L’une des grandes critiques émises contre les journalistes est liée à leur soi-disant manque de culture, lequel transparaîtrait en particulier dans leur vocabulaire. Admettons. Je suis la première à constater dans les domaines que je connais des imprécisions, voire des inexactitudes chez mes confrères. Le réflexe classique dans ce genre de situation consiste à rejeter en bloc l’information au motif qu’une erreur de vocabulaire laisse supposer une incompréhension de fond, résumée généralement par le fameux : “quels imbéciles ces journalistes !”.
Les “jugements” de la Cour de cassation ?
Laissez-moi vous conter une petite anecdote sur ce sujet. J’ai assisté il y a quelques jours à un colloque juridique très savant qui durait une après-midi et réunissait autour d’un thème de droit économique des universitaires, des magistrats de haut rang et des avocats spécialisés. Au milieu de cet aréopage, figurait un expert non moins talentueux, mais issu d’un métier purement économique. Voici que ce Monsieur prend la parole pour expliquer la réglementation applicable à sa profession et utilise à plusieurs reprises le terme de “jugement” pour désigner les décisions de la Cour de cassation. Le public, essentiellement composé de juristes, a froncé le sourcil. Pour les “mékesskidi” chers à Eolas (dont je salue ici l’admirable et drôlissime invention terminologique), on ne parle pas de “jugements” de la Cour de cassation mais “d’arrêts“. C’est ainsi, il faut le savoir et, connaissant ce monsieur personnellement, je pense qu’il le savait. Mais quand on n’a pas l’habitude d’utiliser certains mots, quand ils n’entrent pas dans votre culture professionnelle, eh bien parfois, ils vous échappent. Je gage que si cet expert accueillait des juristes lors d’un colloque dans sa spécialité, il sourirait à son tour de leurs approximations terminologiques. Son intervention était-elle pour autant fausse ou dénuée d’intérêt ? Pas du tout, sur le fond son discours était exact. J’ai alors pensé à vous et je me suis dit que cela valait bien un billet.
S’approprier le vocabulaire
Vous le savez, je suis juriste. Pour moi, parler d’un “arrêt de la Cour de cassation” est aussi naturel que de dire “bonjour” ou “bonsoir”. Au bout de six ans d’études et après trois ans d’exercice professionnel, on s’approprie définitivement le vocabulaire de son métier. Il est alors facile de stigmatiser ceux qui font des erreurs en vertu du fameux réflexe : “si moi je le sais, tout le monde doit le savoir”. C’est oublier un peu vite que ce que l’on sait aujourd’hui, on l’ignorait hier. C’est oublier aussi qu’on ne s’approprie réellement un vocabulaire technique qu’à force de l’utiliser, comme une langue étrangère. Prenons un autre exemple issu de mon expérience. Il y a quelques années de cela, j’ai dû me plonger dans la réglementation ô combien passionnante de la finance. Ce qui suppose de comprendre le fonctionnement de cette industrie, à commencer par son vocabulaire. Je me suis fabriqué un lexique, j’ai travaillé, suis revenue inlassablement sur les mécanismes pour les comprendre et surtout les assimiler (vous savez le Leverage buy out ou LBO, les financements mezzanine, la titrisation, les fonds ARIA, ARIA EL, l’amortissement du goodwill et autres joyeusetés etc). Mais il m’a fallu du temps pour m’approprier le vocabulaire et rendre son utilisation aussi naturelle que si je l’avais toujours connu et pratiqué. Il me semble que c’est là que se situe la grande difficulté du journalisme. A fortiori dans un monde qui ne cesse de se compléxifier.
Les risques du métier
“Vous plaidez donc pour l’approximation, l’imprécision et la médiocrité ?” me rétorqueront certains esprits chagrins. Bien sûr que non. Et aucun journaliste digne de ce nom ne plaiderait en faveur d’une pareille cause. Je voudrais simplement relativiser un tout petit peu l’indignation que suscitent les erreurs terminologiques de la presse. Même spécialistes des domaines que nous traitons, nous ne sommes pas des praticiens, le vocabulaire que nous utilisons n’est pas tout à fait le nôtre. Par ailleurs, j’aimerais corriger quelques idées reçues. D’abord les journalistes ne sont pas les incultes que l’on imagine. Depuis des années, ils sont recrutés à un niveau Bac + 5 pour une raison simple, le métier fascine encore, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, on a donc tendance à prendre les plus diplômés : université, prépas, Sciences Po etc. Sans compter que nombre de journalistes spécialisés ont un profil semblable au mien, c’est-à-dire une formation dans la matière et une expérience professionnelle. Ensuite, les journaux sont bien conscients de l’importance de publier des articles de bonne tenue, sans faute d’orthographe, de syntaxe ou de grammaire et utilisant le vocabulaire approprié. Avant parution un article est relu par le chef de service, par le rédacteur en chef adjoint en charge du département, et s’il est “sensible” par le rédacteur en chef, voire le directeur de la rédaction. Il passe également entre les mains d’un correcteur et/ou d’un secrétaire de rédaction. Certaines bourdes peuvent passer ces filtres. Eh oui, aucun système n’est infaillible. Il subsiste donc malheureusement des fautes d’orthographe et autres inexactitudes. S’agissant des erreurs de vocabulaire, dans ma spécialité, les rédacteurs en chef ont pris l’habitude de m’appeler quand ils veulent faire une coupe si l’article est trop long, changer une phrase ou préciser une idée. Ils savent en effet que le droit est un domaine sensible dans lequel une erreur est vite arrivée. Cela signifie que si je me trompe, personne ne peut me corriger. Mais à l’inverse aussi, si on me corrige sans me demander mon avis, on peut ajouter une erreur.
Non les journalistes n’aiment pas les erreurs
Mes chers esprits chagrins observeront que, malgré tout, les erreurs demeurent impardonnables. Si vous saviez le nombre de fois où j’ai vu des rédacteurs en chef blêmes de rage et au bord de la crise cardiaque parce qu’ils venaient d’apercevoir une faute dans leur journal. Si vous saviez les coups au coeur que j’ai pu ressentir en découvrant dans un de mes articles une erreur. Je me souviens encore d’avoir écrit il y a dix ans “à corps et à cris”. Je n’ai pas oublié les quelques fautes que j’ai pu commettre malgré tout le soin que j’avais mis à les éviter. Pas plus que les lecteurs, nous n’aimons les erreurs, nous sommes bien conscients qu’elles nous décrédibilisent, qu’elles réduisent à néant le mal qu’on s’est donné à rédiger un article. Mais nous savons aussi que, malheureusement, elles sont un risque permanent, lié au métier, à l’urgence qui bien souvent le caractérise, à la nécessité de comprendre vite et d’expliquer encore plus vite un fait d’actualité. Ce risque, nous ne pouvons au mieux qu’essayer de le réduire au minimum. Et c’est ce que nous faisons. Cela étant précisé, certains de mes confrères me feront observer qu’en ces temps de disette la tentation est grande de réduire les effectifs, notamment en faisant des coupes claires chez les correcteurs et les SR. Je ne crois pas que les correcteurs d’orthographe puissent remplacer ces admirables spécialistes de la langue et de ses difficultés. Et pour une fois je vais militer, après tout, ce sont les Etats généraux de la presse en ce moment : préservons ces métiers, ils ont un rôle stratégique à jouer dans la qualité du travail qu’on exige de nous.
bonjour , le dernier paragraphe est un pur bonheur . l’exception a la règle doit être ce quotidien de l’ouest de la France . A leur décharge, le service de correction est réduit a la portion congrue et voué a la disparition . Grâce à ces mesures d’économies la rubrique “rue des Petites Perles” du Canard enchaîné est régulièrement alimenté , pour mon plus grand plaisir .
Comment par long — 20 octobre 08 @ 14:28
“à corps et à cris”: tiens, je l’aurais faite, celle-là.
Et je ne suis pas le seul:
“à corps et à cris”: 15,300 hits sur Google
“à cors et à cris”: 3,940 hits sur Google
La plupart des gens doivent faire l’erreur, donc. :p
Cat
Comment par Cat — 20 octobre 08 @ 14:51
Bonjour ma chère,
je ne peux que vous approuver totalement. Même si moi même j’ai du apprendre à ne pas voir les journaliste comme un ramassis d’incultes, contrairement à ce que la télévision tend à faire croire parfois.
Si cependant je pardonne volontiers aux journalistes une imprécision – du moment qu’elle ne soit pas importante – ce qui me hérisse, c’est quand je trouve dans un article, voire dans plusieurs articles d’un même auteur, des fautes d’orthographe. J’ai lu une fois un article pas si long du Monde où se trouvaient, sans mentir, pas loin de 10 fautes…
Cependant, j’ai l’impression que cet article, vous l’avez aussi écrit pour un certain Semantix… Me trompé-je ? ( http://laplumedaliocha.wordpress.com/2008/10/14/et-la-deontologie-bon-sang/#comment-960 D’ailleurs, à relire son premier commentaire, je remarque qu’il n’a pas fait dans la dentelle !)
Comment par Triskael — 20 octobre 08 @ 14:54
@ Aliocha
Avant parution un article est relu par le chef de service, par le rédacteur en chef adjoint en charge du département, et s’il est “sensible” par le rédacteur en chef, voire le directeur de la rédaction. Il passe également entre les mains d’un correcteur et/ou d’un secrétaire de rédaction. Certaines bourdes peuvent passer ces filtres. Eh oui, aucun système n’est infaillible.
C’est la théorie de la catastrophe des tranches de gruyère (plutôt d’emmental,le gruyère étant peu voir pas troué) bien connue dans l’aéronautique.
Chaque intervenant (humain ou matériel) est une tranche de fromage considérée imparfaite et comportant inévitablement des trous plus ou moins gros et plus ou moins repartis.
) rentrant dans un des trous du “dessus” se retrouve au “dessous” de la derniere couche , il y aura “probleme”.
Si l’empilement des couches permet à un element “toxique” (c’est un terme à la mode
HS (parait que c’est possible ici ! )
Comme Eolas avait démystifié le cout de ses honoraires,
Aliocha , envisager vous un jour sans tabou faire un billet sur les petits ou gros avantages/privilèges/contraintes accordés aux journalistes ?
Je crois que l’abattement fiscal de 20 ? 30 ? % n’existe maintenant plus mais qu’il a été remplacé par des dispositions toujours intéressantes
Aliocha : J’ai déjà donné ces précsions dans un commentaire, je le refais et hop : l’abattement qui était je crois de 30% a disparu il y a quelques années (4,5 ou 6 je ne sais plus), il est remplacé par une déduction des revenus annuels de 7650 euros. Ce qui ressemble à une disparition programmée. Par ailleurs, notre carte de presse nous donne accès gratuitement aux musées. C’est tout. Ensuite, il y a les pratiques de chaque rédaction et de chacun face aux cadeaux, voyages de presse etc. En principe, on doit refuser ces “avantages” destinés à s’attirer nos bonne grâces. En pratique, c’est différent.
Comment par draftbold — 20 octobre 08 @ 15:02
Arrêtons de prendre les lecteurs pour des imbéciles… Votre article est intéressant mais je trouve qu’il y a une différence entre une faute d’orthographe et une erreur lexicale. Vous êtes, particulièrement dans des domaines techniques, le lien entre le public est l’information, il est primordiale de ne pas commettre de grosse faute comme celle que vous citez en exemple.
Aliocha : Sans “e” primordial dans “il est primordial”
Comment par michel23 — 20 octobre 08 @ 15:24
@ michel23
j’ajoute à la remarque d’Aliocha : …le lien entre le public “ET” l’information…
Comment par Phedra — 20 octobre 08 @ 17:58
“notamment en faisant des coupes claires chez les correcteurs et les SR”
SR ? qu’est-ce donc ?
Aliocha : oups, flagrant délit de jargonnage ! SR est l’abréviation de secrétaire de rédaction. C’est un journaliste qui est chargé de recevoir les copies, et de mettre en forme l’article pour le rendre lisible, notamment en faisant les titres, inter-titre, chapeau (les quelques lignes de présentation du contenu en tête d’article qu’on appelle nous “chapô”). Comme il relit pour faire ce travail, il s’assure de la cohérence des informations, peut corriger le style, vérifie l’orthographe, la grammaire etc. C’est en général le grand sage d’une rédaction, celui qui travaille avec un dictionnaire des difficultés de la langue française et qui rappelle par exemple que s’il est d’usage de parler de coupes sombres, en réalité, on se trompe. Chez les forestiers, la coupe sombre est une coupe d’arbres légère qui n’éclaircit pas l’endroit taillé alors que la coupe claire au contraire consiste à abbattre beaucoup d’arbres et fait entrer la lumière. La confusion est née du fait que le mot sombre semblait mieux rendre compte de ce qu’on voulait dire. Personnellement, j’adore les professionnels qui maîtrisent ces finesses de la langue (précision destinée à l’ensemble des lecteurs puisque j’ai relevé que vous ne m’interrogiez pas sur ce point et que vous connaissiez donc sans doute cette petite finesse
)
Comment par VLF — 20 octobre 08 @ 18:27
Ha l’appropriation du vocabulaire… Certes cela fait penser à Sémantix, mais ça n’est que la REITERATION d’un débat vieux comme le monde. Personne ne donne le même sens au même mot.
Quand aux grincheux qui refusent de comprendre un sens parce qu’il ne correspond pas exactement au sien, laissez les donc troller.
Comment par Adrien — 20 octobre 08 @ 19:16
Bonjour Aliocha,
Je lis votre blog avec un grand intérêt depuis le début, mais là, votre connaissance de la différence entre “coupe claire” et “coupe sombre” m’incite à intervenir pour vous dire tout le bien que j’en pense. Le billet précédent sur les pseudonymes m’a aussi interpellée, beaucoup de gens pensent qu’un message sous pseudonyme est un message anonyme, alors que ce n’est pas du tout la même chose.
Sinon, pour revenir dans le sujet, j’aimerais bien que vous expliquiez à vos confrères (voirE à vos consoeurs) qu’on dit : “Je ne suis pas PRÈS de l’oublier” et non “Je ne suis pas PRÊTE de l’oublier”.
Merci d’avance, et encore félicitations pour votre blog.
Comment par wodilia — 20 octobre 08 @ 19:18
Bonsoir Aliocha,
Et si seulement les journalistes étaient les seuls concernés par des remarques plus ou moins utiles, faites par tous ceux qui prennent plaisir à relever chez les autres les erreurs les plus infimes.
Le pire étant sans doute que la plupart du temps ces remarques portent sur des points non significatifs, comme si leurs auteurs trouvaient dans le seul plaisir de les faire la raison ultime de rétablir une Vérité (avec un énorme V) qu’on aurait bafouée.
Je confesse que j’ai du mal à supporter ces ayatollahs de la vérité… enfin de leur vérité.
PS: l’erreur sur l’emploi du mot “jugement” pour désigner un arrêt de la cour de cassation est d’autant plus excusable que les codes de procédures désignent par jugement ce qui peut aussi bien être un arrêt de cour d’appel. Alors…
Comment par tschok — 20 octobre 08 @ 20:17
à propos des comptes rendus d’arrets dans la presse généraliste : qu’un journaliste non spécialiste ne respecte pas la terminologie juridique ne me gène pas à partir du moment où les informations contenues dans l’article permettent à un juriste normalement avisé de retrouver les véritables qualifications et de bien comprendre la situation. En revanche il y a toujours une frustration quand l’article ne parvient pas à restituer le contenu de l’argumentation.
Comment par xtph — 20 octobre 08 @ 20:55
Après tout, même Voltaire, à son éditeur lui reprochant de trop nombreuses fautes d’orthographe, avait répondu: “c’est votre affaire, pas la mienne”.
Comment par Moi — 20 octobre 08 @ 21:56
Bravo pour ce plaidoyer juste et construit, rappelant un des efforts du métier.
Une infime remarque, puisqu’on célèbre ici la justesse des mots : Complexifier n’est pas nécessaire. Compliquer suffit.
Merci Aliocha.
Aliocha : vous avez raison, à bas le “complexifier”, n’hésitez pas à traquer chez moi ce qui pollue mon expression, je suis toujours avide d’apprendre à écrire mieux
Comment par Martin — 20 octobre 08 @ 23:37
Au risque de me prendre une volée de bois verts (en ce moment faut pas trop les taquiner les magistrats), je trouve amusante cette préciosité légendaire propres à certains corps de métiers et dont les approximations terminologiques offensent les chastes oreilles des spécialistes… surtout dans le monde judiciaire.
Cela m’amuse d’autant plus qu’il m’est arrivé de lire des jugements et des arrêts, et d’avoir trouvé non pas des approximations linguistiques mais des petites coquilles : fautes, erreurs dans les dates, mots techniques et noms mal orthographiés… Le spécialiste passera sur ces “détails” et comprendra l’essentiel alors que la compréhension de la chose par le lecteur final, le justiciable, sera encore plus ardue. Certes, le manque légendaire de moyens de la justice en sont un peu la cause.
Chez Eolas (encore lui), j’avais rapporté cette anecdote amusante que mon oncle, ancien avocat et bâtonnier, m’a racontée. Il est retraité et occupe maintenant son temps bénévolement comme juge d’un tribunal de contentieux de la sécurité sociale. Il est donc amené à juger des affaires du genre : Mme X, enceinte conteste le refus de son congé maternité, ou de Mr Y, ouvrier dans le bâtiment, en arrêt maladie voulant faire reconnaître sa maladie comme d’origine professionnelle.
Là où les choses se compliquent, c’est que les affaires s’enchainent dans un rythme infernal, et lorsqu’une affaire vient d’être jugée, le “brouillon” du jugement est prestement confié à une secrétaire disponible mais déjà surchargée de travail qui va le dactylographier entre deux autres affaires pour le remettre illico presto aux parties.
Pour gagner du temps, c’est bien connu, les secrétaires jonglent avec le bon vieux Copier-Coller à partir d’une trame de jugement type…
Et c’est ainsi qu’il arrive de retrouver Mr Y, ouvrier dans le bâtiment, au milieu d’une affaire de congé de maternité, ou Mme X, enceinte, les pieds dans un chantier du bâtiment…
Le Droit, en plus des approximations terminologiques, des fois c’est pas simple à suivre !
Comment par Oeildusage — 21 octobre 08 @ 01:44
Sur la disparition prochaine des SR, un problème qui me touche personnellement, le NYT :
http://www.nytimes.com/2008/06/16/opinion/16mon4.html?_r=2&oref=slogin&oref=slogin
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 07:33
Sur la disparition prochaine des SR, un problème qui me touche personnellement, le NYT :
http://www.nytimes.com/2008/06/16/opinion/16mon4.html?_r=2&oref=slogin&oref=slogin
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 07:35
Il est tôt, je vais me mettre au travail, comme chaque matin. Je vais travailler cette fois-ci sur un journal que je ne nommerai pas. Je vais le lire, le relire, et peut-être une fois de plus encore, puis l’envoyer au correcteur, et puis, et puis. Je vais faire de mon mieux, comme chaque jour. Il est possible qu’à la fin, en dépit de toute cette somme de travail accumulé, en dépit de cette patience, pas seulement la mienne, il reste une coquille ou deux : j’en ai vu, j’en ai fait moi-même. Je présente mes excuses, toutes et les plus plates, pour les fautes que j’ai commises, et par avance pour celles, nombreuses, que je commettrai dans l’avenir. Toutefois, rien ne m’agace plus qu’un lecteur qui, ayant lu le début d’un article ou d’un journal, tombe sur une faute d’accord et, rageur, jette le journal en disant : “Les journalistes sont tous des nuls”, et cesse de lire. Je sais que je suis un professionnel et qu’à ce titre je ne suis pas uniquement tenu à des “obligations de moyen”, mais aussi de résultat. Cette faute, ce petit s manquant, ce petit e en trop, est pour moi réellement douloureuse quand je la remarque ou quand on me la signale (c’est plus rare, la plupart des fautes, même grosses, passent inaperçues). Elle est bien plus pénible encore, cette faute, si je vois que le lecteur s’arrête là, si pour ce petit s, ce petit e, il interrompt sa lecture : cette faute a compromis l’article entier, comme une punaise dans un panier de framboises, et qui vous en dégoûte. Mais ce lecteur si exigeant, ce lecteur qui me rappelle sans cesse à mes obligations professionnelles, ce lecteur si facilement “janséniste des autres”, ne pourrait-il pas faire la distinction entre péchés véniels et mortels, entre la faute qui compromet le sens, et celle que le lecteur “corrige de lui-même”. Si le secrétaire de rédaction a laissé passer une faute, assurément il n’a pas fait son travail, mais le lecteur qui s’arrête là, a-t-il fait le sien ? Est-il jésuite de lui rappeler qu’il faut aussi savoir lire “d’un œil bienveillant” ? Car s’il y a des reproches à faire à la presse, ils sont assurément plus graves, bien plus importants que cette petite faute-là, ils touchent bien plus au fond. Cette petite faute est toujours là, je n’ai rien pour ma défense : je dirai que j’ai fait de mon mieux, on me répondra que ce n’est pas assez, j’en conviens. Mais ce lecteur qui ne s’est pas donné la peine de distinguer l’essentiel de l’accessoire, on ne lui dira rien, il est en droit d’attendre plus et mieux, et à nouveau j’en conviens. Je connais l’importance des détails où le diable se niche, je sais ce que vaut l’orthographe, je suis payé pour ça, mais si le lecteur a compris ce qu’on veut lui dire, s’il n’a pas pu faire autrement que comprendre, je me sens à moitié pardonné. Je suis professionnel, le lecteur est bénévole, j’aimerais parfois qu’il le soit vraiment : bene volens, “de bonne volonté”.
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 08:47
Tiens ça me rappelle la plus belle bourde de mon beau frère qui est journaliste dans un journal régional , il a réussi à titrer au moment de la sortie du film de Spielberg : “Il faut tuer le soldat Ryan” et personne ne l’a vu avant la publication!
Comment par Mussipont — 21 octobre 08 @ 09:05
Je vois, Mussipont, qu’il ne sert à rien d’en appeler à la charité…
Aliocha : Ne vous inquiétez pas, Mussipont n’est qu’un gentil provocateur, le connaissant, l’erreur a du l’enchanter par sa drôlerie sans qu’il y ait de critique du métier derrière
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 09:13
J’ai 36 ans et ma formation ne me permet pas de voir la plupart des fautes d’orthographe lorsque je lis le journal; les fautes de grammaire, les fautes lexicales, oui et de ce fait celles-ci me semblent plus grave..! En revanche les générations du dessus les repèrent aisément. Ainsi mes ailleuls me montrent les nombreuses fautes de libé et n’en trouvent pas pour leur plus grand bonheur dans le canard. S’il y a des différences conséquentes entre les journaux, n’est-ce pas que les moyens mis en oeuvre pour aboutir au résultat sont différents?
Comment par prof — 21 octobre 08 @ 09:16
Il y a en effet des différences entre Libé et la Canard. La première est que le Canard est un hebdo et Libé un quotidien. Comparons ce qui est comparable.
NB : mes aïeux !
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 09:22
La Canard affaiblit singulièrement l’argument…
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 09:27
@Toto_SRàRien : Nul esprit de provocation malsaine dans mon commentaire, juste l’envie de faire sourire…
Sachez que le premier à rire de cette bourde fût mon beau frère et nous avons fébrilement épluché ensemble les Canards Enchainés des semaines suivantes pour voir si sa coquille avait l’honneur d’une reprise mais, hélas, elle a échappé à la voracité du palmipède du mercredi!
A titre personnel, les fautes d’orthographe ou de grammaire ne me dérangent nullement vu que je ne suis pas vraiment un spécialiste de la matière. Il est vrai que les approximations que je rencontre de temps à autres dans les articles portant sur les domaines que je connais un peu ont tendance à m’agacer mais comme ce sont en général des domaines qui intéressent peu le grand public je fais contre mauvaise fortune bon coeur et je me satisfais qu’il soit abordé. Etant d’un naturel optimiste, je sais me contenter du verre à moitié plein (surtout si c’est un Pomerol).
Comment par Mussipont — 21 octobre 08 @ 10:29
@Aliocha
On peut critiquer le métier. Il est là pour ça. Mais je préférerais qu’on le fasse pour de bonnes raisons, il y en a, pas pour des couilles de mouche.
Aliocha : c’est aussi mon souhait, mais je vous promets qu’il ne faut pas s’offenser des propos de Mussipont, sinon, merci et bravo pour votre com’17 qui m’a touchée au coeur.
@Mussipont
Un Pomerol, voilà une bonne idée. J’ai du monde ce soir et un château La Conseillante qui attend son heure depuis plusieurs années. Je vais nous carafer ça. Je le boirai en méditant à vos sarcasmes.
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 11:00
@Toto_SRàRien :Je suis heureux de vous avoir donné une bonne idée pour ce soir mais ne pensez surtout pas à mes sarcasmes en le dégustant, pensez fleurs, fruits et terroir…
Et si je puis à mon tour vous conseiller, essayez à l’occasion le “Clos René”.
Comment par Mussipont — 21 octobre 08 @ 11:06
@Aliocha
Je ne m’offense pas. Je ne peux pas : “It’s a merry good fellow”
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 11:17
He, pas It
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 11:18
Rien de mieux qu’une bonne bouteille, même virtuelle, pour aplanir les différends entre honnêtes gens!
Comment par Mussipont — 21 octobre 08 @ 11:28
différenTs. Le métier parle.
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 11:34
@Toto_SRàrien : J’ai utilisé le mot “différend” dans le sens de “différend (nom masculin) Discussion, contestation.” Mais peut être que l’expression s’écrit “aplanir les différents”, je n’en sais rien, je suis trop mauvais en orthographe pour venir vous chicaner.
Comment par Mussipont — 21 octobre 08 @ 12:06
Donc “différents” avec un T, c’est moi qui suis chicaneur, c’est mon métier. La Conseillante est sortie de cave, c’est un 86, du très sérieux.
Fichtre ! Une discussion sur les subtilités du français accompagnée d’ un grand vin, c’est de la provocation pure !
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 12:36
Et bien vous pourrez boire votre prometteuse La Conseillante 1986 à la santé d’un mussipont qui se couchera moins ignorant qu’il ne s’est levé et bien sûr à celle de notre Aliocha qui aura permis cela!
Aliocha : J’avais déjà indiqué à Dadouche que la littérature était une invitée permanente ici, j’y ajoute le vin. C’est qu’on va finir pas être drôlement bien non ?
Comment par Mussipont — 21 octobre 08 @ 13:30
@ Aliocha, com’ 13:
je ne traque pas plus que vous bénévolement les fautes jolies ou les erreurs grossières. Chaque mois, j’en fais mon affaire et m’en nourris grassement.
Ceci dit, il fait plutôt bon venir lire par ici…
Aliocha : j’ai bien compris en visitant votre site. Je voulais simplement dire que je ne vous confondais pas avec un vulgaire Torquemada de la toile et que j’accepterai vos corrections sans m’offenser
Comment par profdecriture — 21 octobre 08 @ 14:59
Des nouvelles de La Conseillante ? Admirable. J’y retourne.
Aliocha : Grrrrrrrrr !
Comment par Toto_SRàRien — 21 octobre 08 @ 21:37
Ha, voilà (en aparté) une vraie lacune des blogs : l’immobilité temporel alors que l’actualité continue, va, viens et reviens sur un sujet.
Je reviens donc sur cet ancien billet déjà vieux et périmé de … 4 jours !
Un blog c’est aussi passionnel que éphémère.
En illustration parfaite avec mon commentaire n° 14, avez-vous entendu cette dernière anecdote judiciaire du jour qui concerne un violeur récidiviste remis en liberté ?
(http://www.leparisien.fr/une/un-dangereux-violeur-remis-en-liberte-par-erreur-24-10-2008-287129.php)
A cause (ou grâce) à une erreur du greffier qui a écrit par erreur en fin de jugement “infirme” au lieu de “confirme” le présumé innocent a recouvré la liberté.
Quand je vous disais que le “Copier-Coller” était l’ennemi de l’écrit, surtout dans le monde judiciaire !
Comment par Oeildusage — 24 octobre 08 @ 13:59
@Toto_SRàRien (31)
Le monde daté du 26/27 oct. page 10 ( “Le FMI débloque 2.1 milliards de dollars pour l’Islande”) écrit :
“Islandais et Britanniques n’ont pas résolu leur differenD sur le dédommagement des clients d’Icesave,la filiale d’une banque islandaise en Grande-Bretagne”.
J’en déduis que vous n’êtes pas SR au Monde
mais peut-être je n’ai rien compris à cette histoire de différend-différents.
Comment par Phedra — 26 octobre 08 @ 05:40
Je suis globalement d’accord avec vous sur ce développé. Déjà, il est clair qu’en tant que lectrice, il m’est souvent arrivé de sauter sur une erreur / approximation d’un journaliste en critiquant dans ma tête son manque de connaissance (jamais sur les erreurs d’orthographe ou de grammaire … étant moi même trop sujette à ce souci). Et j’admets volontiers que la plupart du temps, c’était très largement exagéré et qu’il était clair en lisant l’article que le journaliste l’avait fait avec sérieux.
Pour autant, je regrette l’approche communément appliquée par le monde journalistique quand il parle du monde des geeks… Là, sincèrement, il m’a toujours été très difficile de ne pas pouffer de rire. Quand je lis ou j’entends un journaliste “grand public” parler de World Of Warcraft ou de GTA4, du matériel informatique dernier cri ou même du Web 2.0… Ce ne sont pas seulement les erreurs de fond ou les approximations qui me choquent (quoique un peu quand même) mais aussi la somme de préjugés et de simplifications… A croire qu’aucun journaliste n’a pris le temps de parler à un geek. Si quelqu’un sait pourquoi…
[Geek : Stéréotype décrivant une personne passionnée par un domaine précis. L'archétype le plus célèbre du geek est celui du jeune féru d’informatique, de jeu vidéo et/ou de jeux de rôle. ]
Comment par Mess — 26 octobre 08 @ 20:33
@Phedra
Vous avez raison, c’est moi qui me trompe. Je me souvenais qu’il y avait une embrouille sur ce mot. Et comme d’hab, je suis resté sur la mauvaise solution. Mea culpa.
Comment par Toto_SRàRien — 26 octobre 08 @ 23:17
@Phedra
En effet, je ne suis pas au Monde. Je fais du magazine.
Comment par Toto_SRàRien — 26 octobre 08 @ 23:18