C’est la loi des séries, ou en tout cas, ça y ressemble. L’heure semble en effet à la protestation généralisée chez les lecteurs de la presse. Je me suis toujours demandé si la loi des séries correspondait à une réalité ou s’il ne s’agissait que de l’effet d’une attention particulière portée à un événement qui incite à en rechercher d’autres du même type. Question cruciale en matière de presse, car on nous reproche souvent de nous acharner sur certains sujets, la justice, la pédophilie, la rémunération des patrons etc.
Toujours est-il que dans le prolongement de ce billet, deux nouvelles m’intéressent ce matin, toutes deux relevées par @si. La première concerne Plantu. Celui-ci a eu le malheur de faire un dessin sur le Pape et le préservatif dans Le Monde, ce qui a déclenché un raz-de-marée de protestations chez les lecteurs. Songez donc, 500 mails par heure ! C’est ici et la chronique de la médiatrice du Monde est là. Cette affaire illustre bien une nouveauté contemporaine, la censure n’est plus le fait de l’Etat ou presque plus, elle est devenue celle de l’opinion, et plus particulièrement des intérêts ou des sensibilités catégoriels. Je suis catholique, je vous l’ai dit, pas une catholique pratiquante, c’est sûr, mais quand même, lorsqu’on a passé toute sa scolarité dans une école religieuse, ça laisse des traces. Pourtant, je n’ai pas été choquée par “La dernière tentation du Christ” qui fut à l’origine d’un cinéma brûlé à St Michel, si ma mémoire est bonne. Je n’ai pas été choquée non plus par l’affiche du film “Amen” et je ne m’explique toujours pas pourquoi l’affiche de l’excellente exposition “Controverses” est déchirée à la station de métro Courcelles. Il m’arrive de me demander si c’est le fait d’un 17ème arrondissement très catholique, ou celui des orthodoxes qui fréquentent, à quelque pas de là, la cathédrale Nevsky. Allez savoir. En tout cas c’est piquant car l’exposition aborde précisément le thème de la censure en photographie. La censure est toujours un réflexe qui m’étonne. Si quelque chose dérange, on peut détourner le regard, non ? Ou même mieux, se demander si un dessinateur de la qualité de Plantu n’a pas suffisamment démontré son intelligence de l’actualité pour lui faire la grâce de réfléchir quelques minutes avant de s’indigner et de hurler au blasphème ? C’est un débat que j’ouvre ici : par quel mécanisme se sent-on en droit d’exiger le retrait de ce qui nous choque ou la sanction de celui qui nous a choqué ? La liberté d’expression me semble bien trop précieuse pour la dénier à qui que ce soit.
La deuxième nouvelle a trait au conflit des enseignants-chercheurs. @si consacre un article très intéressant au traitement de ce sujet dans la presse. Je ne vais pas déflorer ici leur travail qui est en accès payant. En deux mots, les universitaires estiment que leur mouvement, le plus important depuis 68 disent-ils, est peu et mal relayé par la presse. Rappelons-leur tout de même que nous traversons une crise économique qui elle est la plus importante depuis 29 et qui touche tout le monde, ce qui a tendance à mobiliser les rédactions. Mais admettons qu’ils aient raison. Un article (accès payant) de Luc Cédelle journaliste du Monde a déclenché des protestations telles que celui-ci s’est fendu d’une réponse dont je vous recommande la lecture. Il y explique en substance que son métier consiste à relater les faits, pas à considérer comme justes les craintes non démontrées des enseignants-chercheurs vis à vis des intentions du gouvernement. Allez-y et vous verrez que vous retrouverez exactement les mêmes mécanismes que ceux de la querelle sur l’aide juridictionnelle : “le journaliste de connivence avec le pouvoir politique qui défend une réforme soupçonnée d’être fort mal-intentionnée au mépris de l’opinion des principaux concernés”. Je ne sais rien de ce dossier, il ne s’agit pas pour moi ici de trancher dans un sens ou dans l’autre, mais simplement de vous proposer une fois encore d’entendre les explications d’un journaliste.
Grève de la faim à Libé : l’épilogue
Il semble que le conflit entre Libération et sa salariée en grève de la faim ait enfin trouvé un dénouement. Je vous recommande à ce sujet la lecture du billet de Claude Soula. Il s’interroge sur le lourd silence qui a entouré cette affaire. Et en effet, vous pouvez vérifier sur Google en tapant “Florence Cousin”, c’est le nom de la journaliste ou bien encore “grève de la faim à Libération” vous ne trouverez que très peu d’informations. Et pour cause, le syndicat du livre terrorise la presse. Inutile d’espérer que les quotidiens fassent bloc avec Libération, ils auraient trop peur d’importer le conflit chez eux. C’est ainsi depuis des décennies. Sauf qu’en temps de crise, ce chantage perpétuel et les coûts délirants qu’il engendre ne fait plus rire personne. Reste une question : les autres quotidiens songeraient-ils que Libération est mourant et qu’il vaut mieux ne pas couler avec lui ?
Pour faire le lien avec le billet précédent, je gage que si un internaute cégétiste flâne par ici, il va trouver mes observations parfaitement détestables. Et s’il cherche un peu, il trouvera bien un endroit sur ce blog ou je déclare être de droite. Du coup, mieux vaut lui éviter cette peine inutile, voilà c’est dit. Il n’en faudra pas plus pour lui permettre d’affirmer que je suis un suppôt de Sarkozy, une affreuse capitaliste manipulant l’opinion doublée d’une sans-coeur incapable de la moindre compassion vis à vis d’une femme qui met sa vie en péril pour garder son emploi. S’il a un blog et quelque talent de plume, il rappellera les immenses progrès sociaux obtenus par son syndicat et se scandalisera que je puisse les mettre de côté pour n’évoquer qu’un “cas particulier” qu’il jugera peut-être lui-même “un peu limite” mais qui me vaudra le reproche de caricaturer l’action de la CGT pour la discréditer aux yeux du public. Poussons plus loin la thèse du complot que j’affectionne particulièrement : comme nous traversons une crise économique grave, il estimera que je critique l’action syndicale pour protéger un patronat bien décidé à licencier pour continuer à se servir des rémunérations indécentes. La thèse est osée, séduisante, mais ne reflète pas du tout mes intentions, je n’entendais que vous livrer l’épilogue de cette affaire et mettre en exergue l’un des maux dont souffre la presse. Toutefois, quand je songe au nombre de gens que je vais contrarier, pour un peu, j’écraserais une larme avant de nous saborder, moi et ce blog. Et puis non, après tout, je ne vais pas le faire. Il parait en effet que nous vivons en démocratie ce qui suppose notamment que nous avons tous le droit d’exprimer librement nos opinions.
Ah, j’oubliais, la petite phrase indispensable pour finir : ce n’est pas l’ensemble de la CGT qui est en cause ici, mais une poignée d’extrémistes. Toujours dans la lignée de la discussion d’hier, vous voyez, c’est ce genre de petite formule qui nous permet d’échapper à des déluges de protestations. Sauf que, comme l’observe Claude Soula, “la CGT pourrait aussi faire le ménage chez elle …”.