La Plume d'Aliocha

14 mai 09

Joyeux marketing !

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 17:08

Allons, je ne me prive pas du plaisir de vous annoncer cette joyeuse nouvelle. Orange a sélectionné 5 blogueurs pour tester en live sa belle clef 3G. Quelle fête. Un blog va être créé par Orange pour permettre à ces blogueurs de bloguer en live avec leur belle clef 3G. Et les blogueurs sont contents car, soulignent-ils, cela va “donner vie au produit” (quel bol) tout en respectant l’univers des blogueurs (quelle joie) et en utilisant leur influence de leaders d’opinion (si, si!). L’histoire ne dit pas s’ils seront payés. Il faut croire que non. Vous me direz, participer à une action marketing organisée par un grand opérateur, c’est déjà un tel honneur, que demander de plus ? Tout ceci me rappelle la tactique d’une boisson énergisante américaine qui paie (elle) des étudiants pour consommer et surtout vanter les mérites de la boisson auprès de leurs petits camarades.

C’est cela, sans doute, le journalisme citoyen. Voyez-vous, bientôt il n’y aura plus de journalistes, ces imbéciles que tout le monde déteste parce qu’ils critiquent tout le temps, il n’y aura plus que de gentils blogueurs testant en live des produits, tout contents d’avoir été sélectionnés par une marque en raison de leur influence, ah le beau nouveau monde que voilà  !

13 mai 09

News en vrac

Classé dans : Brèves — laplumedaliocha @ 15:55

Le rapport annuel de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse dans le monde est sorti. La France se classe au 35ème rang sur 173. Pas de quoi pavoiser. RSF note à ce sujet :

“Tensions entre la presse et les autorités de la République, pressions accrues sur les journalistes afin qu’ils révèlent leurs sources, réforme de l’audiovisuel public : la situation de la liberté de la presse en France se dégrade depuis quelques années”.

C’est ici.

Par ailleurs, David de Revue d’actu vient de m’alerter sur le fait que c’est une journaliste de XXI, Sophie Bouillon, qui décroche cette année le prestigieux prix Albert Londres. Chapeau ! 

Fantasme de kiosquier

Classé dans : Brèves — laplumedaliocha @ 15:41

Je viens de découvrir en lisant le Monde d’hier (oui j’ai du retard, je sais) que notre ministère de la Justice, grâce lui soit rendue, dépensait annuellement 159 252 euros pour l’achat de journaux soit, tenez vous bien, 436 euros par jour (chiffres portant sur l’exercice 2007). Allons, je vous entends penser “c’est Rachida Dati qui achète tous les jours la presse pour voir ce qu’on dit d’elle, plus les titres féminins pour suivre la mode, quelques magazines de déco, un peu de voyages et hop, c’est bouclé”. Je vous accorde que la presse papier est un tantinet plus chère que le web (et pour cause), mais quand même…le kiosquier le plus fou n’oserait rêver d’une pareille cliente ! Ce d’autant plus que cette somme ne comprend pas l’abonnement à l’AFP, ni la veille presse (489 015 euros), ni l’abonnement aux “bases de données de l’information” . Entre nous, la presse juridique est très onéreuse, ceci explique donc peut-être cela (à moins qu’elle ne soit déjà incluse dans l’intitulé “bases de données de l’information”). Toujours est-il que je rends hommage à l’intérêt que porte notre garde des Sceaux à notre humble métier.

Si vous voulez en savoir plus, la réponse de la Chancellerie aux questions indiscrètes du député René Dosière sur ses dépenses est ici. Vous y découvrirez la taille de l’appartement de fonction de la ministre, ses frais de communication etc. Un régal pour les curieux, un grand pas pour la démocratie. René Dosière a procédé à l’exercice pour une vingtaine de ministères et secrétariats d’Etat.

12 mai 09

De bien querelleuses ministres !

Classé dans : détente — laplumedaliocha @ 20:47

Et moi qui avais décidé de prendre mes distances avec Internet aujourd’hui, estimant que le monde réel était finalement bien plus intéressant et surtout plus tranquille. Voici que les ridicules querelles qui me lassent sur le web s’invitent dans le champ politique. Mais où faut-il donc se réfugier grands dieux pour échapper à toute cette agressivité verbale ?

Bref, à 17h49  je reçois un message de la Chancellerie ainsi libellé :

“L’arrogance d’Elisabeth Guigou est révélatrice de l’attitude hautaine de certains socialistes vis-à-vis des souffrances de nos concitoyens dans leur vie quotidienne.

 Je renvoie les Français au bilan d’Elisabeth Guigou en tant que Garde des Sceaux : un taux record de délinquance +17%; des taux records de suicide en détention (125 suicides en 1999), et de mineurs incarcérés (975 en juillet 1999 contre 698 en avril 2009), un taux inacceptable de détention provisoire (40% des personnes en prison en 1998 contre 26% aujourd’hui), le taux record de fermetures de places de prison sans nouvelles ouvertures (497 places fermées contre près de 9 000 places créées entre mai 2007 et 2009).

 Je laisse le soin aux Français de juger de la grandeur d’Elisabeth Guigou en tant que ministre de la justice”.

Il faut vous dire, pour que vous mesuriez bien l’intérêt de la chose, que c’est la première fois que je reçois de la Chancellerie ou d’un autre ministère, pareil communiqué. La première fois en 13 ans. J’ai vu beaucoup de choses dans ce métier, mais ça, c’est franchement neuf. Et pour cause. Habituellement, les communiqués de presse sont rédigés dans une langue de bois à périr d’ennui. Je soupire, ferme ce document certes amusant, mais sans intérêt, et me replonge dans mes chers marchés financiers (mode ironique). Et puis tombe un deuxième communiqué à 19h11 intitulé : “suite”. Il contient simplement cette phrase, signée de la ministre :

“Compte tenu de l’intelligence de Mme Guigou, celle-ci devrait déroger au principe archaïque selon lequel tout prédécesseur mésestime ses successeurs”. 

Là, je me dis qu’il est temps d’aller rendre visite à mes confrères pour comprendre ce qui a déclenché pareille ire à rebondissements, tout en me félicitant au passage que nous ayons échappé à “successerisse” et “prédécesserisse”. Qui sait ce que Ségolène…oui, enfin passons.

Et je trouve ceci, rapporté par l’AFP :

“L’ancienne Garde des sceaux socialiste Elisabeth Guigou a estimé mardi Rachida Dati avait “gâché toutes ses chances” au ministère de la Justice, par “désinvolture”, “autoritarisme” et “incompétence”.

“J’avais beaucoup de sympathie et d’estime pour elle, c’est fini”, a déclaré Mme Guigou, interrogée par Europe 1 sur le bilan de la ministre de la justice, numéro deux de la liste UMP en Ile-de-France aux européennes.

“C’est quelqu’un qui, malheureusement, a gâché toutes ses chances, qui étaient grandes au départ. Par désinvolture, par autoritarisme mal placé, par incompétence aussi”, a ajouté Mme Guigou. “Elle n’a pas assez travaillé. Elle n’est plus à son ministère, ou quasiment plus”.”

Tout s’explique…

 

Mise à jour du 13 mai à 9h08 : en réalité, le conflit est plus large et plus profond que cette petite passe d’armes. Voir sur Rue89 un article de Marylise Lebranchu qui a succédé à Guigou à la Chancellerie et le communiqué de Rachida Dati qui a suscité la colère.

Mise à jour 17h13 : Je viens de lire sur le site du Post (que je remercie au passage d’avoir cité ce blog parmi ses sources) que la ministre aurait “arrosé” les boites mail des journalistes avec ces deux communiqués, ce qui est présenté comme une circonstance aggravante. Rendons-lui justice sur ce point (c’est le cas de le dire), les communiqués de presse sont envoyés automatiquement aux journalistes inscrits sur la liste de diffusion. Ces deux communiqués ont suivi un trajet parfaitement classique et n’ont pas fait l’objet d’un traitement particulier. C’est leur contenu qui est inédit, rien de plus.

11 mai 09

Une erreur pas si anecdotique que ça

Classé dans : Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 09:46

Le Figaro se serait-il spécialisé dans la photographie frelatée ? C’est ce qu’ont cru quelques blogueurs et un site de presse jusqu’à ce que l’affaire soit éclairicie. Tout commence avec le site le Mague qui attire l’attention sur une photo publiée sur le site du journal de Dassault et qui montre le couple présidentiel enlacé. La photo originale est . Vous observerez qu’apparemment Carla Bruni-Sarkozy a quatre bras. Le Figaro ayant déjà effacé une bague du doigt de Rachida Dati, on se dit que cette fois il a fait fort en voulant simuler une scène de tendresse et en oubliant au passage d’effacer les bras réels. Il faut dire que le cliché en effet est troublant, mais le journal précise que la photo a été prise au téléobjectif ce qui écrase les perspectives et crée une confusion avec la femme qui se trouve derrière le couple. Le Figaro a-t-il ajouté l’explication plus tard ? C’est possible.

Toujours est-il que le 4 mai, Le Mague publie un long article pour dénoncer ce qu’il présente comme une manipulation. Puis c’est au tour du blogueur Slovar le 8 mai d’en faire un billet qui renvoie au site le Mague avant que l’information soit finalement reprise  par Marianne2 le lendemain. Il est intéressant de noter que les lecteurs dans les commentaires corrigent eux-même l’erreur et ne suivent donc pas les auteurs des articles. Par ailleurs, Marianne2 a très vite rectifié l’information, ce qui n’est le cas ni du Mague ni de Slovar. Mais me direz-vous, il suffit d’ouvrir l’espace des commentaires pour lire les mises au point des internautes. En effet, mais admettons que certains lecteurs ne le fassent pas ?

Allons, l’erreur est humaine et je ne jetterai la pierre ni à Slovar que je connais un peu et qui est un bon blogueur, ni à Marianne dont vous savez tout le bien que je pense. En revanche, je trouve cette petite affaire assez emblématique de l’état d’esprit qui règne sur Internet et de ses dangers. Prenez un journal dont la ligne éditoriale déplaît en raison de son manque d’esprit critique à l’égard de la majorité, ajoutez-y le Président toujours soupçonné de vouloir manipuler le public, mélangez le tout via une photo étrange et vous avez tous les ingrédients pour déclencher la critique. Une critique qui se fonde non pas sur des faits vérifiés mais sur des préjugés et qui va ensuite se répandre comme une tache d’huile. C’est tout le danger de l’opinion lorsqu’elle prend le pas sur la réalité. Ici les préjugés étaient si forts que personne ne s’est dit que c’était quand même un peu gros et que le photographe devait avoir consommé de drôles de substances pour ajouter des faux bras en oubliant d’effacer les vrais. Sans compter le journaliste qui a sélectionné la photo et a décidé de la mettre en ligne.

La question est : combien d’autres “informations” comme celles-là circulent sans être corrigées parce que la solution n’est pas sur Internet ou pire, parce qu’elles répondent à une stratégie d’intoxication délibérée ?

Le Mague se définit comme non-journalistique et subjectif. Dont acte. On en voit les limites. Slovar a relayé l’information un peu vite, mais il n’est pas journaliste. Et Marianne2 me direz-vous, ce sont bien des journalistes, alors ? En effet, ils se sont fait embarquer par leurs camarades, le site avouant lui-même que c’est Slovar qui a attiré son attention sur l’information. Marianne2 aurait dû vérifier, je vous l’accorde.  Certains en déduiront sans doute qu’on n’a finalement pas besoin de journalistes puisqu’ils ne font pas mieux que les blogueurs. Permettez-moi d’en tirer la conclusion inverse. Les sites de presse tentent de faire leur place sur la toile, avec de petits budgets, une visibilité sur leur avenir très réduite (tout le monde sait qu’il faut y être mais personne n’a l’assurance que cela puisse être rentable), et la volonté de se fondre dans cette nouvelle culture au point parfois d’en oublier leurs réflexes professionnels de recherche de la vérité. C’est tout le danger des théories excentriques qui circulent sur la fin de la presse et l’émergence d’un journalisme citoyen. Les professionnels de la presse eux-mêmes s’y laissent prendre avec une bienveillance vis à vis du web qui est toute à leur honneur mais ne devrait pas les mener à sous estimer ce qu’ils peuvent et doivent apporter en tant que professionnels de l’information : vérifier en pratique les informations qui circulent sur Internet, confronter les opinions aux faits, bref, faire un travail qui ne consiste plus uniquement à livrer l’information mais à la vérifier pour la confirmer ou l’infirmer. Ce n’est au fond que le prolongement de ce que nous faisons déjà depuis que la communication a envahit notre société. Il me semble que le rapport direct qui s’établit entre le public et l’information n’est pas le signe de la fin du journalisme, mais de son évolution vers une mission renforcée de tri, de hiérarchisation, de vérification de ce qui est communiqué et de recherche de tout ce qui est tu. Le chantier est immense.

8 mai 09

Des citations et des interviews

Classé dans : Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 10:38

Depuis l’ouverture de ce blog, nombreux sont ceux qui m’ont interrogée sur les citations et les interviews. J’ai répondu au coup par coup mais il ne me semble pas inutile aujourd’hui de consacrer un billet à ce sujet qui, semble-t-il, comporte bien des interrogations et presque autant de sources de critique à l’encontre des journalistes. Je m’en tiendrai ici à la presse professionnelle et à la presse économique, ce sont les seules que je connaisse intimement. 

Prenons donc les choses du début. Pour écrire nos articles, qu’il s’agisse d’une actualité traitée à chaud ou d’une enquête au long cours, nous avons besoin d’interroger les gens qui savent, autrement dit les acteurs d’une situation, mais aussi des experts susceptibles d’apporter des analyses et des éclaircissements techniques.  Nous procédons en conséquence à ce qu’on appelle des interviews, c’est-à-dire des entretiens physiques, par téléphone ou plus rarement par écrit. A ce stade, nous sommes confrontés à plusieurs profils.

- Les gens qui n’ont pas l’habitude de la presse et sont impressionnés voire craintifs. Je glisse ici un message à mes jeunes confrères. Votre premier devoir est de rassurer ces personnes, de les mettre en confiance et ensuite bien sûr de ne pas trahir cette confiance. Ce qui n’est pour nous qu’un article  bientôt chassé par un autre est pour eux quelque chose de très important. Si nous avons l’habitude de voir notre nom dans le journal, eux pas, ne l’oubliez jamais.

- La deuxième catégorie de personnes est celle des “amoureux” des médias. Ils connaissent et apprécient l’exercice. Ce sont les interviewés les plus agréables pour nous, ils répondent avec facilité, savent ce qu’on attend d’eux et ne font pas d’histoires. Le seul risque que nous courrons est de recueillir des propos un peu superficiels, la phrase standard qui correspond à nos attentes mais n’apporte guère de valeur ajoutée. Généralement, il faut les pousser un peu ceux-là pour les forcer à s’extraire d’automatismes qui finissent par caricaturer l’exercice de l’interview. Et ne pas en abuser non plus. On nous reproche en effet avec raison de toujours interviewer les mêmes personnes autrement dit de céder à la facilité, de raconter la même chose que les confrères et surtout de manquer des gens tout aussi intelligents voire plus, mais moins rompus à l’exercice médiatique. Or, il m’a toujours semblé que nous devions être des découvreurs.

- Il y a une troisième catégorie, ce sont les interlocuteurs briefés à l’exercice, généralement parce qu’ils ont le statut d’interlocuteurs officiels, mais qui ne l’aiment guère.  Ceux-là ont tendance soit à se réfugier derrière une atroce langue de bois, soit à s’exprimer au compte-goutte et à contrecoeur, soit encore à parler facilement puis à pinailler à l’infini sur la retranscription de leurs propos voire à devenir franchement autoritaires et agressifs. 

- La quatrième catégorie est celle des “malins”. Ils entendent moins répondre à vos questions que placer leur vérité, souvent sur un mode de séduction et de complicité. Méfiez-vous jeunes confrères, sachez rester fermes et reposez votre question jusqu’à ce qu’elle obtienne une réponse. Souvent on vous servira autre chose pour vous divertir et faire dévier la conversation, revenez au sujet, inlassablement. 

- La cinquième catégorie est celle des forts en gueule. Ceux-là entament directement sur un mode provocateur, parfois complice, parfois arrogant. C’est le moment de vous adapter. Rentrez-leur dedans, avec humour. Ils vont se révolter, crier plus fort que vous, se sentir agressés, ne vous inquiétez pas, ce n’est qu’un jeu. J’ai souvenir d’une conférence de presse avec un grand financier que tous mes confrères écoutaient craintivement et qui par conséquent dominait son auditoire, en racontant au passage n’importe quoi. Je l’ai pris frontalement, il a hurlé au scandale, s’est défendu, justifié. Puis à la fin de la conférence, il est venu me voir, m’a donné une poignée de main à m’arracher le bras en me disant : “qu’est-ce que je me suis amusé avec vous, c’est tellement ennuyeux habituellement les conférences de presse”. En effet, c’est souvent ennuyeux alors profitez de ces amoureux de la castagne pour vous amuser, tout le monde y trouvera son compte !

- et enfin, il y a la pire, celle qui me fait horreur : les condescendants. C’est souvent le fait des hauts fonctionnaires, des grands patrons et de certains politiques. Ceux-là méprisent tout le monde et en particulier les journalistes. En one-t-o-one, soyez professionnels, glacés et imperturbables, suivez la ligne de votre interview et surtout si vous êtes impressionnés ou déstabilisés, ne le montrez pas. En conférence de presse, ils ont la fâcheuse habitude lorsqu’une question les dérange, de tourner l’auteur en ridicule par des coups bas franchement humiliants et une certaine capacité à attirer les rires complices. Si cette description vous fait penser à quelqu’un de haut placé dans l’Etat, c’est en effet notamment à lui que je songe ici. Je n’ai qu’un rêve contre ceux-là, c’est de voir un jour tous les journalistes quitter la salle en signe de protestation. 

Mais revenons à notre sujet. Une fois que nous avons recueilli cette matière première, nous rédigeons l’article. Il prendra soit la forme d’une interview, on le précise généralement avant l’entretien, autrement dit une retranscription plus ou moins longue de l’entretien ou de ses points clefs, soit la forme de citations, c’est-à-dire de courtes phrases illustrant une idée, un aspect du sujet etc. Dans ce-dernier cas, le plus souvent, plusieurs personnes seront citées. 

Dans la presse pour laquelle je travaille, nous faisons relire les citations et les interviews avant parution. A condition que les propos n’aient pas été tenus en public mais lors d’une interview en one-to-one. 

Certains d’entre vous sont très critiques sur la déformation des propos dont nous nous rendrions coupables. Plusieurs précisions à ce sujet. D’abord, il arrive parfois qu’une personne qui s’est exprimée auprès d’un journaliste en toute connaissance de cause se repente à la parution de l’article parce qu’elle a reçu des critiques auxquelles elle ne s’attendait pas. Quoiqu’on en dise, la force de l’écrit dans un article de presse est importante, l’idée une fois imprimée prend valeur de parole officielle et publique. Il m’est ainsi arrivé incidemment d’apprendre qu’une personne qui avait validé par mail et de façon très claire une citation un peu sulfureuse s’était ensuite défendue en prétendant que je n’avais pas compris. Dans ce cas précis, je soupçonne que la manoeuvre était préméditée. Eh oui, il y a des petits malins ! Peu importe, la déclaration était importante pour moi et en cas de problème j’avais la preuve écrite de l’accord de son auteur. Ensuite, il y a les gens qui ont du mal à comprendre lorsqu’ils ont passé une heure avec un journaliste qu’il n’en ressorte qu’une phrase. Amis jeunes journalistes, les personnes qui parlent à la presse y ont le plus souvent intérêt. Mais n’oubliez pas qu’elles vous donnent de leur temps et surtout que vous maniez un outil dangereux. Une phrase maladroite peut leur causer inutilement préjudice. Alors soyez attentifs à ne pas nuire. C’est à la fois une question de respect de l’autre et aussi un investissement sur l’avenir. La confiance qu’il suscite est la garantie pour un journaliste d’une relation durable et fructueuse avec ses sources. Celui qui vous donne aujourd’hui un renseignement anodin, songera à vous demain en cas de scoop si vous avez été loyal avec lui et qu’il se sent en confiance. 

Voyons maintenant de plus près la question de la relecture. On nous critique souvent nous les journalistes, mais sachez que nous en avons autant après les personnes qu’on interviewe même si on ne le dit pas. Le nombre d’ennuis que nous causent les relectures est incommensurable.

Interviewés, apprenez à comprendre nos contraintes

D’abord, nous qui sommes des esclaves de l’urgence, nous devons compter avec le temps de la relecture, les agendas surchargés de nos interlocuteurs, et leur sentiment que nous sommes la dernière de leurs urgences, à supposer même que nous en soyons une. Par conséquent notre premier problème est de faire comprendre que nos délais de bouclages sont non négociables, il n’y a pas de renvoi dans notre métier, l’article qui est pour demain n’est pas pour le jour suivant et si on boucle à 18 heures, ce n’est pas à 23 heures. Beaucoup de gens travaillent en effet après nous pour mettre l’article en maquette, le relire, vérifier l’orthographe et la grammaire, l’illustrer, faire une ultime relecture d’ensemble avant de l’envoyer à l’imprimerie.

Ensuite, notre deuxième contrainte est celle du format. Si la citation compte 200 signes, ce n’est pas 500. Or, bien souvent on nous renvoie des propos allongés, leur auteur essayant désespérément de faire entrer en trois phrases une heure d’entretien. Indépendamment du problème de place, il se trouve que souvent la nouvelle idée casée à la relecture est soit hors sujet, soit développée à un autre endroit de l’article par le journaliste ou un expert.

Autre contrainte difficile à faire comprendre, nous ne pouvons pas jargonner. La règle pour un journaliste consiste à pouvoir être compris par un non-spécialiste, y compris dans la presse économique. Le patron d’une entreprise industrielle doit pouvoir comprendre l’information bancaire, l’avocat d’affaires saisir une nouveauté en matière de comptabilité internationale, l’économiste mesurer l’intérêt d’une réforme juridique et ainsi de suite. Les juristes sont particulièrement sensibles sur ce sujet, j’en profite pour leur rappeler qu’un article de presse n’est ni un contrat ni une assignation et que s’exprimer en langage courant ne les mettra pas en risque, pas plus que ça ne les fera passer pour des imbéciles. 

On nous demande de plus en plus de relire l’intégralité de l’article avant parution. C’est impossible pour une question d’indépendance. Si l’on concède que l’interviewé peut avoir  le droit de vérifier les propos qu’on lui attribue, en revanche, notre propre texte nous appartient. Il est donc hors de question que quelqu’un vienne y mettre son grain de sel et, au passage, imposer sa propre vision du sujet. L’objectivité que le métier nous impose est à ce prix. 

Deux ou trois tuyaux

Pour finir, quelques conseils aux interviewés potentiels. Si vous ne vous sentez pas prêt à parler à un journaliste, si vous avez peur, ce qui est compréhensible, ou si vous n’êtes pas la bonne personne sur un sujet, refusez gentiment. Si cela vous tente mais vous inspire en même temps des craintes, le mieux est encore de réfléchir avant l’entretien à ce que vous avez à dire. Evitez les longs raisonnements, les circonvolutions, nuances, concentrez-vous sur les idées force, (2 ou 3), synthétisez votre pensée, commencez pas dire l’essentiel même si cela vous parait d’une évidence ou d’une banalité affligeante. A vous oui, puisque vous connaissez le sujet, mais mettez vous à la place de celui qui ne le connaît pas, ou pas aussi bien que vous. Vous verrez ensuite si le journaliste a besoin d’information plus fines ou plus approfondies. Bien des déceptions naissent du fait que nos interlocuteurs se perdent dans des raisonnements complexes d’initiés et ne se sont pas mis à la portée du journaliste lequel, en revanche, sera obligé de se mettre à la portée du plus large public lorsqu’il rédigera. Il y aura donc au final une distorsion entre le discours et sa retranscription. 

Et à mes amis jeunes journalistes, je voudrais dire ceci. Une interview n’est pas faite pour vous apprendre ce que vous ignorez mais pour compléter et éclairer ce que vous savez déjà. Bossez votre dossier avant, faites-vous votre opinion, et sachez ensuite en changer si on vous convainc que vous aviez tort. Ne forcez jamais le sujet à entrer dans votre vision des choses, vous vous planterez et votre article non seulement sera incroyablement dur à rédiger, mais en plus il sera mauvais. Ensuite rassurez vos interlocuteurs. J’observe de plus en plus qu’avant toute interview, nous devons “vendre” l’exercice. Et au fond, je le comprends. Pour avoir été parfois interviewée, je vous assure que même lorsqu’on est du métier, c’est déstabilisant comme exercice.  Comme me le disait un avocat pénaliste que j’apprécie “il faut aimer son juge”. Au risque de surprendre, je dirais que le journaliste doit aimer celui qu’il interviewe, l’aimer avec distance, lucidité, esprit critique mais l’aimer. L’arrogance, l’agressivité ne mènent jamais nulle part.  Enfin, soyez dignes de la confiance qu’on vous a accordée. Nous savons vous et moi que nous faisons un métier épatant, mais en ces temps difficiles pour la presse, il reste à en convaincre ceux avec lesquels nous travaillons.

5 mai 09

En stand by

Classé dans : A propos du blog — laplumedaliocha @ 08:57

Vous avez peut-être remarqué que ce blog s’était endormi ces derniers jours. Cela risque de durer un peu. J’ai eu la folie en effet de prendre 4 jours de vacances et d’amputer ainsi d’une journée supplémentaire, un mois de mai déjà traditionnellement en grande partie chômé. Me voici donc confrontée à la même charge de travail cette semaine mais avec deux jours de moins pour l’accomplir. Eh oui, un journaliste indépendant est payé à la production, par conséquent, s’il ne travaille pas, il ne mange pas. Dès lors, pour nous le mois de mai est un cauchemar. Non seulement on ne profite pas ou peu de ces jours fériés, mais en plus on doit compter avec le fait que les autres eux seront absents, tous ceux dont nous avons besoin pour commenter l’actualité. A cela s’ajoute le fait que le rythme des bouclages est bouleversé et qu’il faut rendre les articles beaucoup plus vite.  Un hebdomadaire qui parait par exemple le lundi et boucle habituellement le vendredi soir va le faire cette semaine, comme la semaine dernière, le jeudi. Une journée, ça n’a l’air de rien, mais c’est énorme. Voilà pourquoi je risque de ne pas alimenter ce blog pendant encore quelques jours. Rien qu’aujourd’hui, j’ai un dossier à finir, ce qui suppose que je parvienne à joindre un expert avant ce soir, que je complète l’article avec ce qu’il me dira, que je lui fasse relire les citations  sachant que cet article de 3 pages doit être prêt demain.  J’ai une interview à 10h30 reportée plusieurs fois pour un autre dossier qui doit être prêt lundi prochain. Et puis une interview importante avec l’un de mes rédacteurs en chef à 14h30 laquelle devra être retranscrite avant la fin de la journée pour être ensuite validée par son auteur d’ici demain matin. Sans compter l’article hebdomadaire que je dois à un blog professionnel avant ce soir et pour lequel je n’ai pas la moindre idée du sujet que je vais traiter. Il faut aussi que je prenne les contacts qui me seront nécessaire pour un article de plusieurs pages à rendre début juin et que j’avance sur une enquête  que je me suis engagée à livrer avant la fin de ce mois, je n’en suis pas encore à la moitié. Bref, c’est infernal. Et quand on est free lance, on ne refuse jamais une mission, nous devons toujours répondre présent sous peine d’être débarqués. Allons, je ne me plains pas, j’aime ce métier. Mais entre nous, j’ai hâte que ce fichu mois de mai soit passé. 

A bientôt.

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