La Plume d'Aliocha

13/12/2010

Polars : les journalistes enquêtent

Filed under: Salon littéraire — laplumedaliocha @ 11:59

Envie d’un bon roman policier pour les fêtes ?

En voici deux que j’ai lus avec d’autant plus de plaisir que les héros sont des journalistes. Et un troisième, particulièrement d’actualité…

Commençons par "Mortelles voyelles" de Gilles Schlesser (Editions Parigramme). Un journaliste quinquagénaire pigiste, aussi paumé que fauché, s’immerge dans l’univers des SDF à Paris pour préparer un reportage commandé par le journal Marianne. Au fil de ses pérégrinations, il fait la connaissance de Vaïda un clochard excentrique qui prétend être le fils du dernier roi des gitans. En échange d’une cartouche de cigarettes, il offre au journaliste un manuscrit dégotté on ne sait trop où. Il s’agit du récit plutôt sordide d’une série de meurtres de femmes dans les années 70. C’est surtout une curiosité littéraire.  Le texte s’intitule"A noir" en référence au poème "Voyelles" de Rimbaud, curieusement,  la lettre "y" est absente et le verbe "être" n’est jamais utilisé. Et s’il ne s’agissait pas d’un roman ? Si tout ceci était la description par le meutrier lui-même de crimes vieux de trente ans ? Le héros, que ses parents un peu farceurs ont appelé Oxymor Baulay, se lance dans une enquête à la fois policière et littéraire tout à fait passionnante. Personnages attachant, satire féroce du milieu de l’édition parisienne, le roman a également le mérite de nous emmener à la découverte de l’Oulipo.  L’auteur aurait pu verser dans le snobisme littéraire, en réalité il a su donner à son roman une dynamique qui garantit un vrai suspense en y ajoutant une pointe d’intelligence et de culture qui rend l’oeuvre originale sans être prétentieuse ni pesante.  Le genre de polar original qu’on n’oublie pas.

Voyons maintenant "Dans l’ombre de la ville" de James Conan (Presses de la Cité). James Conan est le pseudonyme de deux auteurs qui écrivent ensemble. Helen Rappaport, traductrice de russe et historienne, et William Horwood, ancien journaliste. L’intrigue se déroule lors de l’exposition universelle de Chicago en 1893. Emily Strauss, jeune journaliste ambitieuse, est bien décidée à  se faire embaucher par le grand patron de presse Joseph Pulitzer. Encore doit-elle faire ses preuves dans un univers exclusivement masculin. Le sort va l’y aider. Un homme vient précisément d’écrire au journal pour alerter l’opinion publique : sa fille a été enlevée et assassinée, d’autres jeunes filles pourraient connaître le même sort si personne ne décide de s’y intéresser. Joseph Pulitzer lui confie l’enquête. Emily Strauss a dix jours pour découvrir ce qui s’est passé et rendre son article. Seulement voilà, Chicago n’est pas une ville très sûre pour une jeune femme seule. Surtout que les responsables locaux n’apprécient guère qu’on vienne fouiner dans leurs affaires, au risque de ternir l’image de leur ville. Tandis que la reporter met à jour un trafic d’images pornographiques, on suit en parallèle la fuite désespérée d’une des victimes du réseau. Enceinte, sans argent, traquée par des tueurs, elle tente de fuir la ville pour rejoindre le Canada.   La plongée dans le Chicago du 19ème siècle est passionnante. On y croise de grandes familles fortunées qui se déchirent, un psychiatre mégalomane qui trépane ses patients, quelques dames patronnesses aux activités plutôt troubles et surtout la très puissante confrérie des bouchers qui, découvre-t-on, régnait sur la ville à l’époque. Le rythme alerte de l’intrigue ne s’embourbe jamais dans les digressions historiques. Parfaitement bien ficelé.

 "Un trader ne meurt jamais" de Marc Fiorentino (Pocket). Celui-là, j’ai attendu qu’il sorte en poche avant de l’acheter. Les auteurs surgis de nulle part qui surfent sur l’actualité pour ficeler un polar inspiré de leur vie professionnelle et font jouer leurs relations pour se faire éditer, très peu pour moi. Cette fois, j’ai eu tort. Car non seulement Fiorentino sait de quoi il parle quand il évoque le trading (il a dirigé des banques d’affaires avant de créer sa société de bourse), mais il a le sens du récit. A presque 50 ans, Sam Ventura, est un has been. Cet ancien golden boy de renom s’est ruiné en 2001 et a mis 8 ans à rembourser ses dettes.  Seulement voilà, il ne peut pas vivre loin de l’adrénaline des marchés. Pas plus qu’il ne supporte son appartement de 35m2. Alors il emprunte 100 000 euros à une ex-collègue devenue multi-millionnaire et replonge. L’auteur emmène son lecteur dans le quotidien d’un joueur qui n’aime rien tant que l’angoisse qui prend à l’estomac quand il perd et l’euphorie qui le saisit quand il gagne. On finit par partager ses angoisses face aux mouvements du marché. Et surtout on s’interroge : va-t-il rebondir, ou s’écraser ? Une vénéneuse libanaise, belle à damner un trader et championne du délit d’initié rôde entre les lignes, dans un sillage de jasmin. Un livre que je classe dans ma catégorie des "trous normands". A lire donc entre deux ouvrages plus consistants, ou bien dans un train ou un avion. Trois heures d’adrénaline. Et, au passage, une plongée aussi intéressante qu’édifiante dans la psychologie de la finance. Fascinante  existence que celle des traders qui filent à 300km/h… vers nulle part et finissent presque toujours par se crasher. Et nous avec.

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