La Plume d'Aliocha

24/10/2014

Bankable or not bankable

Filed under: questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 18:45

Il s’appelle Philippe Pujol, il est lauréat du Prix Albert Londres 2014 pour une série de reportages sur les quartiers Nord de Marseille et il est au…. chômage.

Bien fait ! Voilà qui lui apprendra à cesser de perdre son temps et son énergie dans des activités non rentables.

Ah, cher confrère, si on se connaissait, j’aurais pu t’aider en te montrant ce qui paie dans notre beau métier. Mais au fond, je préfère te citer un exemple issu de l’élite  : Valérie Trierweiler.

« Journaliste politique à Match pendant 20 sans que personne ne s’en aperçoive » grinçait il y a peu un éditorialiste grincheux. C’est que, Cher Philippe, notre consoeur est aujourd’hui millionnaire en droits d’auteur grâce à un ivre qui ne méritait pas le Prix Albert Londres mais qui rafle la mise commerciale  : Merci pour ce moment. Forcément, ça fait des jaloux. Et elle a un poste, dans un célèbre newsmagazine. Ce journal l’aime tellement qu’il lui a offert sa Une à la sortie de son livre, elle était à la fois l’auteur et le sujet du sujet qu’elle traitait puisqu’il s’agissait d’elle-même. Admire la performance. Imagine qu’un jour le journal qui t’emploie publie les bonnes feuilles du livre que tu auras décidé d’écrire sur un épisode particulièrement fascinant de ta vie ? C’est cette performance onaniste par excellence qu’elle a réussie. Le système médiatique ce jour-là s’est autocélébré dans l’entre-soi comme jamais.

Mais, me diras-tu, ce n’est point du journalisme, le journalisme consiste à regarder le monde pour le raconter, pas à s’analyser la quadrature du nombril. Mon Dieu comme tu retardes. Figure-toi que, mondialisation ou pas, l’univers de l’homme occidental aujourd’hui s’est réduit à la taille de son nombril justement. En tout cas c’est ainsi que, moitié par conviction moitié par manque de moyens, une grande partie des médias voient les choses. Et c’est pourquoi ton rôle de journaliste ne consiste plus à parler au citoyen du vaste monde – lequel commence dans les banlieues pourries – mais à accompagner ses intenses réflexions de développement personnel sur la ronditude de son anus comparée à celle de son nombril, de la façon la plus divertissante possible. T’es-tu un jour seulement demandé pourquoi ces ronditudes n’étaient pas similaires ? Non ? Eh bien tu vois ! L’un de nos célèbres confrères nous invitait à voir le monde dans une goutte d’eau. Il s’était juste trompé de micro-univers.

Si le livre a fait de notre consoeur une millionnaire, c’est qu’il est à la fois le trou de serrure par lequel observer les peines de cul d’un couple célèbre et le miroir permettant au lecteur d’y refléter les siennes. Ce n’est pas son seul mérite. Il est agréable à lire, prétendent ceux qui se le sont fardé, autrement dit il s’en tient sagement à sujet-verbe-complément en évitant les mots difficiles et les structures narratives élaborées.  Il raconte des histoires que tout le monde comprend pour les avoir vécues, ce qui est quand même plus concernant et fédérateur qu’une explication de la délinquance à Marseille ou une description éclairée des guerres en Afrique. Enfin et surtout, tous les médias en parlent. C’est un peu comme une mauvaise chanson, il suffit que toutes les radios la passent en boucle pour que tu finisses par l’entendre même si tu n’écoutes jamais la radio et par l’acheter en croyant qu’elle te plait.

Mais, me diras-tu, je n’ai pas d’idée de livre semblable à celui-ci.

Je m’en doute. Figure-toi qu’il faut beaucoup de travail et une longue expérience pour en arriver là. Et surtout ne pas hésiter à payer de sa personne. Mais le plus important est de bien choisir sa voie. Il ne s’agit pas de finir abattu par une balle au bout du monde pour avoir voulu témoigner sur un conflit dont tout le monde se fout. Ces histoires-là maintenant, on les connait via les protagonistes qui postent photos et appels au secours sur Twitter. Elles ne rapportaient déjà pas grand-chose, aujourd’hui elles ne valent plus rien. Investis-toi dans le suivi de la vie politique. Locale si tu ne peux pas faire mieux, mais je te conseille d’essayer de décrocher un poste à Paris. A partir de là, développe ton réseau de relations. Fais-toi inviter partout, flatte les uns et les autres, griffe de temps en temps pour te faire remarquer. Fais-toi craindre mais en laissant  supposer que ce qu’on craint, ce n’est pas ton indépendance mais ceux qui se servent de ta plume pour bousiller leurs adversaires. Sois un rebelle du centre, un insoumis aux ordres, un porte-drapeau du bien penser. Si tu es doué, on t’offrira un beau poste et un beau salaire, tu passeras tes soirées dans les cocktails et le reste du temps à commenter l’actualité sur les plateaux-télés.

Tu seras alors si puissant que tu pourras appeler le patron du journal qui t’emploie et l’insulter en lui parlant de son « canard de merde » sans qu’il n’ose jamais te virer.

Tu incarneras le rêve de l’éditeur de presse : tu seras bankable. Entre nous, le Prix Albert Londres, tout le monde s’en fout chez les patrons de médias. Ce qui leur importe, c’est que tu rapportes. Soit en bossant comme un dingue pour un salaire de misère, soit en te faisant remarquer.

Un dernier conseil : magne-toi. Tu imagines bien, au vu de ce que je décris, que le système s’essouffle un peu. Les lecteurs ne suivent plus, dit-on. Y’a crise de confiance. Tu m’étonnes. Pas dupes nos lecteurs….Tu vois, c’est un peu comme dans la finance ou la politique, le truc c’est de tirer un maximum d’avantages du système avant qu’il ne s’écroule.

 

21/10/2014

Bas les masques !

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 11:23

Ah comme elles sont édifiantes les réactions médiatiques à la disparition de Christophe de Margerie, le charismatique patron de Total, 6ème groupe pétrolier mondial.

A ma droite, (sans référence politique, quoique…), le gouvernement qui se confond en hommages. Vous savez, ce gouvernement dont l’ennemi déclaré est la finance, qui est censé pourfendre le patronat (mais aussi résoudre le chômage, on n’est pas une contradiction près), qui déteste les riches….Nous savons tous que ces postures sont des guignoleries, mais il n’est jamais inutile d’en avoir confirmation.

Pour Ségolène Royal, il « cherchait à imaginer le futur ».

Michel Sapin a évoqué un « grand personnage », un « personnage chaleureux, amical, qui mettait de la joie partout ». D’ailleurs notre ministre des finances est intarissable :  « c’est une entreprise française qui a choisi de rester implantée en France et qui tenait sa force, il (Christophe de Margerie, ndlr) le disait, du fait d’être française (…) C’était un des meilleurs lutteurs contre le ‘french bashing’ qui l’insupportait ».

Quant à notre ministre de l’économie, le jeune Macron :  « C’est beaucoup de tristesse. Je (le) connaissais bien, c’est un ami que je perds. C’est surtout un grand patron que la France perd, un grand capitaine d’industrie », a déclaré le ministre de l’Economie sur France 2, saluant la mémoire d' »un citoyen engagé et un interlocuteur de confiance pour les pouvoirs publics ». 

Et François Hollande a appris « avec stupeur et tristesse » ce décès, survenu dans la nuit. « M. Christophe de Margerie avait consacré sa vie à l’industrie française et au développement du groupe Total. Il l’avait hissé au rang des toutes premières entreprises mondiales. M. Christophe de Margerie défendait avec talent l’excellence et la réussite de la technologie française à l’étranger. Il avait de grandes ambitions pour le groupe Total », explique le communiqué de la présidence.

Ainsi donc, nous avions au moins un vrai grand patron, talentueux, citoyen, et nous l’ignorions ! Que n’ont-ils pas dit cela plus tôt, voilà qui aurait contribué à la mobilisation pour sortir la France de l’ornière. Combien d’autres grands patrons sont-ils dénigrés en public pour plaire à on ne sait trop qui et considérés en privé comme des talents exceptionnels, des soutiens indispensables, des moteurs de la croissance française, des acteurs de notre rayonnement international et, accessoirement aussi des amis proches ?

Au milieu, la presse. Les chaines d’information en continu nous apprenaient deux choses ce matin. D’une part que les salariés interrogés au pied de la tour de la Défense pleuraient leur patron. D’autre part,  que Margerie était un champion de la lutte contre le France bashing et qu’il n’avait sans doute pas tort puisque le grand public est informé à sa disparition du poids de Total dans le monde et découvre effaré qu’un gouvernement de gauche avoue discuter avec les grands patrons et même en apprécier certains….

A ma gauche, les rebelles. Ceux que même l’instant fédérateur de la mort n’empêche pas de critiquer et de détester parce qu’on ne rompt pas avec une haine idéologique, parce que celle-ci triomphe de tout, et en particulier de l’intelligence de celui qui la véhicule. J’ai nommé Gérard Filoche, mais il ne doit pas être le seul, simplement comme à son habitude, il l’ouvre quand les autres se taisent.

De son côté, Daniel Schneidermann a ouvert le feu des éditorialistes en rappelant chacun de ses confrères à son devoir de détestation. Bats ton grand patron tous les matins, si tu ne sais pas pourquoi, lui il le sait. C’est peut-être de cela qu’on souffre en France, de cette haine idéologique, nébuleuse, mal arrimée à quelques éléments factuels tordus et partiels (les impôts de Total en France, l’activité pétrolière par nature suspecte) que les politiques se sentent en devoir d’apaiser par un discours faussement vindicatif. Que de temps perdu à combattre des monstres de papier ! Que de colère toxique et mal orientée ! Que d’énergie dépensée en vain….Et au bout du compte, quelle poisseuse déprime.

20/10/2014

A l’ère du rien…

Filed under: Coup de griffe,Droits et libertés,Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 12:26

B0OFoudCMAAIpMPAinsi donc, pendant que je marchais sur les bords du canal du Loing ce week-end, à la recherche de mon ami le héron cendré – oui, j’ai des relations très haut placées et il m’arrive d’avoir la faiblesse de m’en vanter – Paris se déchirait à propos de l’oeuvre d’art d’un certain McCarthy. C’est un sapin assuraient les uns dans un souci d’apaisement, non, un plug anal rétorquaient les autres avec une assurance d’expert. Bref, vérification faite au vu de l’objet, il s’agit d’un très grand machin vert apparemment en matière souple, qu’on décrit gonflé d’air et retenu par des câbles, arborant une forme conique sur un pied.

Alerte, la France anti-plug est gangrenée

Las ! L’objet a été vandalisé durant la nuit de vendredi à samedi. On ignore qui sont les plaisantins qui ont dégonflé le machin, mais qu’en termes symboliques, ce dégonflage est amusant. Car en vérité cette querelle n’est pas celle que les beaux esprits de gauche à la sauce Inrocks tentent de nous décrire à grands renforts de « gangrenés » (brrrr, on frissonne) et de « honte à la France » (rien que ça !). Il n’y a ici aucun affrontement entre un artiste libérateur et des êtres bornés, mais une simple et splendide manipulation à visée purement financière, ou pour être plus précis, l’une des nombreuses excroissances purulentes de la société de consommation sur le corps martyrisé de l’art (moi aussi je peux délirer à la manière des Inrocks).

Il suffit pour s’en convaincre d’aller consulter l‘article que consacre Wikipedia à Mc Carthy. L’épisode du week-end occupe 7 lignes sur un paragraphe dédié à ses gonflages qui en compte 22. Sachant que l’artiste est né en 45, on comprend vite l’intérêt pour lui de faire se quereller les parisiens. Il ne lui reste plus beaucoup de temps pour faire cracher les collectionneurs au bassinet. Or, vendre des étrons gonflables géants ne doit pas être facile. Non parce que la chose est de peu d’intérêt, c’est précisément ce qui en fait la valeur sur le marché de l’art contemporain, mais il faut avouer que l’oeuvre est un tantinet encombrante.

Evidemment, n’importe quel esprit doué d’un minimum de sens critique aura saisi l’absence totale d’intérêt artistique du machin vert dont la seule caractéristique notable est son gigantisme. Seulement voilà, depuis qu’on a raté les impressionnistes, on est prêt à tout qualifier « art » plutôt que de prendre le risque de louper le nouveau génie. Et depuis que Duchamp a fait la blague de l’urinoir, on dispose même d’une théorie structurée pour affirmer que le « rien » est artistique dès lors qu’un individu se proclamant artiste nous impose de le penser.

La « subversion programmée »

Pour le philosophe Dany-Robert Dufour, notre époque n’en finit plus de copier l’acte subversif de Duchamp et donc s’est installée dans l’ère du « comme si’, de « la subversion programmée » (Le Divin marché » Ed. Denoël. p. 282 et suivantes « Tu enfonceras indéfiniment la porte déjà ouverte par Duchamp »). Observons au passage que cette déconnexion  semble être la maladie du moment. La finance s’est déconnectée de l’industrie, entraînant la catastrophe que l’on sait depuis le début de ce siècle. La communication s’est déconnectée du message, engendrant une perte de sens. La politique s’est émancipée de l’action en considérant que le discours suffit le plus souvent à assurer le seul enjeu véritablement essentiel, la réélection. On est même en train de créer des églises pour athées, c’est dire si la forme s’emploie à couper le cordon avec le fond dans tous les domaines, même les plus inattendus. En ce sens, il ne faut pas s’étonner que l’art lui-même se déconnecte de l’esthétique et du sens pour devenir, à l’instar du reste, une sorte de guignolerie en apesanteur, reliée à rien d’autre qu’elle même, et sur le point en permanence de sombrer dans le néant en faisant plus ou moins de dégâts collatéraux (cf. par exemple la crise des subprimes).

Le plus drôle dans cette histoire, c’est que les défenseurs du machin vert dégonflé portent haut le flambeau de la liberté. La liberté de penser, la liberté de choquer et la liberté plus séduisante encore à notre époque de pouvoir installer un machin à connotation sexuelle au milieu d’une place parce que, hein, bon, le sexe c’est le dernier truc subversif. Croit-on. Car pour être subversif, il faut avoir une règle à transgresser et je voudrais bien qu’on m’explique ce qui, en dehors du tabou de l’inceste, demeure encore à transgresser en la matière. Deconnexion, vous dis-je. Mirage et fumisterie.

En réalité dans cette affaire, ce sont les esclaves de la société de consommation, c’est-à-dire de l’escroquerie financière et intellectuelle que constitue une très grande partie de l’art contemporain, qui prétendent attirer les esprits ayant conservé leur sens critique dans leur cul-de-basse-fosse mercantile. Ceux-là ricanent en songeant que McCarthy  a outragé les réactionnaires en leur plantant son machin vert à un endroit que la vieille décence passée de mode m’interdit de citer. L’outragé en l’espèce n’est pas forcément là où l’on croit.

Ca dit : je suis nul, et c’est vraiment nul

A ce stade, il serait de bon ton  d’énoncer doctement que, même très moche, le truc avait le droit de vivre au nom de la LIBERTE. Ainsi se terminent avec prudence les quelques articles qui s’inscrivent en rupture avec l’obligation d’admirer le génie du machin vert et de s’indigner qu’il ait été légèrement chahuté. J’ai plutôt envie de vous citer Baudrillard : « toute cette médiocrité prétend se sublimer en passant au niveau second et ironique de l’art. Mais c’est tout aussi nul et insignifiant au niveau second qu’au premier. Le passage au niveau esthétique ne sauve rien bien au contraire : c’est une médiocrité à la puissance deux. Ca prétend être nul. Ca dit : « je suis nul ! » – et c’est vraiment nul ». Il n’y a qu’une seule façon de réagir au dégonflement du machin vert qui s’est écrasé comme une bouse place Vendôme : un gigantesque et salvateur éclat de rire. C’est l’ego du faux artiste – et celui des ampoulés médiatiques qui contribuent à sa fortune – qui s’est ainsi affalé au pied de la colonne Vendôme. Surtout, la provocation a eu les effets escomptés, l’artiste a réussi sa com’, il n’y a pas de quoi pleurer ! Et moins encore de brandir le spectre du retour des pourfendeurs de l’art dégénéré, comme l’a fait sans rire Fleur Pellerin dans un tweet.

De fait, nous avons là un bel exemple de geste artistique que je qualifierais de « spontané, collaboratif » pour imiter les commentateurs bouffis du faux art contemporain. Et je vais vous en improviser dans l’élan une définition : un artiste provoque volontairement afin de susciter une réaction, lesquelles constituent ensemble – la provocation et sa réponse – une oeuvre d’art dont le résultat est anticipé par l’auteur mais par définition jamais connu à l’avance avec certitude.

Sur ce je vous laisse. M’étant découvert à l’occasion de cet article la capacité de pondre des théories artistiques fumeuses, je m’en vais aller faire fortune. J’ai un projet de merguez en peluche à finaliser pour l’ouverture de la FIAC. Elle mesurera 10 mètres de long et symbolisera ce que vous voudrez.

25/09/2014

L’arme de la raison, le réconfort de la raison, le salut dans la raison

Filed under: questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:52
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A la suite de l’assassinat de l’otage français Hervé Gourdel hier, comme il fallait s’y attendre, l’émotion ou plutôt les émotions tournent en boucle dans les médias. La stupeur, les larmes, la colère, la peur, l’envie de vengeance, le tout dans une surenchère d’adjectifs. C’est à qui sera le plus horrifié, sous le choc. Laurent Fabius parle d’infamie, Luc Chatel évoque une « exécution atroce, lâche et barbare », le Parti communiste est indigné…On cherche des mots, c’est pas facile, on les a tant usés pour désigner des banalités que lorsqu’ils pourraient vraiment servir, on les juge éreintés. Bref, la bête médiatique réclame son tribut de réactions et de surenchère, alors chacun y va de sa formule, songez donc, le silence pourrait être si mal interprété.

Parallèlement, et parce qu’il faut des images, Caméras et micros se tendent vers les proches. Sont-ils tristes, en colère, interrogent les journalistes ? Passons…On nous montre les drapeaux en berne dans les villes et villages endeuillés. Leur chagrin nourrit notre colère, sourde, attisée par la peur et tout ceci fabrique le désir de vengeance.

Et puis, au milieu de toute cette cacophonie, la voix d’un expert hier soir sur France Info, aux alentours de 20h30 qui déclare que la France est en alerte maximum depuis 2001, que la situation actuelle ne comprend pas de menace supplémentaire, que la peur est liée à la médiatisation de certains événements, laquelle est souvent déconnectée du niveau de menace réelle….Quel apaisement, au milieu de l’hystérie collective d’entendre s’exprimer ceux qui savent.

Et le réconfort est encore plus grand quand ceux qui savent ont le temps d’expliquer calmement ce qu’il se passe. Ce fut le cas chez Bourdin ce matin avec la longue interview de Gilles Kepel. Je la mets ici. Regardez-là. Il explique que nous n’avons plus affaire à un terrorisme pyramidal façon Al Qaida mais à un fonctionnement en réseau. Que ce terrorisme là s’infiltre au plus profond de la société. Que ses outils sont notamment les réseaux sociaux et son but déclencher la peur, la haine, bref, exactement ce qui tourne en boucle dans les médias depuis hier.

Le système s’emballe, ce n’est pas la première fois. Les journalistes n’en sont qu’en partie responsables, il y a dans le système médiatique une logique perverse qui dépasse ses acteurs et s’avère difficilement maitrisable. Cette hystérie, on le sait, participe de la médiocrité du discours public, parfois elle cause des dommages plus ou moins graves. Ici, elle pourrait s’avérer mortelle. Alors c’est le moment de tourner le dos à l’émotion pour tendre le micro à la raison. Car ici plus qu’ailleurs, quand on comprend, on cesse d’avoir peur et, en matière de terrorisme, quand on n’a plus peur, on a triomphé de l’ennemi.

Mise à jour 13h00 : et hop, déjà un exemple de ce qu’il ne faut pas faire. La mode des sondages idiots sur des questions d’actualité est affligeante…

22/09/2014

Comment veux-tu que je t’enfume ?

Filed under: Eclairage,Mon amie la com',questions d'avenir — laplumedaliocha @ 15:04

images-3France Inter consacrait ce matin son numéro de l’émission Service public à cette passionnante question : « Comment contourner les stratégies de communication des grandes entreprises ? » . Parmi les invités, deux conseils en communication visiblement nourris au lait de bisounours depuis des années ont expliqué à quel point leur métier était utile, honnête et transparent. S’il est devenu désormais impossible pour un journaliste de parler à un décideur politique ou économique sans que celui-ci soit chaperonné par un conseil en communication c’est que l’opinion se professionnalise, de sorte que le discours aux médias doit se sophistiquer. Autrement dit le public est devenu si expert qu’il faut lui proposer des arguments experts (étrange comme on a le sentiment inverse en voyant le résultat, mais bon). On les soupçonne d’arranger la vérité ? Allons donc ! Ils ont une éthique, d’ailleurs certains refusent des dossiers quand ils n’adhèrent pas au message qu’on veut leur faire passer. Des menteurs, les communicants ? Bien sûr que non, nos kantiens en herbe ne mentent pas. Ils sont au contraire les partenaires privilégiés des journalistes, ils pallient leur manque de temps et de moyens en leur servant li’information utile qu’ils ont préalablement sélectionnée pour eux. En toute honnêteté. D’ailleurs, c’est pour ça que leurs clients leur offrent des ponts d’or : pour décrire bêtement la réalité à l’état brut, entièrement et  sans aucun maquillage.

Hélas, cette vision idyllique – qui ne convainc guère –  est démentie par les intéressés eux-mêmes dès qu’on les fait parler de dossiers concrets.  Ainsi quand le journaliste les interroge sur le cas de Richard Gasquet la réponse est saisissante. Souvenez-vous, en 2009 Gasquet est  contrôlé positif à la cocaïne. L’intéressé avoue tout en avançant une explication qui vaut son pesant de sucre en poudre : il n’a jamais pris de cocaïne, si on en a trouvé dans ses analyses, c’est qu’il a dû en absorber involontairement soit dans un verre en boite, soit en embrassant une jeune femme elle-même cocaïnée.   Patricia Chapelotte sourit à l’évocation de cet épisode ridicule, mais balaie bien vite la question du mensonge en communication : c’est le sport, et puis il y a de telles sommes en jeu…Autrement dit, allons, soyons cool, y’a pas mort d’homme.

On l’aura compris, si le discours médiatique ressemble désormais à un spot publicitaire permanent, c’est-à-dire s’il est nourri de phrases creuses et superficielles, et truffé parfois de franches absurdités – l’insupportable « part d’ombre » de Cahuzac lors de sa confession télévisée, la phobie administrative de Thevenoud etc. – c’est grâce à ces professionnels de l’argument qui tue. Sous l’antiquité, on les appelait « sophistes ». Ce sont les champions toutes catégories de l’abrutissement.

Le problème, c’est qu’ils sont sur le point de prendre le contrôle total de l’information. Un chiffre, donné en cours d’émission, exprime la gravité de la situation : aux Etats-Unis on compte désormais 4,6 communicants pour 1 journaliste. Lequel journaliste touche une rémunération inférieure de 40 % à celle du communicant et travaille avec des moyens ridicules. A voir le nombre de confrères qui annoncent leur passage à la com’ chaque année, je ne crois pas trop m’avancer en prédisant que la situation ne va faire que s’aggraver.

Notre métier est en danger si nous n’avons pas le temps de l’exercer, confie un confrère dans l’émission. Je crains que même en se donnant le temps, cela ne change rien à la catastrophe qui s’annonce.

Pour preuve, le dossier Kerviel justement abordé dans l’émission par son ex conseillère en com’ Patricia Chapelotte. Celle-ci décrit encore, 4 ans après la première condamnation de l’intéressé en correctionnelle, le petit breton bouc-émissaire d’un système cynique. A la trappe l’instruction par Renaud Van Ruymbeke ! A la trappe les deux procès au fond et la décision de la Cour de cassation ! Tout ça ne pèse rien face à la légende médiatique du petit breton victime de la méchante banque. Il faut dire qu’on a tous tellement envie d’y croire à cette belle histoire. La force de la communication, c’est qu’elle ne s’embarrasse pas de vérité, avec ses nuances, ses zones d’ombre et ses complexités, elle impose la légende susceptible d’entraîner l’adhésion du public. Légende qui généralement appuie sur les mécanismes les moins fiables du cerveau, le biais de confirmation, la quête d’une explication facile et autres travers remarquablement décrits dans un ouvrage incontournable : la démocratie des crédules, par Gérald Bronner.  

Dans l’affaire Kerviel, quelques médias commencent à avoir la gueule de bois et enquêtent sur l’enfumage dont ils ont été victimes. Je recommande à ce sujet le très bon reportage du Petit Journal diffusé en mai, ou encore celui de France 5 (vidéo le magazine reportage 1) qui date d’hier.

Mais, comme dirait la chroniqueuse judiciaire du Monde Pascale Robert-Diard dans le remarquable papier où elle a démonté la com’ Kerviel le lendemain du cirque à Vintimille, que pèse tout ceci face à un Goliath médiatique ?

Rien. L’information n’a plus assez de moyens pour se faire entendre, elle arrive trop tard, elle n’est pas séduisante, bref, elle est has been.

Les communicants sont nés pour rééquilibrer le rapport de force entre les individus ou les entreprises et la puissance des médias. Le résultat dépasse leurs espérances : ils ont triomphé. Mais chut ! C’est le secret le mieux gardé au monde. Si le public s’aperçoit que le système médiatique est totalement pollué par ces arrangeurs de vérité professionnels, tout s’effondre.

Comment ? Vous pensez que ça s’effondre déjà ? Je crains hélas que vous n’ayez raison…

Note : merci au fidèle lecteur de ce blog qui m’a alerté sur l’émission par mail ce matin. 

21/09/2014

Médias, qu’avez-vous fait à la politique ?

Filed under: Mon amie la com',questions d'avenir,Réflexions libres — laplumedaliocha @ 11:39

Twitter ricane ce matin. Twitter s’afflige des propos de Nicolas Sarkozy à Bruno Jeudy dans le JDD. Il faut dire que l’ancien Chef de l’Etat prête le flanc à la rigolade quand il confie à propos de l’annonce de son retour sur Facebook vendredi « mon audience sur Facebook fait le double de celle de la conférence de presse de Hollande et en une seule journée j’ai gagné plus de nouveaux amis que le total de ceux de Juppé et Fillon ».

Oh politique contemplant les effets de sa communication ! Oh Narcisse s’admirant dans l’onde claire des réseaux sociaux !

Les internautes ont raison de chambrer cette joie enfantine exprimée sans complexe par un homme qui prétend diriger une Nation à propos d’un fait aussi dérisoire que le nombre d' »amis » sur Facebook. Cela prouve au moins que l’internaute est modeste s’il est capable de critiquer chez un prétendant à la magistrature suprême un comportement que lui-même pratique tous les jours : suivre avec passion le nombre d’amis, followers, notifications etc., ces bribes de réponse à la fameuse question de fond de toute communication : est-ce que quelqu’un m’aime quelque part ? Ce qui serait bon pour l’internaute lambda, serait donc en-dessous du niveau d’un ex Chef de l’Etat ? Voilà une nouvelle fort réconfortante.

Comment oublier cependant que ces mêmes internautes ont stigmatisé Michel Sapin quand sous forme de boutade (le machin à la pomme), il a exprimé son peu d’intérêt pour les joujoux qui enchantent ses concitoyens. Et ils sont des dizaines de politiques à essuyer le mépris des « geeks » pour peu que l’un d’entre eux commettent une erreur de vocabulaire ou de raisonnement révélant son ignorance des us et coutumes de la toile. Alors ? Où se situe la juste mesure ?

En réalité, l’internaute devenu média lui-même souffre du même mal que les grands médias professionnels. Il impose sa culture et ses lois à ses interlocuteurs puis, face au résultat, il s’indigne. La parole du politique est devenue creuse, superficielle, entièrement pensée non pour exprimer une réalité mais pour produire un effet, changeante, incohérente, parfois même d’une sottise comique ? Sans doute, mais pourquoi ? Parce que le système médiatique a imposé cela. Parce que dans une société où les médias se sont répandus avec la puissance d’un tsunami, envahissant jusqu’au moindre recoin de nos habitudes de vie et de nos cerveaux, il n’est pas d’autre solution que de passer par les médias et donc de céder à leur loi pour atteindre les citoyens.

Nicolas Sarkozy, qui règle le problème des grands médias en s’adressant directement aux réseaux sociaux, tombe alors dans un autre piège : il compte ses « amis » sur Facebook et devient ridicule, mais à qui la faute ? A ce système que nous entretenons tous, que nous défendons, que nous prônons avec condescendance auprès de ceux qui prétendent s’en tenir éloignés, à ce système dont les lois en grande partie échappent à notre maîtrise et qui pervertit tout ce qu’il touche.

05/09/2014

Heureux celui par qui le scandale arrive !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 13:21

Tout le monde connait la formule « Malheur à celui par qui le scandale arrive » mais sait-on d’où elle vient ? De l’évangile de Luc :« Jésus dit à ses disciples : Il est impossible qu’il n’arrive pas des scandales ; mais malheur à celui par qui ils arrivent !
Il vaudrait mieux pour lui qu’on mît à son cou une pierre de moulin et qu’on le jetât dans la mer ». Rassurez-vous fidèles lecteurs, je ne m’en vais pas ici prêcher. La morale n’est pas dans l’air du temps. Elle heurte trop la liberté conçue comme absence de limite et surtout le droit de jouir sans entrave. Vous savez, ce droit dont les médias au sens large nous rappellent à chaque seconde qu’il est sacré et absolu, et pour cause, c’est en appuyant sur ce mécanisme que la société de consommation fourgue à un prix prohibitif le bonheur frelaté d’acheter n’importe quoi. Je renvoie ceux que le sujet intéresse à l’oeuvre intégrale du philosophe Dany-Robert Dufour. Toujours est-il que je voulais juste attirer l’attention sur l’inversion de paradigme qu’est en train d’opérer notre société hyper médiatisée : le scandale désormais est la voie royale vers le bonheur.

Le scandale paie

Car il faut bien admettre en observant le succès du livre de Valérie Trierweiler que le scandale paie. Et même très bien : 50 000 exemplaires du livre vendu en une seule journée (voir l’auto-promo de son employeur, Paris-Match). Tirage initial à 200 000 exemplaires mais l’heureux éditeur – Les Arènes, éditeur de la magnifique Revue XXI (1) – projette déjà d’en tirer 300 000 de plus. Un coup à 600 000 euros pour l’auteur disait-on avant de connaitre les chiffres du premier jour, c’est dire…J’ai entendu que c’était mieux que Nothomb, Harry Potter et de toute façon parfaitement inédit pour un « essai ». Oui, qu’on le veuille ou non, la chose se classe dans les « essais ». Au même titre que mon philosophe fétiche cité plus haut. Et au même prix pour le consommateur. Mais pas pour le même bénéfice s’agissant de l’auteur. Entre celui qui pense et celle qui couche, il y a la même différence qu’entre un smicard et un patron du CAC 40 (que les deux me pardonnent, ma comparaison est strictement limitée à l’ordre de grandeur). Entre celui qui offre pour 20 euros à ses lecteurs (dont entre 17 et 19 pour l’éditeur qui supporte les coûts) des clefs de compréhension du monde, un travail, un savoir, et celle qui jette de la boue mêlée de confidences sans intérêt dans un style approximatif, c’est la deuxième qui touche le jackpot. Que voulez-vous, nous sommes plus nombreux à nous demander ce qu’il se passe dans le lit élyséen qu’à vouloir comprendre pourquoi Adam Smith a engendré une société sadienne. Et pourtant….Si je les rapproche tous les deux, c’est qu’après avoir lu DR Dufour, rien de ce qu’il se passe ne surprend, même si tout désespère.

Millionnaire ?

Le système médiatique d’aujourd’hui – dont on a compris qu’il était le prophète intarissable de la société de consommation – promeut dans des proportions phénoménales le scandale. Marcela Iacub a vendu 18 000 exemplaires de ses confidences de porcheries sur DSK. Trierweiler pourrait exploser tous les records d’édition. Que les deux femmes aient souffert d’avoir cotoyé des goujats, nul ne le conteste. Qu’elles aient été blessées et humiliées, on s’en doute. Mais les deux ont fait des choix éclairés de femmes libres en fréquentant ces hommes-là. Et on peut leur appliquer le même raisonnement qu’à Kerviel : tant que ça gagnait, elles ne se plaignaient pas. Tant que Valérie riait avec François en parlant des sans-dents à l’Elysée ou à la Lanterne, tout allait bien. C’est quand François est parti rire avec une autre que les « sans-dents » ont cessé de faire rigoler. Ceux-là continuent de crever en silence tandis qu’une courtisane peut déjà, après avoir coûté les frais d’un cabinet à la France et profité de ses largesses, espérer devenir millionnaire en droits d’auteur pour se consoler de sa rupture. Si Valérie Trierweiler n’était pas aveuglée pas son désespoir de « journaliste » politique gâtée par le pouvoir, elle aurait compris que son sort, même peu enviable depuis la rupture, demeurait encore fort privilégié.

Juteuse indignation

Vous voyez, nul besoin de passer par l’ennuyeuse morale qui eût commandé d’attendre au minimum la fin du quinquennat pour publier cette horrible chose, pas besoin donc d’un rappel à la dignité, à l’intérêt collectif, au respect de la fonction qui dépasse l’homme haï, un simple raisonnement de proportion et de mise en perspective suffit à montrer en quoi la chose est insupportable. Au passage, on observe que la morale est bien une intelligence durable, et non pas un carcan imbécile dont il suffirait de se débarrasser pour vivre enfin libre et heureux. Car si Valérie s’était abstenue, cela aurait eu infiniment de classe et cela aurait épargné à un président qui est loin d’avoir mes faveurs mais dont je respecte la fonction, un coup fort préjudiciable à notre pays. Tout le monde est scandalisé par ce livre. C’est précisément ce caractère scandaleux qui lui vaut la Une des médias et permet donc à l’information relative à sa parution d’atteindre chaque citoyen et sur cette cible immense d’en intéresser une forte proportion en raison du caractère sulfureux complaisamment étalé par les médias. Et c’est précisément au nom de cette indignation que les consommateurs -j’emploie ce mot à dessein – achètent. De fait, non seulement ils récompensent la démarche qu’ils jugent eux-même scandaleuse, mais ils encouragent le système médiatique à poursuivre dans ce sens.

Diabolique.

(1) C’est un peu normal, dans le journalisme, le pipole finance l’utile. Autrement dit, pour payer par exemple un reportage de guerre, il faut souvent assurer ses ventes en attirant les lecteurs grâce au cul d’une star sur la plage.

05/08/2014

On en a parlé sur France Culture…

Filed under: Affaire Kerviel,Brèves — laplumedaliocha @ 06:50
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Faut-il absoudre Jérôme Kerviel ? Tel était le titre de l’émission Du Grain à moudre sur France Culture consacrée hier, on l’aura compris, au célèbre ex-trader. J’en ai débattu avec la sociologue Judith Assouly, également consultante en déontologie auprès des établissements financiers et le professeur en sciences de management (et membre actif de la défense Kerviel) Jean-Philippe Denis. Vous pouvez réécouter l’émission en podcast ici.

30/07/2014

Kerviel désincarcéré ? Petite mise au point

Depuis des semaines les soutiens de Jérôme Kerviel attendaient ce fameux 29 juillet, date à laquelle son avocat David Koubbi devait plaider une demande d’ aménagement de peine  devant le juge d’application des peines (JAP pour les intimes) à Fleury-Mérogis. Le 29 juillet au matin, les caméras de BFMTV, ITélé, ainsi que l’AFP et Europe 1  attendent de pied ferme devant la prison. Quand l’avocat sort enfin de l’audience, accompagné de deux confrères de son cabinet, il  annonce  aux journalistes que le JAP vient de rendre « une décision extrêmement courageuse » en faisant droit à la demande de la défense. L’avocat précise que son client va sortir de prison dans les tout prochains jours, à condition que le parquet ne fasse pas appel.

« Désincarcéré », Jérôme Kerviel verra sa peine de prison transformée en obligation de porter un bracelet électronique.

 

A titre anecdotique, sur Twitter les professionnels de la justice plaisantent sur ce « désincarcéré » qui ne figure pas dans les dictionnaires juridiques.

 Quelques minutes après ces déclarations, BFM TV annonce l’intention du parquet de faire appel.

C’est en fin de journée que l’on apprend finalement que la décision ne sera rendue que vendredi. L’information vient du parquet qui fait une mise au point par mail à la presse peu après 18 heures :

« La demande de libération conditionnelle précédée d’une mesure probatoire sous la forme d’un placement sous surveillance électronique a été soumise au Juge d’Application des Peines ce jour. La décision du juge a été mise en délibéré à la date du 1er août, date à laquelle elle sera notifiée au parquet.

 En l’état, le parquet d’Evry est dans l’attente de cette décision qui lui permettra de prendre connaissance des motivations retenues et d’exercer, le cas échéant, les voies de recours qui lui sont offertes ».  

Les médias ont le sentiment d’avoir été baladés et ne se gênent pas pour le faire sentir.

 BFM TV publie un correctif sur  un ton assez grinçant.

En réalité, comme le précise  David Koubbi aux journalistes, le juge a indiqué à l’audience qu’il allait donner une suite favorable à la demande. Le problème, c’est que tout à la joie de sa victoire, l’avocat a oublié qu’une décision de justice n’existe qu’à partir du moment où elle est rédigée. La prudence commandait donc de se taire, ou d’employer des précautions de langage de type conditionnel.

En fait de quoi, il annonce triomphalement qu’il a obtenu l’aménagement de la peine, que son client va sortir et reprendre une activité normale.

On peut imaginer à partir de là l’embarras du parquet dont les médias disent qu’il fait appel d’une décision considérée comme officiellement prononcée, alors que tout n’est encore qu’au stade de l’intention. Intention du JAP d’accéder à la demande d’aménagement, intention du parquet de faire appel.

De deux choses l’une, soit l’avocat en faisant ces déclarations aux médias a voulu « coincer » la justice en l’empêchant de se dédire ou de céder à une quelconque intervention, voire dissuader le parquet de faire appel (ce ne serait pas la première fois que la défense jouerait les médias contre la justice), soit c’est une simple maladresse. Si David Koubbi avait simplement dit en sortant, » j’ai bon espoir, mais attendons de connaître la décision vendredi », tout se serait passé normalement. Seulement voilà, ça n’aurait pas été l’affaire Kerviel….

Quant à savoir s’il est légitime ou non d’aménager la peine du trader, disons que les délinquants en col blanc condamnés à de la prison ferme en France ne sont pas légion. Si le cirque orchestré à la frontière au mois de mai dernier avait eu pour effet de dispenser le trader d’exécuter sa peine, cela aurait signifié que les médias triomphaient de l’institution judiciaire et il y aurait eu des raisons de s’indigner. Mais à partir du moment où tout se passe dans le cadre légal classique, rien ne semble s’opposer à cet aménagement, et il n’y a sans doute pas lieu de parler de « justice de classe » contrairement à ce qu’ont pu en dire quelques internautes dont Michel Onfray.

Il y a fort à parier que cet aménagement de peine sera récupéré par la défense pour nourrir le storytelling d’une justice ouvrant enfin les yeux et prête à déclencher le vrai procès, celui de la Société générale. Pourquoi pas ? Sauf qu’aucune des pièces avancées jusqu’à présent pour nourrir cette démonstration n’est convaincante. Pas plus l’aménagement de peine que le reste. Un aménagement de peine n’a en effet rien à voir, mais alors vraiment rien, avec une quelconque appréciation du JAP sur la pertinence du jugement à l’origine de l’incarcération. La décision à venir du JAP, si elle est conforme à celle annoncée prématurément, n’a rien non plus d’exceptionnellement courageux, sauf à entrer dans des scénarios complotistes plus ou moins délirants au terme desquels un juge en France risquerait sa vie ou même seulement son poste,  en contrariant une banque. Au demeurant, rien ne démontre que Société Générale soit contrariée à l’idée que son ex-trader finisse sa peine à l’air libre.

Ce dossier gagnerait à ce que ses protagonistes cessent d’en surjouer les épisodes. On finit par se croire dans OSS117, l’humour en moins.

02/07/2014

Info bingo

Il y a parfois des événements qui entrent en collision et déclenchent une réflexion.

Très en forme, le site de France Télévision a mis en ligne cet après-midi un « Sarko Bingo ». Le principe du jeu est le suivant  :

« Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy monte au créneau dans une affaire au sein de laquelle son nom est cité. Après 15 heures de garde à vue dans celle des écoutes et une mise en examen pour corruption active, trafic d’influence actif et recel de violation du secret professionnel, l’ancien président s’exprimera, mercredi 2 juillet, sur Europe 1 et TF1. 

A chaque fois, Nicolas Sarkozy a adopté la posture de la victime, blessée mais encore battante, dénonçant « une instrumentalisation » de la justice contre lui. Voici quelques unes des phrases que vous pourrez très probablement entendre et cocher en écoutant son interview ». 

Suit un tableau que je vous laisse découvrir. Sur twitter d’aimables internautes m’ont indiqué qu’il y avait d’autres Sarko Bingo en circulation, notamment celui de Rue89.

Qu’un site à l’ADN  irrévérencieux comme Rue89 propose ce genre de distraction ne me choque pas plus que cela. C’est plus déstabilisant de la part de France Télévision dont on attend, me semble-t-il, autre chose de plus sérieux. Au-delà d’une éventuelle pique entre concurrents (Sarkozy a choisi le JT de TF1…), c’est peut-être aussi un constat d’impuissance qu’il faut deviner dans cette moquerie journalistique à l’égard de l’ancien Chef de l’Etat.  Impuissance par exemple des médias à résister à leur instrumentalisation dans le cadre d’une procédure judiciaire…On se souvient à ce sujet des interviews larmoyantes de DSK, Cahuzac, Kerviel et plus récemment Lavrilleux. C’est devenu mécanique, la justice vous ennuie ? Hop on file à la télévision appeler le téléspectateur à l’aide. Au grand match médias contre justice, cette dernière continue de gagner, discrètement mais surement. Jusqu’à quand ?

Et cela m’amène à mon deuxième événement.

Figurez-vous que pendant que l’internaute joyeux s’amusait à jouer au Sarko Bingo, on apprenait que la Cour de cassation venait de donner définitivement tort à Mediapart au sujet de la publication des enregistrements Bettencourt. Eh oui, les enregistrements à l’origine du feuilleton judiciaire du jour. Nicolas Sarkozy est soupçonné en effet d’avoir tenté de savoir ce qu’allait décider la Cour de cassation à propos de la saisie des agendas présidentiels dans l’affaire Bettencourt.

Voici un extrait de l’arrêt prononcé par la première chambre civile :

« Mais attendu que l’arrêt, après avoir rappelé que l’article 10 de
la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales dispose que la liberté de recevoir et communiquer des
informations peut être soumise à des restrictions prévues par la loi et
nécessaires, dans une société démocratique, à la protection des droits
d’autrui afin d’empêcher la divulgation d’informations confidentielles, retient
exactement qu’il en va particulièrement ainsi du droit au respect de la vie
privée, lui-même expressément affirmé par l’article 8 de la même
Convention, lequel, en outre, étend sa protection au domicile de chacun ;
qu’il s’ensuit que, si, dans une telle société, et pour garantir cet objectif, la loi
pénale prohibe et sanctionne le fait d’y porter volontairement atteinte, au
moyen d’un procédé de captation, sans le consentement de leur auteur, de
paroles prononcées à titre privé ou confidentiel, comme de les faire connaître
du public, le recours à ces derniers procédés constitue un trouble
manifestement illicite, que ne sauraient justifier la liberté de la presse ou sa
contribution alléguée à un débat d’intérêt général, ni la préoccupation de
crédibiliser particulièrement une information, au demeurant susceptible d’être
établie par un travail d’investigation et d’analyse couvert par le secret des
sources journalistiques, la sanction par le retrait et l’interdiction ultérieure de
nouvelle publication des écoutes étant adaptée et proportionnée à l’infraction
commise, peu important, enfin, que leur contenu, révélé par la seule
initiative délibérée et illicite d’un organe de presse de les publier, ait été
ultérieurement repris par d’autres ».

Le site Mediapart annonce qu’il va saisir la Cour européenne des droits de l’homme. On reconnait bien là le singulier manque d’humour d’Edwy Plenel.  C’est fini le temps des chiens de garde de la démocratie. Terminé. Nous entrons dans l’ère de l’info bingo. Et ça va rapporter très gros !

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