La Plume d'Aliocha

02/07/2014

Info bingo

Il y a parfois des événements qui entrent en collision et déclenchent une réflexion.

Très en forme, le site de France Télévision a mis en ligne cet après-midi un "Sarko Bingo". Le principe du jeu est le suivant  :

"Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy monte au créneau dans une affaire au sein de laquelle son nom est cité. Après 15 heures de garde à vue dans celle des écoutes et une mise en examen pour corruption active, trafic d’influence actif et recel de violation du secret professionnel, l’ancien président s’exprimera, mercredi 2 juillet, sur Europe 1 et TF1. 

A chaque fois, Nicolas Sarkozy a adopté la posture de la victime, blessée mais encore battante, dénonçant "une instrumentalisation" de la justice contre lui. Voici quelques unes des phrases que vous pourrez très probablement entendre et cocher en écoutant son interview". 

Suit un tableau que je vous laisse découvrir. Sur twitter d’aimables internautes m’ont indiqué qu’il y avait d’autres Sarko Bingo en circulation, notamment celui de Rue89.

Qu’un site à l’ADN  irrévérencieux comme Rue89 propose ce genre de distraction ne me choque pas plus que cela. C’est plus déstabilisant de la part de France Télévision dont on attend, me semble-t-il, autre chose de plus sérieux. Au-delà d’une éventuelle pique entre concurrents (Sarkozy a choisi le JT de TF1…), c’est peut-être aussi un constat d’impuissance qu’il faut deviner dans cette moquerie journalistique à l’égard de l’ancien Chef de l’Etat.  Impuissance par exemple des médias à résister à leur instrumentalisation dans le cadre d’une procédure judiciaire…On se souvient à ce sujet des interviews larmoyantes de DSK, Cahuzac, Kerviel et plus récemment Lavrilleux. C’est devenu mécanique, la justice vous ennuie ? Hop on file à la télévision appeler le téléspectateur à l’aide. Au grand match médias contre justice, cette dernière continue de gagner, discrètement mais surement. Jusqu’à quand ?

Et cela m’amène à mon deuxième événement.

Figurez-vous que pendant que l’internaute joyeux s’amusait à jouer au Sarko Bingo, on apprenait que la Cour de cassation venait de donner définitivement tort à Mediapart au sujet de la publication des enregistrements Bettencourt. Eh oui, les enregistrements à l’origine du feuilleton judiciaire du jour. Nicolas Sarkozy est soupçonné en effet d’avoir tenté de savoir ce qu’allait décider la Cour de cassation à propos de la saisie des agendas présidentiels dans l’affaire Bettencourt.

Voici un extrait de l’arrêt prononcé par la première chambre civile :

"Mais attendu que l’arrêt, après avoir rappelé que l’article 10 de
la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales dispose que la liberté de recevoir et communiquer des
informations peut être soumise à des restrictions prévues par la loi et
nécessaires, dans une société démocratique, à la protection des droits
d’autrui afin d’empêcher la divulgation d’informations confidentielles, retient
exactement qu’il en va particulièrement ainsi du droit au respect de la vie
privée, lui-même expressément affirmé par l’article 8 de la même
Convention, lequel, en outre, étend sa protection au domicile de chacun ;
qu’il s’ensuit que, si, dans une telle société, et pour garantir cet objectif, la loi
pénale prohibe et sanctionne le fait d’y porter volontairement atteinte, au
moyen d’un procédé de captation, sans le consentement de leur auteur, de
paroles prononcées à titre privé ou confidentiel, comme de les faire connaître
du public, le recours à ces derniers procédés constitue un trouble
manifestement illicite, que ne sauraient justifier la liberté de la presse ou sa
contribution alléguée à un débat d’intérêt général, ni la préoccupation de
crédibiliser particulièrement une information, au demeurant susceptible d’être
établie par un travail d’investigation et d’analyse couvert par le secret des
sources journalistiques, la sanction par le retrait et l’interdiction ultérieure de
nouvelle publication des écoutes étant adaptée et proportionnée à l’infraction
commise, peu important, enfin, que leur contenu, révélé par la seule
initiative délibérée et illicite d’un organe de presse de les publier, ait été
ultérieurement repris par d’autres".

Le site Mediapart annonce qu’il va saisir la Cour européenne des droits de l’homme. On reconnait bien là le singulier manque d’humour d’Edwy Plenel.  C’est fini le temps des chiens de garde de la démocratie. Terminé. Nous entrons dans l’ère de l’info bingo. Et ça va rapporter très gros !

26/06/2014

Euthanasie, naze, nazi…

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 20:41
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Bernard Kouchner n’utilise plus le mot "euthanasie", il l’a confié ce matin à Patrick Cohen sur France Inter. Pourquoi, me direz-vous ? Parce que, je cite : " D’abord, il y a le mot nazi dedans, ce qui n’est pas très gentil. Et puis on a tout de suite l’impression qu’il y a une agression, qu’on va forcer les gens ». Je me suis frotté les yeux, quand j’ai lu ça. Et puis j’ai songé à une blague du Gorafi. En fait, non. Bernard Kouchner a vraiment dit : "dans euthanasie, il y a nazi". Alors j’ai eu une pensée pour mon ami Philippe Muray, ce génial critique des médias. Je dis "mon ami" non parce que je l’ai connu, mais parce que j’ai passé tant de nuits à rire en le lisant, il a mis tant de mots justes sur des impressions, exprimé tant d’idées magistrales, qu’il est devenu un intime.

Là où tu es, tu dois bien rire, hein, Philippe. Toi qui écrivais "les anecdotes grotesques se succèdent à un rythme d’enfer et, par malheur, elles ne sont pas seulement grotesques, elles sont aussi vraies. Et personne ne les trouve grotesques. D’une manière générale, notre époque est celle ou le risible à fusionné avec le sérieux. Et c’est aussi pourquoi il n’y a plus de comiques ; et c’est pourquoi ceux qui se présentent sous cette étiquette ne peuvent être amusants : ils feraient double emploi avec ceux qui se chargent, dans tant de médias, de nous raconter le monde, notre monde, et de nous indiquer à quel point il va bien. Et de nous le dire sans rire. " (Exorcismes spirituels III). Vous croyez que j’exagère sur le grotesque ? Alors lisez cette interview que le Figaro a cru bon de solliciter pour répondre aux propos de Kouchner, comme si tous les gens qui savent lire et écrire n’avaient pas compris l’absurdité du propos.

En fait Kouchner veut supprimer le mot "mort" (thanatos, réduit par lui à "nasie", puis transformé phonétiquement en "nazi") dans l’espoir fou que la réalité suivra et qu’on cessera de mourir. Il euthanasie la mort par une pirouette de vocabulaire. Comment la mort pourrait-elle survivre à une telle attaque ?  En cela, il incarne à merveille  l’Empire du bien cher à Muray, cette société qui, à force d’organiser des fêtes, de défendre des bonnes causes et de supprimer les mauvais mots du vocabulaire nourrit l’espoir délirant de transformer la vie terrestre en paradis.

Et Muray encore : "il était fatal qu’une civilisation qui ne s’occupe depuis plusieurs décennies, que de planquer les réalités sous des mots en sucre se retrouve fort dépourvue lorsque la bise est venue (…). Toute l’histoire française récente n’aura consisté qu’à interdire, y compris s’il le fallait par des lois ouvertement liberticides, l’accès au monde concret. On a peur d’attraper les mots comme on craint d’attraper la grippe aviaire : et d’autant plus peur que la réalité entre temps, s’est révélée de plus ne plus horrible au fur et à mesure que les mots pour ne pas la dire étaient de plus en plus angéliques" (Le bucher des vanités, 20 novembre 2005).

Si Bernard Kouchner avait prononcé des propos racistes ou homophobes, le scandale aurait tourné en boucle dans les médias. Mais il n’existe, hélas, aucune association de défense de l’intelligence. Personne pour s’indigner de la négation délirante du réel. Nul organisme pour dénoncer l’affront ainsi fait à l’étymologie et  l’affolante niaiserie de la réflexion "nazi c’est pas gentil". Quelques individus imprégnés de grec ancien ou moderne ont frissonné, une poignée d’initiés sur la toile a rigolé, les autres n’ont sagement même pas relevé…Muray avait raison. Le grotesque devient le vrai dans l’indifférence la plus générale. Le mot sucre a étouffé le réel. Entre nous, je ne saurais trop vous recommander de lire d’urgence Muray. De tout urgence, même ! D’abord parce que c’est l’équivalent intellectuellement d’une séance de sport – même apport santé et détente -, ensuite parce qu’un jour viendra, il n’est pas très loin, où nous ne comprendrons plus Muray tellement nous aurons été pollués par le délire qu’il dénonçait.

 

25/06/2014

Petite méditation journalistique

Ce matin, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) présentait son rapport annuel à la presse. Parmi les chiffres 2013, figuraient ceux, particulièrement édifiants, des saisines du conseil par les citoyens. Cette possibilité a été ouverte par la loi organique du 22 juillet 2010 et mise en place de manière effective il y a trois ans. C’est l’avocat Christophe Ricour qui a présenté le bilan chiffré de cette nouveauté depuis sa création. Il fait frissonner.

- le CSM a reçu 923 plaintes en trois ans ;

- seules 15 ont été jugées recevables ;

- 3 ont donné lieu à une procédure disciplinaire ;

- 2 ont déjà été jugées et n’ont pas donné lieu à sanction

- 1 est en cours.

Sans surprise, quand j’ai donné ces chiffres bruts sur Twitter, il s’est trouvé un twittos au moins pour me répondre : CORPORATISME.

J’avoue que ce fut aussi ma première réaction à l’énoncé de ces données.

Sauf que les choses sont toujours plus compliquées que ce que laissent entendre les statistiques. Comme le dit Gabin dans Le Président, "le langage des chiffres a ceci de commun avec celui des fleurs, c’est qu’on lui fait dire ce qu’on veut. Les chiffres parlent mais ne crient jamais. Permettez-moi de lui préférer le langage des hommes, j’le comprends mieux".

Et voici en l’espèce ce que nous dit le langage des hommes.

Comme les spécialistes s’en doutaient au moment  de la réforme, les justiciables ne comprennent pas l’objet de cette saisine. Selon l’article 50-3 de l’ordonnance de 1958 : "Tout justiciable qui estime qu’à l’occasion d’une procédure judiciaire le concernant le comportement adopté par un magistrat du siège dans l’exercice de ses fonctions est susceptible de recevoir une qualification disciplinaire peut saisir le Conseil supérieur de la magistrature".  Le mot important en l’espèce c’est "disciplinaire". Pour que la demande soit fondée, il faut que le justiciable se plaigne d’une faute disciplinaire. Par ailleurs, la demande doit répondre à des conditions de recevabilité décrite dans la suite de l’article. Or, les plaignants dans leur très grande majorité conçoivent la saisine du CSM comme un moyen de critiquer une décision de justice en plus des voies de recours traditionnelles. Voilà ce qui constitue le gros du bataillon des plaintes jugées irrecevables. D’autres plaintes ne débouchent pas car elles concernent des faits qui ne sont pas de nature disciplinaire, qui ne concernent pas des magistrats,  ou qui sont mal ou pas démontrés. Or, le CSM a une fonction de filtre et pas de pouvoir d’investigation, il ne peut donc pas réagir à une plainte en décidant d’enquêter, il se limite à évaluer le caractère recevable et fondé et à transmettre en vue de l’ouverture d’une procédure disciplinaire ou pas. Il ne peut pas non plus, quand il estime qu’il y a  un problème déontologique, convoquer le collègue pour en discuter avec lui ce qui permettrait dans certains cas de recadrer les choses et en plus de donner satisfaction au justiciable.

En clair, s’il y a une conclusion à tirer en l’espèce, c’est d’abord et avant tout que :

- la procédure, de l’aveu même du CSM souffre de défauts de conception et mériterait d’être améliorée ;

- elle nécessite un gros effort de pédagogie en direction des justiciables.

Quant au corporatisme, peut-être, mais s’il existe ce n’est pas l’explication première.

Journalistiquement, ce tout petit exemple montre à quel point il faut se méfier des chiffres délivrés sans explication ni mise en perspective, des informations réduites à 140 signes qui peuvent susciter des interprétations erronés, et de tous les éléments qui tendent à alimenter le réflexe un peu facile et fort toxique de dénigrement des institutions. La critique éclairée ne peut faire l’économie d’aller au bout de l’analyse de ces chiffres pour ensuite, et ensuite seulement, explorer l’hypothèse du corporatisme.

16/06/2014

Des emmerdes et des jeux

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 11:35

Je ne connais rien au foot. Même une compétition mondiale me laisse froide. Pas le moindre plus petit intérêt pour cet univers sportif bariolé et bruyant dont on dit que ceux qui l’animent sont plus riches que des patrons d’entreprise ou des chefs d’Etat. Néanmoins, le bruit médiatique a été si intense depuis hier soir que j’ai fini par comprendre que la France avait joué son premier match contre le Honduras et que nous avions gagné trois à zéro grâce notamment aux exploits d’un certain sieur Benzéma que le monde entier semble connaître sauf moi. La néophyte que je suis a cru comprendre que la victoire était évidemment agréable mais un peu attendue car l’adversaire n’était pas bien dégourdi. Me voici donc, grâce aux chaines d’information en continu suffisamment outillée sur ce dossier pour ne pas avoir l’air idiote à la machine à café.

L’autre grand événement du week-end, comme chacun sait, c’est la grève SNCF. Et là, l’information me semble un peu moins optimale. J’ai compris grâce aux mêmes chaines d’information en continu que les cheminots durcissaient le ton, faisant fi de l’injonction présidentielle d’arrêter  (ça ne vous rappelle rien ?). J’ai saisi aussi qu’il existait un conflit entre syndicats et que les durs avaient remporté la mise. Enfin, on m’a expliqué que ce matin c’était le bac et que la grève allait pénaliser les lycéens. Tout ceci m’a évidemment irritée, ce d’autant plus que je n’ai entendu aucune explication sur les motifs de tant de galères. Oh je sais bien que si j’avais regardé non stop l’un de ces chaines, j’aurais sans doute réussi à choper au vol un débat qui m’aurait éclairée sur les tenants et les aboutissants du conflit. Las, ayant manqué cette merveille, je ne suis nourrie que de ce message phare : des gens que je ne connais pas me pourrissent la vie pour des raisons qu’on ne m’explique pas.  Et c’est ainsi qu’on fabrique colère et lassitude chez le téléspectateur frustré au lieu de lui donner les outils pour raisonner et participer au débat. Comment s’étonner ensuite que les bureaux de vote soient à moitié vides et les urnes remplies de bulletins en forme de cri de menace ?

Mais au moment de jeter une nouvelle fois la pierre aux chaines d’information, on est bien obligé de renoncer en songeant que ce qui se vend correspond nécessairement à une demande…. Fouettées par la déesse rentabilité, elles nous servent ce  qu’elles estiment que nous attendons.  D’où le traitement en continu du football, éclipsant tous les autres sujets d’actualité (et notamment celui-ci), excepté le suivi en temps réel de l’état du trafic SNCF et des répercussions de la grève sur les français. Des emmerdes et des jeux. Un stimulant article du Monde diplomatique explique le peu d’intérêt des médias pour l’information syndicale par le fait que ceux-ci sont entre les mains d’une bourgeoisie culturellement encline à mépriser les conflits sociaux et les droits des salariés. Possible, et même probable. Mais l’explication est un peu courte. Car au fond, si ce n’était "que" cela, on devrait entendre s’élever une protestation bruyante de la part de tous ceux qui n’appartiennent pas à cette petite caste médiatique et à la caste à peine plus large de ceux qu’elle représente. Je pense personnellement que ces chaines répondent parfaitement aux exigences des consommateurs capricieux que nous sommes devenus. Le regard que nous portons sur l’information, et à travers elle sur le monde, se réduit à la manière dont elle peut nous distraire ou nous servir. Les médias savent depuis longtemps que l’information qui intéresse est celle qui concerne, c’est ainsi que selon la théorie du mort au kilomètre, un mort à un kilomètre intéresse plus le public que 10 000 à 10 000 kilomètres. De ce point de vue, il est  logique que les chaines d’info traitent du foot et de la grève. Ce qui est plus inquiétant, c’est que ces deux sujets dévorent tout le reste et que le traitement par ailleurs en soit réduit au divertissant et au pratique. Tous les observateurs critiquent ce phénomène en nourrissant le secret espoir que les médias se reprennent. C’est aussi absurde que d’exiger d’un miroir qu’il reflète autre chose que la réalité…

13/06/2014

"La télévision, c’est le monde qui s’effondre sur le monde"

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 17:16
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En lisant L’inespérée de Christian Bobin (Gallimard 1994), je suis tombée sur un passage où le poète évoque la télévision. Je le partage ici non pas pour ensevelir le petit écran sous une couche supplémentaire et parfaitement superflue de critique. Depuis qu’elle existe, la télévision a eu plus que son compte, je crois, de procès en tous genres. Non, ce qui est important, c’est de trouver la source de notre irritation, de comprendre en quoi il arrive qu’elle nous dérange, pour se sentir moins seul. En ce sens, Christian Bobin met ses mots de poète sur la blessure et par ce geste même, il guérit.

Voici :

"La télévision, contrairement à ce qu’elle dit d’elle-même, ne donne aucune nouvelle du monde.

La télévision, c’est le monde qui s’effondre sur le monde, une brute geignarde et avinée, incapable de donner une nouvelle claire, compréhensible.

La télévision c’est le monde à temps plein, à ras bord de souffrance, impossible à voir dans ces conditions, impossible à entendre.

Tu es là dans ton fauteuil ou devant ton assiette et on te balance un cadavre suivi du but d’un footballeur, et on vous abandonne tous les trois, la nudité du mort, le rire du joueur et ta vie à toi, déjà si obscure, on vous laisse chacun à un bout du monde, séparés d’avoir été aussi brutalement mis en rapport – un mort qui n’en finit plus de mourir, un joueur qui n’en finit plus de lever les bras, et toi qui n’en finis pas de chercher le sens de tout ça, on  est déjà à autre chose, dépression sur la Bretagne, accalmie en Corse.

Alors. Alors, qu’est-ce qu’il faut faire avec la vieille gorgée d’images, torchée de sous ? Rien, il ne faut rien faire. Elle est là, de plus en plus folle, malade à l’idée qu’un jour elle pourrait ne plus séduire". 

CVT_lhomme-joie_544.pjpegDans l’homme-joie, (Ed. L’iconoclaste 2012 ) Christian Bobin évoque encore la télévision, cette fois, la télévision n’est plus seule en cause, c’est l’instrument de la société de consommation qui est mis à nu dans toute sa laideur :

"Dans les lointains une télévision accomplit sa morne besogne comme un bourreau tranchant sans émotion les têtes divines du silence et du songe. Un train de publicités déchire l’air, une pluie de miracles tristes s’abat sur le monde, dont les prophètes sont des créatures jeunes, lisses, au sourire millimétré. Nous devons être très malheureux pour engendrer de tels rêves compensatoires. Les reliefs du repas glissent dans la poubelle tandis que dans mon dos les mannequins marchands dressent sur les ondes leur table infernale. L’absence de vérité dans une voix est pire que la fin du monde". 

Les fidèles de ce blog savent que le poète m’a tourné la tête. J’avoue n’avoir pas ressenti un tel éblouissement depuis bien longtemps. Ses prédécesseurs dans mon panthéon personnel s’appellent Balzac, Dostoïevski, Sophocle, Camus, Steinbeck, Marquez, Gary, Kessel…  Une rencontre littéraire ne se programme pas, de sorte que j’ai toujours le sentiment de faire une chose en partie inutile en recommandant un livre. Il arrive si souvent que l’on passe à côté d’un grand livre non pas parce qu’il n’était pas fait pour nous, mais parce que, à cet instant précis, on n’était pas disponible pour lui. Je vais cependant me hasarder à émettre une recommandation. A tous ceux qui ont traversé une épreuve douloureuse et en sont ressorti avec le sentiment d’être soudain étranger au monde, Christian Bobin est cet autre étranger qui leur prendra la main.

"J’essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en la disant". (C. Bobin – L’homme joie)

Vous pouvez aussi l’entendre dans l’émission que lui a consacré Frédéric Lenoir dans Les racines du ciel sur France culture.

12/06/2014

Pour la peine de mort, tapez 1

Hier, une chaine de télévision a proposé sur son site Internet le sondage suivant :

"Faut-il condamner Nicolas Bonnemaison ?"

Et le site de préciser : "le médecin est accusé d’avoir empoisonné 7 personnes en fin de vie, au service des urgences de l’hopital de Bayonne pour abréger leur souffrance. Faut-il condamner Nicolas Bonnemaison ?".

Réponses proposées : un oui sur fond vert, et un non sur fond rouge.

On comprend bien que le site entendait sonder ses lecteurs, à travers ce cas, sur la question plus vaste de la fin de vie. Toutefois, la question posée aboutit à un très discutable simulacre de procès médiatique.

Or, il se trouve que c’est interdit  :

"Article 35 ter de la loi de 1881

I. – Lorsqu’elle est réalisée sans l’accord de l’intéressé, la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image d’une personne identifiée ou identifiable mise en cause à l’occasion d’une procédure pénale mais n’ayant pas fait l’objet d’un jugement de condamnation et faisant apparaître, soit que cette personne porte des menottes ou entraves, soit qu’elle est placée en détention provisoire, est punie de 15 000 euros d’amende.

II. – Est puni de la même peine le fait :

- soit de réaliser, de publier ou de commenter un sondage d’opinion, ou toute autre consultation, portant sur la culpabilité d’une personne mise en cause à l’occasion d’une procédure pénale ou sur la peine susceptible d’être prononcée à son encontre ;

- soit de publier des indications permettant d’avoir accès à des sondages ou consultations visés à l’alinéa précédent".

Tant que cet article existera, on ne pourra donc pas traiter une personne mise en cause dans une procédure pénale de la même façon qu’un candidat à The Voice.

Et ce sera justice.

11/06/2014

Ce que les médias empruntent aux arts divinatoires

Filed under: questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 09:46
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C’est en lisant le dernier article d’Elisabeth Levy que l’idée m’est venue. On peut être de son avis ou pas, il est certain qu’elle a un fond de culture et une solidité de raisonnement qui rendent son lecteur intelligent, même et peut-être surtout quand il n’est pas d’accord. Un argument bien amené, une référence originale, une tournure de style, et voilà que l’esprit s’enflamme et s’évade souvent très loin de la source de son embrasement. Il se trouve que dans cet article, Elisabeth Levy traite de bien-pensance et s’émeut que réactionnaires et progressistes se renvoient l’insulte, au plus grand détriment de la vérité.

Des tombereaux d’opinion

J’ai songé alors qu’une partie du problème qu’elle dénonçait à propos des opinions et de la vérité était sans doute affaire de volume et de proportion. Car de l’opinion, depuis quelques années, on nous en déverse des tombereaux. Entre les éditorialistes, les blogs, twitter, les sondages, Facebook, les microtrottoires, la téléréalité, c’est fou ce que l’occidental moderne produit comme opinion. Au point que certains ont même eu l’audace de proposer pour quelques euros un quotidien papier titré "L’opinion". Quand j’ai vu cela, j’ai songé que ça ne tiendrait pas une semaine. Songez donc ! Vendre de l’opinion sur du vieux papier qui n’intéresse plus personne alors que la même marchandise est disponible gratuitement en quantité illimitée sur le média chouchou du moment, à savoir Internet. Eh bien si, ça tient. Dans quelles conditions et pour combien de temps, je l’ignore, toujours est-il qu’il y a un public pour consommer quotidiennement sont lot d’opinion payante en plus de toute celle que l’on avale gracieusement.

Comme elle est très demandée, l’opinion  est produite à des quantités industrielles, toujours plus vite, par ceux qui en font profession, comme les éditorialistes, ou les amateurs dans mon genre. Il existe aussi des sociétés qui proposent des analyses très scientifiques de ces opinions, et puis des imitateurs qui, le temps d’un quizz idiot, vous demandent de voter pour ou contre le beau temps en cliquant dans une case, puis vous annoncent en fanfare que 87% des français sont favorables au beau temps. L’opinion ne s’est jamais aussi bien portée !

Le fait, condition de la légitimité de l’opinion

Que pèse au milieu de tout cela le fait, autrement dit la réalité concrète ? Cette chose dont Hannah Arendt nous enseigne dans un texte remarquable qu’elle est la base incontournable de toute opinion, ce qui en conditionne la légitimité. J’ai le droit de penser ce que je veux du fait que l’herbe est verte, le tout étant que je sois correctement informée sur le fait que l’herbe est verte.

“Les faits sont la matière des opinions, et les opinions, inspirées par différents intérêts et différentes passions, peuvent différer largement et demeurer légitimes aussi longtemps qu’elles respectent la vérité de fait. La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat” (H. Arendt).

Hélas, il faut bien se rendre à l’évidence, les faits sont en voie de disparition dans les médias ; le commentaire,  la soi-disant analyse et surtout l’opinion les ont dévoré.

On demande désormais à n’importe qui d’émettre une opinion sur à peu près n’importe quoi en une poignée de seconde. Et pour cause, comme l’actualité et le monde en général vont de plus en plus vite, il est hors de question d’espérer prendre le temps de comprendre. Surtout que ramener des faits coute cher, il faut payer des journalistes pour le faire, alors que l’opinion est gratuite et inépuisable.  C’est ainsi que les plateaux de télévision invitent des experts à donner un avis en une poignée de seconde sur un type d’événement dont ils sont parfois (mais pas toujours) spécialistes, mais qu’ils n’ont pas eu le temps d’étudier au cas particulier. Faute de connaître le dossier, l’exercice qu’on leur demande s’apparente davantage  à de la voyance qu’à une analyse raisonnée. Qu’importe puisque l’objectif consiste précisément à suppléer l’absence de compréhension par la possibilité d’une opinion. "Je pense que" prend insidieusement la place de " je sais que". Observé de près, le phénomène n’est pas très différent de la voyante qui retourne les cartes du tarot de Marseille et vous livre d’un air inspiré les visions que suscitent chez elle les figures bariolées et qu’elle analyse dans le sens que vous attendez d’elle.

Transformer la réalité au point de la rendre méconnaissable

Au grand jeu de Madame Soleil, l’éditorialiste bien entendu est roi. Sur papier, à la télévision, sur Internet, aux informations, dans les émissions de divertissement, à la radio, partout l’éditorialiste livre à son public qui n’a pas le temps de s’informer correctement sur ce qu’il se passe un raccourci fabuleux : il explique qu’en penser. Le plus souvent, il n’a lui-même qu’une connaissance très superficielle du sujet qu’il analyse, mais ne s’en émeut guère, il assume d’être un généraliste payé pour donner son avis sous prétexte qu’il passe un peu plus de temps que les autres à observer les choses. Avce le temps d’ailleurs, il cesse de se poser des questions, son avis devient important pour lui comme pour les autres par le seul fait qu’il est son avis. Pour peu qu’il adhère consciemment ou non à une idéologie, il va ajouter une petite originalité à l’opinion : celle-ci sera ordonnancée autour d’une vision du monde dans laquelle chaque fait, brièvement observé, sera retraité de sorte à constituer un nouvel argument à l’appui de la théorie défendue.Contrairement aux autres, l’idéologue ne se contente pas d’ignorer la complexité de la réalité, il est capable de la transformer au point de la rendre méconnaissable.

Merveille des merveilles,  grâce à Internet, chacun désormais peut devenir selon son talent et son envie l’éditorialiste d’une poignée d’individus. Cela donne des résultats fascinants que l’on peut observer tous les jours sur les forums de discussion. Il faut dire que sur fond de méfiance à l’égard des sachants (politiques, journalistes, scientifiques, professionnels divers et variés depuis l’enseignant jusqu’à l’avocat en passant par le médecin) l’intuition, le réflexe premier, l’idée spontanée, le bon sens apparaissent comme l’expression d’une forme d’inconscient collectif doué d’une intelligence nettement supérieure à la science de celui qui sait par étude, expérience, profession. On l’aura compris, c’est le triomphe de la croyance sur la connaissance.

Au-dessus de tout ceci, il y a les grands gourous, ceux qui ont compris qu’exploiter le domaine de l’opinion, de la croyance, de l’avis spontané de tout un chacun pouvait être intéressant, ludique et surtout juteux. Ceux-là font commerce de recueillir votre opinion pour l’analyser et prédire l’avenir, voire le modeler. Ce sont les sondeurs, les publicitaires, les économistes, les  financiers, les politiques…Pour ceux-là, la croyance, l’opinion ont atteint le stade d’évolution (et de perversion) ultime qui les a transformés en faits. Et l’on est pris de vertige à l’idée qu’à la base de ces opinions consolidées et transformées en prédiction très savante, il n’y a jamais qu’une poignée d’individus qui se sont forgé un avis en écoutant des oracles pas mieux renseignés qu’eux.

De fait, que les uns et les autres s’accusent de bien-pensance est ennuyeux mais ce n’est pas le pire. Le pire, c’est que tout le monde s’est mis à penser sans plus se soucier des faits.

09/06/2014

Les Etats-Unis, tribunal économique du monde ?

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 12:13
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9782130627630La formule en titre n’est pas de moi mais de l’avocat Daniel Soulez-Larivière, contributeur de l’ouvrage "Deals de justice, le marché américain de l’obéissance mondialisée" (1). Publié aux PUF en octobre dernier, il rassemble sous la direction du penseur du droit Antoine Garapon (Secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice) et de l’avocat Pierre Servan-Schreiber, managing partner à Paris du cabinet américain Skadden Arps, neuf contributions de spécialistes sur l’explosion des transactions aux Etats-Unis. Apparus à la fin des années 70, ce que les auteurs appellent des "deals de justice" sont une sorte d’objet juridique non identifié, d’une efficacité économique redoutable, mais d’une conformité aux grands principes du droit, à commencer par le respect des droits de la défense, plus discutable.

En pratique, une autorité américaine soupçonne qu’une entreprise s’est rendue coupable de corruption, blanchiment, évasion fiscale…elle convoque alors l’entreprise et lui propose de transiger, ce qui implique que l’entreprise enquête en interne et vienne lui livrer le résultat de ses investigations. L’entreprise fait appel pour cela à un cabinet d’avocats américain. C’est une trouvaille de génie : privatiser les frais de justice. Une fois l’enquête terminée, le dossier est déposé sur le bureau de l’autorité qui va alors proposer une amende. La procédure est plus ou moins contraignante, selon que ladite autorité a engagé en parallèle ou pas une procédure judiciaire. On l’aura compris, c’est dans ce piège redoutable qu’est tombé BNP Paribas. Si l’amende de 10 milliards était prononcée contre elle, ce serait le record absolu dans ce type de procédure.

On a pu lire ici et là que face aux protestations du gouvernement français, Barack Obama avait brandi l’indépendance de la justice dans son pays. Le coup est habile, mais on aurait tort de réduire le dossier à une question d’indépendance judiciaire. Les auteurs de l’ouvrage cité en référence ont eu la bonne idée de répertorier les 10 plus importants montants d’amende infligés depuis l’origine de la procédure.

En octobre 2013, le record pour les entreprises industrielles était encore détenu par Siemens (Allemagne – 800 millions de dollars), venaient ensuite :

- KBR/Halliburton (US – 2009) : 579 millions

- BAE (GB- 2010) : 400 millions

- Total (France 2013) : 398 millions

- Snamprogetti ENI (Pays-Bas Italie – 2010) : 365 millions

- Technip SA  (France – 2010) : 338 millions

- JGC Corporation (Japon – 2011) : 219 millions

- Daimler AG (Allemagne- 2010) : 185 millions

- Alcatel Lucent (France- 2010) 137 millions

- Magyar Telekom/Deutsche Telekom (Hongrie/Allemagne – 2011) : 95 millions

Quant aux banques :

- HSBC (GB) : 1, 9 milliards de dollars en 2012

- Standard Chartered (GB) : 667 millions en 2012

-ING (Pays-Bas) : 619 millions en 2012

- Crédit Suisse (Suisse) : 536 millions en 2009

- ABN Amro (Pays-Bas) : 500 millions en 2010

L’exemple de Siemens est resté célèbre chez les juristes qui suivent ce dossier. L’entreprise allemande était soupçonnée de corruption en Europe de l’Est et en Asie. Les frais d’enquête se sont élevés à 200 millions de dollars (ce qui représente des dizaines de milliers d’heures de travail aux 4 coins du monde), l’amende à 800 millions. Les groupes  ne sont pas obligés juridiquement d’accepter cette procédure, ils pourraient décider de résister et de prouver leur innocence devant un juge. Pour autant, le fait qu’ils transigent n’est pas un aveu de culpabilité, c’est une question de prévisibilité et d’efficacité. La procédure des "deals de justice"cadre assez bien en effet avec les moeurs des grands groupes internationaux. Elle est rapide, efficace, bien plus prévisible qu’un procès devant un jury populaire et surtout elle permet à l’entreprise concernée de conserver une présence sur le marché américain. L’enquête menée sous la houlette d’un cabinet d’avocat peut même être optimisée en en profitant pour procéder à des réorganisations internes pour rendre les procédures plus performantes (cette réorganisation fait parfois partie du deal). Bref, ce serait tout bénéfice si les amendes n’étaient pas aussi lourdes. Si lourdes que nombreux se demandent, en particulier au vu du classement des 10 plus importantes amendes parmi lesquelles 9 concernent des groupes étrangers, si cette procédure miracle ne servirait pas aussi un peu d’outil de guerre économique. Car au fond, ce que ces entreprises achètent à prix d’or, c’est la paix avec les autorités américaines…De là à évoquer une forme de chantage…

Certains analystes tempèrent en faisant observer que les entreprises étrangères ont tout simplement plus de risques d’être en infraction avec la réglementation américaine car elles la maitrisent  moins bien. Tout de même, qu’on nous permette de nous interroger sur l’étonnante performance européenne au grand concours de l’amende américaine qui tue. Ce qui est indéniable, c’est que les Etats-Unis ont une lourde tendance à édicter des lois dont l’application dépasse le cadre de leurs frontières. C’est ainsi par exemple que toutes les transactions en dollars doivent être conformes à la loi des Etats-Unis, même lorsqu’elles se déroulent entre deux acteurs dont aucun n’est américain, en un lieu situé hors des Etats-Unis. C’est ce qui a permis aux Etats-Unis d’attraper BNP Paribas par le col pour avoir réalisé des transaction en dollars avec des pays frappés d’embargo par les Etats-Unis : Cuba, Iran, Soudan. Et le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer,  a eu beau rappeler que BNP Paribas n’avait pas enfreint la réglementation européenne, rien n’y a fait. Provisionnée par la banque pour un milliard, puis évaluée à 6 milliards, l’hypothèse de l’amende est même grimpé à 16 milliards. Mais me direz-vous, alors, BNP Paribas, coupable ou non coupable ? Je n’ai pas la réponse à cette question, je ne puis qu’apporter ces quelques outils de compréhension des mécanismes à l’oeuvre. Et renvoyer surtout à la lecture de ce passionnant ouvrage. Les auteurs sont en effet à ma connaissance parmi les premiers à se pencher sur un phénomène encore largement ignoré, y compris dans les cabinets d’avocats d’affaires parisiens. Il intéressera certes les juristes, mais aussi tous ceux qui souhaitent comprendre les grands équilibres de la mondialisation.

Pour le reste, je laisse chacun libre de juger si le dossier est politique ou exclusivement judiciaire. Personnellement, on ne m’ôtera pas de l’esprit qu’il y a une guerre qui ne dit pas son nom sous le costume immaculé de la régulation économique….

 

(1) Deals de justice, le marché américain de l’obéissance mondialisée. Sous la direction d’Antoine Garapon et Pierre Servan-Schreiber, avec les contributions de : Hubert de Vauplane (ancien directeur juridique de banque, avocat), Olivier Boulon (avocat), Astrid Mignon-Colombet (avocat), Daniel Soulez-Larivière (avocat) et Frédéric Gros (professeur de philosophie, spécialiste de Michel Foucault) – PUF 2013

(2) Antoine Garapon anime une remarquable émission sur France Culture intitulée Le Bien commun. C’est par ici.

(3) Quelques documents audio et vidéo complémentaires ici.

(4) Mise à jour 10 juin : les informations contenues dans ce billet remontent à octobre dernier, période durant laquelle je me suis intéressée au sujet. Entre temps, de nouveaux records ont été battus. Voir cet article du Figaro.

22/05/2014

L’idéologie, poison mortel du journalisme

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 16:11
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C’est Airy Routier je crois qui a dit de l’affaire Kerviel qu’elle rendait fou.

A lire les critiques des médias, il faut croire qu’il avait vu juste.

Tenez, prenez par exemple Daniel Schneidermann, ancien journaliste au Monde, inventeur d’Arrêt sur images qui fut d’abord une émission de critique des médias avant de devenir un pure player de la toile. Voilà un spécialiste qui a démontré sa capacité à pointer les failles du système médiatique, les approximations de ses confrères, leurs petites misères et leurs grandes lâchetés. Jusqu’au moment où, observant le cirque médiatique de ce week-end autour de Jérôme Kerviel, le critique perd soudain une partie de son jugement. Entre Pascale Robert-Diard du Monde qui a assisté aux procès et dénonce dans un remarquable article les manipulations du trader, et Martine Orange de Mediapart qui se contente de poser des questions en insinuant qu’une justice aux ordres du système financier a fait de kerviel un bouc-émissaire, DS choisit sans hésiter d’accorder sa confiance à la deuxième. Au grand match des faits versus les suppositions, il opte donc, lui le gardien de l’éthique journalistique en faveur des accusations gratuites et non étayées.

Pour les non abonnés, voici un extrait :

"C’est pousser un peu loin la théorie du complot ? Peut-être. Reste que Martine Orange, dans ses papiers antérieurs, a scrupuleusement pointé tous les "éléments troublants" du dossier, ignorés ou semi-ignorés par la Justice (et les chroniqueurs judiciaires). A commencer par les très confortables indemnités de licenciement versées par la banque à tous les supérieurs de Kerviel, en échange de leur silence. Scène éclairante, relatée par Orange, au procès en appel. Après qu’un des supérieurs de Kerviel, Martial Rouyère, ait expliqué qu’il n’avait rien vu, rien entendu des manipulations de Kerviel, l’avocat du trader, David Koubbi, l’interpelle : "que se passera-t-il si vous parlez ?"Rouyère : "je dois rendre l’argent". Tout est dit. Pourtant, dans les compte-rendus du Monde, le nom de Rouyère n’apparait pas. Pascale Robert-Diard a été plus inspirée par le cas d’un autre des supérieurs de Kerviel, lui aussi cité comme témoin au procès en appel, Eric Cordelle. Décrivant "la trajectoire brisée d’un polytechnicien", elle impute la cécité de Cordelle à une humiliante incompétence, plutôt qu’à une stratégie non dite d’encouragement. Loin, très loin des instrumentalisations, dans les profondeurs du dossier judiciaire, la question se résume à ça : au total, les supérieurs de Kerviel l’ont-ils laissé faire sous l’effet d’une politique implicite de profit maximal, ou parce qu’il les a magistralement trompés ? Après deux procès, et tant et tant d’articles, la question reste entière".

Les indemnités de licenciement ? Elles ne sont un mystère que pour qui ignore les procédures de licenciement des cadres dans les grands groupes. S’agissant de Martial Rouyère, les chroniqueurs judiciaires ont été témoin de l’événement, mais ils l’ont tous replacé dans le contexte de stress de l’audience qui a fait répondre au témoin n’importe quoi. Quant à Cordelle, quiconque a assisté au procès a pu évaluer la sincérité de ce témoin qui est au fond la seule victime incontestable de cette affaire. Rapatrié du Japon, il a été placé là en attente d’un poste qui lui convienne, assuré par Rouyère (son N+1) que ses traders le formeraient et qu’il serait épaulé par sa hiérarchie. En réalité, il s’est appuyé sur Kerviel (!) et n’a jamais été réellement secondé par ceux qui devaient l’aider. La catastrophe était assurée.

Sans surprise, deux jours plus tard, le site de critique des médias Acrimed (extrême-gauche) aboutit à la même conclusion que Daniel Schneidermann. Ces esprits aiguisés ne peuvent pas un instant soutenir que les médias ont eu raison ce week-end de relayer comme ils l’ont fait l’évidente et absurde manipulation de Jérôme Kerviel.  Pour autant,  Acrimed conclut comme DS que ce sont sans doute les insinuations de Martine Orange qui sont plus proches du vrai journalisme éthique et sincère, respectable et digne de revendiquer le titre de "chiens de garde de la démocratie", que le récit et l’analyse des journalistes qui ont suivi le dossier.

"Il faut dire que les autres médias ne semblent guère faire mieux. Ainsi, dans un article publié le même jour, le Monde revient avec virulence sur la « superproduction hollywoodienne livrée clés en main aux chaînes d’information  » par Kerviel, décrit comme un véritable « Goliath médiatique » – et au Monde non plus on ne s’interrogera pas sur la responsabilité des médias dans cet emballement… médiatique autour de l’ex-trader ! L’article pointe aussi le « coup de génie » opéré par Kerviel lors de sa prétendue rencontre avec le pape, l’audience étant publique et la foule nombreuse (près de « 40 000 personnes  »).

Un goût de la vérité qui n’empêche pas la journaliste de présenter un peu plus loin Kerviel comme le « héros de la gauche de la gauche », omettant alors que les questionnements viennent de tous bords (Nicolas Dupont-Aignanune poignée de députés UMP, etc.). On appréciera également l’énumération des chefs d’inculpation de l’ex-trader, « renvoyé devant le tribunal pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction de données informatiques frauduleuses », le rappel de sa condamnation à trois ans de prison, prononcée en 2010, puis « confirmée par la cour d’appel de Paris » en 2012, et… l’omission du dernier procès, qui a vu une partie de la condamnation s’effondrer (les dommages et intérêts). Encore un sens aigu de la précision et de l’équilibre de l’information.

Encore une fois, il ne s’agit en aucune manière de se prononcer ici sur la culpabilité respective de Jérôme Kerviel et de la Société générale. Mais à se focaliser de la sorte sur les errements d’un seul et sur le grand barnum médiatique que sa « stratégie de communication » nourrit, les médias manquent à leur obligation d’informer. Surtout, ils esquivent, en le glissant sous le tapis d’une polémique aussi opportune que stérile, tout débat sur la responsabilité sociale de la banque française en particulier, et de façon plus générale, sur les dérives de la haute finance".

On l’aura compris, tous les journalistes qui ont enquêté/assisté aux procès sont des incompétents et/ou des valets du système dès lors qu’ils ne souscrivent pas à la thèse de l’innocence de Jérôme Kerviel. Seule Martine Orange, dont tous les spécialistes de l’affaire aperçoivent sans difficultés qu’elle plonge à bras raccourcis dans le dossier de l’avocat de Kerviel sans jamais se soucier de challenger les propos forcément orientés du défenseur, trouve crédit à leurs yeux. Et tant pis si les questions soi-disant non résolues qu’elle soulève ne sont un mystère que pour elle. Puisque ses écrits vont dans le sens de "la banque est pourrie, la justice est aux ordres" cela suffit à en faire une journaliste indépendante digne du prix Albert Londres. Mais indépendante de quoi, exactement ? Certainement pas de son parti-pris idéologique qui, d’une certaine manière, apparaît comme un joug plus dangereux et plus insidieux que celui de la publicité ou de l’actionnaire envahissant dans les autres médias.

Les journalistes qui refusent de croire à la culpabilité de Jérôme Kerviel feraient mieux de prendre acte des décisions judiciaires au lieu de plonger dans le complotisme. La justice a fait parfaitement son travail sur la base des éléments qui lui ont été fournis dans le respect absolu de la procédure et de l’égalité des armes judiciaires. Il y avait en première instance 80 journalistes dans le prétoire pour en témoigner. S’il y a lieu de fouiller, ce n’est pas en recherchant quelque complot d’une "justice aux ordres du grand capital", mais en trouvant de nouveaux témoignages et éléments factuels qui auraient échappé à  la justice. Seulement voilà, ce travail là, personne ne veut  le faire. Je l’ai fait. Pendant deux ans. Et je n’ai rien trouvé en faveur du trader. Pour autant, à chaque fois que l’on m’interroge je réponds que je n’ai qu’une assurance raisonnable que la banque dit vrai, jusqu’à preuve du contraire. Ma connaissance du dossier me permet juste de confirmer que mes confrères chroniqueurs judiciaires sont fondés à dire que la justice a correctement fonctionné. Il faut croire que d’autres trouvent plus simple de tenter le journalisme de pari, celui qui n’avance aucun fait mais sème la suspicion en se disant que de toute façon il trouvera un public pour applaudir la dénonciation de ces salopes de banques, coupables, forcément coupables.

Que ceux qui se livrent à ce petit exercice discutable ne s’étonnent pas de la montée des extrémismes, c’est exactement ce genre de discours qui fabrique ce qu’ils prétendent, bien installés dans leurs paresseuses certitudes, combattre d’un doigt désinvolte en tapant sur leur clavier.

19/05/2014

Douze idées fausses sur l’affaire Kerviel

Filed under: Affaire Kerviel,Coup de griffe,Eclairage — laplumedaliocha @ 21:21

Alors que l’affaire Kerviel a trouvé ce week-end un dénouement provisoire avec l’incarcération de l’intéressé, on peut encore lire ici et là des déclarations de colère et d’incompréhension.

Voici les éléments de réponse aux arguments qui reviennent le plus souvent.

Mon but n’est pas de convaincre les défenseurs aveugles du trader, moins encore de défendre la banque (j’ai autre chose à faire dans la vie),  mais d’éclairer tous ceux qui s’interrogent et en arrivent à douter de la justice, des politiques et des banques à cause de cette affaire. Non, tout n’est pas pourri. La justice n’est ni folle ni à la botte, elle avait des raisons  de juger comme elle l’a fait. Quant à la banque, elle est au minimum coupable d’une effroyable négligence, mais là encore, il faut se garder de sombrer trop vite dans le complotisme absurde. Ce qui me révolte dans le traitement médiatique approximatif de ce dossier, c’est qu’il contribue à alimenter un dégout généralisé pour les institutions, sur la base d’éléments parfaitement erronés et de simplifications hâtives. Ceux qui font cela, politiques et médias, portent une très lourde responsabilité dans le climat actuel de défiance. Non seulement ils agitent de faux ennemis, mais ils empêchent de lutter contre les vrais problèmes.

Voici donc quelques éléments pour éclairer un dossier plus simple et moins scandaleux qu’on ne le croit :

" La banque soutenait son trader tant qu’il gagnait et l’a lâché quand il a perdu". Faux. Entre mars et juillet 2007, le trader investit 30 milliards d’euros sur les marchés. Sa position début juillet est perdante à hauteur de plus de 2 milliards. Si la banque savait, alors c’était le moment de stopper le trader. Elle ne l’arrêtera que le 18 janvier suivant en raison d’une série d’alertes que JK ne parviendra pas, cette fois, à désactiver.

"Quand j’ai 300 euros de découvert la banque m’appelle et là elle n’aurait pas vu passer les 50 milliards, de qui se moque-t-on ?" On ne se moque de personne, simplement cette comparaison est erronée. En réalité, c’est comme si le client était plus compétent en matière financière que son conseiller, entrait lui-même ses opérations dans les systèmes de la banque, pouvait changer la nature des opérations, en inventer de fausses pour dissimuler les vraies etc…Quant aux montants concernés, ils sont faramineux mais doivent être mis en contexte avec l’activité d’une banque internationale où travaillent des centaines de traders. Les sommes brassées collectivement, pour compte propre et pour les clients, se chiffrent en centaines de milliards.

"La justice est folle, elle condamne à des montants absurdes".  En droit français, dans le cas de figure concerné (dommage volontaire aux biens), on considère que le préjudice doit être réparé intégralement. Sauf qu’ici le montant du dommage, c’est-à-dire de la perte de trading, est faramineux. L’application de la règle de droit aboutit donc à un effet aberrant. C’est la perte qui est folle, pas la justice qui essaie de traiter comme elle peut les pathologies en perpétuelle évolution de la société.

"Le préjudice a été calculé par la banque, aucune expertise indépendante n’est venue confirmer l’existence ni le montant de la perte alléguée". En effet, il n’y a pas eu d’expertise indépendante. Juste des montagnes de documents examinés par la commission bancaire et les commissaires aux comptes et versés au dossier, autrement dit placés entre les mains de deux juges d’instruction de la galerie financière. Alors on peut toujours se demander qui contrôle le contrôleur, mais c’est un questionnement infini.

"Jérôme Kerviel n’a pas eu droit à un procès équitable". Variante : " justice expéditive, enquête bâclée, système judiciaire aux ordres du grand capital". En réalité, il y a eu une enquête de la brigade financière, puis deux juges d’instruction dont Renaud Van Ruymbeke, puis trois juges spécialisés dans ce type de dossiers lors du premier procès devant le tribunal correctionnel de Paris pendant un mois en 2010, puis trois autres juges spécialisés devant la cour d’appel de Paris pendant un mois en 2012, puis la Cour de cassation dans une formation élargie. Par ailleurs, le trader s’est offert les services des meilleurs avocats de Paris. J’ajoute que les procès ont eu lieu en public devant des dizaines de journalistes, s’il y avait eu un scandale à révéler, ils l’auraient fait avec délectation ! Il n’y a pas que le public qui déteste les banques.

"Le système est pourri, la banque manipule tout, les médias, les politiques, le gouvernement etc…". Si la banque avait autant de pouvoir, elle n’aurait pas laissé le trader et ses supporters se répandre dans tous les médias comme ils l’ont fait ces dernières années jusqu’au point d’orgue qu’à constitué le show invraisemblable du week-end. Si la banque verrouillait tout, jamais Kerviel n’aurait été suivi en live par BFM TV. Il n’aurait pas non plus accédé au Journal de 20 heures. Jamais ses supporters, comme Roland Agret par exemple, n’auraient pu se répandre en invectives. Jamais Eva Joly ni Jean-Luc Mélenchon ne lui auraient tapé dessus à bras raccourcis en toute impunité. Jamais la Cour de cassation n’aurait procédé à un revirement de jurisprudence en décidant finalement de revenir sur le principe de la réparation intégrale du préjudice. Jamais Jérôme Kerviel n’aurait pu se promener tranquillement sur les routes d’Italie sous l’oeil complaisant des médias alors que sa condamnation était devenue définitive. Et jamais non plus je n’aurais pu sortir un livre sur cette affaire sans avoir à aucun moment informé officiellement la banque de mon enquête. A y regarder de près, la banque est plutôt d’une incroyable impuissance médiatique, politique et judiciaire dans cette affaire.

"Société Générale savait et l’a encouragé, c’est elle qui est responsable, lui n’est qu’un lampiste" : si ses supérieurs lui ont dit  "vas-y Jérôme, tu es génial, fonce, mais tache de ne pas attirer l’attention des contrôles",  alors pourquoi cache-t-il son gain de 600 millions fin juillet ? Cacher ses activités, à la rigueur, ses pertes, certainement, mais ses gains ? Alors que justement on l’encourage à faire ça, on le pousse à faire n’importe quoi pour gagner toujours plus, selon ses propres dires ? Et pourquoi cache-t-il le gain de 800 millions fin novembre (Total 2007 : 1,4 milliards d’euros) ? Et pourquoi, alors qu’ils sont au courant, ses supérieurs ne jugent pas utile d’enregistrer ce gain miraculeux dans les comptes 2007, ni de l’annoncer à la direction, et même pas de demander des bonus en conséquence ? Réponse la plus plausible : parce qu’ils ignorent tout des activités parallèles et occultes du trader. Ce que confirme le fait que Jérôme Kerviel se donne un mal fou pour dissimuler ses activités et  ne demande pas de bonus proportionnel à ce gain mirifique, mais un bonus indexé sur son résultat officiel de 50 millions. Il sera découvert début janvier pour avoir maladroitement dissimulé son gain de 1,4 milliards alors  que la banque au même moment ne voit rien de la position de 50 milliards qu’il est en train de construire…

8  "L’affaire est bonne pour l’image de la banque". Au contraire,  elle est calamiteuse. Car pour le monde de la finance, c’est la preuve qu’elle a des failles de contrôle interne et qu’un autre scandale de même nature peut surgir n’importe quand. Non seulement la banque aurait pu disparaître ou être absorbée par une concurrente lorsqu’elle a annoncé le sinistre, mais l’affaire a si durablement nuit à l’établissement que pendant la crise de la dette souveraine au cours de l’été 2011 son titre a chuté plus que celui des autres banques françaises. Les analystes financiers à l’époque ont avancé  la perte de confiance durable consécutive à l’affaire Kerviel pour expliquer le phénomène.

"Certains témoins ont été écartés sans explication par la justice". Les témoins  présentés en appel l’ont été dans des conditions procédurales très discutables et surtout ils n’apportent aucun témoignage direct et ni aucun élément matériel. Juste des supputations fondées sur leur connaissance de la finance pour certains, de la Société Générale pour d’autres. Malgré cela, trois d’entre eux ont été entendus,  tandis que le témoignage écrit du quatrième  a été  versé au dossier.

10 "Tout le monde sait que la thèse de l’aveuglement ne tient pas". J’ai été interroger les professionnels de la finance qui s’élevaient publiquement pour soutenir cette thèse. Ils n’ont rien de plus à dire que "c’est pas possible". L’un d’entre eux m’a confié qu’à son avis, la banque avait passé un deal avec JK et lui avait ouvert un compte dans un paradis fiscal dont il bénéficierait en sortant de prison. Je vous laisse juges…Personnellement, quand j’observe la détermination avec laquelle le trader attaque son ancien employeur en particulier et la finance en général, j’ai du mal à penser que tout ceci serait une comédie orchestrée de concert par les deux adversaires. Voilà ce qu’il y a derrière les fameux "professionnels de la finance qui n’osent pas témoigner à visage découvert mais seraient détenteurs d’informations prouvant l’innocence du trader" : des doutes, des supputations, des interrogations et surtout une belle envie de faire parler de soi en montrant que, hein, bon, on est malin, on ne se laisse pas enfariner.

11 "Ses supérieurs ont été grassement payés pour se taire". Non.  Le management ne pouvait pas rester en place après une telle catastrophe. Certains ont démissionné, d’autres ont été licenciés. Dans les grands groupes, il est d’usage de transiger, autrement dit de verser au salarié plus que ce qu’il lui est dû pour qu’il parte sur le champ (ce qui évite de garder un poids mort et permet d’embaucher un productif) et s’abstienne d’aller aux prud’hommes. Ces transactions contiennent classiquement une claude de confidentialité concernant les termes de l’accord. Clauses qui ne s’opposent en rien à un témoignage en justice dans une affaire pénale.

12 "La banque a dénoué les positions de Kerviel en urgence dès le lundi matin et aggravé les pertes artificiellement. Si elle avait attendu, elle aurait gagné de l’argent grâce à Kerviel". Faux. Le président de la banque, Daniel Bouton à l’époque, a informé dès le dimanche 20 janvier  l’AMF et la Banque de France de la situation. Ses autorités de tutelle lui ont donné jusqu’au jeudi suivant 9 h pour dénouer la crise et en informer le marché. La position était illégale et mortelle pour la banque, ce qui imposait de la couper dans les plus brefs délais et dans la plus absolue discrétion car à la moindre fuite, la planète financière aurait joué contre Société Générale et risqué de tuer la banque.

 

Et pour finir, je vous invite à lire cet article salutaire de Pascale Robert-Diard du Monde sur la pantalonnade de ce week-end.

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