La Plume d'Aliocha

21 octobre 08

Un peu d’oxygène

Classé dans : Dessins de presse — laplumedaliocha @ 15:30

Bon, mon dessinateur favori vient de m’appeler pour me dire qu’on ne pouvait pas décemment infliger la lecture d’un article de 12 567 signes à des Internautes, que c’était parfaitement inadmissible, contre nature, répulsif, que j’allais être condamnée à l’errance et à la solitude, inscrite sur la liste noire des blogueurs souffrant d’incontinence verbale, vouée aux gémonies. Il n’a pas tort. C’est ce que je me suis dit en découvrant le blog d’Eolas. “Mon Dieu, cet avocat est fou, il écrit trop long, personne ne peut suivre, l’internaute est trop nerveux, impatient, zappeur !”. Et pourtant ses lecteurs suivent….C’est dire qu’il faut toujours résister aux modes et aux préjugés, tout en se gardant de sombrer dans l’arrogance. Difficile exercice. J’admets que j’ai été trop longue et je vous offre ce dessin pour une détente bien méritée. 

 

Qui a tué la liberté d’expression ?

Classé dans : Débats — laplumedaliocha @ 10:00

Décidément, Philippe Bilger m’inspire en ce moment. Et c’est tant mieux. J’aime les débats. Dans un billet consacré à un épisode de la joyeuse vie de Michel Drucker sur Europe 1, le magistrat lance cette prédiction : “Bientôt, nous n’aurons plus l’ombre d’une possibilité d’écrire ou de parler librement parce qu’il n’est personne, aucune corporation, aucun groupe, aucune croyance, qui ne se sentira pas offensé. La censure ne nous laissera que de misérables restes”. Bientôt dites vous ? Mais je crains malheureusement que nous n’y soyons déjà, et depuis un bout de temps même. Sinon, pourquoi tant de gens éprouveraient-ils le besoin d’ouvrir des blogs, d’autres d’y commenter, trouvant ainsi un exutoire à ce que visiblement ils ne peuvent pas, ou plus, exprimer ni dans les dîners en ville, ni dans les bistrots. Et surtout une consolation à ce qu’ils ne lisent plus dans les médias, ne voient plus à la télévision, n’entendent plus à la radio, ou si faiblement. 

Est-ce pour autant la grande libération ? Pas du tout. Les blogs que je fréquente sont de haute tenue, je n’aperçois aucun dérapage, mais que des gens sérieux exprimant des réflexions sérieuses. Mais pourquoi là, et pourquoi de manière anonyme ? Un des commentateurs de ce blog a évoqué le fait que l’anonymat était une résistance, mais une résistance à quoi ? Ne vivons-nous pas en démocratie, n’avons-nous pas des textes protégeant notre liberté d’expression ? Des juges pour les appliquer avec discernement ? Que se passe-t-il donc ? Pourquoi avons-nous cet étrange et désagréable sentiment de vivre le contraire de la liberté d’expression ? En tant que journaliste, je vous propose une explication : la communication, la langue de bois, le politiquement correct, la pub et la marketing. Voilà ce qui a tué la liberté d’expression. Plus sûrement que la pire des censures. Et si vous tentez de vous y opposer on brandit le spectre du procès, du blacklistage, du dénigrement. Tout cela me direz-vous ?

Le triomphe d’un monde aseptisé

Observons ensemble le déroulement de nos journées à l’aune de la communication. Dès l’aube pour ceux qui aiment la télévision, on nous propose des informations aseptisées, des interviews courtoises, des reportages brefs comme des spots publicitaires. Tiens, parlons-en de la pub. Avez-vous observé le monde qu’elle nous propose ? Suivons-là. D’abord il y a le réveil avec la boisson qui rend heureux. Sautons ensuite dans notre voiture qui roule en silence et sans rien polluer sur des routes parfaitement vides. Puis voici le moment de passer l’aspirateur en talons aiguilles d’un bras nonchalant, forcément, c’est un aspirateur sans sac, après nous irons souscrire une assurance chez un professionnel qui a tout prévu pour notre confort même ce qu’on n’avait pas imaginé, avant d’écouter notre banquier nous chanter la sérénade d’un avenir radieux à moins que nous ne préférions suivre le petit bonhomme vert qui portera les courses que nous aurons achetées grâce à son gentil crédit…bref, j’en passe et notamment la voiture qui écarte les obstacles, les chips mexicaines qui donnent envie de danser, la boisson très sucrée qui ne fait pas grossir, les céréales avec des fruits si appétissants qu’ils ont beau sortir d’une boite, on les dirait frais.

Quand la pub envahit la presse

Vous voyez de quoi je parle ? Et bien imaginez-vous que, dans mon métier, je reçois une cinquantaine de  communiqués de presse chaque jour qui me proposent des informations tout aussi chatoyantes. C’est la crise ? Qu’à cela ne tienne. Telle banque vient d’inventer le produit miracle garanti contre tout et veut me le présenter. Tel cabinet de conseil va enseigner à nos entreprises la maîtrise des risques. Tel groupe coté lance un nouveau produit. Tel autre annonce des résultats meilleurs que prévus. En bas de chaque communiqué, il y a une petite note me vantant les mérites de l’entreprise. C’est le monde merveilleux de Disney, en mieux. Si j’appelle l’une ou l’autre de ces boites que va-t-il se passer ? Je vous explique. On va me mettre en relation avec une attachée de presse qui va me proposer un rendez-vous de sa voix la plus sucrée avec l’Interlocuteur Officiel, directeur général, président ou autre. Je connais déjà quelqu’un en interne, c’est un ami. Inutile de l’évoquer, ça ne change rien, pour entrer en contact avec une entreprise, une institution, un cabinet de conseil, n’importe quoi, il faut passer par la chargée de relation presse. Obligatoire. Ensuite, on va m’organiser un rendez-vous. Ce sera avec un haut responsable, habilité politiquement à s’exprimer. Il sera en présence d’un ou deux communiquants qui observeront l’interview en prenant des notes. Se sachant sous surveillance, son discours sera policé. Pensez donc, un mot de travers ferait immédiatement le tour de l’entreprise et mettrait son poste en jeu. D’ailleurs, il a été briefé par les spécialistes de communication, il sait exactement ce qu’il doit dire. C’est-à-dire rien. Juste qu’il est content, que la nouvelle qu’il présente est exceptionnelle etc, etc. Intéressant n’est-ce pas ? Là-dessus, on rentre et on écrit un article. Sans oublier d’envoyer les citations à valider à l’attachée de presse avant parution pour être sûre qu’on n’a pas mal compris. Et c’est cela qu’on vous sert dans bien des cas, mâtiné au mieux de quelques réserves et mises en perspectives. Le journaliste qui écrit un papier pareil s’ennuie, à périr. Ce n’est pas pour faire des choses comme ça qu’il a choisi ce métier. Mais bon. S’il se débrouille pas trop mal, il accédera au statut envié de  journaliste favori de quelques puissantes institutions et, à force d’obéissance et de lâcheté, il finira pas avoir des exclusivités qui feront plaisir à son rédacteur en chef et favoriseront son avancement. J’entends par exclusivité, la même information parfaitement insipide, mais avant ses confrères. Je vous jure que je ne caricature pas. Alors évidemment on peut résister. C’est-à-dire ne pas ouvrir les communiqués de presse, réfléchir seul, chercher de vrais sujets, interroger les uns et les autres, pour faire de vraies enquêtes. Mais le circuit à suivre est le même. En pire. Il faut repasser par la communication, mais si votre sujet ne parait pas susceptible de mettre en valeur l’entreprise, pire, s’il pose des questions embarrassantes, on oubliera malencontreusement de vous répondre.  Et si, merveille des merveilles, vous trouvez quelqu’un à interviewer, ce sera dans bien des cas pour entendre de la langue de bois, voire un franc mensonge. Certains cabinets de conseil en ce moment tentent de m’insuffler l’idée de faire un article sur l’impact qu’a la crise sur leur activité. Vous savez pourquoi ? Pour m’expliquer éhontément qu’elle touche tous leurs concurrents sauf eux. Le problème, c’est que j’ai des amis chez les uns et chez les autres, des amis qui ne dorment plus la nuit et enfilent les week-end de brainstorming pour tenter de dessiner leur avenir, c’est-à-dire de survivre. Parce que la crise, ils l’ont prise en réalité de plein fouet. Et quand on dîne ensemble eux et moi le samedi soir, l’attachée de presse n’est pas là pour les surveiller, alors ils se lâchent, heureusement.

Boycott ?

Mais, me direz-vous, il faut boycotter ceux qui vous font ça ? Ah ! oui ? Boycotter les banques et les sociétés cotées dans la presse économique ? Boycotter les ministères, les syndicats, les institutions professionnelles ? Impossible, la communication est partout. Vous ne me croyez pas, vous pensez que j’exagère ? Alors demandez-vous pourquoi le discours de certains politiques vous parait si creux, si insipide…Demandez-vous pourquoi, par exemple,  les français aiment la ministre de la justice tandis que les magistrats eux se révoltent, de même que les surveillants de prison  et les avocats ? Parce qu’ils sont subversifs ? Allons, un professeur de droit me confiait il y a pas longtemps “ne demandez pas à un juriste d’être un esprit libre, la matière les dresse à l’obéissance”. Le ministère de la justice est un des plus difficiles. Les problèmes y sont lourds. Entre le manque chronique de moyens qui nous place en queue du peloton européen, l’état des prisons, et le fait que la justice est devenue le grand régulateur social, qu’elle est sommée de résoudre toutes nos difficultés, y compris nos interrogations philosophique par exemple sur l’inconvénient d’être né, la tâche consistant à piloter cette institution est rude. Mais heureusement, il y a la communication qui nous offre le portrait d’une jolie ministre courageuse, issue d’un modeste milieu d’immigrés et qui se bat en robe de princesse contre les méchants pour rétablir la justice. C’est magique, la communication, mais ça finit aussi par être lassant. 

Un mot quand même pour préciser ma pensée sur les professionnels de la communication. J’ai quelques amies qui font ce travail avec honnêteté, coeur et talent. A un tout petit niveau, quand elles apprennent à leurs clients à communiquer, elles ne font rien d’autre que leur expliquer comment exprimer leur pensée, valoriser ce qu’ils font. Elles leur apprennent aussi qu’il ne faut pas avoir peur des journalistes, que ce ne sont pas des charognards, que dans leur grande majorité ils sont simplement curieux d’apprendre pour ensuite raconter. C’est intelligent et c’est utile, surtout dans un monde où la communication est omniprésente. Ce que je dénonce, c’est le dévoiement de cette activité, les grosses machines qui savent créer une réalité de toute pièce où la forme tient lieu de fond. Personnellement, je n’ai que faire d’une princesse courageuse et rebelle à la Chancellerie, je voudrais juste entendre la femme politique s’exprimer, c’est tout.

Tout est perdu ?

Rassurez-vous, il reste des lieux de journalisme. Des journaux courageux, des journalistes qui arrivent à se faire respecter et même craindre, ce qui leur permet de faire leur travail. Mais l’omniprésence de la communication pollue peu à peu notre métier jusqu’à le vider de son sens. C’est un peu comme si on faisait un reportage sur une entreprise en regardant ses spots publicitaires et sa plaquette de présentation. Il n’y a plus aucun moyen de passer derrière le miroir, d’avoir de vrais interlocuteurs, d’entendre de vrais discours. C’est fini, tout est propre, lisse et aussi inodore et sans saveur qu’un jambon sous cellophane.  Mais me direz-vous, quel rapport avec la liberté d’expression ? Les communicants l’ont tuée, si habilement et si discrètement que personne ne s’en est rendu compte. En vidant peu à peu les mots de leur contenu. Il y a quelques jours, j’ai bavardé avec une directrice de communication. Tout en empêchant son patron de parler alors que j’étais venue l’interviewer (on en est là !), de peur qu’il ne dise quelque chose (hypothèse purement théorique), elle roulait des yeux extatiques et m’a lancé en fin d’entretien “notre entreprise est matricielle”. Je n’ai même pas eu le coeur de lui demander ce que c’était que cette nouvelle ânerie. J’aurais ri, si tout cela n’avait pas été si triste. Car à force de lisser ainsi notre vie, de l’envelopper de concepts vides de sens, de l’enjoliver d’images sans lien avec la réalité, on absorbe cette culture du factice, ces mots absurdes, ces idées creuses. Alors on ouvre un blog, pas pour dire des choses interdites, pas pour provoquer, pas non plus pour exprimer une rage ou une vengeance quelconque. Non, juste pour se réapproprier l’espace du discours, rendre leur sens aux mots, résister à la grande intoxication de la communication et de la langue de bois.

Vous voyez au fond, j’ai réfléchi. L’idée de Pujadas dans les Inflitrés, aujourd’hui je l’appuie et même je l’applaudis. Sous réserve de ce qu’il en fera, bien sûr. Car enfin, il va bien falloir qu’on en sorte de ce carcan, il va bien falloir qu’on redresse la tête et qu’on lutte à armes égales, nous les journalistes. On nous oppose une façade vernie et impénétrable ? Qu’à cela ne tienne, si plus personne n’est en mesure de répondre avec un minimum d’honnêteté à nos questions, nous irons chercher les réponses. David Pujadas s’est exprimé sur Paris Première dimanche, il m’a convaincue. Ce d’autant plus qu’il avait contre lui le directeur de Télé 7 jours. Je n’ai rien contre ce journal. Mais je ne suis pas certaine que ce soit le dernier refuge de la liberté de la presse en France. Et qu’on ne vienne pas nous le reprocher. Qu’on cesse de nous menacer des pires maux si nous avons l’audace de nous affranchir des circuits de la communication officielle et des impératifs du publicitairement correct. Franchement, ça suffit.

20 octobre 08

Arrêtons de prendre les journalistes pour des imbéciles

Classé dans : Eclairage — laplumedaliocha @ 13:19

L’une des grandes critiques émises contre les journalistes est liée à leur soi-disant manque de culture, lequel transparaîtrait en particulier dans leur vocabulaire. Admettons. Je suis la première à constater dans les domaines que je connais des imprécisions, voire des inexactitudes chez mes confrères. Le réflexe classique dans ce genre de situation consiste à rejeter en bloc l’information au motif qu’une erreur de vocabulaire laisse supposer une incompréhension de fond, résumée généralement par le fameux : “quels imbéciles ces journalistes !”.

Les “jugements” de la Cour de cassation ?

Laissez-moi vous conter une petite anecdote sur ce sujet. J’ai assisté il y a quelques jours à un colloque juridique très savant qui durait une après-midi et réunissait autour d’un thème de droit économique des universitaires, des magistrats de haut rang et des avocats spécialisés. Au milieu de cet aréopage, figurait un expert non moins talentueux, mais issu d’un métier purement économique. Voici que ce Monsieur prend la parole pour expliquer la réglementation applicable à sa profession et utilise à plusieurs reprises le terme de “jugement” pour désigner les décisions de la Cour de cassation. Le public, essentiellement composé de juristes, a froncé le sourcil. Pour les “mékesskidi” chers à Eolas (dont je salue ici l’admirable et drôlissime invention terminologique), on ne parle pas de “jugements” de la Cour de cassation mais “d’arrêts“. C’est ainsi, il faut le savoir et, connaissant ce monsieur personnellement, je pense qu’il le savait. Mais quand on n’a pas l’habitude d’utiliser certains mots, quand ils n’entrent pas dans votre culture professionnelle, eh bien parfois, ils vous échappent. Je gage que si cet expert accueillait des juristes lors d’un colloque dans sa spécialité, il sourirait à son tour de leurs approximations terminologiques. Son intervention était-elle pour autant fausse ou dénuée d’intérêt ? Pas du tout, sur le fond son discours était exact. J’ai alors pensé à vous et je me suis dit que cela valait bien un billet.

S’approprier le vocabulaire

Vous le savez, je suis juriste. Pour moi, parler d’un “arrêt de la Cour de cassation” est aussi naturel que de dire “bonjour” ou “bonsoir”. Au bout de six ans d’études et après trois ans d’exercice professionnel, on s’approprie définitivement le vocabulaire de son métier. Il est alors facile de stigmatiser ceux qui font des erreurs en vertu du fameux réflexe : “si moi je le sais, tout le monde doit le savoir”. C’est oublier un peu vite que ce que l’on sait aujourd’hui, on l’ignorait hier. C’est oublier aussi qu’on ne s’approprie réellement un vocabulaire technique qu’à force de l’utiliser, comme une langue étrangère. Prenons un autre exemple issu de mon expérience. Il y a quelques années de cela, j’ai dû me plonger dans la réglementation ô combien passionnante de la finance. Ce qui suppose de comprendre le fonctionnement de cette industrie, à commencer par son vocabulaire. Je me suis fabriqué un lexique, j’ai travaillé, suis revenue inlassablement sur les mécanismes pour les comprendre et surtout les assimiler (vous savez le Leverage buy out ou LBO, les financements mezzanine, la titrisation, les fonds ARIA, ARIA EL, l’amortissement du goodwill et autres joyeusetés etc). Mais il m’a fallu du temps pour m’approprier le vocabulaire et rendre son utilisation aussi naturelle que si je l’avais toujours connu et pratiqué. Il me semble que c’est là que se situe la grande difficulté du journalisme. A fortiori dans un monde qui ne cesse de se compléxifier.

Les risques du métier

“Vous plaidez donc pour l’approximation, l’imprécision et la médiocrité ?” me rétorqueront certains esprits chagrins. Bien sûr que non. Et aucun journaliste digne de ce nom  ne plaiderait en faveur d’une pareille cause. Je voudrais simplement relativiser un tout petit peu l’indignation que suscitent les erreurs terminologiques de la presse. Même spécialistes des domaines que nous traitons, nous ne sommes pas des praticiens, le vocabulaire que nous utilisons n’est pas tout à fait le nôtre. Par ailleurs, j’aimerais corriger quelques idées reçues. D’abord les journalistes ne sont pas les incultes que l’on imagine. Depuis des années, ils sont recrutés à un niveau Bac + 5 pour une raison simple, le métier fascine encore, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, on a donc tendance à prendre les plus diplômés : université, prépas, Sciences Po etc. Sans compter que nombre de journalistes spécialisés ont un profil semblable au mien, c’est-à-dire une formation dans la matière et une expérience professionnelle. Ensuite, les journaux sont bien conscients de l’importance de publier des articles de bonne tenue, sans faute d’orthographe, de syntaxe ou de grammaire et utilisant le vocabulaire approprié. Avant parution un article est relu par le chef de service, par le rédacteur en chef adjoint en charge du département, et s’il est “sensible” par le rédacteur en chef, voire le directeur de la rédaction. Il passe également entre les mains d’un correcteur et/ou d’un secrétaire de rédaction. Certaines bourdes peuvent passer ces filtres. Eh oui, aucun système n’est infaillible. Il subsiste donc malheureusement des fautes d’orthographe et autres inexactitudes. S’agissant des erreurs de vocabulaire, dans ma spécialité, les rédacteurs en chef ont pris l’habitude de m’appeler quand ils veulent faire une coupe si l’article est trop long, changer une phrase ou préciser une idée. Ils savent en effet que le droit est un domaine sensible dans lequel une erreur est vite arrivée. Cela signifie que si je me trompe, personne ne peut me corriger. Mais  à l’inverse aussi, si on me corrige sans me demander mon avis, on peut ajouter une erreur.

Non les journalistes n’aiment pas les erreurs

Mes chers esprits chagrins observeront que, malgré tout, les erreurs demeurent impardonnables. Si vous saviez le nombre de fois où j’ai vu des rédacteurs en chef blêmes de rage et au bord de la crise cardiaque parce qu’ils venaient d’apercevoir une faute dans leur journal.  Si vous saviez les coups au coeur que j’ai pu ressentir en découvrant dans un de mes articles une erreur. Je me souviens encore d’avoir écrit il y a dix ans “à corps et à cris”. Je n’ai pas oublié les quelques fautes que j’ai pu commettre malgré tout le soin que j’avais mis à les éviter. Pas plus que les lecteurs, nous n’aimons les erreurs, nous sommes bien conscients qu’elles nous décrédibilisent, qu’elles réduisent à néant le mal qu’on s’est donné à rédiger un article. Mais nous savons aussi que, malheureusement, elles sont un risque permanent, lié au métier, à l’urgence qui bien souvent le caractérise, à la nécessité de comprendre vite et d’expliquer encore plus vite un fait d’actualité.  Ce risque,  nous ne pouvons au mieux qu’essayer de le réduire au minimum.  Et c’est ce que nous faisons. Cela étant précisé, certains de mes confrères me feront observer qu’en ces temps de disette la tentation est grande de réduire les effectifs, notamment en faisant des coupes claires chez les correcteurs et les SR. Je ne crois pas que les correcteurs d’orthographe puissent remplacer ces admirables spécialistes de la langue et de ses difficultés. Et pour une fois je vais militer, après tout, ce sont les Etats généraux de la presse en ce moment : préservons ces métiers, ils ont un rôle stratégique à jouer dans la qualité du travail qu’on exige de nous.

18 octobre 08

Impérieux anonymat

Classé dans : Débats — laplumedaliocha @ 14:14

Dans son dernier billet consacré notamment à Rachida Dati,  Philippe Bilger confie ses interrogations, légitimes, quant à l’anonymat de Dadouche et de Gascogne, ses collègues qui écrivent chez Eolas. Et ce magistrat très estimé d’écrire : “ La liberté de l’expression, la spontanéité de l’opinion, l’immédiateté de la réaction, les forces et les faiblesses d’une intervention purement personnelle ont, à mon sens, pour nécessaire contrepartie la présentation d’un visage, la lumière d’une personnalité et l’offrande de soi pour être aisément et sans détour criblé de flèches, couvert d’éloges ou, ce qui est pire, apprécié avec une tiède neutralité”. Quelle jolie plume ! Je ne me permettrais pas de répondre à la place de Dadouche et de Gascogne, je ne les connais pas et j’ignore les raisons profondes qui ont motivé leur choix de rester anonyme, même si je les devine. En revanche, je puis vous exposer les miennes, ce qui me permettra au passage de m’expliquer devant les lecteurs de ce blog.

Ah ! L’anonymat

C’est une vraie question que celle de l’anonymat. Personnellement, j’ai découvert ce statut étonnant en commentant chez Eolas. C’était il y a un peu moins d’un an. Au moment de poster mon premier commentaire, j’ai cherché un pseudonyme, plus dans l’idée de m’intégrer à cette culture nouvelle pour moi que  dans un esprit de dissimulation. Quoique, je dois avouer que l’exercice consistant à rédiger quelques lignes sur un blog m’impressionnait. Allez savoir pourquoi. Sans doute parce que l’exercice était inédit, que j’avançais en territoire inconnu et que je fais particulièrement attention à la réputation de ma signature. Quand on est journaliste free lance, on a que cela à vendre pour se nourrir. C’est infiniment fragile. Le pseudo pour ce premier commentaire m’est donc apparu comme une protection bien utile. Après tout, si je violais quelque coutume non écrite de la blogosphère, il me suffirait de disparaître ou de changer de masque. C’est là qu’est née Aliocha. Pour ceux qui se poseraient la question, Aliocha est le diminutif d’Alexeï en russe. Celui auquel je fais référence est l’un des frères Karamazov. Dostoïevski est à mes yeux le plus grand écrivain ayant jamais existé, les Frères Karamazov est son meilleur roman, Aliocha, son plus beau personnage.  “Mais c’est un homme et vous êtes une femme !”. En effet, je l’ai fait exprès. J’ai horreur des préjugés entourant l’expression de la pensée féminine. Il me semble toujours qu’elle vaut moins que celle d’un homme, qu’elle est sujette à caution. J’ai voulu brouiller les cartes, par jeu, c’est mon côté facétieux.  Bref, Aliocha a commencé à vivre sous mes yeux et à gagner une autonomie similaire à celle d’un personnage de roman. C’était moi sans être tout à fait moi. Une sorte de passionnaria de la presse osant affronter Eolas pour défendre son métier, alors que je suis au fond un être pacifique et totalement allergique aux conflits. En ouvrant ce blog, je me suis demandée si j’allais le faire  sous ma véritable identité. Beaucoup d’amis, connaissant ma passion de l’écriture et du journalisme me recommandaient depuis des mois d’ouvrir un blog. “C’est là que tout se passe maintenant, me disaient-ils, en plus tu serais libre d’écrire ce que tu veux”. Ah bon ! En y réfléchissant bien, je me disais que c’était plutôt le contraire. Quand j’écris dans la presse, je peux espérer la protection de mon rédacteur en chef contre les contestataires professionnels. Mais sur un blog…Par ailleurs, je n’aurais pas échappé à l’auto-censure, bien au contraire. Qu’allais-je pouvoir écrire de plus que dans les journaux ? J’aurais tout au plus fait comme mes confrères, livré les rushs, avec le risque qu’on vienne me reprocher l’exercice de cette liberté. Dans ces conditions, Aliocha est apparu comme La solution ! Pour tout vous dire, je n’ai même pas prévenu mes amis de l’ouverture de ce blog, ce masque protecteur m’offre un tel repos de l’âme. Ecrire sans se soucier de ce que vont penser ceux qui vous connaissent, ceux avec qui vous travaillez, vos employeurs. Si vous saviez ce que c’est bon. Et en plus c’est indispensable. Imaginez un instant que vous sachiez qui je suis. La tentation serait forte d’aller voir où j’écris, de rechercher si mes critiques contre la presse ne portent pas sur les titres auxquels je collabore, de faire des rapprochements hasardeux. La loyauté m’obligerait donc à modérer mes propos pour ne pas mettre mes employeurs dans l’embarras. Souvenez-vous, c’est ce qui est arrivé à Laurent Bazin, sa chaine lui a demandé de fermer son blog, estimant que sa liberté de ton était inopportune. Je m’exposerais à mon humble niveau au même problème. 

Précieuse liberté

Grâce à Aliocha, j’écris ce que je veux sans risquer d’interférer avec ma vie professionnelle et je suis donc libérée de l’auto-censure. Cela étant dit,  qu’on se comprenne bien. L’utilisation d’un pseudonyme n’est certainement pas à mes yeux une licence pour écrire n’importe quoi. Sur le Net comme ailleurs, les règles de la liberté d’expression s’appliquent dans toute leur force et l’auto-censure subsiste.  Il fut un temps où c’était l’Etat qui censurait la presse. Aujourd’hui ce sont les mille intérêts privés susceptibles de brandir l’injure, la diffamation, l’atteinte au secret des affaires, à la vie privée…dans les journaux papier comme sur le web. Qu’importe s’ils ont raison ou tort, il faut affronter la procédure et ses tracas en tous genres. Par conséquent, je respecte ici aussi scrupuleusement que dans l’exercice de mon métier, la réglementation mais aussi les impératifs de la prudence et me tiens soigneusement éloignée des zones à risque. Ensuite, je n’écris rien sur mon blog dont je devrais avoir à rougir si mon anonymat devait un jour être levé. Par conséquent, le masque ne déresponsabilise pas,  il émancipe tout au plus de quelques contraintes superflues. A ceux que le sujet de l’identité intéresse, je recommande la lecture d’un admirable roman de Daphné Du Marier intitulé “Le Bouc-émissaire”. Elle y met en scène deux hommes à la ressemblance parfaite qui échangent leur vie, et pose cette question aussi intéressante que dérangeante : que ferions-nous si nous n’étions plus responsables de notre identité ? Son hypothèse est purement théorique mais passionnante.

Laissez-nous nos masques !

Voilà Monsieur Bilger. J’admire votre indépendance d’esprit et votre courage. Vos billets montrent que vous n’hésitez pas à prendre le risque de déplaire pour affirmer votre pensée et que vous échappez aux pièges de la langue de bois avec toujours beaucoup de délicatesse et d’élégance. Il me semble cependant que votre carrière, votre âge et votre réputation vous accordent une relative protection à laquelle tout le monde ne peut pas prétendre. Personnellement, j’ai 38 ans, je suis journaliste free lance, mes employeurs peuvent décider du jour au lendemain de ne plus faire appel à moi.  La liberté d’expression est un exercice infiniment délicat. Vous seriez surpris de voir le nombre de protestations plus ou moins fondées que reçoit un directeur de la rédaction tous les jours. Certaines sont proprement ahurissante, croyez-moi. Fort heureusement, la presse est relativement protégée par son statut. Ce n’est pas mon cas, et ce n’est sans doute pas celui de nombre de blogueurs écrivant sous le couvert d’un pseudonyme. Laissez-nous nos masques, c’est la liberté des humbles. Et acceptez de nous juger uniquement sur nos écrits. Après tout, il me semble que c’est une des grandes vertus du web que de permettre d’être apprécié rien que sur l’intérêt et la qualité de ce qu’on produit.

On achève bien les financiers

Classé dans : Insolite — laplumedaliocha @ 10:42

Les anglais n’étant jamais à court d’idées extravagantes, je viens de lire dans le Courrier International de cette semaine qu’ils avaient décidé de reprendre leur vieille tradition de la chasse à courre. Seulement voilà, dans ce pays, la course au renard est interdite depuis 2004. Qu’à cela ne tienne ! Puisqu’on ne peut plus chasser les animaux, chassons les hommes. Eh oui, des chasseurs d’un village près de Blackpool ont convaincu des sportifs de jouer le rôle du gibier. Rassurez-vous, les coureurs ne risquent rien. Enfin presque. L’article n’est pas très clair sur le sujet mais il évoque quand même un danger en fin de course de se faire rattraper par les chiens. Néanmoins, il semble que tout ceci soit réglé au millimètre. Quant aux cavaliers, ils retrouvent leur chère adrénaline, même s’ils confient que l’exercice est un peu trop “aseptisé” et “artificiel” pour les puristes. Tout ceci me paraît être une nouvelle illustration du goût anglais. Très franchement, l’exercice me choque et m’incite à espérer qu’on ré-autorise la chasse au renard pour mettre fin à ce jeu douteux. A moins que….à moins que nous ayons là un moyen indolore mais extrêmement satisfaisant de nous venger des financiers qui nous ont mis la planète à feu et à sang. Et si on les envoyait faire un petit séjour dans un château anglais ? Je pense en particulier aux traders de la Caisse d’épargne qui viennent de démontrer magistralement que, décidément, ils n’ont tiré aucune leçon de la crise. Ce serait une occasion pour eux de prendre l’air, de faire un peu de sport, ce qui a la vertu de remettre les idées en place, et je suis sûre que les voir poursuivis durant plusieurs heures par une meute de chiens hurlante au son des trompes de chasse aurait quelque chose de profondément réjouissant pour tous ceux qui assistent impuissants à la dégringolade des bourses mondiales. On pourrait imaginer que l’événement soit diffusé en continu par toutes les grandes chaînes TV du monde. On appellerait cela : “On achève bien les financiers”. Allons, tout ceci n’est bien entendu qu’un mauvais rêve. Je ne souhaite aucun mal aux financiers, j’espère simplement qu’ils sauront prendre la mesure de leur erreurs pour ne plus recommencer. En attendant, je prie instamment nos amis anglais de réfléchir à leur drôle de pratique de la chasse. Elle me fait froid dans le dos.

17 octobre 08

Bienvenue à Vendredi !

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 22:22

C’est nouveau, c’est en kiosque et ça parle du Net ! Vendredi est un nouvel hebdomadaire dédié aux meilleures infos du Net. Le premier numéro est sorti aujourd’hui. Vous verrez que son format est amusant. A première vue, il est aussi long que Le Figaro mais beaucoup plus étroit, ce qui lui donne des allures de page web qu’on déroule. L’idée est née dans l’esprit du créateur de Courrier International, Jacques Rosselin. La rédaction en chef est confiée à Philippe Cohen, ancien rédacteur en chef de Marianne et co-auteur du fameux livre “La Face cachée du Monde” avec Pierre Péan. Il compte 8 pages en couleur et sa maquette a été réalisée par le grand Rampazzo, l’empereur des directeurs artistiques de presse en France. Bref, que du beau monde ! On y parle beaucoup de blogs et le journal reproduit même les meilleurs billets. Par exemple celui que Dadouche vient de publier chez Eolas sous le titre “Le dégoût!” occupe la moitié de la page 4. Gagons que ce journal a déjà un lectorat acquis : celui des blogueurs qui vont désormais attendre avec impatience la fin de la semaine pour savoir s’ils figurent parmi les heureux élus.  Et nous me direz-vous ? Trois commentaires du billet de Dadouche ont été reproduits en encadré, montrant ainsi qu’un blog vaut autant pour ses billets que pour les réflexions de ses visiteurs. Et pour finir, je suis toute heureuse de vous annoncer qu’on y cite La Plume d’Aliocha dans la controverse au sujet de l’émission Les Infiltrés. Bonne lecture à tous et bonne chance à Vendredi.

 

NB : Merci à Triskael d’avoir attiré mon attention sur cette publication dont je n’avais pas eu vent.

Rachida, marquise des anges

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:20

Or, donc, nous venons d’assister à la prestation télévisée de la Ministre de la justice sur France 2. Dadouche chez Eolas m’a devancée, son billet est en ligne depuis hier soir. Il faut dire qu’elle est propulsée par la colère, quand moi je suis effondrée à l’idée que la communication a, une fois de plus, mis KO le journalisme. Pourtant, Arlette Chabot au début a attaqué fort, je l’ai trouvé directe, mordante,  insistant sur les questions  qui fâchent et en particulier les relations tendues avec les magistrats. N’hésitant pas à demander à Rachida Dati si elle leur parlait bien aux juges, si elle n’était pas trop dure. 

Un conte de fée

Las ! Quand nous sommes arrivés au chapitre de la vie personnelle, j’ai su que tout était perdu. Car c’est le terrain de prédilection de la jolie ministre, quoiqu’elle s’en défende. C’est là que se trouvent les racines du mythe, la source du conte de fée. Il était une fois donc, une petite fille née dans une famille nombreuse d’origine marocaine. Ils n’étaient pas très riches, mais ils s’aimaient très fort.  Parmi les nombreux enfants, il y avait Rachida qui rêvait quand elle serait grande de réussir sa vie pour rendre toute sa famille heureuse. Elle a eu sa première fiche de paie à 16 ans et n’a jamais cessé de travailler depuis (moi aussi et beaucoup de citoyens d’ailleurs) et puis elle a aperçu en Nicolas Sarkozy l’homme politique qui incarnait ses convictions, elle a insisté pour le rencontrer et c’est à cet instant précis, que la belle histoire s’est transformée en conte de fées. Je m’arrête là parce que, à plusieurs reprises dans l’émission, on a entendu que les attaques contre la ministre étaient dues à ses origines, c’est même Jacques Attali qui l’a dit. Possible, moi je n’ai pas cette impression, en tout cas ce n’est pas ce qui suscite mon irritation, bien au contraire, cela déclencherait plutôt chez moi une sincère admiration, mais bon, s’il le dit. A  cela s’est ajoutée une solidarité inattendue de la part d’Elisabeth Guigou au sujet de sa grossesse. Entre nous elle est vache, Elisabeth Guigou, quand je l’ai entendu commencer ainsi, je me suis dit, aïe, nous allons assister à une attaque nucléaire, et Rachida Dati pensait de même, ça se voyait dans ses yeux. D’ailleurs, ça n’a pas loupé. Ce doit être courant en politique de se dire qu’on s’estime avant de se pulvériser devant des millions de téléspectateurs. Mais cet intermède presque politique allait me faire oublier les soeurs de la ministre, présentes dans le public et filmées en gros plan à chaque fois que Rachida Dati soulignait l’importance à ses yeux de la famille. Que c’était émouvant, j’en aurais pleuré.

Et la politique ?

Eh bien voyez-vous, de toute l’émission, il ne me reste que cela. Avouez que c’est irritant. Je me préparais à l’entendre sur la politique judiciaire, je sais qu’elle en a parlé, mais impossible de me remémorer quoique ce soit de concret. Ou si peu. Un message fort et récurrent comme un refrain sur la lutte contre les dangereux criminels, ça je m’en souviens, un autre  sur le fait que la justice n’est pas une affaire d’experts et que les français ont le droit de comprendre. Je me rappelle aussi d’un mineur au palmarès de condamnations impressionnant. Et puis je sais désormais qui si les juges sont fâchés, c’est que la réforme de la carte judiciaire les bouscule dans leurs habitudes, mais ça va passer. Pourquoi est-ce que je vous raconte ce qui reste dans mon esprit ? Parce que c’est le coeur de la communication d’essayer d’imprimer des messages simples et forts. Je me suis donc laissée faire pour mesurer les effets de l’exercice et je trouve le résultat hautement concluant.  J’ai été séduite et émue par la ministre, sincèrement, et j’aurais été presque convaincue par les messages politiques si je n’étais pas spécialisée dans les questions de justice depuis trop longtemps pour me contenter de quelques slogans.

Indomptable Rachida

Entre nous, ceci n’est pas de la grande politique. Et par conséquent, cela ne permettait pas du grand journalisme. C’est toute la difficulté de notre métier. Nous dépendons des personnes que nous avons en face de nous. Si elles ont décidé de ne rien dire, nous sommes démunis. Le score du grand match communication contre information ici est sans appel : 1 à 0. Du coup, je me demande s’il ne serait pas temps que les politiques fassent machine arrière et acceptent de s’émanciper des spécialistes de la communication pour relever le niveau du débat. Je suis persuadée que Rachida Dati avait des choses intéressantes à dire mais qu’on lui a recommandé, à elle comme à tous ses collègues en charge des affaires de l’Etat, de faire simple. On n’est pas si bêtes tout de même. A force de simplifier le discours, on sombre dans le slogan publicitaire. C’est fâcheux. Il n’y a pas que cela qui m’a irritée. La volonté du gouvernement de rompre avec l’ancienne politique dominée par des énarques très sérieux en costume gris n’est pas idiote en soi. Le problème, c’est que nous flirtons avec une mise en scène du bonheur, de la beauté, de l’intelligence et de la réussite qui me fait penser aux faste de la Cour de Versailles. Vous ne trouvez pas ? Encore un dérapage de communication. D’ailleurs, cette émission m’a rappelée une vieille série mythique. Vous savez celle des “Angélique” avec Michèle Mercier. Rappelez-vous, elle était belle, rebelle, courageuse, elle luttait contre l’injustice, elle fascinait les hommes jusqu’au roi Louis XIV lui-même, au grand désespoir de la Montespan. Comme j’aimais la voir manier son destin avec un mélange de grâce et de volonté farouche, chevaucher cheveux au vent, défier du regard les puissants, apprivoiser l’inoubliable et cruel émissaire indien incarné par Sami Frey, bouleverser le poête joué par Jean-Louis Trintignant, dresser un sauvage prince polonais pour finir par reconquérir sa fortune, son rang et même sont merveilleux Joffrey. Hein, tout de même, “y’a comme un cousinage”, nous dirait Audiard s’il était là, non ?

Ah ! Tapie

Fort heureusement, la deuxième partie m’a réconciliée avec tout,  l’émission, la politique, le journalisme, la crise financière, le capitalisme, le Lyonnais. Ah Bernard Tapie, mais que ferait-on sans lui ? Je ne l’aime guère en tant que comédien. Quoiqu’on en dise, ce n’est pas un professionnel, il a sans doute les qualités nécessaires, mais il faudrait qu’il travaille. Cela étant, sur un plateau de télévision, quel talent ! Je ne sais pas trop à quoi j’ai assisté hier soir, une émission d’actaulité, un show, une comédie, mais après tout peu importe mes amis, quel spectacle ! Lorsqu’il a raconté ses mésaventures avec le Lyonnais, pour un peu j’aurais appelé France 2 pour les prévenir que je lui faisais don de mes petites économies, histoire de réparer le préjudice qu’il avait subi (ce qui ne l’aurait pas avancé à grand-chose, mais bon, c’est l’intention qui compte). Et Domenach qui n’arrivait pas à en placer une et observait la scène avec un amusement désabusé. Et le public secoué de rires quand Tapie répond à Chabot, “la politique pour moi, c’est fini, sauf si Bayrou se représentait parce que, quand même, on ne peut pas laisser sérieusement cet homme-là briguer la présidence”, et encore écroulé de rire quand l’homme-d’affaires-chanteur-comédien-ancien-patron-de-l’OM dit qu’il ne peut pas être ami avec Nicolas Sarkozy, eh non, impossible, songez donc, le président soutient le PSG, et ce même public secoué de spasmes quand il dit qu’il faut être fou pour s’entêter dans le socialisme aujourd’hui compte-tenu de ceux qui l’incarnent, avant d’annoncer pour conclure, patelin et sûr de son effet, qu’il va jouer bientôt dans un film consacré à Arsène Lupin. Nous avons assisté hier soir à du très, très grand Tapie. Et si Lucchini avait été là, il aurait sans doute dit : “vous allez plus loin que Sarkozy, vous êtes plus fort que Sarkozy, c’est énooorme!”. Ben oui, c’est Tapie.

16 octobre 08

A vos postes !

Classé dans : Eclairage — laplumedaliocha @ 18:41

Je signale aux inattentifs, aux rêveurs, aux inquiets rivés sur les marchés financiers, aux esclaves du bureau, aux chanceux affligés du rhume qui fait tousser tout le monde à Paris en ce moment, bref, à tous ceux qui sont susceptibles d’oublier quel jour nous sommes, que l’émission “A vous de juger” consacrée à Rachida Dati, c’est ce soir à 20h55 sur France 2. Vous imaginez cela ? Depuis le temps que les médias nous parlent des tenues haute couture de la ministre, de la grossesse de la ministre, du père de l’enfant de la ministre, des déplacements de la ministre, nous avons une petite chance toute à l’heure en prime time d’entendre parler politique, mieux, d’en savoir plus sur sa vision de la justice. Avouez qu’un évément pareil, ça ne se louperait pour rien au monde, non ?  Surtout qu’on y parlera aussi de la crise économique et que Bernard Tapie viendra répondre aux questions d’Arlette Chabot en troisième partie.

15 octobre 08

Merci confrères !

Classé dans : Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 12:38

Convaincue de la pertinence de l’adage “un esprit sain dans un corps sain” (dans son acception actuelle), j’ai filé hier soir vers 21 heures à mon club de sport, histoire de me remettre les idées en place à l’issue d’une longue journée d’écriture. Je dois vous confier que j’ai toujours trouvé débilitant, voire décérébrant, l’exercice consistant à pédaler sur un vélo qui ne va nulle part ou encore à monter un escalier sans s’élever ne serait-ce que de quelques centimètres au-dessus du point de départ. J’avais donc emmené Marianne pour me soutenir dans l’effort. Que mes 45 minutes de steps ont filé vite !

Penser différemment

Commençons par la fin (eh, oui, il semblerait que les femmes commencent systématiquement la lecture d’un journal par la dernière page ; non Messieurs, pas pour y trouver l’horoscope, c’est un réflexe, nul n’a su jusqu’à présent m’expliquer pourquoi). Bref, la dernière page est occupée par un chroniqueur dont je ne manquerais les articles pour rien au monde : Alain Rémond. Il m’a offert ces dernières semaines des fou-rires inextinguibles dont je le remercie. Son regard décalé sur le monde et l’actualité, sa capacité à se saisir de détails de la vie aussi loufoques qu’édifiants m’enchante. Tenez, il y a quelques semaines il nous entretenait d’une étude scientifique très sérieuse sur le sens dans lequel les vaches se mettent pour brouter. Et il nous offrait un scoop : elles sont attirées par le Nord. Evidemment, une question surgit immédiatement à l’esprit : que se passe-t-il, sachant que les vaches aiment aussi regarder passer les trains, lorsque ceux-ci ne circulent pas vers le Nord et que les vaches veulent brouter en même temps qu’admirer les machines de la SNCF ?  Je vous laisse imaginer la manière dont une belle plume peut enchanter ses lecteurs en dissertant sur une question aussi fondamentale. Ses articles sont fins, désopilants et infiniment drôles. Sauf cette semaine où il évoque la crise sur un ton un peu plus sérieux, mais toujours aussi pertinent. Quelques pages plus loin, il y a un article de Joseph Macé-Scaron qui prend le parti de critiquer le dernier roman de notre tout nouveau prix nobel : Jean-Marie Le Clézio. Facile me direz-vous ? Je ne crois pas. On retrouve ici une démarche que j’aime bien chez Marianne : la volonté de s’émanciper du parisiannisme et de ses idoles, de rompre avec la pensée unique de l’intelligentsia.  A la rubrique Idées, un article de Philippe Petit, philosophe, journaliste à Marianne et animateur d’une émission sur France Culture apporte une éclairage intéressant sur la question des prisons, il est truffé de références bibliographiques et met parfaitement bien en perspective le sujet. Quelle heureuse idée de prendre ainsi du recul ! Vous y trouverez encore une rubrique que j’apprécie beaucoup “ils ne pensent pas forcément comme nous” dans laquelle la rédaction invite à s’exprimer des gens qui ne partagent pas forcément sa lecture de l’actualité. Cette semaine, c’est Denis Tillinac, chroniqueur à Valeurs actuelles. Saluons cette ouverture d’esprit. Il me semble que c’est une manière de faire passer le journalisme avant les idéologies, les clivages, les arrogances intellectuelles et tout ce qui peut, en fabricant des oeillères, nuire au regard que l’on porte sur l’actualité. Difficile de vous décrire ici l’intégralité du contenu du numéro de la semaine tant il est riche : un long dossier sur la crise, une enquête sur EADS, un article sur le projet de réforme des lycées, un autre qui se demande si Obama peut perdre parce qu’il est noir etc.

Fallait-il écrire cela ?

Au milieu de tous ces sujets dont la juxtaposition fait le charme et l’intérêt d’un journal, je retiendrai tout particulièrement deux articles. L’un parce qu’il m’a particulièrement touchée, l’autre parce qu’il me dérange. Commençons par le second. Il s’intitule “Banlieues, flics et jeunes, la guerre des mondes”. Ici les journalistes ont tenté une approche différente des reportages traditionnels. Leur idée ? Réunir une douzaine de policiers de différents grades et fonctions, et leur demander, en leur garantissant qu’ils ne seront pas identifiés par leur hiérarchie, de leur confier ce qu’ils pensent des jeunes. En parallèle, les journalistes ont rencontré une douzaine de jeunes pour recueillir leur avis sur les policiers. La suite de l’article est une série de témoignages livrés à l’état brut. Les journalistes ont prévenu qu’ils ne cautionnaient pas forcément les propos des jeunes. Et pour cause, l’un d’eux raconte que lors d’un contrôle, un policier lui aurait pris son walkman qu’il venait d’acheter 75 euros et jeté par terre en lui disant que, de toutes façons, il ne l’avait pas payé. Il accuse ensuite les policiers d’avoir, si j’ai bien compris, gardé sa carte d’identité puis de l’avoir molesté au commissariat où il était allé la rechercher, au point de l’obliger à se rendre un peu plus tard à l’hopital pour des nausées et un problème de dos. Je vous avoue que cet article me dérange. Non que je considère par principe que la police ne peut pas déraper, mais parce qu’il me semble que ce sont des accusations graves qui nécessitaient sans doute d’être approfondies. Je suppose que demander des explications au commissariat concerné aurait alerté celui-ci sur la parution d’un article et déclenché une série de tracasseries administratives pour les journalistes. On peut penser aussi que l’enquête sur ce point précis ne rentrait pas dans le cadre de leur papier. La mise en garde sur le fait qu’ils reproduisaient les porpos sans forcément y adhérer montre qu’ils ont aperçu le problème. Néanmoins,  cette présentation me heurte. Au surplus, elle déborde le cadre du simple regard que les uns portent sur les autres en évoquant des faits précis. Il me semble que cela méritait une enquête et, à défaut, devait être coupé. Mais ce n’est que mon avis.

Une autre vision du monde

Cela étant dit, passons au meilleur. A la rubrique “Coup de coeur”, le journal publie un article signé par une journaliste brésilienne. Il s’agit d’un portrait de Joënia, la première avocate indienne au Brésil. On nous raconte que celle-ci se rend auTribunal fédéral suprême, la plus haute juridiction du Brésil, le visage recouvert de peintures de guerre et entourée d’une délégation d’indiens en costume traditionnel, c’est-à-dire a demi-nus mais couverts de bijoux et coiffés de plumes. Joënia vient au tribunal plaider pour le maintien de la réserve indigène de Raposa Serra Do Sol à la frontière du Vénézuela. L’objet du litige ? La réserve est contestée par “une poignée de riziculteurs blancs” qui veulent étendre leurs terres, malgré l’homologation du territoire par le président Lula. Et la journaliste d’écrire : “Elle a dix minutes pour convaincre, “dix minutes pour toucher au coeur”, dit-elle, et montrer aux sages que la terre peut être perçue autrement que pour l’exploitation économique, qu’elle est source de spiritualité, que les indiens ne sont pas la cause du retard économique ainsi que les fermiers le prétendent”. Le juge rapporteur du dossier a pris fait et cause pour les indiens. Les autres ont réservé leur décision. Réponse dans quelques semaines.  En terminant l’article, je me suis dit qu’il apportait une bouffée d’oxygène salutaire au milieu de nos tracas financiers mondiaux. Qu’il venait à point nommé pour nous rappeler qu’il existe une autre manière de voir la vie que la nôtre, une manière si différente…

Vous voyez, c’est tout cela que j’aime chez Marianne. Observez ce journal attentivement, vous verrez que le traitement de l’actualité y est très différend. Je sais qu’il a des défauts, qu’on n’en peut plus de ses couvertures sur ou plutôt contre Sarkozy, qu’il racole un peu, qu’il se trompe parfois notamment dans ses prédictions économiques, mais malgré tout, il me semble qu’il ouvre la voie à un journalisme plus impertinent vis à vis des pouvoirs en place, plus original face à la pensée unique, plus ouvert au regard des clivages de pensée traditionnels en France. Bel effort.

14 octobre 08

Et la déontologie bon sang !

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:52

Le magazine “Enquête exclusive” (1) était consacré dimanche soir à l’univers de la mode. Je vous avoue que j’ai failli éteindre la télévision. Je ne m’explique pas cette passion de mes confrères depuis quelques années pour la Jet set, la manière dont les établissements de luxe s’accommodent des caprices de ces gens, les lieux qu’ils fréquentent, l’argent qu’ils dépensent,  et autres sujets du même acabit. Il me semble qu’il se passe dans le monde des événements plus importants  que les états d’âme d’une poignée de multimillionnaires. Il se trouve que l’émission cette fois était intéressante : au lieu de poser un regard émerveillé et complice sur l’univers de la mode, elle a mis en exergue quelques travers condamnables. En particulier, la question de la maigreur des mannequins. En regardant une poignée de vieux barbons aller chercher en Russie des gamines de 12 ans et les évaluer comme des maquignons à la foire aux bestiaux avant de renvoyer la majorité d’entre elles en leur expliquant qu’elles étaient trop grosses, j’ai été prise d’un immense dégoût. Songent-ils aux ravages qu’ils peuvent créer dans l’esprit d’adolescentes fragiles en les accusant d’être en surpoids alors qu’elles pèsent 20 ou même 30 kilos de moins que leur taille ? Jusqu’où la mode va-t-elle ainsi déraper ? On a fait maigrir des jeunes filles de 17 ans jusqu’à les tuer, avant de comprendre que le fantasme d’une poignée de “créateurs” névrosés sur l’extrême maigreur ne pourrait être assouvi qu’avec des adolescentes non encore formées. Il me semble qu’on retrouve ici de manière extrême, ce triomphe de la communication et du mensonge que je dénonce en ayant le sentiment de hurler dans le désert. Mais je suis peut-être au fond la seule à me choquer de vivre dans un univers aussi trompeur qui va jusqu’à proposer comme emblème de la femme, des images qui en sont précisément à l’opposé. Et comme si cela ne suffisait pas, les photographes allongent ici une jambe, affinent un visage, gomment un grain de peau un peu trop apparent…Mais c’est de l’art me répondra-t-on ! A ce sujet, j’aime la définition de Kandinsky pour qui l’art est “l’expression de l’éternel objectif par le temporel subjectif”. En d’autres termes, l’expression par un artiste avec sa subjectivité et les moyens de son époque de quelque chose d’éternel et d’universel. Il me semble que les photos de mode ne résistent pas un instant au rapprochement avec cette définition.

Les errements de la presse féminine

Le reportage s’est également penché sur la presse féminine. Avec raison. D’ailleurs, peut-on encore parler de presse ? Celle-ci cumule tous les dérapages dont les journaliste doivent se garder. Ainsi voit-on une  patronne de presse surnommée la grande prêtresse de la mode en France recevoir mille hommages des couturiers, accepter quotidiennement un nombre incroyable de cadeaux de prix et encourager ses journalistes à faire de même, et le fin du fin, arrondir ses fins de mois déjà plus girondes que les mannequins qu’elle met en Une avec des missions de consultante auprès des couturiers. C’est ici le summum du mélange des genres, le cas d’école à présenter aux élèves journalistes pour leur expliquer ce qu’il ne faut pas faire : entrer dans un processus de starification qui ouvre la voie à toutes les manipulations, accepter des cadeaux de ceux dont on parle, se faire rémunérer par les mêmes en bondissant joyeusement du journalisme au conseil en marketing. Et comme si cela ne suffisait pas, on apprend que les couturiers qui paient à prix d’or une page de publicité dans le magazine auraient ensuite droit, aussi tacitement que sûrement, à figurer dans les pages pompeusement qualifiées de “rédactionnelles”, c’est-à-dire les photos de mode réalisées par le journal pour guider les lectrices dans leurs achats.   Je précise au passage que cette patronne de presse à la déontologie au-dessus de tout soupçon a également une influence sur le choix des mannequins et participe à ce goût pour les adolescentes non encore formées. Qu’un magazine féminin plaide sans états d’âme pour une vision de la femme qui précisément nie la femme, c’est-à-dire ses courbes, et qui surtout encourage des adolescentes à se soumettre à des régimes infernaux pour se rapprocher de ce modèle aberrant est scandaleux. Au surplus, c’est la preuve qu’il n’est plus dédié aux lectrices, mais captif de ses annonceurs. 

La grande menace

Mais, me direz-vous, je ne pensais tout de même pas que le presse féminine était indépendante ? Non. Je ne le pensais pas. Je savais que les cadeaux étaient l’usage pour s’attirer les bonnes grâces des journalistes, je savais que ce petit monde consanguin n’était pas fait pour encourager l’indépendance de la presse, je savais aussi à quel point ces titres sont florissants et croulent sous la publicité quand les autres pleurent les annonceurs disparus. C’est une chose de violer la déontologie, c’en est une autre de le faire avec tranquillité, c’est-à-dire de ne même plus avoir conscience des règles dont on s’affranchit. Pour tout vous dire, je crains que ces errements soient au portes du reste de la presse française. J’ai peur que les difficultés économiques ne repoussent peu à peu la frontière entre l’autorisé et l’interdit. L’offensive de la communication et du marketing est puissante. Il m’est arrivé plusieurs fois d’y être confrontée dans la presse économique. Telle entreprise fait de la publicité dans le journal, il va falloir en parler. Et hop, glissement de la pub vers le rédactionnel. Tel journaliste décide de faire un dossier sur une catégorie d’acteurs économiques, voici que le service pub du journal frappe à la porte pour savoir de quoi le journaliste parlera, qui il va interviewer, et court ensuite téléphoner aux sociétés concernées pour les en informer et leur placer de la pub.

Déontologie : état d’urgence

Rassurez-vous, nous sommes loin de la presse féminine, les gardes-fous existent et ils fonctionnent. Mais il me vient à l’idée qu’il est sans doute urgent d’adopter un code de déontologie des journalistes et de l’appliquer dans toutes les rédactions. Histoire de se mettre les idées en place et de pouvoir l’opposer à ceux qui refuseraient de comprendre ce qu’est l’indépendance de la presse. Toute l’économie ou presque aujourd’hui est dominée par les questions d’indépendance. Nos amies les banques qui doivent dresser des chinese walls entre leurs différents services et se dotent de déontologues, les auditeurs à qui l’on impose depuis Enron des contraintes drastiques, l’analyse financière, demain les agences de notation. Mais aussi les avocats, les juges, les autorités administratives, partout, l’indépendance est considérée comme le préalable indispensable au fonctionnement correct d’une activité ou d’une profession. Pour les journalistes aussi, c’est vital, mais ce n’est écrit et organisé nulle part. Il est sans doute temps de le faire avant que toute la presse ne finisse par se comporter comme la grande prêtresse de la mode en France. Espérons que le sujet sera abordé lors des Etats généraux de la presse qui se déroulent en ce moment.  Et pour être complète, je précise qu’il existe de nombreux textes en la matière. En France, nous avons une charte rédigée en 1918, il existe aussi un code international et une recommandation européenne, sans compter les tentatives des uns et des autres de rédiger des textes et les dispositions particulières adoptées par certaines entreprises de presse. Seulement voilà, tout ceci en France ne relève pour l’instant que du voeu pieux. Ces textes n’ont aucune force, leur violation n’est réprimée par personne.

Chasser les flibustiers

Indépendamment du risque que cela fait peser sur les professionnels de la presse, cela permet aussi à des flibustiers d’investir la profession en publiant des titres confidentiels spécialisés dont les méthodes ne sont rien d’autre que du racket. J’en connais un dans ma spécialité qui n’hésite pas à faire payer très cher les pages dites “rédactionnelles”, c’est-à-dire à demander aux experts qui écrivent chez lui de payer pour publier leurs articles. C’est une aberration pure. Les personnes qui écrivent occasionnellement dans un journal ne paient pas pour le faire, pas plus qu’il n’est envisageable de vouloir payer pour être interviewé.   Il se permet également d’organiser des trophés annuels qui commencent à avoir un certain retentissement. Pour figurer parmi les lauréats, il faut payer, pour assister à la remise des prix, il faut encore payer. Et tenez-vous bien, comme il est malin, il arrive à attirer des personnalités et même des politiques qui participent à sa grand-messe annuelle sans se douter de ce qu’elle peut avoir de contestable.   Evidemment, cela va à l’encontre des enquêtes et classements réalisés par un journaliste indépendant qui va effectuer un travail d’investigation et livrer à ses lecteurs un classement objectif et indépendant. Bien sûr, le tirage de cette publication est ridicule, de l’ordre de quelques milliers d’exemplaires tout au plus. Mais elle contribue à brouiller dans l’esprit des lecteurs l’image de la presse et du métier de journaliste. A ma connaissance, il n’existe aucun moyen pour l’arrêter. Je sais également que ses méthodes sont en train de faire école chez d’autres voyous sans foi ni loi qui briguent la carte de presse et jouent sur la vanité humaine pour remplir les caisses de leurs prétendus magazines. Ils ont compris que certains seraient prêts à faire n’importe quoi pour avoir leur nom et leur photo imprimés dans un journal et ils en jouent. 

Bien souvent, on se penche sur l’indépendance et la déontologie lorsqu’une crise révèle ce que leur absence peut avoir de dévastateur. C’est ce qui s’est passé par exemple avec les commissaire aux comptes dont les règles professionnelles ont été entièrement revues après le scandale Enron. Faudra-t-il donc attendre un séisme du même acabit touchant la presse française pour que tout le monde se réveille ? J’ai peur alors que nous n’attendions longtemps…

(1) Caroline m’a fait remarquer, à juste titre, que le magazine dont je parlais était Enquête exclusive et non Envoyé spécial comme je l’avais indiqué à tort dans la version initiale de l’article. 

 

Et n’oublions pas la crise : Décidément, les marchés ont décidé de battre tous les records. Après avoir connu des chutes vertigineuses, les grands indices boursiers s’offrent des rebonds historiques. Le CAC 40 a clôturé hier à +11,18%, le Dow Jones à +11,08%, mais c’est le Nikkei qui remporte la palme avec un bond de 14,15%. 

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