dette souveraine et de l’état des marchés financiers. Avant de finalement s’opposer purement et simplement à la parution de l’interview. Nos confrères auraient pu abandonner en silence leur projet de publication. Ils ont opté pour une solution inédite : publier les questions et laisser les réponses en blanc. Sur deux pleines pages ! Du jamais vu, à ma connaissance. Le quotidien allemand aurait-il eu la même réaction face à Deutsche Bank, on peut se poser la question, mais au fond qu’importe, ils donnent une sacrée belle leçon de fierté journalistique et de résistance au pouvoir de la communication.

Des banquiers si discrets

Pour comprendre à quel point leur réaction est à la fois courageuse et salutaire, il faut plonger dans le joyeux monde de la presse économique. Le responsable d’une banque est à peu près aussi intouchable pour un journaliste qu’un président de la république (excepté Nicolas Sarkozy bien sûr). Ce sont des hommes de l’ombre, aussi discrets, puissants et silencieux que les berlines de luxe dans lesquelles ils se déplacent. Ils savent que les médias ne peuvent leur apporter que des ennuis. Mais parfois, ils en ont quand même besoin et maîtrisent alors parfaitement l’art d’en jouer. La négociation d’une interview se joue donc au niveau de la direction du journal, elle prend des jours, voire des semaines. Le moment venu, l’entretien est bordé par les services de communication qui souvent demandent les questions à l’avance, encadrent et protègent le grand homme durant l’entretien et, surtout, exigent de relire et de valider le texte avant parution. Officiellement, la relecture est justifiée par le fait qu’il s’agit de sujets techniques sur lesquels une erreur est vite arrivée, et de sujets également sensibles à la fois sur le terrain économique (poids des banques dans la société), politique (surtout en ce moment) et financier (la plupart d’entre elles sont cotées, donc la parole publique du dirigeant est susceptible d’avoir une incidence sur le cours de bourse, voire sur celui de tout le secteur). En réalité, il s’agit surtout de s’assurer que la parole officielle est parfaitement orthodoxe, ce qui au final donne un résultat à périr d’ennui tant il est convenu et aseptisé. Précisons que si ledit banquier accorde l’entretien, c’est parce qu’il a un message à délivrer au marché et qu’il n’entend absolument pas répondre aux questions intempestives des journalistes qui voudraient lui faire dire ce qu’il n’a pas envie.

Là où il y a de la gène…

Généralement, les services de communication ont la pudeur de limiter leurs corrections pour ne pas heurter les journalistes. De leur côté, les journalistes font en sorte de ne pas se brouiller avec ce genre d’interlocuteur au risque ensuite d’être blacklistés et ils savent par ailleurs,  ou au besoin on le leur rappelle, que la grande banque est aussi un annonceur qui les fait vivre (pour le quotidien allemand, il faudrait vérifier, j’ignore si BNP Paribas y passe de la publicité ou pas). Donc, les choses se passent parfois de manière un peu tendue des deux côtés mais sans clash majeur. Ici, les communicants ont déclenché l’arme nucléaire en s’opposant à la publication.  Où l’on découvre que la com’ est si puissante qu’elle devient totalement décomplexée. Là où il y a de la gène, comme disait mon grand-père, y’a pas de plaisir.

La réaction du quotidien allemand a été à la mesure de l’outrecuidance de la banque. Merci confrères pour cette belle leçon, puisse-t-elle entrer dans les moeurs journalistiques de la même manière que nos confrères espagnols nous ont montré la voie récemment en boycottant les conférences de presse des politiques refusant de répondre à leurs questions.

De son côté, BNP Paribas tente de se sortir de ce mauvais pas en évoquant un simple "malentendu" et en publiant sur son site l’interview qu’elle avait censurée.

Cette affaire m’a rappelée un billet de Jean-Michel Aphatie que j’avais commenté ici. Il nous confiait en octobre 2008 le mal qu’il avait eu à convaincre Baudoin Prot de venir à son émission et qu’il expliquait par le fait que les chefs d’entreprise, contrairement aux politiques, n’ont pas l’habitude de s’exprimer en public. J’en ris encore…le service com’ de BNP Paribas sans doute aussi.

14/10/2011

L’éthique, c’est parfois simple comme une abstention

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 12:32

"Mon travail commence là où s’arrêtent les textes" me confiait un jour le déontologue d’un grand groupe international. Il voulait signifier ainsi qu’il existait rarement de solutions simples, préécrites aux questions éthiques.  Il se trouve que la journaliste Audrey Pulvar a ému la société des journalistes de Radio France (via Arrêt sur Images) en montant sur scène dimanche dernier pour participer à la joie de son compagnon, Arnaud Montebourg. Aïe, voici que le devoir d’impartialité du journaliste rencontre brutalement le délicat sujet de la vie privée. On serait bien embarrassé de chercher une solution toute prête dans les différentes chartes déontologiques des journalistes.

Alors que faire ? Tandis que ses confrères de Radio France s’émeuvent,  le Syndicat national des journalistes appelle pour sa part à la discrétion. On pourrait même dire qu’il supplie. Arrêt sur Images, qui rend compte de l’affaire, estime de son côté qu’il vaut mieux au fond jouer la carte de la transparence, même si cela s’avère difficile à gérer. En clair, faut-il considérer qu’après tout, la vie privée de la journaliste ne remet pas en cause de facto son intégrité professionnelle, en particulier son impartialité,  et qu’il s’agit juste de préserver les apparences en faisant preuve de réserve, ou bien préférer au contraire promouvoir la transparence en estimant que l’affichage de cette relation intime a le mérite de permettre au public de se faire sa propre opinion sur la crédibilité du travail de la jeune femme ?

I-Télé avait trouvé la solution à mon avis en suspendant l’émission politique de la journaliste. A l’époque, on avait déplacé le débat sur le terrain du féminisme en glosant à l’infini sur les solutions qui seraient appliquées dans le cas inverse : un journaliste en ménage avec une femme politique serait-il ainsi mis à l’écart professionnellement ? La question pouvait sans doute se poser, comme toutes les questions, mais était-ce bien là l’essentiel ?

Nombre de problèmes éthiques en réalité peuvent se résoudre assez simplement  par une abstention, dès lors que l’action soulève un doute. Et ce n’est que le refus du sacrifice qui mène à s’enliser dans des discussions parfaitement byzantines. Quand un juge a partie liée avec l’acteur d’un procès, il se déporte. Si un avocat est sollicité  pour prendre la défense d’un adversaire de son client, il décline. Si un commissaire aux comptes entretient un lien personnel ou financier avec l’entreprise dont il doit certifier les comptes, il démissionne de son mandat. Dans chacun des cas cités, on ne se demande pas s’il est possible ou non de préserver son indépendance malgré l’existence d’un conflit d’intérêts, on évite tout simplement de se mettre dans une situation discutable. On peut donc très bien imaginer qu’un journaliste vivant en couple avec une personnalité politique de poids décide de s’abstenir d’intervenir sur les sujets politiques, au moins pendant le temps des élections présidentielles, non ?

12/10/2011

Penser droit avec Radio France

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 22:34

C’est un bien amusant document qu’a déniché le site Arrêt sur Images : le projet de charte de modération des commentaires sur les sites de Radio France.Y sont répertoriés 51 sujets à problème dont 35 interdits. Comme le relève Sébastien Rochat d’@si, on découvre notamment qu’on n’a le droit ni de critiquer la direction, ni de faire l’éloge de la tauromachie…. Pas plus que de dénoncer une faute d’orthographe de la rédaction ! Cette charte a au moins un mérite, rendre apparente une partie la ligne éditoriale du groupe ! Il parait que c’est le big boss, Philippe Val, qui mène un grand combat contre la corrida. Le cabinet de consultant auteur de la chose avance quant à lui prudemment qu’il s’agit d’éviter les discussions passionnelles. Dans ce cas, autant interdire tout de suite de discuter politique et religion sur les forums, comme on le fait à table dans les familles sages ou encore entre amis désireux de le rester.

"Sur un forum, les lois jamais tu n’enfreindras"

Ce qui m’interpèle, personnellement, c’est la démarche. Puisque Radio France s’amuse à "légiférer", car il s’agit bien de cela,  observons de plus près la méthode. Comme vous le voyez, les consultants ont recensé tous les sujets à problème, puis ont affiné avec leur client ce qui était problématique mais admissible, éventuellement sous condition, et ce qui ne l’était absolument pas. S’en suit un catalogue à la Prévert qui affiche ouvertement l’ambition de l’exhaustivité. J’imagine que le modérateur n’a plus qu’à checker la liste pour vérifier que le commentaire est admissible ou pas. Et à se retrancher derrière le règlement en cas de désaccord avec l’auteur. Cette méthode casuistique est très anglo-saxonne dans l’approche. Chez nos amis anglais et américains en effet, on n’aime pas les règles générales du type "Sur un forum, les lois jamais tu n’enfreindras, la politesse et la mesure toujours tu respecteras". Cette méthode là, c’est celle du code civil français splendidement portée par le grand jurisconsulte Portalis dont je ne recommanderais jamais assez la lecture du fameux discours préliminaire. "On gouverne mal quand on gouverne trop" écrivait-il ou bien encore "il faut s’en tenir au bien quand on est en doute du mieux". Un bijou d’intelligence. On pose des règles générales et on laisse ensuite le soin à l’homme, juge ou modérateur, d’apprécier au cas par cas si la loi est respectée ou pas. Nos amis anglo-saxons, eux, préfèrent prévoir l’ensemble des hypothèses. C’est ainsi que leurs contrats font plusieurs centaines de pages et que leur recueils juridiques remplissent des bibliothèques entières. Il faut tout envisager, absolument. Et prévoir une solution pour chaque problème, aussi hypothétique soit-il.

Je vous entends déjà songer : mais c’est impossible de tout prévoir ! Bel esprit français que vous êtes. Vous vous découvrez juriste ! Eh oui, c’est impossible, d’où la grande sagesse de notre système juridique, même si ces derniers temps il sombre parfois dans les errances de nos amis anglo-saxons, mondialisation culturelle oblige. Notez l’inverse est également vrai, ils ont attrappé notre virus législatif, c’est ce qu’on appelle la convergence des systèmes.

"PUTAIN mé il fé pas bo !" 

Mais je m’éloigne de mon sujet. Donc, grâce à la Charte de Radio France, nous savons désormais comment penser et commenter juste. Au millimètre. C’est carré, bordé, impeccable. Je gage néanmoins que des petits malins vont s’employer dès demain à trouver des failles dans le système, à inventer le commentaire honteux échappant aux prévisions du "législateur". D’ailleurs, l’auteur de l’article d’@si a déjà commencé. Puisque le langage texto, les majuscules et les vulgarités sont admises, alors il est possible d’écrire : "PUTAIN mé il fé pas bo !" Et là vous découvrez ce qu’on appelle les comportements de contournement de la loi qu’on reproche tant à nos amis financiers. C’est humain. Face à une réglementation qui dérange, le réflexe immédiat consiste à tenter de passer au travers. Si elle est sottement casuistique, on y parvient. C’est beaucoup plus difficile en revanche de s’exonérer d’une règle de principe. Nous sommes au coeur de la difficulté pour les gouvernements de tirer les leçons de la crise financière. Réglementer en faisant en sorte que les mécanismes de contournements ne s’avèrent pas plus dangereux que l’absence de réglementation. Quand je dis cela, je ne défends pas un instant les thèses ultralibérales selon lesquelles le seul problème des marchés financiers serait la loi, c’est-à-dire l’intervention du politique qui viendrait perturber le fonctionnement d’un marché naturellement pur et parfait. Je dis simplement qu’il est très difficile de légiférer intelligemment. Qu’il faut à la fois développer une grande connaissance du droit et une vision très fine de la psychologie humaine.

Ah ! Comme elle est intéressante au fond, cette charte des commentaires de Radio France !

09/10/2011

J’ai butiné pour vous…

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 00:49

Quelques nouvelles en vrac butinées au fil de mes balades réelles et virtuelles dans l’univers du journalisme.

Et d’abord, le prix Bayeux-Calvados dont l’édition 2011 s’achève aujourd’hui. Depuis 1994, la ville de Bayeux rend chaque année hommage aux reporters de guerre. Je vous invite à visiter le site et en particulier cette page qui évoque les nouvelles façons de raconter la guerre. Deux exemples ont été choisis.  Le film Hell and back again de Danfung Dennis sur l’Afghanistan sorti aux Etats-Unis le 6 octobre explore l’utilisation des techniques cinématographiques dans le reportage pour tenter d’impliquer davantage le spectateur et soulève au passage la question de l’esthétique en tant que véhicule de l’information. Le célèbre photojournaliste Patrick Chauvel quant à lui travaille sur l’image panoramique et la possibilité de créer une interactivité nouvelle avec le spectateur en lui offrant la faculté de se déplacer dans l’image. Ceux que le sujet intéresse pourront se reporter à l’émission d’Arrêt sur images de cet été consacrée aux photographes de guerre. La liste des lauréats est ici. Le trophée photo a été remis à Yuri Kozyref, lequel a remporté également le prix du public. Je vous invite à découvrir son travail à travers 4 portfolios sur le printemps arabe, l’Irak, l’Afghanistan et la Tchétchénie.

Sur un tout autre sujet, j’ai découvert en lisant le dernier numéro de la revue Médias que l’Institut national de l’audiovisuel publiait tous les trimestres une lettre d’analyse statistiques fort intéressante sur les thématiques des journaux télévisés. Je n’ai pas réussi à télécharger le dernier numéro mais vous pouvez tenter votre chance, c’est là, ou bien jeter un oeil sur les exemplaires précédents, voire vous plonger dans les données brutes. Dans le numéro de la lettre reproduite par Médias, on apprend que les lois et réformes prennent de plus en plus de place dans les JT. Nous sommes ainsi passés de 1087 sujets législatifs par an sous Chirac, à 1637 sous Sarkozy. Je gage que nul n’en sera surpris ! Il y a plein d’autres informations passionnantes, par exemple le hit des sujets traités au cours du deuxième trismestre 2011. En avril, la Cote d’Ivoire a donné lieu à 205 sujets, le mariage de William et Kate à 150, la Libye 136. En mai, c’est l’affaire DSK qui a occupé la première place avec 323 sujets, suivie de la mort de Bel Laden  205 sujets et…du Festival de Cannes (134 sujets). Enfin le mois de juin a été mobilisé par la bactérie E Coli, 139 sujets, suivie de près par l’affaire DSK  (120 sujets). On trouve aussi un top des personnalités présentes au JT. Cela vous surprendra-t-il si je vous dis que Nicolas Sarkozy figure en tête du classement ?

Je signale également à votre attention le numéro 119 de Manière de voir – Le Monde diplomatique consacré à la crise bancaire. Je ne l’ai pas encore lu, juste feuilleté, mais je m’en régale à l’avance. Pensez à y jeter un oeil en allant au kiosque.

Enfin,  la dernière émission d’Arrêt sur Images est consacrée au Décodeurs de l’info, ces blogs créés par Le Monde, Libération ou encore le JDD dans lesquels les journalistes démontent les mensonges et les approximations des politiques, avec l’aide des internautes. Vous trouverez leur adresse dans la nouvelle catégorie de ma blogroll qui leur est dédiée. Ces expériences pour l’instant tâtonnent un peu, mais je trouve que la piste mérite d’être explorée. Le journalisme est en train de se réinventer en s’appropriant les possibilités offertes par le web et c’est une sacrée bonne nouvelle !

Et pour finir, cette jolie phrase de Daniel Mermet, de l’émission "Là-bas si j’y suis" sur France Inter tirée de l’interview qu’il a accordée à Médias : "J’ai toujours de la tendresse pour le personnage du reporter en général, un tout petit homme sur la planète qui tente d’interviewer la lune".

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