La Plume d'Aliocha

9 février 10

Sexe, voitures et canapés !

Classé dans : Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 11:36

Qu’est-ce que c’est beau la pub !

Habituellement, je ne la regarde pas. Mais ce matin sur BFM TV, allez savoir pourquoi, j’ai observé la chose de près au lieu de baisser le son ou de me laisser aller à la rêverie. Bien m’en a pris, dites-moi, j’ai pris une vraie leçon de vie. Car la publicité ne se limite pas à véhiculer un message en jouant sur le fameux temps de cerveau disponible que lui vend la chaine, elle milite également pour un certain nombre de valeurs, enfin, quand je dis un certain nombre, c’est une façon de parler. Vous allez voir.

C’était ce matin, donc, sur BFM TV aux alentours de 7h45. Premier spot : nous sommes à l’intérieur d’une voiture conduite par une femme d’un certain âge accompagnée d’une adolescente.  L’adolescente veut décrocher son téléphone et, en fouillant dans son sac,  laisse tomber un préservatif, version ludique, transparent et rose. Panique dans le regard de l’adolescente. Mais sa grand-mère est cool et lui lance « tiens, tu aimes les fraises maintenant ? ».  N’empêche, elle empoche le préservatif sans qu’on sache si c’est pour l’utiliser ou le soustraire à la gosse dans un but éducatif. En tout cas, elle ne pense pas à la prévention la grand-mère, ni à parler avec sa petite fille. Non, elle est trop cool pour ça. Objet vendu ? Une voiture.

Deuxième spot.  Un appartement le soir. Un homme se brosse les dents tandis qu’une jeune femme fouille dans ses tiroirs, s’empare de l’une de ses culottes qu’elle place dans la poche de veste de son compagnon, puis fait semblant de la découvrir. S’ensuit une jolie scène de ménage au terme de laquelle elle lui dit qu’elle ira dormir sur le canapé. Objet vendu : un canapé, donc. Si confortable qu’on lui sacrifie joyeusement son lit et sa vie de couple. C’est dire…

Troisième spot. Jolie chambre qu’on imagine en Italie, ambiance luxe et volupté. Une femme se lève d’un lit et quitte l’appartement en culotte, soutien-gorge et talons hauts. Un homme en slip, langoureusement allongé dans les draps plonge la tête dans l’oreiller que vient d’abandonner la jolie créature. Objet vendu : un parfum.

Quatrième spot. Une voix off raconte la vie trépidante d’un automobiliste qui a besoin d’une grande voiture pour transporter sa famille recomposée. La caméra le suit dans ses déplacements pour aller chercher ses enfants, nombreux, qu’on nous explique issus de différents mariages. Celle-là surgit un peu comme la conclusion des précédentes.

Le thème omniprésent est celui de la liberté sexuelle. Liberté de l’adolescence, émancipation nécessaires des vieilles générations, de leurs valeurs surnanées et de leurs inquiétudes dépassées, plaisanterie sur l’infidélité, rencontre érotique qu’on imagine de passage puisque la femme s’en va, mariages multiples et relativisation joyeuse du divorce, etc.

Vous imaginez le nombre de « valeurs » qu’on nous assène ainsi en l’espace de quelques secondes simplement pour vendre une voiture, un canapé ou un parfum ? L’annonceur joue allègrement sur la notion de plaisir décomplexé et utilise le plus puissant levier, le sexe. Jouis, enjoint-il au téléspectateur, émancipe-toi de tes vieux réflexes, des référents  qu’on t’a enseignés et jouis, égoïstement, sans limites. Lache-toi, achète voitures, canapés, parfums, fais-toi plaisir, rien n’est important, rien n’est grave. Le plaisir est la seule règle, il n’y en a pas d’autre. On s’étonnera ensuite de vivre dans une société déboussolée…

Dans le même ordre d’idée, c’est-à-dire la manipulation des esprits à travers de petites historiettes apparemment anodines, mais pétries de messages, je vous recommande un très intéressant article sur Causeur. L’auteur, philosophe, décrypte un film  contre l’homophobie destiné à être projeté dans les classes de CM1 et CM2. Edifiant.

8 février 10

Le voile, opium du peuple ?

Classé dans : Brèves — laplumedaliocha @ 16:28

Savoureuse interview ce matin du postier du NPA par Jean-Jacques Bourdin sur BFM. On attendait en effet les explications d’Olivier Besancenot sur sa candidate voilée (discrètement voilée d’ailleurs, son visage est visible). Je ne me souviens plus précisément de la manière dont il s’est justifié, je souffre malheureusement d’une curieuse forme d’autisme à l’égard de la langue de bois, surtout quand elle est idéologisée, mais j’ai beaucoup aimé la réaction  de mon illustre confrère : « la religion n’est donc plus l’opium du peuple ? »a lancé Jean-Jacques Bourdin. Ah ! La délicieuse question que voilà.

Sur le même sujet, j’apprends en lisant Marianne 2  que l’Obs a été condamné pour atteinte à la vie privée et au droit à l’image à la demande de la chanteuse Diam’s (10 000 euros de dommages intérêts) au motif que le magazine a osé évoquer ses engagements religieux, engagements dont non seulement elle parle dans ses chansons, mais qu’elle affiche dans sa tenue vestimentaire. Voilà qui pose l’intéressante question des limites entre les sphères privée et publique, limites qui varient visiblement selon qu’on est un badaud ou un journaliste. Vivement le moment où les journalistes auront enfin compris qu’ils doivent se cantonner à la stricte retranscription des communiqués de presse….

4 février 10

Du calme, amis corses, c’est pour rire…

Classé dans : Dessins de presse — laplumedaliocha @ 19:31

3 février 10

Un mail sinon rien

Classé dans : Réflexions libres — laplumedaliocha @ 09:39

Qu’est-ce qu’on communique à notre époque ! Entre nous, c’est merveilleux les progrès technologiques. Non, franchement.

Tenez hier, j’ai reçu une soixantaine de mails. Comme d’habitude. Des tas de gens que je ne connais pas m’écrivent ainsi tous les jours. Certains à titre professionnel, des attachées de presse surtout, pour me vendre une énième analyse sur la crise, un sondage sur le moral des chefs d’entreprise, une conférence, une interview, un nouveau service, la croissance externe d’une boite. Et puis il y a ceux que je ne connais toujours pas mais qui ont le bon goût de me proposer des distractions pour me donner envie de les rencontrer. Ainsi, ce soir, si j’avais voulu, j’aurais pu m’entraîner au tir. Voui. Quelque part dans un quartier chic de Paris. Je m’y vois déjà, avec l’arme lourde et froide dans la main, guidée par un professionnel que j’imagine tout droit sorti d’un épisode du Commissaire Moulin, assourdie par le fracas de l’arme et sans doute secouée par le recul. Entre nous, ça m’aurait bien plu, mais je n’ai pas le temps. Pas plus que je n’irai d’ailleurs au cocktail qui suivra la remise du prix du meilleur article financier de l’année. D’autres essaient de me vendre des choses étrangères à mon exercice professionnel. Par exemple, le site Amoureux m’indique : « Aliocha un homme t’attend ! » Tiens donc, c’est qui celui-là ?  Et puis ça veut dire quoi exactement « un homme t’attend » ? Ayant la fâcheuse habitude d’être en retard, je suis souvent attendue par les gens que je connais, mais si maintenant ceux que je ne connais pas se mettent aussi à m’attendre, on n’est pas sortis. Au milieu de tout ce fatras, il y a parfois des messages qui m’intéressent. Un copain hier qui me félicitait pour un article, une amie qui voulait aller au théâtre, les voeux tardifs d’une lointaine relation. Encore faut-il les identifier ces mails parmi des dizaines de propositions ineptes envoyées par de parfaits inconnus. C’est vrai quoi, avant on recevait du courrier de gens qu’on connaissait, pas beaucoup, et plus souvent des lettres désagréables qu’on appelait « factures » adressées par des gens avec lesquels on entretenait des relations marchandes plus ou moins cordiales. Fini tout ça, terminé l’insupportable isolement, maintenant chacun compte pour quelqu’un et même pour beaucoup de monde. Non, franchement, je vous le dis, on y a gagné. On n’est plus seuls.

Le défaut, car il y en a un, c’est qu’avec toutes les facilités du virtuel, on se voit moins, et puis on se parle moins aussi. D’ailleurs, c’est pour cela qu’on reçoit de plus en plus de mails. Tenez, hier encore, j’appelle la secrétaire d’un monsieur important que je veux interviewer. L’attachée de presse n’ayant pas répondu à mon mail envoyé il y a une semaine, je me suis dit, « allez hop, on zappe la dinde qui n’a même pas eu la politesse de me répondre et on va directement au contact ». Voilà qui me mettait en joie, chic un coup de téléphone, j’allais entendre la voix d’un humain, un truc de dingue. Je me lance donc dans une synthèse de ma demande taillée au poil de grenouille près pour éclairer la secrétaire sans abuser de son temps. Devinez ce qu’elle m’a lancé au milieu de ma deuxième phrase ? « Le mieux c’est que vous m’envoyiez un mail ! » et elle a raccroché. Fin de ma petite détente avec un vrai humain. Je lui ai envoyé son fichu mail, ça lui en fera un de plus et je parie tout ce que vous voulez qu’elle va le forwarder à son boss, ce qui lui évitera une explication de vive-voix. Avant de se plaindre à ses copines du nombre de mails qu’elle reçoit tous les jours….par mail, bien sûr, c’est plus drôle. Et hop, deux conversations d’évitées, c’est pas beau ça ? D’ailleurs, s’il est d’accord son boss, je gage qu’il me renverra un mail, peut-être même qu’il me proposera de la faire par mail l’interview, mais là je peux vous garantir que ce sera non. Faut pas déconner  quand même. J’entre en résistance, voyez-vous, j’en ai un peu marre du virtuel. J’ai envie d’entendre des gens, de les voir, ceux que je connais et même ceux que je connais pas d’ailleurs. Et hop, un petit bain de foule dans le métro aux heures de pointes, ça me fera des vacances, ça me rappellera comment c’était A-vant.

Hier encore (oui, d’où ce billet ce matin, c’était concentré hier en termes d’expériences virtuelles, ou bien j’y étais particulièrement sensible, allez savoir), hier donc, l’un d’entre vous m’envoie un mail dans lequel il me demande de le mettre en contact avec un commentateur qui a disparu depuis plusieurs semaines. Ce sera fait, cher lecteur. Mais du coup je me suis dit : c’est quand même fou, on discute tous ensemble, on se connait sans se connaître, bien à l’abri derrière nos écrans et nos pseudos et si par hasard deux commentateurs du même blog veulent se parler en direct loin du blog, c’est pas possible. Il faut entrer dans un circuit complexe d’approche en faisant appel à l’intermédiaire obligé que je suis, c’est fou, non ? Avant tout ce cirque, c’était plus simple. On faisait connaissance en live, l’identité était première, l’affection seconde. Maintenant c’est l’inverse, on se parle sans se connaître, on finit par se connaître, mais sans s’identifier et puis parfois – très rarement – tout ceci débouche sur une vraie relation.

Et encore, fragile la relation, parce que c’est pas tout ça, mais il faut les gérer nos relations virtuelles et elles sont si nombreuses, si absorbantes, qu’on n’a plus vraiment le temps d’aller boire un verre avec les gens en 3 dimensions, vous savez les vrais, ceux qui bougent, qui font du bruit, qu’on peut voir et même toucher. Un truc de dingue vous dis-je la communication moderne. Ce d’autant plus qu’on ne les gère par forcément dans la douceur nos relations virtuelles. Parait qu’on n’a plus le temps avec tous ces mails qu’on reçoit. En tout cas c’est que me disait une consoeur la semaine dernière : « moi je ne mets plus de formules de politesse dans les mails, c’est trop long ». Elle a raison, taper « bonjour », « merci » et « bien cordialement » ou « bonne journée », ou « bises » selon les cas, c’est 20 secondes de perdues, vous imaginez ça, vous, 20 secondes ? Une folie si on les multiplie ces fichues 20 secondes par le nombre de mails auxquels on répond tous les jours. Vous me direz, à l’époque déjà ancienne du téléphone, il fallait composer le numéro, attendre qu’on décroche, puis guetter le fameux « allo ? » avant de dire bonjour, se présenter…ça prenait encore plus de temps quand on y pense, mais on pouvait se le permettre, puisqu’on ne recevait pas de mails et que rédiger un courrier, c’était carrément une aventure au long cours.

Le mieux est encore d’en rire, en attendant que tout ceci nous rende définitivement dingues. Mais il y a quand même des situations dans lesquelles ça n’est pas drôle du tout. Allez donc lire ce papier sur Rue89. Il évoque l’ultime progrès technologique du moment, la pointe de la modernité : la justice par visioconférence. Plus de transfert de détenus entre la prison et le Palais, plus de fonctionnaires de police mobilisés pour rien ni de risque d’évasion sur le trajet. Et hop, une discussion par écran interposé entre une prisonnier derrière les barreaux et un juge à des kilomètres de là installé à son bureau. Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue pour les droits de l’homme (LDH) s’insurge   :« L’absence de confrontation physique est inquiétante. La justice sera rendue via un téléviseur, ce qui rend la procédure complètement virtuelle, hors de toute réalité. La visioconférence sera à la justice ce que la télé-réalité est à la télévision. C’est de la télé-justice. » Bah, au point où on en est…

30 janvier 10

Il neige sur les burqas

Classé dans : Dessins de presse, Débats — laplumedaliocha @ 10:48

Par une curieuse association d’idées dont il a le secret, le dessinateur de ce blog a décidé de s’en prendre aux burqas et à la vague de froid. Sans doute le manque de soleil pèse-t-il sur son âme de créatif… Plus sérieusement, j’ai lu récemment sur le sujet (la burqa, pas la neige bien sûr) deux billets qui m’ont également convaincue dans deux sens différents, et même soyons clair, opposés. Hugues Serraf revendique la liberté de s’habiller comme on veut, y compris de se déguiser en fantôme. C’est ici. Elisabeth Levy pour sa part stigmatise la « débandade » de notre cher gouvernement (savoureuse ambiguïté du vocabulaire en l’espèce !) et réfute la soi-disant impossibilité juridique d’interdire la burqa. Pour mémoire, nous avions eu ici même un passionnant débat sur le sujet grâce au témoignage de DAZahid que je salue (commentaire 40 et suivants sous le billet). Et me voici donc au milieu du gué, tiraillée entre la sacro-sainte liberté de s’habiller d’un côté (tiens, il faudrait l’inscrire dans la Constitution celle-là) et, de l’autre, la dignité de la femme, la défense de la laïcité et la lutte contre l’extrémisme. Je ne sais, pas, je ne sais plus où se situe la liberté dans ce débat. Du coup, et pour ne pas être toute seule à me torturer ainsi, je vous propose, un peu cruellement je l’avoue,  de les lire tous les deux. Bon week-end !

28 janvier 10

Profession : chroniqueur judiciaire

Classé dans : Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 09:58

Didier Specq est chroniqueur judiciaire au quotidien Nord Eclair depuis 20 ans. Il est une figure du Palais de justice de Lille. Certains d’entre vous le connaissent pour avoir lu ses commentaires chez Eolas ou sur ce blog. Comme nous avions parlé récemment de la chronique judiciaire à l’occasion de la parution des Grands procès du Monde,  j’ai eu envie de l’interroger pour en savoir un peu plus sur le métier. Il m’a fait le plaisir d’accepter, voici donc le compte-rendu de notre discussion. Vous verrez que Didier Specq est assez sévère avec le traitement actuel des affaires judiciaires, dénonçant le manque de connaissance du terrain de certains de ses confrères qui contribue, à ses yeux, aux grands emballements médiatiques comme celui que nous avons connu dans l’affaire Outreau.


 

Aliocha : Comment êtes-vous devenu chroniqueur judiciaire ?

Didier Specq : J’ai commencé le journalisme en qualité de correspondant de Libération en 1975 à Lille, c’était la grande époque à Libé. Je couvrais toute l’actualité de la région et c’est là que j’ai commencé à m’intéresser de près à la justice. Il faut dire que les magistrats venaient de créer le Syndicat de la magistrature, un syndicat de gauche dont tous les membres ou presque étaient nommés, à titre de rétorsion, dans le Nord et plus particulièrement à Béthune. Ces juges instruisaient les affaires différemment des magistrats classiques. J’ai commencé à saisir que d’une manière générale, les juges étaient influencés par l’actualité, par les effets générationnels aussi, mais finalement pas tant que ça par les clivages politiques. C’était intéressant de voir que des juges de gauche pouvaient être plus sévères avec les délinquants que des juges plus conservateurs, simplement parce que ces derniers croyaient peut-être davantage à la réhabilitation. De même, dans les affaires de pédophilie, on voit bien que les juges plus âgés et censés plus conservateurs sont aussi moins durs, peut-être parce qu’ils sont plus attentifs à la preuve et moins sensibles aux effets de mode. Ensuite, je suis passé au Matin du Nord qui était une émanation du Matin de Paris puis à Nord Matin, un titre du groupe Hersant, et enfin à Nord Eclair, il y a 20 ans, où cette fois j’ai été embauché comme chroniqueur judiciaire.

Quelle place occupe la chronique judiciaire dans la presse quotidienne régionale ?

Disons qu’elle passe après la politique, l’économie et la culture, mais qu’elle est sans doute plus estimée que les faits divers ou les informations locales. Comme les journalistes judiciaires acquièrent une spécialité de fait, dans un domaine très spécifique, qui nécessite des contacts, une connaissance de l’univers judiciaire etc. on les laisse faire, ce d’autant plus que les journalistes ne se battent pas pour ce genre de postes.

Pourquoi à votre avis la chronique judiciaire fait-elle si peu d’émules ?

Parce que ce n’est pas là qu’est le pouvoir en région. Et les journalistes aiment bien être proches du pouvoir. En province, il existe de petites baronnies, qui se renouvellent très peu. A Lille, les responsables par exemple du PS sont les mêmes qu’il y a 20 ans, ils sont juste un peu plus âgés. A l’inverse, le monde judiciaire se renouvelle, les juges bougent. Quant aux avocats, ils travaillent beaucoup et sont, comme les magistrats, un peu en marge des cercles du pouvoir.

Comment travaillez-vous au quotidien ?

J’ai une page réservée dans Nord Eclair, que j’alimente tous les jours et qui contient environ 5500 signes soit 4 ou 5 papiers avec un dessin d’illustration et le plus souvent une petite interview d’avocat. Nous sommes deux chroniqueurs judiciaires à avoir notre bureau au Palais de Lille, celui de la Voix du Nord et moi. Je passe donc ma journée au palais jusqu’aux alentours de 21h30, le temps d’assister aux audiences et ensuite d’écrire mes articles. Le journal boucle à minuit. Généralement, j’évoque 4 ou 5 affaires importantes qui ont été examinées dans la journée.

Dans une ville comme Lille, vous êtes amené à parler de gens que vous croisez dans la rue, cette proximité n’est-elle pas gênante ? N’avez-vous pas peur de représailles par exemple si un article déplait aux personnes mises en cause ?

Cela surprend les jeunes journalistes, mais je précise toujours l’identité complète des personnes condamnées à des peines de prison ferme. Pour les sursis, je m’en tiens au prénom. Evidemment quand il s’agit d’atteintes sexuelles sur mineurs, je ne donne pas le nom des parents, car cela reviendrait à porter atteinte à l’anonymat des victimes. Un jour j’avais été remplacé par un jeune confrère qui n’avait pas voulu préciser le nom d’un dealer. J’ai dû lui expliquer que c’était important de le dire aux lecteurs parce qu’il avait peut-être vendu de la drogue dans le square à côté de chez eux  et qu’ils seraient soulagés de le savoir en prison. Dans la presse nationale, on donne rarement des détails précis comme le nom de la rue où une personne a été arrêtée ou la description détaillée d’un véhicule, mais dans la presse quotidienne régionale, ce sont des détails importants, car les lecteurs savent de quoi on parle exactement, c’est leur rue, leur quartier, leur voisin de palier. Jusqu’à présent, je n’ai jamais connu d’incident grave, quelques menaces, des engueulades qui durent 5 minutes, rien de plus.

Pensez-vous que la chronique judiciaire a évolué depuis que vous avez commencé à la pratiquer ? Par exemple, si vous deviez aujourd’hui chroniquer le procès Petiot, diriez-vous comme le journaliste du Monde à l’époque qu’il a « un faciès de batracien » ?

Bien sûr qu’elle a évolué, en même temps que la société. Je crois que nous sommes devenus plus neutres dans notre manière d’écrire. Dans les années 70, on ne se gênait pas pour surenchérir, mais c’était aussi l’époque ou un couple non marié était qualifié de « faux ménage » et où les psychiatres disaient encore que l’homosexualité était une maladie. Les mentalités ont évolué et la chronique judiciaire aussi, nous sommes sans doute plus respectueux de la présomption d’innocence et, plus généralement, des droits des personnes.

Vous avez fait partie des très rares journalistes qui, lors de l’affaire Outreau, ont osé émettre des doutes sur la culpabilité des accusés, pourquoi ?

Je n’ai pas couvert cette affaire, elle intéressait d’autres journalistes de la rédaction, je les ai laissé faire. Et puis très vite j’ai été ecoeuré par la tournure médiatique que prenait le dossier. Il est évident qu’il y avait un effet de mode autour de la pédophilie et que celui-ci était en train de fabriquer un consensus autour de l’idée qu’il fallait condamner, même en l’absence de preuves. Très vite, j’ai eu du mal à croire que des gens de 40,50,60 ans se révèlent soudainement être des pédophiles alors qu’ils n’avaient pas de casier et qu’à part la parole des enfants, aucun élément, si petit soit-il, ne venait conforter la thèse de l’accusation. C’est particulièrement vrai pour le curé, le chauffeur de taxi ou encore l’huissier. Il n’y avait pas le plus petit éléments matériel, pas même une collection de photos d’enfants qui, à défaut de prouver leur culpabilité, aurait constitué un élément matériel appuyant les témoignages des enfants. Rien. Je l’ai écrit, mais cela n’a intéressé personne à l’époque.

Cela pose la question du rôle du journaliste. Doit-il croire sur parole les policiers, les juges, les avocats ? Doit-il enquêter lui-même ?

Il m’arrive d’enquêter mais il ne faut pas se leurrer, les informations qu’on recueille sont très parcellaires. Disons qu’il faut écouter les uns et les autres et savoir cultiver le doute. En 1998 par exemple, une affaire a fait grand bruit, on l’a appelée « l’affaire de la maison maudite ». Il s’agissait d’une jeune femme, violée par ses frères, qui auraient ensuite tué ses enfants à la naissance. Le parquet parlait d’au moins 4 nourrissons assassinés. Les avocats contestaient ce chiffre. Et il se trouve que quelques semaines plus tard, un médecin a conclu que cette jeune femme n’avait jamais été enceinte ! Voilà pourquoi le chroniqueur judiciaire doit apprendre à cultiver le doute et mettre en garde ses lecteurs contre les jugements à la va-vite. Voyez l’affaire Florence Cassez, plusieurs journalistes ont pris fait et cause pour elle au motif que la justice mexicaine serait forcément nulle et partiale. Au nom de quoi ? Le Mexique est un grand pays, si sa justice estime qu’il y a lieu à poursuites, on ne peut pas traiter cette décision par le mépris. Je ne dis pas qu’elle est coupable ou innocente, je n’en sais rien, simplement il faut laisser la justice suivre son cours et ne pas condamner la justice mexicaine, juste parce que c’est un pays qui prétend juger une de nos compatriotes. Je trouve qu’aujourd’hui, les journalistes vont trop vite, que leurs informations sont insuffisamment sourcées, qu’ils ne sont plus assez sur le terrain et surtout qu’ils tentent de faire entrer l’actualité dans un moule, dans un cliché qui correspond à ce qu’ils croient savoir du public, dans les sujets à la mode.

Dans un très beau billet, Benedicte Desforges, l’auteur du blog Police etc., lance un cri de colère contre l’indifférence des médias à l’égard de la mort d’un de ses collègues. Pensez-vous que cela ait un rapport avec cette volonté des journalistes de faire entrer l’actualité dans un moule ?

Evidemment. La mort d’un policier ne fait malheureusement pas partie des sujets à la mode. Par ailleurs, c’est un thème fortement connoté Front National, par conséquent les médias n’en parlent pas. Le grand sujet en ce moment, ce sont les femmes battues. Vous observerez que lorsqu’on a lancé le sujet, on nous disait qu’une femme mourait sous les coups de son mari tous les 4 jours, aujourd’hui on nous dit tous les 2 jours et demi. D’où viennent ces chiffres ? Il faut bien qu’il y ait des faits divers, des femmes retrouvées mortes, des enquêtes pour déterminer les causes de la mort, des coupables arrêtés. Je devrais donc voir ce type d’affaires aux Assises de Douai, or il n’y en a quasiment pas. Je ne dis pas que ça n’existe pas et encore moins que ce n’est pas un sujet grave, j’observe simplement que c’est un sujet dans l’air du temps, qui plait aux médias et sur lequel on entend tout et n’importe quoi. Je n’ai pas le sentiment personnellement que les relations entre hommes et femmes se caractérisent par une violence généralisée. Or, c’est bien l’impression que donne ce battage médiatique.

Les affaires judiciaires mettent souvent en scène des drames humains. N’est-ce pas difficile à vivre pour le chroniqueur judiciaire d’être ainsi le témoin régulier des « pathologies » de la société ?

Je suppose que les médecins sont heureux d’aller tous les matins exercer à l’hôpital, et pourtant ils sont confrontés à la maladie et à la mort, pourquoi le chroniqueur judiciaire ne serait-il pas heureux d’aller au palais ? Vous savez, c’est un lieu où se déroulent des drames certes,  mais où l’on rit aussi beaucoup. En plus la communauté judiciaire est assez brillante, vivante, intéressante, le palais est un endroit que j’aime beaucoup.

Le président du Tribunal de grande instance de Paris, Jacques Degrandi, a consacré son discours de rentrée il y a quelques jours aux rapports entre la justice et les médias, estimant qu’il fallait introduire davantage d’éthique pas seulement chez les journalistes mais aussi chez les juges et les avocats. Ses déclarations ont donné lieu à un article incendiaire sur Rue89. Qu’en pensez-vous ?

Je crois en effet qu’il y a un vrai problème dans la manière dont les médias traitent l’actualité judiciaire. Les journalistes débarquent pour une affaire médiatique, ils ne s’intéressent à rien d’autre et parfois, ils passent à côté du plus important. Prenons l’affaire de Lille plage par exemple. C’est un jeune homme un peu zinzin qui a agressé sexuellement un enfant de 7 ans. Il ne s’est rien passé de très grave mais ça a attiré l’attention des médias friands d’affaires pédophiles. Le même jour, dans la chambre du tribunal qui traite des crimes sexuels, il y avait plusieurs curés en soutane. Il s’agissait d’une affaire également de pédophilie mettant en cause des prêtres intégristes. Elle était autrement plus importante que l’affaire de Lille Plage, mais aucun journaliste venu sur place ne s’y est intéressé. Le procureur, qui a une vue d’ensemble des dossiers, aurait bien voulu relativiser l’importance de l’affaire Lille Plage mais il ne pouvait pas, il risquait qu’on ne retienne de ses réquisitions qu’une phrase donnant le sentiment que la pédophilie n’était pas grave aux yeux du parquet de Lille. On voit au passage l’influence que peut avoir la présence des journalistes sur le déroulement des débats eux-mêmes. Voyez l’affaire de l’enlèvement du petit Enis par Francis Evrard. Evidemment que c’est un problème de prescrire du viagra à un délinquant sexuel récidiviste. Mais il se trouve que, là encore, l’enfant n’a pas subi de sévices importants. Par conséquent, la surmédiatisation de l’affaire risque de faire bien plus de ravages que l’enlèvement. Etonnamment, personne n’a demandé le huis clos qui est pourtant de droit dans ce type d’affaires. Pas plus d’ailleurs que le huis clos n’a été réclamé dans l’affaire Outreau. Tout le monde voulait donner à ce procès un retentissement médiatique maximum. Le procureur a même fait visiter aux journalistes les installations qui leur étaient dédiées au tribunal de Saint Omer avant les débats, comme s’il se réjouissait à l’avance de préparer « un grand procès » !

Vous évoquez « les journalistes », comme si le chroniqueur judiciaire était différent de ses confrères. Pourtant, vous êtes aussi un journaliste ?

Bien sûr. Quand j’évoque les journalistes, je veux parler des généralistes qui débarquent quelque part, ne connaissent pas le contexte, et ne cherchent pas à le connaître, ce qui entraine un effet moutonnier et fabrique des emballements médiatiques comme celui auquel on a assisté à Outreau. Le chroniqueur judiciaire sait conserver ses distances, il apprend à douter mais aussi à relativiser à force d’observer tous les jours le fonctionnement de la justice, ce qui n’est pas le cas des journalistes non spécialisés qui débarquent pour un seul dossier. Ceux-là ont des avis à l’emporte-pièce sur tout, la main de Thierry Henry, l’innocence de Florence Cassez. Ils cherchent surtout la photo sur les marches du palais et ne s’intéressent à rien d’autre. L’essentiel dans ce métier, c’est le terrain, il faut y aller, et faire l’effort de le connaître et de le comprendre. Or, j’ai peur que ce soit de moins en moins le cas aujourd’hui.

Comment imaginez-vous l’avenir de la chronique judiciaire ?

Elle s’est étiolée ces dernières années, mais je pense que la presse, et en particulier la presse quotidienne régionale, va y revenir. C’est un lieu d’analyse du réel très important, un peu comme un conseil municipal, on y prend la température de la société.

27 janvier 10

Haïti ou les raisons de l’oubli

Classé dans : Brèves — laplumedaliocha @ 14:43

J’ai beaucoup lu sur Internet ces derniers temps, à propos d’Haïti, que certains pays oubliés de tous n’intéressaient les médias qu’en cas de catastrophe. C’est une question en effet fondamentale, mais qu’on ne peut pas évacuer d’un  énième coup de gueule contre « ces charognards de journalistes ». C’est pourquoi, je vous recommande  l’excellent travail d’analyse sur le sujet réalisé par  Marc Mentre, journaliste depuis 30 ans et responsable de la filière Journalisme à l’Ecole des métiers de l’information-Cfd, sur son blog Mediatrend. Erreurs, starification de certains journalistes, mais aussi dévouement de certains autres, témoignages sur l’horreur de la situation, angle de traitement de l’information, tout est passé au crible. C’est intelligent, documenté et passionnant à lire.

Mise à jour 15h06 : Ayant observé que les lecteurs cliquaient assez rarement sur un lien si l’auteur du billet ne prenait pas le temps de citer un extrait du document susceptible de donner envie de le lire, je reproduis donc un paragraphe de l’article parce que, franchement, il mérite le déplacement :

« Une fois sur place, il faut travailler. Les conditions sont extraordinairement éprouvantes. Jean-Claude Delaloye, de La Tribune de Génève raconte:

“En treize ans de journalisme, j’en ai vu des horreurs, des pays en crise et de la détresse. Rien ne pouvait pourtant me préparer à ce que j’ai vécu en Haïti. Je n’avais jamais pleuré pendant une interview, mais la vision de Shandley André, 13 ans, sur son lit dans la cour de l’hôpital général de Port-au-Prince à quelques mètres des corps abandonnés dans la boue, a été trop forte. L’enfant souffrant de multiples fractures et en attente d’une greffe de peau sur le crâne ne pouvait même plus crier sa douleur.”

Il explique “ce malaise d’avoir du être spectateur alors qu’il aurait fallu être acteur.” Il ajoute: “En Haïti, il n’était toutefois pas possible de regarder sans rien faire. Des journalistes ont participé à des sauvetages de victimes, lu des histoires à des enfants blessés, étreint des rescapés, aidé des infirmiers.” [lire Sans Blessures apparentes de Jean-Paul Mari, grand reporter au Nouvel Observateur, qui était d'ailleurs à Haïti]

26 janvier 10

Au théâtre hier soir

Classé dans : Débats — laplumedaliocha @ 15:34

Je me demandais quel débriefing vous proposer sur l’émission d’hier soir – il y avait tant à dire -, lorsqu’Arnaud a laissé ce commentaire sous le précédent billet : 

« Moi j’ai bien aimé l’émission. Ca nous change des interviews habituelles sans intérêt.
Sérieux… je regarde régulièrement les interviews/débats sur les chaînes infos, et c’est de plus en plus insupportable. Les journalistes se foutent complètement du fond de l’info; tout ce qu’ils veulent c’est des petites phrases, pousser leur interlocuteur à dire du mal d’un autre, de préférence de son propre camp (spécialité de Bourdin par exemple).

Il n’y a plus de journalistes. Il ne reste que des éditorialistes qu’on paye pour qu’ils donnent leur avis, comme au coin d’un zinc ».

Cher Arnaud, autant vous le dire tout de suite, j’ai aimé aussi. Et tant pis si ça m’oblige à revenir en partie sur les craintes que je formulais ici même avant le début de l’émission.  Les citoyens choisis pour interviewer le Président s’en sont plutôt bien sortis. Mention spéciale à la productrice de lait et au syndicaliste dont le franc-parler m’a fait rêver, un instant de déraison, que nous les journalistes soyons un jour capables de les égaler. L’organisation du plateau, les interventions de Jean-Pierre Pernaut, tout ça était correctement réglé de sorte que nous avons échappé à la catastrophe que j’anticipais. Toutefois,  si l’opération de com’ ne fut pas ridicule comme on pouvait le craindre, elle eut cependant lieu et elle fut même magistralement orchestrée. Je ne doute pas que les détracteurs viscéraux de Nicolas Sarkozy continueront de le haïr, peut-être plus encore d’ailleurs aujourd’hui qu’hier. Mais pour tous les autres, les déçus, les hésitants, les pas sûrs d’eux, il a  fort bien joué.

Ce caractère plaisant serait dû selon vous au fait qu’on avait remplacé les journalistes par des citoyens ? Je suis encore d’accord. C’est ensuite, que je ne vous suis plus. Sans doute parce que nos visions respectives de ce que doit être une interview présidentielle divergent. Ce n’est pas parce que le spectacle a été plaisant qu’il a été bon, démocratiquement s’entend. Oh, ne craignez rien, je ne vous servirai pas ici le couplet du journaliste-gardien de la démocratie, les précédentes interviews ont montré qu’en pratique, sur le terrain présidentiel, il n’en n’était rien. Il faut croire que c’est l’une des nos nombreuses spécificités françaises : on ne sait pas, ou on ne peut pas, interviewer sérieusement nos monarques. Pas plus Giscard que Mitterrand ou Chirac d’ailleurs, ça ne marche jamais. C’est toujours orchestré et donc creux, faux, décevant, quand ça ne devient pas onctueux et servile.  

La force de l’émission d’hier fut de corriger cette impression de fausseté en introduisant un élément de vérité : les vrais gens. Dehors ! les journalistes cherchant, comme vous dites, la petite phrase, la vacherie sur l’adversaire et se moquant du fond. A leur place, de vrais gens avec de vrais problèmes qui ont apporté  une touche indéniable d’authenticité. Ah ! La magie de la com’. Avec quel art est-elle capable de faire passer des mirages pour la réalité. Du coup le président apparut également sincère, attentif, compréhensif, et surtout empathique. Traire les vaches ? Il admire, lui même ne saurait pas le faire. Délocaliser ? Une honte ! Vivre avec 400 euros de retraite ? Insupportable. Mais il est là, et tout ce qu’il n’a pas déjà résolu, il va le résoudre.

Je vous accorde que, pour qui ne le déteste pas, et il se trouve que ne le déteste pas, il a été bon. Mais franchement, c’est quand même plus facile de compatir à la souffrance d’un chômeur que de s’expliquer face à des journalistes sur la manière dont on va résoudre le chômage, non ? Le problème, c’est que la politique ne saurait se réduire à un spectacle plaisant à regarder. Or, c’est cela que nous a servi TF1, un spectacle où l’information s’est trouvée totalement absorbée par la comédie. Vous avez vu une pièce de théâtre, rien d’autre. Avec un comédien professionnel rompu à l’art de l’improvisation rhétorique, face à des amateurs aussi sincères qu’inoffensifs. Une sorte de Star’Ac politique. Entre nous, je ne jurerais pas que le Président n’était pas sincère. Il est possible que cette mascarade ait été plus proche de la réalité que les caricatures de lui que nous servent régulièrement ses détracteurs de l’intelligentsia parisienne. Mais là n’est pas la question. Si on plebiscite cette politique spectacle, on risque un jour de le payer très cher.

De fait, même loupées, je trouve que les interviews présidentielles par des journalistes ont le mérite de fixer des limites aux errances de la communication. Paradoxalement, elles sont plus authentiques que ce que vous avez vu hier.

Au fait, avez-vous regardé le poignet du Président ? Il avait troqué sa Rolex contre ce qui m’a semblé être une Swatch. Il est vrai qu’au théâtre, les accessoires, ça compte…

Mise à jour du 29 janvier : C’est un commentaire (n°19) sous ce billet repris chez Marianne 2 qui a attiré mon attention. L’auteur indique que la montre est une Patek Philippe et a été offerte au président par son épouse. Vérification faite, ce n’est pas une Swatch en effet, maintenant, ne connaissant rien aux montres, je vous laisse vérifier par vous-mêmes avec cet aggrandissement. En attendant, et même s’il s’agit bien d’une montre plus discrète que la Rolex rendue célèbre par Séguéla, je retire ma conclusion et présente mes excuses aux lecteurs de ce blog pour cette insinuation dénuée de fondement.

25 janvier 10

Nicolas Sarkozy et les « vraies gens »

Classé dans : Coup de griffe — laplumedaliocha @ 12:34

Ah! Qu’elle va être belle notre grande soirée politique sur Tf1 ce soir. Une interview de Nicolas Sarkozy au Journal de 20h par la très pugnace Laurence Ferrari, suivie d’un débat avec des vrais de vraies gens orchestré par le journaliste préféré des français, Jean-Pierre Pernaut. Il ne manque plus qu’une rencontre avec Casimir en clôture de cérémonie pour que le tableau soit complet. Ou bien tenez, un épisode de « Bonne nuit les petits », ça serait pas mal, non ?

Cette pitrerie médiatique aura eu au moins le mérite de rafraîchir la mémoire de mes confrères qui, même à Libé, rappellent ce matin en coeur que l’Elysée a toujours choisi ses journalistes et ses formats d’émission. En ce sens, Nicolas Sarkozy ne fait que poursuivre la tradition. Dès lors, j’ai du mal à départager dans cette affaire ce qui relève, dans les protestations outagées, du Sarko-bashing primaire, de ce qui pourrait témoigner d’une évolution des attentes de la société à l’égard d’une plus grande indépendance des médias. Pour ce qui me concerne, je ne vois pas au nom de quoi le fait que l’Elysée ait toujours fonctionné ainsi justifierait que la tradition perdure. Ce d’autant plus que Nicolas Sarkozy devait être, selon ses dires, le président de la rupture avec les vieilles crispations françaises. Voilà qui peut être entendu de deux manières. Comme une libération des anciennes pesanteurs ou comme une émancipation du respect d’un certain nombre de valeurs fondamentales et de pudeurs justifiées. J’ai peur que nous ne soyons trop souvent dans la deuxième hypothèse.

Toujours est-il que face à l’échec relatif des exercices précédents, 1 journaliste, deux journalistes, plusieurs journalistes, à l’Elysée puis sur un plateau de télévision, à Paris mais aussi à New-York, nous voici désormais sur le terrain béni de la France profonde (Pernaut) et des « vraies gens » (une dizaine, sélectionnés parmi les témoins interviewés dans les reportages de TF1, dont un patron de PME, un chomeur, un habitant des banlieues etc.). L’intérêt des « vraies gens », par rapport aux journalistes, c’est qu’ils ont de vrais problèmes, dans la vraie vie. C’est aussi qu’ils sont forcément plus indépendants que ces affreux journalistes à la solde du pouvoir, ces coquins tous copains. La faiblesse de l’exercice, car il y a quand même une, c’est que ça risque d’être difficile pour les « vraies gens » de supporter la pression du plateau de télé, des millions de spectateurs, de la présence du Président de la République et de sa redoutable rhétorique. Allez essayer d’être offensif dans un contexte pareil ! C’est un peu comme proposer à un cavalier débutant de participer à un concours de saut d’obstacle international.

On verra bien le résultat. Mais il me semble que tout ceci fleure le populisme et démontre au passage que la démission des médias ne nuit pas seulement à leur santé économique… Sous prétexte de laisser la parole aux français, nous renions notre savoir-faire et, partant notre raison d’être, nous réduisons aussi insidieusement la politique à une gestion à la petite semaine et à courte vue des problèmes individuels ou catégoriels des français. Plus de souffle, plus de vision, plus de grands débats idéologiques ni de destin commun, mais l’illusion que la politique nationale n’a d’autre vocation que la résolution immédiate des difficultés de chacun. Pendant ce temps, la politique, la vraie, se déroule à Bruxelles et dans les organismes internationaux, où se jouent le destin des peuples sous la pression des lobbys. La plus infime décision  relève de l’exploit et entraîne surtout des effets de levier phénoménaux dont les conséquences plus ou moins opportunes se font sentir durant des années, voire des décennies. Mais ça, bien sûr, c’est au-dessus du niveau d’entendement de la ménagère de moins de 50 ans chère aux annonceurs. Et c’est également très loin des préoccupations des électeurs à l’approche des régionales. Où l’on voit que la télévision et les politiques ont ceci de commun, c’est qu’ils partagent la même vision erronée - méprisante ? – du public.

Et ça ne va visiblement pas en s’arrangeant.

21 janvier 10

Quel silence !

Classé dans : A propos du blog — laplumedaliocha @ 21:22

Comme je l’avais subodoré, la rentrée journalistique est très chargée, d’où mon silence.

Rien que dans ma spécialité, je dénombre une dizaine de cérémonies de voeux en deux semaines (Cour de cassation, Cour d’appel, TGI, Chancellerie, Conseil de la concurrence, Autorité des marchés financiers, Tribunal de commerce, avocats etc..), auxquelles s’ajoutent les habituels colloques et conférences de presse. A chaque fois, cela représente deux heures « dehors » et environ 4 heures ensuite d’écriture, si l’information recueillie le mérite.

Je dois à la transparence de vous avouer que ces manifestations de voeux sont suivies de cocktails. Nous y voilà, songerez-vous, halte au copinage entre les médias et les puissants ! Haro sur ces journalistes qu’on achète avec des petits fours !  Entre nous, les journalistes qui pratiquent le copinage n’ont pas besoin des cocktails pour cela, déjeûners et dîners privés font bien mieux l’affaire.  Pour les autres – l’immense majorité – , ces aimables sauteries sont l’occasion d’évoquer l’actualité, de nouer des contacts, de recueillir des confidences et de comprendre le dessous des cartes. C’est étonnant à quel point les gens sont détendus lorsqu’ils ont un verre à la main ! Loin des bureaux et des salles de conférence, les esprits s’assouplissent et les langues se délient. Ce sont donc des rencontres particulièrement utiles pour la presse, même si elles sont diététiquement très incorrectes, comme s’obstine à me le montrer chaque soir cet objet du diable que l’on nomme pèse-personne.

Plus sérieusement, ce marathon de mondanités frénétiques m’a inspiré quelques réflexions sur l’avenir du métier à l’aune du développement des relations virtuelles. Sans m’appesantir sur l’horripilante querelle entre journalistes et blogueurs, je lis parfois chez les uns et les autres des analyses partiellement erronées de l’actualité qui illustrent à mon sens les limites du travail sur écran. Quand je dis « erronées » j’entends des erreurs d’interprétation ou encore des procès d’intention injustes ou mal dirigés qui témoignent, quand on connaît le sujet traité, de la trop grande distance entre le sujet et son auteur. Cela ne vaut d’ailleurs pas que pour les blogueurs. Je redoute le moment où grâce ou à cause des nouveaux moyens de communication, les journalistes ne sortiront plus de leurs rédactions. On peut déjà en observer ici et là les prémisses prémices. Or, être témoin direct des événements est la seule façon de comprendre réellement ce qui se passe et de pouvoir en rendre compte. D’ailleurs, quand les blogueurs rencontrent leurs interlocuteurs, vous observerez que leur ton change du tout au tout et que leurs analyses s’expriment de manière beaucoup plus modérée. Parce qu’ils ont été achetés, séduits, influencés ? Certains, peut-être. C’est un métier de trouver la bonne distance, en plus d’être une exigence éthique quand on prétend informer le public. Mais plus généralement, parce que lorsqu’on est en prise directe avec les faits et les acteurs de l’actualité, on saisit très vite que la réalité n’est ni blanche ni noire, mais perdue quelque part au milieu d’une gamme infinie de gris. Ce qui incite à l’humilité dans les jugements et à la retenue dans les écrits. Au passage, voici qui soulève la passionnante question de l’influence des évolutions techniques sur la manière dont on représente et dont on se représente le monde, selon qu’on l’observe en direct ou par écran interposé.

Allons, j’y retourne. A très vite, comme on dit !

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