La Plume d'Aliocha

28/10/2009

In god do we trust ?

Filed under: Invités,Salon littéraire — laplumedaliocha @ 10:06

Me voyant débordée, Gwynplaine, fidèle lecteur de ce blog,  a décidé de voler à mon secours en rédigeant ce billet. Je suis heureuse d’accueillir sur le blog un passionné de lecture doublé d’un spécialiste de bande dessinée. Aliocha.

Par Gwynplaine

arton14624-a303fMarc-Antoine Mathieu est un cas à part dans la bande dessinée, ne faisant partie d’aucune chapelle, traçant son sillon à l’écart des bandes et des mouvements. Et pourtant il fait partie de ceux qui ont contribué, dans les années 90, à sortir cet art de l’ornière sous-littérature dans laquelle il reste trop souvent (en gros et bref, après la décennie des années 70 qui consacra la bd adulte – Futuropolis, L’Echo des Savannes, Métal Hurlant, Fluide Glacial, …, ça ronronnait un peu, rien de bien excitant ne s’étant produit dans les années 80), avec notamment sa série phare (et indispensable) : Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves. Une série dans laquelle il questionne la narration en bande dessinée, réfléchit sur sa construction, tout en nous racontant les hilarantes aventures onirico-kafkaïennes de Julius Corentin, employé au ministère de l’humour. Le fond par la forme en quelque sorte.

L’incarnation

Mais là n’est pas le propos, cette introduction n’étant là que pour situer l’auteur dans le paysage du neuvième art français pour les néophytes de la chose dessinée. Le propos est son album sorti récemment, dans lequel il traite de sujets intéressant au premier chef ma blogosphère personnelle (Aliocha et Philarête en tête) : l’emballement médiatique et Dieu en personne.

Le sujet est simple : Dieu en personne descend sur terre, il s’incarne parmi les humains. Une fois son identité établie de façon certaine, la (bonne ?) nouvelle se répand comme une traînée de poudre, et c’est un emballement médiatique sans précédent.

Mais que fait donc Dieu descendu sur terre ? Rien… Il parle, beaucoup plus qu’Il n’agit, et ça, c’est insupportable au monde qui avait mis tant d’espoir en Lui. On le rend responsable de tous les maux, et c’est bien logiquement qu’une sorte de class action à l’échelle mondiale le traîne devant le tribunal. Un procès[1] s’ouvre alors, fil rouge narratif de l’ouvrage, où l’accusation aura à cœur de prouver l’existence de Dieu pour engager sa responsabilité, tandis que la défense devra minimiser son rôle voire, peut-être remettre en cause son existence.

Le tour de Dieu en 120 pages

Parallèlement à ce procès, l’auteur envisage toutes les facettes du phénomène Dieu : scientifique, journalistique, sociologique, artistique et littéraire (ou plutôt éditoriale), publicitaire, Dieu est scruté sous toutes les coutures. Pourtant on ne verra jamais son visage. Et c’est la grande force de cette bd qui révèle Dieu sans vraiment le montrer (ou serait-ce l’inverse ?). Marc-Antoine Mathieu a de plus eu l’intelligence de parler du Dieu universel, et non celui d’une religion particulière (même si l’on sent bien qu’en matière de représentation, il vient quand même de la tradition judéo-chrétienne).

Bref une bd intelligente, philosophico-mystique, truffée de paradoxes et de nonsense, faisant réfléchir tout en proposant une vision extrêmement lucide de notre société dont le matérialisme confine souvent au ridicule, une vision un brin désabusée mais franchement drôle. Mais le rire n’est-il pas la politesse du désespoir ?[2]


[1] L’intrigue se déroulant dans une société “parallèle” pourrait-on dire, que les juristes n’y cherchent aucune orthodoxie judiciaire.

 

[2] Pour rendre la dimension humoristique de cette bd, il fallait bien une chute tarte à la crème.

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24 Commentaires »

  1. Je sens que je vais laisser de côté mes gros bouquins poussiéreux, pour un petit tour au rayon bd! Merci, Gwynplaine, de cette chronique qui donne envie de lire!

    Commentaire par Philarete — 28/10/2009 @ 12:21

  2. Ça me fait penser à la blague suivante :

    "Jésus revient ! Vite ! Que tout le monde fasse semblant d’être occupé à quelque chose !"

    Commentaire par Fantômette — 28/10/2009 @ 14:50

  3. Je vous trouve un peu raide avec votre "rien de bien excitant ne s’étant produit dans les années 80", il y a quand même eu l’apparition de Daniel Goossens, je suis un grand grand fan de ce monsieur.

    Commentaire par Mussipont — 28/10/2009 @ 16:02

  4. Personnellement, ce qui m’interpelle dans cette BD, c’est le thème du retour de Dieu sur terre. Cela me renvoie évidemment à la fameuse légende du grand inquisiteur dans les Frères Karamazov et je me demande au passage s’il y a eu d’autres oeuvres traitant de ce sujet…Philarête, vous avez une idée ?

    Commentaire par laplumedaliocha — 28/10/2009 @ 16:22

  5. Wow! Publié, et premier commentaire par Philarête! Je ne vais plus toucher terre pendant quelques jours moi :)

    @ Mussipont :

    Alors oui, bon, c’est sûr, avec ce genre d’affirmation péremptoire j’imaginais bien que j’allais me faire tacler, et c’est justice. Mais dans les années 80, j’en étais encore à lire mes Tuniques bleues en pyjama rayé (orange et blanc), alors forcément, je fais des confusions de dates. J’ai découvert Fluide au milieu-fin des 90′s, et Goossens avec (un grand monsieur de la bd d’humour, mais je n’ai jms réussi à entrer dans son univers), c’est pourquoi d’instinct je l’aurais associé aux 90′s. Toutes mes confuses. (De la difficulté d’assumer son étiquette de spécialiste ;) )

    Ce que je voulais dire d’ailleurs, ce n’est pas qu’il n’y avais rien de bien dans les 80′s, mais qu’en termes de mouvements, tendances, vu d’aujourd’hui, rien ne se démarque vraiment. Mais les 80′s c’est aussi les premiers albums d’Edika.

    C’est comme aujourd’hui (les années 2000 je veux dire), tout le renouveau en bd vient des 90′s, et continue ajdh, mais les maisons d’édition novatrice (associatives pour la plupart – l’Association, Les Requins Marteaux, Cornélius…) ont toutes été créées il y qq années déjà.

    Ma vision de l’évolution historique de la bd en France est un renouvellement par tranche de vingt ans (en gros et à la serpe) : 50′s, apparition de Pilote, ainsi que des premiers comics qui filent une bonne claque en terme de mise en scène de l’action jusque-là dévolue aux Tintins, Spirou et consorts, et ça fait un peu valser le dessin – SHEBAM! POW! BLOP! WIZZ! – , années 70 telles que décrites dans le billet, années 90 avec l’apparition des dites maisons d’édition associatives, la vogue (devenue parfois posture) de l’autobiographie en bd et de tout un tas d’autres genres que la bd ne s’interdit plus d’aborder. Aujourd’hui, des bonnes choses paraissent, mais rien de vraiment nouveau. Attendons de voir ce que va donner l’évolution des blogs bd et l’utilisation d’internet.

    Commentaire par gwynplaine — 28/10/2009 @ 17:31

  6. Une BD de plus à lire, sur un thème que j’aime bien en plus, merci du conseil.

    Sinon dans la même thématique, il y a aussi une trilogie de James Morrow sur la mort de Dieu qui reprend aussi l’idée du procès fait à Dieu. Et sur le pourquoi du mal, et les conséquences de la mort de Dieu. J’avais beaucoup aimé, et ça reprenait un thème que j’aime : le libre-arbitre.

    D’ailleurs dans ce roman Dieu "reviens" aussi, enfin son "corps" mort pour être précis, ce qui pose quelque problèmes technique diverse, d’où le titre du roman : "En remorquant Jéhovah".

    Commentaire par Aeterna — 28/10/2009 @ 19:52

  7. Le retour de Dieu sur terre ou l’incroyable perversion : l’inversion radicale des valeurs évangéliques soit le message de liberté du Christ rejeté par l’Eglise, au nom de la faiblesse humaine, afin d’asseoir son pouvoir.

    Ce n’est donc pas Dieu qui doit être traduit en justice !

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 28/10/2009 @ 21:52

  8. Conseillé. Acheté ce jour avec un poil de réticence (pas fan de BD depuis Gotlib). Lu. Bluffé.

    C’est drôle, subtil, instruit, bourré en sus de références physiques imaginables (la frange d’Arlette Chabot, la silhouette d’Albert Jacquard…), de personnages exquis (Jules Radier, agent de surface et penseur) et donne vraiement à réfléchir, au point même de pouvoir entrer en résonance avec le grave sujet du dernier billet de Koz.

    Merci Gwynplaine.

    Dans votre stock, z’en avez d’autres, dont la barre est aussi haut placée ?

    Commentaire par Goloubchik — 28/10/2009 @ 22:17

  9. @ Goloubchik :

    Pas fan de bd depuis Gotlib, c’est-à-dire que depuis Gotlib vous n’avez plus trouvez quelqu’un qui vous emballe ou bien que vous n’êtes pas fan de bd à cause de Gotlib ?

    Sinon, votre question est difficile. Si celle-là vous a plu, essayez la série des Julius Corentin Acquefacque, du même auteur, également chez Delcourt. Toujours du même, chez Futuropolis, coédité par le musée du Louvre (et dont le but est de "mettre en scène" les collection du musée), Les sous-sol du Révolu. Egalement dans cette collection du Louvre/Futuropolis Période Glaciaire de Nicolas de Crécy. Il existe un troisième dans cette collection Louvre, Aux heures impaires, d’Eric Liberge, que personnellement j’ai moins aimé (graphiquement surtout, mais c’est avant tout une histoire de goût).

    Toujours avec selon moi le même niveau d’exigence, dans des styles graphiques et narratifs très différents :
    - Les Pilules bleues de Frédéric Peeters chez Atrabile (sur le thème du sida, magnifique histoire),
    - Le Combat ordinaire (4 tomes, série achevée) de Manu Larcenet chez Dargaud,
    - Le Chat du rabbin (5 tome, série en cour, chaque tome est une histoire complète) de Joann Sfar chez Dargaud.

    Mais attention, toutes sont bien différentes de M.-A. Mathieu.

    Commentaire par gwynplaine — 29/10/2009 @ 00:09

  10. @ gwynplaine : en fait je dois vous avouer que suis assez peu amateur de BD, j’ai simplement été accroc à Fluide Glacial de 1985 (n°111 avec couverture de Gotlib représentant Chantal Goya) à 2000 environ, et depuis je ne suis plus guère ce qui se fait en BD…

    Pour Daniel Goossens, c’est vrai que c’est un auteur très particulier qui ne peut que susciter une adhésion complète ou bien un rejet. Il a un univers tellement personnel qu’il faut, je crois, une tournure d’esprit un peu particulière pour rentrer dans ses délires, c’est ce que j’appelle le spécialiste de la "parodie éloignée", du décalage subtil.

    Toutes les jeunes mamans devraient avoir lu les 3 tomes de l’encyclopédie des bébés! ;-)

    Commentaire par Mussipont — 29/10/2009 @ 08:36

  11. Dieu est de retour sur terre aussi dans une comédie: "L’affaire Le Pire".
    Exclusif: c’est une femme et Elle n’est pas contente.

    Commentaire par Fleuryval — 29/10/2009 @ 09:30

  12. @ gwynplaine:

    Gasp! Funeste formulation elliptique de ma part susceptible d’initier un contre-sens dans la compréhension du propos: surtout pas à cause de Gotlib, dont j’apprécie grandement l’humour décalé.

    Et pas fan de BD pour différentes raisons, dont certaines probablement mauvaises (ce dont j’ai la preuve ontologique avec "Dieu en personne") :-)

    Pour la faire brève, je trouve que les histoires contées en BD sont souvent de qualité moyenne et que la représentation graphique des personnages prémâche trop le travail d’imaginaire du lecteur.

    Mais bon, vous m’avez donné envie de reconsidérer cette appréciation et je note scrupuleusement les autres ouvrages que vous recommandez.

    Commentaire par Goloubchik — 29/10/2009 @ 11:00

  13. @ Mussipont :

    Les histoires de L’encyclopédie des bébés sont celles que j’ai préférées dans Fluide.

    @ Goloubchik :

    Ah tiens, vous me faites pensez à Là où vont nos pères, de Shaun Ta (Dargaud, coll. Long courrier), une histoire muette de déracinement, qui étant muette fait travailler à plein l’imaginaire uniquement grâce au dessin. Pourtant l’histoire n’en est pas moins lisible.

    @ Mussipont et Goloubchik : au rayon humour décalé (et subtil), je vous recommande très très chaudement De Gaulle à la plage de Jean-Yves Ferri (Dargaud, coll. poisson pilote), ce qui est paru de mieux en la matière dans les cinq dernières années. L’humour est un des genres les plus difficile qui soit, et Ferri en est l’un des maîtres actuels (cf. également ses Fables autonomes chez Fluide).

    Commentaire par gwynplaine — 29/10/2009 @ 12:42

  14. De Marc Antoine Mathieu, il y avait une BD qui m’avais plus marqué que les autres, c’est Mémoire Morte. Je ne sais pas si c’est parce que c’est la seule que je n’ai lu qu’une fois que j’en ai gardé ce souvenir un peu mystérieux, mais en tout cas, dans mon souvenir, elle est drôlement bien. Un peu plus mélancolique que les autres, aussi.

    Commentaire par Jack — 29/10/2009 @ 13:14

  15. @Goloubchik "Pour la faire brève, je trouve que les histoires contées en BD sont souvent de qualité moyenne et que la représentation graphique des personnages prémâche trop le travail d’imaginaire du lecteur."

    Je confirme les suggestions de gwynplaine, "le chat du rabin" et "le combat ordinaire" sont des BD renversantes (mais très différentes de "Dieu en personne")

    Vous devriez essayer du Corto Maltese d’Hugo Pratt, ce n’est pas un classique pour rien, très onirique. La narration et le sens de la composition de monsieur Pratt feront très fortement travailler votre imaginaire.
    Il y en a beaucoup d’autres qui vous enchanteraient, je ne peux tout citer de mémoire, mais si vous avez le temps, arrêtez vous sur "Là où vont nos pères" de Shaun Tan chez Dargaud. Sans aucun texte, c’est une BD très forte qui m’a bouleversé.

    @gwynplaine dans votre chronologie des révolutions de la BD vous oubliez l’apport du manga aux BD franco-belges. Après la claque des comics, il y a eu (voire, il y a) la claque du manga (Akira et Dragon Ball en tête, ne sous-estimons pas les classiques). Heureusement que la BD classique ne vit pas en vase clos.

    Commentaire par W. — 29/10/2009 @ 21:54

  16. @ W.:

    OK, noté.

    Hum…Aliocha très occupée…Une expo à Paris consacrée aux Titien, Tintoret et à Veronese…Deux amateurs éclairés de BD sur les lieux du blog, momentanément constitutifs d’une inattendue et intéressante succursale du Salon d’Angoulême… J’en profite pour poser une question tenant à la pure analyse graphique comparative: au regard de sa représentation d’Aliocha en date du 1er avril dernier, est-il possible de considérer que Xav est le fils spirituel de Manara?

    Commentaire par Goloubchik — 30/10/2009 @ 02:42

  17. @ W. :

    C’est vrai pour le manga (dont j’ai appris qu’on devrait dire la manga), mais je suis bien trop ignorant en la matière pour pouvoir en parler comme il faut. Mais j’aurais quand même dû évoquer son influence indéniable sur le franco-belge, témoin Spirou qui s’en va manier le sabre au Japon par exemple. Par contre je serai bien en peine de dater le commencement de cette influence. Les 90′s ? Les Années 2000 ? Avant ?

    Commentaire par gwynplaine — 30/10/2009 @ 08:59

  18. @gwynplaine La manga, je note merci.
    Sans être un spécialiste je daterais l’arrivée de la manga dans notre petit univers à Akira au début des années 90. Les influences se faisant sentir ensuite pendant les années 2000 et encore actuellement.

    @Goloubchik Le dessin de Xav est effectivement digne des planches les plus osées de Manara. Il manque le sigle NSFW au début du billet.

    Commentaire par W. — 01/11/2009 @ 17:32

  19. @ Aliocha :

    Suite au commentaire de W., j’ai fait une petite recherche sur le sigle NSFW dont je ne connaissais pas la signification, et qui me rappelait vaguement qq chose. Ca veut dire "not safe for work" (si vous l’ignoriez), pour des sites dont la consultation serait hasardeuse sur un lieu de travail… Du coup j’ai respiré, je peux donc consulter miss SFW où bon me semble.

    Commentaire par gwynplaine — 03/11/2009 @ 16:22

  20. gwynplaine > j’ai bien peur que l’acronyme n’ait d’autres significations dont l’une m’a bien davantage inspirée.

    Commentaire par misssfw — 27/11/2009 @ 19:43

  21. @ misssfw : Damned. Parce que votre nom m’intrigue. Il va encore falloir que je me creuse la cafetière.

    Commentaire par Gwynplaine — 27/11/2009 @ 22:13

  22. @ misssfw : ça a à voir avec Science Fiction Weekly ?

    Commentaire par Gwynplaine — 29/11/2009 @ 16:09

  23. [...] ce départ en fanfare, un billet mensuel nous était encore annoncé : l’on tint bon jusqu’en octobre et puis  pouf… la chute, le rythme s’effondra dramatiquement en d’épisodiques billets à la [...]

    Ping par L’hommage de la BD à la littérature « La Plume d'Aliocha — 31/07/2010 @ 08:55

  24. [...] par le passé quelques billets (ici, là, et puis là ou encore ici, sans oublier celui-ci et le tout premier de la série)  principalement sur la bande dessinée, et contribué par là à l’animation du salon [...]

    Ping par La bande dessinée du réel | La Plume d'Aliocha — 02/04/2013 @ 13:30


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